‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 34 sur 114 · LIS · texte numérisé non relu

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LIQUIDES ALIMENTAIRES. fTkéol tnîxt. scien. chim. industr.) — On t'ait, dans notre époque, beaucoup d'essais pour rendre [as liquides alimentaires, dont le vin et la bière sont les principaux, plus faciles à conserver longtemps, et l'on réussit assez bien ; il semble que l'bumanité éprouve le besoin de se préparer pour l'avenir des moyens d'obvier à l'exubérance de la population de son globe. M. Pasteur, qu'il faut mettre en première ligne parmi ces expérimentateurs, vient même d'être récompensé par ^'académie pour des découvertes dans ce but, qui semblent devoir être un jour précieuses pour l'industrie. 11 y en a deux principales qui concercent surtout les vins et la bière, et que nous ne saurions passer sous silence. Ce qui produit les maladies et les décompositions de ces liquides, ce sont des germes d'infusoires que M. Pasteur appelle ferments de maladie ; ces germes sont répandus en quantités énormes dans les liquides et dans l'atmosphère; et les liquides alimentaires sont les milieux où ils se développent le mieux. Mais si on fait subir à ces liquides des préparations qui tuent les germes, et qu'on les préserve ensuite durant un temps de nouvelles invasions de ces germes par l'air ambiant, ils se conserveront indéfiniment. M. Pasteur, a imaginé de les soumettre simplement à une assez forte chaleur, de les élever à la température de l'ébullition ; les germes sont tués ; puis de les tenir à l'abri du contact de l'air ambiant, au moins durant leur fermentation, à l'aide de tubes contournés ou seulement verticaux surmontant une chaudière hermétiquement close. Les expériences faites depuis longues aimées ont déni"!. lié qu'on obtient de la sorte des boissons inaltérables, auxquelles suffisent ensuite, pour leur conservation, les moyens ordinaires de préservation de contact avec l'air ambiant, parce qu'elles sont devenues des)milieiu impropres au développement des ferments nouveaux. Il serait bon, cependant, pour le vin, de recommencer l'opération après un assez long temps.

On fait aussi des expériences d ms

le sens opposé, c'est-à-dire parrefroi-

teut excessif du Hquide. L'abais-

sement de la température à un degrés par exemple, produirait, à ce qu'il parait, le même effet sur les germes que leur échauffement à 100 ; il les tuerait également, et rendrait le liquide inaltérable.

Que le génie de l'homme ne se lasse jamais de travailler et de tâtonner ; il trouvera ce dont il ne saurait aujourd'hui se faire l'idée.

Le Nom.

LISZT (l'abbé François). [Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Ce fameux pianiste hongrois, né à Rœding en 1809, chez qui se révéla une nature si extraordinaire, dès l'enfance, à la lecture de René, qui donnait des concerts à l'âge de neuf ans, que ses parents promenèrent si jeune dans toute l'Allemagne, qui obtint de si grands triomphes à Paris et à Londres de 1 824 à 1825, auteur, dès lors, de l'opéra Don Sanche ou le Château des amours, a fini, après divers accès d'une dévotion sans mesure qui étaient plus que des réactions passionnées, par se faire ecclésiastique, et aujourd'hui il continue, tout en étant abbé, à faire de l'art et des élèves pianistes; de ce nombre est une jeune personne qui commence d'attirer tout Paris par un talent naissant, tel, dit-on, qu'on n'en a jamais vu de pareil. L'abbé Liszt est le plus original et le plus habile des pianistes; il est le Paganini du piano. Sa puissance est inouïe, sa giàce inégale, sa fougue brillante et son goût quelquefois en défaut. Il n'est pourtant pas sans produire parfois de mélodieuses et ravissantes improvisations. Outre son opéra, il a écrit des fantaisies que lui seul peut jouer. Littérateur en même temps qu'artiste, il a soutenu, dans la Gazette Musicale, une polémique sur Tbalberg, publié des brochures, par exemple une Dissertation sur Chopin; une autre sur le Tanluwuser et le Loin florin, de R. Wagner; une autre mr la. Fondation Goethe à Weimar, etc.

Une des conditions du talent extraordinaire de Liszt, c'est une propriété qu'ont ses doigts de s'écarter démesurément et d'embrasser plus do touches que les plus forts pianistes.

A'uus eûmes souvent trop de peine à

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le comprendre. Nous aimions mieux son élève et enfant adoptif Herman, mort, il y a quelques années, carme déchaussé. Le Nom.

LIT. (Théol. mixt. scien. pathol. et hygie.) — Les ministres de la religion, tout occupés qu'ils soient par premier devoir, des intérêts de l'âme, n'en doivent pas moins savoir un peu de tout pour être à même de donner sur tout des conseils utiles à leurs ouailles. Outre que ce sera pour eux le moyeu de rendre leur influence morale et religieuse plus efficace, en gagnant l'intérêt et l'attachement de ceux avec lesquels, ils sont constamment en relations, ils se rendront utiles, par là même, à la civilisation et au soulagement des misères temporelles de l'humanité, qui ont aussi une importance que Jésus-Christ , leur maître et leur modèle, était loin de mettre en oubli, puisqu'il guérissait les malades et les infirmes. Or, parmi ces points qu'ils ne doivent pas négliger et sur lesquels ils doivent avoir quelque connaissance, il faut ranger ceux qui se rapportent à l'hygiène des sains et des malades, et celui qui concerne les lits est de ce nombre. Nous déclinons, en fait de lits, toute compétence; mais nous transcrirons pour eux, dans ce dictionnaire, les indications générales suivantes du D r Focillon dans le Dict.

général des sciences.

En ce qui concerne les lits des malades, voici ce qu'il dit : « A moins d'indications contraires dont le médecin sera juge, le lit du malade devra être médiocrement mou : un ou deux matelas de crin plutôt que de laine; celle-ci entretient un trop grand degré de chaleur, surtout dans les fièvres inflammatoires, les hémorrhagies et même dans les fièvres eruptives, où il importe d'ailleurs de ne pas étouffer les malades sous des couvertures trop chaudes. Dans les dyspnées (1) dans les maladies du

(1) Maladies dans lesquelles on (prouve de la difficulté à respirer, (du grec dys, difficilement, et pnein, respirer); comme ce n'est qu'un symptôme et un effet, beaucoup de maladies trés-dm rses appartiennent à cette classe : par exemple, angines, croup, pneumonie, pleurésie, rhumatisme des muscles, du thorax, etc. La Noir.

cœur, dans les affections cérébrales, dans l'asthme, le lit sera disposé de telle manière que le malade puisse avoir la partie supérieure du corps presque droite. Dans tous les cas, il faut que le malade s'y trouve à l'aise, qu'il ait une hauteur convenable pour que les soins de garde-malade lui soient rendus plus facilement; trop haut ou tro*p bas, il fatiguerait ceux qui sont chargés de le soigner.

C'est ici surtout que l'on peut apprécier la supériorité des lits en fer et des sommiers élastiques, surtout dans les hôpitaux. Un grand nombre de maladies chirurgicales exigent le séjour au lit : telles sont la majeure partie des fractures, plusieurs opérations chirurgicales,, les suites de ces opérations, etc. Le lit, dans ces différents cas, doit être approprié à la nature de la maladie; c'est ainsi que pour les fractures des membres inférieurs, on a b.esoin d'un plan parfaitement horizontal et résistant, que l'on obtient en plaçant une planche sous le matelas, etc. »

Et quant aux lits, au point de vue de l'hygiène générale, voici ce que dit le môme docteur.

« Un lit mollet, dit l'auteur de » l'Emile, où on s'ensevelit dans la » plume, fond et dissout le corps pour » ainsi dire. Les reins enveloppés » très-chaudement s'échauffent ; delà » mille incommodités. Les gens éle- » vés très-délicatement ne trouvent » : plus le sommeil que sur le duvet; » les gens habitués à dormir sur les «planches le trouvent partout; en » labourant la terre nous remuons » nos matelas. » Celle boutade du philosophe de Genève, empreinte d'une grande exagération, n'est pourtant pas dépourvue de vérité : coucher sur les planches et même sur la terre comme quelques-uns font conseillé n'est pts plus sain que de coucher dans la plume et le duvet.

Choisissons un milieu plus raisonnable et qui satisfasse aux lois d'une saine hygiène. Les lits seront en bois vernissé ou mieux en fer pour éviter les insectes. Sur le fond, qui sera sanglé, ou mettra une paillasse ou mieux encore un matelas de crin.

Pour une paillasse les feuilles de

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maïs sont ce qui convient le mieux.

On emploie aussi la fougère, les goémons, les zostères (1) etc. Les sommiers élastiques sont d'un bon usage et remplacent avantageusement la paillasse, par-dessus un ou deux matelas ; quelquefois dans les pays froids ou pour les vieillards, les gens sensibles au froid, un léger lit de plume, mais placé- entre deux matelas, jamais dessus. Les matelas devront être cardés au moins une fois par an. Les couvertures en laine ou en coton suivant la raison, devront être assez chaudes pour empêcher le froid, auquel on est toujours plus accessible pendant la nuit, mais jamais trop, afin de ne pas provoquer la sueur, qui a le double inconvénient d'affaiblir, d'énerver et de rendre la peau plus sensible aux impressions du froid. L'usage des édredons n'est tolérable que pour les vieillards, les personnes délicates, très sensibles au froid et dans les hivers rigoureux, etc. L'habitude de placer les lits dans les alcôves est mauvaise ; l'air s'y altère promptement et se renouvelle difficilement. Cette pratique est encore plus mauvaise pour les enfants, qui doivent dormir exposés au grand air, surtout au premier âge où les déjections alvines et les urines inpregnent leurs langes et répandent autour d'eux des miasmes malsains. »

Le Nom.

LITANIES. Ce terme, dans l'origine, est le grec yvcavsla, prière, supplication, rogation; dans la suite, il a désigné certaines prières publiques accompagnées de jeûnes ou d'abstinences et de processions, que l'on a faites pour apaiser la colère de Dieu, pour détourner quelque fléau dont on était îi.enacé, pour demander à Dieu quelque bienfait, ou le remercier de ceux que l'on avait reçus. Les auteurs ecclésiastiques et l'ordre romain nomment aussi litanies les personnes qui composent la procession

(1) Les zostères sont les varechs eu forme de langues hei bes vertes, dont on fait maintenant un prrand commerce). Les cotes de la Mancbe en produisent beaucoup.

La Nota.

et qui y assistent; mais ce terme signifie proprement les prières que l'on y fait, et qui se disent à deux ou plusieurs chœurs qui se répondent.

Vers l'an 4-70, saint Mamert, évèque de Vienne , à l'occasion des tremblements de terre, des incendies et des autres fléaux dont son diocèse était affligé, institua les processions des Rogations, qui se font les trois jours avant l'Ascension; elles furent nommées les grandes litanies, et devinrent bientôt un usage général dans toutes les Gaules. On sait assez que le cinquième et le sixième siècles furent marqués par de fréquentes calamités publiques. Voyez Rogations.

L'an 590, à l'occasion d'une peste qui ravageait la ville de Rome, saint Grégoire, pape, indiqua une litanie ou procession à sept bandes qui devaient marcher au point du jour le mercredi suivant, et sortir de diverses églises, pour se rendre toutes à Sainte-Marie-Majeure. La première troupe était composée du clergé, la seconde des abbés avec leurs moines, la troisième des abbesses avec leurs religieuses, la quatrième des enfants, la cinquième des hommes laïques, la sixième des veuves, la septième des femmes mariées. On croit que de cette procession générale est venue celle qui se fait le jour de Saint- Marc.

Elle fut aussi appelée à Rome la grande litanie, à cause de sa grande solennité; mais elle n'a été mise en usage dans les églises des Gaules que longtemps après; et le nom de grandes litanies est demeuré aux prières des Rogations. Saint Cliarles lîorromée montra un grand zèle à rétablir dans l'église de Milan ces dilférentes litanies ; il ranima par ses discours et par ses exemples la piété du peuple. Dans plusieurs églises, les litanies des Rogations et de saint Marc étaient accompagnées d'abstinence et de jeûne ; aujourd'hui l'on se borne à l'abstinence, parce que ce n'est pas la coutume de jeûner dans le temps pascal.

Les courtes formules des prières, dont les litanies sont composées ont été faites afin que le clergé et le peuple pussent prier plus commode-

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ment sans interrompre la marche des processions. Dans les notes du père Ménard sur le Sacramentaire de saint Grégoire, p. 136, on trouve la formule des litanies qui se chantaient dans les églises des Gaules aux neuvième et dixième siècles; ils les a tirées d'un ancien manuscrit de l'abbaye de Corbie. A l'exemple de ces litanies des Saints, l'on a composé d'autres litanies particulières, comme celles du saint Nom de Jésus, du saint Sacrement, de la sainte Vierge, etc. ; mais elles sont moins anciennes.

Voy. Bingham, t. 5, 1. 13, ch. 1, § 13; Tomassin, Traité du jeûne, p. 174-, 413, etc.

Basnage, dissertant sur les litanies et les rogations, Hist. de l'Egl.

liv. 21, c. 3, prétend que, dans l'origine, il n'était point question des saints dans les litanies ; que l'on s'y adressait à Dieu seul; il n'en apporte aucune preuve positive; il se contente de citer les auteurs qui ont écrit que l'on y priait Dieu, que l'on implorait sa miséricorde et son secours, etc.

Qui en douta jamais? 11 observe luimême que nous disons seulement aux saints, priez pour nous, au lieu que nous disons à Dieu, ayez pitié de nous, secourez-nous, pardonnez-nous ; donc toutes ces prières se rapportent à Dieu, les unes immédiatement et directement, les autres indirectement et par l'intercession des saints. Ainsi l'ont entendu les anciens: ainsi l'Eglise catholique l'entend encore ; la remasque de Basnage ne prouve donc rien. '

Bergier.

LITHOGRAPHIE. (Théol. rnixt. art.) — V. Peinture.

LITHOSTROTOS (mot à mot :

Pavé.) {Théol. mixt. gêner, hist. et exeg.) — Ce tribunal sur lequel fut jugé le Seigneur, était appelé Ya66a8ct, c'est-à-dire nrna,de3a, dos, ouNnnaa,

de rna, être élevé, ou Nnxaa, de nxaa,

colline. « Beaucoup de commentateurs pensent, dit M. Kônig, qu'il est question d'un pavé en mosaïque de marfere (formé de pièces carrées de diverses couleurs, parvulse crustulse)

(1), tels qu'ils étaient en usage chez les Romains depuis Sylla (2), surtout dans les appartements de luxe On sait que les gouverneurs et les généraux emportaient ces pavimenta tessellata avec eux dans leurs provinces et à la guerre pour y placer leur tribunal (pT,[ia) (3). D'autres (4) prétendent que cette explication n'est pas applicable au passage de saint Jean, que l'addition du nom syrochaldaïque eût été tout à fait inutile, puisqu'il ne désigne pas ce pavé de luxe.

«Tout s'explique si l'on admet que, non loin du prétoire, il y avait une place pavée, sans qu'elle le fût de marbre, qu'en aramaïque on appelait gabbatha, en grec lithostrotos, et sur lequel Pilate faisait placer son siège.

Jo'sèphe (3) parle d'un lithostrotos de ce genre, placé entre la tour Antonia et le portique occidental du temple; cette situation convient parfaitement à celle, du prétoire dans le palais d'Hérode, qui était relié à la tour Antonia ; c'est là qu'avaient lieu l'interrogatoire de l'accusé et les dépositions des témoins; l'arrêt solennel était prononcé en plein air du haut du tribunal. »

Le Noir.

LITTÉRATURE (la) ET LE CHRIS- TIANISME. {Théol. mixt. art. et Miter.) — Nous fimes, il y a vingt ans, pour nos Harmonies de la raison et de la foi, un article sur les littératures sacrées et profanes, dont la pensée fondamentale était à peu près la même que celle qui se trouve développée dans l'article Art et Religion, de ce dictionnaire, lequel se compose d'extraits empruntés à un travail sur l'art du même ouvrage. Nous citerons encore quelques passages de cet article, dont nous résumions la thèse comme il suit : « Nous disons que la littérature tant sacrée que profane a toujours été, est aujourd'hui et sera toujours le premier moyen de propagation de la vérité

(1) Pline, XXXVI, 25, 60.

(2) Pline, 1. c.

(3) Suet., Css., XLVI.

(4) Winer, Lexiq. biblique, s. v

(5) Bell. Jud., VI, 1,8, et 3,2.

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chrétienne (1), et, en ce qui concerne les intérêts de la littérature ellemême, que c'est la vérité chrétienne qui a toujours inspiré à la littérature, lui inspire aujourd'hui et lui inspirera toujours les plus belles choses dans la proportion la plus considérable. »

« I. Que la littérature sacrée soit la principale armure avec laquelle la vérité chrétienne ait livré ses combats et remporté ses victoires, c'est ce qui n'a besoin que du simple énoncé, pour luire avec évidence. Les propagateurs et les soutiens de cette vérité dans le monde hébreu, père du monde chrétien, ne sont-ils pas les Moïse, les Job, les David, les Salomon, les Isaïe, tous les prophètes, tous les historiens, tous les moralistes dont les écrits ou les discours composent la collection biblique?

Or, ne sont-ils pas tous des littérateurs? Ceux qui n'ont pas écrit ont été des auteurs populaires prêchant de parole, en même temps que d'action, et déployant toutes les ressources de l'éloquence les plus propres à influencer les âmes, aux temps et aux lieux que Dieu les avait chargés d'éclairer: tels sont les Debborah, les Judith, les Élie, les Elisée, les Jonas, les Jean-Baptiste et beaucoup d'autres. Parmi ceux qui ont écrit, plusieurs sont des poètes sublimes; Job et l'ecclésiaste font des épopées philosophiques ; David chante, sur la lyre, les grandeurs de Dieu; Salomon met en scène l'époux et l'épouse aux flancs des montagnes éclairées par le soleil d'Orient, habitées par ses faons et décorées de ses f ruits ; Daniel et Ezechiel racontent les visions et les songes, ils les peignent en traits de feu, ils symbolisent la vérité, la providence, la justice dans des allégories; Jérémie, pour lamenter sur les maux qu'a mérité* son peuple par ses infractions, emprunte à l'élégie des charmes, des accents et des pleurs que lui seul a pu lui ravir; Isaïe et les autres prophètes font retentir

(1) Nous avions compris dans Dotro définition delà littérature l'éloquence parlée, l'éloquence écrite et la poésie, soit écrite soit parlée.

jusqu'aux rives de l'Euphrate les bruits mâles et sombres, éclatants et terribles des trompettesmaudissantes, ou les chants exaltés d'un avenir mystérieux. D'autres sont des penseurs qui enregistrent, dans tous les styles qu'affecte la prose, l'histoire et la morale ; tels sont les historiens des temps antiques, ceux du temps des rois, ceux de l'insurrection sainte des Machabées; ceux des épisodes ou des vies particulières de Rulu, d'Esther, de Judith, de Tobie; tels sont aussi les philosophes auteurs des proverbes, de la sagesse, de l'ecclésiastique. Enfin Moïse est à la fois tout ce que sont les autres, ayant fourni à chacun d'eux le premier filon de son travail et de son art ; il est, de plus, rédacteur de lois sociales aussi bien résumées que solidement conçues.

La littérature, voilà donc l'arme avec laquelle Dieu lutte contre le mal dans le monde antique; il la lance à la croisade du monothéisme au sein des ténèbres, avec ses trois filles, l'éloquence, l'écriture et la poésie.

« Durant l'évolution chrétienne, même lactique. Le Christ, dans ses trois années de prédication, consacre les trois branches de la littérature, comme le moyen de propagande de ses futurs envoyés, par son propre exemple. Il est orateur éloquent et populaire; il ne fait que provoquer des attroupements sur les voies publiques, dans les champs, dans les villes, dans les temples, et exalter les âmes par tous les charmes de la parole. Il donne approbation de la rédaction des vérités par les citations de la loi écrite, par des lectures de cette loi, et par des exposés simplesde la morale naturelle; il est poète et honore de son sceau la poésie par ses fictions sublimes , ses fables naïve6, ses lyriques tableaux, ses énergiques élans. Aussi voyons-nous surgir, du foyer qu'il alhme, orateurs, écrivains, poêles, et ce sont ces poètes, ces orateurs et ces écrivains qui deviennent les vrais proi>agateurs et suppôts de sa religion. A peine at-il quitté la terre, tous ses apôfi se font orateurs ; ils assemhlent le* foules, les prêchent, leur plaisent, le*

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touchent, les convainquent et les baptisent. Plusieurs se font écrivains, soit pour raconter son histoire, soit pour exposer sa doctrine, et d'autres se font poètes pour chanter les gloires du présent et de l'avenir. Quel orateur plus grand et plus adroit que Paul devant les foules, devant l'aréopage et devant les proconsuls ou les rois?

