‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 35 sur 114 · LIVRES CONTRE LA RELIGION · texte numérisé non relu

LIVRES CONTRE LA RELIGION

La licence de publier de ces sortes d'ouvrages n'a été dans aucun siècle poussée aussi loin que dans le nôtre ; aucune nation n'en a vu éclore autant qu'il s'en est fait en France ; ce crime est sévèrement défendu par nos lois : plusieurs portent la peine de mort. Voy. Code de la religion et des mœurs, tom. 1, tit. 8. Il est bon de voir si ces lois sont injustes ou imprudentes, et si les incrédules ont des raisons solides à leur opposer.

La maxime qu'Arnobe opposait aux païens, savoir, que supprimer les livres ce n'est pas défendre les dieux, mais craindre le témoignage de la vérité, n'est point applicable au cas présent. 1° Les païens ne connaissaient pas les preuves du christianisme ; ils le proscrivaient sans examen ; nous connaissons depuis fort longtemps les objections des incrédules , ils n'ont fait que les répéter.

2° Les païens n'ont jamais pris la peine de répondre aux apologistes du christianisme, au lieu que les arguments des incrédules ont été relûtes cent

fois. 3° En proscrivant le christianisme, on rejetait une religion dont on n'osait pas attaquer la morale, puisque ses ennemis mêmes prétendaient qu'elle était la même que collé des philosophes ; nos incrédules nous prêchent celle de l'athéisme et du matérialisme, la morale des brutes et non celle des hommes. 4° L'on ne pouvait montrer, dans les livres des chrétiens, aucun principe séditieux capable de troubler l'ordre public ou de révolter le peuple contre le» lois ; les livres des incrédules, au contraire, sont aussi injurieux au gouvernement que furieux contre la religion : c'est pour cela même que les magistrats ont sévi contre plusieurs. Il n'y a donc aucune comparaison à faire entre les uns et les autres.

' Les incrédules disent qu'il doit être permis à tout homme de proposer des doutes ; que c'est le seul moyen de s'instruire. Principe faux. Sous prétexte de proposer des doutes, estil permis à tout homme de soutenir publiquement que notre gouvernement est illégitime et tyrannique, nos lois injustes et absurdes, nos possessions des vols et des usurpations. Tout écrivain coupable de cette démence serait punissable comme séditeux ; il ne l'est pas moins lorsqu'il attaque une religion protégée par le gouvernement, autorisée par les lois à laquelle tout bon citoyen attache son repos et sa tranquillité.

Pour s'instruire, ce n'est pas au public, aux ignorants, aux jeunes gens, aux hommes vicieux, qu'il faut proposer des doutes ; c'est aux théologiens et aux hommes capables de les résoudre. Prolesser le déisme, le matérialisme, le pyrrhonisme en fait de religion, ce n'est pas proposer des doutes, c'est vouloir en donner à ceux qui n'en ont point. Selon la loi naturelle, tout homme dont les incrédules ont ébranlé la foi, troublé le repos, empoisonné les mœurs, serait en droit de les attaquer personnellement, de les traduire au pied des tribunaux, de leur demander réparation du dommage qu'ils lui ont causé ; à plus forte raison tous ceux qu'ils ont insultés, tournés en cule et calomniés.

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Ils disent que leurs livres ne peuvent produire du mal ; que, s'ils sont mauvais, ils tomberont dans le mépris ; que, s'ils sont bons, ce serait une injustice de punir les auteurs Autre principe faux. Dans ce genre de livres, la plupart des lecteurs sont incapables de discerner le bon du mauvais ; il est toujours un grand nombre d'esprits pervers et de cœurs gâtés qui vont au-devant de la séduction, qui cherchent à se tranquilliser dans le crime par les principes d'irréligion ; leur fournir des sophismes, çest les armer contre la société. Les incrédules ont saisi le moment dans lequel ils ont vu la contagion prête à se répandre, pour divulguer le venin qui devait l'augmenter : ils méritent d'être traités comme des empoisonneurs publics. Nous espérons à la venté, que leurs livres tomberont dans le mépris, et déjà nous eu avons un grand nombre d'exemples ; leurs derniers écrits ont fait profondément oublier les premiers. Tous ont été annonces dans le temps comme des ouvrages victorieux, terribles, décisifs, auxquels les théologiens n'auraient rien à répliquer ; et il n'en est pas un seul dont on n'ait fait voir le faux et l'absurdité. Mais la chute et le mépris de ces ouvrages de ténèbres ne réparera pas le mal qu'ils ont fait. *

S'il n'était pas permis d'attaquer toutes les religions, continuent nos philosophes, les missionnaires qui vont prêcher chez les infidèles seraient punissables. Us le seraient, sans doute.s'ilsvoulaient établir l'athéisme parce qu'il vaut encore mieux pour un peuple avoir une fausse religion que de n'en avoir point du tout. Ils le seraient, s'ils allaient prêcher pour corrompre les mœurs, pour soulever les peuples contre les prêtres et contre le gouvernement, comme font les incrédules : mais est-ce là le dessein des missionnaires ? Convaincus de la vérité, de la sainteté, de l'utilité du christianisme, revêtus d'une mission divine qui dure depuis dix-sept siècles, Us bravent tout danger pour aller instruire des hommes qui en ont réellement besoin : lorsqu'ils ont du succès, ils parviennent à les civiliser

et à les rendre plus heureux. Ce no sont la ni les desseins, ni la morale, ni le talent des incrédules ; ils se cachent et désavouent leurs livres ■ ils ne se montrent que quand ils sont surs de l'impunité : plusieurs ont fait et ont acquis de la réputation ; dès que cette espérance cesse, ils n'écrivent plus.

Quelques-uns ont poussé l'ineptie jusqu'à dire que de droit naturel nos pensées et nos opinions sont à nous et sont la plus sacrée de nos propriétés; que c'est une injustice et une absurdité de vouloir empêcher un homme de penser comme il lui plaît, et de le punir pour ses opinions. Et qui les empêche de penser et de rêver comme il leur plait? Des écrits rendus publics, des invectives, des impostures, des calomnies, ne sont plus de simples pensées, ce sont des délits soumis à l'inspection de la polices'ils attaquent un particulier, il a droit de s'en plaindre ; s'ils troublent la société, elle a raison de sévir. Lorsque les théologiens ont avancé des opinions douteuses, on les a réprimés, et les philosophes ont applaudi a la punition : par quelle loi sont-ils plus privilégiés que les théologiens?

