‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 55 sur 114 · LUTHER POUR ARRIVER A S'EN FAIRE UNE · texte numérisé non relu

LUTHER POUR ARRIVER A S'EN FAIRE UNE

idée juste. — « Pour connaître la vie de Luther, dit encore M. Dôllinger,

LUT

LUT

il faut la lire dans ses propres écrits, et surtout dans ses lettres. Il n'en existe pas encore d'histoire complète et satisfaisante. Parmi les anciennes biographies, l'Histoire des commencements, de la doctrine et de la vie de Martin Luther, par le prédicateur Matthésius, qui avait été son commensal (1), peut servir à cause de certains détails qu'elle renferme.

L'Historia de vita et actis M. Lutheri, Ap. Mélanchlhon (Wittenberg, 1546), est sèche et superficielle ; un ouvrage beaucoup plus riche, extrêmement partial, mais d'une importance véritable, parce qu'il est d'un contemporain, d'un acteur des événements qu'il raconte et d'un adversaire personnel de Luther, c'est celui de Cochlseus, Commentaria de actis etscriptis M. L., Mogunt., 1549, in-fol. Le livre d'Ulenberg, luthérien converti au catholicisme, Historia de vita, moribus, rébus gestis, studiis ac denique morte M. L., Colon., 1622, a sa valeur comme recueil de matériaux. Le livre de Keil, Circonstances remarquables de la vie de Luther, 4 vol. in-4°, Leipzig, 1764, parle surtout « du tempérament, des maladies, des épreuves physiques et morales » de Luther. La Vie de Luther, d'Ukert (Gotha, 1817, 2 vol.), n'est qu'une compilation sans valeur littéraire.

LesécritsdePlizer(1836),Stang(l838), Meurer (1843), Ledderhose (1836), ne peuvent satisfaire que des lecteurs superiiciels. L'ouvrage de Jurgens, prédicateur de Brunswick, eût été certainement l'ouvrage le plus important et le plus utile, au point de vue protestant, mais les trois volumes qui ont paru (Leipzig, 1846-47), ne vont que jusqu'au début de la controverse des indulgences. L'ouvrage connu d'Audin dénote une iguorance par trop générale et souvent naïve des écrits de Luther, de la littérature contemporaine et de la situation de l'Allemagne à cette époque. Les Mémoires de Luther, de Michelet, sont un simple recueil de passages tirés des colloques et des écrits dans les-

(I) (Voit, à propramoDt dira, uoe séria de ferment, Nureoberg, (305.

quels Luther parle surtout de loimême.

» On peut encore, sur le caractère et la marche du développement dès réformateurs, comparer les Études et esquisses de l'histoire de la Réforme, Schaffhouse, 1846, et Dôllinger, la Réforme, etc., au 3° vol. »

Après ces appréciations faites par un esprit froid, on peut lire les detu articles suivants de notre théologien français.

LUTHÉRANISME, sentiments de Luther et de ses sectateurs, touchant la religion.

De toutes les hérésies qui ont affligé l'Eglise depuis sa naissance, il n'en est aucune qui ait fait des progrès plus rapides, et qui ait produit d'aussi tristes etfets. Celle-ci eat pour auteur Martin Luther, né i Eisleben, ville du comté de Mansfeld en Thuringe, l'an 1483. Après ses études, il entra dans l'ordre des Angustins ; en 1508, il alla à W^ temberg', et y enseigna la philosophie dans l'université qui y avait été établie quelque temps auparavant En 1512, il prit le bonnet de docteur; en 1516, il commença de s'élever contre .la théologie scolastiqne, et la combattit dans des thèses. En 1517, Léon X ayant fait prêcher des indulgences pour ceux qui contribueraient aux dépenses de l 'édifiai de Saint-Pierre de Rome, en donna la commission aux dominicains. On prétend qu'ils s'en acquittèrent de la manière la plus odieuse; que la plupart de leurs quêteurs menaient une vie scandaleuse, et faisaient un indigne trafic des indulgences; que ces moines, dans leurs sermons avançaient des erreurs, des absurdités, et même des impiétés, pour faire valoir les indulgences. Il peut y avoir de l'exagération dans ce reproche ; il vient de la part des protestants.

Luther, homme violent et emporté, d'ailleurs fort vain et plein de lui-même, trouva bon de prêcher contre eux, et il le lit avec plus de chaleur que n'en inspire 1« vrai zèle :

LUT

LUT

«'est ce qui a donné des soupçons contre la pureté de ses motifs. Des prédicateurs, il passa aux indulgences mêmes, et il déclama également contre les uns et les autres. Il avança d'abord des propositions ambiguës; engage ensuite dans la dispute, il les soutint dans un sens erroné, et il alla si loin, qu'il fut excommunié par le pape l'an 1520. Avant cette condamnation, il en avait appelé au pape, et s'était soumis à son jugement ; mais quand il se vit flétri et ses opinions proscrites, il ne garda plus de mesures. Il fut si flatté de se trouver chef de parti, que ni l'excommunication do Rome, ni la condamnation de plusieurs universités célèbres, en particulier de la faculté de théologie de Paris, ne firent aucune impression sur lui. Ainsi il forma une secte que l'on a nommée le luthéranisme, et dont les partisans sont appelés luthériens.

Pour s'en former une idée juste, il faut voir comment Luther fut entraîné d'une erreur à une autre par les conséquences, avec quelle rapidité sa doctrine se répandit, quelles furent les causes qui y contribuèrent, quels sont les effets qui en ont résulté. Dans l'article suivant, nous verrons le nombre des sectes qui sont nées de celle de Luther.

I. Lorsque ce novateur déclama contre l'abus des indulgences, il ne prévoyait pas à quels excès il serait conduit par la fougue de son caractère; s'il l'avait pressenti, il est à présumer qu'il aurait reculé à la vue du chaos d'erreurs dans lesquelles il allait se plonger : rien n'est plus propre que sa conduite à effrayer ceux qui seraient tentés d'innover en fait de religion. Comme nous réfutons ses opinions dans les divers articles de ce Dictionnaire qui y ont rapport, nous nous contenterons d'y renvoyer le lecteur.