Quel écrivain plus concis, plus énergique, plus chaleureux, plus positif et plus philosophe que ce même Paul ?

Saint Jean est un poète, et quelpoëte plus grand que lui dans l'Apocalypse, plustouchant dans son histoire de Jésus, plus doux dans ses épitres ?

« A quoi bon citer ce qui est connu de tous? Nous ne finirions pas de classer les grands noms qui se défilent à la suite de ceux-là, et jusqu'à nous, comme une colonne sans lin.

Presque tous sont orateurs, presque tous écrivains , et beaucoup sont poètes. Que serait devenue la religion chrétienne, sans cette armée de littérateurs? Il est évident que Dieu voulait ainsi composer ses légions ; c'est à la littérature qu'il avait de toute éternité, confié le soin de christianiser le monde.

« La philosophie avec sa logique est, sans aucun doute, la première autorité mise enjeu dans cette grande transformation terrestre ; c'est l'argumentation qui a le prix d'honneur; mais comme elle a besoin d'un vêtement qui attirciet plaise avant qu'elle puisse convaincre ; comme il arrive même souvent que le sentiment, enchanté et comme ébloui par le vêtement, entraîne à sa suite la raison vaincue avant d'avoir combattu, l'éloquence du parleur, celle de l'écrivain et la magie du poète, qui sont les draperies dont l'argument s'habille, partagent avec lui les gloires du triomphe et quelquefois les méritent à elle5 seules. Voilà ce qui s'est passé jusqu'à présent dans la propagation chrétienne; voilà ce que Dieu a voulu; honneur donc et merci à la littérature sacrée.

«II. En dirons-nous autant de la littérature profane? oui, sans crainte aucune. Son influence n'est pas aussi directe dans le soutien de la même cause; mais elle n'en est ni moins

réelle, ni moins nécessaire, ni moins digne d'actions de grâces.

« Et d'abord pourquoi Dieu l'aurait-il fait entrer, pour une si grosse part, dans l'évolution humaine, si elle ne se reliait par des rouages, à son but dernier qui est l'absorption des sociétés et des esprits dans un christianisme universel? On ne peut nier ce but sans nier la vérité catholique elle-même ; on ne peut nier, non plus, que la littérature profane ne joue un rôle immense depuis l'antiquité jusqu'à nos jours dans le développement des idées ; on ne peut nier enfin que tout ne soit calculé, dans le plan de la sagesse, pour la conduite de l'humanité au but divin, surtout lorsqu'il s'agit d'actions aussi considérables ; donc il est certain, a priori, que la littérature profane est un des moyens providentiels de christianisation de l'univers ; donc il faudrait le dire, ou manquer de foi, lors même que l'esprit ne saisirait pas les enchaînements par lesquels cette cause seconde se trouverait en concours avec toutes les autres.

« Mais il n'en est pas ainsi; les enchaînements sont à notre portée, et il nous suffit d'ouvrir les yeux pour les apercevoir.

« Si nous considérons en gros la littérature profane de l'antiquité tant orientale que gréco-romaine, nous trouvons d'abord que c'est elle qui prépare les voies au christianisme ; elle en est, pour nous servir de la parole de M. de Maistre au sujet de Platon, la préface humaine, le préliminaire, le précurseur, l'ébauche.

C'est elle qui conserve et développe les principes généraux de la morale et du dogme naturel ; elle prêche aux peuples dontles tendances sont au matérialisme et à l'égoïsme pratique, les nobles actions, les dévouements, la grandeur d'âme, l'amitié, l'hospitalité, et aussi la divinité avec les vertus qui l'ont pour objet; trouvez un grand orateur, un écrivain véritablement artiste, un poète surtout, dominant les anciens âges par son imagination et son génie, qui ne soit théiste, qui ne prêche Dieu ou les dieux, qui ne tire ses ressources de la foi aux esprits supérieurs, à l'im-

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mortalité de nos ûmes, et de l'admiration des belles actions qu'enfantent les vertus. Le spiritualisme est la vie intime de tous les chefs-d'œuvre littéraires de l'antiquité dans la Grèce, à Rome et dans l'Orient. Or n'est-ce pas là préparer les voies au Christianisme? dans quel état serait tombé l'univers moral sans ces influences !

La prédication chrétienne elle-même aurait-elle réussi, si elle avait trouvé le monde dans un état d'oubli de tout spiritualisme, dont l'avait préservé l&littérature?

« Aujourd'hui encore, dans le pays où le christianisme n'a pu jusqu'à ce jour établir son règne, n'est-on pas heureux de trouver quelque traité de morale, quelque poëme antique, quelque production respectée des foules, pour l'ouvrir, y moissonner et grouper en faisceau les idées spiritualistes, fussent-elles plus ou moins panthéistiques, et dire à tous, à l'imitation de saint Paul devant l'aréopage : « Voilà ce qu'ont dit vos grands hommes, vos orateurs, vos philosophes, vos historiens, vos poètes! c'est la vérité même que je vous annonce ; elle est imparfaitement exposée; c'est encore le Dieu inconnu ; je viens vous la montrer dans sa splendeur ; je viens vous apprendre à connaître ce Dieu que vous ne connaissez pas assez ; mais c'est le même Dieu, la même vérité fondamentale; ce ne sont pas des réfutations de vos grands hommes que j'apporte, ce sont des développements de tout ce qu'ils ont dit de \ rai, de bien et de beau ! »

« N'est-ce pas toujours ainsique le chrétien intelligent a fait sa propagande? Lisez Justin, Clément d'Alexandrie, Origène, Augustin, presque tous les pères, et vous en serez convaincu. Consultez tous les missionnaires intelligents que l'Eglise envoie de nos jours, dans l'Inde, dans la Chine, dans l'Amérique et partout; ils vous diront ce qu'ils en savent par leur propre expérience. N'avons-nous pas notre expérience à nous-mème ?

Quand nous voulons attirer à Jésus- Christ un homme de lettres qui n'a reçu que des influences profanes, ne mettons-nous pas en jeu la même

tactique, et ne serions-nous pas de maladroits lutteurs, si, au lieu de tirer profit de cette précieuse ressource, nous allions jeter brutalement aux gémonies tout ce que cet homme admire et respecte, tout ce qui fait autoi'itè dans son jugement? Ce n'est pas ainsi que nous nous y prenons, et en agissant par le procédé contraire, nous ne faisons que pratiquer, comme saint Paul, la justice exacte et la bonne foi, ce qui est toujours, et dans toutes les causes, en fin de compte, la plus grande habileté.

« Envisageons la question à un autre point de vue.

« Homère fut sans doute le fils d'une littérature antérieure, que nous croyons être descendue de l'Orient vers les îles de la Grèce ; les étymologies sanscrites dont est remplie la langue de notre père des poètes ne le prouvent-elles pas suffisamment?

On ne conçoit guère, non plus, qu'un homme , quel que soit son génie, trouve subitement dans son âme, des harmonies si parfaites, et, sans créer la langue elle-même, ce qui est évidemment impossible, l'élève, tout à coup, à cette sublimité de tournures, de combinaisons et de cadences.

L'homme ne produit jamais qu'avec un fond déjà réalisé; il ne pétrit que ce qui a été déjà pétri; il perfectionne tout, il ne crée rien, et le premier fil de chaque invention se perd dans la nuit du passé. Mais, quoi qu'il en soit d'Homère, nous savons que le siècle de Périclès est son fils , et nous savons, de même, que le siècle d'Auguste est l'enfant du siècle de Périclès; voilà l'enchaînement de la littérature greco-romaine, dans ses plus grandes lignes.

« Or, cette littérature n'est pas sans postérité ; les premiers siècles de l'Eglise, dont le plus grand est le quatrième, la réclament pour leur mère concurremment avec la littérature sacrée des deux testaments. Qu'auraient été tous les Pères de l'Eglise sans l'étude des lettres profanes? N'est-ce pas celte étude qui les a tirés de la foule ignorante ou indifférente, leur a donné le goût et la passion du beau, a développé leurs énergies natives, a

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mis leur génie à même de se sentir et de faire ce qu'il a fait pour le christianisme? Beaucoup d'entre eux, de leur propre aveu, n'auraient môme jamais été chrétiens sans la culture des lettres et de la philosophie ; tel est Augustin, c'est le platonisme qui l'a conduit comme par la main au christianisme; et, s'ils eussent été chrétiens ils ne l'auraient été que pour eux et quelques amis, n'auraient pas agi sur le présent et sur l'avenir du monde, n'auraient pu mériter d'être appelés par l'Eglise ses Pères.

« Mais sans ce premier résultat, que serions-nous aujourd'hui, nous-mêmes? Tout s'encliaîne dans l'expansion de la lumière en ce monde; c'est le jour qui donne naissance au jour; nous devons notre part de science et de civilisation chrétienne au travail de nos aïeux, comme nos descendants devront la leur à nos semailles et à nos sueurs présentes. La logique impartiale nous conduit donc à conclure que , par une chaîne savamment conçue dans l'esprit de Dieu, nous sommes redevables en partie, de notre christianisme aux Homère, aux Eschyle, aux Démosthènes, aux Platon, aux CicéroD, aux Virgile, aux Horace, dont les grands propagateurs de l'Evangile furent les iils avant d'être nos pères.

a Paul avait étudié les lettres romaines et connaissait assez la Grèce pour parler avec honneur devant les académiciens d'Athènes , en citant leurs poètes. Luc écrivait le grec avec une élégance qui annonce un lettré. Justin, Aristide, Athénagore, Théophile, Méhton, Orygène, Clément d'Alexandrie, et tous les apologistes du second et du troisième siècle étaient des savants, des philosophes et des littérateurs. Toute la légion de grands chefs qui emplit le quatrième siècle, se présente dans les mêmes conditions. Que fait l'empereur Julien pour essayer d'arrêter les progrès du christianisme? 11 proscrit parmi les chrétiens l'enseignement de la littérature grecque ; il n'imagine pas de moyen plus efficace, et il leur dit : « A nous l'éloquence et les arts » de la Grèce avec le culte des dieux ; » à vous l'ignorance et la rusticité,

» et rien au delà de ces mots. Je » crois : voilà votre sagesse ! ( I ) »

a Mais cette interdiction est ce qui choque le plus les orateurs chrétiens, et elle redouble leur ardeur pour les sciences profanes. Grégoire de Nazianze dit, à ce sujet, aux païens et aux césars : « Je vous abandonne tout lo » reste, les richesses, la naissance, » la gloire, l'autorité, et tous les biens » d'ici-bas, dont le charme s'évanouit » comme un songe ; mais je mets la » main sur l'éloquence; et je ne re- » grette pas les travaux, les voyages » sur terre et sur mer que j'ai en- » trepris pour la conquérir. (2) »

« S'il se forme des communautés laborieuses dans les riantes plaines de l'Asie, elles separtagent le temps entre le travail des mains et l'étude de la littérature. Basile, évèque de Césarée, fait un Traité sur VuUlitè à retirer des lettres profanes, pour indiquer aux jeunes gens la manière d'y trouver les vérités naturelles et les principes de vertu. Grégoire de Nazianze est professeur d'éloquence dans Athènes.

Chrysostomeest, comme tant d'autres, élève du rhéteur Libanius, mais orateur au barreau d'Antiuche, avant de devenir notre Démosthènes. « Hélas !

» disait Libanius, au lit de la mort, » j'aurais laissé le soin de mon école » à Chrysostome, si les chrétiens ne » nous l'avaient ravi par un sacri- » lége. »

« L'évèque de Ptolômaïs, Synésius, est le disciple de la célèbre Hypatie, va étudier à Athènesetcontinued'ètre, après son élection épiscopale, philosophe et jjoëte platonicien. Saint Hilaire, surnommé le Rhône de l'éloquence latine, raconte, après son élévation à l'épiscopat, qu'il est arrivé à la foi par la culture de la philosophie et des lettres ; cette culture, ditil, lui donna le mépris des plaisirs sensuels, puis le désir de connaître la divinité, puis la croyance à un seul Dieu, puis celle de "Dieu révélateur et de l'âme immortelle. Saint Ambroise, avant de devenir ce grand évêque de Milan qui convertit Au-

(i) Cité par M. Villemain. Tableau de L'ÉLO- QUENCE CHRÉTIENNE AU IV SIECLE.

\î, Oper. t. I. p. 132.

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gustin, se livre à l'étude des lettres grecques, de la philosophie et du droit civil, s'adonne au barreau et est même procurateur de Ligurie. Jérôme, l'éloquent moraliste, est d'abord étudiant à Rome, et passionné pour les poètes, les orateurs et les philosophes; il dit o qu'il avait puisé » chez eux et surtout dans Platon de » pures maximes qu'il croyait, plus » tard,avoirprises dans les épitres des » apôlres. » il emporte dans sa solitude de Bethléem Cicéron et Platon, pour les lire après les prophètes ; il y forme une collection des chefsd'œuvre de l'éloquence profane et l'y conserve jusqu'à la fin comme son trésor ; il s'occupe même « de » faire expliquer, dit Ruffin, à des » enfants qu'on lui confiait pour leur » inspirer la crainte du Seigneur, son » cher Virgile et les autres auteurs » comiques, lyriques, et histori- » ques. » Augustin est passionné, comme lui, pour la poésie, il ouvre une école de rhétorique à Carthage, puis à Rome, puis à Milan ; mais on en sait assez sur le côté littéraire de ce grand athlète. On en a fait assez aussi, sous le même rapport, de tou le la série d'apologistes qui se déroule jusqu'à nous, sans oublier les théologiens du moyen Age. Ces derniers, il est vrai, substituèrent à la forme variée, onctueuse et vivante de la poésie, la forme sèche, angulaire et brutale de la simple logique, ou pour tout résumer, Aristote à Platon; mais c'est encore cette littérature profane qui joue le rôle d'introductrice des génies sur l'arène catholique ; il est inutile d'ajouter qu'aux xvi° et xvn e siècles, la poésie renaît avecle platonisme, et que ce sont les lettres profanes qui, s'unissant aux sacrées, nous donnent nos Féuelon et nos Bossuet.

Elles font plus que les engendrer comme les aïeux engendrent les petits-fils, elles gardent encore sur leur naissance le droit direct de la paternité.

« Enfin passons à un troisième et dernier point de vue , à celui de l'éducation de la jeunesse aujourd'hui même.

Serait-il heureux pour le christianisme que l'ou rejetât de l'enseigne-

ment les modèles de l'antiquité grecoromaine qui a pris le nom de classique, sous prétexte que le christianisme en a lui-même assez produit, et que l'étude des orateurs, écrivains et poètes qu'il a enfantés serait devenue suffisante ? Un examen détaillé de cette question sortirait de notre cadre ; mais nous ne craignons pas d'affirmer que l'application d'un tel système serait pernicieuse. Elle serait d'abord en contradiction avec la logique de l'évolution providentielle qui veut que les richesses produitespar le travail de tous les temps s'accumulent pour former le trésor de l'avenir et servir d'éléments à de nouvelles productions. Les inspirateurs ne peuvent être trop nombreux, et jusqu'à la fin on aura besoin de choisir parmi tous les chefs-d'œuvre de tous les âges pour composer le répertoire où.

la jeunesse ira puiser le sentiment et le développement de ses forces. Retrancher une partie des éléments do travail et d'inspiration fournis par le passé, sera toujours l'appauvrir, et entraver le progrès ; or, c'est là faire tort au christianisme qui , devant l'homme de foi, s'illuminera de plus en plus, dans le développement de la littérature, ainsi que tout ce qui est vérité. Le mensonge est évidemment la seule chose qui puisse perdre à toute augmentation de lumière, dans l'art comme dans la science.

« A celte raison générale s'ajoutent une foule de raisons particulières ; au point où nous en sommes, il est faux que les modèles de l'évolution chrétienne puissent remplacer les autres.

Ils ne les valent pas au point de vue de la pureté classique, et du bon goût ; ils sont trop philosophiques pour l'enfance ; ils ne peuvent intéresser les esprits naissants ; ils sont écrits dans les langues de la décadence ; si l'on renonçait à l'élude d'Homère et dcVirgile,rieDémosthènes et de Cicéron, il faudrait rejeter des humanités le grec et le latin, ce qui aboutirait à les réduire à l'instruction p.imaire et à l'enseignement scientifique, et ce qui serait par suite, laisser sans culture le germe du sentiment poétique, dont la religion fait son grand mobile. On ne le voit que

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trop chez cette jeunesse dont on atrophie le cœur aujourd'hui par une étude prématurée et presque exclusive des mathématiques, contre laquelle Mgr. Dnpanloup, évèque d'Orléans, a élevé de si justes plaintes. La classe des littérateurs fournit des chrétiens en grand nombre ; celle des mathématiciens n'en fournit presque pas,dansses rangs secondaires ; nous ajoutons ce dernier mot, vu que les génies, dans tous les ordres, ne sont pas soumis aux influences des spécialités. Il faut, pour le bien de la religion, que les jeunes gens adonnés à l'étude, et dont la légion est toujours l'espérance de la propagande chrétienne dans l'avenir, soient exercés au sentiment du beau, afin qu'ils puissent apprécier lebeau divin, l'embrasser avec enthousiasme, et devenir, ainsi, des semeurs ardents de la vérité religieuse ; or il est impossible en général de leur ouvrir l'âme à ces horizons invisibles pour les yeux de la chair, si on ne mélange, au moins leur nourriture intellectuelle des attrayantes beautés de la littérature profane. Qu'on essaie d'un autre système, et l'on verra la société lettrée se diviser en deux parts, la classe des profanes qui n'auront pas voulu renoncer à l'étude de la Grèce et de Rome, et la classe des dévots qui maudiront cette étude pour se livrer exclusivement à celle des Pères de l'Eglise ; mais bientôt l'infériorité de celle-ci deviendra visible ; ellene pourra soutenir la concurrence; «lie sera l'objet des mépris dumonde, pendantquesa rivale brillera de toutes les splendeurs d'une littérature solide, étendue, savante et pure ; et le christianisme en subira toute la responsabilité dans l'esprit des masses, puisqu'elles ont pour habitude de toujours confondre les choses avec les hommes ; on s'éloignera de son sanctuaire, appelé alors le refuge des sots ; et se réalisera le plan infernal d'isolement qu'avait conçu contre lui Julien l'apostat. Or, ne sera-ce pas le plus grand des malheurs ?

« Il est donc essentiel que nous ne cessions jamais de nous alimenter de toutes les littératures, et qu'en cela nous suivions Ion jours l'exemple des Pères de l'Eglise, si nous voulons

poursuivre avec succès leur sublima et sainte entreprise. Les langues perfectionnéespar les Homère, les Platon, les Cicéron, les Horace, devinrent les armures de la religion chrétienne aux jours réglés par la providence; elles sont maintenant les pierres acérées sur lesquelles nous devons aiguiser nos lames, et elles ne cesseront jamais de nous être nécessaires dans la grande croisade, parce que les élaborations du passé ne se perdent plus et que, l'ennemi ne manquant pas de les ajuster pour sa cause, nous forcera toujours, si nous ne voulons encourir des défaites, de prendre, pour la nôtre, les mêmes précautions.

« III. Nous avons parlé des classiques grecs et latins ; mais nous n'avons rien dit des écrivains profanes de la période chrétienne -, ils ne se présentent pas avec autant de majesté ; ils ne sont pas devenus, à l'égal des premiers, un principe de vie intellectuelle agissant d'âge en âge sur toutes les productions, et partageant avec les maîtres de la littérature sacrée la domination universelle.

Homère et Platon, Cicéron et Virgile sont des chefs dont l'esprit préside à tous les mouvements littéraires des générations qui les ont suivis, et il n'y a pas de noms qui puissent rivaliser avec les leurs dans le môme genre d'iufluence. Cependant, il en est quelques-uns qui sont aussi de grands inspirateurs et de puissantes forces motrices. Que devons-nous dire, en général, de cette littérature, qui, tout en naissant au sein de l'al^iiosphère chrétienne, doit conserver la qualification de profane ?

<< 11 faut d'abord la diviser en deux espèces, essentiellement distinctes relativement au christianisme; celle qui ne l'attaque pas ou qui le protège indirectement, et celle qui lui fait la guerre.