Quand on leur demande de quel droit ils se mêlent du gouvernement, de la religion, de la législation, ils répondent : Par le même droit qu'un passager éveillé donne des avis au pilote endormi qui tient le gouvernail du navire dans lequel il se trouve lui-même. Mais si ce passager est un somnambule qui rêve et qui trouble sans sujet le repos de tout l'équipage, il nous parait que l'on fuit bien de le garotter, afin qu'il ne donne plus 1 alarme mal à propos.

Tout écrivain de génie, disent-ils encore, est magistrat-né de sa nation :

son droit est son talent. Pourquoi ne pas ajouter qu'il en est le législateur et le souverain? Ainsi la fatuité d'un discoureur qui lui persuade qu'il est écrivain de génie, suflit, selou nos nouveaux politiques, pour lui donner 1 autorité de rendre des arrêtai

L'absurdité de toutes ces prétentions suffît pour démontrer quel serait le sort des nations, si elles avaient l'imprudence de se livrer à l'indiscré-

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tion de pareils docteurs. S'ils étaient les maîtres, ils proscriraient cette liberté d'écrire qu'ils demandent ; ils ne souffriraient pas que personne osât combattre leurs principes ; ils feraient brûler tous les livres de religion; ils détruiraient les bibliothèques, comme ont fait les fanatiques d'Angleterre au xvi° siècle, afin d'établir despoliquement le règne de leurs opinions. De tout temps l'on a ■vu que ceux qui réclamaient le plus hautementlaliberté pour eux-mêmes, étaient les plus ardents à en dépouiller les autres.

On ne peut les méconnaître au portrait que saint Paul a tracé des faux docteurs : « Il y aura, dit-il, des » hommes remplis d'eux-mêmes, am- » bitieux, orgueilleux et vains, blas- » phématcurs, ingrats et impies, en- » nemis de la société et de la paix, » calomniateurs, voluptueux et durs, » sans affection pour personne, etc. :

» il faut les éviter. Ces hommes dan- » gereux s'introduisent dans les so- » ciétés, cherchent à captiver les » femmes légères et déréglées, sous » prétextedeleur enseigner la vérité.»

Il Tim., c 3, f 2.

Bergier.

LLORENTE (prononcez Liorente conformément à la règle espagnole pour 17 double), (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Jean Antoine Liorente , d'une noble famille d'Aragon, né en 1736, prêtre en 1779, vicaire-général du diocèse de Calahorra en 1782, franc-maçon dans le même temps, puischanoine de Calahorra, enfin élevé en 1789 aux fonctions de secrétaire général du tribunal de l'Inquisition à Madrid, eut à éprouver des aventures politiques très-diverses, selon que le parti libéral montait ou baissait, se vendit à Napoléon à la suite des événements de 1808, fut banni de l'Espagne en 1814 comme coupable de haute trahison, vécut comme réfugié à Paris des produits de sa plume sous la protection des francs-maçons, fut amnistié en 1820, resta à. Paris où il traduisit en espagnol les Aventures de Vaublas, en fut chassé par le gouvernement en 1822 pour ses Portraits politiques des Papes, et mourut à Ma-

drid en 1823. Son livre le plus fameux est son Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne en 4 vol. in-8° qu'il écrivit en espagnol et que traduisit en français sous ses yeux Alexis Pelher, 1817. On a de lui aussi Noticias historicas sobre las très provincias bascongados, 3 vol., Madrid, 1806. Voici comment le juge M. Héfélé qui a fait un travail sur le cardinal Ximenès où il s'agit de Liorente :

« Le trait saillant des écrits de Liorente est une amertume extraordinaire contre l'Église, qui l'entraîna à une foule d'assertions fausses et inexactes. On peut voir comment l'histoire se défigure sous sa plume par ce qu'il écrit des croisades (1). « L'injustice de cette croisade (la première), dit-il, et des autres expéditions du môme genre, aurait soulevé l'Europe d'indignation, si déjà on n'avait inoculé aux peuples l'idée insensée que la guerre était légitime dès qu'elle avait pour but la gloire du Christianisme. »

« Dans ses Portraits politiques des Papes il nomme saint Grégoire (2) « le plus lâche des adulateurs; » Grégoire VII, « le plus grand monstre que l'ambition ait pu créer. » Rome n'est jamais pour lui qu'un foyer d'intrigues, et la postérité ne pardonnera pas aux souverains de l'Europe d'avoir rétabli au congrès de Vienne les Etats du Saint-Siégc.

« L'inexactitude et la légèreté de Liorente, comme historien, ne sont pas moins frappantes que sa haine contre l'Eglise. Dans ses Portraits (3) il nous apprend que Paul de Samosate embrassa l'hérésie de Sabelhus, assertion dont l'absurdité fait sourire le plus mince séminariste. Dans un autre endroit il dit que saint Justin (f 107) écrivit ses ouvrages avant saint Ignace d'Antioche (f 107 oui 10), qu'Apollonius de Tyane était un hérétique, etc., etc.

« Les erreurs n'abondent pas moins dans son Histoire de l'Inquisition, Grégoire VII y entre en lutte avec

(H Bisl. crit. de l'Inquisition, t. I, p. 26, d» 1» traduction allemande de Hœclt., Gmflad, 1819, i \ol. in-8°.

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l'empereur Henri III (au lieu de Henri IV), les décrétâtes pseudo-isidoriennes sont composées dès le vnr 3 siècle. Ce qui néanmoins prête une grande valeur h cet ouvrage, ce sont de nombreux extraits des documents originaux de l'Inquisition, qui nous permettent de nous former un jugement plus exact de l'Inquisition d'Espagne qu'on ne l'avait pu faire jusqu'alors. Llorente n'a certainement pas passé sous silence les actes qui pouvaient le plus charger ce tribunal, il donne le texte des plus fameux procès, et malgré cela tous les documents qu'il communique, les statuts qu'il cite, etc., mettent l'Inquisition dans un jour plus favorable qu'il ne l'aurait voulu, et contredisent le plus souvent par le fait les réflexions qu'il y ajoute. » Le Nom.

LOCKE (John). {Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce célèbre philosophe anglais naquit à Wrington, non loin de Bristol, en 1632, et mourut à Oates dans le comté d'Essex, chez son ami Sir Masham , en 1704 à l'âge de soixante-douze ans, nes'occupantplus que de la lecture de la Bible, et composant, dans le sens rationaliste, des commentaires sur les épitres de saint Paul, notamment sur les épitres aux Romains, aux Galates, aux Ephésiens, aux Corinthiens. Il avait appris la médecine et Sydenham avait rendu hommage à ses connaissances médicales, mais sa faible santé l'avait empêché de pratiquer cet art. En 1682 il avait été obligé de se cacher en Hollande pour échapper aux persécutions du parti de la cour. Ses plus célèbres ouvrages sont :

Lettres sur la tolérance, il y en a quatre; Constitution fondamentale de la Caroline; Essai sur l'entendement humain ; Pensées sur l'éducation ; Deux traités sur le gouvernement; Un discours touchant les miracles; Le Christianisme raisonnable tel que l'Écriture le révèle; Des dissertations sur la raisort, la liberté, etc., œuvres posthumes.

