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l'analogie avec la cire des abeilles, au point qu'on en a pu faire des bougies ; elle fond a 60°, est soluble dans l'alcool à 40° en ébullition, soluble dans la potasse ; 2° l'autre, que l'auteur nomme fibrine parce qu'elle présente tous les caractères de celle que l'on retire du sang des animaux. Elle donne de l'azote par l'acide nitrique faible, et dégage des matières ammoniacales en abondance par la distillation. On n'a pu y constater la présence du caoutchouc d'après l'examen chimique donné par les auteurs ; on aurait pour la composition de ce liquide : fibrine, albumine végétale, 3,73; cire, résine, principes solubles, sels, etc, 28,41 ; eau, 72,86. Ce lait se compose donc d'une matière azotée (fibrine), d'une cire qui remplace le beurre, d'une petite quantité de sucre; de plus, on a retrouvé, dans les cendres, du phosphate de chaux, de la chaux, de la magnésie, de la ciliée. »
(Dict. gêner, des scien. art. lait végétal.)
On peut citer comme ayant des propriétés assez semblables à celles de V arbre à lait, le hya-hya de la Guyane anglaise, le cocotier commun dont les cocos, lorsqu'ils sont à moitié murs, se remplissent d'un liquide blanc assez semblable à du lait, l'asclepiade lactifère de l'île de Ceylan, 'qui, selon M. de Candole, a besoin d'être mieux étudié, etc.
Le Noir.
LALANDE (Joseph-Jérôme Le Français de). (Théol. hist. biog. et bi~ bliog.) — Ce célèbre astronome français,^ à Bourg dansla Bresse en 1731 et mort à Paris en 1807, s'est acquis une gloire presque égale par son humanité, son plaisir à rendre service, sa bienveillance pour les malheureux proscrits qu'il cacha, durant la Terreur, dans les caves de l'Observatoire, que par sa science. Il avait été élu membre de l'Académie des sciences n'ayant pas encore vingt-six ans, et il était déjà membre de celle de Berlin où il était allé faire des observations pour la détermination de la parallaxe de la lune. Il a laissé : Voyage d'Italie; Traité des canaux; Traité d'astronomie. 11 avait commencé cet ouvrage
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dès sa jeunesse ; Catalogue des étoiles utiles aux observations. Le nombre en est porté à 50 mille, et il le travaillait encore quand il mourut ; etc.
LA LUZERNE. (César-Guillaume , cardinal de). [Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce théologien français, né à Paris en 1738, évèque de Langres en 1770, cardinal en 1814, et mort en 1821, après avoir fait partie de l'Assemblée des notables et des Etats généraux en 1785, ensuite de l'Assemblée constituante, et s'être retiré en Autriche de 1790 jusqu'à 1814, a laissé des travaux théologiques dans lesquels respirentles idées gallicanes, et très-solidement écrits. Plusieurs furent adoptés dans renseignement des séminaires ; tels sont les suivants :
Considérations sur divers points de la morale chrétienne, 5 vol in-12, Venise, 1795; Dissertations sur lésvérilvs delareligîon, 4vol. in-12, 1802; Explication des Evangiles, 5 vol in- 12, 1807; une édition de sas Œuvres complètes, 10 vol. in-8, Lyon, 1842.
Le Nom.
LAMAÏSME (le). [Théol. mixt. scim.
des rel.) — Le lamaïsme est une des formes du brahmanisme et la plus pure qu'ait affectée le bouddhisme, il est professé par les Mongols, lés Kirghises, les Kalmouks et surtout par les habitants du Thibet. Nous donnons aux mots Biiahmanisme et Boiddhisme, des exposés, à notre point de vue, de ces religions; le lecteur préférera peut-être ici l'appréciation d'un autre; c'est pourquoi nous lui donnerons l'extrait suivant de l'article lamaïsme de M. Mattès dans le Dict.
encycl. de la théol. cathol. On y verra qu'en ce qui est des faits, cette appréciation se retrouve d'accord avec les nôtres.
« Les prêtres de cette religion, qui en sont en même temps les dieux, se nomment lamas; lama veut dire mère.