« La première lui est évidemment favorable, quel que soit son but immédiat, car ce but ne peut être que la recherche et l'exposé de quelque vérité humaine; or, toute vérité étant nécessairement liée à toute vérité, travailler pour l'une c'est travailler pour l'autre. D'ailleurs, la littérature

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en elle-même développe l'esprit, aiguise la sensibilité, active l'énergie, ouvre l'âme, étend ses horizons, et rend, par une suite nécessaire, l'individu qui subit son influence plus propre à la conception , à l'amour et à la défense des vérités religieuses.

Que l'éloquence discoure donc, en dehors de la religion, devant les foules qu'elle passionne, sur les questions d'ordre politique on d'organisation sociale, ou de droit humain, ou d'intérêt particulier, ou de science, ou d'histoire, ou d'art, ou de toute autre espèce, elle sera bénie par la religion, qu'elle ne prétend ni attaquer ni soutenir. Que l'écriture discute sur la philosophie naturelle, élucide les événements passés, expose les découvertes, propose des théories d'amélioration sociale, fasse des traités dans tous les genres, et vulgarise les idées nouvelles aussi bien que les anciennes, elle sera considérée avec amour et reconnaissance par la religion qu'elle ne fera que servir avec d'autant plus d'efficacité qu'elle paraitramoins s'occuper d'elle.

Que la poésie, variant ses habits de fête, se joue dans les malices de l'apologue, ou dans les grâces de la pastorale, qu'elle jette l'épigiamme et la satire aux vices des individus et des sociétés ; qu'elle pare de ses fleurs la philosophie; qu'elle tire de la corde lyrique les mélodies et les frémissements, les amoureux soupirs et les marches glorieuses, les chants de tristesse et les cris exaltés; que, livrée à toutes les péripéties du sentiment et aux accès créateurs du génie, elle mette en action les héros épiques; qu'elle les fasse vivre sur la scène, dans leur grandeur, leurs passions, leurs tragiques aventures, ou qu'elle y personnifie dans les riants et comiques entretiens, les vertus et les vices, les ridicules des mœurs et les délicatesses du bon ton; que la poésie s'abandonne à tous ses jeux ; elle n'a rien à craindre de la religion intelligente pourvu qu'elle ne la traite point en ennemie ; celle-ci l'applaudira et trouvera sans cesse occasion do la remercier, comme une sœur, de services reçus.

« La littérature dont nous parlons

travaille pour le bien-être terrestre soit du corps, soit de l'esprit, soit du cœur. La religion s'occupe aussi de ce bien-être ; elle sait que la terre, étant le vestibule qui mène au dernier séjour, ne doit pas être négligée, que négliger la voie serait négliger le but, et que prétendre travailler pour le ciel sans faire entrer dans sa trame la considération des intérêts terrestres, n'est autre chose qu'une inconséquence grossière et déplorable ; elle se retrouve donc luttant près de la littérature sur le même terrain et pour la même cause ; or comment se ferait-il que deux frères d'armée ne seraient pas amis? leurs missions se confondent, toutes différentes qu'elles soient dans leur objet direct; on s'aime, on se soutient, on s'excite, on s'applaudit, on s'entr'aide quand on combat dans les mêmes colonnes, bien qu'avec des armes, des costumes, des tactiques, des langages divers et pour des motifs différents.

« La littérature qui fait la guerre à la religion ne mérite pas ses faveurs si on la considère dans ses intentions, mais il est un point de vue sous lequel la religion lui doit toute reconnaissance. Rappelons-nous les grands combats intellectuels de nos pères dans la foi avec les soutiens des religions antiques et des philosophie»

erronées; sans le besoin qu'avait l'Eglise de ces plumes ardentes, sans les coups d'aiguillon que lui portaient des adversaires redoutables, nos grands hommes se seraient sanctifiés dans la retraite sans avoir même l'idée de produire un chef-d'œuvre; tout ce qu'ils nous ont laissé de beau en éloquence sacrée fut provoqué par des attaques auxquelles il était essentiel de répondre. Sans les Plotin, les Porphyre, les Jamblès, nous n'aurions pas les Orvgène et les Augustin. Sans les littérateurs profanes ennemis de l'Eglise, nous n'aurions pas nos littérateurs sacrés ; saus les hérétiques nous n'aurions pas les pères; oh! que la parole du Christ était profonde ! Il est nécessaire qu'il y ait des scandales. Que serait l'Eglise chrétienne sans la contradiction? une reine sans gloire, une armée sans

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trophées, une humble sainte endormie dans sa foi, ignorant le progrès, manquant tout ensemble de faits glorieux à enregistrer dans ses annales et de plumes éloquentes pour les décrire. Ce serait la mort où est la vie, le silence où est le bruit, la nuit où est la lumière. Ne nous plaignons pas de la littérature ennemie, nous lui devons tous nos titres de gloire. Si, aujourd'hui même, elle venait à disparaître complètement de la scène du monde, la discussion se voilerait la face, et Dieu n'aurait plus qu'à rappeler sa religion dans les deux, puisque sa grandeur terrestre aurait clos sa carrière. Littérateurs ennemis, faites des chefs-d'œuvre de poésie, d'argumentation, d'éloquence; plus vous en ferez, plus nous en ferons; nous avons besoin d'une concurrence formidable; nous avons besoin de vos coups pour déployer nos forces; nous vous saurons gré de vos efforts puisque nous leur devrons nos tactiques nouvelles et de nouveaux triomphes.

« Arrière donc les théories d'intolérance etd'étouftementpar lesquelles on prétend laisser libre cours à nos

Eroductions religieuses, en élevant des arrières matérielles contre les productions opposées ! L'esprit seul peut condamner et enchaîner l'esprit ; mais de plus nous ne connaissons pas d'aussi perfide manœuvre; c'est nous condamner nous-mêmes au sileuce; c'est nous dire : Dormez sur vos exploits passés; votre règne est fini; plus d'ennemis, plus de combats, plus de triomphes, plus de gloire; et à la religion : Tu seras désormais sur la terre une oisive déesse savourant les délices énervantes que Satan te prépare dans la grande Capoue. Mais Dieu aura soin de sa fille; il lui conservera sa grandeur, et, en dépit de Satan, des ennemis pour signaler sa force. Il l'a faite guerrière ; il l'a faite militante; et, jusqu'au dernier jour de son pèlerinage, elle brillera devant le monde sous les traits de la Pallas antique : les loisirs de Cythère ne sont que pour Vénus.

« liberté de la discussion, liberté de l'attaque, liberté de la réponse, liberté de la presse, liberté de

toute littérature! tu es notre force, notre grandeur, notre mouvement, notre vie ! tu es notre espérance!...»

Nous écrivions ce qui précède dans les années mêmes où commençait de monter cette marée de positivisme, en philosophie, en littérature, même en religion, qui devait battre, dix-sept ans plus tard, si largement et si tranquillement son plein, lorsque la foudre a éclaté dans notre ciel. Les sciences exactes avaient accaparé tous les talents ; le genre sec et froid congelait toutes les plumes; une paralysie générale attaquait tous les cerveaux; le feu s'était éteint, il ne brûlait plus que dans quelques foyers qui restaient encore du grand incendie romantique et qui n'avaient plus droit de cité parmi nous. Mais que devenaient nos âmes? Des âmes mortes, pour rappeler une expression aussi célèbre que celle du fameux silence au pauvre; et la preuve en est trop lugubrement écrite dans le livre de la justice des choses, pour que nous puissions penser à la développer. Les bras ne pouvaient plus croiser la baïonnette ; les voix ne pouvaient plus chanter la Marseillaise, et la patrie avec sa religion. se faisait battre sur les champs de bataille....

Le Nom.

LITTÉRATURE SCIENTIFIQUE (la) DES ARABES AU MOYEN AGE (Théol. mixt. art. et litt. scien.) — V.

Geber et les Arabes y compris Avicenne jusqu'a averroès.

LITTRÉ (Maximilien-Paul-Emile).

(Théol. hist. biog. et bihlioij.) — Ce publiciste et philologue français, disciple d'Auguste Comte et devenu, depuis la mort du maître, le grandprêtre du positivisme de nos jours, naquit à Paris en 1801. Il a été nommé membre de l'Académie française, il y a à peu près une année, malgré les efforts de Mgr. Dupanloup pour empêcher de s'asseoir parmi les quarante un athée publiquement avoué. (V.

Dupanloup.)

M. Littré est, dit- on, un homme très-simple et très-bon; quant aux agréments de son style, ils sont incontestables et ont rendu de grands

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services à la philosophie positiviste d'Auguste Comte, qui, chez le maître, n'avait rien que de fort peu séduisant.

On a de M. Littré : De la philosopLie positiviste, in-8°, 1845; la Poésie homérique et l'ancienne poésie française, dans la Revue des Deux Mondes, 185-7; Histoire littéraire de France, t. XXI à XXIII, dont il est l'un des auteurs ; le Journal des savaiits, dont il est un des rédacteurs; traduction de la Vie de Jésus du docteur Strauss, in- 8°, 1839 et 1855; une traduction de l'Histoire naturelle de Pline, 2 vol. in- 8°, 1848, dans la collection des Classiques latins de M. Nisard; Application de la philosophie positive au gouvernement des sociétés et en particulier à la crise actuelle, iu-8°, 1849 ; Dictionnaire étymologique de la langue française, dont la richesse consiste en de nombreuses citations, œuvre très-considérable ; Paroles de philosophie positive, 18b9; publication des œuvres d'Armand Carrel, 1837; traduction des Œuvres d'Hippocrate, 9 vol. 1839 à 18G0, etc. M. Littré a beaucoup travaillé à la Gazette médicale de Paris ; au Dictionnaire de médecine, à l'Expérience, etc.

Cet honnête athée n'a jamais voulu accepter aucune place, surtout lucrative. La seule position publique qu'il ait occupée un moment fut celle de conseiller municipal de la ville de Paris en 1848, position qu'il résigna presque aussitôt. Il a même refusé la décoration de la légion d'honneur.

La révolution de février le séduisit d'abord, puis il s'en dégoûta, ctdonna dans la réaction. Il avait cependant fait partie des combattants de juillet.

M. Littré s'est fait recevoir, en 1875, dans la société des francs-maçons et a prononcé, le jour de sa réception, un discours dans lequel il a dit : « Dans l'ordre philosophique, aucune scienco ne nie une cause première, n'aj-ant jamais rien rencontré qui la lui démentit; mais aucune ne l'affirme, n'a)'ant jamais rien rencontré qui la lui montrât. Toute science est enfermée dans le relatif; partout on arrive à des existences et à des lois irréductibles, dont on ne connaît pas l'essence. On ne nie pas qu'une cause ultérieure ne soit derrière; mais

on n'a jamais passé de l'autre c&lé. »

Nous lui demandons si son esprit ne voit pas avec évidence la nécessité d'une essence de ces lois irréductibles, tout inconnue qu'elle soit par compréhension, ainsi que toute essence.

Nous lui demandons si son esprit, comme tout esprit, ne passe point sans cesse du côté où réside l'absolu des axiomes, de ce côté où brille ce soleil des esprits qui leur fait voir avec une clarté complète que le tout est plus grand que sa partie au sens absolu. Nous lui demandons si ce n'est pas là voir Dieu lui-même, la cause première comme nécessairement existante. Nous lui demandons s'il doute de son être propre, de la réalité d'une ossence en lui quoiqu'il ne la pénètre pas. Nous lui demandons, non pas seulement de ne point nier Dieu, mais de proclamer son existence comme il proclame celle des lois irréductibles auxquelles toute science le conduit, par celte seule raison que son existence est nécessaire aux natures comme les lois irréductibles sont nécessaires aux sciences; et alors il sera Lhéiste. Mais il ne veut pas l'être, et il se réfugie, ainsi que Proudhon, dans une élimination de la question dont l'artifice vaut celui du héron qui se croit sauvé de l'ennemi quand il s'est mis la tète dans le trou où il ne le voit plus. (V.

Élimination de l'absolu.)

Au reste les paroles que nous venons de citer de M. Littré prouvent qu'il seut l'athéisme vaincu par la discussion; il recule comme le fit Proudhon lorsque nous l'accusâmes d'être athée, et il nous dira à son tour : De quel droit m'appelez-vous athée? — Nous aimons ces réclames do la part des grands prêtres du positivisme, mais nous leur disons :

point de milieu : théiste ou athée; pas de cette lin de non recevoir, devant la question suprême qui s'impose à l'esprit. De quel droit fermezvous donc ainsi la porte aux problèmes dont les solutions sont les grands desiil rata de l'humanité et dont les études constituent sa richesse et sa grandeur? et qu'ètes-vous, en lui fermant cette porte, sinon un él<'ii,'noirî Le Noia.

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LITURGIE. Le mot grec fctewpyfat, suivant les grammairiens, signifie otivragr, fonction, ministère public ; il est composé de Iskoi, public, et de tmw, ouvrage, action. Mais puisque ce terme est principalement consacré à désigner le culte divin et les cérémonies qui en font partie, il est plus naturel de le dériver de Xzmi, qui se trouve dans Hésychius, au lieu de de 'XiTaï, prières, supplications, vœux adressés à la Divinité, d'où est venu le lalin litare, prier, sacrifier.

A proprement parler, la liturgie n'est autre chose que le cuite rendu publiquement à la Divinité; il est donc aussi ancien que la religion, puisque c'est une des premières leçons que Dieu a données à l'homme en le créant. Dans l'histoire même de la création, il est dit que Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, ■ Gen., c. 2, f 2 et 3; il destina donc ce jour à son culte, et sûrement il ne laissa pas ignorer à nos premiers parents la manière dont il voulait être honoré. Mais nous avons assez parlé ailleurs du culte rendu à Dieu par les patriarches et par les Juifs.

Voyez Culte, Judaïsme, Lois cérémonielles, etc. Nous devons donc nous occuper seulement ici de la liturgie chrétienne ou du culte divin, tel qu'il a été institué par Jésus- Christ et par les apôtres.

Jésus-Christ, qui est venu au monde pour apprendre aux hommes à adorer Dieu en esprit et en vérité, a dû faire cesser le culte grossier pratiqué par les Juifs ; mais il n'a pas supprimé pour cela toutes les cérémonies, comme certains dissertateurs ont voulu le persuader. Il en a même institué plusieurs, et après son ascension, il a envoyé le Saint-Esprit à ses apôtres pour leur enseigner toute vérité, et leur faire comprendre parfaitement tout ce qne leur divin Maître leur avait dit, Joan , c. 14, f 36; c. 16, y 13. Ils ont donc exactement suivi ses intentions, en réglant le culte divin; saint Paul assure les Corinthiens qu'il a reçu du Seigneur tout ce qu'il leur a dit touchantla consécration de l'eucharistie, ICer., c. il, f 23.

C'est cette consécration même que

l'on nomme proprement liturgie , parce que c'est la partie la plus auguste du service divin. Nous traitons des autres parties de l'office de l'Eglise sous leur nom particulier.

Déjà, dans l'Apocalypse de saint Jean, nous trouvons le tableau d'une liturgie pompeuse. Il rapporte une vision qu'il eut le dimanche, jour auquel les fidèles s'assemblaient pour célébrer les saints mystères. Apoc, cap. 1, f 10. L'apôtre peint en effet une assemblée à laquelle préside un pontife vénérable, assi* sur un trône, et environné de vingt-quatre vieillards ou prêtres, cap. 4, ^ 2, 3, 4. Nous y voyons des habits sacerdotaux, des robes blanches, des ceintures, des couronnes, des instruments du culte divin, un autel, des chandeliers, des encensoirs, un livre scellé, ibid., et c. 5 , ^ I ; il y est parlé d'hymnes, de cantiques, d'une source d'eau qui donne la vie, c. S, ? H et 12; c.7, y 17. Devant le trône, et au milieu des prêtres, est un agneau en état de victime, auquel soûl rendus les honneurs de la divinité. C'est donc un sacrifice auquel Jésus-Christ est présent; s'il y est en état de victime, il faut aussi qu'il en soit le pontife principal, c. S, f 6, il et 12.

Sous l'autel, sont les martyrs qui demandent que leur sang soit vengé :

c. 6, f 9 et 10. On sait que l'usage de l'Eglise primitive a été d'offrir les saints mystères sur le tombeau et sur les reliques des martyrs. Un ange présente à Dieu de l'encens, et il est dit que c'est l'emblème des prières des saints ou des fidèles, c. 8, f 2 ; Fleury, Mœurs des chrét.

Comme il est de l'intérêt des protestants de persuader que, dans les trois premiers siècles de l'Eglise, ou n'a rendu aucun culte religieux à, l'eucharistie, aux anges, aux saints, ni aux reliques des martyrs, ils ont senti les conséquences que l'on peut tirer contre eux de ce tableau, et ils ont cherché à les détourner. Ils ont dit que l'Apocalypse est une vision et non une histoire ; que l'autel, le trône, etc., vus par saint Jean, étaient dans le ciel et non sur la terre. Mais ai l'on rapproche de ce tableau ce

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que dit saint Ignace dans ses lettres, touchant la manière dont l'eucharistie doit se^ faire par l'évêque au milieu des prêtres et des diacres ; ce qui est rapporté dans les actes de son martyre et de celui de saint Polycarpe, concernant l'usage des fidèles de s'assembler sur le tombeau et sur les reliques des martyrs; le récit que fait saint Justin de ce qui se passait dans les assemblées des chrétiens, Apol. 1 , n. 15 et suiv., on rerra qu'au second siècle, et très-peu de temps après la mort de saint Jean, l'on faisait exactement sur la terre ce que cet apôtre avait vu dans le ciel. Bingham, Orig.

ecclés., 1. 13, c. 2, § 1, est convenu que, dans le chapitre 8 de l'Apocalypse, l'Eglise chrétienne est représentée dans le ciel et sur la terre ; en cela il a été de meilleure foi que les autres protestants.

Ainsi, de deux choses l'une : ou saint Jean a représenté la gloire éternelle sous l'image de la liturgie chrétienne, ou cette liturgie a été dressée selon le plan tracé par saint Jean :

dans l'un et l'autre cas, elle vient de tradition apostolique. Saint Irénée, adv. Hser., lib. 4, c. 17, n. 5, et c. 18. n. 6, le suppose ainsi ; et cela n'a pas pu être autrement. Quel personnage aurait pu avoir assez d'autorité pour faire recevoir par toutes les églises une liturgie uniforme, si le modèle n'en avait pas été tracé par les apôtres? Or, lorsque nous comparons celte liturgie apostolique avec l'explication qu'en a donnée saint Cyrille de Jérusalem dans ses Catéchèses, l'an 3i7on 348, avec la liturgie placée dans les Constitutions apostoliques avant l'an 390, avec les autres liturgies écrites au commencement du v G siècle, nous y trouvons une conformité si parfaite, que l'on ne peut y méconnaître une môme origine.

Quoi qu'en disent les protestants et leurs copistes, cette liturgie apostolique n'est point telle qu'ils le prétendent ; on n'y voit point cette extrême simplicité qu'ils se flattent d'avoir imitée ; on y trouve même une doctrine très-différente de la leur : nous le prouverons en détail.

Ils se sont imaginé que, dans les

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premiers siècles, chaque évêque était le maître d'arranger comme il lui plaisait la liturgie de son église :

c'est une fausse supposition. Après l'ascension du Sauveur, les apôtres sont restés réunis à Jérusalem pendant quatorze ans, avant de se disperser pour aller prêcher l'Evangile. Eusèbe, Hist. ecclés., 1. 5, c. 18, à la fin.

Ils ont donc célébré ensemble l'office divin, ou la liturgie, pendant tout ce temps-là. Act., c. 13, f 2. Ils ont eu par conséquent une formule fixe et uniforme; et il n'y a aucune raison de croire qu'ils l'ont changée lorsqu'ils ont été séparés. On a donc tout lieu de penser que la liturgie de saint Jacques, suivie dans l'Eglise de Jérusalem, était celle que les apôtres y avaient établie. Qui aurait osé réformer ce que ces saints fondateurs du christianisme avaient réglé?

Ce n'est donc pas des protestants que nous devons apprendre ce qu'il faut penser des liturgies suivies par les différentes églises de l'Orient et de l'Occident; si elles sont authentiques ou supposées; quel degré d'autorité on doit leur attribuer; quelles conséquences on peut eu tirer : nous sommes forcés de chercher des lumières ailleurs.

