‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 53 sur 114 · Accident. Grandeur. Qualité. Relation · texte numérisé non relu

Accident. Grandeur. Qualité. Relation

on arrive immédiatement aux propositions suivantes :

» Dieu est infini, les anges sont de purs esprits, le ciel (l'ensemble des astre») exerce une influence décisive sur la vie terrestre.

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» Qu'on s'imagine la première des deux lignes désignées ci-dessus immobile, la seconde mobile (IuZ/ctra>;e à cette lin des cercles ou plutôt des disques qui se meuvent au dedans d'une péripbérie fixe), se mouvant de droite à gauche, de sorte que qualité vienne se placer sous Dieu, relation sous anges ; alors on trouve les propositions suivantes : Dieu est bon, il est la vérité, etc. ; les anges intercèdent pour les hommes, etc.

» Qu'on suppose maintenant, pour saisir l'ensemble, les sept lignes placées les unes sous les autres, et qu'on s'imagine six de ces lignes comme des cercles se mouvant concentriquement, de telle sorte que chaque catégorie vienne se placer sous toutes les autres, aussi bien seule qu'avec une autre catégorie quelconque. On voit que la combinaison devient multiple à l'infini et que cependant il est toujours extrêmement facile de répondre instantanément à toutes les questions imaginables, et c'est en cela que consiste l'art de R. Lulle. »

« Mais chacun doit comprendre, ajoute avec raison M. Mattes, qu'un pareil mécanisme ne donne pas de science véritable ; il faut remplir les soixante-trois catégories, c'est-à-dire qu'il faut reconnaître ce qui dans chaque chose est bonté, sagesse, inertie, élément, etc. ; il faut qu'on soit en état d'appliquer en détail les notions de relation, de différence, de concordance, etc. ; il faut, en un mot, savoir de chaque chose d'avance ce qu'elle est, quels attributs lui appartiennent, avant de pouvoir lui appliquer le mécanisme. Par conséquent il ne sert au fond à rien, abstraction faite de l'habileté qu'il donne sans aucun doute pour parler et disputer.

C'est ce qui se voit parfaitement dans les ouvrages de R. Lulle lui-même. Il prétend avoir fondé sur son art, et moyennant cet art, ses dissertations, par exemple, celle de Articulis fidei, qui sans coutredit, est habile et des mieux réussies. Or, dans le fait, nous rencontrons dans ce traité absolument les mêmes argumentations, les mêmes motifs, les mêmes explications que dans les écrits des scolastiques en général. »

Le grand art de Raymond Lulle n'est qu'une machine ingénieuse à combinaisons d'idées, dans le genre de ces machines à compter à T'aide desquelles on obtient tout d'un coup les résultats demandés; la table de Pythagorepeutêtre considérée comme représentant l'idée mère de toutes ces inventions à procédé machinal conduisant à toutes les réponses par l'épuisement des combinaisons. Ce ne sont pas des démonstrations, mais ce sont d'ingénieuses applications pratiques qui supposent la démonstration; et celle de Raymond Lulle, faisant parcourir mécaniquement à l'esprit les relations possibles des idées entre elles, à l'aide des mots qui leur correspondent, était assurément trèsbien inventée pour le faire penser à toutes sortes de choses dans tous les ordres de la science, mais considérée comme démonstration elle supposait toujours la question ; et c'est sur cette prétention à en faire une méthode démonstrative que l'on peut dire, ce nous semble, que cet esprit étrange associé à ce cœur enthousiaste et dévoué avait, pour nous servir d'une expression triviale, une araignée dans le plafond.

Le Noih.

LUMIÈRE. Dans l'Ecriture sainte, ce mot est souvent employé dans sa signification propre, mais il a aussi très-fréquemment un sens figuré.

Job, c. 31, ^ 26, la lumière est prise pour le soleil; dans saint Marc, c. il, ¥ 54, elle signifie du feu. Ainsi, lorsqu'il est dit, Gènes., c. 1, y 3, que Dieu créa la lumière, cela signifie évidemment qu'il créa un corps igné et lumineux. Le grec çûç, et le français feu, sont la même racine.

Chez tous les peuples, la lumière est ■la même chose que la vie; voir la lumière, jouir de la lumière, c'est naître et vivre, Job., c. 3, f 16 ; marcher à la lumière des vivants, signifie jouir de la vie et de la santé. De même, dans toutes les langues, la lumière exprime la publicité. Jésus- Clirist dit à ses apôtres, Matth., c. 10, y 27 : <■ Ce que je vous dis dans les » ténèbres ou en secret, dites-le à la » lumière, ou au grand jour. »

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Dans le sens figuré, la lumière exprime ce qu'il y a de plus parfait.

Lorsque saint Jean dit que Dieu est lumière, et qu'il n'y a point en lui de ténèbres, I. Joan. c. S, f 5, il entend que Dieu est la souveraine perfection, et qu'il n'y a point en lui de défaut.

A peu près dans le même sens, saint Jacques, c. 1, f 17, appelle Dieu le père des lumières, dans lequel il n'y a point d'inconstance, ni aucune ombre de changement. Le Fils de Dieu, selon saint Paul, Hebr., c. 1, f 3, est la splendeur de la lumière, ou de la gloire du Père, c'est-à-dire qu'il lui est égal en perfection. Lorsque le concile de Nicée l'a nommé Dieu de Dieu, lumière de lumière, il a donné à entendre que le Père éternel a engendré son Fils égal à lui-même, sans rien perdre de son être ni de ses perfections, comme un flambeau en allume un autre sans rien perdre de sa lumière, et que l'un est parfaitement égal à l'autre. De même, Sap., cap. 7, f 26, il est dit que la sagesse est la splendeur de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu, et l'image de sa bonté.

La lumière de Dieu exprime souvent en général les bienfaits de Dieu, les effets de son affection pour nous.

Ps. 35, f 10, le psalmistedit à Dieu :

« Dans votre lumière nous verrons la » lumière ; » c'est-à-dire lorsque vous nous rendrez votre affection, nous vivrons et nous jouirons de vos bienfaits. Psalm. 66, f 2 : « Que Dieu » nous montre la lumière de son vi- » sage, » ou qu'il nous montre un visage serein, signe de bienveillance et de bonté. Conséquemment, la lumière désigne souvent la prospérité et la joie. Ps. 96, v 11 : « La lumière » s'est levée pour le juste, et la joie » pour ceux qui ont le cœur droit. »

Mais la lumière de Dieu désigne aussi la grâce, parce qu'elle éclaire nos esprits, et allume dans nos cœurs l'amour de la vertu. Ps. 89, v 17 , David dit à Dieu : « Faites bril- » 1er, Seigneur, votre lumière sur » nous, et dirigez toutes nos œu- » vres. » Jésus-Christ est appelé la vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde, Joan., c. i, v

9; et il dit lui-même : Je suis la lumière du monde, c. 8, v 12; c. 9, v 5, parce qu'il est l'auteur et le distributeur de la grâce. Par la même raison, la parole de Dieu, la loi de Dieu, est appelée une lumière qui nous éclaire, parce qu'elle nous fait connaître nos devoirs. Jésus-Christ dit à ses apôtres : Vous êtes la lumière du monde, Matth., c. 5, v 14, parce qu'ils devaient éclairer les hommes par la prédication de l'Evangile et par l'exemple de leurs vertus. Ainsi, Jésus-Christ appelle les bons exemples une lumière :

« Que votre lumière brille devant les » hommes, afin qu'ils voient vos » bonnes œuvres. » lbid., v 16. Les fidèles sont appelés enfants de lumière, les bonnes œuvres, des armes de lumière, etc.