On a fait a Locke une sorte de réputation de matérialisme qui est à peu près effacée aujourd'hui, mais qu'à coup sûr il ne mérita point. Nous Citerons à ;'appui de ce jugement

quelques extraits des appréciations de M. Zukrigl sur ce philosophe dont notre Condillac a bien exposé à peu près les idées, mais avec une force philosophique qui fut loin d'atteindre celle du maître.

Locke, dit M. Zukrigl, part de deux pensées fondamentales dans ses ouvrages de philosophie. « Première; ment, dit-il, il n'y a pas d'idées innées; secondement toutes nos connaissances dérivent de l'expérience. »

C'est ce qu'il cherche à démontrer dans l'ouvrage cité plus haut : An Essay concerning human Vnderstanding (1).

« Cet essai se divise en quatre livres. Le premier combat la doctrine des idées innées; le second traite de l'origine des idées; le troisième parle du langage, de son but et du rapport des conceptions et des mots; le quatrième, de la connaissance, de la vérité et de l'évidence, de la probabilité, de ses motifs et de ses degrés. C'est donc un travail critique, psychologique et philosophique sur la faculté de connaître; il montre comment la raison humaine peut s'élever à la connaissance du vrai et où s'arrêtent les limites de son pouvoir...

» Nous avons une connaissance intuitive de notre propre existence, une connaissance démonstrative de l'existence de Dieu, une connaissance sensible de l'existence des autres êtres (2).

» Locke démontre ainsi l'existence de Dieu (3) :

» L'homme sait d'une certitude intuitive qu'il existe lui-même ; mais rien ne peut rien produire (c'est-àdire ne peut produire un être réel) ; il faut qu'un être éternel soit pour que quelque chose existe. Cet être doit posséder au plus haut degré la puissance, sans laquelle il ne saurait être la source de toute existent e et de toute force. Il faut aussi qu'il soit l'intelligence suprême ; car un être

(1; Essai philosophique, concernant t'entendement humain, où l'on montre quelle est l'étendue de nos connaissances certaines et la manière dont nous y parvenons, traduit de l'anglais par M. Coite, anr li quatrième édition, revu», corrigea el augmenta par l'auteur, Amsterdam, 1700, ie-4o.

(i) E*UI I. IV.

(3) IV, c. 10, §§ 1-6.

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qui ne pense pas ne peut produire un être qui pense. Ainsi un être éternellement pensant est nécessaire.

Mais la matière ne peut être coéternelle avec cet être ; il faut donc qu'il y ait un Dieu.

» D'après les principes de Locke, la science de Dieu et des choses divines, tout comme l'idée morale, nait de l'expérience. Seulement l'expérience de Locke n'est pas le pur empirisme, puisqu'il soutient qu'on peut arriver à une science démonstrative de Dieu et des rapports religieux et moraux.

Toutefois il ne s'élève pas au-dessus de l'observation empirique...

« Locke admet la religion naturelle, la révélation et la création : « Il n'y a pas de contradiction à admettre une création du néant; car, si nous restreignons ce que Dieu peut faire à ce que nous pouvons en concevoir, nous faisons de notre raison une faculté infinie et de Dieu un être borné. »

« Locke dit : La foi ne peut jamais être opposée à la raison.

« Sont conformes à la raison les propositions dont nous pouvons découvrir la vérité par l'examen et le développement des idées qui naissent de la sensation et de la réllexion, qui, par conséquent, peuvent être comprises par une déduction naturelle comme vraies ou vraisemblables.

Sont au-dessus de la raison les propositions dont la vérité ou la vraisemblance ne peut être par la raison déduite de la réflexion. Sont contraires à la raison les propositions qui sont en contradiction avec ellesmêmes ou qu'on ne peut concilier avec des idées claires (1).

« La foi est le consentement qu'on donne à une proposition par suite de la confiance qu'on a en celui qui l'émet comme provenant de Dieu par une voie extraordinaire ; cette manière de découvrir des vérités aux hommes se nomme Révélation. Nul homme inspiré do Dieu par la Révélation ne peut communiquer aux hommes une chose dont ils n'avaient auparavant aucune idée. Les mots ne peuvent exprimer une idée entièrement nouvelle. Nous ne pou-

(1)IV, c. n, §23.

vons pas non plus admettre comme vraie et comme révélation divine une chose qui serait en contradiction directe avec une notion positive de notre raison ; car cela renverserait tous les principes de la connaissance. La raison peut nous faire admettre une révélation. C'est à elle de juger si une chose est vraiment révélée, et quel est le sens de cette révélation.

» Locke admet aussi qu'il y a des choses dont nous n'avons que des idées très-imparfaites ou dont nous n'avons pas d'idée du tout, et dont nous ne pouvons reconnaître la réalité par l'usage naturel de notre raison. Ces choses sont, par conséquent, surnaturelles et l'objet propre de la Révélation et de la foi, par exemple le dogme de la chute d'une partie des anges. La Révélation mérite, par conséquent, d'être écoutée là où la raison ne peut juger ou ne le peut qu'avec probabilité (I).

» Le fanatisme aimerait à supprimer la raison et à établir une révélation sans raison (2). La raison est la révélation naturelle, par laquelle Dieu communique au genre humain lamesure des vérités qui sont du domaine des forces naturelles. La Révélation est la raison naturelle élargie par une nouvelle série de découvertes que Dieu a directement communiquées, et dont la raison garantit la vérité en attestant et en prouvant qu'elles viennent de Dieu. Le fanatisme ne peut prouver avec évidence qu'il est véritablement inspiré de Dieu

» Le système de Locke est un réalisme de la raison empirique. Le service qu'il a rendu à la philosophie consiste principalement en ce qu'il a fondé une nouvelle époque pour la psychologie. Sa philosophie se répandit rapidement en Angleterre, en France, et peu à peu aussi en Allemagne. Son empirisme intellectuel et logique entraîna bientôt l'empirisme pratique et moral (Samuel Clarke). Sa doctrine des connaissances humaines naissant, toutes, des perceptions immédiates des sens fut surtout développée en France, et y

(1)IV, c. 18, s 9.

(î) IV, c. 19, g 3.

