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» Donc la nature, la raison et l'au- » torité nous forcent de souscrire à » la doctrine cartésienne. » (Philosophix cursus elementarius ad usum minoris seminarii Constantiensis. Auctore L. Lebrec presbytère- atque professore. De la page 2i à la page 08, t. I, De logica.)
» Nous aurions cité cette argumentation décisive, ne serait-ce que.
pour donner à tous les professeurs . une idée de cette logique ferme au giron de laquelle se développent et se pressent tous les solides esprits.
» On comprend assez, d'ailleurs, que par cette argumentation est réfuté le traditionalisme contemporain, qui consiste dans une sorte d'amalgame du système de Huet avec celui de Lamennais. Les traditionalistes font consister, avec Huet, le critérium ultérieur de certitude primordial, celui qui fut mis à la disposition des premiers hommes, dans des révélations surnaturelles de Dieu, distinctes des manifestations de la vérité par l'évidence rationnelle , et, avec Lamennais, ce même critérium, durant l'état présent de l'évolution humaine, dans l'accord des traditions qui transmettent la révélation primitive : cette révélation primitive est le critérium unique et premier de la vérité en tant que certaine; et l'accond des traditions est le critérium unique et premier de la révélation en tant que certaine ; quant à la raison, elle n'a point place au foyer; c'est une diseuse de mensonges qu'on ne saurait trop maudire. Or, il estbien clair pourtout lecteur que la thèse précédente tombe d'aplomb sur cette théorie, ainsi que sur toutes celles, nées ou à naitre, qui ne seront pas le cartésianisme pur. »
Le Noir.
LOIINEEt (Tobie). (Théol. hist. biog.
et bibliog). — Cejésuile, né en 1619 à Nenôtting, en Bavière, etmorten 1680, est l'auteur de onze écrits ascétiques en latin, et de bons ouvrages de théologie pratique qui sont encore estimés.
On peut citer : Bibliotheca manualis concionatoria, in qua copiosa et selecta pro concionibus, exhortationibus aliisque spiritualibus imtrttclionibus ma-
tériel facili, ordinata etgrata methodo, proponitur, Augsbourg, 3 vol. in-folio, 1712, 1717, 1771. Instructio practica de ss. Missx sacrificio ; Instructio practica de officio divino juxta ritum Breviarii Romani recitando ; Compendium ritualis pro administratione sacramentorum; lnstructiones practiese varii argumenti, partes XI, cum compendio rituali, qui traite des matières suivantes : 1. de Sacrificio Missx ; 2. de Horis canonicis; 3. de Conversations apostolica ; 4. de Munere pastorali pie et fructuose obeundo; 5. de Confessionibus rite excipiendis ; 6. Institutiones quintuplices theologiœ positivai, videlicet osceticx, polemicse, specuhitivx et moralis; 7. de Munere concionandi et catechizandi; 8. Theologiœ mysticx institutiones; 9. de Saccrdoùi origine et prœstantia ; 10. de Summa doctrinarum asceticarum; 11. de Armamentario, seu panoplia spirilualis cum compendio ritualis pro administratione sacramentorum. Le Noir.
LOI. Selon les théologiens, la loi est la volonté de Dieu intimée aux créatures intelligentes, par laquelle il leur impose une obligation, c'est-à.
dire, les met dans la nécessité de faire ou d'éviter telle action, sinon d'être punies. Ainsi, selon cette définition, il est évident que, sans la notion d'un Dieu et d'une providence, il n'y a point de loi ni d'obligation morale proprement dite.
C'est par analogie que nous appelons lois les volontés des hommes qui ont l'autorité de nous récompenser et de nous punir ; mais si cette autorité ne venait pas de Dieu, si elle n'était pas un effet de sa volonté suprême, elle serait nulle et illégitime ; elle se réduirait à la force ; elle pourrait nous imposer nne nécessité physique, et non une obligation murale.
Telle est l'équivoque sur laquelle se sont fondés les matérialistes, lorsqu'ils ont voulu établir une morale indépendante de toute notion de la Divinité ; ils ont dit que la loi est la nécessité dans laquelle nous sommes de faire ou d'éviter telle action, sinon d'être blâmés, haïs et méprisés de nos semblables, et de nous condamner nous-mêmes.
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Cette définition est évidemment fausse; elle suppose, 1° que tout homme assez puissant ou assez fourbe pour se faire louer, estimer et servir par ses semblables, sans faire aucune bonne action, n'est pas obligé d'en faire; que s'il y réussit par des crimes, il n'est pas coupable. Combien n'y at-il pas d'hommes qui ont obtenu les éloges, l'estime, l'admiration de leur nation, par des actions contraires à la toi naturelle et au droit des gens?
Ces actions sont-elles devenues des actes de vertu, parce qu'elles ont été louées et approuvées par une nation stupide et barbare? Celui qui les faisait n'était certainement pas obligé d'aller consulter les autres peuples pour savoir s'ils en pensaient de même .
D'autres ont été blâmés, condamnés et punis pour avoir fait des actes de vertu. Rien n'est plus absurde que de faire dépendre les notions du bien et du mal moral de l'opinion deshommes.
2° Il s'ensuit que quand un homme est assez puissant ou endurci dans le crime pour braver la haine et le mépris des autres, et pour étouffer les remords, il est affranchi de toute loi, et qu'il ne peut plus être coupable.
L'absurdité de toutes ces conséquences démontre la fausseté du système de morale des matérialistes.
Plusieurs anciens philosophes et quelques littérateurs modernes ont dit que la loi en général est la raison humaine, en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre. Cette définition n'est pas juste. La raison, ou la faculté de raisonner, peut nous indiquer ce qu'il nous est avantageux de faire ou d'éviter, mais elle ne nous impose aucune nécessité de faire ce qu'elle nous dicte; elle peut nous intimer la loi, mais elle n'a point par elle-même force de loi. Si Dieu ne nous avait pas ordonné de la suivre, nous pourrions y résister sans être coupables. Le flambeau qui nous guide et la loi qui nous oblige ne sont pas la même chose.
D'ailleurs la raison ne nous guide avec sûreté que quand elle est droite :
or, dans combien d'hommes n'estelle pas obscurcie et dépravée par les passions, par une mauvaiseéducation, par les lois et les coutumes de la na-
tion dans le sein de laquelle ils sont nés? Supposer qu'elle est encore alors la loi de l'homme, c'est toujours faire dépendre le crime et la vertu de l'opinion des peuples.
