‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 46 sur 114 · ECCLÉSIASTIQUE, HIÉRARCHIE, DEUX · texte numérisé non relu

ECCLÉSIASTIQUE, HIÉRARCHIE, DEUX

puissances, etc.

Bergier.

LOIS CIVILES. Ce sont les lais établies par les souverains, pour maintenir l'ordre, la police, la tranquillité dans leurs Etats, et pour fixer les droits respectifs de leurs sujets.

Un théologien ne serait pas obligé d'en parler, s'il n'y avait pas eu des hérétiques qui ont enseigné des erreurs à ce sujet. Les vaudois et les

anabaptistes ont prétendu que toute loi humaine est contraire à la liberté chrétienne ; qu'un fidèle n'est pas obligé en conscience d'y obéir; et ils se sont fondés sur quelques passages de l'Ecriture sainte mal entendus.

Luther avait donné lieu à cette erreur, par son livre de la liberté chrétienne ; M.Bossuetl'a réfutée, Défense des Variations, premier discours, § 52; Calvin l'a soutenue dans son Institution chrétienne, lib. 4, c. 10, § 5, quoiqu'il s'élève d'ailleurs contre les anabaptistes. Le même principe, sur lequel ces sectaires ont prétendu qu'un chrétien n'est pas obligé en conscience de se soumettre aux lois de l'Eglise, devait nécessairement les conduire à enseigner qu'il n'est pas obligé non plus d'obéir aux lois civiles.

Le contraire est cependant formellement enseigné par saint Paul , Rom, , cap. 13, f 1 : « Que toute personne, » dit-il, soit soumise aux puissances » supérieures : toute puissance vient » de Dieu, c'est lui qui les a établies; » ainsi celui qui leur résiste, résiste » à l'ordre de Dieu, et s'attire la con- » damnation. Le prince est le minis- » tre de Dieu pour procurer le bien ; » si tous faites le mal, il ne porte pas » le glaive inutilement, niais pour » punir les malfaiteurs. Ainsi, soyez » soumisnon-seulementpar la crainte » du châtiment, mais par motif

» de conscience Rendez donc à

» chacun ce qui lui est dû, les tributs, » les impôts, les respects, les hoii- » neurs à qui ils appartiennent. »

Saint Pierre fait aux fidèles la même leçon. I. Pétri, cap. 2, f 13. L'apôtre, comme on le voit, n'exclut aucune des lois civiles; il y comprend même les lois fiscales. Il n'accorde à personne le droit d'examiner si les lois sont justes ou injustes, avant de s'y soumettre. Quelle loi serait juste, si l'on consultait les séditieux et les malfaiteurs ?

Jésus-Christ avait déjà décidé la question ; lorsque les Juifs lui demandèrent s'il était permis de payer le tribut à César, il leur dit : « Rendez » à César ce qui est à César, et à h Dieu ce qui appartient à Dieu, »

Matth.,c. 22, ^ 21 ; et il en donna luimême l'exemple, en faisant payer le

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cens pour lui et pour saint Pierre, c. 17, } 26. Aussi Tertullicn atteste la fidélité des chrétiens à satisfaire ,'i toutes les charges publiques, pendant que les païens n'omettaient aucune fraude pour s'en exempter. Apoiog., c. 42.

Pour réunir les Hébreux en corps de nation, Dieu lui-même avait daigné faire la fonction de législateur ; il avait porté des lois judiciaires, civiles et politiques, aussi bien que des lois morales et religieuses : par la il avait témoigné qu'il est le fondateur de la société civile, comme il l'est de la société naturelle et domestique. Il est donc vrai, comme l'enseigne saint Paul, que toute puissance légitime vient de Dieu ; de lui émane l'autorité des pères, celle des magistrats, celle des princes et des rois, tout comme celle des pasteurs. Par ces liens divers, Dieu a voulu réprimer les passions des hommes, cimenter parmi eux l'ordre, la sûreté et la paix.

Les hérétiques et les incrédules, qui ont cherché ailleurs l'origine des loh et ;les fondements de la société, sont non-seulement des imprudents et des aveugles qui ont bâti sur le sable, mais de mauvais citoyens, puisqu'ils affaiblissent et brisent, autant qu'ils le peuvent, les liens de société.

Dieu avait prononoé la peine de mort contre quiconque résisterait à la sentence du juge ou du souverain magistrat de la nation juive, Deut., c 27, y 12; il avait défendu d'en médire et de l'outrager de paroles, Eœod., c. 22, f 28. Ces lois n'étaient point des ordonnances arbitraires; l'obligation d'y obéir ne venait pas seulement de ce que le gouvernement des Juifs était thôocratique ; elle dérivait de la loi naturelle.

En effet, un des premiers principes de justice est que tout homme qui jouit des avantages de la société, doit aussi en supporter les charges : or, c'est sous la protection des lois civiles qu'un citoyen jouit en sûreté de ses biens, de ses droits, de son état, de sa vie même; rien de tout cela ne serait assuré dans l'anarchie; on le voit dans les dissensions civiles. Il est donc juste qu'il supporte aussi la gène, les inconvénients, les privations que lui

imposent ces mêmes lois. C'est une absurdité de prétendre concilier la liberté de chaque particulier avec la sûreté générale. Si chacun avait le droit de décider de la justice ou de l'injustice des lois, les gens de bien seraient de pire condition que les malfaiteurs; les hommes sages et pacifiques seraient à la merci des insensés.

Tel qui disserte et déclame contre l'injustice d'une loi quelconque, juge qu'elle est sage, dès qu'elle tourne à son avantage ; si les circonstances venaient à changer, il serait casuiste d'autant plus sévère à l'égard de son prochain, qu'il est plus relâché pour lui-même.

