‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 41 sur 114 · LOI ANCIENNE OU MOSAÏQUE · texte numérisé non relu

LOI ANCIENNE OU MOSAÏQUE

C'est le recueil des lois que Dieu donna aux Hébreux par le ministère de Moïse, après qu'il les eut tirés de l'Egypte, et pendant les quarante ans

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qu'ils passèrent dans le désert; selon le texte hébreu, ce fut après l'an du monde 2513.

Ce code de lois en renferme de plusieurs espèces; on y distingue les lois morales ou naturelles, dont l'abrégé est nommé le Décalogue; les lois cércmoniclles, qui réglaient le culte que les Juifs devaientobserver ; les lois judiciaires, c'est-à-dire civiles et politiques, par lesquelles Dieu pourvoyait aux intérêts temporels de la nation juive. Ces dernières ne sont point proprement l'objet de la théologie; mais nous sommes obligés de les défendre contre plusieurs reproches injustes que les incrédules ont faits contre ces lois. Dans l'article Judaïsme, § 2, nous avons montré que les lois morales de Moïse étaient très-bonnes et irrépréhensibles à tous égards, et nous justifierons de même les lois cérémonielles dans un article séparé; il s'agit ici d'envisager la totalité de cette législation.

Nous examinerons, 1° pourquoi Moïse avait réuni, et, pour ainsi dire, confondu les différentes espèces de lois; 2° quelle sanction il leur avait donnée; 3° par quel motif les Juifs devaient les observer; 4° l'effet qui en résulte; 5° en quel sens saint Paul oppose la loi à l'Evangile, et semble déprimer la première ; 6° quelle différence il y a entre ces deux lois; 7° en quel sens et jusqu'à quel point la loi ancienne était figurative; 8° si elle a dû toujours durer, comme les Juifs le prétendent. Il n'est presque aucune de ces questions qui n'ait donné lieu à des erreurs; nous ne pouvons les traiter que fort en abrégé.

I. Quelques censeurs de Moïse trouvent fort mauvais que ce législateur n'ait pas mis plus d'ordre dans ses lois, qu'il les ait mêlées ensemble et avec les faits qu'il rapporte. Cette critique est-elle sensée?

Nous pourrions remarquer d'abord que les anciens écrivains n'ont jamais observé la méthode dont nous sommes aujourd'hui si jaloux; mais il y a des réflexions plus importantes à faire. Dans les livres de Moïse, c'est la liaison intime des lois avec les faits qui donne à ces derniers un degré de certitude qui ne se trouve point dans

les autres histoires, et qui démontre la sagesse et la nécessité de ces lois.

Une preuve qu'il n'agissait point par son propre génie, mais par ordre du ciel et par zèle pour le bien de son peuple, c'est qu'il n'a point formé de plan comme fait un auteur qui est maître de sa matière; il a écrit les faits à mesure qu'ils se sont passés, les lois à mesure qu'elles se sont trouvées nécessaires, et que les faits y ont donné occasion. Tout se tient et forme une chaîne indissoluble. Les Juifs ne pouvaient lire leurs lois sans apprendre leur histoire, et ils ne pouvaient se rappeler celle-ci sans concevoir du respect pour leurs lois; aucune ne venait de la volonté arbitraire du législateur; toutes avaient été amenées par les circonstances.

Les deux premières qui leur furent imposées furent la cérémonie de la pâque et l'oblation des premiers-nés; ils étaient encore en Egypte, et ces deux rites devaient servir d'attestation de la mort miraculeuse des premiers-nés des Egyptiens, et de la délivrance des Israélites, Exode, c. 12 et 13. La loi du sabbat leur fut intimée à l'occasion du miracle de la manne, c. 16, f 23, pour leur rappeler que le monde avait été créé par le Seigneur; la publication du Décalogue ne se fit que quelque temps après, c. 20.

Jusqu'alors les Hébreux avaient connu les lois morales, tant par les lumières de la raison que par la tradition de leurs pères, qui remontait jusqu'à la création ; mais après les mauvais exemples que ce peuple avait eus en Egypte, après la captivité à laquelle il avait été réduit, il était très-nécessaire de lui intimer les lois morales d'une manière positive, avec tout l'appareil de la majesté divine, de les faire mettre par écrit, et d'y ajouter la sanction des peines et des récompenses. La plupart des lois civiles, qui vinrent à la suite, n'étaient qu'une extension et une application des lois du Décalogue; et le trèsgrand nombre des lois cérémonkllcs ne furent portées qu'après l'adoration du veau d'or. Ici rien ne se fait au hasard, et n'est écrit sans raison.