Enfin, le bonheur éternel est désigné sous le nomdeltimte éternelle.

Apoc, c. 22, v 5, etc.

L'ombre, les ténèbres, la nuit, sont l'opposé de la lumière, et ont à peu près autant de significations contraires. Voyez Ténèbres, etc.

La manière dont Moïse raconte la création de la lumière est remarquable par l'énergie et le sublime de son expression. Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Le rhéteur Longin, quoique païen, était frappé de la noblesse avec laquelle Moïse exprime le pouvoir créateur de Dieu, qui opère par le seul vouloir. Celse, moins sensé, disait que cette manière de parler semblait supposer dans Dieu un désir impuissant ou un besoin : remarque absurde, puisque c'est un commandement qui est immédiatement suivi de son effet. Les manichéens, de leur côté, trouvaient mauvais que Moïse eût rapporté la création de la lumière, avant celle du soleil; qu'il eût supposé un jour, un soir et un matin, avant qu'il y eût un soleil.

Les incrédules modernes, dont toute la science consiste à copier les anciens, ont répété qu'il n y a rien de sublime dans la narration de Moïse, qu'il y a même du désordre et de la confusion; qu'il a suivi l'opinion populaire, selon laquelle la lumière ne

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vient pas du soleil, et qui suppose que c'est un corps iluide distingué de cet astre.

Rien n'est moins judicieux que celte censure. Un peu de bon sens suflit pour sentir que Moïse ne pouvait pas mieux exprimer qu'il l'a fait la création proprement dite, et l'on délie tous les philosophes de mieux rendre cette idée. Pour qu'il y eût un jour, un soir et un matin, il suffisait qu'il y eût un feu, un corps lumineux quelconque qui tournât autour de la terre, ou autour duquel la terre tournât. Or, Moïse nous apprend que Dieu créa ce corps, duquel probablement le soleil et les étoiles furent formés trois jours après. 11 n'y a donc point ici de confusion.

Croire que la lumière est un fluide très-distingué du soleil, ce n'est pas une opinion populaire, mais un système philosophique soutenu par plusieurs anciens, renouvelé par Descartes, suivi encore par un bon nombre d'habiles physiciens. Quand on frappe deux cailloux l'un contre l'autre, dans l'obscurité, les étincelles de lumière qui en sortent ne viennent certainement pas du soleil.

Mais Moïse ne dit rien qui favorise ni qui détruise cette opinion, puisqu'il parle simplement d'un feu ou d'un corps lumineux, dont l'effet fut un soir et un matin, par conséquent un jour. Voyez Joun.

Au quatrième siècle, il y eut une grande dispute pour savoir si la lumière que certains moines visionnaires croyaient voir à leur nombril, était la même que celle dont Jésus- Christ fut environné sur le Thabor; si cette lumière était créée ou incrée. Cette question très-absurde donna lieu à une autre, qui était de savoir si les opérations extérieures de Dieu étaient distinguées ou non de son essence ; si elles étaient créées oii incréées. La chose parut assez grave aux Grecs pour assembler quatre conciles, dans trois desquels ils condamnèrent ceux qui soutenaient

Sue les opérations extérieures de ieu étaient créées et distinguées de sou essence. Nous en avons parlé au

mot I1ÉSYCHASTE3.

BCBGIER.

LUMIERE (Théol. mut. scien. plvjs.) — Nous avons fait remarquer en plusieurs occasions l'intuition profondément scientifique qui se trouve impliquée dans les premiers versets de la Genèse mosaïque relativement à la lumière. C'est le premier jour que sort de la bouche du créateur cette sublime parole : Que la lumière soit, fiât lux. La séparation des globes célestes ne vient qu'au second jour. Celle des eaux d'avec la terre aride ne vient qu'au troisième, avec la production exubérante des végétaux qui suit cette séparation. Celle des astres visibles pour la terre ne vient qu'au quatrième. Celle des grands animaux aquatiques ne vient qu'au cinquième; et celle des animaux terrestres avec celle de l'homme qui en est le couronnement ne vient qu'au sixième jour. Il suit de cette progression des grands traits de la création que la lumière est quelque chose de différent et des astres d'où elle parait cependant descendre sur nous, et des yeux des êtres vivants qui voient par elle au loin, puisqu'elle est créée plusieurs jours avant les uns et les autres.

Cela posé relativement à ces intuitions étranges de l'auteur de la Genèse, faisons un court sommaire des hypothèses de la science humaine en suivant l'ordre des temps, sur la nature de la lumière, afin de faire voir à nos lecteurs le circuit qu'a parcouru l'esprit humain pour en revenir, en notre xix° siècle, à dire purement ce que Moïse avait suppose comme n'étant pas même pour lui l'objet d'un doute.

Le plus haut que l'on puisse faire remonter l'histoire de la science sur la nature de la lumière, c'est à Aristote et à Euclide.

Or, en ce qui est d'Aristote, il est difiieile de savoir au juste comment il comprenait la lumière; car il ne parle que des corps transparents en disant que ces corps ont la propriété de rendre visibles les autres corps qui sont derrière eux, et que la différence qui existe entre le jour et la nuit relativement à cette propriété, c'est que le jour, elle est en acte et que la nuit elle n'est qu'en puissance. La lumière est, selon ce philosophe, « l'acte des

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corps transparents, et la nuit la potentialité de ces corps non en acte.