Nous n'avons donc pas besoin d'examiner s'il y a des lois purement pénales, dont l'infraction est censée innocente, pourvu que l'on puisse se soustraire à la peine. S'il y en avait, ceseraientsansdoute les lois fiscales, et nous voyons que Jésus-Christ et saint Paul ordonnent d'y satisfaire : celui qui les viole est toujours coupable.

L'exemple qu'il donne est un piège pour les autres, et ordinairement il n'échappe à la peine que par une suite de fraudes contraires à la droiture que Dieu prescrit à tous les hommes.

S'il n'y avait pas une loi divine, naturelle et positive, qui ordonne au citoyen d'être soumis aux lois civiles, parce que le bien de la société l'exige ainsi, toute loi civile serait purement pénale et réduite à la seule force coactive : mais Dieu, fondateur de la société, veut que ses membres en observent les lois. Par ce motif, un chrétien se soumet sans murmure, souffre patiemment le préjudice momentané qu'il peut ressentir d'une loi quelconque, en considération des avantages .durables que la société lui procure.

Les anciens philosophes pensaient donc très-sensément, lorsqu'ils rapportaient à la Divinité l'urigina de toutes les lois, et en regardaient les infracteurs comme des impies. Les modernes, bien moins sages, déclament à l'envi contre notrelégislatioa Si on les en croit, c'est un amas confus de lois disparates et absurdes, ni»

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mélange bizarre des lois romaines et des institutions barbares, des lois qui n'ont point été faites pour nous, qui n'cnt aucune analogie avec notre caractère national, etc.

Quoique cette discussion ne bous regarde point, on nous permettra d'observer, 1° qu'une législation en vertu de laquelle notre monarcbie subsiste depuis treize siècles, sans avoir essuyé aucune révolution générale, ne peut pas être aussi mauvaise qu'on le prétend : cela n'est arrivé à aucune autre nation de l'univers. Si nos lois étaient contraires au génie national, elles n'auraient pas duré aussi longtemps chez un peuple auquel on a toujours reproché beaucoup d'inconstance et de légèreté.

2° Lorsque nos rois ont réuni plusieurs de nos provinces à lacouronne, le premier article de la capitulation a toujours été que les habitants conserveraientleurs /oî's et leurs coutumes particulières. C'est donc sur la parole de nos rois, qui doit toujours être sacrée, qu'est fondée la diversité des lois, des coutumes, des poids, des mesures, de la monnaie de compte, etc.

3° Est-ce dans un siècle corrompu et très-peu sage, que se trouveront les hommes les plus propres à refondre la législation et à faire un nouveau code? Des philosophes chargés de ce soin commenceraient par disputer selon leur coutume ; au bout de dix ans, ils ne seraient peut-être pas d'accord sur une seule loi. Les grands magistrats, les jurisconsultes consommés, sont timides ; ils voient de loin les inconvénients d'une loi nouvelle, ils no la proposent qu'en tremblant ; les ignorants, qui ne prévoient rien, se croient capables de tout réformer.

Au reste, nous ne prétendons blâmer que les déclamations indécentes contre les lois; il peut y avoir, sans cloute, dans les nôtres des défauts à réparer : c'est le sort de tous les ouvrages des hommes, et nous avons cet inconvénient de commun avec tous les autres peuples. Le moyen d'obtenir une réforme sage est de l'attendre avec respect des puissances qui gouvernent.

Concluons que quand un peuple est

fidèle à. observer ses anciennes lois, i n'a pas besoin et il n'est pas tenté' d'en faire de nouvelles; que quand i est indisposé contre elles, c'est unf marque qu'il n'est pas capable d'observer ni de soutlVir aucune loi : il peut dire de lui-même ce que 'File- Lire disait des Mom tins: Nous sommes parvenus à une période où nous ne pouvons plus supporter ni nos vices, ni les remèdes nécessaires pour les guérir.

Bergiëk.

LOIS ET MOEURS. (Théel. mixt.

phUùS. mor. social.) — Nous ne faisons ce petit article que pour protester contre un préjugé partout répandu que l'on résume dans cet aphorisme : « Ayez de bonnes mœurs, vous aurez de bonnes lois. » C'est à peu près comme si l'on disait que ce sont les enfants qui doivent les premiers parlerraison ; quecesont les ignorants qui doivent donner l'essor à la science ; que ce sont les assassins qui doivent commencer par être bons, ainsi que le disait si sottement Alphonse Karr, avec tout son esprit, à propos de la peine de mort; en un mot que ce sont les cifèts qui doivent produire les causes. Est-ce que les législateurs ne sont pas les pères et les précepteurs de l'humanité? N'en sont-ils pas la partie d'élite qui doit faire l'éducation de l'autre partie par de bonnes loisl L'inlluence des lois est énorme; si elles sont mauvaises, elles fausseront les jugements de tout un peuple qui ne se compose pas de Soerates dont la raison soit assez puissante pour s'insurger contre les choses reçues, ni le caractère assez fort pour prêcher la vérité au risque de boire la ciguë.

Elles écraseront, parla force brutale d'une nécessité journalière, des milliers d'intelligences et de volontés dont les tendances se montreraient excellentes si les lois, tantôt ineptes, tantôt tyranniques, tantôlimmorales, ne les enserraient sans cesse dans un maillot qui leur impose une direction contraire à la nature.

Vous osez dire que ce sont les mœurs qui font les lois! Qui donc a fait toutes les antiques civilisations avec leurs qualités et leurs vices, si ce

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ne sont leurs codes sacrés? Est-ce que ce ne sont pas les Vedas, le code de Manon, les pouranas et le reste, qui ont fait tout la civilisation brahmanique avec ses castes? Est-ce que ce sont pas les Kmgs qui ont fait la civilisation chinoise ? Est-ce que ce ne sont pas les lois religieuses de Bouddha qui ont fait toute la civilisation bouddhiste ? Est-ce que ce n'est pas le Zend-Avesta de Zoroastre qui a fait la civilisation des Paras? Estce que ce n'est pas le Koran qui a fait tout la civilisation musulmane?