Il faut donc nécessairement remonterplus haut. Puisque Dieu, en créant l'homme, lui a donné tout à la fois la raison et l'intelligence, une inclination violente à rechercher son propre bien, et le besoin de vivre en société avec ses semblables, sans doute il a voulu que l'homme fit ce qui lui est avantageux, sans nuire au bien des autres; il lui a défendu de chercher ses intérêts aux dépens des leurs :
autrement Dieu aurait voulu que l'homme vécût en société, sans vouloir qu'il fit ce qui est absolument nécessaire pour former la société ; il serait tombé en contradiction. Cette volonté ou cette loi de Dieu est donc prouvée par la constitution même de l'homme.
D'autre part, Dieu n'a pas pu consentir que l'homme fût le maître de braver impunément cette volonté suprême, aussi bien que celle de ses semblables; autrement cette volonté serait en Dieu une simple velléité; il n'aurait pas suffisamment pourvu au bien de la société dont il est l'auteur.
Il a donc établi des récompenses pour ceux qui accomplissent la loi, et des châtiments pour ceux qui la violent.
De là viennent le dictamen de la conscience, les remords causés par le crime, la satisfaction secrète attachée aux actes de vertu. Ce sont là les signes qui nous avertissent de la loi ou de la volonté de notre souverain Maitre, mais qui ne sont pas cette loi.
Les anciens philosophes, plus sensés que les modernes, avaient sur ce point la même idée que les théologiens. Selon Cicéron, qui copiait Platon, la vraie loi, la loi primitive, source de toutes les autres, est, non la raison humaine, mais la raison éternelle de Dieu, la sagesse suprême qui régit l'univers; tel est, dit-il, le sentiment de tous les sages, deLegib., 1. 2,n. 14; Platon, de Legib., lib. 4; c'était celui de Socrate; Brucker, Hist. Philos., tom. 1, pag. 561. Les pythagoriciens posaient de même pour fondement
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de tontes les lois la croyance d'une divinité qui punit et récompense, Prologue des lois de Zaleuchus, Ocdllus Liteau., c. 4, etc. — Leland, Démonstr.
évang., t. 3. p. 342 et suiv., a cité d'autres passages des anciens.
Mais nous avons une meilleure preuve de cette théorie dans nos livres saints. Immédiatement après la création de l'homme, Dieu exerça l'auguste fonction de législateur ; il imposa une loi ii notre premier père, et le punit ensuite pour l'avoir violée.
Après avoir averti Caïn que sa conscience serait le juge de ses actions et levengeur de ses crimes, il le punit d'y avoir résisté en commettant un homicide, Gen., cap. 4, j^ 7 et H. Il exerça la même justice envers le genre humain, en le faisant périr par le déluge. Toute l'histoire sainte est le tahleau de cette Providence juste et sage, qui récompense la vertu par des bienfaits, et punit le crime, même en ce inonde, «ans préjudice de ce qui lui est réservé pour une autre vie.
Les incrédules, qui ne veulentpoint qu'un Dieu gouverne le monde, disent que nous ne connaissons pas assez la nature divine, ni les volontés de Dieu, pour deviner ce qu'il ordonne et ce qu'il défend ; que, pour s'être fait une lausse idée de la Divinité, tous les peuples lui ont attribué des lois absurdes; qu'il faut fonder les lois sur la nature de l'homme, sur ses besoins sensibles, sur l'intérêt général de la société, choses qui nous sont beaucoup mieux connues- Sophisme grossier. Ces mêmes raisonneurs, qui prétendent si bien connaître la nature de l'homme, commencent par la défigurer, en supposant que l'homme n'est qu'un corps et un pur animal ; avec une pareille ■notion, peut-on le supposer soumis à d'autres lois qu'à celle des brutes?
C'est par la nature même de l'homme, non telle qu'ils la conçoivent, mais telle qu'elle est, que nous voyons ce que Dieu a ordonné et ce qu'il a défendu. Il y aurait contradiction à supposer que Dieu, en donnant à l'homme tel besoin, telle inclination, tel degré de raison et d'intelligence, ne lui a pww pwserit lice lois analogues à celle cunstituliu.i.
Mais si l'homme était l'ouvrage du hasard, ou d'une nécessité aveugle quelles lois morales pourrait-on fonder sur sa nature ?
Les peuples ignorants et stupidos nont argumenté ni sur la nature de Dieu, ni sur la nature de l'homme, pour attribuer à Dieu, ou pour établir eux-mêmes des lois absurdes. Ils ont cm faussement les fonder sur les iutérèts de la société ou des particuliers, qu'ils entendaient très-mal.
Que l'on interroge tous les peuples qui ont de pareilles lois, ou ils diront qu'ils les suivent, parce qu'elles ont été faites par leurs pères, ou ils les justifieront par des raisons d'utilité apparente et d'intérêt mal entendu, ou iis argumenteront sur de prétendus principes de justice qui n'ont aucun rapport à la Divinité.
A la vérité, la plupart des anciens législateurs se sont donnés pour inspirés, afin de soumettre plus aisément les peuples aux lois qu'ils leur proposaient. Ils sentaient qu'aucun homme ne peut avoir par lui-même l'autorité d'imposer des lois à ses semblables. Les erreurs dans lesquelles ils sont tombés ne sont cependant pas venues de ce qu'ils concevaient mal la nature de Dieu, mais de ce qu'ils entendaient mal les intérêts des hommes, ou de ce qu'ils cherchaient leur intérêt particulier plutôt que celui des peuples.
Jamais on n'a tant parlé qu'aujourd'hui de l'esprit des lois, de l'esprit des coutumes et des usages des différents peuples; pour saisir c«t esprit, il faudrait se mettre à la place du législateur, voir les circonstances dans lesquelles il se trouvait, le caractère, les besoins, les idées, les habitudes de ceux pour lesquels telle loi a été faite; par conséquent il faudrait savoir parfaitement l'histoire de chaque nation dans son origine. Cela n'est pas aisé, puisque, chez la plupart des peuples, la législationest plus ancienne qui l'histoire.