L'air est, d'ailleurs, un des corps transparents aussi bien que le verre, et c'est à cette propriété de l'air, tantôt seulement potentielle et tantôt active, que nous devons la visibilité durant le jour et l'invisibilité durant la nuit. » Bien qu'on ne puisse inférer grand' cbose de cette explication, ainsi que nous venons de l'avancer, il faut pourtant avouer qu'elle parait plus favorable à ceux qui considéraient la lumière comme une propriété lumineuse des objets; aussi les aristotéliciens imaginèrent-ils, en prétendant suivre en cela le maître luimême, que la lumière et les couleurs

, n'étaient autre cbose que des qualités des corps, et que ces qualités avaient pour effet sur nous d'exciter dans notre être, par l'entremise de nos yeux, des sensations de même espèce. Ils s'appuyaient sur ce principe, vrai dans un sens, et faux dans un autre, que « rien ne peut donner ce qu'il n'a pas en lui. » Nihil dut quod in se non habet. En fait de cause efficiente, il est certain que tout ce qui est dans l'effet, doit se retrouver, au moins en puissance, dans la cause; mais en fait de cause occasionnelle, il n'est pas moins évident, qu'une cbose peut être l'occasion qui détermine de la part de la cause efficiente un effet qui n'était

I d'aucune manière dans cette cause occasionnelle.

Euclide établit dans son optique, que suivit Ptolemée dans la sienne, une théorie tout autre. Il dit que la lumière consiste dans des rayons visuels que lance l'œil de l'observateur sur les objets et à l'aide desquels il touche et sent ces objets; ces rayons sont d'après lui une espèce d'instrument très-délié que possède notre œil et avec lequel il va toucher les corps étrangers comme nous les touchons avec la main, et cette idée, qu'aujourd'hui nous devons trouver fort étrange, bien qu'elle dût, ce semble, être celle de l'homme qui s'éveillerait tout à coup à l'existence et qui se trouverait voir les choses sans expérience antérieure de ses sens; cet homme devrait croire, ainsi que le décrit Buffon dans son tableau

littéraire que tout le monde connaît, que les rayons de la lumière sont un prolongement de ses yeux et même que les objets extérieursfont partie de son être. Cette théorie d'Eucîide et de Ptolemée, qui nous parait enfantine aujourd'hui, régna jusqu'au xi" siècle, bien qu'à cette époque on eût tout le respect possible pour la Genèse, même au point de vue scientifique, parce qu'on ne se doutait pas de la vérité qu'elle renfermait sur la nature de la lumière. Dans ce xi e siècle pourtant elle cessa d'être admise et l'on retourna à celle qu'on croyait devoir tirer des principes d'Aristote, et qui ne valait pas mieux, bien qu'elle dût régner plus tard durant si longtemps, — du moins en partie car il en faudra retirer ce qui concerne les couleurs — sous le patronage de Newton. Albazen dans son opiticœ thésaurus, dit que les rayons arrivent de l'objet à l'œil.

Au xvii siècle parait Descartes, le grand initiateur ; d'après lui, la lumière est une matière subtile partout répandue ; c'est l'éther qui remplit toutes choses à l'intérieur comme à l'extérieur et qui affecte deux états :

l'état de mouvement et l'état de repos ; l'état de mouvement le rend visible et fait la lumière sensible; l'état de repos fait les ténèbres ; ses particules sont rondes et pressées les unes contre les autres de manière à former entre l'objet et notre œil un milieu de communication. Les corps lumineux ont la propriété d'ébranler ces molécules de lumière, toute la série ressent le coup, et l'œil en est affecté par l'extrémité opposée. C'est à peu près l'effet d'un bâton qu'on remue par un bout et dont l'autre bout transmet aussitôt l'impression reçue. (Dioptrique, chap. i"'.)

On voit que, d'après cette théorie nouvelle, tout est changé : la lumière de\ ient un milieu indépendant des astres et de tous les objets, aussi bien que de l'organe de la vision. C'est Moïse qui reparaît après plus de trente siècles ; et c'est aussi le principe qui triomphera dans le milieu et la seconde moitié du xix e siècle sous le nom de théorie des ondulations ; mais il n'y a encore, dans cette théorie de,

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Descartes, que l'idée fondamentale, et même cette idée est encore accompagnée d'erreurs.

Le père Malebranche commence à développer cette idée d'une manière magnifique avec sa brillante imagination. Il imagine ses tourbillons de matière subtile ; il rapproche la théorie cartésienne sur la lumière de celle des ondulations du son qui commençait à s'éclairer de mieux en mieux ; il a la gloire d'établir, le premier, des analogies assez grandes entre le son et la lumière, pour préparer le grand pas que fera la science quand elle dira les ondes lumineuses comme elle dit les oncles sonores. Le premier il suppose que toutes les parties d'un loyer lumineux sont en mouvement rapide, que ce mouvement produit des pulsations dans le milieu éthéré qui se déploie entre le foyer de lumière et l'œil de l'observateur, et que la lumière se transmet, dans toute l'étendue de ce milieu par des vibrations de pression; c'est le terme même dont il se servit.

On voit que la question s'éclairait beaucoup par les hypothèses de Descartes et de Malebranche.

Cependant il restait un point que ni l'un ni l'autre ne devaient trouver; c'était lanoninstantanéitéde la transmission des vibrations. Comme la vitesse est si grande que la science moderne, avec ses moyens ingénieux, était seule appelée à pouvoir constater dans cette vitesse un temps, Descartes supposa que la transmission était instantanée ainsi qu'elle le paraît; et Malebranche n'en supposa pas davantage. Nous verrons les modernes résoudre pleinement et clairement oe point secondaire redevenu point capital à son tour. Nous y reviendrons en son lieu.

Mais pendant que la vraie théorie se développait si bien. Newton imaginait la sienne; et celle-ci devait reculer de deux cents ans le triomphe définitif de l'autre, qui était aussi celle de Moïse. Cette théorie de Newton pour laquelle Malus dépensa tant de génie et qui ne fut qu'ébranlée dans l'esprit de M. Biot, avant sa mort, par les découvertes de Fresnel et des autres, prit le nom de théorie

des émissions, parce qu'elle consiste à soutenir, en se rapprochant de l'idée des péripatéticiens du moyen âge, que la lumière est une matière subtile que dardent en tout sens dans l'espace les corps lumineux, et dont le choc contre la rétine de notre œil produit la sensation de vision. Puis, en s'étayant sur ce principe, on expliquait assez bien beaucoup des phénomènes lumineux, par exemple ceux de réfraction et ceux de réflexion; mais déjà ceux de diffraction [V. ce mot) dans lesquels le rayon passant le long des bords des objets est dévié de la ligne droite, devenait presque impossible à expliquer d'une manière vraiment satisfaisante.

Quant à Moïse, sa création du soleil après la lumière devenait bien mystérieuse ; il fallait avoir recours à des transpositions de versets qui dérangeaient toute l'économie de son tableau et en détruisaient beauté.

Cependant ira savant mathématicien, astronome, et inventeur de choses pratiques très-utiles, telles que l'application du pendule aux horloges et du ressort spiral aux montres, Huyghens, 1 peu près contemporain de Malebranche, s'emparait des idées de Descartes et de son disciple et établissait, dessus, la théorie formelle des ondulations lumineuses sphériques analogues à celles qu'une pierre excite dans une étendue liquide. Il expliquait très-bien, avec cette théorie, la relléxion, la réfraction, la double réfraction, et ne se trouvait embarrassé que par les disparitions complètes de lumière, difficulté que Fresnel lèvera pins tard, avec la même théorie, d'une manière complète.