Est-ce que ce n'est pas le code de Moïse qui a fait toute la civilisation judaïque? Est-ce que ce n'est pas l'Evangile qui a produit la civilisation chrétienne?

Et ce seraient les mœurs qui feraient les lois! Et vous ne vous apercevez pas que dire une pareille énormité, c'est dire que la queue, mène la tête, et le véhicule sa force motrice !

Non ! non ! messieurs les législateurs, ce n'est pas à la multitude à vous rendre bons ; c'est à vous à la rendre bonne par de bonnes lois-, et si elle est mauvaise, dites comme le doit dire tout mauvais père de sa mauvaise famille : par ma faute.

Le Noir.

LOLLARDS, nom d'une secte qui s éleva en Allemagne au commencement du quatorzième siècle; elle eut, dit-on,pourauteur un nommé Lollard- Walter, ou Gauthier- Lollard, qui commença de dogmatiser en 1315.

Il emprunta des albigeois la plus grande partie de ses erreurs; il enseigna que les démons avaient été chassés du ciel injustement, qu'ils y seraient un jour rétablis, au lieu que saint Michel et les autres anges coupables de cette injustice seraient éternellement damnés, aussi bien que tous ceux qui n'embrasseraient pas la doctrine qu'il prêchait. Il se fit un grand nombre de disciples en Autriche, en Bohème et ailleurs.

.Ces sectaires rejetaient les cérémonies de l'Eglise, l'invocation des saints, 1 eucharistie et le sacrifice de la messe, l'extrème-onction et les satis-

factions pour le péché, disant que celle de Jésus-Christ suffisait; ils soutenaient que le baptême ne produit aucun effet; que la pénitence est inutile; que le mariage n'est qu'une prostitution jurée. Lollard fut brûlé vif à Cologne, l'an 1322; on dit qu'il alla au bûcher sans frayeur et sans repentir.

En Angleterre, les sectateurs de Wiclef furent nommés lollards, parce que ces deux sectes se réunirent à cause de la conformité de leurs sentiments; les uns et les autres furent condamnés par Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry, dans le concise de Londres, en 1 396, et dans celui d'Oxford, en 1048. On a observé, avec raison, que les wicléfites d'Angleterre disposèrent les esprits au schisme de Henri VIII, et que les lollards de Bohème préparèrent les voies aux erreurs de Jean Hus.

C'est ainsi que la plupart des écrivains ont envisagé les lollards; mais Mosheim,ffis<. eccl., quatorzième siècle, 2 e part. c. 2, § 30, prétend qu'ils se sont trompés. 11 dit que ce nom signifie gens qui chantent à voix basse; que dans l'origine il fut donné aux cellitesde Flandre, confréried'hommes pieux, qui pendant la peste noire, au commencement du quatorzième siècle, se dévouèrent à soigner les malades et à enterrer les morts, et qui les portaient à la sépulture en chantant des hymnes à voix basse et sur un ton lugubre. Voyez Cellites.

Il ajoute qu'il s'en trouva parmi eux qui, sous un extérieur modeste et dévot, avaient des mœurs très-corrompues; désordre qui rendit bientôt odieux le nom de lollard. On le confondit avec celui de beggards, gens qui affectaient de prier beaucoup, et l'on désigna sous ces deux noms les hypocrites, qui, sous un manque de piété, cachaient un libertinage réel.

Ainsi, dit-il, le nom de lollard n'était point celui d'une secte particulière ; mais on le donna indistinctement i toutes les sectes et à toutes les personnes que l'on crut appliquées à cacher leur impiété envers Dieu et l'Eglise, sous les dehors de la piété et de la religion. C'est pour cela qu'on

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le donna presque à toutes les sectes hétérodoxes du quatorzième et du quinzième siècle. Voyez Beggaeds.

Bergier.

LOMBARD (Pierre). (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Ce célèbre scolastique du xn e siècle, dont les quatre livres des sentences, libri IV sentenliarum fournirent le thème à un si grand nombre de commentateurs, y compris même les Thomas d'Aquin, naquit en Lombardie près de Novare, d'où son surnom. Ses parents étaient pauvres ; il dut à un bienfaiteur de pouvoir commencer ses études à Bologne, puis il vint en France, et saint Bernard auquel il avait été recommandé le fit entrer à l'école de Reims; mais la célébrité de l'école de Paris l'attira, et, une fois dans cette ville qui captivait déjà les hommes d'intelligence, il ne la quitta plus. Il y devint professeur en théologie, et en H 59, le frère du roi Philippe, archidiacre de la cathédrale, le lit nommer évêque de Paris où il mourut en 1164.

Son épiscopat est resté dans l'ombre; une seule anecdote conservée par un chroniqueur de Ferrare donne une idée de sa grandeur d'âme. Le luxe, la vanité, l'apparat étaient de mode alors comme aujourd'hui : on rougissait des humilités de sa naissance. Quelques gentilshommes de Novare firent le voyage de France pour aller rendre hommage à leur illustre compatriote, et, sa mère ayant manifesté le désir de les accompagner, ils l'emmenèrent avec eux ; mais, rougissant de son pauvre costume, ils l'obligèrent à en prendre un autre qui fût, disaient-ils, en rapport avec la dignité d'un aussi grand prince de l'Eglise. «Je connais Pierre, disait la bonne femme ; et cette comédie ne lui plaira pas. » Mais pour aller le voir, elle céda. Les seigneurs la lui présentèrent donc richement vêtue. Pierre Lombard, la voyant, dit aux gentilshommes : « Mais ce n'est pas là ma mère ; je suis le fils d'une pauvre femme, et, cette grande dame, je ne la connais pas. » La bonne femme, heureuse d'avoir eu raison, ■s'esquiva aussitôt en répétant : « Je

l'avais bien dit », alla reprendre ses habits ordinaires et revint aussitôt.