En appelant les prêtres lamas, on indique que les prêtres sont, à l'égard du peuple, ce qu'est la mère pour ses enfants. Les prêtres sont, aux yeux des fidèles, la source du salut, le principe de la vie spirituelle. Tout
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découle d'eux, tout revient à eux. On comprend d'après cela que la constitution sociale et politique des pays où règne le lamaïsme soit théocra tique. Le Thibet a toujours été un Etat absolument sacerdotal, et il l'est encore de nos jours, quoiqu'il soit depuis fort longtemps sous la suzeraineté de la Cbine. Les membres du sacerdoce (chubarag) sont très-nombreux. Presque dans cbaque famille un des fils devient lama. La principale occupation des prêtres est la contemplation, la méditation, la prière, le commerce avec les clioses divines. Ils se retirent du monde, ne prennent aucune part aux travaux mondains et matériels; la majeure partie d'entre eux vit dans les couvents, pratiquant une austère abstinence, une pénitence sévère, s'infligeant souvent de cruelles mortifications, et ne se marient pas (peu de tribus permettent le mariage.) Mais, comme toute la direction du peuple, même la direction politique, est entre leurs mains, ils ont une sphère d'activité positive très-étendue. Leurprincipale tâche est la culture intellectuelle du peuple, son éducation, et par conséquent l'étude, qui les met à même de remplir leur ministère, est pour eux d'une stricte obligation.
« A la tète de la hiérarchie sacrée se trouve le grand-lama. Il y en a deux au Thibet, le dalaï-lmaa, qui réside et règne dans le voisinage de Hlassa, au nord-est du Thibet (120 degrés est de longitude et trente degrés nord de latitude), et le bogdolama au sud. Ailleurs les grandslamas portent d'autres noms, par exemple, dans le Boutân, dharmalama; mais il n'est pas vraisemblable que ces différents grands-lamas soient égaux les uns aux autres. Il est certain qu'originairement il n'y avait qu'un grand-lama, savoir le dalaïlama (lama semblable à la mer) ; il se peut qu'avec le cours du temps, et probablement par suite du grand éloignement de Hlassa, quelques lamas haut placés se soient plus ou moins rendus indépendants ; mais au fond, et de nos jours encore, le dalaïlama est le lama suprême et absolu.
Ainsi, tandis que le bogdo-lama est
assez peu estimé par les Chinois, le dalaï-lama reçoit des hommages divins de la part même de l'empereur.
L'empereur s'agenouille devant lui, tandis que le dalaï-lama reste assis ef pose la main sur la tète de l'empereur pour le bénir. Le dalaï-lama recevant des hommages divins, les gens du peuple ne peuvent jamais le voir.
Il faut prendre à la lettre ce qui est dit ici, à savoir que le dalaï-lama est Dieu. C'est le Dieu incarné, existant comme homme; s'il meurt, ce n'est que pour apparaître bientôt sous une autre forme humaine. C'est pourquoi, en général, peu avant sa mort, il désigne lui-même son successeur, c'està-dire qu'il annonce d'une manière plus ou moins nette dans qui, après sa mort, il continuera à exister. C'est au lama ensuite à reconnaître et à proclamer ce nouveau dalaï-lama. Il arrive assez souvent que c'est un enfant, et durant sa minorité c'est le tuteur qui règne; c'était le cas en 1849 (1).
« Le Dieu qui existe dans le dalaïlama, sous une forme humaine, est Bouddha. Or on sait que Bouddha est une des incarnations de Wischnou, lequel est une des formes sous lesquelles se manifeste la divinité indienne. Le lamaïsme, en effet, n'est pas autre chose qu'une forme particulière du brahmanisme, l'antique religion de l'Inde. » M. Mattès jette ensuite quelques aperçus sur le brahmanisme et sur le bouddhisme, qu'il dit avoir envahi une population de 300 millions d'âmes; nous n'avons estimé les populations bouddhistes, pour ne pas nous exposer à être taxé
(1) Il convient d'ajouter ici que celui dans lequel la divinité s'incarne, et qui sera le dalaï-lama, après la mort de celui qui existe, est, comme loi générale désigné par le sort jeté sur tous les villages, puis sur tous les enfants du village que le sort a désigués. Il peut être l'enfant de la plus pauvre cabane. Avant que l'empereur de la Cbine fût devenu le souverain suprême politique du Thibet, c'était le dalal-lau» qui absorbait les deux souverainetés; aujourd'hui, il n'a plus que la suprématie religieuse, de fait, et il se donne comme ayant cédé les embarras de l'autre à l'empereur. Il en était de même au Japon quand le Talcoum était le souverain politique ; durant ce temps le Mikado disait qn' lavait laisié au Taicoum le pouvoir civil, afin d'être plus libre dans l'eiercice du pouvoir religieux; mais depuis que le Taicoum a été renversé, c'est le Mikado qui a ropris les deux pouvoirs, V. Mixado, Tjjcoom it Daiiuos.