Il semblait donc, à ne considérer qu'Huyghen?, que l'idée cartésienne et malebranehienne, développé, ce savant, avait déjà gain de cause.

Mais Newton faisait un tel contrepoids, par son autorité plutôt encore que par ses ingéniosités pour tout expliquer, bien qu'assez mal souvent, dans sa théorie des émissions, que l'autre retombait dans l'oubli.

Ce ne fut qu'au xix° siècle que les disciples de Newton eurent à exnli-

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quer les phénomènes des interférences (V. ce mot) de la lumière polarisée surtout (Y. Polarisation de la lumière), et que, se trouvant tout à fait à bout, ils furent eux-mêmes obligés de retourner tour à tour et peu à peu aux idées de Descartes, Malebranche et Huyghens, avec lesquelles tout s'expliquait à merveille.

Une autre question qui se rattachait à celle de la nature de la lumière, la question de sa vitesse de propagation se présentait naturellement aux recherches. Nous avons dit que Descartes supposa l'instantanéité; mais pour la supposer, il ne s'en tint pas à la théorie, il consulta les faits, et il interrogea les phénomènes astronomiques ; c'était bien indiquer aux observateurs la route qu'ils devaient suivre; mais de son temps l'observation n'avait pas les moyens suffisants pour arriver àla découverte de la réalité, et il resta dans l'idée fausse de l'instantanéité expliquée par lui avec l'exemple du bâton dont le choc se fait sentir instantanément d'un bout à l'autre. François Bacon avait écrit dans son novum organum:

« l'aspect du ciel ne représenteraitil pas son état passé depuis quelque temps plutôt que son état actuel ?

et n'y aurait-il pas lieu, quant à l'observation des corps célestes, de distinguer l'époque vraie de l'époque apparente, de même que les astronomes distinguent, dans la théorie des parallaxes, le lieu vrai du lieu apparent? » C'était mettre l'hypothèse bien près de la vérité. Quatorze ans après, Descartes écrivait :

« S'il fallait à la lumière un temps quelconque pour venir du soleil ou de la lune jusqu'à nos yeux, jamais nous ne verrions le soleil, la lune, ni aucun astre dans le lieu qu'il occupe, mais bien dans le lieu qu'il occupait à l'instant, où s'est faite l'émission de la lumière. Or les éclipses s'accordent avec les annonces des astronomes, donc la lumière n'emploie aucun temps appréciahle à venir du soleil ou des planètes jusqu'à nous. »

C'était encore s'approcher beaucoup de la vérité pure dans une autre direction;; car le mot appréciable sup-

pose un temps, quoique lrès-c<}urt, malgré la grande distance, et un temps, quelque court qu'il soit, pour un métaphysicien tel que Descartes, différait autant de l'instantanéité que l'unité de zéro. Mais il y avait, dans le génie de Descartes, lorsqu'il raisonnait ainsi des éclipses, une sorte de distraction ou de sommeil de l'esprit que l'on ne conçoit guère ou plutôt que l'on doit toujours concevoir parce qu'il n'est pas de génie, si grand qu'il soit, dont il ne soit vrai de dire : quandoque dormitat.

Car puisque c'est par l'interposition de la lune entre nous et le soleil qu'ont lieu les éclipses du soleil, et que c'est par l'interposition de notre terre entre la lune et le soleil qu'ont lieu les éclipses de lune, ce n'est, dans les deux cas, que la distance de quatrevingt seize mille lieues qui est à parcourir parla lumière pour nous montrer le commencement ou la lin de l'éclipsé, et, par conséquent, Descartes aurait dû seulement conclure que cette distancé n'est pas assez grande pour que le temps de la transmission soit appréciable. Ce temps, en effet, nous le savons maintenant, n'est que d'environ une seconde, et le calcul des éclipses de soleil et de lune nepeut encore répondre de leur arrivée à une seconde près. Descartes ne pensa pas à cette déduction si simple de la trop petite distance, qui n'était que celle de la lune, non celle du soleil, et en resta à son instantanéité hypothétique, tout en se servant du mot appréciable qui contenait, en germe, tout ce que l'on devait découvrir plus tard conformément à la supposition de Bacon.

Bacon était même allé un peu au delà de la supposition que nous venons de citer de lui. Théoricien sur ce [point, à défaut de l'observation, dont les moyens manquaient, il avait déduit de considérations purement philosophiques très-justes, que la vision ne peut se réaliser qu'avec un temps quelconque, si petit qu'il soit; voici la phrase même de son texte :

in visu liquet requiri, in eum actuandum, mornenta certa, lemporis, et, de son côté, Descartes, comme nous venons de le voir, tout en acceptant

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l'instantanéité, ne le contredit pas, s'en tint à Vinapprêciabilité, et, sentant qu'il fallait, là-dessus, avoir recours à l'observation, se fit observateur, à l'inverse de sa méthode ordinaire, en ayant recours aux phénomènes astronomiques pour tâcher de résoudre la question.

Galilée suivit plutôt Bacon, en théorie; mais très-observateur ainsi qu'on le sait, il imagina de tenter une épreuve de constatation de temps dans le genre de celle que M. Fizeau devait si bien réussir entre Suresnes et Montmartre, trois cents ans plus tard. « Que^deux personnes, disait-il, prennent chacune une lumière et que chacune d'elles s'exerce à découvrir et à couvrir la sienne à l'instant même où celle de l'antre parait ou disparait à ses yeux; après avoir acquis une adresse suffisante, les deux observateurs devront s'éloigner l'un de l'autre de deux ou trois milles et répéter l'expérience en notant les instants où les lumières paraissent et disparaissent. » Il était alors captif à Arcetri ; plus tard il tenta l'épreuve, mais ne put constater aucune différence de temps.

Cinquante ans se passèrent en discussions entre les partisans de l'instantanéité et les partisans de l'opinion contraire, puis vint Rœmer qui résolut la question contre l'instantanéité par l'observation des éclipses du premier satellite de Jupiter. Il constata une différence de temps entre l'apparition de l'éclipsé à notre œil et son arrivée réelle d'après les calculs, supposa que cette différence venait de Ja durée de la propagation de la lumière, et présenta son opinion dans un rapporta l'Académie des sciences en 1675.

Cassini le combattit vigoureusement; mais à partir de la lin du xvn c siècle, les objections de Cassini fondées principalement sur ce que les mêmes irrégularités ne s'observaient pas chez les autres satellites, s'éclaircirent; on reconnut, par des moyens d'observation plus délicats, qu'elles avaient lieu pour tous, et l'on se rallia à la pensée de Rœmer: Halley dès 1694,— mais Descartes n'existait plus; — Pound en 1719 ; Fouchv en 1732; etc.