Jusqu'au xvu» siècle, l'on s'était fort peu occupé de ces liturgies ; les théologiens en avaient rarement fait iisage pour prouver la doctrine chrétienne : mais lorsque les protestants eurent la témérité d'assurer que les sectes des chrétiens orientaux, séparés de l'Eglise romaine depuis douze cents ans, avaient la même croyance qu'eux sur l'eucharistie, sur l'invocation des saints, sur la prière pour les morts, etc., ilfallut examiner les monuments de la foi de toutes ces sectes, et particulièrement leurs liturgies. C'est ce qu'ont fait les auteurs de la Perpétuité de la foi, surtout dans le quatrième et le cinquième volume : ensuite l'abbé Renaudot a donné une ample Collection des liturgies orientales, en 2 vol. in- 4°, avec des notes et une savante préface.

En 1680, le cardinal Thomasius a publié à Rome les anciens Sacramentaires de l'Eglise romaine ; c'est de là

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que dom Mabillon a tiré, en 168b, la liturgie gallicane, qu'il a fait imprimer après l'avoir confrontée avec un manuscrit du vi e siècle, et avec deux autres missels anciens. Déjà le père Ménard avait publié, en 1640, le Sacramentaire de saint Grégoire avec de savantes notes; et l'on a réimprimé depuis peu le missel mozarabique.

Le père Le Brun a rassemblé toutes ces liturgies, et celles que l'abbé Renaudot n'avait pas* pu se procurer; il les a comparées entre elles et avec celles des protestants : il ne nous manque plus rien pour juger de ces divers monuments avec connaissance de cause.- Voy. Explic. des cérém. de la messe, t. 3. et suiv.

Pour mettre un peu d'ordre dans cette '[discussion, nous examinerons, 1° quelle est l'antiquité et l'autorité des liturgies en général ; 2° nous parlerons en particulier de celles des cophtes ou chrétiens d'Egypte, auxquelles on doit rapporter celles des Abyssins ou chrétiens d'Ethiopie; 3° des liturgies syriaques, suivies, tant par les Syriens catholiques nommés maronites, que par les jacobites ou eutychiens ; 4° de celles des nestoriens et des arméniens ; 5" des liturgies grecques ; 6" de celles des Latins, suivies par les églises de ■ Rome, de Milan, des Gaules, de l'Espagne; 7" nous verrons les conséquences qui résultent de la comparaison de tous ces monuments; Qousjetterons un coup d'oeil sur les liturgies des protestants.

I. De l'antiquité et de l'autorité des liturgies. Le père Le Brun a très-bien prouvé qu'aucune liturgie n'a été mise par écrit avant le v° siècle, excepté celle qui se trouve dans les Constitutions apostoliques, et qui date au moins de l'an 390. Il ne faut cependant pas en conclure, comme ont 'ait les protestants et d'autres, que es liturgies qui portent les noms de saint Marc, de saint Jacques, de saint Pierre, etc., sont des pièces apocryphes et sans autorité. Les mêmes raisons qui prouvent que la liturgie n'a pas été d'abord mise par écrit, prouvent aussi qu'elle a été soigneusement conservée par tradition dans chaque glise, et fidèlement transmise par

les évêques à ceux qu'ils élevaient au sacerdoce. C'était un mystère, ou uu secret que l'on voulait cacher aux païens, mais que les pasteurs se conîiaientmutuellement ; ils apprenaient par mémoire les prières et les cérémonies ; cela était d'autant plus aisé, que c'étaient des pratiques d'un usage journalier; mais ils étaient persuadés qu'il ne leur était pas permis d'y rien changer.

Les Pères de l'Eglise nous font remarquer cette instruction traditionnelle : leur fidélité à garder ce dépôt est attestée par la conformité qui s'est trouvée, pour le fond, entre les liturgies des dilférentes églises du monde, lorsqu'elles ont été mises par écrit. Le style des prières est souvent différent, le sensest partout le même, et il y a peu de variété dans l'ordre des cérémonies. Dans toutes l'on retrouve les mêmes parties, la lecture des Ecritures de l'ancien et du nouveau Testament, l'instruction dont elle était suivie, l'oblation des dons sacrés faite par le prêtre, la préface ou exhortation, le sanctus, la prière pour les vivants et pour les morts, la consécration faite par les paroles de Jésus-Christ, l'invocation sur les dons consacrés, l'adoration et la fraction de l'hostie, le baiser de paix, l'oraison dominicale, la communion, l'action de grâces, la bénédiction du prêtre. Telle est la marche à peu près uniforme des liturgies, tant en Orient qu'en Occident ; cette ressemblance pourrait-elle s'y trouver, si chacun de ceux qui les ont rédigées avait suivi son goût dans la manière de les arranger? En rassemblant ce qu'en ont dit les Pères des quatre premiers siècles, on voit que de leur temps les liturgies étaient déjà telles qu'elles étaient mises par écrit au cinquième.

Plusieurs sectes d'hérétiques, en se séparant de l'Eglise catholique, ont conservé la liturgie telle quelle était avant leur schisme, et n'ontpas osé y toucher, tant on était persuadé que cette altération était un attentat :

pendant les quatre premiers siècles, aucun n'a eu cette témérité ; Nestorius est le premier auquel on l'ait reprochée. Leont. Bysant. contra Nest.

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tiEutych., 1. 3. C'est, sans doute, une des raisons qui tirent sentir la nécessité d'écrire les liturgies. Depuis ce moment, il ne fut plus possible de les altérer sans exciter la réclamation des fidèles, puisqu'alors elles étaient en langue vulgaire.'

Bingham a voulu en imposer, lorsqu'il a soutenu que, dans les premiers siècles, chaque évèque avait la liberté de composer une liturgie pour son église, Orig eccl., 1. 2, c. 6, § 2, et d'y arranger le culte divin comme il le trouvait bon, 1. 13, c. S, § 1.

Pour prouvercetteprétendue liberté, ce n'était pas assez d'alléguer quelque légère diversité entre les liturgies, puisqu'il reconnaît lui-même que de temps en temps l'on y a fait quelques additions ; la variété aurait été beaucoup plus grande, si chaque évèque s'était cru en droit de l'arranger selon son goût. Croit-on que les fidèles, accoutumés à entendre la même liturgie pendant tout l'épiscopat d'un saint évèque, auraient souffert aisément que son successeur la changeât?

Souvent ils ont été prêts à se mutiner pour des sujets moins graves.

Les protestants ont donc très-mal raisonné, lorsqu'ils ont dit que les liturgies connues sous les noms de saint Marc, de saint Jacquos ou d'un autre apôtre, sont des pièces supposées, qui n'ont été écrites que plusieurs siècles après la mort de ceux dont elles portent les noms. Qu'importe la date de leur rédaction par écrit, si, depuis les apôtres, elles ont été conservées et journellement mises en usage par des églises entières ? Il a été naturel de nommer liturgie de saint Pierre, celle dont on se servait dans l'église d'Àntioche ; liturgie de saint Marc, celle qui était suivie dans l'église d'Alexandrie ; liturgie de saint Jacques, celle de Jérusalem ; liturgie de saint Jean Chrysostome, celle de Constanlinople, et ainsi des autres.

On ne prétendait pas pour cela que ces divers personnages les eussent écritos, mais qu'elles venaient d'eux par tradition, et il nous paraît que, dans cette question, la tradition d'une Église entière mérite croyance.

On a pu, sans doute, ajouter de temps en temps à ces liturgies quel-

ques termes destinés à professer nettement la foi de l'Eglise contre les hérétiques, comme le mot consubstantiel, après le concile de Nicée, et le titre de Mère de Dieu donné à la sainte Vierge, après le concile d'Ephèse. Cela prouve que la litwgie a toujours été une profession de foi ; mais l'on sait à quelle occasion et par quel motif ces additions ont été faites, et on ne les trouve pas dans toutes les liturgies ; au lieu que l'on trouve dans toutes, sans exception, les prières et les cérémonies qui expriment les dogmes rejetés par les protestants.

Il ne faut donc pas raisonner sur l'authenticité de ces monuments comme sur l'ouvrage particulier d'un Père de l'Eglise ; aucun écrit de cette dernière espèce n'a été appris par cœur et récité journellement dans les églises, comme les liturgies. L'authenticité de celle-ci est prouvée par leur uniformité ; ce n'est point dans des manuscrits épars qu'il a fallu les chercher, mais dans les archives des églises qui les suivaient. Il est fielleux que des savants, respectables d'ailleurs, n'aient pas fait cette réflexion, et soienttombés danslamème méprise que les protestants. Voyez l'Hist. deiAcad. des Inscript. , tom. 13, in-12, pag, 103.

Le degré d'autorité des liturgies est encore très-différent de celle de tout autre écrit : quel que soit le nom qu'elles portent, c'est moins l'ouvrage de tel auteur, que le monument de la croyance et de la pratique d'une Eglise entière : il a l'autorité nonseulement d'un saint personnage, quel qu'il soit, mais la sanction publique d'une société nombreuse de pasteurs et de fidèles qui s'en est constamment servi •. Ainsi, les liturgies grecques de saint Basile et de saint Jean Chrysostome ont non-seulement tout le poids que mentent ces deux saints docteurs, mais le suffrage des églises grecques qui les ont suivies et qui s'en servent encore.

Jamais les églises ne s'y seraient attachées, si elles n'y avaient pas reconnu l'expression fidèle de leur cn>\ Par une raison contraire, la insérée dans les Constitutions »

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Kques, n'est presque d'aucune autorité, quoiqu'elle ait été écrite la première, parce qu'onneconnait aucune église qui s'en soit servi.

Quand les objections que Daillé a faites contre les écrits des Pérès se- . raient solides, elles n'auraient aucune force contre les liturgies. Ici, c'est, la voix du troupeau jointe à celle du pasteur : c'est tout un peuple qui, par la forme de son culte et par les expressions de sa piété, rend témoignage de sa croyance. Or, la plupart des anciennes églises avaient reçu leur croyance des apôtres mêmes.

Aucune n'a jamais été sans liturgie, et aucune n'a été assez insensée pour exprimer, par ses paroles et par ses actions, une doctrine qu'elle ne croyait pas ou qu'elle regardait comme une erreur. Les liturgies des Orientaux promeut aussi évidemment leur foi, que celles des protestants expriment leur doctrine.

S'il se trouve quelque ambiguïté dans le langage des prières, le sens en est expliqué par les cérémonies ; et ces deux signes réunis ont une toute autre énergie que de simples paroles. Quand celles de la consécration, ceci est mon corps, seraient équivoques, l'invocation du Saint- Esprit, par laquelle on le prie de changer les dons eucharistiques, et . d'en faire le corps et le sang de Jésus-Christ, l'élévation et l'adoration de l'hostie, l'usage de porter l'eucharistie aux absents, attesteraient la présence réelle d'une manière invincible. Les protestants l'ont si bien compris, qu'en changeant de dogme, ils ont été forcés de supprimer les cérémonies : c'était une condamnation trop sensible de leur doctrine.

Aussi, dès les premiers siècles, on a opposé aux hérétiques ces monuments de la foi de l'Eglise. Selon le témoignage d'Eusèbe, Histoire eeclés., liv. 5, c. 28, un auteur du second siècle, pour réfuter Artémon, qui prétendait que Jésus-Christ était un pur homme, lui citait les cantiques composés par les fidèles dès le commencement, par lesquels ils louaient Jésus-Christ comme Dieu. Paul de Samosate, qui pensait comme Arté-

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mon, fit supprimer ces cantiques dans son église, ibid., liv. 7, ch. 30. Nous apprenons de Théodoret, qu'Arias changea la doxologie que l'on chante à la tin des psaumes, parce qu'elle réfutait son erreur : il aurait voulu changer aussi les paroles de la forme du baptême, mais il n'osa pas y toucher. Théodoret, Hseret. Fab.,1, 4,c. 1.

Au cinquième siècle, saint Augusliu prouvait aux pélagiens le péché originelpar les exorcismes du baptême; la nécessité de la grâce et la prédestination, par les prières de l'Eglise, Epist. 96,217, ele. Le pape saint Célestin proposait cette règle aux évoques des Gaules, lorsqu'il leur écrivait : a Faisons attention au sens des », prières sacerdotales, qui, reçues par » tradition des apôtres dans tout le » monde, sont d'un usage uniforme » dans toute l'Église catholique ; » et par la manière dont nous » devons prier, apprenons ce que » nous devons croire. » Ainsi ce pontife attestait l'authenticité et l'autorité des liturgies ; elle n'est pas diminuée depuis douze cents ans :. jusqu'à la fin des siècles elle sera la même.

II. Des liturgies cophtes.Onsa.it par une tradition constante que l'église d'Alexandrie, capitale de l'Egypte, fut fondée par saint Marc; et l'on ne peut pas douter que ce saint évangéliste n'y ait établi une forme de liturgie. Elle s'y conserva, comme ailleurs, par tradition, jusqu'au cinquième siècle, et selon l'opinion commune, ce fut saint Cyrille d'Alexandrie qui rédigea pour lors et mit par écrit la liturgie de son église. Il l'écrivit en grec, qui était alors parlé en Egypte; de là cette liturgie a été nommée indifféremment liturgie de saint Marc, et liturgie de saint Cyrille. Mais comme une bonne partie du peuple de l'Egypte n'entendait pas le grec, et ne parlait que la langue cophle, il paraît qu'au cinquième siècle l'usage était déjà établi dans ce royaume de célébrer l'office divin en cophte aussi bien qu'en grec, et que la liturgie grecque de saint Cyrille fut aussi écrite en cophte pour l'usage des naturels du pays.

Lorsque Dioscore son successeur,

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partisan d'Eutychès, et condamné par le concile de Chalcédoine, en 4SI, se sépara de l'Eglise catholique, il entraîna dans son schisme la plus grande partie des Egyptiens natifs. Ces schismatiques continuèrent à célébrer en cophte, pendant que les Grecs d'Egypte, attachés à la foi catholique et au concile de Chalcédoine, conservèrent de leur côté l'usage du grec dans le service divin. Cette diversité a duré pendant deux cents ans, et jusque vers l'an 660, temps auquel les mahométans se rendirent maîtres de l'Egypte. Alors les Grecs d'Egypte, fidèles aux empereurs de Constantinople, furent opprimés ; les cophtes schismatiques, qui avaient favorisé la conquête des mahométans, obtinrent d'eux l'exercice libre de leur religion, et l'ont conservé jusqu'aujourd'hui. Voyez Cophtes.

Ils ont trois liturgies : l'une, qu'ils nomment de saint Cyrille ; c'est la même, pour le fond, que celle dont nous venons de parler ; la seconde est celle de saint Basile ; la troisième, de saint Grégoire de Nazianze surnomnié le Théologien. Dans ces deux dernières, les cophtes eutychiens, ou jacobites, ont placé avant la communion une confession de foi conforme à leur erreur, mais ilsn'ont pas touché à celle de saint Cyrille, nommée aussi de saint Marc. L'abbé RenaudotFa traduite non-seulement du cophte, mais l'a confrontée avec le texte grec, duquel elle est originairement tirée. L'on ne peut pas douter que ce ne soit la liturgie qui était en usage dans l'église d'Alexandrie, au v c siècle, avant le schisme de Dioscore, puisque les catholiques avaient continué de s'en servir encore depuis cette époque. Le père Le Brun l'a aussi rapportée. On n'y trouve aucune erreur, mais une conformité parfaite avec la croyance catholique sur tous les points contestés entre les protestants et nous. De quel droit dira-t-on que cette liturgie de saint Marc est une pièce apocryphe et supposée, qui n'a aucune autorité ? Dans les deux autres liturgies des cophtes, on ne trouve rien de changé ni d'ajouté que la profession de l'eutychiauisme. Depuis que l'arabe est

devenu la langue vulgaire de l'Egypte, les cophtes n'ont pas laissé de célébrer en cophte, quoiqu'ils n'entendent plus cette langue.

Comme les Abyssins ou chrétiens d'Ethiopie ont été convertis à la foi chrétienne par les patriarches d'Alexandrie, et sont demeurés sous leur juridiction, ils ont aussi adhéré à leur schisme, et ils y persévèrent.

Outre les trois liturgies dont nous venons de parler, ils en ont encore neuf autres ; ce qui semble prouver qu'autrefois elles étaient au nombre de douze en Egypte : mais le fond et le plan sont les mêmes : toutes ont été traduites en éthiopien. A la réserve de l'eutychianisme, qui se trouve professé dans plusieurs, elles ne renferment rien de contraire à la foi catholique. C'est contre toute vérité que Ludolf, La Croze et quelques autres, ont voulu persuader que la croyance des Abyssins était plus conforme à celle des protestants qu'à celle de l'Eglise romaine ; le contraire est évidemment prouvé, soit par leur liturgie, que l'abbé Renaudot a donnée sous le nom de Canon universus JSthiopum, soit par celle qui porte le nom de Dioscore, et que l'on trouve dans le père Le Brun, tom. 4, pag. K64. Voyez Eiuiiopiknl.

III. Liturgie des Syriens. Après la condamnation d'Eutychès au concile de Chalcédoine, on \it en Syrie à peu près la même chose qu'en Egypte :

cet hérétique y trouva un grand nombre de partisans ; it y eut même différents schismes parmi eux et beaucoup de disputes entre eux et les catholiques. Ceux-ci furent nommés mclchites par leurs adversaires, c'est-à-dire royalistes, parce qu'ils suivaient la croyance de l'empereur.

Mais les uns et les autres conservèrent en syriaque la môme liturgie qu'ils avaient eue auparavant.

Elle était communément appelée liturgie de saint Jacques, parce qu'on la suivait à Jérusalem, de même que dans toutes les églises syriaques du patriarcat d'Antioche. On ne peutpas douter de l'antiquité de cette liturgie, lorsqu'on la confronte avec la cinquième Catéchèse mystagogi'/ue do saint Cyrille de Jérusalem. L'an 347

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ou 3*8, ce saint évêque en expliquait aux nouveaux baptisés la partie principale qui commence à l'oblation, et il en suit exactement la marche. Probablement au v e siècle elle fut d'abord écrite en grec, puisque dans le syriaque l'on a conservé plusieurs termes grecs. On y ajouta le mot consubstantiel, adopté par le concile de Nicée, et Marie y est nommée Mère de Dieu, comme l'avait ordonné le concile d'Ephèse : il ne s'ensuit pas de là que cette liturgie ait été inconnue avant cette addition.

L'an 692, les Pères du concile in Trullo la citèrent sous le nom de saint Jacques, pour réfuter l'erreur des arméniens, qui ne mettaient point d'eau dans le calice. Auix° siècle, Charles le Chauve voulut voir célébrer la messe selon cette liturgie de saint Jacques usitée à Jérusalem.

Epist. ad Clerc. Ravennat. Jamais les Orientaux n'ont douté qu'elle ne fût effectivement de saint Jacques. Dans la suite, lorsque les patriarches de Constantinople ont eu assez de crédit pour iaire supprimer dans l'étendue de leur juridiction toutes les liturgies, à l'exception de celles de saint Basile et de saint Jean Chrysostome, ils ont cependant souffert que dans les églises de Syrie l'on se servit de celle de saint Jacques, au moins le jour de sa fête. Elle a donc toute l'authenticité que donne à un monument l'autorité des églises.

Vainement Rivet et d'autres protestants ont voulu l'attaquer à cause de l'addition dont nous venons de parler, et du trisagion qui n'a commencé, disent-ils, qu'à la fin du v° siècle. Mais ces critiques ont confondu le trisagion tiré de l'Ecriture sainte, et la formule Agios, ô Theos, etc., qui a commencé à être chantée à Constantinople l'an 446, avec une addition que Pierre le Foulon, chef des théopaschites, lit à cette formule après l'an 463. Cette addition est de la fin du v e siècle ; mais le sanctus ou trisagion de la liturgie est tiré de l'Apocalypse. Il est ridicule, d'ailleurs, de supposer que les églises n'ont pas dû ajouter à leurs prières les formules nécessaires pour attester leur foi contre les hérétiques, lorsque

ceux-ci voulaient y en faire euxmêmes pour professer leurs erreurs ou que ces additions, toujours remarquées, dérogent à l'authenticité des liturgies.

Celle de saint Jacques fournit un argument invincible contre les protestants, puisque l'on y trouve la profession claire et formelle des dogmes qu'ils ont osé taxer de nouveauté, et les cérémonies qu'ils reprochent à l'Eglise romaine comme des pratiques superstitieuses; la présence réelle et la transsubstantiation, le mot de sacrifice, la fraction de l'hostie, les encensements, la prière pour les morts, l'invocation des saints, etc.