Alors Pierre se jeta à son cou devant les seigneurs avec toute l'effusion d'un tendre fils.

On ne connaît que cela de son épiscopat; mais c'en esl assez.

« Au temps de Pierre Lombard, dit M. Brischar, deux méthodes, hostiles l'une à l'autre, régnaient dans les écoles : la méthode ecclésiastique ou positive, et la méthode spéculative ou dialectique. La première exposait simplement la doctrine religieuse en la tirant des saintes Ecritures et de la tradition ; la seconde, poussée jusqu'à ses dernières limites par Abélard, appliquait le raisonnement aux matières religieuses, opposait les thèses aux antithèses, et cherchait à résoudre logiquement les contradictions apparentes.

» Pierre Lombard chercha à concilier les deux méthodes.

» A l'exemple de plusieurs savants, qui l'avaient précédé et qui avaient rédigé des collections de sentences des Pères de l'Eglise et des conciles, tels que Guillaume de Champeaux, Hugues de Saint-Victor, Robert Pulleyn, il voulut réunir « les proposi- » tions les plus sûres de la foi contre » l'hérésie des opinions purement hu- » maines. » Cependant il ne rejeta pas entièrement la dialectique de son ouvrage ; car, comme l'avait fait Abélard dans son fameux Sic et Non, il exposa formellement les contradictions apparentes de ses autorités et chercha à les résoudre. Il donna dans son Introduction pour motif de son travail, composé à la demande de son frère, le désir « de montrer la soli- » dite de la foi, de révéler le mystère » des questions thêologiques, et de » rendre intelligibles les sacrements » de l'Eglise. »

« Acceptant la grande autorité dont saint Augustin jouissait au moyen âge, Pierre Lombard, suitun plan conforme à la méthode de ce Père, ce qui ressort déjà de ce qu'il divise l'enseignement de la foi en doctrines des choses et doctrines des signes. Les trois premiers livres et le traité de la Résurrection du quatrième traitent des choses; le reste du quatrième livre

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traite des signes (sous lesquels il entend surtout les sacrements).

» On reproche au livre de Pierre Lombard une division superficielle et peu fondée sur la nature des matières et le mélange de la dogmatique et dé la morale, qui se perpétua, à partir de Lombard, à travers tout le moyen Age. L autorité extraordinaire et presque symbolique dont le Livre des ■Sentences jouit parmi les scoiaslioues prouve évidemment que, si Pierre Lombard ne fut pas un génie original, il répondu parfaitement à un besoin réel et gênerai de son temps

fnW C ?l™, et . la modération de ses theoues theologiques. la richesse des matériaux amassés par lui et le tact avec lequel il laissa de côté une foule de questions subtiles et stériles, donnèrent ? son livre une telle autorité qu il fut pris, dans presque toutes les

ethae^r^^' COmme **« et nase de 1 enseignement

» Cependant, du vivant même de

Pierre Lombard, son livre souleva de

1 opposiUon. Un de ses disciples les

plus distingués, Jean de Cornouailles

chercha, pendant douze ans de suite,'

â taire condamner son maître comme

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on utn ~ 7 ~ K? ^'CAttuure ni, ™»t t >\ C est " a - dlre à la fin de son pontificat, un rescrit qui défendit à tous les professeurs d'enseigner la E?£ 0n ^Jésus-Christ considéré comme homme n'est rien. Peu de temps après, Gauthier de Mauritanie, a?o?s prieur de ïabbaye des chanoines ré ffilt - 6 ^Victor de Paris, qui

saYres ÏaTA* P rinci P a ^ adversaires dAbelard, renouvela contre

soTw r' a r dlamême attaque dan son hvre Contra quatuor Galliœ laby-

Sjh ^ l6S 5 Ue À s i] étendait Anélard, Pierre <fe Poitiers, Gilbert de la Porrée et Pierre Lombard. Gauthier reprochait aussi à ces quatre théologiens, qu'injustement il mettait ?" '* même hgne, d'ébranler toutes donMU* 8 re , h 8 leuses P^ la manière en 1 u a , i>ph i q , uaient la dialectique, en multipliant les thèses, les antith^ ses et les questions. Enfin l'abbé £ÏÏite t CaJabre ,. |"^Uque célèbre

Pte™ LK',, 8 él f a ausfi C0Qtr ° nerre Lombard. Il prétendit, dans un

écrit quil soumit à un concile de Latran, de i 179, que Pierre admettait une quaternité en Dieu, quatemit™ ayant enseigné que le Père, le Fils 1 le Saint-Esprit étaient une chose suprême, summa quœdam res, qui n'eugendre pas, n'est pas engendrée et ne procède pas. Le concile n'admit pas 1 accusation. Dans un concile postérieur, tenu à Saint-Jean-de-Latran sous Innocent III, en 1215, la doctrine de P lerr e Lombard fut approuvée et

I écrit du dénonciateur condamné » Quoique toutes ces attaques n'eussent fait que grandir l'autorité de Lombard, les professeurs de théologie de Paris convinrent, en 1300, de ne pas enseigner seize propositions tirées du Livre des Sentences, et plusieurs ecolesthéologiques s'empressèrent d admettre la mesure de la faculté de Paris. Les théologiens postérieurs reprochèrent encore à Pierre Lombard de n'avoir pas donné place dans son livre à certaines questions importantes, telles que celles de l'Ecriture sainte, de l'Eglise, de la primauté, des conciles, et d'avoir manque en général de critique. Mais ces deux défauts sont communs à son siècle et à tout le moyen âge ; les plus grands scolastiques, par exemple saint Thomas d'Aquin, sont de tresmédiocres critiques, et le dogme de

1 Ecriture sainte, celui de la primauté, etc^, etc., ne devinrent un objet de recherches approfondies qu'à la suite des attaques des réformateurs du seizième siècle ».

