‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 57 sur 114 · LYC · texte numérisé non relu

LYC

convenir qu'il amollit les hommes, énerve les courages, pervertit les idées, éteint les sentiments d honneur et de probité. Il étouffe les arts utiles pour alimenter les talents frivoles ; il tarit la vraie source des richesses en dépeuplant les campagnes, en ôtant à l'agriculture une inimité de bras. Il met dans les fortunes une inégalité monstrueuse, rend heureux un petit nombre d'hommes aux dépens de vingt millions d'autres. Il rend les mariages trop dispendieux par le faste des femmes, et multiplie les célibataires voluptueux et libertins : double source de dépopulation. En donnant aux richesses un prix qu'elles n'ont point, il ôte toute considération à la probité et à la vertu : il réduit la moitié d'une nation à servir l'autre, et produit à peu près les mêmes desordres que l'esclavage chez les anciens.

Mais c'est surtout aux ecclésiastiques que les canons défendent toute espèce de luxe. Comme leur conduite doit être plus modeste, plus exemplaire, plus sainte que celle des laïques, toute superfluité leur est plus sévèrement interdite. Le deuxième concile général de Nicôe, tenu l'an •787, can. 16, défend aux évoques et aux' clercs les habits somptueux et éclatants, et l'usage des parfums; cet usage semblait cependant nécessaire lorsque le linge était beaucoup moins commun qu'il ne l'est aujourd'hui.

Le concile d'Aix-la-Chapelle, de l'an 816, can. 145, leur défend la magnificence et toute superfluité dans la table et dans la manière de s'habiller. En 1215. celui de Montpellier, can. 1, 2, 3, leur fait la même leçon, leur interdit les habits de couleur et les ornements d'or et d'argent. Le concile général de Latran, tenu la même année, can. 16, est encore plus sévère; il rappelle les canons du quatrième concile de Carthage, tenu l'an 398, qui veut que la maison, les meubles, la table d'un évêque soient pauvres. Eniin celui de Trente, sess. 22, de Réform., c. 1, recommande instamment l'observation de cette discipline, et renou-

velle à ce sujet tous les anciens canons.

L'usage, la coutume, le relâchement des mœurs, les prétextes tirés de la naissance et de la dignité, ne prescriront jamais contre des règles aussi respectables. Le concile de Montpellier, que nous venons de citer, observe très- bien que le luxe des ecclésiastiques les rend odieux, étouffe dans les laïques le respect et la confiance, fait murmurer les pauvres, et tourne au détriment de la religion. C'est encore aujourd'hui le lieu commun des incrédules, et le sujet le plus fréquent de leurs invectives contre le clergé. Il y aurait donc plus à gagner qu'à perdre pour cet ordre vénérable, si tous ses „ membres étaient assez courageux pour lutter contre le torrent des mœurs publiques, et se renfermer dans les bornes du plus étroit nécessaire.

L.es grands hommes qui ont honoré l'Église par leurs talents et par leurs vertus étaient tous pauvres; ceux mêmes qui étaient riches par leur naissance, renonçaient^ à leur patrimoine en embrassant l'état ecclésiastique, quoique cette obligation ne leur fut imposée par aucune loi.

Parmi les évêques du troisième siècle, le seul Paul de Samosale se fit remarquer par un luxe scandaleux; mais il fut hérétique, méchant homme, déposé et excommunié pour ses erreurs et pour ses vices. Ammien Marcellin, auteur païen du quatrième siècle, atteste que plusieurs évêques des provinces se rendaient recommandables devant Dieu et devant les hommes par leur sobriété et leur austérité, par la simplicité de leurs habits, par un extérieur humble et mortifié. Ilist., 1. 27.

nac. 458. Voyez Bingham, Orig. eeclêsiasl., 1. 6, c. 2, § 8, tome 2, pag.

Page 1