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dégénéra en un sensualisme absolu et un matérialisme grossier qui rejeta tout ce qui est surnaturel (Système de la nature). Si on va logiquement au bout de l'empirisme de Locke , toute connaissance ayant un caractère d'universalité rigoureuse et de nécessité absolue est impossible. L'expérience intérieure n'avait, d'après Locke, pas de valeur par elle-même ; elle n'était que le résultat de la réflexion de la raison sur les idées acquises par les sens. Si Locke avait reconnu que l'expérience intérieure a sa valeur propre et indispensable, puisque l'esprit vit et a ses phénomènes vitaux, il aurait trouvé la source et la genèse des idées dites innées.

» Quant à ses principes politiques, il les a exposés dans Two treatiscs on Government, London, 1691 (1). Ils se résument brièvement ainsi : La puissance politique ne peut avoir d'autre base que la volonté générale de tous ceux qui s'y soumettent. Le but de l'institution de la société civile est la conservation de la propriété et de la liberté. Le peuple, en vertu de sa souveraineté, participe au droit de faire la loi. Cependant le pouvoir législatif doit être séparé du pouvoir exécutif. C'est cette séparation qui constitue la monarchie limitée et le meilleur gouvernement en général.

La monarchie absolue est inconciliable avec le but de la société civile, parce que tout y est livré à l'autorité illimitée d'un seul, et ce n'est pas là remédier aux inconvénients de l'état naturel, où chacun est juge dans sa propre cause

» Parmi les écrits théologiques de Locke il faut compter surtout : A Discourse of Miracles (2).

» Dans ce traité Loclœ expose l'idée, le but, la nécessité et les caractères d'un vrai miracle. Il dit que nous ne pouvons reconnaître une révélation comme divine que lorsque le messager qui l'apporte est envoyé de Dieu.

Or cette mission ne peut-être reconnue qu'àcertainscaraclères,aumoyeu

(1) T. IV de l'édition complète de 1824.

(Ij T. VJU de l'édition complète de 1824.

de lettres qui l'accréditent et prouvent qu'il est vraiment envoyé de Dieu. Ces lettres de crédit sont les miracles. Pour se légitimer il faut qu'en preuve de sa mission divine l'homme de Dieu accomplisse des miracles.

« Un miracle est un acte qu'on peu) percevoir par les sens, qui, dépassant la puissance du spectateur, est, suivant l'opinion de ce dernier, contraire au cours de la nature, et ne peut provenir que de Dieu. L'histoire ne parle nettement que de trois personnages qui soient venus présenter, au nom du Dieu unique et vrai, une loi émanant de lui, savoir : Moïse, Jésus et Mahomet. Mais Mahomet n'a pas opéré de miracles et n'en a pas appelé aux miracles pour prouver sa mission. Par conséquent les seules révélations qui aient été confirmées par des miracles sont celles de Moïse et du Christ.

« On ne peut raisonnablement refuser sa foi à celui qui vient remplir la mission que Dieu lui a donnée dans le monde, quand il réalise sa mission par des miracles. Or, il y a un motif suffisant de tenir une action extraordinaire pour un miracle quand elle porte la marque évidente d'une puissance plus grande que celle qui se manifeste du côté de l'adversaire ; car ou ne peut admettre que la bonté et la dignité de Dieu permettent que son envoyé et sa vérité soient vaincus par la manifestation d'une puissance plus grande de la part de l'imposteur et en faveur du mensonge. Ainsi la puissance de Moïse se mollirait supérieure à celle de ses adversaires lorsque ses serpents dévoraient ceux des magiciens égyptiens. De même les miracles opérés pour confirmer la doctrine transmise par le Christ portaient les caractères d'une puissance extraordinaire et supérieure, c'est-à-dire divine. Par conséquent la vérité de sa divine mission reste indubitablement établie. On ne sait pas, sans doute, jusqu'où s'étend la puissance des agents naturels ou des êtres créés, mais toute raison comprend que cette puissance ne peut jamais égaler celle de Dieu. C'est pourquoi la puissance d'en haut est un guide

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aussi facile que sûr pour mener à la révélation divine.

» Du reste : 1° Aucune mission ne peut être considérée comme divine si elle blesse la gloire de Dieu, ou si ce qu'elle annonce est contraire à la religion naturelle et aux lois de la morale raisonnable.

» 2° Une révélation divine ne renfermera jamais des choses indifférentes ou des choses dont la connaissance pourrait être facilement atteinte par l'usage des facultés naturelles; car Dieu n'envoie personne à cette lin dans le monde. Ce serait rabaisser sa suprêmemajestéen faveur de notre paresse.

» 3" Donc une véritable mission divine doit avoir pour but la communication de vérités surnaturelles. Il faut qu'elle ait rapport à la. gloire de Dieu ou aux intérêts les plus graves de l'humanité. Des effets surnaturels, rendant témoignage à une révélation dece genre, peuvent seuls être reconnus à bon droit comme des miracles.

» Locke fit une application spéciale des principes de son Essai sur l'Entendement humain à la religion chrétienne, dans son livre intitulé : The Beasonablmess of Christianity, as delivered in the Scriptures (le Christianisme raisonnable, tel que l'Ecriture le révèle), de 1695 (1). Dans la préface de cet ouvrage Locke déclare que, mécontent du système des théologiens, qui trop souvent donnent à de pures subtilités l'importance de dogmes essentiels et nécessaires de la religion, il s'était adressé à l'Écriture sainte, pour apprendre à connaître par elle-même et par elle seule le Christianisme. Or, il obtint pour résultat de ses recherches que le seul article de foi essentiel du Christianisme est celui-ci : « Jésus est le Messie; » croire au Fils, c'est croire au Messie (2).

» Toutes les autres vérités de l'Ecriture peuvent demeurer inconnues à quelques-uns sans que leur ignorance nuise au salut de leur âme; mais cette vérité est indispensable

(1)T. VI, de l'édition comp. de 1824, trad. en français par im traducteur inconnu, Amsterdam, 1731, 2 vol.

pour devenir Chrétien. Rien de plu»

évident, dit-il, si on réfléchit à la mission du Christ (1). Le premier Adam perdit par le péché la béati tude et l'immortalité. Par suite de cette chute sa postérité devint mor telle, et il n'y eut rien d'injuste danr cette privation, parce que personnf n'avait le droit de revendiquer Fini mortalité. La mort après la chulf d'Adam n'est donc pas un châtimen»

pour un fait étranger à l'humanité Le Christ a reconquis la vie puui nous, et il nous délivrera de la mor 4 du corps au jour de la résurrectior universelle. L'homme a reçu dans l'o rigine la loi de la raison ou de la na ture, mais il ne l'a pas accomplie La connaissance de cette loi n'a pa été partout la même. La raison seul n'a pu remédier aux défauts et aux erreurs des règles purement morales Ni la loi civile, ni les prescriptions des philosophes ne peuvent faire complètement prévaloir leur autorité, car nulle part l'obligation de les observer n'a été généralement reconnue, nulle part elles n'ont été considérées comme la forme de la loi suprême, de la loi naturelle. Les païens n'avaient pas la claire évidence du Législateur suprême, da l'Auteur de la loi morale et naturelle.

