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« En apprenant cette réponse, le concile, dans sa trente-septième session, du 26 juillet 1417, prononça solennellement la déposition de Pierre de lune, et peu de temps après (11 novembre 1417) Martin V fut eleve au souverain pontificat. Le concile envoya une nouvelle députation pour obtenir du schismatique Pierre la reconnaissance du pape Martin V ; on dirigea même une croisade contre ïa forteresse <Se Pcùiscola. Mais Pierre de Lune put s'y défendre, grâce au conflit qui s'était élevé entre le roi d'Aragon et Martin V, et, lorsque Pierre mourut dans son nid fortifie, le roi d'Aragon autorisa les trois pseudo-cardinaux dePeniscola à élire un nouvel antipape dans la personne du cardinal Munoz de Barcelone, qui se nomma Clément VLU. Cinq aus plus tard (1429) Munoz renonça à son faux titre, et ses cardinaux élurent, dans un prétendu conclave, Martin V, qui était généralement reconnu par la chrétienté; ainsi finit ce déplorable schisme. » Le JNom.
LUNETTE (Théol.mixt. scien.phys.
etphysiol. opt.) V. Œil et Vision.
LUPUS (Chrétien) (Thêol.hist. biog.
et bibliog.) — Cet ermite célèbre de Saint-Augustin, dont le vrai nom était Wolff, mot allemand quisignifieloup, naquit à Ypres en 1612, et mourut à Louvain en 1081. Il a laissé :
Un Commentaire ou Remarques sur les conciles généraux et particuliers, S vol. in-4 ', dont les deux premiers parurent en 1006, excellente introduction à fétude de l'histoire de l'Eglise et des conciles ; Dissertation sur les Appels, contre Pierre de Marca, 1681 ; Remarques sur le livre de Tertuïlien de Prœscriptionibus, 1675,- Masertation sur le vrai sens donné par les Pérès croa; termes attrition et contrition, Louvain 1666 ; Recueil de Lettres et de pièces concernant les conciles d'Ephése et de Chalcédoine, Urées des manuscrits du Mont-Cassin et du Yaticm, Louvain 1682'; Vies et Lettres de Thomas Becket, du pape Alexandre III, de Louis VU, roi de France, et d'Henri II, roi d'Angleterre, concernant la lutte entre l'Église et l'Etat, 2 vol. iu-4°,
Bruxelles, 1G82 ; Dissertations diverses sur les questions religieuses en Utige de som temps, Bruxelles, 1 000.
Le Noie.
LUSCINTuS (Othmar), en allemand Nachtigall, qui signifie rossignol, (Théol. hist. biog. et bibliog.) Ce savant théologien catholique, ué àStrasbourg en 1 487, mourut, à ce qu'il parait, en 1333, après avoir été prédicateur de l'égli-e de Saint-Maurice à Augsbourg et s'être vu interdire la prédication par le magistrat civil pour avoir, un jour, dans un sermon contre les anabaptistes, donné le nom d' hérétiques aux Luthériens. D'abord favorable à la réforme, il resta fidèle à l'Église. Ses ouvrages sont :
L'Histoire dcl Evangile, Augsbourg, 1325; Psautier de David, roi et prophète, sommaire des doctrines de l'Ecriture, Augsbourg, 1324; traduction de l'original hébreu et des Septante, en latin du Psautier, 1324, Auasbourg. « Ces écrits, dit M.
Selirold, contribuèrent, plus que ceux d'aucun autre Allemand de son temps, à l'élucidation des Psaumes. Erasme l'avait encouragé à se livrer à l'étude des belles-lettres, mais il finit par juger ces écrits très-défavorablement ; . il les accusait d'être la source de l'anarchie religieuse qui désolait l'Eglise. » Le Nom.
LUTHER (Martin). Théul. hist. biog.
et bibliog.) — Bergier donne au commencement de son article Luthéranisme, qui va suivre celui-ci, un sommaire biographique des commencements de la vie de Luther. Nous conseillons au lecteur d'en prendre connaissance, d'interrompre là sa lecture de Bergier, et de faire suivre cette lecture de celle des paragraphes dont nous allons composer l'article présent. Il lira ensuite les deux articles de Bergier Luthéranisme et Luthérien.