Bradley vint à l'appui de la théorie

de Rœmer en la confirmant par une autre qui concluait du mouvement de la terre que le point apparent auquel nous apercevons les astres ne coïncide pas avec le point réel, et qui lui fournit un moyen de calculer la vitesse de propagation de la lumière. Le résultat de beaucoup de calculs exécutés les uns avec la méthode de Rœmer, les autres avec la méthode de Bradley, fut que la vitesse moyenne de la lumière était de 76,000 lieues de 4 kilomètres par seconde. Il reste encore à préciser une des données sur lesquelles repose cette détermination de la vitesse de la lumière par les moyens astronomiques, c'est la distance exacte de la terre au soleil : on attend la synthèse générale des observations du dernier passage de Vénus (Dec. 1874 ),pour établir une évaluation plus précise de cette distance.

Mais nous avons parlé d'autres moyens tout à fait terrestres de constater la vitesse de la lumière avec les petites distances que la terre nous présente; nous avons vu Galilée, à Arcétri en jeter l'idée et même s'y essayer mais en vain . Dans la seconde moitié de ce siècle même, l'idée de Galilée a été reprise, et MM. Fizeau et Bréguet, au moyen des plus ingénieuses combinaisons, sont parvenus à la réaliser. Us ont pu constater à l'aide de lentilles et d'une roue dentée tournant très-vite et interceptant ou laissant passer par ses dents un rayon lumineux allant de Suresnes à Montmartre, une vitesse de 77 mille lieues par seconde, résultat bien voisin de celui qu'obtient l'astronome calculant les aberrations des satellites de Jupiter ; la vitesse de rotation de la roue, dans cette expérience, donne ellemême cette évaluation.

Pendant cette marche glorieuse de la science d'expérimentation dans lesprofondeurs mystérieuses du fluide qu'avait signnlé Moïse comme l'œuvre du premier jour, les esprits se ralliaient à l'idée cartésienne de son indépendance des astres et autres foyers lumineux, et les confirmations s'accumulaient sur la ligne ouverte par Fresnel ; on en était venu à cette proposition : Si la lumière se propage plus vite dans l'eau que dans

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l'air, c'est la théorie des ondulations qui aura gain de cause ; et l'on cherchait à constater une différence entre les deux propagations.Wheastone, Arago, Bessel, travaillaient mais en vain, à la solution du problème.

Enfin M. Léon Foucault parvint à le résoudre ; il prouva, par un de ses appareils les plus ingénieux, que c'est dans l'eau que la vitesse est plus grande; et c'est ainsi que triompha la théorie cartésienne et avec elle celle qui avait été supposée par Moïse.

Au reste, les rapports exacts entre les deux vitesses sont encore à trouver, et l'on espère y arriver pour cette année de 1875, où le dernier passage de Vénus aidera la solution.

Quant à la vitesse dans l'air que trouva M. Léon Foucault à la surface de la terre, elle fut un peu moindre que celle qu'avait donnée l'observation du satellite de Jupiter et notablement moindre que celle qui avait résulté des expériences de M. Fizeau; elle ne fut que de soixante-quatorze mille cinq cents lieues par seconde.

Maintenant il reste bien autre chose encore à trouver; il reste à démontrer par l'expérience ce que l'esprit humain conçoit a priori et par hypothèse, à savoir l'identité substantielle et fondamentale, dans un fluide générateur commun qui serait l'éther conçu par Descartes, de la lumière, de la chaleur, de la commotion électrique avec la lumière, de l'attraction magnéto-électrique avec la lumière, du magnétisme avec la lumière, de l'attraction cosmologique elle-même, en un mot de tous les fluides impondérables, que Moïse aurait, dans ce cas, désignés par le mot lumière. Les relations intimes entre les uns et les autres, les transformations de l'un en l'autre, les ressemblances se sont déjà tellement multipliées que des ouvrages ont été faits en vue de devancer et de prédire ce que la science de l'avenir nous dévoilera sur ce mystère de la nature. Le savant abbé Moigno a même recueilli, dans un livre spécial, les observations et les hypothèses sur la solution de ce pro-

blème posé devant la science à venir, mais qui sera résolu, nous n'en doutons nullement, dans le sens de la plus grande unité possible de plan diviu sur ce point comme sur tous les autres. Le Nom.

LUMINAIRE. Voyez Cierge.

LUMPER (Gottfried). (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Ce savant bénédictin, né à Fiissen, dans l'Allgau en 1747, et mort en 1801 , a laissé une patrologie en 13 vol. in-8, 1783-1789, qui est une histoire littéraire des trois premiers siècles, mais consistant surtout en dissertations tirées de Mosheim, de Galland et d'autres critiques ; elle porte ce titre : Historia theologicoeritica de vita, scriptis atque doctrina SS. Patrum aliorumque scriptorum ecclesiusticorum trium primorum sxculorum. On a encore de Lumper : J. Matthsei Schrœkhii Historia Religionis, in usus prxlectionum Catholicorum reformata et aucta, in-8, 1788 et 1790; la Sainte Messe catholique romaine en langue allemande, avec des prières, Ulm, 1784; le Chrétien en temps de carême, ou les Evangiles du carême dans leur sens littéral et moral, Ulm, 1796; opuscules anonymes.

LUNE (la). (Théol. mixt. scien. astron.) — La lune est l'astre le plus rapproché de nous, par conséquent celui dont nous arriverons probablement, avec le temps, à connaître le mieux les détails. Déjà l'astronomie moderne est parvenue à en pénétrer un grand nombre que tout théologien doit connaître; mais ce n'est encore qu'un petit commencement, et l'on peut s'étonner qu'aucun des gouvernements n'ait encore eu le courage de consacrer de grosses sommes pour mettre les astronomes à même de construire quelque télescope soit à réflexion soit à réfraction, qui grossirait assez notre satellite pour le rendre observable à un degré tel qu'on pût constater avec évidence s'il a ou s'il n'a pas des êtres vivants à sa surface, et de quelle nature sont les corps qui la composent. Jusqu'à présent, en effet, les savants et les sociétés savaa-

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tes ont été abandonnés à leurs propres ressources dans la réalisation des forts télescopes et des grandes lunettes si difficiles à obtenir au delà de certaines dimensions ; et on n'est parvenu, en fait d'instruments pour observer la lune, qu'à des grossissements encore tellement minimes par rapport aux résultats à obtenir, que c'est toujours l'enfance de l'art. La plus grande lunette qu'on eût réussie jusqu'à ces derniers temps, était celle de l'observatoire de Chicago, construite par M. Alvan Clark; elle présente un diamètre de 47 centimètres; une trèsgrande distance est nécessaire entre l'objectif et l'oculaire, et par là même elle doit être placée sur une assez grande élévation pour que le foyer soit à portée de l'œil de l'observateur posé à terre. On vient d'en établir une en Angleterre, dont l'objectif mesure, en diamètre, 03 centimètres, 33 millimètres; elle fera entrer dans l'œil de l'observateur seize mille fois plus de rayons qu'il n'en reçoit à la vue simple, et le rapprochement de la lune sera tel que cet astre se présentera comme s'il n'était éloigné que de 128 kilomètres, soit trente lieues.