Pour savoir si l'usage des indulgences était légitime en lui-même, il fallait examiner si l'Eglise a le pouvoir d'absoudre le pécheur de la peine éternelle qu'il a méritée; si, après la rémission de cette peine, il est encore obligé de satisfaire à la justice divine par une peine temporelle; si l'Eglise

peut l'en dispenser, du moins en partie, en lui appliquant par l'indulgence les mérites surabondants de Jésus-Christ et des saints. Luther ne nia pas d'abord l'efficacité de l'absolution, mais il nia la nécessité de la satisfaction; il dit qu'à la vérité l'Eglise avait pu imposer, par les canons pénitentiaux, des peines médicinales, ou de bonnes œuvres, capables de préserver le pécheur de la rechute ; que ces peines étaient une précaution contre les péchés futurs, mais non un remède pour les péchés passés; que toute l'indulgence de l'Eglise consistait à dispenser le pécheur de la rigueur de cette ancienne discipline purement ecclésiastique, et non à le décharger devant Dieu d'aucune obligation. Voyez Indulgence, Satisfaction.

Poussé sur cet article, il prétendit que l'Eglise n'avait pas même le pouvoir de remettre les péchés par l'absolution, mais seulement de déclarer que le péché était remis. Voy. Absolution.

Par quel moyen le péché est-il donc reini3, si l'absolution n'a pas cette vertu? Par la foi, répond Luther, non par cette foi générale par laquelle nous croyons tout ce que Dieu a révélé, mais par une foi spéciale par laquelle nous croyons fermement que Jésus-Christ est mort pour nous, et que les mérites de sa mort nous sont appliqués ou imputés. C'est à cette prétendue foi que Luther applique ce qu'a dit saint Paul, que nous sommes justifiés par la foi, et que le juste vit de la foi, etc. ; mais il est évident que saint Paul n'a jamais entendu la foi de la manière dsnt il a plu à Luther de l'expliquer. Voyez Foi, § 5, Justification, Imputation.

Tel est néanmoins le fondement de tout le système de cet hérésiarque, comme on va le voir (1).

({) M. Dollingor, dans son étude magistrale sur Luther du Dict. encycl. de la thcol. cathol. résume comme il suit toute sa doctrine :

h Voici, dit-il, en substance, la doctrine qu'un beau jour Luther découvrit dans les saintes Écritures :

m L'bomme est placé dans un monde où le mal prédomine ; ce monde est dans les ténèbres, ou plutôt il n'est que ténèbres. L'bomme lui-même, par suite du péché originel, est absolument mauvais ;

LUT

LUT

Si c'est par la foi seulement que les péchés nous sont remis, ce n'est donc pas par la contrition. Aussi Luther décida que la contrition, loin de rendre l'homme moins pécheur, le rend plus hypocrite et plus coupable. Voyez ComuiTioN. Il fut néanmoins d'avis de conserver la confession, à cause des salutaires effets qu'elle peut produire : c'est un des articles de la confession d'Augsbourg; mais, dans la suite, les luthériens l'ont supprimée. En effet, qui pourrait se résoudre à une pratique aussi humiliante et aussi pénible, dès qu'il serait persuadé qu'elle ne contribue en rien à la rémission du péché, et que, sans elle, les péchés nous sont remis par la foi ? Voyez Confession.

Conséquemment tout ce que nous nommons œuvres satisfactoires, le jeûne, la pénitence, la continence, les macérations, l'aumône, etc., sont très-superflus; Luther n'hésita point de l'affirmer et de condamner ainsi les saints de tous les siècles, saint Paul et tous les apôtres. Les vœux monastiques, par lesquels on s'oblige à toutes ces pratiques, sont, selon lui, un abus. Il donna l'exemple d'en secouer le joug, en épousant une religieuse, et il déclama contre le célibat des prêtres.

Ou doit faire, sans doute, des œuvres de charité et de religion, des aumônes, des prières, puisque Jésus-

les efforts qu'il fait pour se sanctifier et s'affranchir du péché sont inutiles. Dieu donne à l'homme, qui ne peut arriver à aucune justice propre, réelle et intérieure, une justice toute faite, qui lui est étrangère, qu'il n'a besoin que de s'attribuer, et qui, par cette imputation, devient sa propriété. Ce que le Christ a fait et souffert sur la terre est le vêtement de cette justice, dans lequel l'homme n'a qu'à s'envelopper, dont il n'a qu'à couvrir ses fautes pour être parla même déclaré juste devant Dieu; car ce que le Christ a jamais fait et souffert, il l'a fait et souffert a ma place, nGn de m'élever au-dessus de la tache qui, sans cela, serait inabordable pour moi, de devenir intérieurement et véritablement juste et agréable à Dieu. Quant à moi, je n'ai qu'une obligation : c'est de m'approprier par l'acte de la foi ce que lo Christ a fait pour moi, de me l'imputer, et de me présenter, plein de confiance en cette juslico étrangère, devenue la mienne, devant Dieu, qui me reconnaîtra et me traitera comme un juste. Cette justice du Christ, qui, semblable à un vaste manteau, couvre tous les péchés que l'homme peut commettre, et que dès lois Dieu ne voit plus, est en outre une compensation parfaite et surabondante de le justice positive qui manque à l'homme. ■

Le Non.

Christ les commande ; mais, selon Luther, elles ne contribuent ni à effacer les péchés, ni à nous rendre agréables à Dieu, ni à nous mériter une récompense; et l'on ne sait pas trop pourquoi Dieu nous les commande. Luther soutint même absolument que nous ne pouvons rien mériter, que tous nos mérites consistent en ce que ceux de Jésus-Christ nous sont imputés par la foi. Il poussa l'entêtement jusqu'à enseigner, d'uncôté, que l'homme pèche dans toutes ses œuvres, et de l'autre, que l'homme, justifié par la foi, ne peut commettre des péchés, parce que Dieu ne les lui impute point. M. Bossuet fait sentir toute l'absurdité de cette contradiction, Hist. des Variât., 1. 1, n. 9 et suiv. Voy.OEuvnEs,MÉRiTES,VŒi:x,etc.

Mais, si l'homme pèche nécessairement dans toutes ses œuvres, en quoi consiste donc le libre arbitre? Luther prétendit que le libre arbitre est nul; que Dieu fait tout dans l'homme, le péché aussi bien que la vertu ; que le libre arbitre, tel que les théologiens l'admettent, est incompatible avec la corruption de l'homme et avec la certitude de la prescience divine. Cette doctrine scandaleuse fut adoucie dans la confession d'Augsbourg, et aucun luthérienn'oseraitaujourd'hui la soutenir dans les termes révoltants dont se servait Luther.