Les paragraphes que nous venons d'annoncer concerneront seulement:
1» Le mariage de Luther; 2° son antirationalisme. 3" sa mort; 4° l'homme en général, et 3° les sources qu'il convient, d'étudier pour s'en faire une idée juste.
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I. Le mariage de Luther. — M.Dœl- Hnger apprécie comme il suit ce mariage, qui eut lieu subitement à peu près au moment de la fameuse querelle de Luther avec Carlostadt d'abord, puis avec Zwingle et Œcolompade sur l'Eucharistie et la présence réelle :
« Ce mariage fut si subit, il fut accompli avec une précipitation si singulière, si contraire aux coutumes générales, qu'il étonna même ses plus intimes amis..
» Le 3 j uin 1 S25 il avait fait dire au cardinal prince-électeur de Mayence, qu'il engageait à se marier, que, s'il ne s'était pas déjà marié lui-même, c'était qu'il craignait den'ètre pas fait pour cet état. Quelques jours après il avait épousé en grand mystère Catherine Bora, religieuse échappée du couvent, et au bout de quinze jours seulement, le 27 juin, il avait célébré le repas de noces.
» On ne voit pas bien clairement ce qui le détermina dans la manière dont il exécuta cette démarche. Les explications qu'il donna dans les lettres qu'il écrivit à cette époque ne furent pas satisfaisantes. Mùnzer et les paysans, écrivait-il, oppriment tellement l'Evangile (c'est-à-dire que la révolte des paysans avait rendu la doctrine de Luther suspecte à tant de gens) que, pour rendre par le fait témoignage à l'Evangile et prouver son mépris à ses ennemis victorieux, il avait épousé une religieuse. Puis il en appelait à un désir exprimé autrefois par son père, à la nécessité de fermer la bouche à ceux qui médisaient de ses rapports avec Bora. Une autre fois il écrivait que tout à coup, et tandis qu'il pensait à tout autre chose, le Seigneur l'avait miraculeusement poussé à se marier avec la nonne, et que son obéissance ne lui avait attiré que confusion et outrages.
Il semble mettre une sorte de gloire à avoir, ainsi que sa femme, violé ses vœux et contracté uu mariage interdit et déclaré nul depuis plus de mille ans par les lois religieuses et civiles.
Mais ses amis et un grand nombre de ses partisans pensaient différemment. « Je me suis, écrit-il, tellement » humilié et rendu méprisable par
» mon mariage que j'espère que les » anges en riront et que tous les » diables d'enfer en verseront des » larmes. »
« On trouve dans ses lettres de cette époque des expressions grossières jusqu'au cynisme, crues jusqu'au scandale sur ses rapports conjugaux; mais, derrière cette manière eifrontéé et cette légèreté apparente d'envisager son mariage, se cachait le sentiment humiliant d'une grave atteinte portée à sa considération personnelle, et ses admirateurs les plus absolus trouvaient pour le moins le choix du moment inexplicable, car il s'était marié au milieu des cruelles agitations et des sanglantes atrocités de la guerre civile allumée par la révolte des paysans.»
IL Antirationalisme de lutheh.
— Le même Dôllinger parle comme il suit de la discussion de Luther avec Erasme vers 1524.
« La discussion qu'il soutinL durant deux années, contre Erasme, sur la volonté humaine, la liberté ou le serf arbitre, fut une preuve de la façon dont il entendait la controverse. Personne ne mit jamais autant d'audace que lui à fausser les textes les plus clairs et à leur faire dire précisément le contraire de ce qu'ils affirment.
Quand la Bible exhorte l'homme à agir par lui-même, à éviter le péché, à se purifier, le sens de l'Ecriture, dit Luther, est celui-ci : « Faites-le, si vous le pouvez ; mais il est vrai que vous ne le pouvez pas ; Dieu se moque de la faiblesse de l'homme, comme s'il disait : Voyons donc si vous pourrez le faire! » Quand Erasme lui oppose les passages qui établissent que Dieu veut, non la perte des hommes, mais leur salut, Luther répond en distinguant entre la volonté révélée et la volonté cachée de Dieu, en vertu de laquelle Dieu veut la damnation éternelle de la majorité des hommes, quoique, dans les Ecritures, il parle tout autrement, et que sa volonté latente contredise ainsi sa volonté patente.