Mais tout cela n'est encore rien; quel détail peut voir un œil simple à trente lieues? Il n'en peut voir aucun, et l'on ne sera, par conséquent, guère plus avancé. Voyez le mont Blanc de Genève à la vue simple; il en est à la au 20 lieues ; qu'y distinguez-vous pour votre édification sur sa nature et sur ce qui le couvre? Y verriezvous, par exemple, un homme qui en ferait l'ascension? Il faudrait, paraitil, une dépense d'environ cinq millions de francs pour obtenir une lentille à lunette qui ferait voir la lime h quelques kilomètres seulement ou même à un seul; alors les observations seraient d'une tout autrenature; or, il parait que le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique se déterminera, le premier de tons, à la dépense nécessaire pour une telle entreprise.

C'est ce qu'il aurait déjà dû faire, puisque ceux de la vieille Europe ne font rien ou presque rien. C'est avec beaucoup de peine qu'une de nos dernières assemblées nationales a Yoté inoins de cent mille francs de

crédit pour notre observatoire, à destination d'y monter une très-belle lunette qu'il possédait depuis longtemps.

En attendant, résumons brièvement ce que la terre connaît aujourd'hui de son satellite.

Ce sont ses mouvements aussi compliqués que visibles ainsi que ses phases qui ont été d'abord observés et étudiés par l'homme; quant aux phases, on a toujours su qu'elles lui viennent de ce que le soleil en éclaire par rapport à nous telle ou telle portion selon les diverses positions qu'elle prend dans son déplacement régulier; quand notre terre se trouve exactement entre le soleil et la lune, cette dernière se trouvant dans l'ombre de la terre, cesse de nous réfléchir la lumière du soleil, puis à mesure qu'elle se place de côté, la grande ombre la quitte peu à peu, et de là toutes ses phases de croissance dont celle de la pleine lune est la limite après laquelle les phases de décroissance recommencent, et ainsi de suite. Or, durant toutes ces phases, qui durent une année lunaire pour que l'astre se retrouve exactement au même point, la lune nous montre toujours à peu près la même face; on peut le conclure facilement de l'observation de ses taches qui sont toujours les mêmes et qui changeraient si la face qu'elle nous présente changeait. II suit do là, non pas qu'elle n'éprouve aucun mouvement de rotation sur elle-même, mais, au contraire, qu'elle tourne sur elle-même dans le même temps qu'elle exécute sa révolution autour de la terre. Des astronomes ont prétendu expliquer ce phénomène en disant qu'elle est en forme de pain de sucre, que c'est sa partie la plus grosse et la plus lourde qui tombe toujours, dans sa translation, vers la terre qui est son point de gravitation, et que, de là, nous ne voyons jamais sa ficc opposée qui serait en pointe; nuis cette explication n'est guère admise; elle est peu conforme aux harmonies générales des corps célestes, qui paraissent être, cenmie la terre, des ellipsoïdes, ainsi qu'aux lois de Kepler. Un reste, l'observation ne ôonne pas le droit de

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nier cette explication, puisque nous ne voyons jamais l'autre face.

Quant à son mouvement de translalation, supposons d'abord que la lune fût fixée comme par une jante à la terre et fit ainsi partie de sa surface comme la circonférence d'une roue fait partie de la roue, la terre enfournant sur elle-même en vingt-quatre heures, la transporterait en vingtquatre heures également dans tous les points, comme elle transporte tous les points de sa surface, en la maintenant toujours en la même place par rapport à elle; mais si la lune voyageait dans l'espace par ce procédé, elle irait d'une vitesse extrême, exécutant envingt-quatreheuresle voyage qu'elle n'exécute qu'en vingt-huit jours environ. Elle va donc environ vingt-huit fois moins vite, et c'est grâce à cette vitesse moindre que le créateur en a fait pour la. terre ce flambeau des nuits aux phases toujours changeantes ; mais cette vitesse moindre est d'ailleurs conforme à la raison et aux lois harmoniques des mouvements dans l'immensité; elle est exactement donnée par la seconde loi de Kepler, qui dit que les aires décrites par le rayon vecteur de l'astre qui se transporte sont proportionnelles au temps qu'il emploie à se transporter ; Taire étant d'autant plus grande que l'astre se trouve plus éloigné de son centre de gravitation, il met d'autant plus de temps à la parcourir. C'est ainsi que la lune, en se transportant d'occident en orient en même temps que la terre exécute son mouvement diurne d'occident en orient, perd chaque jour sur le mouvement diurne, et exécute ses phases. Son jour, c'est-à-dire l'intervalle de deux de ses passages au méridien, est plus long que le jour solaire ou plutôt terrestre ; il est en moyenne de vingt-quatre heures quarante-huit minutes.

D'un autre côté, en vertu do la première loi de Kepler, ce n'est point un cercle exact que décrit la lune dans sa révolution autour de la terre; c'est une ellipse dont la terre occupe un des foyers; par conséquent elle n'est pas toujours à la mémo distance ■delà terre; elle s'en éloigne ou s'en

rapproche alternativement selon les points de l'ellipse qu'elle occupe successivement; c'est ce que l'observation révèle, en effet, par les variations de son diamètre apparent; la lune n'a, pas toujours la même grandeur visible, et cela ne vient pas seulement du jeu des rayons dans notre atmosphère à travers laquelle nous la voyons quelquefois très-grande, par exemr -ple à son lever, cela vient aussi, d'une manière régulière et lixe, de son éloignement plus ou moins grand de la terre; son diamètre apparent varie, par suite de cette cause, entre vingt-

neui minutes vingt-deux secondes et trente-trois minutes trente et une secondes; et les distances varient en sens inverse.

La distance moyenne de la lune à la terre est de soixante rayons terrestres, ce qui donne quatre-vingt seize mille lieues de quatre kilomètres. La distance de la terre au soleil est quatre cents fois plus gronde.

Quant à la grosseur de la lune, son diamètre réel n'est que les trois onzièmes, (3/11)' du diamètre de la terre; elle est donc beaucoup plus petite; sonvolifmen'estquede 1/49 de celui de la terre, et sa masse de 1/84.