Dès que les péchés ne nous sont point remis par les sacrements, mais par la foi, il s'ensuit que toute l'efficacité des sacrements consiste en ce que ce sont des signes capables d'exciter la foi : telle fut l'opinion de Luther. Comme il jugea que les deux seules cérémonies capables de produire cet effet, sont le baptême et l'eucharistie ou la cène, il ne retint que ces deux sacrements; la confession d'Augsbourg y ajouta la pénitence ; mais il ne parait pas que les luthériens soient demeurés fermes dans ce dernier article do leur confession.

Du principe de Luther louchant les sacrements, les anabaptistes et les sociniens ont conclu que les enfants étant incapables d'avoir la foi, il ne faut pas les baptiser après leur naissance, mais qu'il faut attendre qu'ils

KSE

«ialii

LUT

LUT

soient parvenus à l'âge de raison.

Voy. Sacrement, etc.

Il y avait dans la doctrine de ce novateur une difficulté par rapport à l'eucharistie. Si les paroles sacramentelles prononcées par les prêtres ne produisent rien, quel peut être l'effet de la consécration? Ici Luther, peu d'accord avec lui-même, a soutenu constamment qu'en vertu des paroles de la consécration, Jésus-Christ est réellement présent dans l'eucharistie, mais que la substance du pain et du vin y demeure ; il rejeta donc la transsubstantiation. Mais Carlostadt, son collègue dans l'université, soutint contre lui que la substance du corps de Jésus-Christ ne pouvait pas subsister avec celles du pain et du vin :

que s'il fallait admettre la présence réelle, il fallait admettre aussi la transsubstantiation comme les catholiques. Carlostadt eut des sectateurs qui furent nommés sacramentaires ; leur sentiment sur l'eucharistie a été suiviparZwingleetparCalvin. Luther ne recula point; il persista jusqu'à la mort à enseigner le dogme de la présence réelle; mais il le fit plutôt par esprit de contradiction contre les sacramentaires que par respect pour les paroles de Jésus-Christ, ou par habitude de raisonner conséquemment, et l'on ne sait pas trop ce qu'il entendait par cette présence réelle. Après lui, lorsqu'il fallut expliquer comment le corps de Jésus-Christ peut être dans une hostie avec le pain, quelques luthériens dirent que c'était par impanation, d'autres par ubiquité, d'autres par concomitance, ou par une union sacramentelle . Voyez Impanation , Transsubstantiation, Ubiquité.

Si Jésus-Christ est réellement présent dans l'eucharistie, il doit y être adoré. Luther hésita sur ce point; il avait d'abord conservé l'élévation de l'hostie à la messe, en dépit de Carlostadt qui la désapprouvait , ensuite il la supprima, et ne voulut plus que Jésus-Christ, présent sur l'autel, y fût adoré : conséquemment il défendit de garder du pain consacré, et il exigea la communion sous les deux espèces.

Pourquoi Jésus-Christ, présent sur l'autel, ne pourrait-il pas être offert «n sacrifice à son Père? Luther y au-

rait peut-être consenti; mais comme les mérites de Jésus-Christpourraient aussi nous être appliqués par le sacrifice, cet hérésiarque, qui ne voulait point admettre d'autre application de ces mérites que par la foi, nia que la messe fût un sacrifice. Il n'avait blâmé d'abord que les messes privées; mais bientôt après ii retrancha l'oblation, l'élévation et l'adoration de l'eucharistie. Voyez Sacrifice, Messe, Elévation, Communion, etc.

De tout temps cependant ce sacrifice a été offert pour les vivants et pour les morts; mais selon la doctrine de Luther, le péché une fois remis par la foi, n'a plus besoin d'être expié ni en ce monde ni en l'autre :

il n'y a donc point de purgatoire ; la prière pour les morts est superilue.

Dans toutes les liturgies chrétiennes on a fait mémoire des saints; mais l'invocation des saints, selon Luther, leur suppose des mérites indépendants de ceux de Jésus-Christ. En vertu de cette fausse conséquence qu'il prêtait malicieusement aux théologiens, il rejeta l'invocation et l'intercession des saints. Voy. Morts, Purgatoire, Saints, etc.

Puisque, selon lui, les sacrements et toutes les cérémonies n'ont point d'autre effet que d'exciter la foi, l'ordination des prêtres ne peut leur donner aucun caractère, aucun pouvoir surnaturel ; il n'y a point de vrai sacerdoce ni d'hiérarchie : c'est aussi le sentiment de Luther. Dès qu'il était au mariage la dignité de sacrement, on ne doit pas être surpris de ce qu'il a donné atteinte à l'indissolubilité de ce lien, de ce qu'il a permis la polygamie au landgrave de Hesse, et de ce qu'il a été très-relâché sur l'adultère ; on le lui a reproché plus d'une fois. Voyez Ordination, Hiérarchie, Mariage, etc.

Furieux d'avoir été condamné et excommunié par le pape, il décida que le pape était l'antechrist ; il nia que l'Eglise eût le pouvoir de porter des censures et de condamner des erreurs ; il soutint que la seule règle de foi des fidèles est l'Ecriture sainte.

Mais, par une contradiction révoltante, lui-même condamnait les sacramentak-es et les anabaptistes, s'at-

LUT

LUT

trîbuait parmi ses sectateurs toute l'autorité d'un souverain pontife, ne voulait pas que l'on fit usage d'une autre version de l'Ecriture sainte que la sienne, excommuniait et aurait voulu exterminer tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Il avait rejeté du canon des Ecritures l'épitre de saint Jacques, parce qu'elle enseigne trop clairement la nécessité des bonnes œuvres ; mais les luthériens ont adouci sur ce point la doctrine de leur patriarche, et ont remis cette épître dans le canon, de même que l'Apocalypse, qui n'est pas reçue par les calvinistes. Voyez Clergé, Pape, etc.

Le même principe sur lequel il rejetait toutes les lois et les institutions de l'Eglise, comme autant d'inventions humaines, le conduisit à soutenir qu'en vertu de la liberté des enfants de Dieu, acquise par le baptême, un chrétien n'était assujetti à aucune loi humaine. Aussi, lorsqu'il eut fait paraître son livre de la Liberté chrétienne, les paysans d'une partie de l'Allemagne se révoltèrent contre les seigneurs, l'an 1525, prirent les armes, et se livrèrent aux plus grands excès. Voy. Liberté chrétienne.