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d'exagération qu'à 250 millions. Puis M. Mattès termine par les observations suivantes qui sont pleines de jugement :
« Il y aurait un mot à dire sur le reproche qu'on a fait aux missionnaires d'avoir, au Thibet comme ailleurs, rattaché aux idées courantes du pays, aux croyances et aux pratiques vulgaires, les idées chrétiennes, .et d'avoir voulu, pour ainsi dire, les introduire par contrebande. Mais à quoi donc le missionnaire rattacherat-il son enseignement, si ce n'est aux idées existantes ? C'est en en appelant à sa conviction païenne qu'on peut le plus facilement amener le païen à la certitude chrétienne, tout comme le Juif en invoquant sa conviction judaïque, et chacun en partant de la vérité qui renferme plus ou moins la connaissance qu'il peut avoir de Dieu.
Le missionnaire a pris le même point de départ qu'autrefois l'Apôtre. Le lamaïsme présente sans doute un grand nombre d'idées auxquelles le missionnaire chrétien pouvait Se rattacher; mais il va sans dire que le droit qu'a le prédicateur évangélique dans ce cas ne va pas jusqu'à défigurer la doctrine chrétienne ou jusqu'à rendre possible la ^confusion de l'erreur et de la vérité. » Le Noir.
LAMARTINE (Alphonse-Marie- Louis-Prat de). (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce grand poëte, écrivain et orateur parlementaire français , qui eut un moment de popularité inouï, en 1848, à titre de principal membre du gouvernement provisoire, naquit à Mâeou en 1790, et mourut à Paris en 1869. Il fut élevé .au château de Milly qu'habitait sa famille, dans une délicieuse sérénité, qu'il décrit dans ses Confidences.
Pendant l'empire, la gloire ne le consolait pas de la perte de la liberté.
Ce fut en 1820 que parurent ses premières Méditations poétiques, après de vaines sollicitations près d'un grand nombre d'éditeurs; ceux qui les avaient refusées purent grandement s'en repentir, car en moins de quatre ans elles s'écoulèrent à 48 mille exemplaires. Elle rappelaient, par le sentiment religieux, le génie
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du christianisme, et révélaient unf lyre française qui n'avait pas df modèle. « Nous avons donc ur poëte, » avait dit Lamennais, en s'asseyant dans son lit, au jeune hommf qui était allé lui lire de bon matin une de ses pièces ; mais Lamennair ne lui avait pas procuré un éditeur Le sévère abbé, auquel Lamartine n« parait pas avoir pardonné sa froideur, ne parut pas se douter qu'i" disait en cela la vérité future.
En 1823, parurent les Nouvelle!
méditations , qui furent lues avec moins d'enthousiasme ; puis La mort de Socrateet Le dernier chant de Child- Harold, dont les derniers vers, un peu durs contre « l'ombre romaine».
(l'Italie), lui valurent un duel avec le colonel Pepe qui le blessa dangereusement.
En 1829, Lamartine publia les Harmonies poétiques et religieuses- et fut nommé do l'Académie française ; puis vint'la révolution de 1830, qu'il accepta assez pour se présenter à la députation. Violemment attaqué par Barthélémy dans la Némcsis, il se donna par sa réponse tous les avantages du bon goût, de la dignité et de la poésie. En 1832, il entreprit son grand voyage en Orient, le pays de ses rêves, et y perdit sa fille Julia.
fl voyageait tellement en prince, que les Arabes l'appelaient l'émir français, émir frangi. Ce fut dans ce voyage, qui dura dix-huit mois, quela célèbre visionnaire lady Stanhope lui prédit qu'il sauverait la France d'un grand cataclysme. En 183b parut le Voyage en Orient, 4 vol. in-8».