Il est donc très-permis de douter si les philosophes, qui ont cru prendre l'esprit des lois et des coutumes, v ont parfaitement réussi. Le peuple juif est le seul dont I •- | ...
aufporfoâ ù son hhiuhe, ci uuul iu
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législateur ait montré le véritable esprit de ses lois; et la plupart des modernes qui en ont parlé n'ont pas pris la peine de consulter cette histoire, avant de raisonner sur les lois qu'elle renferme.
Selon notre manière de concevoir, toute loi vient de Dieu, comme premier et souverain législateur : mais on n'appelle lois divines que celles que Dieu a portées ou immédiatement par lui-même, ou par des hommes spécialement envoyés de sapart. Ainsi la M divine se divise en loi naturelle et en loi positive ; celle-ci se sous-divise en loi ancienne et loi nouvelle.
Dans la loi ancienne ou mosaïque, on distingue les lois morales d'avec les lois cérémonielles et les lois politiques Sous la loi nouvelle, il y a des lois divines et des lois ecclésiastiques. Ces dernières sont censées lois humaines aussi bien que les lois civiles. Nous sommes obligés de parler de ces différentes espèces de lois, parce qu'il n'en est aucune qui ne donne lieu à des questions théologiques (1).
Behgier.
LOI NATURELLE OU LOI DE NA- TURE. On nomme ainsi la loi que Dieu a imposée à tous les hommes, et qu'il a dû leur imposer en conséquence de la nature qu'il leur a donnée, c'est-à-dire de leurs besoins, de leurs inclinations, de leurs qualités bonnes ou mauvaises. Pour prouver l'existence de cette loi et les devoirs qu'elle nous prescrit, il nous suffit de nous; examiner nous-mêmes, et de voir la manière dont nous sommes constitués.
1° Le sentiment d'une loi naturelle est aussi général dans tous les hommes que la notion d'une Divinité. Si l'on excepte un petit nombre d'épicuriens, qui se parent du nom de déistes, quiconque admet un Dieu, îùt-il sauvage et presque stupide, l'envisage non-seulement comme l'auteur de son être, mais comme un maître qui lui impose des devoirs, qui peut le récompenser et le punir.
C'est ce qui rend tout homme reli-
(i) C'est ce que fait Borgier dans les artHes suivants. [Lu Noir.
gieux, qui le porte à tâcher, par des respects et des offrandes, de se concilier les faveurs de son Dieu, et lui fait craindre de provoquer sa colère.
Une persuasion aussi générale ne peut pas venir du hasard ; c'est donc un instinct de la nature, par conséquent l'ouvrage de Dieu. Or, un Créateur iniiniment sage n'a pas pu faire d'un sentiment faux l'instinct général de la nature. (1)
2° L'homme est né avec un fonds de pitié pour son semblable ; il n'aime point à le voir souffrir; sans réflexion même, il tend le bras à celui qu'il voit prêt à tomber. A moins qu'il ne soit dominé par un mouvement de colère ou de vengeance, il est porté à secourir un malheureux, et il goûte un contentement intérieur lorsqu'il lui a fait du bien.
D'autre part, l'homme s'aime luimême, recherche sonbien-ètre, craint de souffrir, désire de se conserver:
ce sentiment domine en lui sur tous les autres, c'esx le mobile de la plupart de ses actions.
Ainsi, respect envers Dieu, bienséance envers les hommes, amour de soi-même, voilà trois penchants^ certainement innés dans l'humanité.
Mais l'homme éprouve des passions capables d'étouffer ces penchants ou de les pervertir, de le rendre irréligieux, méchant et malfaisant, cruel même envers soi. Dieu lui permet-il également de céder aux uns ou aux autres ? L'a-t-il rendu susceptible de religion, de bienfaisance, d'amour bien réglé de soi, sans lui en faire un devoir? Dans ce cas. Dieu n'aurait voulu ni le bien général de l'humanité, ni l'avantage de chaque particulier; il aurait destiné l'homme à la société, et il aurait rendu la société impossible. Ces suppositions répugnent à l'idée d'un Etre souverainement bon. Puisque Dieu a fait l'homme capable de discerner entre le bien et le mal moral, de choisir l'un ou l'autre avec une pleine liberté, il lui a certainement imposé l'obligation de
(1) M. Gousset avait mis en note une citation assez longue de M. Laurentie {lntrod. à la philos, a. 9) qui était lamennaisienne. Nous la supprimons selon Tavis que nous en avons donné au 'lecteur dès la comuieucemQiit, I*b Noia.
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pratiquer l'un etd'éviter l'autre ; il n'a pu créer un être susceptible de lois, sans lui donner aucune loi.
3° L'homme est convaincu de l'existence d'une obligation morale par le sentiment intérieur que nous appelons la conscience. Le malfaiteur se cache pour commettre un crime, lors même qu'il n'a rien à redouter de la partde ses semblables; lorsqu'il l'a commis, il éprouve et la honte et des remords : ainsi, M est averti par la nature qu'il y a un souverain vengeur dont il doit craindre la justice. On dit que, par l'habitude du crime, le méchant vient à bout d'étouffer les remords de la honte :
quand le fait serait vrai, il ne prouverait encore rien ; à force de s'endurcir aux souffrances, l'homme peut émousser la sensibilité physique ; il ne s'ensuit pas de là qu'elle ne lui est pas naturelle.
Un malfaiteur, pris pour juge des actions d'un autre, blâme sans hésiter ce qui est mal, et approuve ce qui est bien; il prononce ainsi contre lui-même, et rend hommage à la loi, lors même qu'il ne veut pas la suivre.
4° Les philosophes païens, Ocellns Lucanus, Platon, Théophraste, Cicôron et d'autres, ont très-bien aperçu toutes ces vérités, et ils en ont conclu comme nous l'existence d'une loi naturelle. Ils disent que toute loi est émanée de l'intelligence divine ; que la loi suprême, fondement de toutes les autres, est la raison et la sagesse du Dieu souverain. Plat., de Legib., 1. 4, In Crit. et Polit. ; Cic, de Leç/ib., 1. 2, n. 14 et suiv. ; Lact., 1. 6, c. 8, etc.
Vainement les matérialistes ont voulu fonder la morale et les devoirs de l'homme sur son intérêt temporel ; ils ont confondu le sentiment moral avec la sensibilité physique : absurdité révoltante. Est-il donc besoin de vertu ou de force d'âme pour agir par un motif d'intérêt? Quel est le motif intéressé d'un homme qui meurt pour sa patrie? Sans une loi natw émanée de la volonté de Dieu, il n'y a plus ni bien ni mal moral, ni vice i. ertiu Voyez Bien et Mal moiial, • un, etc.