Leur religion manquait de vérité morale; elle ne connaissait pas Dieu, comme législateur.

> Les philosophes parlaient peu de Dieu dans leur éthique. La loi cérémoniello de Moïse n'avait qu'une signification et une valeur temporaires. La loi morale de Moïse seule est permanente, parce qu'elle répond aux règles éternelles du droit, et c'est ce qui fait qu'elle garde son autorité sous l'Évangile.

» Personne n'a rempli toute laloi des œuvres ; or personne ne peut être juste sans avoir complètement rempli cette loi. C'est pourquoi chacun a besoin d'un substitut pour accomplir complètement la loi de l'obéissance; cette obéissance complète n'est possible que par la foi en Jésus comme Messie; cette foi est imputée aux Chrétiens comme justice, c'est-à-dire

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comme accomplissement parfait de la loi.

» Locke cherche à démontrer plus explicitement que cette vérité : Le Christ est le Messie, est le sommaire essentiel de la foi qui justifie et qui sauve. Il remarque que cette vérité a été proclamée par Jean-Baptiste, par le Christ lui-même et par ses Apôtres. Le Christ ne dit pas d'abord clairement qu'il était le Messie, pour ne pas créer des obstacles à sa prédication de la part de ses ennemis (1).

Quiconque croit à sa résurrection ne peut nier qu'il est le Messie. Mais la foi seule ne suffit pas pour être justifié ; il faut encore accomplir la loi.

Le Christ impose aussi des lois à la foi. Ces lois sont obligatoires. C'est d'après elles qu'il jugera au jour du jugement (2). Cependant personne ne sera condamné pour n'avoir pas cru; on ne sera condamné que pour n'avoir pas bien vécu. Les hommes qui n'ont pas entendu parler du Messie seront réconciliés avec Dieu en faisant pénitence et en réclamant le pardon.

On ne peut leur demander la foi, tandis qu'on peut l'exiger de ceux qui ont connu les promesses du Messie dans l'ancienne alliance. Que si ceuxci furent sauvés par leur confiance et la simple espérance qu'ils eurent en l'accomplissement des promesses divines, Dieu peut sans aucun doute rendre justes les hommes qui ne reconnaissent pas la vérité de tout article de foi qu'on vient leur montrer dans un livre symbolique (3). La foi et la pénitence font les conditions nécessaires du salut dans la nouvelle alliance (telle est aussi la doctrine de saint Paul, Act., 17, 30). La loi du Messie consiste en partie dans les lois de la morale naturelle, purifiées des traditions corrompues ; en partie dans de nouveaux commandements que le Christ donna lui-même, sanctionnés par la certitude de récompenses et de châtiments éternels. Le monde doit au Christ sauveur la pure connaissance du Dieu un, invisible et vrai, à laquelle les prêtres païens s'opposaient par égoisnie, etc.

(3) C. It.

» Locke écrivit ce traité, à ce qu'il parait, dans l'espoir de concilier les esprits divisés par les discussions religieuses. Telle est l'opinion du traducteur français des œuvres de Locke, lequel remarqua, dans la dissertation qu'il ajouta à sa traduction , que l'ouvrage de Locke renfermait l'unique et vrai moyen d'unir tous les Chrétiens, malgré les différences de leurs sentiments religieux.

» L'idée que Locke avait exposée dans son Christianisme raisonnable, c'est-à-dire l'union des Chrétiens des diverses confessions, il chercha à la réaliser dans le plan d'une constitution, Fundamental Constitution of Carolina (1), qu'il composa à la demande des huit lords que Charles II avait chargés de cette mission, et dont faisait partie le protecteur de Locke, lord Ashley. Les lords ratifièrent le projet de Locke en 1669. Il contenait les dispositions suivantes au sujet de la religion :

y< Nul ne peut être citoyen libre de la Caroline, y posséder des biens ou y être domicilié, s'il ne croit en Dieu et ne reconnaît la nécessité d'adorer Dieu publiquement (2).

» Il faut , pour constituer une Église ou une confession religieuse, le consentement de sept personnes au moins. — Toute Église doit, si elle veut être reconnue comme telle, professer les articles fondamentaux suivants : 1» Il y a un Dieu; 2° Dieu doit être publiquement et solennellement adoré ; 3° tout homme est obligé de rendre témoignage à la vérité (serment) dès que le gouvernement l'en requiert. Celui qui n'est pas membre d'une Église ne peut élever aucune prétention à la jouissance des droits civils. — Il est interdit de persécuter qui que ce soit à propos de sa confession ou de sa manière d'adorer

(1) T. IX de l'édition roini lète de 1824.

(2) 11 y a là une intolérance civile qui s'explique difficilement de la part d'une intelligence aussi élevée que celle de Locke; mais il faut reconnaître aussi que Locke n'était qu'A demi rationaliste daae le bon sens du mot, mais qu'd ramenait par une série d'ioconséquenres sa philosophie à un empirisme dégagé de tout a priori. Les Descartes et les Leibnitz n'auraient pas mis cela dans une constitution politique. I.a logique dit que l'a liée doit avoir son droit de cité à côté du théiste.

La Nota.

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Dieu, ou de troubler les assemblées religieuses d'une confession quelconque.

» Le principe de Loche, reclamant l'absolue indifférence religieuse de l'État ou l'égalité de tous les partis religieux devant la loi , se réalisa dans les États-Unis de l'Amérique du

Nord.

» Loche répéta les mêmes principes, vingt ans plus tard, dans ses quatre Lettres sur la Tolérance (1). La première fut écrite en Hollande , en 1685; la deuxième (1690) fut une réplique à une réponse de Jonas Proast, tbéologien d'Oxford ; la troisième parut en réponse à une réplique, en 1692; la quatrième fut dirigée contre le même adversaire , qu'il retrouva douze ans plus tard.