Elu député pendant son absence, par l'arrondissement de Dunkerque, il ne parla, à la Chambre, que de justice, de morale, de tolérance et de charité. Jocelyn fut publié dans la même année que le Voyage en Orient, ainsi que la Chute d'un ange qui lui fait suite, les deux à titre d'épisodes d'un grand poëme de l'âme dont ils devaient former des parties ou des chants. En 1839 vinrent les Recueillements poétiques. Mais .alors il était devenu député de Mâcon pour ne plus cesser de l'être jusqu'en 1 848, et Lamartine progressait beaucoup comme orateur. Bientôt il refusait
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des portefeuilles et devenait un chef de l'opposition. C'est lui qui trouva ce mot qualificatif : a Le parti des bornes, et cet autre : « La révolution du mépris. »
Enfin en 1847 paraissait la fameuse Histoire des Girondins, 8 vol. in-8, livre tout à l'avantage des sentiments républicains, et en 1848 éclatait la révolution qui portait au pouvoir son illustre auteur.
Nous avions, depuis une année environ,noué avec lui quelques relations par suite d'une circonstance que nous n'avions pas cherchée (V. Prêtée et Poète) ; ces relations furent rompues durant tout le temps que Lamartine jouit de sa popularité et elles reprirent un peu quand le coup d'Etat l'eut forcé de rentrer dans la solitude de l'écrivain où il est mort àsoixante dix-huit ans. Nous trouvions dans cet homme une excellente nature ; on n'est pas meilleur; mais il était cependant trop grand seigneur pour nous plaire beaucoup et nous lui préférions la simplicité du bonhomme Proudhon.
Il nous reste à donner la liste des principaux ouvrages de cette gloire française; outre ceux que nous avons déjà nommés, citons :
Trois mois au pouvoir, in-8, 1848, dont les Pages d'histoire de ta révolution de février de L. Blanc sont la réfutation ; Histoire de la révolution de 1848, 2 vol. in-8, 1849; les Confidences, 1849 ; Toussaint Louverture, drame qui ne réussit pas, malgré l'interprétation de Frédéric Lemaître à la Porte Saint-Martin ; les Nouvelles confidences, in-8, 18S1; Geneviève, mémoire d'une servante, in-8, 1851 ; Le tailleur de Saint-Pont, in-8, 1851 ; Graziella, 1852; Histoire de la Restauratwn, 6 vol. in-8, 1851-53; Nouveau voyage en Orient, 2 vol. in-8, 1853; Visions, 1852, fragment d'un poëme de l'âme humaine et de ses aventures depuis le néant jusqu'à son retour à Dieu, centre universel; Histoire de la Turquie, 6 vol, in-8, 1854; Histoire de la Russie, 2 vol. in-8, 1854; le Conseiller du peuple, 1849-1850; le Civilisateur, 1851; te Cours familier de littérature, 185fi et suiv. ; beaucoup de discours, brochures etc., etc.
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M. de Lamartine avait entrepris lui-même une grande édition complète de ses œuvres avec beaucoup de choses inédites; sa i •<> achève ces publications et y ajoute sa correspondance.
Le Nom.
LAMAS (les). (Théol. mixt. scien.
zool.) — Cette sorte de petit chameau sans bosse du Nouveau Monde, propre au Pérou principalement, a été conçu par la Providence pour rendre habitables à l'homme les montagnes de la Cordillière, comme le chameau pour lui rendre habitables Les sables de l'Arabie, et comme le renne pour lui rendre habitables les solitudes glacées des régions polaires. « Dans le Nouveau Monde, qui ne possède pas de chameaux, dit M. Focillon, c'est le genre des lamas qui les remplace.