Mais ce n'est pas assez pour un théologien de prouver l'existence de la ; loi naturelle par la constitution même de l'humanité; il doit encore montrer que Dieu a confirmé, par la révélation, les leçons de la nature.
Dans le temps que Caln, lils aîné d'Adam, était rongé de jalousie, Dieu lui dit : « Si tu fais bien, n'en re- » cevras-tu pas le salaire ? Si tu fais » mal, ton péché est à la porte, est » toujours avec toi. » Gen., c. 4, ^ 7. Dieu le renvoie au témoignage de sa conscience. Ce reproche suppose que Caïn sentait ce qui est mal, ce qu'il voulait faire et ce qu'il devait éviter. Job, après avoir dit que Dieu est le souverain législateur, ajoute que tout homme le voit et l'envisage comme de loin, Job, c. 36, f 22 et 25.
11 avait dit ailleurs : « Interrogez qui » vous voudrez parmi les étrangers, » vous verrez qu'il sait que les mé- » chants sont réservés à un cruel » avenir, et marchent continuelle- » ment à leur perte, » c. 21, f 29.
Le psalmiste compare la loi du Seigneur à la lumière du soleil, de laquelle aucun homme n'est entièrement privé. Ps. 18, f 7 et 8. Saint Paul dit que, « quand les nations qui » n'ont point de loi positive ou écrite, » font naturellement ce que la loi » commande, elles sont à elles-mêmes » leur propre loi; elles montrent que » les préceptes de la loi sont gravés » dans leur cœur, et que leur con- » science leur en rend témoignage.»
Rom., c. 2, ^ 14. Rien de plus formel que ce passage (1),
Mais, pour intimer la loi naturelle à tous les hommes, Dieu n'a pas attendu qu'ils parvinssent à la connaître par leurs propres réflexions; il l'a enseignée de vive voix, et par une révélation expresse, à nos premiers parents. Nous lisons dans l'Ecclésiast., c. 17, y 5, que non-seulement Dieu leur a donné l'esprit, l'intelligence, le sentiment, pour
(1) 11 y avait encore ici une Dote de H. Cousis* dans laquelie était cité un passage de Lamennais (fitsai sur l'indifférence, t. 3, c. 21). Lo célèbre auteur cherche j't onrilior !o texte de saint Paul cité par B irpier avec sa doctrine du sent ro Nous La supprimons comme la pnrcvilonrn.
La Nota*.
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connaître le Lien et le mal, mais qu'il y a ajouté des instructions; qu'il les a rendus dépositaires de la loi de vie; qu'il a fait avec eux une alliance éternelle ; qu'il leur a montré les arrêts de sa justice ; qu'ils ont eu l'honneur d'entendre sa voix, qu'il leur a dit, gardez-vous de toute iniquité, et a donné à chacun d'eux des préceptes à l'égard du prochain, f 9 et suiv.
En effet, nous voyons dans l'histoire même de la création que Dieu a commandé expressément aux premiers hommes la fidélité mutuelle des époux, le respect envers les pères, l'amitié entre les frères ; qu'il a défendu le meurtre, etc.; c'étaient là antant de devoirs de la loi naturelle.
Il leur a enseigné la manière de l'adorer, puisqu'il a sanctifié le septième jour, et que les enfants d'Adam lui ont offert des sacrifices.
Ainsi, quand on dit que, depuis la création jusqu'à Moïse, les hommes ont vécu sous la loi de nature, cela ne signifie pas qu'ils n'ont reçu de Dieu aucune loi positive on révélée ; l'histoire sainte nous apprend le contraire : la sanctification du septième jour, la défense de manger du fruit de l'arbre dévie, la défense de manger du sang, étaient des lois positives.
Pour nous convaincre que Dieu a daigné instruire les premiers hommes par des leçons positives, il suffit de comparer la morale suivie par les patriarches à celles qu'ont enseignée, dans la suite des siècles, les philosophes les plus célèbres. Les premiers, nés dans l'enfance du monde, avant que l'on eût fait des études et des réflexions sur les devoirs de la loi naturelle, auraient dû avoir une morale plus imparfaite que celle des philosophes qui ont pu profiter de l'expérience des siècles précédents, qui ont fait une étude particulière de la morale et de la législation. C'est néanmoins tout le contraire. Dans le seul livre de Job, on peut puiser des maximes de morale plus claires et plus saines que dans les écrits de Socrate et de Platon. Les patriarches ont donc pu de meilleures leçons de morale que les philosophes, savoir :
les instructions de Dieu même.
Aussi la connaissance des préceptes de la loi naturelle ne s'est bien conservée que dans les familles et les peuplades qui ont fidèlement gardé le souvenir de la révélât ion primitive:
partout ailfeurs, les législateurs, les philosophes, les nations entières ont méconnu plusieurs vérités de morale qui nous paraissent de la dernière évidence ; elles ont établi des lois et des usages injustes, cruels, absurdes.
Les Chaldéens. les Egyptiens, les Grecs, les Romains, qui ont passé pour les peuples les plus éclairés et les plus sages, ont été plongés dans le même aveuglement. Les Chinois et les Indiens, qui ont cultivé, dit-on , la morale depuis quatre mille ans, ne font pas rendue plus parfaite qu'elle était parmi eux il y a vingt siècles.
Aujourd'hui encore, dès que les philosophes modernes ferment les yeux à la lumière de la révélation, ils enseignent une morale aussi fausse et aussi corrompue que celle des païens. Voyez Nouv. Démonst. Evang., par Leland, tom. 3, c. 1, etc.
Lorsqu'ils disent que la loinaturclle est celle que l'homme peut connaître par les seules lumières de la raison et par la voie do la conscience, ils jouent sur des équivoques, et ils s'accordent bien mal avec les faits.
Il faudrait dire, du moins, par les lumières d'une raison éclairée et cultivée, et par la voie d'une conscience droite. ' Car enfin, lorsque la raison est obscurcie par les passions, par des erreurs reçues dès l'enfance, par la stupidité, par des usages et des coutumes absurdes, pardes lois vicieuses, à quoi se réduisent alors ses lumières, et quel peut être le dictamen de la conscience ? Comment n'ont-elles pas dit à tous les peuples et à leurs législateurs, qu'il ne faut pas adorer qu'un seul Dieu ; que l'idolâtrie est un crime ; que l'usage d'exposer ou de tuer les enfants outrage la nature ; que le droit de vie et de mort sur les esclaves est barbare.