» Loche recommande dans ces lettres la tolérance à l'égard de toutes les opinions et de toutes les communautés religieuses. Il remarque qu'une tolérance illimitée et égale pour tous est un besoin, un droit et un devoir. C'est pourquoi on doit accorder à toutes les confessions religieuses le droit de s'assembler, de célébrer publiquement leui' culte, de solenniser librement leurs fêtes. Cela s'applique aux presbytériens, aux indépendants, aux quakers, à toutes les sectes; les païens, les Mahométans et les Juifs ne doivent pas perdre leurs droits de citoyens à cause de leur religion. Loche cbercbe à prouver ce principe de tolérance :

» 1° Par l'idée même de l'Église.

» a. Car le caractère distinctif de la véritable Église est la patience. Nul n'est Chrétien s'il n'aime ses frères.

Le Christ a armé ses soldats de l'Évangile delà paix, et non du glaive.

» 6. L'Église est une association libre, ayant pour but le culte public qu'on reconnaît être agréable à Dieu et propre au salut de l'homme. C'est pourquoi elle ne peut contraindre personne à la reconnaître. Elle ne veut conquérir la vie éternelle que par une adoration libre. Aussi l'excommunication ne doit entraîner aucun dommage civil. Du reste chaque Église, en tant que société libre, n'a

(1) T. V de l'édition de 1824.

de pouvoir que sur ceux qui se reconnaissent au nombre de ses membres.

« 2° Par l'idée de l'État.

« Car l'État n'a à garantir que les intérêts civils. L'autorité temporelle n'a reçu de pouvoir ni de Dieu ni du peuple pour veiller au salut des âmes.

La religion est une affaire de conviction intime. C'est donc un devoir pour l'État de tolérer les diverses sociétés religieuses.

« a. L'État ne peut introduire ni ordonner des cérémonies religieuses, parce que des cérémonies ne sont religieuses qu'autant qu'elles sont ordonnées de Dieu. Même l'idolâtrie ne peut être punie par l'État, quoiqu'elle soit un péché.

« 6. L'État ne peut ni ordonner ni défendre des opinions spéculatives et des articles de foi, car il ne dépend pas de notre volonté de croire ou de ne pas croire. L'État ne peut pas non plus interdire la profession d'opinions spéculatives qui n'ont aucun rapport avec les droits civils; car, quand un Catholique tient pour le corps réel et véritable du Christ ce que les membres d'une autre confession appellent simplement du pain, il ne fait pas de tort à son prochain.

« c. Il en est autrement des opinions pratiques. Les actions morales appartiennent à la juridiction de la loi civile comme h celle de la conscience. La législation civile surveille les opinions pratiques, parce qu'elle a le devoir de veiller à la sûreté extérieure et au bien-être des sujets.

C'est pourquoi l'autorité aie droit d'interdire toute opinion qui est contraire aux lois nécessaires à la conservation d'une société civile. Elle peut, par exemple, interdire l'opinion qu'on n'est pas obligé de tenir sa parole aux hérétiques.

« Loche démontre en outre les bienfaits et l'innocuité de la tolérance. Il pense que, dès qu'on aura , solidement établi la tolérance de toutes les Églises, on cessera de craindre que toute nouvelle assemblée religieuse soit une pépinière de séditieux.

« De tout ce qui précède il est fa-

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cile de conclure qu'on a fait véritablement injure à Loche en l'accusant d'athéisme. Il n'est pas non plus un pur déiste, un déiste abstrait, comme on l'a prétendu, quoiqu'on trouve chez lui quelques éléments de la critique négative des libres penseurs.

Seulement il peut avoir posé les bases du déisme en prétendant qu'il suffit pour être sauvé de croire en Dieu et au Sauveur comme Messie. On ne peut pas dire toutefois qu'il ait rejeté tout le surnaturel du Christianisme, puisqu'il reconnaît les miracles et la mission divine du Christ.

Mais il semble avoir douté de la divinité du Christ, ne s'étant jamais directement prononcé à ce sujet, même lorsqu'il en avait naturellement l'occasion. C'est pourquoi Leibnitz dit de lui, non sans raison : Inclinasse men ad Suciaianas (anti-Triniturios.)

» Il nous semble aussi qu'il n'admit le Messie que comme un homme entré dans le monde d'une manière miraculeuse (engendré par la vertu divine) ; car il dit : « Le Christ n'est semLlable au Père qu'en tant qu'image du Père ([-'ils de Dieu); il est immortel comme lui. » Il dit encore, dans son Christianisme raisonnable :

« La plus grande preuve que Jésus est le Fils de Dieu est tirée de sa résurrection. C'est dans la résurrection qu'apparaît évidemment l'image de son l'ère en lui, puisqu'il se montre visiblement transiiguré et immortel.»

Le Noir.

LOCOMOTEUR (les modifications, chez les animaux, de l'appareil.) [Théol. mixt. scien. anat. physiol. et mécan.) — La locomotion, dans les animaux, a été obtenue par l'auteur de la nature au moyen d'une mécanique savante et précise, dont les applications combinées en vue des lins relatives aux milieux dans lesquels ils sont appelés à se mouvoir, fera à jamais l'admiration de toute intelligence. Les organes de cette locomotion sont les muscles qui forment la chair et qui s'attachent, par leurs extrémités, à des parties dures soit la peau, la coquille, etc.

dans les animaux inférieurs, soit les os qui forment le squelette dans les

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animaux vertébrés. Le grand secret des mouvements des muscles est dans leur propriété de se contracter ou de se raccourcir, et en se raccourcissant, d'entraîner les extrémités auxquelles ils sont fixés. Leur force est tout entière et toujours dans cette contraction ; la dilatation n'est chez eux qu'une faiblesse qui cède à la contraction d'autres muscles destinés à attirer le membre en sens opposé. Considérez vos doigts : vous voyez au dedans des bourrelets de chair qui se grossissent quand vos doigts se ferment ; ce sont les muscles fléchisseurs qui se contractent sur euxmêmes et qui attirent les os des phalanges qui sont dos leviers. Le long de la partie supérieure des mêmes doigts sont les muscles contraires, ou extenseurs qui agissent dans le sens opposé quand vous les ouvrez; mais ceux-là exercent leur force, comme les autres par contraction ; et il en est ainsi de tous les mouvements, qui ne sont qu'autant d'ellets de puissances contraires reposant surle même principe. En général les muscles ne sont point attachés aux extrémités des leviers, mais plutôt en un point qui n'est pas très-éloigné de la charnière ; il en résulte que la force relative aux propriétés dulevierest moins grande ; mais il en résulte aussi que le déplacement de l'extrémité opposée est beaucoup plus considérable relativement au muscle lui-même. Or ces deux eifets contraires sont toujours combinés avec une précision si grande en vue de l'utilité pour l'animal, que, somme toute, c'est le meilleur effet possible, relativement à ce but, qui est atteint.