Les positions apparentes que prend la lune sur le fond céleste des étoiles fixes forment un grand cercle qui est incliné de cinq degrés neuf minutes sur celui de l'éclip tique, c'està-dire des positions apparentes de la terre elle-même par rapport aux mêmes étoiles; mais durant le mois, d'àpeuprès vingt-huit jours (vingt-sept journées ifl), que met la lune à revenir au même point céleste, ce qu'on appelle faire sa révolulion sidimle, la ligne des nœuds, ou points d'intersection avec l'écliptique, se déplace à reculons, et cette rétrogradation est telle qu'au bout de dix-huit ans^ et dejni, la même position revient; c'est une des périodes lunaires.

Une autre période lunaire est celle de ses conjonctions avec le soleil, ou de ses retours à la même longitude relativement au soleil ; celle-là est appelée révolution synodique et sa durée est de vingt- neuf jours et demi; c'est le mois lunaire, ou la lunaison ; il y a dans une année douze lunaisons, plus

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à peu près onze jours; il faut dixneuf années tropiques pour faire deux cent-trente cinq lunaisons.

Les éclipses de lune engendrent encore une période lunaire, celle-là est de dix-huit ans et dix jours, c'est-àdire qu'au bout de cette période, la série des éclipses de lune recommence à se produire dans le même ordre. Cette période des éclipses de la lune était connue des Chaldéens sous le nom de période de saros.

Il y a dans les mouvements dont il vient d'être question, de petites variantes qu'on nomme les inégalités lunaires; tels sont Yévection, découverte par Ptolémée, la variation, trouvée par Ticho-Braké ; Yéquation annuelle trouvée par le même; tout cela a sa raison d'être dans les lois de Kepler, et surtout dans la grande loi de la gravitation de Newton, perfectionnée par Colas et quelques autres. C'est à l'aide de ces minutieux calculs qu'on parvient à faire ces tables de la lune qui sont si utiles, dans la navigation, pour la détermination des longitudes.

En ce qui est de ^la constitution physique de la lune, on sait déjà, à n'en pouvoir douter, que c'est un corps opaque à formes accidentées, à cavités arrondies, à fentes rectilignes énormes, à saillies, et à plaines vastes grisâtres moins réiléchissantes que les montagnes ; ce sont ces vastes plaines qui forment les taches qu'on y voit même à l'œil nu. Jusqu'à présent rien n'y a révélé des mers; les parties qu'on désigne sous ce nom, dans les cartes de la lune, {mer sereine, etc.,) ne sont que les plaines sèches dont nous venons de parler.

L'absence de toute réfraction dans les rayons lumineux soit du soleil, soit d'une étoile, qui rasent ses bords, prouve qu'elle n'a point d'atmosphère.

Il se pourrait pourtant qu'il y en eût une très-peu épaisse qui ne s'épaissiraitqu'au fond des valléeset des grands trous, ou qui, comme un astronome l'a prétendu dans ces derniers temps, serait accumulée sur la face que nous ne voyons point. Il suit de cette absence d'atmosphère, que celui qui serait sur la lune n'y verrait qu'un ciel absolument noir, parsemé d'étoiles plus

brillantes , qui seraient visibles en plein soleil, et ne découvrirait tout à l'entour à ses pieds qu'un grand désert accidenté, silencieux et nu. Telles sont les probabilités présentes.

On ne peut pas douter que la lune ne soit hérissée de hautes montagnes, car lorsqu'on la regarde au foye d'une forte lunette, vers le premier quartier, pendant que la lumière du soleil l'envahit peu à peu, ou, si l'on aime mieux, pendant que l'ombre delà terre est en train de reculer peu à peu sur son disque, on voit des points lumineux apparaître à une certaine distance du croissant éclairé, puis s'étendre jusqu'à ce qu'ils se rattachent à ce croissant. Ces points sont les sommets des montagnes qui s'éclairent les premiers et d'autant plus à l'avance qu'ils sont plus élevés. Cette particularité a fourni le moyen de calculer leur hauteur ; il y en a qui ont jusqu'à sept mille mètres, comme notre Himalaya et nos Cordillères, ce qui est énorme relativement à la grosseur totale de la lune, bien inférieure à celle de la terre. Les mêmes phénomènes se montrent durant les éclipses, avec cette différence qu'ils se produisent et disparaissent beaucoup plus promptement, puisque , dans une éclipse totale de lune, par exemple, toute la série de ses phases croissantes et décroissantes, qui dure or* dinairement un mois lunaire, se réalise en une heure.

On observe aussi les ombres des montagnes de la lune du côté opposé au soleil, et l'on calcule encore leurs hauteurs relatives à l'aide de ces ombres.

Il y a, sur la surface de la lune que nous voyons, des montagnes, par exemple, celle qui porte le nom de Ticho, qui, durant la pleine lune, semblent projeter tout à l'entour de leur noyau, des bandes lumineuses; on ne s'est expliqué, jusqu'à présent, ce phénomène que par une couleur particulière des terrains qui les entourent.

Il n'y a point sur la lune de longues chaînes de montagne comme il y eu a quelques-unes sur la terre ; ce sont, en général, des pics à apparence volcanique qui ont un plan central en-

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touré de vallées profondes, beaucoup plus grandes que les cratères de nos volcans. Il n'y a pas, non plus, autant qu'on a pu le constater, de ces terrains géologiques sédimenteux, pouvant être attribués à l'action des eaux, ni de ces changements de forme qui pourraient provenir de volcans en activité. Jusqu'à présent, on n'y a remarqué que l'immobilité de la mort.

Ce qu'on appelle la lumière cendrée qui s'observe aux premiers et aux derniers quartiers, dans la partie non éclairée du disque lunaire, n'est point, paraît-il du moins, une lumière propre à l'astre ; c'est le reflet du reflet de la terre ; cette lumière est plus forte lorsqu'elle provient de la réflexion terrestre envoyée à la lune par les grands plateaux de l'Asie et de l'Afrique, moindre lorsqu'elle provient de la môme réflexion envoyée à la lune par le continent américain et l'Océan.

Il y a aussi une réflexion lunaire de chaleur, mais l'élévation de température qui en résulte est très-faible ; les instruments les plus délicats de Melloni y sont seuls sensibles.

Depuis l'invention si curieuse du spectroscope, quine remonte qu'à ces dernières années, onétudie les lumières lunaires, comme celle du soleil, et comme celle de tous les astres, par l'analyse chimique que permet d'en faire ce nouvel instrument. Nous parlerons des nouvelles découvertes qui sont ouvertes à la science par cette invention qui comptera au nombre des plus belles de notre siècle, aux mots Spectroscope et Soleil. Le spectroscope a fait découvrir dans les planètes une lumière propre, à laquelle on ne croyait pas jusque-là, en sus de la lumière réfléchie; il est à présumer que la lune ne sera pas, non plus, sans quelque lumière propre, en sus de celle qu'elle reçoit du soleil et de celle qu'elle reçoit aussi de la terre, ainsi que nous venons de le dire.