On dira, sans doute, [que sur tous ces points les hommes n'ont consulté ni la raison ni la conscience; nous en conviendrons sans peine : mais il en résultera toujours que, pour savoir en quoi les hommes ont écouté ou
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n'ont pas écoulé la raison, nous n'avons point d'autre guide certain que la révélation. Que l'on demande à quel peuple on voudra, quelles sont les lois et les mœurs les plus sages et les plus raisonnables, il jugera toujours que ce sont les siennes ; c'est la réflexion d'Hérodote, et l'on ne peut pas en douter.
La loi naturelle est gravée dans le cœur de tous les hommes, nous le reconnaissons après saint Paul ; mais il faut en lire les caractères, et cela n'est pas toujours aisé : les passions, les préjugés de naissance, les habitudes invétérées, troublent la vue, et alors on ne voit plus rien : l'exemple de toutes les nations en est une preuve palpable. La loi naturelle est évidente dans les premiers principes ; mais il est facile de se tromper dans les conséquences; cela est arrivé aux hommes les plus clairvoyants d'ailleurs.
Un moyen de connaître ce que cette loi ordonne ou détend, est, sans doute, d'examiner ce qui est conforme ou contraire au bien général de la société ; mais où est le peuple, où est le sage qui ait su connaître ce bien général, qui ne l'ait pas souvent confondu avec un intérêt momentané et mal entendu ? Si nous en croyons nos politiques modernes, ce bien général est encore très-peu connu : et de là viennent, selon eux, la législation imparfaite, la politique aveugle, la mauvaise conduite de toutes les nations.
L'intérètgénéral,ou bien commun, a certainement varié dans les divers états du genre humain ; il n'était pas absolument le môme dans l'état de société domestique que dans l'état de société civile et nationale. Lorsque les peuples, encore peu policés, se croyaient toujours en état de guerre l'un contre l'autre, ils ne faisaient aucune attention au bien général de l'humanité ; conséquemment le droit des gens était-très-mal connu: il ne l'a été mieux que depuis que l'Evangile est venu apprendre aux hommes qu'ils sont tous frères, et les a réunis dans une société religieuse universelle.
Dieu, dont la sagesse ne se dément
jamais, a révélé successivement aux hommes ce que la loi naturelle exigeait d'eux dans ces états divers. Il a toléré chez les patriarches des usages qui ne pouvaient produire du mal dans l'état de société domestique, mais qui devaient devenir pernicieux dans l'état de société civile ; telle était la polygamie : il n'a pas condamné l'esclavage, parce qu'il était inévitable. Voyez Polygamie, Esclavage. Pour disculper les patriarches sur ces deux chefs, plusieurs auteurs ont pensé que Dieu les avait dispensés de la loi naturelle : il nous paraît que cette loi n'admet point de dispense, et qu'il n'en est pas besoin lorsque la loi u'obliye pas.
On ne peut donc pas raisonner plus mal que le font les déistes, lorsqu'ils soutiennent que la loi naturelle suffit à l'homme pour régler ses actions ; qu'il n'a besoin que de consulter sa raison et sa conscience, pour savoir ce qu'il doit faire ou éviter. Cela pourrait être vrai, si la raison de tous les hommes était toujours éclairée, et leur conscience toujours droite ; mais le contraire n'est que trop prouvé par une expérience générale et constante. Quand un homme, né Javec un esprit très-pénétrant, avec un cœur sensible et généreux, avec des talents cultivés par une excellente éducation, serait capable de discerner sûrement ce qui est conforme ou contraire à la loi naturelle, il n'en serait pas ainsi de l'homme sauvage, à peu près stupidi; ou dépravé par de mauvaises leçons et de mauvais exemples. Un homme aura-t-il jamais plus d'esprit, de sagacité, de droiture, que Platon, Socrate, Aristote et Cicéron? Tous se sont trompés sur des devoirs naturels, parce que les mœurs publiques avaient corrompu la murale.
Si l'on dit, comme quelques déistes, que quand l'homme est incapable de connaître par lui-même ses devoirs naturels, il est dispensé de les remplir, il faudra soutenir aussi qu'il n'est pas obligé de prêter l'oreille aux leçons de l'éducatiou, aux conseils des sages, à la voix des lois humaines. Puisque, selon les déistes, il est en droit de se refuser aux lu-
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mières delà révélation et aux instructions positives de Dieu, à plus forte raison est-il bien iondé à résister à celles des hommes.
De ces réflexions il résulte que la loi naturelle n'est pas ainsi nommée, parce qu'elle peut être parfaitement connue de tous les nommes, par les seules lumières naturelles de la raison, mais parce qu'elle est fondée sur la constitution de la nature humaine, telle que Dieu l'a faite. Lorsque l'homme, instruit par la révélation, connaît sa propre nature et les relations que Dieu lui a données avec ses semblables, il en déduira très-bien ses devoirs par des raisonnements évidents; mais s'il méconnaît sa propre nature et son auteur, comme ont fait tous les païens, il raisonnera fort mal sur les obligations que la nature lui impose.
Aujourd'hui, avec le secours des lumières que l'Evangile a répaudues dans le monde sur les vérités de la morale, nos philosophes sont en état de distinguer ce que les anciens ont écrit de bien ou de mal touchant les devoirs de la loi naturelle : fiers de leur capacité, ils en font honneur à la nature ; ils décident que tout homme peut en faire autant ; que la révélation n'est pas nécessaire. Ils n'ont qu'à jeter un coup d'œil sur la morale qui règne chez les nations qui ne connaissent pas l'Evangile, ils verront de quoi la nature est capable, et à quoi ont servi vingt siècles de dissertations sur la loi naturelle.
Il ne s'ensuit pas de là que les infidèles soient absolument excusables, ni qu'ils l'aient été autrefois, lorsqu'il ont méconnu et violé la loi naturelle.