Les lamas sont conformés, non plus pour habiter et franchir les solitudes planes qui séparent les résidences des hommes, mais pour peupler ces monts gigantesques qui forment une partie considérable du sol de l'Amérique méridionale et pour transporter les fardeaux à travers les sentiers de leurs gorges multipliées. Les populations établies sur les divers points de la Cordillière des Andes, dans, la Nouvelle Grenade, la République de l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili, trouvent dans les nombreux lamas qu'ils élèvent, des bêtes de somme, des animaux de boucherie, des bêtes laitières et des bètes à laine, que rien ne pouvait remplacer pour elles, avant l'importation du bœuf et du mouton par les Européens, et qui restent encore sans rivalité dans les parties les plus montagneuses de ces contrées. Aussi les voyageurs se sont-ils accordés à dire que, sans les lamas, la Cordillière des Andes serait inhabitable, et suivant M. de Castelnau, ils sont indispensables aune population de plusieurs millions d'Indiens. »
François Cuvier peint assez bien ces animaux. « Leur port, dit-il, et leurs oreilles longues, étroites, pointues et très-mobiles annoncent de la vivacité dans les sentiments, et leur regard fait supposer do la pénétration
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et de la douceur; leurs allures, sans être légères, sont franches et assurées; ils ont de la timidité, sans être peureux ; ils prennent facilement confiance en ceux qui les soignent et paraissent même susceptibles d'une profonde affection. »
Les zoologistes anglais admettent généralement quatre espèces de lamas: 1° Le guanaco, qui existe surtout dans sa pureté au Chili, en Araucanie et en Patagonie, à des altitudes de 3,000 et 3, 500 mètres; 2° le lama sauvage ou domestique, qui parait se développer davantage dans les hautes altitudes, et qui est l'espèce abondante dans le Pérou. Ces deux variétés diffèrent des deux suivantes en ce qu'elles ont, comme le chameau, des callosités au sternum, aux genoux et aux carpes, pendant que celles-ci n'ent ont pas ; ces lamas, en eflet, qui sont en si grand nombre à l'état domestique, s'agenouillent pour recevoir leur fardeau comme les dromadaires. 3» et 4° Valpaca et la vigogne, qui sont un peu plus petits, fournissent une plus belle laine, et sont encore restés jusqu'à présent, presque complètement à l'état sauvage, quoiqu'il soit facile de les domestiquer.
On les chasse et les tue pour leurs toisons, à tel point qu'on peut craindre avec raison que les espèces s'en perdent.
On obtient du lama et de l'alpaca des produits croisés qu'on nomme les alpalamas, et l'on en obtient également de l'alpaca et de la vigogne, qu'on nomme les alpavigognes. Les avantages de ces croisements consistent surtout en ce que les formes plus grandes du lama se trouvent associées ' aux fines toisons de l'alpaca, et en ce que, la finesse de la toison de Valpavigogne égalant celle de la vigogne, sa laine acquiert la longueur de celle de i'rtZpaca.UncurédelavilledeMacusani, dans le Pérou, nommé J. Cabrera, a reçu du gouvernement péruvien une récompense nationale pour avoir obtenu tout un troupeau d' alpavigognes qui se reproduisent , sous sa direction, en conservant leur caractère de métis.
11 y a longtemps déjà qu'on fait des efforts pour acclimater les lamas en
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Europe. Buffon en 1765 les signalai! à l'attenlion des gouvernements, et des tentatives étaient faites en vain parce qu'on ne leur donnait pas les montagnes qui convenaient à leur nature.
Depuis 1840, de nouveaux essais ont été tentés, et n'ont pas réussi pour les mêmes raisons. Les Anglais ont été plus heureux en Australie.
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire réussit à faire acheter au gouvernement français de 1S49 un troupeau de lamas que possédait le roi de Hollande ; ce troupeau placé à la faisanderie de Versailles, malgré les conseils des naturalistes, par suite des exigences administratives du gouvernement impérial, y dépérit. La société d'acclimatation, sous l'inspiration de M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, a fait une nouvelle tentative, qu'a déconcertée une é[iizootie. Enfin , la même société poursuit, en ce moment, une autre expérience, qui jusqu'à présent, est heureuse et parait devoir réussir. On peut lire à ce sujet, Acclim. et domestic.
des anirn. utiles, par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, 4 e édit. p. 26 et s.
p. 317 et s.
Quand viendra cet avenir que nous nous plaisons parfois à rêver pour des temps si loin de nous, où tous les pays non-seulement échangeront en toute liberté leurs produits, mais produiront eux-mêmes tout ce qu'ils sont capables de produire? Il faut pour ce résultat que l'homme, qui est le directeur de son globe, commence par être sage à l'égard de lui-même.
Le Noir.