» La foi, l'apogée de la foi, selon lui, consiste à tenir pour vrai et pour
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certain ce qui est logiquement contradictoire, à admettre fermement, par exemple, que Dieu est non-seulement juste, mais miséricordieux, quoique, par sa volonté toute-puissante, il rende d'abord dignes de damnation des millions d'hommes, et qu'ensuite il les précipite dans les tourments éternels de l'enfer. Dans cette circonstance, comme lorsqu'il défend et recommande sa doctrine de la justification , Luther s'emporte contre l'incrédulité qui, dans des questions de ce genre, prétend consulter la raison humaine. « C'est le » diable, dit-il, qui entraîne les prê- » très romains à apprécier la volonté » divine d'après la raison humaine.
« Je puis bien comprendre, par ma » raison, que deux et cinq font sept ; » mais quand il est dit, de par le » Ciel : Neuf, c'est huit, il faut que je .» le croie contre ma raison et contre "» mon sentiment. » « C'est pourquoi, » ajoutait-il, il fallait, en vrai Chrétien, » tordre le cou à la raison, lui crever » yeux et étouffer l'animal. »
Il est impossible qu'un homme qui émet de pareils principes et qui tient un aussi absurde langage, quelle que soit son éloquence, la nouveauté et l'étrangetéde sonstyle,son originalité sous tout rapport, entraîne à lui toute unepartie d'un monde, s'il n'estpas favorisé par les circonstances et si les esprits ne sont point grandement prédisposés à l'insurrection contre l'autorité séculaire qui ralliait leurs consciences. Aussi n'est-ce point à Luther, selon nous, qu'il convient d'attribuer cet incroyable mouvement de la réforme en Europe, mais au souvenir toujours vivant des bûchers de Jean Huss et de Jérôme de Prague, ainsi qu'aux abus pratiques dans l'église catholique, abus parmi lesquels il faut compter ceux des indulgences. Luther ne fut q'un moine très-puissant par l'originalité de saparole, et de sonaudacedecontradictiommêmecontreluiinème, qui rallia les esprits déjà révoltés.
III. Mort de lutiier. — Nous détachons d'un petit livre intitulé les grands chefs, que nous avons fait »1 y a bien trente ans, et qui est resté
inédit, le petit passage suivant, dépourvu de toute appréciation, sur la mort de Luther :
« Martin Luther avaitprèché durant vingt-cinq ans, et le concile de Trente commençait à se réunir.
» Le 16, février 1546, à Eisleben, quelques personnes étaient assises à la table de Luther. On parlait beaucoup de mort et de maladie. « Si je retourne à "Wittemberg, dit le docteur, je me mettrai dans la bière et je donnerai à manger aux vers un docteur bien gras. >>
« Il mourut six jours après (22 février) dans les bras de Catherine, du docteur Jonas et de quelques amis.
» Quelques moments avant la lin, il dit à Dieu : « Je te remercie de m'avoir révélé ton lils bien-aimé en qui je crois, que j'ai prêché et reconnu, que j'ai aimé et célébré et que le Pape et les impies persécutent. Je te recommande mon aîné, ô Seigneur Jésus- Christ! je vais quitter ce corps terrestre, je vais être enlevé de cette vie ; mais je sais "que je resterai éternellement auprès de toi, in manus tuas commendo spiritum meum ; redemisti me, Domine, Deus veritaiis. »
« Il s'évanouit; on le rappela à la vie. Le médecin lui dit alors : « Révérend père, mourez-vous avec constance dans la foi que vous avez enseignée ? »
« Il répondit : « Oui, » retomba, pâlit, devint froid, respira encore une fois profondément et cessa de vivre.
« Il laissait un testament par lequel il donnait à Catherine ce qu'il possédait. Cet acte était remarquable par l'extrême affection avec laquelle il parlait de sa femme et de ses cinq enfants. »
IV. L'homme en général dans luther. — M. Diilliuger termine son étude de Luther du Dict eneyel. de la théol. cathol. par cette revue générale :
« Si l'on nomme à juste titre grand celui qui, doué de facultés puissantes, accomplit une révolution immense, celui qui, se posant hardiment en législateur des esprits, asservit à sou système des millions d'intelligences, il faut compter le fils du paysan de
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Mohra parmi les plus grands hommes qui aient paru sur la terre. Dans sa vie privée cet homme savait être ami chaud et dévoué; il n'aimait ni les honneurs ni l'argent, et il était toujours prêt à rendre service. Mais, comme personnage public, comme réformateur et fondateur d'une Eglise nouvelle, Luther doit être jugé de plus près, et il n'y a, pour le bien connaître, qu'à l'écouter lui-même.