Saint Paul a décidé que du moins les philosophes ont été inexcusables, Rom., c. 1, f 20. De savoir jusqu'à quel point la stupidité, l'ignorance, le défaut d'éducation, le vice des mœurs publiques, ont pu excuser le commun des païens, c'est une question que Dieu seul peut résoudre, et sur laquelle nous n'avons pas besoin d'être fort instruits : il nous suffit Je savoir que Bien ■sutiveraiiwment usto, no (oinmiindc fiinpo-sitalë à ersoime, et ne demande compte à
chacun que de ce qu'il lui a donné ; que celui qui a reçu davantage sera jugé plus sévèrement que celui qui a moins reçu, Luc, c. 12, f 48.
Nous ne voyons pas pourquoi il est nécessaire de supposer dans tous les hommes un si haut degrède capacité aataelle pour connaître et remplir leurs devoirs, pendant que nous ignorons quels sont des secours surnaturels que Dieu daigne y ajouter. Si, en reconnaissant toute la faiblesse des lumières de la raison, l'on craint de fournir une excuse aux crimes des infidèles, on se trompe.
L'Ecriture sainte nous assure que Dieu n'abandonne aucune de ses créatures; que'ses miséricordes éclatent sur tous ses ouvrages ; que le Verbe divin est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, etc. Les Pères de l'Eglise, et en particulier saint Augustin, entendent ce passage de la lumière de la gr&«e,; ils appliquent à Jésus- Christ ce qui est dit dU soleil, que personne n'est privé de sa chaleur : ils enseignent que les actions vertueuses, faites par les païens, étaient un effet de la grâce de Dieu. Voy. Grâce, § 3.
Qu'importe à la théologie que tout infidèle soit coupable pour avoir résisté aux lumières de la raison, ou à la lumière surnaturelle de la grâce?
Ne voir ici que la nature, c'est donner dans l'erreur des déistes. Voyez Religion NATURELLE.
Si l'on demande en quoi consistent les devoirs prescrits par la loi naturelles l'égard de Dku, de nos semblables et de nous-mêmes, on eu trouvera l'abrégé dans le Dccalogue.
Voyez ce mot.
Bercier.
LOI DIVINE POSITIVE. On entend sous ce nom une loi que Dieu a intimée aux hommes par des signes. extôrieurs, et par un acte libre de sa volonté. Souvent par des lois •positives, Dieu a commandé ou défendu ce qui l'était déjà par la loi naturelle, comme lorsqu'il imposa aux Juifs le Décalogue avec tout l'appareil de la .majesté divine : souvent aussi il. a, par ces sortes de lois, imposé aux hommes des devoirs qui ne leur
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étaient pas prescrits par la loi naturelle ; ainsi il voulut qu'Abraham reçût la circoncision :il ordonna aux Juifs d'offrir auSeigneur les prémices des fruits de la terre, etc. Une loi divine positive ne peut donc être connue que par révélation, ou plutôt cette loi même est une révélation de la volonté de Dieu.
Dans l'article précédent, nous avons fait voir que Dieu a imposé aux hommes des lois positives dès le commencement du monde; il en porta de nouvelles pour les Juifs par le ministère de Moïse; enfin, il en a fait publier de plus parfaites pour tous les hommes par Jésus-Christ : ce sont là les trois époques de la révélation.
Il est évident que, par la loi naturelle, nous sommes obligés d'obéir à Dieu, lorsqu'il commande, quelle que soit la manière dont il lui plaît de nous faire connaître ses volontés ; dès qu'il a porté des lois positives, c'est pour nous un devoir naturel de nous ysoumettre et de les accomplir; ce n'est point à nous de lui demander raison de ce qu'il juge à propos d'ordonner et de défendre.
Telle est cependant la prétention des déistes : ils soutiennent que Dieu ne peut imposer à l'homme des lois positives; que ces lois seraient inutiles, injustes, pernicieuses, contraires à la loi naturelle ; que, quand il serait vrai que Dieu en a porté, l'homme est toujours en droit de ne pas s'en informer. Si leurs arguments étaient solides, ils prouveraient, à plus forte raison, que toute loi humaine quelconque est inutile, injuste, pernicieuse, contraire à la liberté naturelle de l'homme : car enfin, si les hommes peuvent avoir droit de nous imposer des lois positives, nous voudrions savoir pourquoi Dieu n'a pas le même privilège.
1° Ils disent que Dieu, souverainement bon, ne peut donner aux hommes que des lois qui contribuent au bien de tous; or, tels sont, selon eux, les seuls principes de la loi naturelle; ceux mêmes qui les violent, désirent qu'ils soient observés par les autres hommes : il n'en est pas ainsi des préceptes positifs. Qu'importe au bien général du genre Immain, que
le dimanche soit fêté plutôt que le sabbat? Il ne servirait à rien de dire que les préceptes positifs contribuent à la gloire de Dieu; sa principale gloire est de faire du bien aux hommes.
La fausseté de ce principe des déistes saute aux yeux. De même que Dieu peut accorder à un seul homme un bienfait naturel ou surnaturel qu'il n'accorde pas aux autres, il peut aussi lui imposer un précepte positif qui ne fera ni bien ni mal aux autres, et qui ne leur sera pas connu. Ainsi, Dieu ordonna au patriarche Abraham de quitter son pays, de recevoir la circoncision, d'offrir son fils en holocauste, etc. Ces préceptes étaient un bienfait pour Abraham, puisque c'était pour lui l'occasion de mériter une grande récompense, et que Dieu lui donna les grâces dont il avait besoin pour les accomplir. C'est une absurdité de soutenir que ces préceptes étaient inutiles ou injustes, parce qu'ils ne procuraient aucun bien aux Chaldéens, aux Egyptiens, aux Chananéens.
Ce que Dieu peut faire à un seul homme, il peut le faire à un peuple entier, pour la même raison ; ainsi, pour que les lois positives, imposées à la seule nation juive, aient été utiles et justes, il n'est pas nécessaire que Dieu en ait fait autant aux Chinois et aux Indiens ; il suffit que cette faveur, accordée au peuple juif, n'ait porté aucun préjudice aux autres nations, n'ait diminué en rien la mesure des bienfaits naturels ou surnaturels que Dieu voulait leur accorder.
Dieu n'est pas plus obligé de faire h tous les mêmes grâces surnaturelles, que de départir à tous les mêmes dons naturels.