Les Syriens eutychiens ou jacobites n'y ont point inséré leur erreur ; les orthodoxes et les hérétiques ont conservé un égal respect pour ce monument apostolique.

La liturgie de saint Basile a été aussi traduite en syriaque pour les églises de Syrie, et l'on compte près de quarante liturgies à leur usage ; mais elles ne varient que dans les prières, comme chez nous les collectes et les autres oraisons de la messe relativement aux différentes fêtes : la liturgie de saint Jacques, qui contient tout l'ordre de la messe, est la plus commune parmi les Syriens, et elle a servi de modèle à toutes les autres :

on peut s'en convaincre par la confrontation.

IV. De la liturgie des nestoriens et de celle des arméniens, Lorsque Nestorius eut été condamné par le concile d'Ephèse, l'an 431, ses partisans se répandirent dans la Mésopotamie et dans la Perse, et y formèrent un grand nombre d'églises : souvent on les a nommés chaldéens. Ils continuèrent de se servir de la liturgie syriaque, et ils l'ont portée dans toutes les contrées où ils se sont établis, même dans les Indes, à la côte du Malabar, où ils subsistent encore sous le nom de chrétiens de saint Thomas. Leur missel contient trois - liturgies : la première intitulée des apôtres, la seconde de Théodore l'interprète, la troisième de Nestorius. L'abbé Renaudot, qui les a traduites, observe que la première est l'ancienne liturgie des églises de Syrie, avant

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Nestorius, el qu'elle est comme le canon universel auquel les deux autres renvoient. Le père Le Brun l'a comparée avec celle dont se servaient les nestoriens du Malabar, avant que leur missel eût été corrigé par les Portugais qui travaillèrent à leur conversion. Ainsi, l'on ne peut douter de l'antiquité de cette liturgie :

elle n'est différente de celle des Syriens dans aucune chose essentielle.

La Croze, dans son Histoire du christianisme des Indes, avait osé avancer que les nestoriens ne croyaient ni la présence réelle, ni la transsubstantiation, qu'ils ignoraient la doctrine du purgatoire, etc. Le père Le Brun prouve le contraire, non-seulement par leur liturgie, mais par d'autres monuments de leur croyance, tom. 6, pag. 417 et suiv. Ceux qui se sont laissé séduire par le ton de confiance de La Croze, auraient bien fait d'y regarder de plus près. Voy.

Nestohie.ns, Saint Thomas.

Quant aux arméniens, ils furent entraînés, l'ano25, dans l'erreur d'Eutychès par Jacques Baradée ou Zanzale, d'où est venu le nom de jaeobites, et ils se séparèrent de l'Eglise catholique. Plusieurs d'entre eux s'y sont réunis en différents temps, mais leur schisme n'est pas encore entièrement éteint. Comme saint Grégoire l'Illuminateur, qui les convertit à la foi chrétienne au quatrième siècle, avait été instruit à Césarée en Cappadoce, et que saint Basile, évèque de cette ville, prit soin des églises d'Arménie, on pense qu'ils reçurent d'abord la liturgie grecque de saint Basile, de même que les moines arméniens se rangèrent sous sa règle.

On ne leur a point reproché d'y avoir fait des changements depuis leur schisme, si ce n'est qu'ils adoptèrent l'additiou que Pierre le Foulon avait faite au trisagion, en 403, et qu'ils cessèrent de mettre de l'eau dans le calice. Celte omission leur fut reprochée par le concile in Trullo, l'an 692.

L'abbé Renaudot n'avait pas pu avoir la liturgie originale des arméniens schismatiques ; niais le père Le Brun s'en procura une traduction latine authentique ; il l'a donnée dans

son cinquième tome, pag. 52 etsui»., avec d'amples remarques. On y voit la présence réelle, la transsubstantiation, l'élévation et l'adoration de l'hostie, l'invocation des saints, la prière pour les morts, etc. Il est prouvé, d'ailleurs, par des titres incontestables, que les arméniens n'ont jamais pensé, sur nos dogmes comme les sectaires du seizième siècle. Ibid.

p. 26 et suiv. Voyez Arméniens.

V. Liturgies grecques. Les deux principales liturgies dont se servent les Grecs soumis au patriarcat de Constantinople, sont celle de saint Basile et celle de saint Jean Chrysostome. On ne doute pas que saint Basile ne soit véritablement auteur ou rédacteur de la première ; pour la seconde, elle n'a été attribuée à saint Jean Cbrysostome que 300 ans après sa mort. Il parait que c'est l'ancienne liturgie de l'Eglise de Constantinople, qui fut nommée liturgie des apôtres jusqu'au sixième siècle. Celle-ci sert toute l'année, et contient tout l'ordre de la messe ; l'autre, dont les prières sont plus longues, n'a lieu qu'à certains jours marqués. Il y en a une troisième que l'on nomme messe des présanctifiés, parce que l'on n'y consacre point, et que l'on se sert des espèces consacrées le dimanche précédent ; de même que dans l'Eglise romaine, le jour du vendredisaint, le prêtre ne consacre point, mais communie avec les espèces consacrées la veille. Voyez Présanctifiés» Les prières de cette messe paraissent être moins anciennes que celles des précédentes.

Le père Le Brun, tom. 4, pag. 384 et suiv., a rapporté les prières et l'ordre des cérémonies de la liturgie de saint Jean Cbrysostome. Elle est suivie dans toutes les églises greeques de l'empire ottoman, qui dépendent du patriarcat de Constantinople, et dans celle de Pologne et de Russie. Quant aux Grecs qui ont des églises eu Italie, ils y ont fait quelques changements. Les patriarches de Constantinople sont même venus à bout de la faire adopter dans les patriarcats d'Anlioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, par les chrétiens inelchites, qui dans le cinquième siècle,

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se préservèrent de l'erreur des eutychiens. Quoique dans tous ces pays l'on n'entende plus le grec, on y suit cependant la liturgie grecque ; mais à cause du petit nombre de ceux qui sont capables de la lire, on est souvent obligé de célébrer en langue arabe .

Depuis que toutes ces liturgies cophtes , éthiopiennes , syriaques , grecques, ont été publiées, confrontées et examinées par les savants de toutes les nations, munies de toutes les attestations possibles, personne n'oserait plus soutenir, comme faisait le ministre Claude, que les Grecs scbismatiques ont sur l'eucbaristie et sur les autres dogmes contestés par les protestants, des sentiments différents de ceux de l'Eglise romaine.

Mais à l'égard de la croyance des premiers siècles, l'entêtement des protestants est inconcevable. Bingbam, dans ses Origines ecclésiastiques, ouvrage très-savant, liv. 15, c. 3, expose l'ordre et les prières de la liturgie grecque insérée dans les Constitutions apostoliques, avant l'an 390, 1. 8, c. 12. Il rapporte les paroles de l'oblation et de la consécration, l'invocation du Saint-Esprit, auquel on demande qu'il descende sur ce sacrifice, 'qu'il fasse du pain le corps, et du calice le sang de Jésus-Christ, la formule sancta sanctis, la réponse du peuple : Le seul Saint est le Seigneur Jésus-Christ : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, c'est Dieu lui-même, notre souverain Maître, qui s'est montré à nous, etc. Toutes ces paroles n'ont pas pu lui dessiller les yeux. 11 dit que l'on supplie le Saint- Esprit de changer les dons eucharistiques, non quant à la substance, mais quant à la vertu et à l'cfiicacité.

Que signifient donc ces paroles, béni soit, etc., si Jésus-Christ n'est pas Téellement présent? Lorsque le prêtre présente la communion, il ne dit point : C'est ici la vertu et l'efficacité du corps de Jésus-Christ, mais c'est le corps de Jésus-Christ, et le fidèle répond amen, je le crois. Le fidèle, sans doute, prend les paroles du prêtre dans leur sens naturel, il ne vient à l'esprit de personne de croire que du pain et du vin ont la même vertu et

la même efficacité que le corps et le sang de Jésus-Christ.

Le prêtre dit à Dieu : « Nous vous » offrons pour tous les saints qui ont » été agréables à vos yeux, pour tout » ce peuple, etc. ; » en quel sens, si ce n'est que du pain et du vin? Si c'est le corps et le sang de Jésus- Christ, nous concevons qu'ils sont offerts à Dieu pour lui rendre grâces du bonheur des saints, pour le salut du peuple et de l'Eglise, etc. ; c'est alors un vrai sacrifice. Le prêtre ajoute : Faisons mémoire des saints martyrs, afin de mériter de participer à leur triomphe ; pourquoi cette mémoire, sinon pour les honorer et obtenir leur intercession? Il dit : Prions pour ceux qui sont morts dans la foi.

Tout cela se trouve dans la liturgie de saint Jacques, de laquelle Bingham semble reconnaître l'antiquité, et dans toutes les liturgies du monde.

L'Eglise romaine ne fait donc que rêpéterdans la sienne des expressions desquelles on se servait déjà il y a treize cents ans. Une preuve qu'elles signifient la présence réelle, la transsubstantiation, la nature du sacrifice, le culte des saints, la prière pour les morts., c'est que quand les anglicans ont cessé de croire ces dogmes, ils ont cessé aussi de tenir ce langage :

donc l'ancienne Eglise ne s'en serait pas servie, si elle avait pensé comme les anglicans.

VI. Des liturgies de l'Occident. L'Eglise latine ne connaît que quatre M* turgies anciennes : savoir, celles de Rome, de Milan, des Gaules, de l'Espagne. On n'a jamais douté à Rome que la liturgie de cette Eglise ne vint, par tradition, de saint Pierre; ainsi le pensaient, au quatrième siècle, saint Innocent I er , Epist. ad Décent., et au sixième le pape Vigile, Epist.

ad Trofut. Mais il ne faut pas la confondre avec une prétendue liturgie de saint Pierre, qui n'est connue que depuis deux cents ans; celle-ci n'est qu'un mélange des liturgies grecques avec celle de Rome : elle n'a été à l'usage d'aucune église.

On ne connaît point de liturgie latine écrite avant le sacramentaire que dressa le pape Gêlase, vers l'an 496. Le cardinal Thomasius le fit

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imprimer à Rome, en 1680, sous le titre de Liber Sacramentorum romanx Ecclesix : ce savant cardinal pense que saint Léon y avait eu beaucoup de part, mais que le fond est des premiers siècles. Environ cent ans après Gélase, saint Grégoire le Grand y retrancha quelques prières, en changea d'autres, y ajouta peu de chose.

Le canon de la messe, qui se trouve à la page 196 de Thomasius, est le même que celui dont nous nous servons encore; il ne renferme aucun des saints postérieurs au quatrième siècle, preuve de son antiquité. C'est ce que nous appelons la liturgie grégorienne, et c'est la plus courte de toutes; elle est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en parler plus au long. L'exactitude avec laquelle on la suit depuis plus de douze cents ans, doit faire présumer qu'on ne l'observait pas moins scrupuleusement avant qu'elle fût écrite. Cette réflexion aurait dû engager les protestants à la respecter davantage; on les délie de montrer aucune différence, pour la doctrine, entre cette liturgie et celles des églises orientales.

Une preuve frappante de l'attachement des églises à leur ancienne liturgie, est la fermeté avec laquelle celle de Milan a conservé la sienne, malgré les tentatives que l'on a faites en différents temps pour y introduire celle de Rome. Les Milanais croient en être redevables à saint Ambroise, et ce saint docteur avait composé en effet des hymnes et des prières pour l'office divin ; mais on ne peut pas prouver qu'il ait touché au fond de la liturgie qui était suivie avant lui. Cela parait évidemment par la comparaison qu'a faite le père Le Brun de la messe ambrosienne avec la messe romaine ou grégorienne, t. 3, p. 208 ; il n'y a que des différencas légères entre le canon de l'une et celui de l'autre, mais aucune dans la doctrine. Voyez Ambro-

S1KN.

La messe gallicane, qui a été en usage dans les églises des Gaules jusqu'à l'an 758, a beaucoup plus de ressemblance avec les liturgies orientales qu'avec l'ordre romain.

On pense, avec assez de probabilité, que cela est venu de ce que les premiers évêques qui ont prêché la foi dans les Gaules, comme saiut Pothia de Lyon, saint Trophime d'Arles, saint Saturnin de Toulouse, etc., étaient orientaux. Ils ont établi, sans doute, dans les églises qu'ils ont fondées, une liturgie semblable à celle à laquelle ils étaient accoutumés. Dans les monuments qui nous l'ont conservée, nous retrouvons les mêmes expressions et les mêmes cérémonies, par conséquent la même doctrine que dans toutes les autres liturgies dont nous avons parlé jusqu'à présent. Voy. Gallican; Le Brun, t. 3, pag. 241.

Cette conformité est encore plus sensible par l'examen de la messe gothique ou mozarabique, qui était en usage en Espagne au cinquième siècle et dans les suivants, et qui est, dans le fond, la même que la messe gallicane. Le père Le Brun les a comparées, et a noté tout ce qui était commun à l'une ou à l'autre, t. 3, p. 33i. Le père Leslée, jésuite, qui a fait réimprimer à Rome, en 17bo, le missel mozarabique, a fait la même comparaison; il prétend que c'est le mozarabique qui a servi de modèle au gallican, mais il ne parait pas avoir eu connaissance des raisons par lesquelles le père Le Brun a prouvé, le contraire, du moins il ne les réfute pas. D. Mabillon pense aussi que l'ordre gallican est plus ancien que le mozarabique, de Litturgiu gallicana.

En effet, le père Le Brun a montré que, pendant les quatre premiers siècles, l'ordre romain fut suivi en Espagne; au cinquième, les Gothss'y établirent. Or, avant de tomber dans l'arianisme, les Goths avaient reçu de l'Orient, et surtout de Constantinople, la foi chrétienne, par conséquent la liturgie grecque. Martin, archevêque de Brague; Jean, évéque de Gironne ; saint Léandre, archevêque de Séviile, qui tous contribuèrent à la conversion des Goths sur la lin du sixième siècle, avaient été instruits dans l'Orient. Ils étaient donc portés à conserver la liturgie gothique qui en était venue, et qui

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se trouvait conforme à la liturgie gallicane suivie dans la Gaule narbonaise, où les Goths dominaient aussi bien qu'en Espagne.

De là même il s'ensuit que saint Léandre et saint Isidore de Séville, son frère, en dressant la liturgie d'Espagne, n'ont point touché au fond qtù existait avant eux; ils n'ont fait qu'ajouter des prières, des collectes, des préfaces relatives aux évangiles et aux différents jours de l'année. Mais le seDS des prières, les rites essentiels, l'oblation, la consécration, l'adoration de l'eucharistie, la communion, etc., sont les mêmes ; les conséquences qui en résultent ne sont pas différentes.

Cette liturgie gothique a été conservée en Espagne par les chrétiens, qui s'y maintinrent après l'invasion des Maures ou Arabes, jusqu'à l'an 1080, et c'est ce mélange des chrétiens avec les Maures qui lit nommer les premiers mozarabes. 11 a fallu que les papes travaillassent pendant plus de trente ans consécutifs pour rétablir en Espagne l'usage de la liturgie romaine. Voyez Mozarabes. Tous ces faits démontrent qu'il n'a été aisé dans aucun siècle, ni dans aucun lieu du monde, d'introduire des changements dans la liturgie.

VII. Conséquences qui résultent de la comparaison des liturgies. Par le détail abrégé que nous venons de faire, on voit que le sens, la marche, l'esprit de toutes les liturgies connues sont d'une uniformité frappante, malgré la diversité des langues et du style, la distance des lieux, et les révolutions des siècles.

En Egypte et dans la Syrie, dans la Perse et dans la Grèce, en Italie et dans les Gaules, la liturgie fut toujours célébrée par des prêtres, et non par des laïques, avec des cérémonies augustes, et non comme un repas ordinaire. Partout nous voyons des autels consacrés et des habits sacerdotaux, le pain et le vin offerts à Dieu comme destinés à devenir le corps et le sang de Jésus-Christ, l'invocation par laquelle on dejiande à Dieu ce changement, la consécration faite par les paroles du Sauveur, l'adoration rendue au sacrement,

exprimée par des prières, par des gestes, par des encensements, la communion envisagée comme la réception du corps et du sang de Jésus- Christ, les noms de victime, de sacrifice, d'immolation, etc.

Ce phénomène serait-il arrivé, si, lorsqu'on a écrit des liturgies au cinquième siècle, il n'} f avait pas eu un modèle ancien et respectable auquel toutes les églises se sont crues obligées de se conformer? Ce modèle peut-il avoir été fait par d'autres que par les apôtres? D'autre part, dans les différentes parties du monde, les rédacteurs des liturgies ont-ils pu s'accorder à se servir tous d'un langage équivoque et abusif, à prendre les termes autel, sacrifice, immolation, victime, changement, etc., dans un sens impropre et captieux? Ou il faut supposer que dans aucun lieu de l'univers on n'a pas pris le vrai sens du langage le plus ordinaire, ou il faut soutenir que tous les écrivains, sans s'être concertés, ont cependant conçu le projet uniforme de changer la doctrine des apôtres et de tromper les fidèles. Une illusion générale est aussi impossible qu'une mauvaise foi universelle II y a eu des schismes, des disputes, des jalousies entre les évêques et les églises, ce malheur a été commun à tous les siècles : les intérêts, les préjugés,, les affections, les mœurs, le langage, n'étaient pas les mêmes; ces causes n'ont donc pu produire ni une erreur semblable, ni un projet uniforme.

Les hérétiques, en se séparant de l'Eglise, ont encore respecté la liturgie à laquelle les peuples étaient accoutumés; ils n'y ont glissé leurs erreurs que quand ils ont été sûrs que leur troupeau, imbu de leur doctrine, la verrait paraître sans étonnement dans les prières publiques.

Ils n'ont altéré qu'un petit nombre de liturgies, et le modèle original, conservé par les catholiques, a toujours servi de témoignage contre les novateurs.

Chez les catholiques mêmes les différentes églises ont été. jalouses de conserver leur ancienne liturgie; celle de Milan garde la sienne depuis son

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origine; les églises d'Espagne n'ont quitté la leur qu'à l'occasion de l'irruption des Goths, et sont demeurées attachées à la messe gothique jusque dans le onzième siècle ; il a fallu tonte l'autorité de Charlemagne pour introduire dans les Gaules l'office romain au lieu du gallican, quoique l'un ne renferme rien de contraire à l'autre.

Saint Augustin voulut établir dans son église l'usage de réciter, pendant la semaine sainte, la passion de Jésus- Christ selon les quatre évangélistes, comme l'on fait aujourd'hui, au lieu qu'avant lui on ne lisait que celle qui est dans saint Matthieu; cette nouveauté excita un murmure : lui-même nous l'apprend. Scrm. 144 de Temp.

Il est certain que depuis douze cents ans laliturgie romainen'apas changé ; y a-t-il des preuves pour faire voir que l'on y était moins attaché pendant les cinq premiers siècles.

Malgré ces faits incontestables, les protestants ont soutenu que la croyance de l'Eglise avait changé touchant l'eucharistie ; nous leur opposons un raisonnement fort simple :

la croyance ne peut changer sans que le langage et les cérémonies de la liturgie ne changent; vous l'avez prouvé par votre exemple : or ce dernier changement ne s'était pas fait avant vous; la confrontation des liturgies en dépose : donc avant vous la croyance touchant l'eucharistie n'a jamais changé.

Dans presque tous les siècles, on a vu naître des erreurs sur ce point essentiel de doctrine ; nous les rapportons au mot El'charistie : ce mystère a donc toujours tenu les esprits attentifs, parce qu'il est étroitement lié à celui de l'incarnation et au dogme de la divinité de Jésus-Christ. Il a donc toujours été question du sens qu'il fallait donner aux paroles de la liturgie; il n'était pas possible aux fidèles de l'oublier, ni aux pasteurs de le changer.

VI H. Liturgie des protestants. Ce que nous soutenons touchant l'immutabilité de la foi de l'Eglise a été mis en évidence par la conduite des protestants. Dès qu'ils ont nié la présence réelle, et n'ont plus voulu que la messe fût on sacrilice, il leur a fallu

supprimer les paroles et les cérémonies de la messe qui attestaient la croyance contraire : ils ont ainsi reconnu malgré eux l'énergie de ces signes usités dans toutes les églises du monde, et ont fait profession de rompre avec elles.