Il est donc évident qup le luthéranisme ne s'est formé que peu à peu, et par pièces ; c'a été l'ouvrage des circonstances, du hasard, de l'intérêt du moment, mais surtout des passions, plutôt que la force du génie de son auteur. La multitude des disputes qu'il a causées, des erreurs et des désordres auxquels il a donné lieu, des sectes qui en sont sorties du -vivant même de Luther, ont dû convaincre ce novateur de l'énormité du crime qu'il avait commis, en levant le premier l'étendard de la révolte.

Il a vécu dans le trouble, dans la crainte, dans les fureurs de la haine; à moins qu'il n'ait été frappé d'un aveuglement stupide, il n'a pas pu mourir sans remords.

Vainement ses sectateurs font de lui les éloges les plus outrés, et le peignent comme un apôtre suscité de Dieu pour réformer l'Eglise. Ce n'était dans le fond qu'un moine brutal et grossier, qui n'avait d'autre mérite

que d'avoir passé sa vie à disputer dans une université. Ses panégyristes mêmes sont forcés de convenir que, quand il rompitavecl'Eglise romaine, en 1520, iln'avait point encore formé de système théologique, et qu'il ne savait encore ce qu'il devait enseigner ou rejeter dans la croyance catholique. Ce n'est point en tâtonnant ainsi, que les apôtres ont dressé le symbole de la foi chrétienne. Les calvinistes et les anglicans ne conviennent point du mérite émiuent que les luthériens attribuent à leur fondateur (1). Voyez les Notes du traduti.

(i) Jugement îles réformateurs sur Luther nt sur les principaux anteurs du luthéranisme. D'abord Luther témoigne a qu'étant catholique, il avait a passé sa vie eo austérités en veilles, en jeûnes, a en oraisons, avec pauvreté, chasteté et obéisa sance. » Une fois réformé, c'est un autre homme: il dit a que comme il ne dépend pas de lui de a n'être point homme, il ue dépend pas non pins de » lui d'être sans f mme, et qu'il no peut pas plus a s'en passer que de subvenir aux nécessites natu-

* relies les plus viles. » (Tom. 5. in cap. 1 ad Galat., v. 4. et Serm. de Matrim., fol. 1 19.)

* Je ne m'esrnerveille plus, ô Luther, lni écrivait i Henri Vlli, coimneut tu n'es hotteux à bon esa cient, et c 'lunie tu oses lever les yeux et devant* a Dieu et devant les hommes, puisque tu as été si a léger et si volage do t'è:re laissé transporter par » l'instigation du diablo il tes folles cnn-iipiscon- » ces. Toi, frère do l'ordre de Saint-Augustin, a» » le premier abusé d'une nonnain sacrée, lequel i péché eût été, le temps passé, si rigonreusomeut s puni, qu'elle eût été enterrée vive, et toi fouotté- » jusqu'à rendre l'âme. Mais tant s'en faut que tu a ayes corrigé ta faute, qu'encore, chose exéi ra Je! s tu l'as publiquement prise pour fournie, ayant a contracté avec elle dos noces incestueuses et s abusé de la pauvre et misérable p..., an grand a scandale du monde, reproche et vitupère de ta i nation, mépris du saint roariaco, très-grand dés- » honnenr et injure des vœux faits a Dieu. Finale» » ment, qui est eue re plus détestable, au lieu que a le déplaisir et honte do ton incestne' x mariage a te ilût abattre et accabler, ô misérable ! tu eu a fais gloire ; an lieu de requérir pardon de ton a malheureux forfait, tu provoques tons les raii- « eioux débauchés, par tes lettres, par tes écrits, a d'en faire de même, a (Dans Florim. p. ÏÏ99.)

« Dieu, pour châtier l'orgueil et la superbe de s Luther, qui se découvre dans tous ses écrits, dit a un des premiers sacramentaires, retira son a de lui, l'abandonnant à l'esprit dVnvur et de a mensonge, le jnel possédera toujours conx q'il » ont anivi ses opinions, jusqu'à co qu'ils t.'eo retia ront. • (Conrad. IVeis., Sur la cène du S«gneur. B, 2.

« Luther nous traite de secte exécrable et dasft- » née; mais qu'il prenne garde qu'ii uo se déclar» » lui-même pour archi-bérêlique, par cela même a qu'il ne Teut et ne peut s'associer avec ceux qej

• confessent le Christ. Mais que oet homme s» a laisse étrangement emporter par ses déinooll a que son langage est sale, et que S' s paroles saat a pleinos des diable? d'enfer : il di que le diable a subite maintenant et tour loueurs Ouo» 1* <

LUT

LUT

de l'Hist. ecclés de Mosheim, tom. 4, p. 50, 61, etc.

II. Mais ce fougueux reformateur fut ébloui par un succès auquel il ne

, des iwingliens, que les blasphèmes s'exhalent de

■ leur sein eosatanisé, sursatanisé et persatanisé : . que leur langue n'est qu'une langue mensongère,

■ remuée au gré de Satan, infusée, perfusêe et » transfusée .lans son venin infernal. Vit-on jai mais de tels discours sortis d'un démon en fu-

. ■ reur? Il a écrit tous ses livres par l'impulsion

■ et sous la dictée du démon, avec lequel il eut af-

■ faire, et qui, dans la lutte, parait l'avoir ter- » rassé par des arguments victorieux. » (L'église de Zurich, contre la Çonf. de Luther, p. 16.)

«Voyez-vous s'éeiiait Zwingle, comme Satan « s'efforce d'entrer en possession de cet homme T » (Rép. à la Conf. de Luther.)

» 11 n'est point rare, disatt-il encore, de voir » Luther se contredire d'une page à l'autre... ; et i à le voir au milieu des siens, vous le croiriez ob- . sédé d'une phalange de démons. » [lbid.)

Indigné de l'accueil que Luther avait fait à sa version des E-ritnies, il tempête à sou tour contre celle de Luther, l'appelant « un imposteur qui » change et rechange la sainte parole. »

t Véritablement Luther est fort vicienx, disait

■ Calvin ; plût à Dieu qu'il eut soin de réfréner » davantage l'intempérance qui bouillonne en lui >i de tout côté 1 plût à Dieu qu'il eût songé davan-

> tage à reconnaître ses vices! , (Sehltissemberg, Theol. oaiu.,liv. ï. fol. 126) , . . , .