II nous parait utile d'ajouter à ce résumé de M. Brischar sur le maître des sentences quelque explication relativement à l'accusation de quatermisme qu'élevait contre lui l'abbé Joachim. Le concile de Latran de 1 année 1215 montra une pénétration philosophique qu'on ne saurait trop admirer,lorsque,au lieu de condamner le dénoncé, il condamna le dénonciateur. Pierre Lombard disait : Il y a en Dieu ■ une certaine chose suprême » qui n'est ni le père considéré seul à titre de père , puisqu'elle n engendre pas, ni le fils, considéré seul à titre de fils, puisqu'elle n'est pas engendrée, ni l'esprit, considéré seul à titre d'esprit, puisqu'elle ne

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procède- pas, mais qui est les trois à la fois et qui constitue leur unité substantielle ; et cette chose suprême, absolument radicale, est la substance même, dont le père, le fils et l'esprit ne sont que des essentialités, distinctes entre elles. Joachim disait :

Distinguer ainsi dans la Trinité « une chose suprême » qui n'est aucun des trois en sens divisé, et qui est les trois en sens composé, c'est en établir quatre, et par conséquent Pierre Lombard est quaterniste. Il faut, pour être trinitiste orthodoxe, n'admettre que le père, le fils et l'esprit, sans ce fond supérieur commun, chacun ayant son fond à lui par lequel il se distingue des deux autres.

Mais les théologiens du concile n'y furent pas pris. Ils virent que la doctrine de l'accusateur conduisait au trithéisme, c'est-à-dire à. professer trois dieux ; car s'il n'y a pas cette chose suprême commune aux trois personnes etleurservantde fond, ces personnes n'étant que des essentialités qui se distinguent entre elles non point par la substance mais par la manière dont elles émergent en forces de la substance, vous ne pouvez plus, dès lors, les unifier par la pensée, vous en faites trois dieux, et en disant, d'une part, qu'il n'y a qu'un Dieu, d'autre part, qu'il y a trois personnes en Dieu, vous tombez dans la contradiction de : trois sont un. C'est ce que vit si bien le concile qu'au lieu de condamner Lombard comme le demandait Joachim, ce fut Joachim qu'il condamna. Cette condamnation futlacondamnation même du trithéisme, et l'admission d'une interprétation rationnelle delatrinité divine au moyen de l'unité de substance, de laquelle sortent les énergies père, fils et esprit, c'est-à-dire l'énergie puissance qui engendre^ l'énergie intelligence qui est engendrée, et l'énergie amour qui procède des deux autres.

Pierre Lombard est, en outre, l'auteur de Commentaires sur les Psaumes et le Cantique des cantiques, ainsi que sur les Èpitres de saint Paul, imprimés, en 1537 et 1541 , à Paris , et d'ouvrages non imprimés ; Gloses sur le livre de Job ; Sermons des di-

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manehcs et jours de fête; Lettres;, Méthode de Théologie pratique, et Défense contre les attaques de Jean de Cornouailles. Presque tous les traités de théologie pendant les temps du moyen âge qui ont suivi Pierre Lombard sont des commentaires du muitve des sentences. Parmi ses derniers commentateurs, nommons seulement Dominique Soto, saint Barthélémy de Ledesma pour le xvi e siècle, et Guillaume Estius, le dernier de tous, pour le xvn e . Le Noir.

LOMBRIC (le). (Théol. mixt. sci-n.

nat. zool.) — V. Causes fixales.

LONGÉVITÉ HUMAINE. (Théol.

rmxL seien. physiol. et chron. exégct.) — -Il est très-diffii ile de déterminer jusqu'à quel âge peut se prolonger la vie des individus dans telle ou telle espèce du règne végétal ou du règne animal. Le monde n'a pas encore duré assez longtemps dans cet état de civilisation où l'on enregistre tout, pour que l'expérience soit suffisante et que l'observation soit éclairée. On a bien quelques exemples d'arbres très-vieux ; tel est celui du baobab du Cap-Vert étudié par Adanson qui trouva, dans ses couches annuelles de végétation, le certificat d'une vie de plus de cinq mille ans; mais était-ce une longévité exceptionnelle ou normale dans cette espèce ? C'est ce qu'on n'a pas pu savoir; on ne sait même pas si, pour cette espèce, il est vieux ou jeune. Il en est de même des animaux. Celui pourtant qui paraîtrait offrir le plus d'avantages et d'intérêt à l'observation sur cette question, c'est l'homme. Or, par rapport à l'homme, tout reste à peu près dans la même obscurité. On sait bien qu'un homme parfaitement constitué et auquel il n'arrive aucun accident ni au dedansni audehors, peut vivre très-longtemps ; mais quelle est sa limite extrême de vie ? On ne le sait pas. M. Flourens (De la longévité humaine, Paris, 1856) est celui, de tous les savants, qui a poussé le plus loin notre longévité possible, et qui, d'ailleurs, a le plus agréablement traité la question. Daignan donnait à l'homme quinze périodes de sept an-

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nées chacune, ce qui faisait cent cinq ans. (Tabl. des variét. de la vie hum.

Paris 1786) ; Linné lui donnait quatrevingt-quatre ans ; Schubert, quatrevingt-un ; Burdaeh, soixante-seize ; et la plupart des tables de mortalité lui donnent soixante-dix ans. M. le Dr. Focillon conclut de là qu'il est sage de considérer comme longévité tout ce qui dépasse le terme de soixante-dix à soixante-quinze ans.