Il est encore faux que les préceptes positifs ne tournent pas au bien de tous ; ils contribuent à faire mieux observer la loi naturelle, et ceux qui les accomplissent donnent à leurs semblables un grand exemple de vertu. La défense positive de manger du sang, tendait à inspirer de l'horreur pour le meurtre; le sabbat était destiné à procurer du repos aux esclaves et aux animaux; c'était une leçon d'humanité, etc.
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Nous ne prendrons pas pour juges de l'importance des lois positives les déistes qui» les violent; mais leur conduite même prouve contre eux.
Quoiqu'ils ne veuillent se soumettre à aucune des lois positives de la religion, ils ne sont cependant pas fâchés que leurs femmes, leurs enfants, leurs domestiques y soient fidèles; ils savent bien que la désobéissance aux lois positives n'a jamais contribué à rendre un homme plus exact; observateur de la loi naturelle, mais au contraire. Sans recourir à la gloire de Dieu, l'utilité des préceptes positifs est assez prouvée par l'intérêt de Ici soci6tG.
2° Les déistes objectent que ceux à qui Dieu imposerait des lois positives seraient de pire condition que ceux qui connaissent les seules lois naturelles; après avoir observé cellesci, ils pourraient encore être damnés pour avoir violé celles-là. Dieu n'a pas besoin de mettre notre obéissance ■ à l'épreuve, et il n'y a point de meilleure épreuve que la loi naturelle ; gêner notre liberté sans raison, ce serait nous tenter et nous porter au mal.
Nouveau tissu d'absurdités. Dieu n'a pas plus besoin de nous éprouver par la loi naturelle que par des lois positives, puisqu'il sait ce que nous ferons dans toutes les circonstances possibles; mais nous avons besoin nous-mêmes d'être mis à cette double épreuve, afin de réprimer nos passions par l'obéissance, de nous juger par le témoignage de notre cons- . cience, de nous élever à des actes héroïques de vertu que la loi naturelle n'exige point, mais dont la pratique nous est très-avantageuse, et dont l'exemple est très-utile à la société.
Il faut avoir le cœur dépravé pour envisager les lois de Dieu comme un joug qui nous est désavantageux : il s'ensuit de ce faux préjugé, que celui qui connaît tous les devoirs naturels est de pire condition que celui qui les ignore par stupidité ; que toute loi qui gêne notre liberté est une tentation qui nous porte au mal; comme si la liberté de mal faire était un privilège fort précieux . Le plus grand honneur pour l'homme est d'avoir
une parfaite connaissance de tout ce que Dieu exige de lui, des vertus qu'il peut pratiquer, des vices qu'il doit éviter; d'avoir des motifs et des secours puissants pour faire le bien; de trouver de fortes barrières contre l'abus de sa liberté. Tel est le sort du chrétien en comparaison de celuid'un païen ou d'un sauvage.
Les déistes semblent craindre que l'homme ne soit trop instruit et trop vertueux, ou que Dieu ne soit pas assez puissant pour le récompenser du bien qu'il lui ordonne de faire ; mais ceux qui ont tant de peur de pratiquer des œuvres de surérogation, sont très-sujets à manquer aux plus
IlGC6SS3irGS.
3° Ils disent que Dieu ne peut pas commander pour toujours des rites, des usages, des pratiques qui peuvent devenir nuisibles avec le temps ; or, telles sont, continuent-ils, toutes les chosesordonnéespar des lois positives.
Vu la variété des climats, des mœurs, des événements, rien ne peut être constamment utile que les devoirs prescrits par la loi naturelle. C'est donc toujours la raison qui doit nous servir de règle pour savoir ce qu'il faut faire ou éviter. Un précepte positif peut avoir été abrogé ou changé; ce n'est point à nous de le savoir. Les lois imposées aux Juifs sont conçues en termes aussi absolus que celles de l'Evangile; cependant elles ont été abrogées : celles du christianisme peuvent doue l'être à leur tour.
Pour donner quelque apparence de solidité à cette objection, il aurait fallu citer au moins un rit, une pratique, un acte de vertu commandé par l'Evangile, qui puisse devenir nuisible avec le temps ou dans certains climats ; aucun déiste n'a pu le faire. Il en résulte seulement que, dans certains cas, il y a des lois positives çuisont susceptibles de dispense, et nous en convenons ; hors de ces cas, l'on est obligé d'y obéir jusqu'à ce que l'on soit sûr que Dieu a trouvé bonde les abroger, et c'est ce qu'il ne fera jamais.
Il est faux que les lois mosaïques aient été conçues en termes aussi généraux et aussi absokis que celles de l'Evangile; les premières n'étaient
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imposées qu'à la nation juive, étaient relatives au clin i =i t et à l'intérêt exclusif de cette nation ; les secondes sont prescrites à toutes les nations, pour tous les lieux, et jusqu'à la consommation des siècles.
En faisant profession de consulter toujours la raison pour voir ce qui est utile ou nuisible, les déistes ont donné atteinte à plusieurs articles essentiels de la loi naturelle. Ils ont jugé que la polygamie, le divorce, la prostitution, l'exposition et le meurtre des enfants, n'étaient pas des usages absolument mauvais ; que l'on pourrait encore les permettre aujourd'hui :
ils ont soutenu que la morale des philosophes, qui approuvaient tous ces désordres, était meilleure que celle de l'Evangile. En prétendant toujours suivre le même guide, tous les peuples jugent que leurs lois et leurs coutumes sont très-raisonnables, quoique la plupart soient réellement absurdes et injustes : où est donc l'infaillibilité de la raison, pour juger de ce que Dieu a dû commander, défendre ou permettre ?
L'exemple des quakers, qui prennent à la lettre plusieurs préceptes de l'Evangile susceptibles d'explication, ne prouve pas qu'il faut s'en tenir au diciamen de la raison pour prendre le vrai sens des lois positives, puisque ces sectaires font profession de la consulter ; il est beaucoup plus sûr de s'en rapporter au jugement de l'Eglise, à laquelle Jésus- Christ a promis son assistance pour enseigner fidèlement sa doctrine.
4° Toutes les nations poursuivent les déistes, se flattent d'avoir reçu de Dieu des lois positives ; elles ne sont cependant pas moins vicieuses les unes que les autres. Occupées d'observances superflues, elles sont moins attachées aux devoirs essentiels de la morale; plus elles sont corrompues,
Îilus elles mettent leur confiance dans es pratiques extérieures pour calmer leurs remords. Toi qui vole sans scrupule ne voudrait manquer ni à l'abstinence, ni à la célébration d'une fête.