LAMBÉCIL'S (Lambek , Pierre.) (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain que ses nombreux ouvrages ont préservé de l'oubli, naquit à Hambourg en 1628 et mourut à Vienne en 1680, après y avoir embrassé solennellement la foi catholique. 11 fut en faveur près du pape Alexandre VII et de la reine Chrisline de Suède. On peut citer parmi ses écrits : Animadvcrsioncs ad Codini Origines Constant'inopolitanas , Paris, 1655, in-fol. ; Cûmmenlariorum de Bibliothcca CscsaKia Yindobon. lib.
Vlll, avec le Supplément de Daniel
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de Nessel ; Prodromus Eistorix litterarim.
Le Nom.
LAMBERT (François). (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce réformateur principal de la Hesse après avoir été franciscain, naquit à Avignon en 1447, abandonna son ordre et l'Église en 1322 et mourut de la peste à Marbourg en 1530 ; on a de lui :
Rationes propter quas Minoritarum conversationem rejecit; Evangelici in Minoritarum regulam commentarii , avec un commentaire sur le mariage et contre le célibat ; De fidelium vocatione in regnum Christi; De regno, civitate et domo Dei ac D. IV. J. Christi ; Farrago omnium fere rerum theologiearum ; Thèses theologicse in synodo Homburgunsi pro ecclesiarum reformatione, 152G, disputatse et proposées.
Le Nom.
LAMBRUSCHINI (Louis). (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Ce cardinal célèbre sous le pape Grégoire XVI, né à Gènes en 1776, préconisé cardinal en 1831, et mort en 1854, après une vie agitée par les révolutions et pleine d'activité, a laissé plusieurs opuscules spirituels, qui ont été publiés à Rome, 3 vol., en 1838. Accusé d'être un partisan de l'Autriche en 1848, il s'était sauvé à Gaëte déguisé en palefrenier.
Son frère Jean-Baptiste , évèque d'Orvieto , mort dans son diocèse en 1826 après avoir été exilé à Turin, à Bourg, à Belley, a laissé aussi un livre de piété très-estimé : Le guide spirituel pour l'usage d'Orvieto, in-12, Rome 1823. Le Nom.
LAMBRUSCHINI (l'abbé Raphaël).
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain pédagogique italien, né à Gênes en 1788, s'est fait connaître surtout par un grand ouvrage intitulé : de l'Éducation, Florence, 1849 ; il a laissé inachevé un Traité de l'instruction qu'il avait entrepris.
Le Nom.
LAMEN NAIS (l'abbé Félicité-Robert de). (Théol. hist. biog. et bibliog.) —
Cet écrivain français d'une force ex traordinaire qui rappelait les Père de l'Eglise et qui aurait continué le Bossuet si son système philosophique de certitude n'avait endommagé pai la racine même ses productions, na quit à Saint-Malo, en 1781, non loin du toit qui avait vu naître Chateaubriand, et, après de grands tumulte' littréaires et religieux produits par se' écrits et par ses évolutions intellectuelles, il mourut à Paris, âgé de soixante-treize ans, en 1854, refusant de se réconcilier avec l'Eglise, et comme l'a dit M. Laurentie, en put philosophe, espèce de Socrate.
Nous craindrions d'être partial en faisant nous-même la biographie dp ce grand écrivain qui, sur le principe de certitude était si loin de nos idées tout en s'en rapprochant sous d'au très rapports; c'est pourquoi nous 1?
composerons d'extraits de celle qu'* insérée M. I. Gœchler dans le Dict encycl. de la théol. cathol.
« Félicité de Lamennais apparte nait à une famille aisée (1) qui avaii été anoblie par Louis XV. Aumomen' où la Révolution éclata, l'ecclésias tique qui élevait Robert et son frère Jean émigra en Angleterre, et le* deux frères furent obligés de se ren dre seuls à l'école; ils usèrent df leur liberté pour lire tout ce qui sr trouvait sous leur main. Rousseai" surtout s'empara de l'esprit du jeurir Lamennais et exerça une telle in fluence sur lui qu'il tomba dans un froide et désolante indifférence.