» Luther unissait la plus imperturbable assurance à la plus inconcevable légèreté; il avait beau changer d'opinion et de système, il affirmait toujours, quelque contradiction que présentât sa doctrine, qu'il la tenait du Ciel, que Dieu même l'inspirait ; qu'il savait de science certaine que sa parole n'était pas sa parole, mais celle du Christ; que sa bouche était la bouche même du Sauveur; que le Christ l'avait élu pour être son évangéliste; qu'il l'avait établi juge, nonseulement des hommes, mais des Anges ; que quiconque n'admettait pas sa doctrine était infailliblement damné ; qu'il é'ait le maître par ex- /celler.ce, le plus grand des docteurs qui eût jamais paru 'parmi les hommes depuis les Apôtres.
» Dans cette conviction il se persuada facilement et fit accroire aux autres que Dieu faisait continuellement des miracles en sa faveur, et cette conviction s'associait naturellement à son penchant inné à la défiance et à l'idée fixe qu'il avait conçue que la majeure partie des hommes était positivement sous la domination du diable. C'est ainsi qu'il s'imaginait que ses adversaires non-seulement étaient contraires à sa doctrine, mais s'étaient conjurés pour le perdre; qu'ils avaient pris à leur solde une foule de gens oaaegés de l'empoisonner; que ces tentatives d'assassinat étaient entravées par une intervention directe et miraculeuse de Dieu. Il avait, disait-il, souvent bu du poison, qui n'avait jamais pu lui nuire; il allait jusqu'à attribuer à ces tentatives les suites naturelles des soupers trop copieux et des libations trop abondantes qu'il se permettait de tempsà autre; les chaires elles-mêmes
danslesquelles il montait pourprêcher étaient, disait il, empoisonnées.
» Cependant, ces miracles n'étant pas précisément encore des preuves évidentes de sa mission et de la vérité de son enseignement, Luther pensa qu'il était nécessaire, ou tout au moins désirable, que son système fût confirmé par des signes plus éclatants et desmiracles plusréels. Ilavisa donc aux moyens de constater d'une façon plus péremptoire que la toutepuissance divine intervenait directement dans son œuvre. « Si la néces- » site l'exige, disait-il, nous nous y » mettrons, et il faudra bien que » nous fassions des miracles, pour ne » pas permettre qu'on méprise et » détruise notre Evangile. » Il ne put toutefois alléguer d'autre miracle que celui de quelques religieux qui étaient parvenus à s'échapper de leurs couvents, quoique ceux-ci fussent parfaitement clos et gardés; miracle du nouvel Evangile que, sans doute, disait-il tristement, les impies ne voudront pas admettre.
» Cependant il se rassurait en soutenant, par une de cescontradictions qui le gênaient si peu , qu'il n'était plus nécessaire défaire des miracles; que, d'ailleurs, le plus grand des miracles, la preuve la pins évidente de l'action divine, c'était la rapide propagation de sa doctrine et la division même qu'elle avait produite dans le monde, oubliant que c'était le cas de bien d'autres hérésies anciennes et modernes, et qu'il avait écrit lui-même:
« Le monde a toujours couru à bras » ouverts au-devant de toutes les hé- » résies imaginables. »
» Cette assurance, ce ton de fermeté Étaient dans Luther le produit de son ardeur belliqueuse et de son enthousiasme factice, en même temps que de la conviction qu'il avait de sa supériorité naturelle, de la vigueur de sa dialectique et de son habileté oratoire. On a, sous ce rapport, les témoignages les plus caractéristiques de sa part: « Les attaques extérieures » me rendirent lier et superbe, et » vous voyez dans mes livres oomliion • je méprise mes contradicteurs ; je » les tiens net pour des fous, »
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« Mais quand il était abandonné à lui-même et en face de sa conscience, alors cette certitude apparente, qui n'était que de l'audace, n'existaitplus.