Mais les cas d'une longévité extrême ne sont pas encore très-rares : Harvey a laissé l'histoire d'un centenaire qui vécut jusqu'à cent trente -deux ans et neuf mois. Le pauvre pécheur A. Jenkins mourut dans le comté d'York a cent soixante-neuf ans ; Ces faits sont constatés, et il y en a bien d'autres ; mais il semble que tous ceux qui ne font arriver la mort d'un individu qu'après deux cents ans de vie, ou presque deux cents ans, doivent être considérés pour le moins comme douteux. Les exemples avérés ne vont guère au delà de cent vingt et cent trente ans. Quant aux vies de cent cinq à cent quinze, elles sont assez nombreuses, surtout dans les pays du Nord. Il n'en manque pas même en France. La mère des Montgollier aux fameuses Montgolfières, les premiers ballons, est morte à Paris, il y a une trentaine d'années, à cent douze ans, nous ont raconté bien des fois des personnes qui la voyaient beaucoup. Nous avons nous-mème connu dans cette ville un vieillard qui avait conservé toutes ses facultés et qui se promenait avec sa longue barbe, dans les rues malgré les voitures, en s'aidant de deux bâtons, à l'âge de cent huit ans; il faisait tous les jours le long trajet de l'église Saint-Vincent de Paul aux Invalides pour y recevoir une petite aumône en nature qu'on lui faisait là depuis bien longtemps. Son industrie consistait à faire des appuis-main pour les peintres ; depuis trente ans, il ne buvait plus que de l'eau sucrée, et se portait bien ; il raisonnait avec un grand calme et beaucoup de sagesse; un journal illustré donna son portrait et on lui ouvrit une souscription dans ses bureaux; cette souscription le mit à son aise, mais il

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mourut l'année suivante, à cent neuf ans.

Il faut dire que ces personnes qui vivent si longtemps, ne gardent jamais, dans leur tenue et dans leurs traits, l'apparence de la vigueur et de la virilité ; ils portent bien leur âge ; ce sont de superbes ruines, mais toujours des ruines qui se révèlent comme telles, ne serait-ce que par la teinte et la coriacité de la peau.

On voit qu'elles sont depuis longtemps visées par la mort, et que la nature humaine ne comporte de pareils faits que comme des exceptions très-rares.

Ces observations de notre nature présente nous conduisent naturellement à la question exégétique de la longévité des patriarches antédiluviens et contemporains du déluge, selon la Genèse de Moïse, longévité quiauraitétéd'environneufcentsans.

Des chiffres exacts sont donnés pour chacun : Adam vit neuf cent trente ans, Seth neuf cent douze, Enos neuf cent cinq, Caïnan neuf cent dix, Mathusalem, celui qui vit le plus longtemps, neuf cent soixante-neuf, etc., et Noé neuf cent cinquante.

A cette question se rattache celle des géants, produits par les alliances des « enfants de Dieu et des filles des hommes. » Sur ce dernier point, certains savants ont fait les conjectures et les hypothèses les plus singulières ; l'un d'eux, par exemple, donna à Adam une taille de 24 pieds.

Il parait que celui-là prenait pour des ossements humains des vertèbres, des fémurs et des tibias de mammouth. La vérité est que, jusqu'à présent, la paléontologie ne révèle pas des races d'hommes antiques de taille plus grande que la taille moyenne des races d'aujourd'hui et que les dernières découvertes, sous ce rapport, établissent bien que l'homme eut toujours un développement de squelette à peu près le même. Il y a eu de tout temps deexceptions à la loi commune, danles limites de celles qui se produisent aujourd'hui; les hommes de 7 pieiN ne sont pas très-rares, même parmi nous, et sont très-communs dam certaines races plus grandes; la taille

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humaine ordinaire fut toujours la même, si l'on en juge par les fossiles humains qu'on a découverts dans ces dernières années. Aussi doit-on entendre, avec Bergier, par ces géants dont parle la Genèse, nous parait-il du moins, des hommes forts et puissants qui dominaient les autres, ainsi que le fit Nemrod après le déluge.

Mais quant à la durée de la vie, l'explication estplus difficile, à cause de cette répétition de chiffres précis qui se trouve dans plusieurs chapitres et de quelques phrases qui semblent bien confirmer le sens littéral et le terme pour bon; telle est celle-ci qui est mise dans la bouche de Dieu au moment où il va envoyer le déluge pour punir les hommes de leurs vices : « Le temps de l'homme ne sera plus que de cent vingt ans. »

Et l'on voit, en elfet, dans l'histoire de Moïse, la vie diminuer rapidement, puisque Abraham ne vit déjà plus que cent soixante-quinze ans.

On a trouvé cela invraisemblable, et beaucoup d'esprits se sont ingéniés à en donner des explications.

Nous résumerons ces explications et nous hasarderons la nôtre.

Une hypothèse fort ancienne déjà, consistait à dire que ces années de la Genèse n'étaient point des années solaires, mais des années lunaires, en sorte que les neuf cent cinquante ans de la vie d'Adam ne seraient que neuf cent trente mois.

Cette explication pourrait être excellente; car il est certain que d'anciens peuples et, entre autres, les Egyptiens du milieu desquels Moïse était sorti, nommaient années les périodes humaines que nous nommons mois. Proclus dit dans le Timée : « Les Egyptiens nommaient le mois (ou lunaison) année, » et l'on peut consulter là-dessus Varron dans Lactance t. II, c. 13. Mais, ainsi que le font remarquer saint Augustin dans la cité de Dieu, 1. XV. c. 12, et Noël Alexandre, Ilist. ecclés. 1. 1, on ne trouve pas de traces de cette manière decompterchez les Hébreux, et deux absurdités s'ensuivraient dans le texte ; voici ces absurdités :

1» Il est dit dans la Genèse, v 9,

qu'Enos, à l'âge de quatre-vingt-dix ans engendra Caïnan, et v 21, qu'Henoch engendra Mathusala à l'âge de soixante-cinq ans; or, si ces années n'étaient que des années lunaires, des mois, il s'ensuivrait qu'Enos aurait eu son fils à sept ans un cinquième, et Henoch le sien à cinq ans un cinquième.