« Cependant son génie ardent c' fécond ne put demeurer longtemps soumis à des entraves si contraires ' sa nature. Dès 1801 Lamennais publila traduction du Guide spirituel d- Louis de Blois, qui annonçait k changement qui s'était fait en lui Ses idées prirent une forme nette c' originale dans ses Réflexions sur l'éta de l'Église en France pendant le dix huitième siècle, et sur la situation oc tuelle, Paris, 1808. Voyant la Franc entière souffrant de la maladie mo raie dont il venait d'être délivré, i montra dans ses Réflexions que l'in
(1) Une famille d'armateurs,
Le Non.
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différence était la racine de tous les malheurs de sa patrie. Tandis qu'il cherchait ainsi à réveiller parmi les Français l'amour qui s'était renouvelé en lui de la foi catholique, condition absolue du salut, il révélait déjà, à l'origine de sa carrière littéraire, le caractère spécial qui devait animer toutes ses œuvres. Il considère le peuple dans ses rapports avec la religion, l'État dans ses rapports avec l'Église; c'est le peuple qui est le point de départ; l'État et l'Eglise ne viennent qu'en seconde ligne. Dans ses Réflexions, Lamennais avait, du point de vue du respect dû aux droits de l'Église, porté un jugement trèsrigoureux sur les articles organiques que Napoléon avait ajoutés au concordat conclu avec Rome en 1801.
La police défendit immédiatement le livre qui attaquait si résolument l'esprit du gouvernement impérial, et l'auteur lui-même se retira, à la suite de cette persécution, à Saint- Malo, où il enseigna les mathématiques. Mais il y occupa ses loisirs à préparer une seconde attaque contre la conduite de Napoléon à l'égard de l'Église. Dans sa Tradition de l'Eglise sur l'institution des évêques, à laquelle il travaillait avec son frère depuis 1808, il tâcha de démontrer par la tradition que la juridiction ecclésiastique n'appartient qu'au Saint-Siège, que lui seul peut transmettre la dignité épiscopale. L'impression de cet écrit eut lieu au commencement de 1814, mais le 11 avril de la même année l'Empire, on le sait, s'écroula.
« On pouvait espérer que la Restauration ramènerait le peuple et le gouvernement à la religion, et M. de Lamennais n'hésita pas à se prononcer énergiquement en faveur de la monarchie restaurée. Pendant les Cent-Jours il se retira en Angleterre et y souffrit de dures privations. De retour en France, après la chute définitive de Napoléon, il fut ordonné prêtre en 1817. L'année suivante parut le premier volume de son célèbre livre : Essai sur l'Indifférence en matière de religion. 11 y développa avec un talent si grand et une éloquence si entraînante son idée fon-
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damentale, que la religion est la seule base véritable de la société et de l'État, de même que l'indifférence en entraine infailliblement la perte, que bientôt la gloire de son nom se répandit partout. M. de Lamennais enseignait dé plus, et avec non moins d'éloquence, que cette religion doit être une religion spéciale, reposant sur une autorité extérieure et visible.
Dans les volumes suivants, qui ne furent terminés qu'en 1823, il démontra que la religion réclamée ne pouvait être autre que la religion, catholique. Il lit de cette démonstration la base d'une philosophie qui, dès lors, à l'insu de son auteur, avec une inexorable rigueur, minait et ruinait l'édifice qu'elle devait supporter.
« La Restauration ne fut pas plus favorable aux principes de M. de Lamennais que le gouvernement impérial, et l'auteur de l'Essai sur l'Indifférence fut bientôt, vis-à-vis du gouvernement des Bourbons, dans la situation qu'il avait prise vis-à-vis de Napoléon. Dès 1823 un article qu'il avait publié dans le Drapeau blanc le fit citer devant les tribunaux, qui le condamnèrent à quinze jours de prison et à une amende.
« Trois ans après il publia sa brochure de la Religion considérée dans ses rapports mec l'ordre public et civil, Paris, 1826, dans laquelle il soutenait que toute la religion s'incorporait en quelque sorte dans l'autorité du Pape, qui était, par conséquent, le dernier appui de la société, d'où il tirait la conclusion que l'Etat doit être dans la dépendance du Pape.