Les angoisses du repentir, l'aiguillon du remords l'agitaient au milieu de ses joies domestiques comme do ses triomphes publics. Cette voix d'une conscience épouvantée prenait diverses formes sous lesquelles Luther, pour se calmer, voj'ait des tentations sataniques,desinsullldtionsdu diable, (fui le poursuivait plus que tout autre parce que jamais personne n'avait porté autant de préjudice que lui au règne de Satan. Ce qui le torturait surtout c'était de douter parfois de la vérité de sa propre doctrine, c'était de sentir son incertitude dogmatique; il avouait que souvent il ne pouvait pas croire ce qu'il enseignait aux autres. Le prédicateur Antoine Musa de Rochlitz s'étant un jour plaint à Luther de ne pouvoir pas croire ce qu'il prêchait : « Dieu soit loué, s'é- » crmLuther, que les autres en soient » aussi là ! Je m'imaginais que cela » n'arrivait qu'à moi ! » « Satan, dit- » il un autre jour, l'avait tellement » accablé de textes de l'Ecriture que » le ciel et la terre lui avaient sem- » blé vouloir l'étoutfer, car il ne » voyait plus une erreur réelle dans » tout le papisme. »
« D'autres fois il sentait que c'était sans appel et sans mission divine qu'il s'était attribué le rôle de fondateur d'une nouvelle Eglise, d'une nouvelle doctrine, et les consolations journalières qu'il recherchait et auxquelles il s'attachait, comme un noyé saisit un chalumeau de paille, prouvent combien ce sentiment l'accablait.
« J'ai dit souvent et jeleredis encore:
» je ne donnerais pas mon titre de » docteur pour toutes les richesses » de la terre; car, sans ce titre, rien » n'aurait pu m'arracher au déses- » poir d'avoir hasardé une entreprise » aussigrandeetaussidifh'eile,n'ayant » ni appel, ni ordre d'en haut. » « Le » diable, disait-il, m'aurait tué avec » cet argument : Tu n'es pas appelé, » si je n'avais pas été docteur. » 11 oubliait que le doctorat ne lui avait l'-iè conféré que pour enseigner dans l'Ecole, à la condition et à la charge
d'interpréter l'Ecriture sainte d'après les traditions et renseignement de l'Eglise catholique.
« Souvent aussi sa conscience lui représentait les tri- tes conséquences de sa doctrine, le déchirement de l'Eglise, une avant lui, les divisions qui pullulaient dans sa propre Eglise, l'immoralité qui éclatait partout, l'aveugle contiance que donnait le nouveau dogme de la justification, la perte de toute vraie piété, et enfin la conviction, qui l'écrasait et qu'il déplorait sans cesse, d'être lui-même refroidi moralement et tombé bien bas depuis qu'il s'élait séparé de l'Eglise. « Je reconnais en moi-même, » etsansdoute d'autres reconnaîtront » aussi, que je n'ai plus le zèle que » je devrais avoir bien plus qu'au- » trefois; je suis plus négligent que » lôrsquej'apparteuaisau papisme, et » personne n'a, dans le nouvel Evan- » gile. la sérieuse ardeur qu'on voyait » jadis chez les moines et chez les » prêtres. »
« Tous ces reproches, toutes ces pensées et les inévitables conséquences qui s'y rattachaient, il s'acharnait à les chasser de son esprit, en se représentant que c'était le diable qui les lui insufflait pour l'égarer et le pousser au désespoir. De là vient que dans ses ouvrages, et surtout, dans ses lettres et ses communications les plus intimes, il dit si souvent « qu'il » est entre les mains du diable, que » Satan s'est transformé en Christ, et * que lui, Luther, malgré sa science » des Ecritures, ne parvient pas à » s'en débarrasser; qu'il passe des » nuits entières à lutter contre Satan, » et que Satan le serre de si près par » ses arguments qu'il en sue d'an- » goisse. » Luther cherchait parfois à se consoler en se disant que le diable avait inventé des épreuves toutes particulières et tout à fait extraordinaires pour lui. Les tentations ordinaires de la chair et les épreuves habituelles de la vie n'étaient que des misères en comparaison des assauts que lui livrait le diable en personne, assauts au milieu desquels on perd l'esprit d'épouvante, et on ne sait plus si c'est Dieu qui est le diable ou si c'est le diable qui est Dieu. De toutes ces descrip-
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tions hyberboliques et paradoxales il résulte en définitive que c'étaient tout simplement les reproches de sa conscience et le doute sur l'exactitude de son système, et surtout de son dogme de la justification, qu'il aurait volontiers attribués à Satan et à ses artifices. C'étaient des épreuves comme celles que subit tout Chrétien sincère et sérieux, avec cette immense différence que le Chrétien n'a pas d'ordinaire la responsabilité qui pesait sur Luther, et que, s'il est profondément attaché à l'Eglise, il surmonte plus facilement les doutes et les mouvements de l'incrédulité parce que sa foi s'appuie sur l'autorité et le témoignage de l'Eglise. Quand Luther parle de ses grandes épreuves, qui l'épuisaient au point qu'il pouvait à peine respirer, quand, dans sa mélancolie, il prétend avoir eu d'effrayantes visions, la clef de l'énigme se trouve dans cette simple explication qu'il donne lui-même : « Cet es- » prit qui m'accable, c'est ma con- » science qui parle, » et dans l'aveu qu'il fait que, lorsque Satan le presse trop, il lui objecte l'abomination du Pape, qui est si grande qu'après le Christ c'est saplus grande consolation.