> Calvin disait encore que Luther n avait rien fait » -qui vaille.. . . ; qu'il ne faut point s'amuser à suivre » ses traces, être papiste à demi; qu'il vaut mieux » bâtir une église tout à neuf... Quelquefois, il est » Trai, Calvin donnait deB louanges à Luther, jns-

> qu'à l'appeler le restaurateur du christianisme. »

(Florim.) , , „ , .

n Ceux, disent les disciples de Calvin, qui métis tent Luther au rang des prophètes, et constituent i sbb livres pour règle de l'Eglise, ont très-mol » mérité de l'Eglise du Christ, et exposent soi et » leurs églises à la risée et coupe-gorge do leurs » adversaires. » (In Admon.de lib . Concord., c. 6.)

« Ton école, répon lait Calvin an luthérien Wes-

» phal, n'est qu'une puante étable à pourceaux

» m'eutends-tu, chien ? m'entends-tu, frénétique ? » m'entends-tu, grosse bêle ? »

Carlostadt, retiré à Orlamunde avec sa femme, I s'y était tellement fait goûter îles habitants, qu'ils faillirent lapider Luther, accouru pour le goiirxnauder sur ses mauvaises opinions touchant l'eucharistie ; Luther nous l'apprend dans sa lettre à ceux de Strasbourg : « Ces chrétiens me chargèrent » à coups de pierres, medoonant telle bénédiction? x Va-t-en à tous les mille diables 1 te puisses-tu » rompre le col avant d'être de retour chez toi ! » Sur Mélanchton. — Voici le jugement qu'en ont porté ceux de sa commnnioo. Les luthériens déclarent en plein s) node a qu'il avait si souvent « changé d'opinion sur la primauté du papo, snr » la justification par la foi seule, sur la cène, « sur le libre arbitre, que toutes ses incertitudes » avaient fait chanceler les faibles dans ces ques- » tions fondamentales, empêché un grand nombre » d'embrasser la confession d'Angsbourg : qu'en » changeant et rechangeant ses écrits, il n'avait » donné que trop do sujet aux pontificaux de » relever ses variations, et aux fidèles de ne * savoir plus à quoi s'en tenir sur la véritable doc- » trino. » Us ajoutent « que son fameux ouvrage

s'était pas attendu. Les premiers qui embrassèrent le luthéranisme furent ceux de Mansfeld et de Saxe ; il fut prêché à Kraiclisaw en 1521 ; àGoslar,

» sur les Lieux théologiques, pourrait plus conve- > nablement s'appeler Imité sur les jeux théolo- , giques. >) Colloq. Altenb., fol. 502, 503, au 1568.) Scbiussemberg va même jusqu'à déclarer « Que,

< frappé d'en haut par un esprit d'aveuglement et « de vertige, Mélanchton ne fit plus ensuite que ■ tomber d'erreur en erreur, et finit par ne plus « savoir ce qu'il fallait croire lui-même. » Il dit encore « que manifestement Mélauchon avait cou- , tre.lit la vérité divine, à sa propre bonté, et à

< l'ignominie perpétuelle do son nom. » (Let. i.

P- 9 'i etc ) j i

En effet, peut-on imaginer quelque chose de plus contraire a la foi, au chrfttianismo, qne celte proposition de Mélanchton : . Les articles de foi doivent être souvent changés , et être calqués sur les temps et les circonstances. < (Entr. philos, du baron de Starck, ministre protestant, etc.)

Sur Œcolnmpade. — Los luthériens ont écrit, dans V Apologie de leur dite, qn'OEcolanipade, fauteur de l'upinion sacrameiitaire, parlant un jonc au landgrave, lui dit : « J'aimerais mieux qu'on

< m'eût coupé la main, que non pas qu'elle eût rien » écrit contre l'opinioo de Luthoren ce qui regarde i la cène. • Ces paroles, rappoitées à Luther par un homme qui les avait entendues, parurent adoucir un instant la haine du patriarche du la informe- il s'écria en apprenant sa mort : « Ah 1

■ misérable et infortuné OEeulampado, tu as été le . prophète de ton malheur, quand tu appelas Dieu k » prendre vengeance de toi si tu enseignais une » mauvaise doctrine. Dieu te pardonne, si tu es en » tel état qu'il te puisse pardonner. » C Voy. Florim., p. 175.) .

Pendant que les habitants de Bile plaçaient dans leur cathédrale cette épitapbo sur son tombeau :

» Jean OEcolampade, théologien , premier au-

a teur de la doctrine évangêliqne dans cette ville, i et véritable évêque de ce temps. « Luther écrivait de son côté que « le diable, duquel OEeolampada » se servait, l'étrangla de nuit dans son lit. — -

> C'est ce bon maître, dit-il encore, qui lui avait

■ appris qu'en l'Ecriture il y avait des contradic- , tions. Voyez à quoi Satan réduit les hommes 6a- » vants. » (De Missa privata.)

Sur Carloslad. — En voici le portrait tracé par le modéré Mélanchton : « C'était, dit-il, un homme

> brutal, sanB esprit, sans science et sans aucune

> lumière dn sens commun ; qui, bien loin d'avoir » quelque marque de l'esprit de Dieu, n'a jamais su » ni pratiqué aucun des devoirs de la civilité hti- » maine. Il paraissait en lui des marques évi-

» dentés d'impiété ; toute sa doctrine était oui » dalque ou sédilieuse. Il condamnait tontes L- . lois faites par les païens ; il voulait que l'on ju- , geàt selon la loi de Mo.se, parce qu'il ne con- . naissait point la nature de la liberté chrétienne ; , il embrassa la doctrine fanatique des auabap- » tistes, aussitôt que Nicolas Stork commença de la a répandre. Une partie de l'Allemagne peut rendra » témoignage que je ne dis rien en cela que de vén- » table.» (Florim.)

