‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 44 sur 114 · V III · texte numérisé non relu

V III

Vainement ceux d'Assyrie ont transplanté la nation presque entière à cent lieues de sa patrie, et l'ont retenue captive pendant soixante-dix ans ; les Perses n'ont paru renverser la monarchie assyrienne que pour rendre aux Juifs la liberté de retourner chez eux, de faire revivre leur religion et leur loi. Les Antiochus ont inutilement employé toute leur puissance pour les anéantir ; ils y ont échoué : cet édifice, construit par la main de Dieu, n'a été renversé qu'au moment que Dieu avait marqué pour sa ruine, et qu'il avait prédit par ses prophètes.

Ici l'incrédulité a beau s'armer de pyrrhonisme, de sarcasmes, d'un mépris atfecté, ressource ordinaire de l'ignorance ; elle ne détruira jamais l'impression que fait sur tout homme sensé ce phénomène unique, auquel on ne voit rien de semblable dans l'univers, entier.

Be: gier.

LOI ORALE, loi traditionnelle des Juifs. Si l'on croit leurs docteurs, lorsque Dieu donna sa loi à Moïse sur le mont Sinaï, il ne lui enseigna pas seulement la substance des préceptes, mais il lui en donna l'explication ; il lui commanda de mettre ces préceptes par écrit, et d'en donner de vive voix l'explication à son frère Aaron et aux anciens dupeuple ; ceux-cil'onttransmise de même à leurs successeurs.

Ainsi, disent-ils, la loi orale a passé de bouche en bouche depuis Moïse jusqu'à rabbi Juda Haccadosch, ou le Saint, chef de l'école de Tibériade, qui vivait sous l'empereur Adrien, e+ qui la mit par écrit vers l'an ISO do l'ère chrétienne. Cet ouvrage est ce qu'ils nomment la Mischna, et il y en a un ample commentaire qu'ils appellent la Gémare; l'une et l'autre réunies sont un recueil énorme appelé le Talmud. Voyez ces mots.

Les Juifs ont dressé fort sérieusement la liste de tous les personnages qui, de siècle en siècle, ont transmis la loi orale, depuis Moïse jusqu'à rabbi Juda ; on peut la voir dans Prideaux, t. 1,1. S, p. 220 ; c'est une pure imagination. Ils ont moins do respect pour la loi écrite que poui

LOI

LOI

cette prétendue loi orale; ils disent que celle-ci supplée tout ce qui man-

que à la première, et enlève toutes les difficultés, qu'elle vient de Dieu aussi certainement que la loi écrite.

Dans la réalité, c'est un fatras de puérilités, de fables et d'inepties; la secte de Juifs, que l'on nomme caraïtes, rejette ces prétendues traditions, et n'en fait aucun cas.

Ainsi, pendant que les docteurs juifs insistent sur la défense que Dieu iiyait fait de rien ajouter à sa loi et d'en rien retrancher, beut., c. 12, y 42 ; pendant qu'ils soutiennent que le Messie ne peut pas avoir l'autorité d'y déroger, ils l'ont eux-mêmes surchargée et déligurée par leurs craditions; Jésus-Christ le leur a reproché plus d'une fois, Matlh., c. 15, y 3, etc.

D'abord il n'est fait aucune mention de cette prétendue loi orale dans tes livres saints; toutes les fois qu'il y ast parlé de la loi de Dieu, cela s'entend évidemment de la lui écrite. Dans les cas de doute et d'incertitude, filoïse lui-même était obligé de consulter le Seigneur; cela n'aurait pas été nécessaire, si Dieu lui avait donné, une explication aussi détaillée de la loi que celle du Talmud, qui remplit douze volumes in-folio. Outre l'impossibilité de retenir par mémoire cette énorme compilation, comment se persuader que les docteurs juifs, qui, sous le roi Josias, avaient tellement laissé oublier la loi au peuple, qu'il fut tout étonné d'entendre lire l'exemplaire qui fut retrouvé dans le temple, aient tidèlement conservé le souvenir des traditions du Talmud?

IV. Reg., c. 22, f 10; II. Parai., c. 34, J 14. Dieu, sans doute, n'aurait pas attendu seize siècles pour les faire écrire, s'il avait voulu qu'elles fussent observées aussi exactement que la loi écrite.

Les auteurs protestants qui ont réfuté les visions des Juifs touchant la loi orale, n'ont pas manqué d'y comparer les traditions de l'Eglise romaine; de dire qu'à l'exemple des Juifs les catholiques ont réduit toute la ri'Iitckm chrétienne à la tradition, et se servent des mêmes raisons que les Juifs pour en prouver la nécessité.

Il aurait fallu, pour justifier ce parallèle, citer au iuui;is un exemple d'une tradition catholique évidemment contraire à la loi de Dieu, ou aussi ridicule en elle-même que sont la plupart de celles des Juifs. Limborch, en réfutant Orobio, lui reproche qu'en Espagne les Juifs croient, en vertu de leur tradition, qu'il leur est permis de feindre qu'ils sont chrétiens, de l'attester par serment, de violer tous les préceptes de leur loi, dont l'observation les ferait reconnaître pour Juifs. Arnica collatio, p. 300.

Les catholiques ont-ils quelque tradition qui autorise un crime semblable?