« C'est pourquoi, ajoute-t-il, ce sont » d'insignes vauriens ceux qui pré- » tendent qu'on ne doit pas injurier » le Pape, injuriez-le ferme, et sur- » tout quand le diable vous attaquera » sur la justification. » Ces aveux de » Luther jettent une triste et suffi- » santé lumière sur son état inté- » rieur (I). »
• Comme polémiste, théologien, pamphlétaire, Luther unissait à un incontestable talent dialectique et oratoire une déloyauté rare. Un de ses plus habituels artifices était de défigurer les dogmes ou les institutionsjusqu'àen faire les plusabsurdes caricatures; puis de blâmer à toute outrance et tout à son aise le fantôme de son imagination. Son ton ressemble trop souvent à celui d'un charlatan ; il se boursoufle et s'exalte dans ses hyperboles et ses creuses exagérations. Il entame une question et bien>
(l)Voir Luth. Colloquia, pnbl. par Fœrste- .ino.lll, l«. 103, 116, m, (36; IV, 6Î.
tôt après déplace la discussion, travestit les raisons de ses adversaires et les rend méconnaissables. Cependant, au milieu de ces défauts, qui font de la lecture de ses écrits un travail fatigant et fastidieux, on sent l'homme populaire par excellence, à la parole véhémente, pittoresque et entraînante ; on sent le vrai démagogue qui connaît parfaitement les faiblesses du caractère national et les exploite avec une rare sagacité. Jamais personne n'a traité ses adversaires comme l'a fait Luther ; chez lui, ce qui parle et l'inspire, ce n'est pas la charité qui s'afflige, qui ne hait que l'erreur, qui cherche à gagner celui qui s'égare; ce sont la rancune, le mépris, l'audace, l'invective dans ce qu'elle a de plus bas et de plus populacier, se répandant comme un torrent inépuisable. Il est absolument faux que sous ce rapport Luther se soit laissé entraîner par les habitudes dominantes de son siècle; quiconque connaît la littérature de ce temps et celle de l'époque antérieure sait positivement le contraire. Ce caractère étrange et inouï des écrits de Luther excita précisément l'étonnement universel, et, tandis que tous ceux qui n'étaient pas ses partisans aveugles et absolus exprimaient leur surprise à cet égard, ou lui en faisaient à luimême les plus vifs reproches, et déploraient les funestes effets de cette polémique de carrefour, ses disciples admiraient ce genre héroïque dont personne n'osait arrêter ou modérer la fougue, et dont une sorte d'inspiration divine, qui le dispensait d'observer les lois vulgaires de la morale, sanctionnait les écarts les plus hardis et les plus inconvenants. Nulle part on ne trouve l'alliance d'un enthousiasme plus sincère pour le divin caractère des Ecritures et des profanations plus grossières et plus violentes du livre sacré. La tentative qu'il fit d'effacer du canon de la Bible VEpitrede saint Jacques, le ton de méprii avec lequel il en parla, sont connus.