Il fut le premier prêtre de la réforme qui se maria. Dans la messe de nouvelle fabrique qui fut composée pour son mariage, ses fanatiques partisans allèrent jusqu'au point de qualifier de bienheureux cet homme qui portait des marques évidentes d'impiété. L oraison do cette messe «tait

LUT

LUT

àRostoch, à Riga en Livonie, à Reutlinge utà Halle eu Souabe, à Ausgbourg, à Hambourg, en 1522 *, en Prusse et dans la Poniéranie, en \ 523; à Eimbech, dans le duché de Lunebourg, à Nuremberg, en 1525 ; dans la Hesse, en 1526 ; à Altembourg, à Brunswich et à Strasbourg, en 1528 ; àGottingue,à Lemgou, à Lunebourg, en 1530 : à Munster et à Paderborn

en Westphalie, en 1532; àEtlingue et à Ulm, en 1533 ; dans le duché de Gubenhaguen, à Hanovre et en Poméranie, en 1534 ; dans le duché de AVirtemberg, en 1535 ; àCotbus, dans la Basse-Lusace, en 1537; dans le comté de la Lippe, en 1538; dans l'électorat de Brandebourg, à Brème, à Hall en Saxe, à Leipsick en Misniej et à Quedlimbourg, en 1539; à Emb-

ainsi conçue : a Deus, qui post tara longam et âmpiam sacerdotuin ttiorum cœcitatom, beatum Andrœam Carlostadium ea gratis doDare digoatus es, ut pritmis, nulla habita ratione papîstici juris, uxorera dncere ausus fuerit ; da, quœsurnus, ut omnes sacerdotes, recepta sana meute, ejus vestigia sequeotes, ejectis concubinis aut eisdem ductis, ad legitiuii consortium tbori coûvertantur ; Per Dominum dos t mm, etc. (Citée dansFIorim.)

« Ou ne peut nier, nous disent les luthériens, t> que Carlo6tadt n'ait été étranglé du diable, tu x taot de témoins qui le rapportent, tant d'auteurs a qui Tout mis par écrit, et les lettres mêmes des » pasteurs de Bàle. » (Hi&t. de Cœn. August., fui. 41.) Il laissa un Ûls, Hans Carlostadt, qui, détaché dus erreurs de son père, se rangea à l'Eglise catholique.

Tels furent les apôtres de la prétendue réforme : or, que pouvait-on attendre de pareils hommes? Que pouvait-on espérer de leurs prédications? Quels en furent les résultats? eux-mêmes vont nous l'apprendre. « Le monde, dit Luther, empire tous les m jours, et devient plus méchaut. Lee hommes sont x aujourd'hui plus acharnés à la vengeance, plus » avares, dénués de toute miséricorde, moins mo- » destes et plus incorrigibles; on lin plus mauvais » qu'en la papauté. « (Luther, in Postilla y sap. I. D 'in. Àdvent.)

« Une chose aussi étonnante que scandaleuse, r est de voir que depuis que la pure doctrine de » l'Evangile vient d'être remise en lumière, le x monde s'en aille journellement de mal en pis. » (Luther, in Serm. convia. German., fol. 55.)

Luther avait coutume de dire a qu'après la révéx lation de son Evangile, la vertu avait été éteinte, * la justice opprimée, la tempérance garrottée, la » vérité déchirée par les chiens, la foi devenue x chancelante, la dévotion perdue. »

« Les nobles et les paysans en sont venus à se » vanter sans façon, qu'ils n'ont que faire d'être x prêches; qu'ils aiment mieux qu'ouïes débarrasse x t<mt à f lit de la parole de Dieu, et qu'ils ne » donneraient pas une obole de tous nos sermons x ensemble. Eh 1 comment leur en faire un crime, x dès qu'ils ne tiennent nul compte delà vie future? x 11» vivent comme ils croient; ils sont et restent x des pourceaux, croient en pourceaux, et meurent x en vrais pourceaux. > (Le même, sur ta I r « E p. aux Corinthiens, chap. 15.)

C'était alors un proverbe en Allemagne, pour annoncer qu'on allait passer joyeusement Ta journée en débauche : Hodie tutheranice vivemus; nous nous en donnerons aujourd'hui à la luthérienne.

■ Que si les sonverains évangélisants n'interpox sent leur autorité pour apaiser toutes ces coutesx talions, nul doute que les églises du Christ ne x soient bientôt infectées d'hérésies qui les entral-

x ntront ensuite à leur ruine Par tant de pa-

x ftdoxM, le» fondements de notre religion sont » ébranles, les principaux articles mis en doute, les

» hérésies entrent en foule dans los églises da » Christ, et le chemin s'ouvre à l'athéisme, i (Sturm., Batio ineundte concord., p. 2, an 1579.)

» Nous en sommes venus à un tel degré de bar- » barie, ditMéIanchtoo,que plusieurs sont persuadés s que s'ils jeûnaient un seul jour, on les trouverait » morts la nuit suivante. » (Sur lechap. 6 de saint Matthieu.)

« L'Elbe, écrivait-il conôdemment à un ami, h l'Elbe avec t ms ses Dots n'a pu me fournir assez » d'eau pour pleurer les malheurs de la réforme h divisée. » — » Vous voyez les emportements da » la multitude et ses aveugles désirs, • écrivait-il encore à son ami Camérarius.

t L'autorité des ministres est entièrement abolie) » dit Capiton à son ami Farell; tout se perd, tout

> va en ruine, il n'y a parmi nous aucune église, b pas même une seule où il y ait de la discipline.** x Le peuple nous dit hardiment : Vous voulez faire

■ les tyrans de l'Eçlise qui est libre, vous voulez x établir une nouvelle papauté. » — ■ Dieu me fait » connaître ce que c'est qu'être pasteur, et le tort x que nous avons fait à l'E-hse par le jugement » précipité et la véhémence inconsidérée qui noai x a fait rejeter le pape. Car le peuple, accoutumé

■ et comme nourri à la licence, a rejeté tout a fait » le frein... ; il nous crie : Je sais assez l'Evangile; x qu'ai-je besoin de votre secours pour trouver x Jésus-Christ? Allez prêcher ceux qui veulent vous * entendre, » Bucer, collègue de Capitou & Strasbourg, faisait les même? aveux en 1549, et ajoutait qu'on n'avait rien tant recherché, en embrassant la réforme, que le plaisir d'y viore à sa fantaisie. Mycon, successeur d'OEcolampade dans le ministère de Bàle, fait entendre les mêmes plaintes. ■ Les

> laïques, dit-il, s'attribuent tout, et le magistrat a s'est fait pape. » (Inter. Eu. Cala.)