2° Jacob dit à Pharaon : « Il y a cent trente ans que je suis voyageur sur la terre, et ce petit nombre d'années, qui n'est pas venu jusqu'à égaler celui de mes pères, a été traverse de beaucoup de maux.» (Gen. 47, 9;) Abraham aurait parlé de la sorte n'ayant encore que cent trente mois, c'est-à-dire un peu moins de onze ans.

D'un autre côté, toutes les traditions des peuples s'accordent à attribuer aux hommes du monde primitif une vie plus longue que la vie humaine des époques subséquentes, ce qui ne serait plus vrai dans l'hypothèse, puisque Mathusala, celui qui aurait vécu le plus longtemps, neuf cent soixante-neuf ans, n'aurait vécu, en réalité, que près de quatre-vingts ans.

Une autre hypothèse, du même genre,- consisterait à attribuer aux années de la Genèse le même nombre de mois qui furent pendant longtemps attribués à l'année chez les Chaldéens, les Babyloniens, les Etrusques et les Romains, c'est-à-dire dix mois, ou deux cent soixante-treize jours, cinq heures et onze minutes (1). Ce fut encore une année lunaire, d'après une autre manière de compter, qui fut très-usitée.

Mais on répond qu'on n'y gagne pas grand'chose, puisque Adam aurait encore vécu, d'après cette supputation qu'on ne trouve point ailleurs dans la Bible, environ six cent quatrevingt-quinze ans au lieu de neuf cent trente.

A l'objection, contre les années ordinaires, qu'il parait incroyable que les patriarches aient attendu jusqu a près ou plus de cent ans pour engendrer, saint Augustin répond que la

( 1) Voyez Schubert, Manuel d'attronomie, p. 20'-

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vie étant plus longue, l'âge de puberté devait arriver plus tard, et que, d'ailleurs, rien ne force à entendre que la génération dont il s'agit soit celle du premier-né.

Une troisième hypothèse consisterait à entendre par les noms des patriarches, des noms de familles ou de •dynasties qui se seraient succédées, d'après la méthode des anciens Égyptiens qui donnaient le même nom, par exemple celui de Pharaon, à toute une série de personnages. On pourrait dire, dans cette hypothèse, que chaque chef de famille est engendré par un précédent comme le raconte la Genèse, et la difficulté de la longue vie disparaîtrait puisqu'elle ne serait réalisée que par une série de descendants portant le même nom. On voit, dans certains villages, un nom se perpétuer de la sorte quelquefois durant des siècles, par une succession d'héritiers qui sont tous les représentants de leur première souche. L'expression « il mourut » signifierait que la famille s'éteignit.

Nous ne voyons pas que l'on puisse faire contre cette supposition d'objection insoluble tirée du texte ; mais elle ne résout pas la grande difficulté qui résulte pour nous de ces vies des patriarches, qui ne seraient plus que des patriarcats, mises hont à bout et constituant une chronologie des premiers temps du monde. Il en résulte tme durée qui n'est pas assez longue pour satisfaire la science géologique moderne. Le déluge est plus ancien que ne le donne cette chronologie ainsi construite et la création de l'homme également. (V. Ages géologiques.)

Que la vie de l'homme en soi ait été, au commencement, beaucoup plus longue qu'elle ne l'est devenue depuis, c'est ce qui n'a rien d'impossible, et les exégètes en ont donné des raisons de convenance qui ne sont pas sans valeur. Pérérius, par exemple, invoqua à ce titre, les circonstances climatériques, la verdeur de la race humaine venant d'apparaître, sa nature non encore affaiblie par les maladies, les goûts artificiels et le reste, son régime encore tout végétal, le besoin d'une propagation rapide de la race, l'utilité de ces longues vies pour

la conservation traditionnelle des premières inventions et des premiers faits historiques. Toutes ces convenances relatives aux harmonies providentielles en valent bien d'autres; et s'il arrivait un jour, que la géologie nous révélât quelque monument qui renfermerait en lui la preuve d'une longévité de nos premiers pères neuf fois supérieure à la nôtre, nous n'en serions pas étonné. Mais, comme nous venons de le dire, la difficulté chronologique de l'ancienneté du déluge et du genre humain resterait toujours, la géologie en ayant déjà dit assez sur ce point pour qu'il nous semble à peu près résolu d'une manière qui n'est point conforme à la chronologie biblique. Il nous faut donc trouver une réponse à ce point de vue.

Nous avons admis dans notre dissertation préliminaire que l'infaillibilité de l'Eglise et celle de l'Écriture sainte, à titre d'écriture inspirée, ne porte réellement, par suite des définitions ecclésiastiques, que sur les matières de foi ou de morale religieuses. Suivons la logique de ce principe que Bergier lui-même avait commence d'appliquer à la chronologie biblique (V. Chronologie), et si nous paraissons bien hardi, ce ne sera que la logique elle-même qui le sera.

La chronologie des origines de l'humanité n'étant point une question qui soit de sa nature essentiellement liée à la foi ni à la morale, les longévités des patriarches sur lesquelles on fonderait cette chronologie ne le sont pas non plus. Soyons donc libres sur ce point et donnons comme explication l'hypothèse suivante :

Le premier chapitre de la Genèse nous paraît indiquer par sa rédaction, qui est d'une magnificence sublime [V. Ages, et les articles suivants), un résumé, en forme de tableau, des époques de la création, fait par Moise lui-même, sur les traditions primitives du genre humain relatives à oe point de départ; mais les chapitres n et ni ne nous paraissent pas porter le même caractère ; ils nous paraissent ressembler à une intercalalion faite aussi par Moïse, mais non

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de sa rédaction propre, d'un ou même de plusieurs morceaux qu'on peut considérer comme en grande partie allégoriques, et qui existaient avant qu'il les introduisît de la sorte dans son œuvre comme faisant suite à son tableau et comme rattachant bien son début avec ce qu'il devait mettre après. Le chapitre iv nous semble aussi appartenir en propre à Moïse ; il reprend le caractère suivi et à idées profondes du premier chapitre, quoique ces idées ne se rapportent plus qu'à Caïn et à Abel, par conséquent à l'humanité ; mais le chapitre v nous parait être encore une citation intercalée par Moïse ; et il en est de même, dans la suite, de plusieurs morceaux que Moïse rassemble en y ajoutant les transitions nécessaires pour les relier les uns aux autres, transitions qui sont toujours d'une grande magnificence et d'une grande énergie et qui portent bien son cachet, tandis que les morceaux intercalés semblent porter celui d'une autre plume.