On se flatte d'expier tous les crime9 par le zèle pour 1 orthodoxie. Païens, juifs, mahométans, chrétiens, tous sont coupables de ce défaut; mais il
domine surtout dans l'Eglise romaine :
partout où il y a plus de superstition, il y a moins de religion £t de vertu.
Si cette satire est vraie, les sectes qui ont fait profession de renoncer aux superstitions de l'Eglise romaine,, sont devenues beaucoup plus vertueuses ; cependant leurs écrivains se plaignent de la corruption qui y règne. Les Sauvages, qui n'ont jamais ouï parler de lois positives, doivent observer la loi naturelle beaucoup' mieux que nous; on sait ce qui en est. Les déistes surtout, guéris de toute superstition, doivent être le* plus religieux de tous les hommes; affranchis du joug des lois positives, ils ne doivent être occupés que des devoirs de la loi naturelle. Mais cetteloi défend de calomnier, et l'objection des déistes est une calomnie. Où régnent, parmi les chrétiens, la corrup-.
tion et les désordres que l'on nous reproche? Dans les grandes villes, à Rome, à Londres, à Paris; mais de tout temps ces capitales ont été le cloaque des vices de L'humanité : ce n'est pas par là qu'il faut juger des mœurs d'une nation. D'ailleurs, malgré l'énorme corruption qui y règne, les préceptes de l'Evangile y inspirent encore, à un très-grand nombre de personnes, des vertus dont on ne trouve point d'exemples chez les païens ni chez les mahométans, et dont les déistes ne seront jamais capables.
Quand un homme coupable de vol violerait encore toutes les lois religieuses, en serail-il mieux disposé à se repentir et à réparer son injustice?
Tant qu'il lui reste de la religion, il n'est pas vrai qu'il vole sans scrupule, puisque l'on suppose qu'il a des remords, et qu'il cherche à les calmer par des pratiques de piété : or, les remords peuvent le conduire à résipiscence, et les pratiques de religion, loin de les calmer, doivent plutôt les augmenter. Il y a donc lieu d'espérer sa conversion plutôt que celle d'un homme qui ajoute l'irréligion ans autres crimes dont il est coupable, atin d'étouffer ainsi les remords.
Les observances religieuses ne sont donc pas super/tues, puisqu'elles sont commandées par des lois positives, et.
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qu'elles peuvent servir directement ou indirectement à rendre un homme plus fidèle aux devoirs delà loi naturelle. Lorsque les athées et les déistes se vantent d'être plus vertueux que les autres hommes, ils sont aussi hypocrites que les superstitieux; ceuxci voudraient cacher leurs injustices sous le voile de la piété; ceux-là s'efforcent de pallier leur impiété sous un masque de zèle pour la loi naturelle: nous ne sommes pas plus dupes des uns que des autres.
Par une expérience aussi ancienne que le monde, il est prouvé que les peuples qui ont reçu de Dieu des lois piositives, ont mieux connu et mieux observé la toi naturelle que les autres ; tels ont été les patriarches et les Juifs à l'égard des nations idolâtres, et tels sont encore les chrétiens en comparaison des peuples infidèles. Quoi qu'en disent les incrédules, les lois civiles, la police, les mœurs, sont meilleures chez nous que chez tous les peuples qui ne sont pas chrétiens.
C'est donc une absurdité de soutenir que les lois divines positives ne servent à rien, et ne contribuent en rien au bien de l'humanité.
Si un philosophe faisait sérieusement, contre les lois civiles,\es mêmes arguments que les déistes font contre les lois divines positives ; s'il disait que les lois civiles de telle nation sont injustes, parce qu'elles ne peuvent pas tourner à l'avantage des autres nations, ni contribuer à l'observation du droit des gens; s'il soutenait que tout peuple soumis à des lois civiles est de pire condition queles Sauvages, parce que sa liberté est plus gênée ; s'il prétendait que ces lois sont inutiles, puisqu'il faut souvent les abroger et les changer, et que ce qui était utile dans un temps devient nuisible dans un autre; s'il voulait persuader que ces lois sont pernicieuses, pai'ce que le peuple, plus occupé des devoirs civils que des devoirs naturels, croit avoir rempli toute justice lorsqu'il a satisfait aux premiers, etc., on ne daignerait pas lui répondre.
En un mot, Dieu a donné des lois positives aux patriarches, aux juifs, aux chrétiens ; ce fait est invinciblement prouvé : donc elles ne sont ni
inutiles, ni ïhju-los. ni pernicieuses:
à ua fuit incontestable, il est absuî'de d'opposer des raisonnements spéculatifs.
Ce n'est point là le seul article sur lequel nos philosophes modernes ont mal raisonné au sujet des luis divines positives. Ils disent que les lois humaines statuent sur le bien, et les lois divines sur le meilleur; cela n'est pas exactement vrai : la loi positive, par laquelle Dieu a défendu le meurtre, a pour objet le bien, et non le mieux; il en est de même de toutes les lois du Décalogue. Il n'est donc pas vrai non plus que ce qui doit être réglé parles lois humaines peut rarement l'être parles lois de la religion ; Dieu, pour de bonnes raisons, avail ordonne aux Juifs, par principe de religion, ce qui semblait devoir être plutôt réglé par des lois humaines ou civiles.
Enfin il n'est pas absolument vrai que les. lois de la religion aient plus pour objet la bonté de chaque particulier que celle de la société ; tout particulier, fidèle aux lois de la religion, en est mieux disposé à être bon citoyen; l'homme, au contraire, qui méprise les lois religieuses, ne sera pas pour cela plus soumis aux lois civiles : tous ceux qui dissertent contre les premières ne manquent presque jamais d'invectiver contre les secondes.
Quand on dit qu'il ne faut pas opposer les lois religieuses à la loi naturelle, ce principe est équivoque et captieux. Si l'on entend que Dieu ne peut pas défendre, par une loi religieuse, ce qu'il a commande par la loi naturelle, ou au contraire, cela est vrai. Si l'on veut dire qu'il ne peut pas défendre par l'une ce qui était permis ou n'était pas défeudu par l'autre, cela est faux. Il n'était pas défendu à l'homme, par la loi naturelle, de manger du sang ; mais Dieu l'avait détendu à Noô par une loi positive, etc.
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