Les traditions des Juifs ne paraissent dans aucun des livres qui ont été écrits pendant seize cent quarante ans, depuis Moïse jusqu'au rabbin Juda; les traditions citées par les catholiques sont couchées dans les écrits des Pères qui ont succédé immédiatement aux apôtres, et dans les livres de ceux qui sont venus après. Il est incertain si le dernier des apôtres était mort lorsque l'épitre de saint Barnabe et les deux lettres de saint Clément ont été écrites. Celles de saint Ignace et de saint Polycarpa sont venues immédiatement après. ' Ce sont les écrivains du quatrième siècle qui nous ont conservé les extraits et les fragments des ouvrages des trois premiers, qui ont péri dans la suite. Les rites et les usages de ces temps-là sont consignés dans les canons des apôtres, et dans ceux des conciles tenus pour lors. Il n'y a donc point ici de vide comme chez les Juifs; tout a été écrit, sinon par les apôtres, du moins par leurs disciples ou parles successeurs de ces derniers.

Les traditions qu'ils nous ont laissées ne sont pas en assez grand nombre pour surcharger la mémoire ; en quoi ressemblent-elles à celles des Juifs?

Les protestants eux-mêmes ont beau fronder les traditions, ils ont été forcés d'y recourir dans toutes leurs disputes contre les sociniens et contre les anabaptistes. Ils baptisent les enfants, ils observent le dimanche, ils célèbrent la Pàque, ils font le signe de la croix ; les anglicans ont conservé le carême comme une tradition apostolique, ils respectent les cauons des

LOI

LOI

apôtres. Peuvent-ils montrer dans l'Ecriture sainte les lois qui ordonnent ces usages? Les sociniens leur ont souvent fait cette question, et les Juifs peuvent la renouveler. Prideaux, bon anglican, ne l'ignorait pas, non plus que Limborch; le reproche qu'ils font aux catholiques retombe sur euxmêmes. Voyez Tradition.

LOI CHRÉTIENNE, LOI DE GRA.- CS, LOI NOUVELLE. C'est ainsi que l'on désigne les lois que Dieu a données aux hommes par Jésus-Christ, et qui sont renfermées dans l'Evangile.

Nous avons à examiner si l'Evangile est véritablement une loi, si nous devons et si nous pouvons l'observer, si cette loi divine a contribué en quelque chose à perfectionner les lois humaines. Devrions-nous être obligés d'entrer dans cette discussion?

Nous ne savons pas si les calvinistes sont encore aujourd'hui dans l'opinion do Calvin, qui a refusé à Jésus-Christ la qualité de législateur, et qui a soutenu que ce divin Maître n'a point imposé aux hommes des lois nouvelles. Antid. Synod. Trident., can. 20 et 21. Son dessein était-il de justifier l'entêtement des Juifs? Nous avons prouvé contre eux que le Messie était annoncé sous l'auguste qualité de législateur. Jésus-Christ lui-même a dit à ses apôtres : « Je vous donne » un commandement nouveau, qui » est de vous aimer les uns les autres » comme je vous ai aimés. » Joan., cap. 13, f 34. Le commandement d'aimer le prochain est aussi ancien que le monde; mais il n'était formellement ordonné à personne de donner sa vie pour le salut de ses semblables, comme Jésus-Christ l'a fait, et comme tout chrétien est obligé de le faire lorsque cela est nécessaire. Il leur dit : « Vous serez mes amis, si » vous faites ce que je vous com- » mande; » c. 15, t 14. Lorsqu'il a ordonné à tous les fidèles de recevoir le baptême et l'eucharistie, n'a-t-il pas fait deux loisjiouvelles, selon la croyance même des protestants?

Lorsque les apôtres ont décidé, dans le concile de Jérusalem, que les gentils n'étaient point tenus à observer le cérémonial judaïque, ils ont porté

pp.r là même une loi qui défendait d'y assujettir les fidèles ; saint Paul le suppose ainsi dans son épitre aux Galates, et il nomme l'Evangile la loi de Jésus-Christ. Galat.. c. 6, ? 2 ; I. Cor.,c. 9. f 21, etc.

Mais les calvinistesn'ont pas encore renoncé tous à une autre erreur soutenue par les chefs de la réforme, et dont la précédente n'est qu'une conséquence. Ilsprétendent quel-homme est justifié ou rendu juste par la foi, et non par son obéissance à la loi de Dieu ; qu'il est impossible à l'homme d'accomplir parfaitement cette M ; que toutes ses œuvres, loin d'être méritoires, sont de vrais péchés ; mais que Dieu ne les impute point à ceux qui. ont la foi. Ils disent que, selon saint Paul, la loi n'est pas imposée au juste; qu'ainsi, à proprement parler, le. chrétien n'est pas plus obligé aux lois duDécalogue qu'àtoutes les autres lois de Moïse ; et c'est en cela qu'il font consister la liberté chrétienne.

Sous ce titre, et au mot Justification, nous avons déjà réfuté cette erreur.

N'est-ce pas une impiété de soute- t nir que Dieu nous impose des lois, et nous commande des choses qu'il ne nous est pas possible d'observer ?

Moïse rejetait déjà cette folle pensée, en disant aux Juifs : « La loi que je » vous impose aujourd'hui n'est ni » au-dessusdevous,niloindevous,...

» mais près de vous, dans votre « bouche et dans votre cœur, afin que » vous l'accomplissiez. » Deut., c. 30, jt- H. Certainement Dieu n'impose pas aux chrétiens un joug plus insupportable qu'aux Juifs ; Jésus-Christ nous assure que son joug est doux, et son fardeau léger. Matth., c. 11, jr 30. Mais cette douceur ne consiste pas en ce qu'il nous affranchit de tonte loi.

A la vérité, il nous est impossible de le porter par nos forces naturelles, comme le voulaient les pélagiens ; mais il nous est possible de le faire avec le secours de la grâce : or, à l'article Grâce, § 3, nous avons prou vé que Dieu l'accorde par les mérites de Jésus -Christ, afin de nous faire accomplir ce qu'il nous commande.

Ce divin Maître dit : « Celui qui » m'aime gardera mes commande-

Page 1