On a soutenu récemment qu'il revint plus tard de son erreur à ce sujet, mais c'est une erreur avérée; car dini son dernier ouvrage considérable, c'est-à-dire dans son interprétation
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du premier livre de Moïse, il s'exprime sur l'épître de saint Jacques, et sur l'Apôtre lui-même, comme antérieurement, c'est-à-dire de la façon la plus dédaigneuse.
» Il fallait, il est vrai, ou qu'il rejetât cette épître ou qu'il îplanît, par une interprétation forcée, comme le firent les théologiens protestants postérieurs, la flagrante contradiction qui existe entre son système et l'idée que donne de la justilication ce divin document. On ne comprend pas bien pourquoi il ne prit pas ce dernier parti. Ce n'était certainement pas par scrupule de conscience et par respect
jde la clarté et de la simplicité du texte, car les interprétations les plus arbitraires et les plus fausses pullulent dans tous ses écrits polémiques; il n'est guère possible d'aller plus loin sous ce rapport, et de mêler plus
!de violence à plus d'arbitraire, qu'il ne le fit dans ses écrits contre Erasme.
Le plus souvent il attribue aux textes de l'Ecriture ses propres idées, idées formées, d'après son aveu, non par une étude calme et impartiale de la Bible, mais dans l'égarement d'un esprit en délire et d'une conscience troublée. D'autres fois il dispose à son gré le texte dont il a besoin, soit en le traduisant faussement, soit m l'interpolant. Si ces altérations ne suffisent pas, il oppose à l'Ecriture le Clirist lui-même, comme on en voit lia exemple dans le passage suivant :
« Pauvre papiste ! tu fais bien du i bruit de l'Ecriture ; mais l'Ecriture » n'est que la servante du Christ et ■ je ne m'en inquiète guère. C'est
• du Christ que je suis lier, c'est lui « qui est le vrai seigneur et maître Il de l'Ecriture. Que m'importent
i toutes les sentences de la Bible que i tu allègues contre moi? J'ai de mon i côté le Maître de la Bible ; c'est à
> lui que je m'attache ; je sais qu'il i ne mentira pas, qu'il ne m'égarera
> pas; à lui l'honneur ! à lui la foi !
• Tous les dires de l'Ecriture ne me i feront pas bouger de l'épaisseur i d'un cheveu. »
« Quant à certains textes de l'E-
triture qui, en contradictionflagrante
avec ses thèmes favoris, lui avaient
inspiré des scrupules et des heures
d'insomnie, il avait fini par s'en débarrasser en attribuant ses inquiétudes au diable, qui voulait le tromper et le jeter dans le désespoir. C'est ainsi qu'il s'affranchit des ennuis que lui avait causés le passage de saint Paul, I Timoth,, 5, 12.
» Ajoutons, car c'est un dernier trait qu'il est impossible de passer sous silence, qu'à dater de 1320 il avait soutenu et répandu parmi le peuple, sur le rapport des deux sexes, le mariage et le célibat, des propositions qui, au témoignage des contemporains, exercèrent partout une influence des plus funestes. Il fut le premier Chrétien qui, depuis la fondation de l'Eglise, enseigna que l'homme est l'esclave des penchants irrésistibles de sa nature, et qu'ainsi le commandement du mariage n'est pas seulement obligatoire pour tous, mais plus strictement obligatoire que les commandements du Décalogue qui défendent le meurtre et l'adultère..
Dans un sermon prêché en 1522 sur le mariage, il alla .si loin qu'il reconnut au Chrétien des droits que la conscience naturelle d'un simple païen aurait repoussés avec horreur.
La permission qu'il accorda au landgrave Philippe fut une conséquence, liée d'ailleurs à tout son système, de l'opinion qu'il avait que le commandement de la monogamie n'existe pas, même pour le Chrétien.
» Il y a une grande différence entre les ouvrages latins et les ouvrages allemands de Luther. C'est dans ces derniers que se trouve le secret de sa puissance et de son succès extraordinaire, tandis que les théologiens de France, d'Angleterre et d'Espagne, qui ne lisaient que ses ouvrages latins, n'y remarquant ni une éloquence particulière, ni une sagacité merveilleuse, ni une imposante érudition, s'étonnaient de ce que cet homme était pour ainsi dire divinisé en Allemagne, et y obtenait, même parmi les savants, tant de partisans et d'admirateurs. »