Or, cela posé, ne nous occupons que du chapitre v, qui renferme la série des patriarches antédiluviens.

Ce morceau, d'après notre supposition, ne serait point de Moïse luimême, et il ne serait responsable de ce qu'il contient que comme un auteur est responsable de ce qu'il cite.

Or, que d'hypothèses ne peut-on pas faire sur ce résumé chronologique ?

il pouvait remonter à un temps qui se perdait déjà dans la nuit du passé, et pendant lequel les nombres avaient été grandement altérés; pendant lequel aussi lessuppututious des années avaient été toutes différentes de ce qu'elles étaient devenues au temps de Moïse ; il pouvait avoirperdu des indications qui auraient servi de clé pour le faire comprendre; il pouvait avoir de beaucoup abrégé les temps, puisqu'il en faut, avons-nous dit, à la géologie de beaucoup plus longs ; il pouvait avoir réduit des traditions vagues etdécousues en une série positive et assez courte, par soustraction de longues séries de faits ; il pouvait avoir changé dos règnes de dynasties en des vies d'hommes, et en même temps avoir de beaucoup abrégé ces

règnes, ou en avoir omis des multitudes; enfin, en un mot, ne peut-on pas supposer que, dans les copies qui auraient dû en être faites pendant une longue suite de siècles, ce chapitre avait subi des modifications considérables, comme chiffres surtout et comme indications chronologiques?

Il suffirait de concevoir qu'un auteur essayant de débrouiller et de simplifier des traditions confuses, les eût toutes réduites eu un résumé.de cette espèce, que Moïse aurait pris plutôt que tout autre parce qu'il était de nature à mieux fixer les esprits, dont il avait à faire une nation, sur les vérités fondamentales historiques en même temps que sur les bases dogmatiques auxquelles il entendait rattacher toute sa doctrine.

Tout cela est tellement possible, que quelque chose de semblable est arrivé, depuis Moïse lui-même, pour ses propres œuvres soit de compilation, soitde rédaction personnelle. On sait les différences considérables qui en ont résulté entre les différentes versions : celle des Septante accuse une rédaction du chapitre dont nous parlons, qui distribuait les vies des patriarches de manière à donner au monde, de la création au déluge, cinq cent quatre-vingt-six ans de plus que l'hébreu qui lions reste, et le samaritain accuse environ trois cents ans de moins. (V. CimoNûLoniES (les).

Quant aux temps postérieurs au déluge, on sait qu'il en a été de même des passages chronologiques que nous supposerions de même avoir été insérés par Moïse dans son travail ; les Septante portent, du déluge à la vocation d'Abraham , mille dixsept ans, le texte samaritain mille trois cent sept ans, et le texte hébreu que nous avons aujourd'hui ne porte que trois cent soixante-sept ans.

Il est impossible d'expliquer ces différences sans des altérations introduites depuis Moïse; à combien plus forte raison, des morceaux intercalés par Moïse lui-même et remontant déjà à la plus haute antiquité, avaient pu et même dû, en se transmettant d'une génération à l'autre, se modifier considérablement, se transligurer même, quand il ne s'agit

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■lue de faits scientifiques qui sont indifférents à la dogmatique et à la morale de l'humanité?

Nous ne voyons, dans notre hypothèse, aucun danger pour le respect qu'on doit à Moïse et à ses livres • n'est-il pas convenable ou même nécessaire d'admettre qu'il se trouva dans ces livres des intercalations de morceaux qui n'étaient pas de sa rédaction personnelle ? Le dernier chapitre du Deutéronome, qui raconte sa mort, fait son éloge, et dit que depuis Moïse il ne s'éleva pas de semblable prophète en Israël, ne doit-il P as etre d'une autre époque, tout inséré qu'il soit dans son recueil ?

N est-il pas nature] de penser que les plans du tabernacle, des vêtements sacerdotaux, etc., étaient rédiges par des artistes qui travaillaient sous sa direction ? pourquoi n'auraitil pas introduit dans ses livres des tragments très-antiques et ne doit-on pas le supposer lorsque le style et la tenue du morceau paraissent l'indiquer? Nous n'y voyons aucun danger Il ny en a aucun pour l'inspiration bien comprise de nos livres sacrés ; cette inspiration ne devait-elle pas sous le rapport humain, laisser se développer naturellement le progrès et se conformer aux sciences de l'époque vraies ou erronées? L'esprit saint n'y est pas solidaire de tout ce qui s y trouve dit et raconté ; les paroles de Satan contre Job prises en soi par exemple , étaient-elles inspirées? tout ce qui se trouve dans les discours des philosophes de Théman l'était-il ? une lettre citée d'Alexandre le Grand ou de tout autre 1 était-elle ? Une consignation d'une tradition historique ne l'est pas davantage, quoique l"ensemble de la composition le soit et que le soit surtout ce qui est donné comme enseignement moral, dogmatique et religieux à l'humanité. Il n'y a donc dans notre hypothèse, aucun danger a aucun point de vue, et nous y voyons, d'autre part, un immense avantage pour sortir des impossibilités scientifiques de conciliation de la paléontologie avec notre Genèse,

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