Nous n'entreprendrons pas, dans cet article, une étude de cette mécanique savante et toujours calculée en vue d'un résultat final ; on en pourra voir quelques esquisses aux mots squelette et muscles ; nous ne voulons parler, comme nous l'avons indiqué par le titre, que de l'appareil locomoteur relativement aux modifications que le grand mécanicien lui lait subir selon les conditions et les besoins de l'animal qui en est pourvu

Il y a quatre espèces de locomotion; la marche, le vol, la natation et

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la reptation ; et si l'on étudie les animaux qui usent de chacune de ces locomotions, on est confondu d'admiration en voyant les transformations, que subissent leurs appareils eu égard à leur nature et à leurs besoins.

Marche. — Un premier animal se présente : c'est l'animal intelligent ; c'est l'homme. Celui-là possède dans sa raison le germe de toutes les industries ; mais si ses organes n'étaient pas conformés de manière à pouvoir exécuter les milliers d'instruments et les milliers d'artifices dont son avenir d'être raisonnable renferme l'indéfini de la perfectibilité, ce germe lui serait inutile et serait à jamais dans son organisme comme dans un tombeau. Il inventera l'écriture ; mais pour écrire il lui faut des mains et des doigts très-déliés ; il inventera le tissage des étoffes et la couture; mais il lui faut pour exécuter ces inventions, des membres antérieurs d'un tact fin et d'une agilité parfaite; il se bâtira des chefs-d'œuvre d'architecture ; mais sans ses bras et ses mains le pourrait-il"? et ainsi de tous les arts, dont le développement sera attaché à son bras et à sa main comme organes nécessaires à son génie. Si ces membres antérieurs lui servaient à la locomotion, plus ce tact fin, plus ce jeu parfait du mouvement ; c'est le grossier qui se met à la place. Au lieu de cette peau sensible et nerveuse, ce sera la calle, la corne et l'émoussement qui résulteront du froissement perpétuel avec la terre et du rude effort pour supporter et transporter l'être tout entier. Aussi, que fait le créateur? il réserve chez lui les membres antérieurs pour toutes ces fins plus élevées, et réduit son appareil de locomotion aux deux membres postérieurs, en lui donnant, exclusivement, la station verticale, et des pieds longs et larges, à talon, pour que cette station soit possible, avec des muscles puissants constituant des mollets énormes, et des fesses monstrueuses, attributs particuliers à l'homme. Cet animal, qui, par son esprit, constituera un être à part, n'aura pour marcher que ses deux jambes, le bras et la main

sont réservés pour serrir son intelligence, et chez l'homme seul il y aura cette réserve à ce degré suprême ; chez tous les aulres animaux, qui lui ressemblent le plus par leur organisation, les quatre membres seront affectés à la locomotion.

Voici le singe. Il est quadrumane; mais que sont ses quatre mains ; des organes destinés à la fois pour marcher, pour grimper et pour appréhender la nourriture ; pour marcher ce sont des mains, mais des mains-pieds sur lesquelles l'animal se pose en appliquant sur le sol toute la plante des quatre extrémités; et cela d'autant plus qu'il est meilleur marcheur; ainsi les guenons, les maudrilles, etc. Pour grimper, ce sont des grilles qui se rapprochent de celles des oiseaux grimpeurs; et pour la préhension, ce sont de véritables mains dans lesquelles pourtant le pouce n'est pas parfaitement opposable' aux autres doigts. Comme il vivra surtout de fruits qu'il cueillera aux branches des arhresdans lesquels il passera la plus grande partie de son existence, il importe pour lui qu'il puisse les cueillir en haut, en bas, dans tous les sens, avec ses quatre membres. Voilà pourquoi le créateur lui a donné quatre mains.

Voici d'autres êtres : ce sont les ours ; ceux-là sont aussi grimpeurs, marcheurs, et préhenseurs ; cependant ce sont des quadrupèdes et non plus des quadrumanes; mais leurs quatre pieds sont presque des mains; ils sont plantigrades pour marcher, embrasseurs pour grimper, et leurs pieds ressemblent à des mains pour appréhender les objets. Il en est, de même des insectivores, tels que le hérisson; leurspieds sont préhenseurs en même temps que marcheurs, et la plupart des rongeurs présentent une conformation semblable, qui leur permet à la fois de marcher comme plantigrades, etdesaisirpour ronger.

Tous les plantigrades sont d'ailleurs unguiculés, c'est-à-dire armés d'ongles qui servent à la fois à grimper et à saisir.

Mais aussitôt que la préhension devient inutile, et la marche plus exclusive, la partie du pied qui porte

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sur le sol, se rétrécit ; comme l'animal a quatre jambes, il n'a pas besoin, comme l'homme, d'une grande surface d'appui, et d'un autre côté il sera meilleur marcheur avec des pieds légers. Il devient donc digitigrade, ne marchant plus que sur ses doigts dont la force musculaire et le squelette redressé sont calculés pour ce résultat, et la transition se fera par degrés : s'il reste, outre la marche, quelque autre but soit de préhension, soit de grimpemënt, soit de fomllement, etc., trois [phalanges encore s'appuieront sur le sol, et le pied sera pourvu d'ongles ou de griffes; nous aurons les digitigrades unguiculés ; tels sont les chats, tigres, lions, panthères, etc. Ils ont besoin d'ongles, ces carnassiers, pour attaquer et saisir leur proie, pour fouir et le reste. Mais si l'animal n'est plus absolument que marcheur, et s'il n'a besoin de griffes ni d'ongles pour se rendre maître d'une proie, s'il ne vit que de végétaux qui ne se défendent pus, nous verrons l'ongle prendre la forme d'une chaussure en corne, que nous appellerons le sabot ; c'est ce qui aura lieu chez le bœuf, le cheval, le mouton, le cochon, etc.] et nous appellerons ces animaux les ungulés, du mot ungula, sabot, poulies distinguer des unguiculcs, mot qui vient d'unguis, ongle. Ceux-là seront à la fois digitigrades et ungulés, et ce seront ces grands marcheurs et ces grands coureurs, au nombre desquels figurent le cerf et le cheval.

La longueur et le nombre des doigts suivent les harmonies dont nous venons de donner un petit sommaire. Plus les extrémités du mammifère lui seront utiles pour attaquer et saisir, plus ses doigts seront nombreux, longs et libres ; plus il sera marcheur, plus ses doigts tendront à diminuer en longueur, en flexibilité et en nombre.