La première chose que fit Luther, fut d'abolir à Wirtemberg le canon de la messe; il n'en conserva que les paroles de la consécration. Quoiqu'il continuât de soutenir la présence réelle, il supprima tout ce qui pouvait donner l'idée de sacrifice. Il conserva cependant l'élévation de l'hostie, en laissant la liberté de la faire ou de la retrancher; cet article causa du trouble dans son parti : enfin il trouva bon de la supprimer.

Zwingle et Calvin, qui niaient la présence réelle, ne retinrent pour la cène que l'oraison dominicale et la lecture des paroles de l'institution de l'eucharistie ; ils abolirent toutes les paroles et les cérémonies que Luther avait conservées avant et après la consécration.

En Angleterre, Henri VIII n'avait pas touché à la liturgie ; niais en I o49, sous Edouard VI, l'on en fit une nouvelle, dans laquelle on retrancha les prières du canon et l'élévation de l'hostie; l'on y représenta encore la communion comme l'action de manger la chair et de boire le sang de Jésus-Christ, et l'on y permit de faire la cène dans les maisons particulières.

On y conserva les habits sacerdotaux, les noms de messe et d'autel, le pain azyme; mais on y changea plusieurs prières, et l'on y déclara que le corps de Jésus Christ n'est que dans le ciel.

En 1553, sous la reine Marie, qui était catholique, le messe romaine fut rétablie. En 1559, la reine Elizabeth, qui était protestante, fit remettre en usage la liturgie d'Edouard VI ; elle voulut que le dogme de la présence réelle n'y fût enseigné ni combattu, mais laissé en suspens. On n'y toucha presque pas sous Jacques I er , mais les troubles survenus sous Charles I", au sujet de la liturgie, servirent de prétexte pour le faire périr sur un échafaud, et ces troubles continuèrent sous Cromwel. En 1662, Charles II lit retoucher cette même liturgie d'E-

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douard ; l'on y déclara que le corps de Jésus-Christ n'est que dans le ciel ; cm y mit la prière pour les morts en termes ambigus : plusieurs savants anglais écrivirent contre cette liturgie.

Les disputes ne furent pas moins vives en Ecosse; mais comme les puritains ou calvinistes rigides y ont prévalu, ils ont retranché les cérémonies; ils observent à peu prés la même manière de célébrer la cène que Calvin établit à Genève; c'est aussi celle que suivirent les calvinistes de France.

En Suède, le luthéranisme s'établit d'abord sous Gustave I er , et la messe y fut abolie ; après bien des disputes et des incertitudes, l'on y publia, en 1576, une liturgie qui se rapprochait beaucoup de la messe romaine ; on y prescrivait l'élévation de l'hostie, et l'on y déclarait que Ton reçoit le corps et le sang de Jésus-Christ dans l'usage. Le père Le Brun a donné cette liturgie, tom. 7, page 162 et suiv.

Dans la suite, le luthéranisme a repris le dessus en Suède ; mais les luthériens des divers pays du Nord n'ont entre eux aucune forme de liturgies fixe et immuable.

Depuis que les esprits se sont calmés, et que l'on a comparé les liturgies des protestants avec celles de toutes les autres églises du monde, plusieurs d'entre eus sont convenus que les prétendus réformateurs se sont trop écartés de l'ancien modèle ; mais comment en conserver le langage et la forme, lorsqu'on en avait abandonné l'esprit et la doctrine? Ceux qui ont voulu s'en rapprocher, comme on a fait à Neuchàtel, n'ont réussi qu'à se donner un ridicule de plus.

Cette bizarrerie même démontre que, si les anciennes églises avaient pensé comme les protestants, leurs liturgies n'auraient jamais pu être telles que nous les voyons.

Pour faire adopter les liturgies des hérétiques, il a fallu dans plusieurs pays des lois, des menaces, des peines, des supplices; on n'avait rien vu de semblable autrefois : la messe romaine, contre laquelle les protestants ont tant déclamé, n'a point fait répandre de sang. Dès qu'un peuple a

été chrétien, il a reçu sans résistance une liturgie qui était l'expression fidèle de la doctrine des apôtres; jamais il n'a touché à la liturgie sans avoir changé de croyance, et l'époque de ce changement a toujours été remarquée.

C'est donc aujourd'hui un trèsgrand avantage pour les théologiens de pouvoir consulter et comparer les liturgies de toutes les communions chrétiennes; il n'est aucune preuve plus convaincante de l'antiquité, de la perpétuité, de l'immutabilité de la foi catholique, non- seulement touchant les dogmes contestés par les protestants, mais à l'égard de tout autre point de croyance. Voyez Messe.

Bergier.

LIVINGSTONE, ou l'intérieur de l'Afrique. (Théol. mixt. et hist. scien.

gcog.) — Ce célèbre explorateur, à titre de missionnaire protestant de la parole de Dieu, naquit, vers 1815, à Blantyre en Ecosse, et est mort l'an dernier (1873), d'une dyssenterie, dans l'intérieur de l'Afrique. Les nègres africains qui l'avaient surnommé « le bon blanc, » the good white man et qui l'aimaient autant que le détestaient les Arabes auxquels il enlevait leur proie en travaillant de toutes ses forces contre la traite des noirs, ont rapporté son corps sur leurs épaules pendant 480 lieues, après l'avoir embaumé à leur manière en le salant, afin de le rendre à sa patrie ; et l'Angleterre vient de décerner à cette dépouille les plus grands honneurs avant de la déposer parmi celles de ses grands hommes dans l'abbaye de Westminster. Un riche négociant de Londres s'offrait de prendre à sa charge les frais de la fête funèbre, si l'Etatn'avaittrnu à honneur de les garder pour lui ; et une souscription, couverte le jour même, a assuré une position indépendante à ses deux sœurs. L'intérieur de l'Afrique n'était pas mieux connu du monde civilisé dans la première moitié du xix e siècle, que ne l'était l'intérieur de l'Asie au foyer de la civilisation, dans la première moitié du xme ; et comme les Polo révélèrent l'Asie à l'Europe vers la fin de ce xm° siècle, Livmg-

Stone lui a révélé l'Afrique dans cette seconde moitié du xix G . Cette contrée du globe se présentait à l'imagination des Européens et des Américains, qui n'en connaissaient que les alentours, comme un vaste désert aux sables brûlants, lorsque Livingstone en revint pour leur apprendre que c'est un immense continentaux grandslacset aux cours d'eau bordés des plus magniiiquesvégétations,aux ebamps cultivés, aux habitants souvent doux et policés en leur manière, aux richesses, en un mot, telles que sait les déployer la nature sous les tropiques.

Le jeune David Livingstone était le rejeton d'une famille du Highland (Haute-Terre d'Écossejqui portait pour devise : « sois honnête. » Il n'y a guère plus d'un siècle, cette famille était catholique, mais « elle embrassa, nous dit Livingstone lui-même, le protestantisme sous les menaces d'un laird qui vint faire le tour du village suivi d'un homme portant un bâton jaune pour dire aux gens: « acceptez le culte établi, sinon.... » Le père de David était diacre d'une chapelle indépendante, et tenait une petite boutique de the près de Hamilton dans le Lanarkshire ; il était, raconte son fils, trop fidèle à sa devise pour pouvoir s'enrichir, et il mourut pauvre en 1856. Son fils travailla, durant sa première jeunesse, aux filatures de coton des environs de Glasgow; il se livrait pendant les hivers, à des études religieuses, avec l'intention secrète de devenir missionnaire aux pays lointains, et retournait à son travail manuel les trois mois de l'été, afin de gagner de quoi vivre et de quoi pourvoir à ses études intellectuelles. Il suivait même, durant ses mois de travail, une école du soir où il apprenait Horace et Virgile. Il aimait toutes les lectures, excepté celle des romans. Devenu jeune homme lettré, il voulut, dit-il, « se faire pionnier du christianisme en Chine, » et ajoula, dans ce but, à ses humanités si laborieusement faites des études médicales, botaniques et géologiques. C'est ce qu'il faisait à l'âge de dix-neuf ans, à Glasgow, sans cesser de poursuivre son instruction religieuse sous les leçons du docteur Wardlay ; et il

n'en travaillait pas moins à filer le coton, ayant un livre placé sur le métier auquel il tâchait d'attraper quelques lignes malgré le bruit des machines et des ouvriers. Devenu licencié à l'université médicale de Glasgow, il alla s'offrir à la société des missionnaires de Londres ; ce qui détermina son choix, dit-il, fut « le caractère de cette société affranchie de tout esprit de secte et qui ne propage ni l'anglicanisme ni le presbytérianisme, mais la parole de Dieu. »

Il devait partir pour la Cliine, mais sa destination fut changée, et il s'embarqua en 1840 pour 1 Afrique australe. Ce fut lui-même qui se détermina pour ce pays, détourné qu'il avait été de ses premiers plans par la guerre de l'opium, et attiré par l'intérêt qu'excitaient en lui les travaux du docteur Robert Moffat parmi les Cafres et les Hotlentots. Il débarqua à Natal, rejoignit Moffat dans le pays des Oecbuanas et y épousa la fille de ce missionnaire.

Après un séjour parmi ces peuples, afin de s'accoutumer à leurs mœurs, d'apprendre leurs langues, et de s'en faire aimer, allant quelquefois jusqu'à partager les fatigues de leurs expéditions guerrières, il s'avança enfin, en 1849, vers le nord, en compagnie de sa femme et de MM. Murray et Oswell, longea le Zouga, et, après un parcours de plus de 300 milles, atteignit les magnifiques et vastes régions qui bordent le lac Ngami, régions jusqu'alors inconnues.

En 1850, il entreprit une seconde expédition, mais qui fut interrompue par une épidémie.

En 1831, il en entreprit une troisième, dans laquelle il put gagner Sebitoane, principale ville du Mecalolo. C'est alors que s'offrirent à ses explorations d'immenses contrées fertiles, bien arrosées, coupées de riches vallées etde rivières navigables, abondantes en mines, et habitées par des peuples doux, actifs, industrieux, auxquels il ne manquait que la connaissance des merveilles du vieux monde.

Une quatrième expédition, entreprise en 1852, fut plus merveilleuse encore; ce fut dans celle-là, exécutée avec sa femme, au prix de fatigues

inouïes, qu'il atteignit la station portugaise de Saint-Paul de Loanda, située sur la côte occidentale de l'Afrique, après en avoir traversé l'intérieur. Il fit,dauscetteville,une longue maladie, se remit pourtant en marche et traversatoutle continent de l'ouestàl'est dans la partie sud ; il explora la partic supérieure du Zambèse, et celle du Nil, dont il découvrit les sources qui consistent dans un suintement marécageux sur un terrain de rochers, et atteignit Quilimane sur la côté orientale en 1836.

C'est alors qu'il revint en Angleterre, où il reçut les médailles d'or des sociétés de géographie de Londres et de Paris.

Livingstone, infatigable, repartit d'Angleterre en 18S8, pour n'y revenir qu'en 1864, et ce nouveau voyage fut encore une série de longues et laborieuses explorations, pendant lesquelles il éprouva le plus grand des malheurs qui put lui arriver, celui de perdre la compagne de sa vie et d'une partie de ses travaux. Madame Livingstone mourut, d'une fièvre du pays, dans le Zanzibar en 1862. Il n'en continua pas moins ses recherches; il parcourut les splendides régions situées au nord du Zambèze, découvrit plusieurs lacs, le lac Nyassa, le lac Shinva, et, reliant ses découvertes à celle du capitaine Burton, du capitaine Spake et de sir Samuel Baker, il nous montra à la place du désert aride et brûlant dont notre imagination avait construit la carte, une vaste terre éblouissante de lacs, de rivières, de forêts et de prairies.

Son deuxième séjour à Londres ne fut pas long. Bientôt il repartait à la recherche de nouveaux problèmes dans ces régions africaines plusieurs fois grandes comme notre Europe, se préparant aux plus aventureux hasards. En 1867, on était depuis une année sans avoir de ses nouvelles, et des bruits sinistres coururent sur son compte. Ils étaient sans fondement.

Les années 1868 et 1869 se passèrent encore sans nouvelles de Livingstone, et sans qu'on pût même savoir la direction qu'il avait prise.

On sait ce qui arriva lorsque après trois ans d'un silence nouveau, M. Stan-

ley, parti à sa recherche, le rejoignit et le sauva dans la région du lac Unyanimbe . Livingstone ne voulut pas encore revenir; il repartit pour achever des explorations rêvées par lui sur les lacs de l'Afrique centrale et sur les sources du Nil qu'il avait trouvées, mais qu'il voulait constater mieux encore. C'est durant ces dernières recherches qu'il a succombé.

Livingstone n'aura point laissé sans trace et perdus pour l'humanité les résultats de ses derniers voyages ; car ses notes et manuscrits ont été respectés et conservés par les nègres de l'Afrique centrale aussi bien que sa dépouille. Quant à ses premières découvertes, dont fait partie celle de cette espèce de mer intérieure appelée le lac Ngami et de ses délicieuses côtes avec leurs habitants, Livingstone lui-même en avait donné au public la description dans un ouvrage qui porte pour titre : Voyages et recherches d'an missionnaire dans l'Afrique méridionale, missionary travels and researches in south Africa, in-8°, 1857, Londres avec ligures; livre d'une grande importance et d'un haut intérêt, traduit en français par madame Henriette Loreau, gr. in-8°, avec gravures, 1839. On a également de Livingstone une Relation de V exploration du Zambêze et de ses affluents.

Qui aurait cru, il y a quarante ans, que cette immense Afrique, qu'on se représentait comme un grand désert, excepté sur ses côtes, cachait dans son sein un jardin merveilleux, grand comme un quart du monde habité, avec des races, inoffensives en général, qui n'attendent que la civilisation et le commerce pour travailler de concert avec les nôtres à l'enrichissement du genre humain?

Livingstone n'a jamais tué un homme, bien que son escorte ait été parfois forcée de livrer des combats et que sa vie ait couru des dangers. Il dut même un jour lutter avec le lion, car un des signes par lesquels on a constaté, lors du retour de son cadavre à Londres ( avril 1874), son identité, a été la trace d'une fraction au bras gauche produite, il y a trente ans, par la dent du grand fauve et qui faillit lui coûter la vie.

Nous avons dit que les peuples nègres qu'il a découverts sont, en général, bons, et qu'il a eu plutôt à souffrir des Arabes que de ces peuples, parce que les Arabes qui chassent parfois les Africains, lui en voulaient de ce qu'il travaillait avec l'acharnement le plus louable et le plus humanitaire à l'abolition pratique de la traite ; cette gloire du célèbre missionnaire découvreur de mondes, ne sera pas la moindre; mais les faits sur lesquels elle reposera serviront, en même temps, à établir une thèse que nous aimons quelquefois à soutenir : c'est que l'homme, tel que la nature le donne, est bon bien plutôt que mauvais, et que ce qui le rend si souvent mauvais, c'est l'intérêt qu'éveillent en lui les besoins et les reiations provenant de l'état de civilisation. Les Arabes qui s'enrichissaient à la traite des noirs, perdaient à la voir devenir, par les soins de Livingstone, plus difficile à pratiquer; et sans cet intérêt, ils auraient eux-mêmes applaudi à ses efforts. Si l'on pouvait, retirer de la société ce motif de l'intérêt propre, l'homme ne serait plus que bon pour son semblable; mais, hélas ! retirer ce motif serait tuer la nature humaine. Il faut bien aussi que l'homme ait du mérite à être bon, et comment en aurait-il s'il n'avait à vaincre, pour le devenir, son propre égoïsme?

Voici quelques proverbes que Livingstone a trouvés, à côté de beaucoup d'autres de même valeur, chez les peuplades les plus barbares qu'il a rencontrées; ces proverbes prouvent que la nature de l'homme se retrouve partout la même au fond avec la même morale sur les évidences fondamentales de la nature.

Contre le vol :

« La graisse que donnent les biens mal acquis fait mourir. »

« Le voleur mange des foudres. »

On ne saurait être plus énergique.

11 mange ce qui deviendra contre luimême une foudre céleste.

Contre l'assassinat :

« Si un homme est tué secrètement l'iierbe des champs le dira. »

« Le meurtrier dit : je n'ai tué

qu'une bête; mais l'animal sans poil ne.'périt jamais sans être vengé.»

Le dernier journal de voyage de Livingstone a paru durant l'interruption qu'a apportée à notre publication la dénonciation à l'index de cette publication même, et nous permet aujourd'hui (août 1875) d'ajouter quelques notes confh-matives à ce qui précède :

Oui, l'homme est naturellement bon et c'est l'intérêt particulier qui le rend mauvais. Partout où Livingstone passe, au milieu des nègres nus, hommes et femmes, dont le seul vêtement est une grande profusion de tatouages, comme parmi ceux qui se vêtissent, ce ne sont que services qui lui sont offerts. Ici étant seul il rencontre « une jolie petite femme » qui tire de l'eau d'une citerne; la femme s'agenouille, élève son vase rempli d'eau sur ses deux mains et lui présente à boire. Là une mère lui amène comme à une thaumaturge un enfant malade qu'elle portait depuis bien longtemps sur son épaule droite, tandis que son autre enfant à la mamelle occupait son bras gauche et que deux paniers se tenaient en équilibre sur sa tête ; elle suit les voyageurs : « Chaque fois que nous nous arrêtions, ditil, son amour maternel se montrait dans le soin avec lequel elle bandait le pauvre petit. »

Partout, il trouve aussi le fond de l'intelligence humaine et du raisonnement. Un chef qui n'a jamais vu d'homme blanc, l'écoute avec intérêt, lui décrivant les chemins de fer, les vaisseaux, le labourage au moyen de bœufs; il est aussitôt frappé de ce dernier moyen commepraticablepour lui, et il en demande une explication plus détaillée.

Parfois il trouve des traces qui démontrent que l'homme peut retomber promptement, après avoir été civilisé, dans l'état le plus profond de la barbarie et de la sauvagerie. Il remarque des pays aujourd'hui déserts qui présentent de toutes parts des indices sans nombre d'un passé florissant pendant lequel une population nombreuse fondait le fer et cultivait le sol : tuyaux d'argile, tuyaux dedrai-

nage, soufflets à forges, sillons à maïs, etc., sont les preuves démonstratives de ce brillant passe, dont il reste encore, çà et là, des restes vivants qui en donnent une idée par d'ingénieux systèmes d'irrigation qu'on n'a cessé d'y pratiquer : ce sont les champs humides qui au moyen de drainages fournissent l'eau à des terrains plus bas qui sont par eux-mêmes trop secs.

Les bons sentiments domestiques ne manquent pas, même avec l'usage de la polygamie. Voici un brave homme qui luifait servir, sur les bords du Zambèze, un plat d'hippopotame et qui lui confie ses chagrins de ce qu'une de ses épouses l'a quitlé.

« Combien avez-vous encore d'épouses, )> lui dit Livingstone? « Vingt, »

répond l'hôte. « C'est eDoore dixneuf de trop, » reprend Livingstone.

« Eh! qui donc, répliqua le nègre, fait la cuisine chez vous pour les voyageurs, si vous n'avez qu'une femme? »

Ailleurs, un roilaboureur au milieu de son peuple exclusivement laboureur aussi, s'intéresse tellement à ce que le voyageur lui dit de son pays qu'il manifeste le désir d'aller le visiter, « dût le voyage durer dix ans. » «'Vous pourriez mourir en route, lui dit Livingstone ou l'un des siens. »

« Je mourrai aussi bien ici qu'ailleurs, répondit- il, et j'aurais au moins vu les merveilles de votre pays. »

Il y a des localités où l'on ne parait pas avoir l'idée de la vie future; Livingstone la leur prêche, et les habitants s'assemblent en foule pour l'écouter; ils mettent à ses paroles le plus vif intérêt. Ailleurs, on ne parle que de démons, d'esprits, de manitous sur lesquels on raconte des récits terribles.

Partout on reconnaît l'homme avec ses instincts, son intelligence, son imagination, ses vertus et ses vices, ses qualités et ses défauts, le tout marquant sanature supérieure. Il n'y a de différence que dans l'étendue du cercle de développement.