Il eu était de même parmi les calvinistes. Calvin, après avoir déclamé centre l'athéisme qui régnsît surtout dans les palais des princes, dans les tribunaux et les premiers rangs de sa communion : ■

■ est encore, ajoute-t-il, une plaie plus déplorable. x Les pasteurs, oui, les pasteurs eux-mêmes, qoî » montent en chaire... sout aujourd'hui les plus

■ honteux exemples de la perversité et des autres

■ vices. De là vient que leurs sermons n'obtiennent x ni plus de crédit ni plus d'autorité que les fables s débitées sur la scène par un histrion. Et ces mes* x sieurs pourtant osent bieu encore se plaindra x qu'on les méprise et les montre au doigt pour las x tourner en ridicule. Quant à moi je m étonne da x la patience du peuple ; je m'étonne que les femmes » et les enfants ne les couvrent pas de boue et x d'ordure. ■ (Liv. sur les Scandales, p. «**•),

Il n'y a nullement à s'étonner, dit Smidelio, qu'en Pologne, en Transylvanie, en Hongrie et autres lieux, plusieurs passent à l'arianisme, quelquesuns à Mahomet : ta doctrine de Calvin mène à cas impiétés. [Préface contr. VApol. de Hanœus.) — Voyez la biscussion amicale, etc., U I. Gocsstf.

LUT

LUT

den danslaFriseorientale, àllailbron; à Halberstat, à Magdebourg, en 1340, au Palatinat dans le duché de Neubourg, à Ragensbourg, et à Wismar, en 1541 ; à Buxtende, à Hildeshein et à Osnabruck, en 1543 ; dans le Bas-Palatinat, en 1546; dans le Mecklenbourg, en 1552; dans le marquisat de Dourlach, et de Hochberg, en 1556; dans le comté de Benteheim, en 1564 ; à Haguenau et au bas marquisat de Bade, en 1568, et dans le duché de Magdebourg en 1570.

Vers l'an 1523, deux disciples de Luther portèrent en Suède les premières semences de ses opinions.

Gustave Vasa, qui venait d'y être placé sur le trône, jugea qu'une révolution dans la religion abaisserait la puissance du clergé et affirmerait la sienne ; il favorisa le luthéranisme, l'embrassa lui-même, le rendit bientôt dominant dans ses États, et s'empara des biens ecclésiastiques. Christiern III, roi de Danemark, entra dans les mêmes vues, par les mêmes motifs ; aidé par les conseils et par les armes de Gustave, il se rendit maître absolu eu 1536, et fit recevoir dans son royaume la confession d'Augsbourg pour règle de foi.

Mosheim avait fait son possible pour pallier dans son histoire ecclésiastique les violences dontChristiern usa pour écraser le clergé ; mais son traducteur est convenu que ce roi, en détruisant le corps épiscopal avec une espèce de fureur, détruisit l'équilibre du gouvernement.

Cette hérésie n'avait encore en Pologne que des sectateurs cachés sous le règne de Sigismond I or , mort en 1548 ; mais son iils Sigismond- Auguste, connu par sa faiblesse pour les femmes, laissa pleine liberté aux seigneurs polonais. Bientôt on vit dans ce royaume des luthériens, des hussites, des sacramentaires calvinistes, des anabaptistes, des unitaires ou sociniens, et des grecs schismatiques.

Le luthéranisme a aussi pénétré en Hongrie et en Transylvanie, à la faveur des troubles qui ont agité ces deux royaumes : mais il y est moins puissant depuis que l'un et l'autre sont entrés sous la domination de la

maison d'Autriche. En France, les émissaires de Luther firent d'abord quelques prosélytes, mais ils furent réprimés ; ceux de Calvin eurent plus de succès, et vinrent à bout de bouleverser le royaume. Il en fut de même en Angleterre : Luther ni ses disciples n'aurent aucune part au schisme de Henri VIII ; ce prince, encore catholique, avait fait un livre contre Luther ; il persista jusqu'à la mort dans sa haine contre le luthéranisme ; la forme qu'il donna à la religion anglicane ne fut pas plus approuvée par les protestants que par les catholiques. Sous Edouard VI, ce furent Pierre Martyr et Bernardin Ochin qui furent appelés pour faire la ïéformation ; l'un et l'autre étaient dans les opiuions de Calvin.

. III. On est moins étonné des progrès rapides du luthéranisme, lorsqu'on en examine les causes. En 1521, Charles-Quint, dans la diète de Worms, avait mis Luther au ban de l'empire, et avait ordonné de poursuivre ses adhérents ; mais Frédéric, duc de Saxe, qui avait goûté les opinions de Luther, le prit sous sa protection, et ce décret n'eut aucun effet. De retour a Wirtemberg, Luther attira dans son partil'université dans laquelle il avait déjà enseigné plusieurs de seserreurs ; il lit abolir les messes privées, prit le titre d'ecclésiasle de Wirtemberg , s'attribua une autorité plus absolue que celle du pape, et vanta ses succès comme une preuve incontestable de sa mission. En 1523, il quitta entièrement l'habit religieux. Lorsque le nonce du pape se plaignit à la diète de Nuremberg de l'impunité dont jouissait ce novateur aussi bien que ses partisans, les princes laïques répondirent par un long mémoire qu'ilsintitulèrent : Centumgravamina, dans lequel ils se plaignaient des vexations, des extorsions et des entreprises des ecclésiastiques sur la juridiction séculière.

En 1525, Luther séduisit une religieuse nommée Catherine de Bore, et l'épousa ensuite publiquement (1).

(t) Erasme voyant LmUer, Bncer, Zwingle, OEcolanipado, et les prêtres qui avaient embrassé la réforme, contracter mariage an mépris îles engagements les plus solennels, disait : a C'ust donc

LUT

LUT

Les deux diètes assemblées a Spire, l'une cette même année, et l'autre en 1529, ne furent pas moins favorables au luthéranisme, malgré les instances et les décrets de Charles-Quint.

Plusieurs princes qui avaient embrassé les sentiments de Luther protestèrent contre ces décrets ; de là le nom de protestants qui fut donné aux luthériens.