IL Mais Moïse, disent les inerôdu-

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Jes, n'adonné à ses lois point d'autre sanction que celle des peines et des récompenses temporelles; il ne parle point de celles de l'autre vie ; ou il ne les connaissait pas, ou il a eu tort de n'en pas faire mention. Il y a longtemps que cette objection a été faite par les marcionites et par les manichéens ; mais quinze cents ants d'antiquité ne l'ont pas rendue plus juste.

Dans les articles Ame, Immortalité, Enfer, nous avons prouvé que les patriarches, Moïse et les Israélites, ont connu et ont cru les récompenses et les peines de l'autre vie ; mais il n'était ni nécessaire, ni convenable que ce législateur en parlât dans ses lois.

Puisqu'il avait réuni ensemble les lois morales, les lois cérémonielles, les lois civiles et politiques, il ne devait pas donner à ce recueil de lois la sanction des récompenses et des peines de la vie future; il aurait donné lieu aux Juifs de conclure qu'ils pouvaient mériter une récompense éternelle, en faisant des ablutions, en discernant les viandes, etc., tout comme en pratiquant les vertus morales. Malgré la sage précaution de Moïse, malgré les leçons des prophètes, les pharisiens et leurs disciples sont tombés dans cette erreur; les rabbins la soutiennent encore aujourd'hui; ils prétendent que la loi cérémonielle donnait aux Juifs plus de sainteté et de mérite, et les rendait plus agréables à Dieu que la loi morale. Voyez la Conférence du Juif Orobio avec Limborch.

Nous convenons que l'alliance par laquelle Dieu avait promis à la nation juive la possession de la Palestine et une prospérité constante, sous condition que ce peuple observerait fidèlement ses lois, ne regardait que ce inonde; mais, sous cet aspect, elle concernait le corps de la nation, et non les particuliers ; elle ne dérogeait point à l'alliance primitive que Dieu a contractée dès le commencement du monde avec toute créature raisonnable, à laquelle il a donné des lois, une conscience, une âme immortelle ; alliance par laquelle il promet à la vertu une récompense, non dans cette vie, mais dans l'autre; alliance suffisamment attestée par la promesse faite à Adam d'un Rédempteur qui ne de-

vait venir que quatre mille ans après; par la mort d'Abel, privé en ce monde de la récompense de sa vertu; par l'enlèvement d'Enos, dont la piété avait plu à Dieu, etc. De même que les nouvelles lois positives, imposées aux Hébreux, ne dérogeaient point à la loi morale portée dès la création, ainsi les nouvelles promesses qui leur étaient faites ne donnaient aucune atteinte à la première promesse faite au genre humain.

Voilà ce que n'ont pas voulu voir les premiers hérétiques qui ont calomnié la loi ancienne; les sociniens, qui ont dit que le judaïsme n'était pas une religion, mais une constitution politique; les incrédules, qui ne savent que répéter les vieilles erreurs, et quelques théologiens, qui n'y ont pas regardé de plus près.

III. De là même on voit aisément par quels motifs un juif devait observer la loi, principalement la loi morale. Il Je devait par respect pour le souverain Législateur, qui est Dieu, par l'espoir de mériter la récompense éternelle des justes, comme avaient fait les patriarches, par la confiance d'avoir part à la prospérité temporelle que Dieu avait promise à la nation entière.

Mais puisque cette promesse regardait le corps de la nation plutôt que les particuliers, un juif, exact observateur de la loi, ne pouvait pas se flatter de jouir du bonheur temporel, s'il arrivait au gros de la nation d'encourir la colère divine pour avoir violé la loi. Dans une punition générale, les justes étaient enveloppés avec les coupables, et alors il ne restait aux premiers que l'espoir de la récompense éternelle réservée à la vertu. Tel a été le sort de Tobie, de Jérémie, de Daniel, de la plupart des prophètes, de Moïse lui-même, dont la vie fut remplie d'amertume par les infidélités de son peuple. Les afflictions auxquelles ils furent exposés ne leur tirent pas abandonner la loi de Dieu.

Il n'est donc pas vrai, comme le pensent les détracteurs de la loi, que Dieu, en la donnant aux Juifs, n'ait voulu leur inspirer qu'un intérêt sordide, une crainte servile, et les ait

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