Livingstone, en proie au mal de la dyssenterie dont il devait être la victime, se faisait encore transporter sur un brancard par ses fidèles nègres, au nombre desquels il faut nommer Souzi et Chouma, à travers les marais,

vers l'inconnu. Il répétait sans cesse à Dieu cette prière : « Accordez-moi, mon Dieu, de finir mon œuvre! » Enfin le 1 er avril 1873, après avoir péniblement traversé de la sorte le Mo* lilamo, il passait la nuit dans le village de Tchitammbo, chef nègre qui qui le recevait d'une manière touchante; vers quatre heures du matin, un homme, appelé Ma djouara, qui couchait dans la chambre du malade, accourut auprès de Souzi et lui dit : « Venez voir le maitre; j'ai peur; je ne sais pas s'il est vivant. Souzi réveilla aussitôt six hommes parmi lesquels Chouma et courut auprès de Livingstone. Ils le trouvèrent agenouillé au bord de sa couche, la tète dans ses deux mains et posée sur l'oreiller; il semblait être en prière, mais il était mort; une bougie brûlait collée sur la table. David Livingstone avait parlé pour la dernière fois à minuit, et quand on le trouva dans cette position, le coq chantait. On en a conclu qu'il était entre trois et quatre heures du matin. 11 avait été tellement faible durant les trois derniers jours, qu'il n'avait pu écrire sur son journal que les dates, et il n'avait cessé de pousser sa pointe dans l'ouest vers des pays inconnus où il croyait trouver une montagne de laquelle devaient sortir quatre cours d'eau, dont deux ayant leur direction au nord vers l'Egypte, et deux leur direction au sud vers l'Ethiopie inférieure. Le Nom.

LIVRE. Un sentiment de vanité a pu persuader aux littérateurs du seizième siècle que toute vérité se trouve dansles livres ; qu'il n'est aucun autre monument certain des connaissances humaines, aucune autre règle de croyance ni de conduite à laquelle on puisse se lier. Cette prétention, qui aurait paru absurde dans toute autre matière, a été cependant soutenue avec beaucoup de chaleur en fait de religion, et l'est encore par des sectes nombreuses. On pourrait leur demander d'abord comment ont pu faire les premiers philosophes, qui n'avaient pas de livres; ils ont cependant acquis des connaissances, puisqu'ils ont formé des écoles nom-

breuses, et que leur doctrine s'est perpétuée parmi leurs disciples.

Pour nous, qui pensons que Dieu a établi la religion pour les ignorants aussi bien que pour les savants, et qu'il n'est ordonné à personne de savoir lire, sous peine de damnation, nous présumons qu'il y a. d'autres moyens d'instruction; que quand il n'y aurait jamais eu de livres, la vraie religion aurait cependant pu s'établir et se perpétuer sur la terre. C'est ainsi qu'elle y a duré pendant près de deux mille ans ; c'est ainsi que les fausses religions subsistent encore chez plusieurs nations ignorantes, depuis un grand nombre de siècles; c'est ainsi eniin que les hérétiques mêmes transmettent leur doctrine au très-grand nombre de leurs sectateurs qui n'ont aucun usage des lettres. De même qu'un ignorant n'a pas besoin de livres pour être convaincu de la vérité et de la divinité de la religion chrétienne, nous concluons qu'il n'en a pas besoin non plus pour savoir certainement ce qu'enseigne cette religion, et quelle en est la doctrine.

Le christianisme était professé, et il y avait des églises fondées avant que la plupart des livres du nouveau Testamment fussent écrits, et qu'ils fussent connus des simples tidèles. «Quand » les apôtres, dit saint Irénée, ne » nous auraient rien laissé par écrit, » ne faudrait-il pas toujours suivre » la tradition que nous ont laissée les « pasteurs auxquels ils ont confié le » soin des églises? C'est la méthode » que suivent plusieurs nations bar- » bares qui croient en Jésus-Christ » sans écritures et sans livres, mais » qui ont la doctrine du salut gravée » dans leur cœur parle Saint-Esprit, » et qui gardent avec soin l'ancienne » tradition... Ceux qui ont ainsi reçu » la foi sans écritures nous paraissent » barbares ; mais, dans le fond, leur » foi est très-sage, leur conduite très- » louable, leurs vertus sont très- » agréables à Dieu. » Adv. Hœr 1- 3, cap. i, n. i et 2.

Parmi les sujets d'un grand royaume, il n'y en a pas un millième qui aient lu le texte des lois, la plupart ne sont pas seulement capables de lire leurs titres; aucun cependanl^n'i-

gnore ses droits, et n'est inquiet sur ses possessions. Les usages civils, les devoirs de la société, les mœurs, en un mot, ne sont couchés dans aucun code ; est-on pour cela moins instruit de ce que l'on doit faire ? Avant notre siècle, il en était de même du procédé des arts les plus compliqués, et qui exigent le plus d'industrie ; y avait-il pour cela moins d'artistes habiles ? Vainement l'on se bornerait à donner des livres à ceux qui étudient les sciences et les arts ; s'ils n'ont pas un maître pour expliquer les termes, pour leur montrer l'ordre des procédés, pour leur faire éviter les méprises, ils ne seront jamais fort instruits.

Par le laps des siècles par le changement des langues, par la différence des mœurs, par les disputes des savants, etc., les anciens livrvs deviennent nécessairement très-obscurs et souvent inintelligibles; il faut donc que la tradition vivante, l'usage journalier et les pratiques, les maîtres chargés d'enseigner, viennent à notre secours pour nous en donner l'intelligence. De là nous concluons que Jésus-Christ aurait très-mal pourvu à la perpétuité et à l'immutabilité de sa doctrine, s'il n'avait donné à son église que des livres pour tout moyen d'enseignement.

Ce n'est pas la lettre d'un livre qui nous guide, c'est le sens : or, comment pouvons-nous être sûrs que nous en prenons le vrai sens, lorqu'une multitude d'hommes, qui paraissent sages et instruits, soutiennent qu'il faut entendre autrement le texte ? Si nous nous flattons que Dieu nous donne une inspiration qu'il leur refuse, nous tombons dans le fanatisme. Si nous pensons qu'alors l'erreur ne peut être ni imputable, ni dangereuse, c'est avouer que, dans le fond, il n'y a ni foi certaine, ni doctrine constante à laquellenous soyonsobligés de nous fixer, et qu'après avoir consulté un livre que nous prenions pour règle de notre foi, nous ne sommes pas plus avancés qu'auparavant.

Inutilement on nous dit que l'Écriture est claire sur tous les articles de foi nécessaires au salut ; que quand un dogme n'est pas révélé clairement

il n'est pas nécessaire, puisqu'il n'en est aucun qui n'ait été contesté, et sur lequel on n'ait cité l'Écriture pour et contre. Osera-t-on dire que, pour être chrétien et dans la voie du salut, il n'est pas nécessaire de savoir si Jésus-Clirist est Dieu, ou s'il ne l'est pas ; si on doit l'adorer comme Dieu, ou seulement le respecter comme un homme? C'est comme si l'on disait qu'il n'importe en rien au salut de croire un seul Dieu, ou d'en admettre plusieurs, d'être chrétien ou idolâtre.

Or, la divinité de Jésus-Christ a été contestée depuis la naissance du christianisme ; elle Test encore, et il n'est aucun article sur lequel on ait autant allégué les passages de l'Ecriture sainte de part et d'autre.

Chez les sectes mêmes les plus obstinées à rejeter toute autre règle de foi que l'Ecriture sainte, est-ce véritablement le texte du livre qui règle la foi des particuliers? Avant de lire l'Écriture sainte, un protestant est déjà prévenu par son catéchisme, par les sermons des ministres, par la croyance de sa famille. De là un luthérien ne manque jamais de voir dans l'Ecriture les sentiments de Luther, un calviniste ceux de Calvin, un anabaptiste ou un socinien ceux de sa secte, tout comme un catholique y trouve ceux de l'Eglise romaine. Il est donc évident que tous sont également guidés par la tradilion, ou par la croyance de la société dans laquelle ils ont été élevés.

Sur cette importante question, les protestants d'un côté, les déistes de l'autre, ont donné dans les excès les plus opposés, et se sont réfutés mutuellement. Les premiers persistent à soutenir qu'il faut chercher les vérités de la foi dans les Livres saints, et non ailleurs ; que tout ce qu'il faut croire y est clairement révélé ; que s'en rapporter à la tradition et à l'enseignement de l'Eglise , c'est soumettre la parole de Dieu à l'autorité des hommes, etc. Les déistes ont dit : Il ne faut point de livres; tous sont obscurs, et sontentendus différemment par les divers partis ; c'est une source intarissable de disputes ; les peuples qui n'ont point de livres ne disputent point.

Entre ces deux excès, l'Eglise catholique garde un sage milieu; elle dit aux protestants : Depuis dix-sept siècles, toutes les contestatïous survenues entre les sociétés chrétiennes ont eu pour objet de savoir comment il faut entendre certains passages des Livres saints; toutes en ont allégué en faveur de leurs opinions. Non-seulement c'est le 6ujet des disputes entre vous et les catholiques, mais entre vous et les différentes sectes nées parmi vous. Dans vos contestations avec les sociniens, vous avez éprouva qu'il était impossible de les convaincre par l'Écriture sainte, et, contre vos principes, vous avez été forcés de recourir à la tradition pour leur faire voir qu'ils abusaient du texte sacré.

Vous êtes donc convaincus, par votre expérience, que les Livres saints ne sullisent pas pour terminer les disputes en matière de foi.

Elle dit aux déistes : Il n'est pas vrai que les livres soient inutiles ou pernicieux par eux-mêmes ; l'abus que l'on en fait ne prouve rien. Quelque obscurs qu'on les suppose, on peut en découvrir le sens par la manière dont ils ont été entendus dès l'origine ; par la croyance d'une grande société, qui les a toujours respectés comme parole de Dieu, par le sentiment des docteurs, qui ont eu pour maîtres les auteurs mêmes de ces livres ; par les usages religieux qui eu représentent la doctrine ; par la condamnation de ceux qui ont voulu en pervertir le sens. Ainsi l'on cherche le sens des anciennes lois dans les écrits des jurisconsultes et dans les arrêts des tribunaux, et les sentiments d'un philosophe dans les ouvrages soit de ses disciples, soit de ceux qui ont fait profession de les réfuter.

Entre deux méthodes d'enseigner, il est à présumer que Jésus-Christ a choisi celle qui est non-seulement la plus solide et la plus sûre, mais encore la plus à portée des ignorants, puisque ceux-ci forment la plus grande partie du genre humain. Or, il est évident qu'un ignorant n'est pas capable de juger par lui-même si tel livre est inspiré de Dieu ou non, s'il est authentique et s'il a été fidèlement

LIY

conservé, s'il est bien traduit dans sa laDgue, s'il faut entendre tel passage dans le sens littéral ou dans le sens figuré, etc. Mais il ne lui est pas plus difficile de se convaincre que les pasteurs de l'Eglise catholique sont les successeurs des apôtres , que de s'assurer que Louis XVI est le successeur légitime du fondateur de la monarchie française. Les mêmes preuves qui établissent la mission des apôtres, établissent aussi la mission de leurs successeurs.

On ne doit pas être surpris de ce que nous répétons ces mêmes vérités dans plusieurs articles de ce Dictionnaire ; c'est ici la contestation fondamentale et décisive entre l'Eglise catholique et les différentes sectes hétérodoxes qui sont sorties de son sein, et ont levé l'étendard contre elle. Vouez Autorité, Examen, Foi, Tradition, etc.

Bergiek,

LIVRES SAINTS OU SACRÉS. Tous les peuples lettrés ont nommé livres sacrés les livres qui contenaient les objets et les titres de leur croyance ; il est naturel d'avoir un grand respect pour des livres que l'on croit émanés de la Divinité. Quand une nation est persuadée que certains hommes ont été envoyés de Dieu pour annoncer ses volontés et pour prescrire la manière dont il veut être adoré, elle doit conclure que Dieu n'a pas permis que ces hommes enseignassent des erreurs; autrement il aurait tendu à ce peuple un piège inévitable : elle doit donc regarder les livres de ces envoyés comme la parole de Dieu même, comme la règle de foi et de conduite qu'elle doit suivre. Toute la question se réduit à savoir si les divers personnages, qui ont été regardés comme envoyés de Dieu, ont eu véritablement les signes qui peuvent caractériser une mission divine. Or, nous prouvons que Moïse, les prophètes, Jésus-Christ et ses apôtres, en ont été certainement revêtus :

c'est donc à juste titre que nous regardons leurs livres comme saints et feerés. Voyez Mission, Moïse, etc.

D'autre part, nous prouvons qu'aucun fondateur des fausses religions

n'a montré les mêmes caractères, mais plutôt des signes tout opposés; conséquemment c'est mal à propos, et sans aucune preuve, que les Chinois, les Indiens, les parsis, les mahométans, nomment sacrés les livres qui contiennent leur croyance. Nous ne craignons pas que les docteurs de ces fausses religions entreprennent de tourner contre nos Livres saints les arguments que nous faisons contre les leurs ; aucun d'entre eux ne l'a jamais entrepris. C'est donc, de la part des incrédules, une injustice de dire que le respect que nous portons à nos Livres saints n'est pas mieux fondé que celui que les autres peuples témoignent pour les leurs. Aucun incrédule n'est encore venu à bout de faire voir que les preuves sont les mêmes de part et d'autre.

Voyez Chinois, Indiens, etc.

• Déjà nous avons parlé de nos Livres saints dans les articles Bible, Canon, Ecriture sainte, etc., et nous en donnerons une courte notice au mot Testament.

Jamais ces divins écrits n'avaient été attaqués avec autant de fureur que de nos jours ; non-seulement les incrédules modernes ont répété tout ce qu'avaient dit autrefois les marcionites, ies manichéens, Celse, Julien, Porphyre, pour rendre ces livres méprisables, surtout l'ancien Testament; mais ils ont enchéri sur tous ces anciens ennemis du christianisme ; il»

ont mis, pour ainsi dire, à contribution toutes les sciences, pour trouver des reproches à faire contre les écrivains sacrés. Us ont voulu prouver que ces livres prétendus inspirés sont des écrits apocryphes, faussement attribués aux auteurs dont ils portent les noms, et d'une date trèspostérieure ; que les livres de religion des autres nations portent des marques plus apparentes d'authenticité et de vérité que les nôtres. On a cru y trouver des erreurs contre la chronologie, la géographie, l'astronomie, la physique et l'histoire naturelle ; des faits contredits par des auteurs profanes très-dignes de foi, des exemples même pernicieux aux mœurs.

On a censuré le langage, les expressions, le style de l'Ecriture sainte,

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aussi bien que la doctrine ; il n'est presquepasun verset qui n'ait donné matière aux invectives et aux sarcasmes de nos prétendus philosophes.

Une critique plus décente et plus modérée aurait sans doute fait plus d'impression, et en aurait imposé plus aisément aux lecteurs ; mais on a vu que les libelles de nos adversaires étaient marqués au coin de l'impiété et du libertinage, on y a remarqué tant de traits d'ignorance, de mauvaise foi et de malignité, que la plupart ont été méprisés dès leur naissance.

Pour juger sensément de nos Livres saints, il fallait un degré de lumière et de capacité que n'avaient pas nos adversaires, une grande connaissance des langues, des opinions, des mœurs, des usages civils et religieux des nations anciennes, du sol et de la température des différentes contrées de l'Orient, des révolutions qui y sont arrivées, des circonstances dans lesquelles se trouvaient les auteurs sacrés. Les vrais savants, loin de mépriser ces anciens monuments, en ont fait l'objet de leurs recherches et la base de leur érudition ; nous voyons tous les jours le récit des historiens de l'ancien Testament confirmé par le témoignage des voyageurs les plus sensés ; plus on avance dans la connaissance de la nature, plus on est convaincu que Moïse, et ceux qui l'ont suivi, ont été inslruits et sincères.

Aussi la critique téméraire des incrédules a fait éclore de nos jours plusieurs ouvrages estimables, dans lesquels leurs vaines imaginations ont été pleinement réfutées. On leur a fait voir que nos Livres saints n'ont pas été aussi inconnus qu'ils le prétendent aux nations voisines des Juifs; que les auteurs égyptiens, phéniciens, chaldéens, assyriens, en ont parlé avec estime ; qu'il en a été de même des Grecs, lorsque ces livres ont été traduits dans leur langue.

Que prouve, d'ailleurs, l'ignorance des nations anciennes les unes à l'égard des autres ; le peu de curiosité qu'elles ont eu de se connaître, le peu de commerce qui régnait entre «lies? Jusqu'à nos jours, les livres des

Chinois, des Indiens, des parsis étaient presque inconnus aux savants européens. Mais depuis que l'on a pris la peine de les aller chercher, et de les traduire, nous ne redoutons plus la comparaison que l'on en peut faire avec les nôtres. Soit que l'on examine les preuves de leur authenticité, soit que l'on en considère la doctrine, les lois, la morale, tout l'avantaga nous reste ; on voit la vanité des conjectures de nos adversaires, qui en avaient parlé au hasard, et sans en avoir la moindre notion.

Quand il y aurait des difficultés insolubles dans la chronologie, cela ne serait pas étonnant à l'égard de livres si anciens ; mais il est aujourd'hui démontré qu'en comparant les chronologies des Egyptiens, des Chaldéens, des Chinois, des Indiens, avec celle du texte sacré, elles ne sont rien moins qu'opposées ; qu'elles se concilient aisément à l'égard des principales époques, quand on connaît la manière dont chacune de ces nations supputait les temps. Voyez l'Histoire de V Astronomie ancienne, par M. Bailly. Les conjectures de quelques modernes touchant l'antiquité dn monde, fondées sur des systèmes de physique, aussi aisés à détruire qu'à édifier, ne prévaudront jamais sur des preuves de fait et sur le témoignage réuni de tous les peuples lettrés.

Comment a-t-on tronvô des fautes de géographie dans nos Livres saints'!

En confondant un peuple avec un autre, en prenant de travers des noms hébreux dont on ignorait le sens, ou qui étaient mal traduits dans les versions. Mais ces critiques hasardées feront-elles oublier les travaux du savant Bochart sur la géographie sacrée, et les lumières qu'il y a répandues? De nos jours, en montrant la vraie signification d'un mot hébreu, qui n'avait pas été aperçue par les commentateurs, M. de Gébclin a fait voir la justesse d'un passage d'Ezéchiel, qui nous apprend que Nabuchodonosor avait conquis l'Espagne. Il concilie heureusement la chronologie et la géographie sur une partie considérable de l'histoire sainte, qui, jusqu'à présent,' avait été

regardée comme un chaos. Monde primit. t. 6 ; Essai d'hist. orient.

A l'égard de l'astronomie, un autre savant, qui a examiné de près le livre de Daniel, fait voir que ce prophète s'est servi du cycle astronomique le plus parfait que l'on ait encore pu imaginer, et que, par le moyen de ce cycle, ou peut résoudre plusieurs problèmes très -difficiles.

Rem. astronom. sur la prophétie de Daniel, par M. de Cheseaux.

Aujourd'hui c'est principalement sur la physique des Livres saints que les censeurs se flattent de triompher.

Mais, avant de s'attribuer la victoire, il faudrait qu'ils fussent convenus ensemble d'un système général de physique, et qu'ils l'eussent démontré dans toutes ses parties ; l'ont-ils fait?

Jusqu'à présent ils n'ont fait que passer d'un système à un autre, rajeunir les vieilles opinions pour les abandonner ensuite, disputer et se réfuter mutuellement. Les nouvelles cosmogonies, dont on nous amuse, aurontelles un règne plus long que les anciennes? Déjà M. de Luc vient de les détruite dans ses Lettres sur l'histoire de la terre et de l'homme; il prouve que la cosmogonie tracée par Moïse est la seule conforme à la structure du globe, et que toutes les autres sont réfutées par les observations.

L'uuique dessein des physiciens modernes semble avoir été de nous faire oublier Dieu, et d'établir le matérialisme; les auteurs sacrés, au contraire, n'ont écrit que pour nous montrer la puissance, la sagesse, la bonté de Dieu dans ses ouvrages.

On a fait de savantes dissertations pour découvrir ce que c'est que Béhimolh eiLéviathan dans le tore de Job, pour savoir si l'animal dont parle Salomon dans les Proverbes est la fourmi ou un autre insecte, s'il y a une espèce do poisson qui ait pu engloutir Jonas, et le laisser vivre dans ses entrailles; si les coquillages qui se trouvent dans le sein de la terre viennent de la mer ou d'ailleurs; combien il a fallu de siècles pour former les couches de lave qu'ont vomie les volcans, etc.

Nous attendions que tous les dissertateurs soient d'accord, avant de convenir que les auteurs sacrés étaient

des ignorants en fait d'histoire naturelle.