La lune exerce-t-elle des influences sur les phénomènes terrestres, ainsi qu'on le croit généralement? C'est par la réponse à cette question que nous allons terminer.

Il est d'abord incontestable que la lune comme tous les autres astres a

son rôle à remplir dans les mouvements astronomiques.et que ce rôle ne consiste pas seulement dans ses propres mouvements, mais aussi dans des influences sur les mouvements des autres, et, en particulier, sur ceux de la terre. Certaines inégalités dans latranslation de celle-ci lui sont dues, la rotation terrestre n'est pas exempte, non plus, de son influence attractive, c'est elle, par exemple, qui produit ce qu'on appelle la nidation de l'axe terrestre ; elle entre aussi pour quelque chose dans la prêaeesion ; et l'on ne peut contester qu'elle ne soit, avec le soleil, le principal agent du grand phénomène des marées de nos océans (V. Marées). Enfin, on a fini par constater aussi une marée atmosphérique qui provient de son influence attractive, toute faible qu'elle soit.

Mais les autres effets plus particuliers qu'on lui attribue, sur le temps, sur la végétation, sur les arbres, sur la fermentation des boissons, sur les bourgeons, etc., etc., sont-ils fondés?

Avec tous les Savants les plus sérieux, etmalgré l'opinion des marins, nous ne le croyons pas ; cependant une observation météorologique qui est regardée comme appuyée par plusieurs astronomes, c'est que, sous l'influence delapleine lune, lesnuages tendent à se dissiper et se dissipent lorsqu'ils ne sont pas trop intenses.

Comment la lune, d'ailleurs, pourraitelle agir sur les objets terrestres, son attraction étant mise de côté ? Ce ne serait que par sa chaleur ou par sa lumière; or, l'une et l'autre sont tellement faibles qu'une pareille cause semLle devoir être insignifiante, et l'on est confirmé dans cette opinion quand on sait que beaucoup des effets qu'on attribue à la lune, proviennent d'autres causes : c'est ainsi que le dessèchement des bourgeons attribué à la lune du mois de mai, (la lune rousse) ne vient que de la sérénité du ciel qui favorise un rayonnement excessif qui les gèle etles brûle comme un givre subit du matin {V. Rosée).

Quoi qu'il en soit, le préjugé est tellement répandu et tellement enraciné qu'il pourrait bien arriver qu'un jour la science finit par lui donner quelque peu raison en lui trouvant quel-

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que explication raisonnable, jusqu'à présent totalement ignorée.

Le Noir.

LUNE (Pierre de). (Théol. hist.pap.) — Cet antipape sous le nom de Benoit XIII, « issu dit M. Héfélé, d'une noble famille d'Aragon, se voua d'abord au parti des armes. Plus tard il se consacra aux études et à l'état ecclésiastiques, et sut si bien se pousser dans sa nouvelle carrière que Grégoire XI le nomma cardinal en 137b. C'était deux ans avant la fin de l'exil d'Avignon

» A peine Grégoire fut-il mort et un Italien eut-il été élu Pape sous le nom d'Urbain VI que treize cardinaux, presque tous français, contestèrent la légalité de cette élection, nommèrent de leur côté l'évêque Robert de Cambrai sous le titre de Clément VII (1378,) et déterminèrent ainsi le grand scbisrne d'Occident.

Pierre de Lune était un des treize cardinaux schismatiques. Il suivit le soi-disant Clément VII à Avignon, et à la mort de ce dernier, en 1394, il fut élu par ses collègues et devint l'antipape Benoit XIII. Il semblait prêt à faire tous les sacrifices imaginables pour rétablir l'unité de l'Église.

Dès l'ouverture du conclave il prêta serment, comme les autres cardinaux, qu'au cas où il serait élu il abdiquerait, si la majorité des cardinaux le jugeait nécessaire. En outre il déclara à plusieurs reprises que, s'il était élu, il abdiquerait la papauté aussi vite et aussi facilement qu'il pourrait ôter sa cape : Ego si eligerer, statim ea celeritate et facililate papatum abdicarem qua capamexuevepossem. « Quand ^aurais mille pontiiieats, ajoutait-il, j'y renoncerais volontiers. »

« Ayaut été, dès le second jour du conclave, le 28 septembre 1394, élu Pape à l'unanimité, il s'écria avec une apparente humilité, Heu me!

Domini met, qxùd facilis ? heu me!

vos perfecto dsstruitk Ecclesiam sanctam Dci ! Mais au bout de fort peu de temps on vit que iJenott avait, aussi peu que ses adversaires Boniface IX et plus tard Grégoire XII, envie de rétablir la paix de l'Eglise, et les deux adversaires se firent an jeu,

au grand scandale de la chrétien)*, d abuser l'Eglise par des propositions sans sincérité, par des projets d'entrevue qui n'aboutirent jamais, jusqu'au moment où les cardinaux des deux obédiences convoquèrent un concile universel à Pise pour l'année 1409, lequel, dans la quinzième session, prononça la déposition de Benoît XI11, et élut un nouveau Pape dans la personne d'Alexandre V.

» Le schisme n'en continua pas moins, et au lieu de deux Papes il y en eut trois, la légitimité, de Grégoire XII ayant été reconnue en Italie, et particulièrement à Naples, celle de Benoit XIII en Espagne, en i-cosse et par quelques seigneurs de France, tels que les comtes d'Armagnac et de Foix.

» Enfin, le fameux Balthnzar Cossa ayant succédé à Alexandre V sous le nom de Jean XXIII, le concile de Constance (1414-1418) fitune nouvelle tentative pour éteindre le schisme.

Grégoire XII abdiqua ; Jean fut déposé et se soumit; mais tous les efforts pour amener Pierre de L;/»e à résigner son titre échouèrent, quoique ses partisans, après avoir conclu à ce sujet le traité de Narbonne avec l'empereur Sigismond (13 décembre 141»), eussent renoncé à son obédience (6 janvier 14 1 G). Un des principaux moteurs de cette démarche, celui qui contribua surtout à ramener l'Espagne à l'unité religieuse, fut saint Vincent Ferrier, qui avait été longtemps le plus énergique défenseur de Benoit et même son eonfesseur. Benoit se retira alors, avec o;ux qui lui étaient restés attachés, dans la petite forteresse de Peniscola, voisine de Valence et célèbre daus l'histoire du Cid; il s'y maintint contre et malgré tous.

» Le concile de Constance essaya encore une fois d'amener Benoit à une abdication volontaire en lui envoyant des plénipoteutaire spéciaux; mais Benoit persévéra dans sa résistance en disant : « Ce n'est pas à Constance, c'est à Peniscola que se trouve réunie l'Eglise catholique, comme un jour l'humanité tout entière fut renfermée dans l'arche de Noû. »

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