Une autre modification de la marche, c'est le saut. Pour bien sauter, i faut que, sur les quatre membres il y en ait deux qui soient plus forts et plus développés que les autres ; et ce doivent être ceux de l'arrière, alin qu'ils poussent en avant tout le fardeau. Or voyez le kangourou et

les animaux essentiellement sauteursils ont les membres postérieurs beaucoup plus grands et plus forts que ceux de devant; quand ils veulent exécuter un saut, ils replient sous eux ces deux membres et les étendent brusquement en les appuyant sur la terre ; c est un ressort qui les projette en avant. Voyez la sauterelle; elle aune paire de grandes pattes qui jouent exactement le même rôle.

Vol. — Voici d'autres êtres; ce sont les oiseaux. Il faut que ceux-là puissent voler dans l'air, et marcher sur la terre, se percher sur les arbres, et le reste. Que fera le créateur? Il modifiera les membres antérieurs en vue du vol et les membres postérieurs en vue de la marche et de toutes ses variantes, en mettant l'un et l'autre en harmonie. Quant aux ailes, ce seront l'épaule, le bras et l'avantbras avec la main qui se couvriront de ces grosses et fortes plumes, toujours proportionnées au poids de l'animal; nous les appelons pennes; et les plus grosses portent le nom de rémiges. Ces plumes seront incrustées le long de l'avant-bras et autour de la main au sein de muscles d'une énorme puissance et si bien incrustées que nos cuisinières, quand elles plument un poulet, un canard ou un autre oiseau, fùt-il encore tout jeune, ne peuvent lui arracher les rémiges qu'avec de grands efforts; il y en a qui ne font que de naitre et qui sont emboîtées avec une force qui révèle l'intention finale du créateur avec évidence.

Et les ailes seront touj ours appropriées au régime de l'oiseau ; les variétés sous ce rapport seront infinies. Mais ce ne sont pas seulement les ailes qui sont, chez l'oiseau, l'organe de la locomotion; ce sont aussi les pieds pour la locomotion terrestre; et à cet usage peuvent toujours s'en mêler d'autres comme nous l'avons vu chez les mammifères. Il y a, d'abord, en général, un usage tout spécial des pieds chez l'oiseau; c'est celui de se percher sur des branches, d'où il prend le grand air, avec ses ailes, si naturellement.

Or, n'est-ce pas en vue de cet usage que les doigts s'allongent et deviennent si flexibles? Qui croira jamais qu'ils ne sont pas ainsi faits pour pou-

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voir entourer la petite branche, et la saisir fortement? Pourquoi ce tarse qui ne devient qu'un seul os relevé, ne posant pas sur le sol, si ce n'est parce que ces doigts si longs en éventail, dont toute la face inférieure s'applique sur le support, seraient gênés et ne pourraient s'appliquer de la sorte, si le tarse avait sa forme et sa position ordinaire?

Si, d'autre part, on considère le nombre des doigts, qui n'est jamais de plus de quatre, à l'état normal, trois formant en avant un large triangle de sustentation, et le quatrième, formant le petit appui de derrière, on observe que ce nombre diminue à mesure que l'oiseau devient plus exclusivement marcheur ; l'autruche d'Amérique n'en a que trois; celle d'Airique n'en a que deux ; on remarque aussi que plus l'oiseau est préhenseur, plus leur longueur augmente.

L'oiseau n'est pas le seul animal volant. L'insecle vole aussi; or, chez ce petit être qui n'a point de squelette, mais dont la cuirasse extérieure en remplace la charpente, ce ne sont plus des bras et des mains armés de rames aériennes, qui formeront les ailes; les ailes seront des voiles de gaze tendue sur des espèces de nlis qu'on nomme les nervures, et qu'un muscle tort, qui relie l'extrémité inférieure de cet autre genre de charpente à un anneau du thorax, fera mouvoir selon les caprices de l'instinct, et les nécessités qu'engendrent les milieux. Quand il y a quatre ailes, dont deux sont cornées et rigides servant d'étui aux ailes gazeuses, ces ailes supérieures ne sont qu'un prolongement de la peau desséchée.

Ce n'est pas encore tout. Le créateur aime à faire des élus. Quand il a donné à une grande catégorie d'êtres •vivants tout ce qui leur est nécessaire et utile, en sorte qu'aucun d'eux ne puisse se plaindre, ou ne puisse penser à se plaindre, il se demande ce qu'il fera pour donner encore ; et aussitôt naissent les privilèges, qui sans faire tort à la loi commune, sont une beauté de plus qui lui sert de couronnement. C'est ainsi que quelques mammifères, quelques poissons et quelques reptiles auront l'avantage,

sur tous leurs congénères, de voler comme l'oiseau.

Chez ces mammifères, le créateur aura employé un artifice que semblait exclure leur conformation. Des membres postérieurs aux membres antérieurs, des pieds aux mains, s'étendra un prolongement de la peau des flancs, sorte de repli que tendront, en s'ouvrant, les membres et les doigts qui s'allongeront pour cet effet, comme les baleines d'un parapluie en tendent le taffetas. Tantôt, comme dans les chéiroptères (les chauves-souris) il résultera de cet artifice de véritables ailes très-étendues, qui ne se termineront qu'à la queue, et dont d'énormes oreilles aideront la puissance. Tantôt, comme dans le galéopithèque, et quelques écureuils dont le polatouche est le plus connu, il n'en résultera qu'un parachute, qui aidera l'animal à sauter d'un arbre à l'autre. Tantôt, comme chez les petits reptiles, tels que le lézard volant, le parachute sera réduit à une distension peu considérable des replis des flancs, qui permettra encore au petit animal^ de se soutenir quelque temps dans l'atmosphère. Tantôt, enfin, comme chez les poissons volants, l'appareil de surérogation ne consistera plus qu'en deux nageoires pectorales qui seront assez puissantes pour permettre au .

petit être de s'élancer hors de son élément et de faire dans l'air un trajet proportionné à l'élan qu'il a pu se donner en prenant l'eau pour point d'appui.

Natation. — Que fera le créateur pour l'être qu'il destine à un genre de vie plus ou moins aquatique?

S'il s'agit d'un mammifère terrestre, dont il veut faire un bon nageur, comme le chien de terre-neuve, il mettra des palmes à ses doigts de digitigrade. Et s'il veut que le privilège soit encore plus signalé, comme chez le castor, la loutre et plusieurs autres, il donnera à ces membranes un plus grand développement qui s'harmonisera avec une conformation de l'appareil respiratoire accommodée pour l'animal plongeur, avec une queue propre à servir de gouvernail, et le reste. S'il veut rendre son mam-

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