Lorsque nous aurons comparé ensemble Hérodote, Ctésias, Xénophon, Strabon, Diodore de Sicile, les fragments de Bérose, d'Abydène, de Manéthon, d'Eratosthène, de Sanchoniaton, etc., formerons-nous une histoire ancienne, aussi complète, aussi exacte, aussi suivie que celle que nous fournissent nos Livres saints?

Sans eux, il ne nous reste plus de lil pour nous conduire dans ce labyrinthe; nous ne trouvons plus que des ténèbres. Voy. Histoire sainte.

Des littérateurs superliciels, qui ne connaissent que leur siècle et leur nation, qui sont persuadés que nos mœurs sont la règle de l'univers en- .

lier, sont étonnés des usages qui ont régné dans les premiers âges du monde ; tout leur y parait absurde, grossier, détestable; ils ne peuvent concevoir comment Dieu a daigné instruire et gouverner des hommes si différents de ceux d'aujourd'hui.

Mais le genre humain, dans son enfance, a-t-il donc dû être le même que dans sa maturité? Trouveronsnous mauvais qu'il y ait encore aujourd'hui des Arabes scénites, des Tartares errants et des Sauvages? Ce sont cependant des hommes, quoiqu'ils ne nous ressemblent point.

Quand on veut que Dieu ait fait régner dans tous les temps les mêmes idées, les mêmes lois, les mêmes vertus, c'est comme si l'on se plaignait de ce qu'il n'a pas établi la même température, le même degré de fertilité et d'agrément dans tous les climats.

Loin de nous scandaliser de? abus que Dieu a soufferts, des désordres qu'il a permis, des crimes qu'il a pardonnes, des bienfaits qu'il a répandus sur des hommes toujours ingrats et rebelles, insensés et vicieux, nous devons bénir sa miséricorde infinie, nous féliciter de pouvoir espérer pour nous la même indulgence, et d'avoir reçu par Jésus- Christ des leçons capables de nous rendre meilleurs. C'est ce que les auteurs sacrés veulent nous faire comprendre, lorsqu'ils font le tableau des mœurs primitives du monde;

cette réflexion vaut mieux que les spéculations creuses des incrédules :

celles-ci tendent à nous ôter, nonseulement toute notion de la Divinité, mais encore à étouffer toute espèce d'érudition. Si Dieu n'avait pas conservé l'étude des Livres saints au milieu de la barbarie, nous serions peut-être aussi stupides et aussi abrutis que les Sauvages (1). Voy. Lettres.

Bergier.

LIVRES DÉFENDUS. Dès les premiers siècles de l'Eglise, le zèle des pasteurs pour la pureté de la foi et des mœurs leur fit sentir la nécessité d'interdire aux fidèles les lectures capables d'altérer l'une ou l'autre ; conséquemment il fut défendu de lire les livres obscènes, ceux des hérétiques et ceux des païens. Cette attention était une conséquence nécessaire de la fonction d'enseigner, de laquelle les pasteurs étaient chargés.

Il n'est pas besoin de longues réflexions pour comprendre qu'à l'égard des livres obscènes rien ne peut excuser ni la licence des écrivains, ni la curiosité des lecteurs. Saint Paul ne voulait pas que les fidèles prononçassent une seule osbcénité; il leur aurait encore moins permis d'en lire ou d'en écrire, Ephes., c. 5, y 4; Coloss., c. 3, ^f 8. La multitude de ces sortes d'ouvrages sera toujours un triste monument de la corruption du siècle qui les a vus naître ; la défense

(l) Les observations de Bergier qu'on vient de lire sont bonnes coirme généralités ; mais il y a une généralité plus importante encore à poser que toutes celles-là : c'est que nos livres saints ne sont point des traités de toutes ces sciences profanes : cbronologie, archéologie, géographie, astronomie, physique, histoire naturelle, etc. que leur but est l'instruction morale et religieuse de l'humanité; et que ce n'est qu'à ce titre qu'il importe de soutenir qu'ils sont purs de toute erreur : au point de vue exclusivement profane, ils ne font que représenter les croyances et les connaissances dugenre humain aux époques où ils Eurent composés; l'auteur sacré parlait, en écrivant, comme tout le monde, et il put, par conséquent, sur ce qui sortait du but spécial de son inspiration, dire des inexactitudes scientifiques qui étaient alors généralement enseignées. Par cette remarque on répond, d'un seul coup, à toutes les objections, ce qui n'empêche pas d'aborder ensuite les points particuliers et de venger, quand il y a lieu, nos livres sacrés d'injustes attaques, comme on vengerait Hérodote, par exemple, de reproches mal fondés qui seraient élevés contre lui.

Lis Nom,

générale d'en lire aucun, portée par les prélats délégués du concile de Trente, est juste et sage. Reg. 7.

On ne serait pas surpris de voir cette licence poussée à l'excès chez les païens ; mais les poètes mêmes de l'ancienne Rome, Ovide, Juvénal et d'autres, en ont reconnu les pernicieux efiets, et la nécessité d'en préserver surtout la jeunesse. Qu'auraient dit les Pères de l'Eglise qui ont déclamé contre cette turpitude, s'ils avaient pu prévoir qu'elle renaîtrait chez les nations chrétiennes?

Bayle, qui ne passera jamais pour un moraliste sévère, est convenu du danger attaché à la lecture des livres contraires à la pudeur ; il a même répondu aux mauvaises raisons que certains auteurs de ces livres alléguaient pour pallier leur crime, Dict.

crit. Guarini, Rem. C. et D. Nouv.

lettres crit. sur l'hist. du Calvin., Œuv.

ton:. 2, lettre 19. Quand il a voulu justifier les obscénités qu'il avait mises dans la première édition de son Dictionnaire , il n'a rien trouvé de mieux à faire que de promettre qu'il les corrigerait dans la seconde édition, Œuv. tom. 4, Réflex. sur un imprimé, n. 33 et 34. Il s'est donc formellement condamné lui-même.

Une fatale expérience ne prouve que trop les pernicieux effets des mauvaises lectures ; c'est par là que se sont corrompus la plupart de ceux qui se sont livrés au libertinage, et qu'ils ont augmenté le penchant vicieux qui les y portait. Plus les auteurs des Mores obscènes y ont mis d'esprit et d'agrément, plus ils sont coupables ; ils ont imité la scélératesse d'un chimiste qui aurait étudié l'art d'assaisonner les poisons pour les rendre plus dangereux.

Pour s'excuser, ils disent que ces lectures font moins d'effet que les tableaux obscènes, les spectacles, les conversations trop libres des deux sexes : cela peut être; mais parce qu'elles font moins de mal, il ne s'ensuit pas qu'elles soient innocentes : il n'est pas permis de commettre un crime, parce que d'autres en commettent un plus grand.

Ils disent que la plupart des lecteurs savent déjà ou apprendraient

trsffîeurs ce qu'ils trouvent dans un ouvrage trop libre; cela est faux, en général. Ce livre peut tomber entre les mains de jeunes gens qui n'ont pas encore le cœur gâté, et jeter en eux les premières semences du vice :

mais quand même le mal serait déjà commencé, ce serait encore un crime de l'augmenter.

Ils allèguent enfin la multitude de ceux qui ont écrit, publié ou commenté de ces sortes d'ouvrages, et auxquels on n'en a fait aucun re-

? roche. C'est justement parce que on a souffert souvent trop de licence sur ce point, qu'il est plus nécessaire de la réprimer; la multitude des coupables est un motif de plus de sévir contre les principaux, afin d'épouvanter et de corriger les autres. Voy.

Obscénité, Roman.

Quant aux livres des hérétiques qui donnent atteinte à la pureté de la foi, l'Eglise les a également proscrits, parce que le danger est le même; souvent, pour les supprimer, les empereurs ont appuyé par leurs lois les censures de l'Eglise. Après la condamnation d'Arius par le concile de Nicée, Constantin ordonna que les livres de cet hérésiarque fussent brûlés; il défendit à toutes personnes de les garder ou de les cacher, sous peine de mort. Socrate, Hist. ecclés., 1. 1, c. 9. Arcadius et Honorius portèrent la même loi contre ceux des eunomiens, Cod. Thêod., 1. 16, tit. 5, leg. 3-i. Théodose le Jeune la renouvela contre ceux de Nestorius, ibid. leg. 66. Le quatrième concile de Carthage ne permit, même aux évèques, la lecture des livres hérétiques, qu'autant que cela serait nécessaire pour les réfuter; les prélats délégués par le concile de Trente ont prononcé la peine d'excommunication contre tous ceux qui retiennent ou qui lisent les livres condamnés par 1 Eglise, ou mis à l'index.

Saint Paul défend aux fidèles d'écouter les discours artificieux des hérétiques, et même de les fréquenter, Rom., c. 16, f 17 ; Tit., c. 3,t 10, etc.

Il n'y avait pas un moindre danger à lire leurs livres. Voyez Bellarm.

teme 2, Controv. 2, 1. 3, c. 20i Quiconque fait cas de la foi, et la regarde

comme un don de Dieu, ne s'expose pas témérairement à la perdre.

La sévérité de l'Eglise sur ce point a souvent été blâmée par les auteurs qui sentaient que leurs propres livres méritaient d'être proscrits ; mais que prouvent les clameurs des coupables contre la loi qui les condamne ? La défense de lire les livres hérétiques ne regarde point les docteurs chargés d'enseigner, capables de montrer le faible des sophismes des ennemis de l'Eglise et de les réfuter. Quant aux simples fidèles, nous ne voyons pas pourquoi il leur serait permis de chercher des doutes, des tentations, des pièges d'erreur, ni en quoi consiste l'avantage de satisfaire une vaine curiosité . Le nombre de ceux qui ont fait naufrage dans la foi par cette imprudence, devrait retenir tous ceux qui sont tentés de s'exposer au même danger.

Dans tous les temps, les ai'tiiicos des hérétiques ont été les mêmes; Tertullien les dévoilait déjà au troisième siècle. « Pour gagner, dit-il, » des sectateurs, ils exhortent tout le » monde à lire, à examiner, à peser » les raisons pour et contre; ils ré- » pètent continuellement le mot de » l'Evangile, cherchez et vous trouve- » rez. Mais nous n'avons plus besoin » de curiosité après Jésus-Christ, ni » de recherche après l'Evangile; un >> des points de notre croyance est » d'être persuadé qu'il n'y a rien à » trouver au delà. Ceux qui cherchent » la vérité ne la tiennent pas encore, » ou ils l'ont déjà perdue; celui qui » cherche la foi n'est pas encore chré- » tien, ou il a cessé de l'être. Cher- » chons, à la bonne heure, mais dans » l'Eglise, et non chez les hérétiques; » selon les règles de la foi, et non » contre ce qu'elle nous prescrit. Ces » hommes qui nous invitent à clier- » cher la vérité ne veulent que nous » attirera leur parti; lorsqu'ils y ont » réussi, ils soutiennent d'un ton » d'autorité ce qu'ils avaient fait sem- » blant d'abandonner à nos recher- » ches. » De Prxsc adv. hxret- c. 8.

Les sectaires des derniers siècles n'ont pas agi autrement que ceux des premiers; pour séduire les enfants de l'Eglise, ils les ont invités à lire

l:nrs livres, à raisonner sur la foi, à disputer; mais ils déclamaient avec fureur contre quiconque n'embrassait pas leur avis à la fin de l'examen.

Lorsqu'ils ont eu un grand nombre de sectateurs, ils leur ont défendu de lire les livres des eontroversistes catholiques ; c'était, selon eux, un piège dangereux : après avoir reproché à l'Eglise de vouloir dominer sur la foi de ses enfants, ils ont pris eux-mêmes un empire despotique sur la croyance de leurs sectateurs.

On dit que la prohibition des livres hétérodoxes n'aboutit qu'à leur donner plus de célébrité et à piquer la curiosité des lecteurs ; cela fait soupçonner que ces livres renferment des objections insolubles. Mais quand une loi produirait ce mauvais eftet par l'opiniâtreté desinfracteurs,.ilne s'ensuivrait pas encore qu'elle est injuste et pernicieuse par elle-même. Toute défense irrite les passions par le frein qu'elle leur oppose ; faut-il supprimer toutes les lois prohibitives, parce que les insensés se font un plaisir de les braver ?

Si, en défendant de lire les livres des hérétiques, l'Eglise n'avait pas soin d'instruire les fidèles, de faire réfuter les premiers par ses docteurs, de mettre au grand jour la fausseté des reproches qu'on lui fait, sa conduite serait blâmable, sans doute.

Mais il n'a jamais paru un livre hétérodoxe digne d'attention qui n'ait été réfuté par les théologiens catholiques, et ceux-ci n'ont jamais dissimulé les objections de leurs adversaires. Nous avons toutes celles de Marcion dans Tertullien, celles d'Arius dans saint Athanase, celle des manichéens, des donatistes, despélagiens dans saint Augustin, etc. Une preuve que ces arguments sont rapportés dans toute leur force, c'est que les incrédules et les sectaires qui les ont renouvelés n'y ont rien ajouté et ne les ont pas rendus meilleurs.

Ceux qui accusent les Pères de l'Eglise et les théologiens de supprimer, d'affaiblir, de déguiser les objections des mécréants, sont des calomniateurs, puisque ordinairement les premiers ont la bonne foi de rapporter les propres termes de leurs antago-

nistes. Où sont les difficultés aux quelles on n'ait jamais répondu ! Si un argument parait plus fort dans le livre d'un hérétique, c'est que la réponse n'y est pas : il paraîtra faible, dès qu'un réfutateur instruit en fera sentir la faiblesse. C'est donc trèsmal à propos que des esprits légers, curieux, soupçonneux, se persuadent que les livres supprimés ou défendus renferment des objections insolubles.

Si ces livres ne contenaient que des raisonnements, ils ne feraient pas grande impression ; mais les impostures, les calomnies, les anedoctes scandaleuses, les accusations atroces, les déclamations, les sarcasmes, en sont les principaux matériaux ; c'est de quoi la malignité aime à se repaître : est-il fort nécessaire de voir toutes ces infamies dans les originaux ?

On dit que pour être solidement instruit de la religion, il faut savoir le pour et le contre. Soit, d'abord ; le pour et le contre se trouvent dans les théologiens catholiques. Mais la maxime estfausse. Un fidèle convaincu de sa religion par de bonnes preuves n'a pas plus besoin de connaître les sophismes par lesquels on peut l'attaquer, que d'être au fait de toutes les fourberies par lesquelles on peut éluder les lois. Cette seconde science, est bonne pour les jurisconsultes; la première estfaitc pour les théologiens.

Ne peut-on pas croire solidement un Dieu, sans avoir lu les objections des athées? N'avons-nous droit de nous fier au sentiment intérieur, au témoignage de nos sens, aux preuves de lait, qu'après avoir discuté les sophismes des sceptiques et des pyrrhoniens ? Si sur chaque question il faut examiner le pour et le contre avant d'agir, notre vie se passera comme celle des sophistes, à disserter, à disputer, à déraisonner, et à ne rien croire.

Nos adversaires suivent-ils euxmêmes leur propre maxime ? Ils n'en font rien, jamais ils n'ont lu ni étudié les livres des orthodoxes qui les ont réfutés.

Beausobre, Hist . duManich., torn. 1 , pag. 218, blâme hautement les papes saint Léon, Gélase, Symmaque, Hor-

midas, d'avoir fait brûler les livres des manichéens, et les lois des empereurs qui l'ordonnaient ainsi. Il fait observer que les chrétiens se plaignirent, lorsque les empereurs païens ordonnèrent de brûler nos livres, et lorsqu'ils défendirent la lecture des livres des sybilles et de ceux d'Hystaspes, parce que ces ouvrages favorisaient le christianisme. Les écrits des manichéens, dit-il, ne pouvaient inspirer que du mépris, s'ils contenaient toutes les absurdités qu'on leur attribue.

Cependant Beausobre convient qu'il y a des livres qui sont dignes de feu, tels que sont ceux qui corrompent les mœurs, qui sapent les fondements de la religion, de la morale et de la société. Voilà déjà une décision de laquelle les incrédules ne lui sauront pas bon gré, et sur laquelle ils auront droit d'argumenter. Si la foi fait partie essentielle de la religion, les livres qui en attaquent la pureté sont-ils moins dignes du feu que ceux qui en sapent les fondements ? La question est de savoir si les livres des manichéens n'étaient pas de cette dernière espèce ; or, nous soutenons qu'ils eu étaient. Malgré les absurdités qu'ils renfermaient, ils n'étaient pas universellement méprisés, puisque les manichéens faisaient des prosélytes.

Mais il ne convient guère aux descendants des calvinistes incendiaires de bibliothèques, de se plaindre de ce que les papes ont fait brûler les livres des manichéens. On ne peut alléguer contre cette conduite aucune raison de laquelle les incrédules ne puissent se servir pour mettre à couvert du feu leurs propres livres.

Ce que nous disons à l'égard des livres hérétiques est encore plus vrai à l'égard de ceux des incrédules. Dans les premiers siècles, nous ne voyons point de lois qui interdisent la lecture de ces derniers, parce que les philosophes ne firent pas un grand nombre d'ouvrages pour attaquer le christianisme. A la réserve de ceux d P Çelse, de Porphyre, de Julien, d Hiéroclès , nous n'en connaissons

célébrité.

aucun qui ait eu quelque

Mais l'avis général que saint Paul

avait donné aux fidèles : « Prenez

» garde de vous laisser séduire par » la philosophie et par de vaines sub- » tihtés, » Coloss., c. 2, y 8, suffisait pour les détourner de toute lecture capable d'ébranler leur foi. Le seizième canon du quatrième concile de Carthage, qui défend aux évoques de lire les livres des païens sans nécessité, semble désigner plutôt les fables des poètes, les livres d'astrologie, de magie, de divination, etc., que les livres de controverse. Lorsque Origène a écrit contre Cclse, et saint Cyrille contre Julien, ils ont copié les propres termes de ces deux philosophes ; nous présumons que les Pères qui avaient réfuté Porphyre avaient fait de même.

Rien n'est donc plus injuste que le reproche souvent répété par les incrédules contre les Pères de l'Eglise, d'avoir supprimé tant qu'ils ont pu les ouvrages de leurs ennemis ; les Pères, au contraire, se sont plaints de l'injustice des païens à cet égard, parce que la lecture de noe livres ne pouvait produire que de bons effets pour les mœurs et pour le bon ordre de la société. Dioclétien fit rechercher et brûler tant qu'il put les livres des chrétiens. « J'entends avec indigna- » tion, dit Arnobe, murmurer et ré- » péter que, par ordre du sénat, il » faut abolir tous les livres destinés à » prouver la religion chrétienne, et à

» combattre l'ancienne religion

» Faites donc le procès à Cicéron, » pour avoir rapporté les objections » des épicuriens contre l'existence » des dieux. Supprimer les livres, ce » n'est pas défendre les dieux, mais » craindre le témoignage de la vé- » rite. * Adv. Gent., 1. 3, p. 46. Aussi Julien remerciait les dieux de ce que la plupart des livres des épicuriens et des pyrrhoniens étaient perdus, Frag., p. 301, et il souhaitait que tous ceux qui traitaient de la religion des galiléens ou des chrétiens fussent détruits, Epist. 9, ad Ecdicium, p. 378.

Ce n'est pas ainsi qu'en ont agi les Pères : loin de supprimer les écrits de Celse, de Julien, d'Hiéroclès contre le christianisme, ils en ont conserve les propres paroles ; si ceux de Porphyre sont perdus, c'est que ceux de saint Méthoaius et d'autres Pères qui

l'avaient réfuté ne subsistent plus. On n'a pas détruit ce que Lucien, Tacite, Libanius, Zozyme, Rutilius, Numatianus, etc., ont dit au désavantage de notre religion, puisqu'on le trouve encore dans leurs ouvrages. Plusieurs livres très-avantageux au christianisme ont péri ; il n'est pas étonnant que ceux de ses ennemis aient eu le même sort. Si l'on a livré aux flammes des livres de divination, d'astrologie judiciaire, de magie, ou des livres obscènes, il n'y a aucun sujet d'en regretter la perte.

Or, les manichéens avaient des livres de magie. Lorsque Anastase le Bibliothécaire dit que le pape Symmaque fit brûler leurs simulacres, Beausobre répond qu'il ne sait ce que c'est que ces simulacres : c'étaient évidemment des caractères et des figures magiques.

La question est de savoir si ce que les Pères ont dit au sujet de la fureur des païens contre nos livres, peut autoriser les incrédules à écrire impunément contre la religion : c'est ce que nous allons examiner. Bergiek.

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