En 1530, à la diète d'Augsbourg, ces mêmes princes présentèrent leur confession de foi, qui, pour cette raison, a été nommée Confession d'Augsbourg; ils y promettaient de se soumettre à la décision d'un concile tenu par le pape ; mais ils ne tinrent pas parole. Voyez Augsboukg. Us s'assemblèrent ensuite à Smalcalde, et y firent une ligue contre l'empereur. Luther l'approuva, et fut d'avis de faire la guerre au pape et à tous ses adhérents. Les luthériens profitèrent des guerres auxquelles Charles-Quint fut occupé, de ses dissensions avec le pape et François I", pour faire de nouveaux progrès. Eu 1539, le landgrave de Hesse obtint de Luther et des théologiens protestants la permission d'avoir deux femmes à la fois :

pour récompense, le landgrave leur avait promis de leur accorder les biens ecclésiastiques.

L'an 1542, le pape Paul III, de concert avec l'empereur et le roi de France, convoqua le concile de Trente pour terminer les contestations de religion qui divisaient l'empire et les Etals voisins; la première session fut tenue au mois de décembre 1545.

L'année suivante, Luther mourut à Eisleben sa patrie, après avoir attiré à ses opinions une grande partie de l'Allemagne. A la diète de Ratisbonne, tenue en 1547, Charles-Quint fit composer par plusieurs théologiens un formulaire de religion, pour accorder, s'il était possible, les catholiques et les protestants, en attendant que le concile eût décidé les points contes-

i ainsi qu'ils ie crucifient 1 La réformation semble • n'avoir en d'antre bnt que de transformer en a épouseurs les moines et les nonnes ; et cetto a pr-ni 1.' trngé.iie ra Cuir comme les comédies, où a tout lu monde se uiaiie au demie acte. »

[Epist. 7 et 41.) Guusmt,

tés ; c'est ce que l'on a nommé l'Intérim de Charles-Quint : cet ouvrage ne plut ni à l'un ni à l'antre parti, et fut attaqué par tous les deux. Voyez Intérim.

Par le traité de paix conclu à Passaw, entre Charles-Quint et les princes de l'empire, et par celui d'Augsbourg, fait trois ans après, les protestants obtinrent la tolérance de leur religion, ou la liberté de conscience.

Le concile de Trente, terminé en 1563, ne put réconcilier les luthériens avec l'Eglise romaine; les dissensions entre eux, avec les zwingliens ou calvinistes, comme avec les catholiques, ont duré jusqu'en 1648, époque à laquelle le traité de Munster, appelé aussi traité d'Osnabruck ou de Westphalie, garanti par toutes les puissances de l'Europe, a mis les choses dans l'état où elles sont aujourd'hui.

On sait d'ailleurs dans quelle situation les esprits se trouvaient au commencement du seizième siècle. Les différentes sectes qui avaient paru depuis le onzième, comme les henriciens, les albigeois, les vaudois, les lollards, les wicléfites, les hussites, n'avaient pas cessé de déclamer contre les abus; ils avaient indisposé les peuples contre les pasteurs et contre tout le clergé. On se plaignait du trafic des bénéfices, de la vente des indulgences, de l'abus des excommunications, du paiement des absolutions, des entreprises sur la juridiction séculière, de la vie scandaleuse de la plupart des ecclésiastiques, des fraudes pieuses commises par les moines; tous ces désordres s'étaient multipliés pendant le grand schisme d'Occident; mais il s'en fallait beaucoup que le mal fut aussi grand et aussi général que les protestants allnctent de le représenter.

Au concile de Constance et ù celui de Bàle, on avait demandé en vain la réforme de l'Eglise dans le chef et dans les membres; on n'avait rien obtenu. Au lieu de détruire et de prévenir les erreurs en instruisant les peuples, le clergé n'avait procédé contre les hérétiques que par des censures, par des sentences de Fin-

LUT

quisition et par des supplices : ce n'était pas là le moyeu de calmer les esprits. Tous ceux qui désiraient la réforme étaient persuadés qu'elle ne pouvait se faire que par des moyens violents.

Wiclef et Jean Hus avaient en Allemagne beaucoup de disciples cachés; on y lisait leurs ouvrages remplis de déclamations contre l'Eglise romaine et d'invectives contre les ecclésiastiques; Luther s'était nourri de cette lecture ; les hommes les plus lettrés qu'il y eût pour lors étaient précisément ceux qui désiraient le plus un changement dans la religion. A peine Luther eut-il prononcé le nom de réforme et donné le premier signal de la révolte, qu'il se trouva environné de partisans prêts à le soutenir.

Ceux mêmes qui désapprouvaient ses emportements, soutinrent que l'on ne pouvait exécuter le décret porté contre lui à la diète de YY'orms, sans exciter de séditions et sans mettre l'Allemagne en feu. Il ne trouva pas d'abord dans ce pays-là des adversaires assez instruits pour réfuter solidement ses erreurs, et pour distinguer les abus d'avec les dogmes. Plusieurs écrivainsprétendentque déjà, en loi 0, avant que Luther eût élevé la voix contre l'Eglise, Zwingle, chanoine de Zurich, avait conçu le plan d'une réformation générale ; que loin d'avoir été disciple de Luther, il était plutôt capable d'être son maître. Hist. eccl.

de Mosheim, notes du traducteur, t. 4, p. 49. La discipline avait sans doute tesoin de réforme, et elle a éLé faite par le concile de Trente ; mais c'était un attentat de vouloir réformer des dogmes révélés de Dieu et professés par l'Eglise chrétienne depuis quinze cents ans.

Il est donc évident que les vraies causes des progrès rapides du luthéranisme ont été des passions très-condamnables, la jalousie et la haine que l'on avait conçues contre le clergé, l'ambition d'envahir ses biens et de dominer à sa place, le désir de secouer le joug des pratiques les plus gênantes du catholicisme, l'animosité des princes de l'empire de Charles- Quint, l'orgueil et la vanité des litté-

rateurs qui se flattaient d'entendre la théologie mieux que les théologiens, la mauvaise foi avec laquelle les prédicants travestissaient les dogmes catholiques, et les belles promesses qu'ils faisaient d'une entière correction dans les mœurs, qu'ils n'ont pas eu le pouvoir d'opérer. C'est trèsmal à propos que Luther donnait ses succès comme une preuve de sa mission pour réformer l'Eglise, et que les protestants veulent faire envisager cette révolution comme un prodige, et son auteur comme un homme extraordinaire ; cette prétendue réforme n'a été ni légitime dans son principe, ni louable dans ses moyens, ni heureuse dans ses effets. Voyez Mission,

Page 1