« A la même époque il attaqua le système gouvernemental en critiquant avec une violence inouïe les Quatre Articles que le gouvernement avait admis parmi les principes fondamentaux de l'État, et que M. de Lamennais disait trahir à la fois 1 hglise et la raison. Le ministre de la nistice, M. de Corbière, le lit accuser devant les tribunaux d'outrage a a majesté royale et d'excitation a la désobéissance aux lois de l'Etat. Le tribunal, vivement impressionné par l'éclatante défense de M. Berryer, ne le reconnut coupable que du second
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point et ne le condamna qu'à une amende de 30 francs.
« Le ministre des affaires ecclésiastiques, M. Frayssinous chercha à réfuter d'une autre manière le repro- ■ che adressé au gouvernement d'être hostile à l'Église et surtout de méconnaître les droits du Pape. Il convoqua quatorze évêques à Paris, et ceux-ci, dans uue déclaration du 3 avril, renouvelant la doctrine des Quatre Articles, désignèrent comme une doctrine anarchique celle qui soumettait la puissance temporelle à l'autorité religieuse.
« M. de Lamennais se rendit alors à Rome, où le Pape Léon XII le reçut de la manière la plus honorable.
On dit, mais rien ne le constate, que le Pape lui offrit un évêché et mémo le chapeau de cardinal. Revenu d'Italie, M. de Lamennais se retira à La Chenaj'e, domaine situé en Bretagne. Là il travailla avant tout au développement de sa philosophie.
« Dans son Essai sur l'Indifférence il avait ramené la question de la vérité de l'Église à la question même du principe de la certitude. Quant à cette dernière question il répondait que l'assentiment général de la raison humaine, ou le sens commun, était la seule mesure d'évaluation, l'unique règle d'appréciation de la vérité dans toutes les sphères; que le Christianisme avait en effet pour lui le témoignage de la raison générale, le sens commun de l'humanité; que la religion, absolument une. et unique, fut, dès l'origine, révélée par Dieu au genre humain ; que l'autorité à laquelle, au point de vue religieux, la raison individuelle doit se soumettre, est le témoignage que toute l'humanité rend des faits de la conscience religieuse que Dieu même a posée en elle; que cette conscience n'a jamais varié ; qu'elle n'a fait que développer ce qu'elle renfermait originairement, et que c'est comme l'orme développée de cette conscience religieuse du genre humain qu'il faut comprendre le Christianisme, et plus spécialement l'Église catholique, dont l'autorité parle par la bouche d'un organe unique, qui est le Pape
« Mais si les peuples sont les détenteurs de la vérité, et avant tout de la vérité religieuse ; si celle-ci est la base de toutes les institutions politiques, il n'y avait qu'un pas à faire pour affirmer que dans le peuple seul réside le pouvoir souverain, qui constitue l'État en se développant librement. M. de Lamennais avait fait ce pas d'une manière assez explicite dans son Essai; mais il ébranlait par là même la seconde colonne sur laquelle reposait jusqu'alors son système politique, savoir l'alliance de la monarchie avec le Saint-Siège, d'où devait sortir le bonheur des peuples.
Cette contradiction s'était déjà révélée dans la brochure qu'il publia en 1821 sur les Progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Église...
« Tout à coup la révolution de Juillet éclata au dehors ; la démocratie, sous la forme du libéralisme, remportait la victoire sur l'ancien régime. Un des premiers principes du gouvernement de Juillet, comme on le sait, fut l'indifférence de l'Etat en matière de religion, en d'autres termes, la séparation de l'État et de l'Église. M. de Lamennais salua avec enthousiasme l'ère nouvelle, qui correspondait aux dispositions de son esprit et aux conséquences de son système. S'associant à ses amis e.t disciples, l'abbé Lacordaire et le comte de Montalembert, il fonda une association en faveur de la libellé religieuse, et à dater du mois d'octobre 1830 parut le fameux journal l'Avenir, rédigé par ces trois hommes do courage et de talent.
a Ce journal tâcha, avec une infatigable énergie et une rare éloquence, de porter le clergé à se séparer des Etats qui tombaient en ruines, à oublier les concordats qui se dissolvaient d'eux-mêmes, à renoncer au budget pour reconquérir son indépendance, à revenir à la pauvreté du Christianisme primitif, et à entrer en alliance avec les peuples victorieux, en s'appuyant sur la liberté des cultes et de l'enseignement qui avait été proclamée. A cette époque M. de Lamennais s'efforçait encore sérieusement de maintenir le Christianisme sous la forme de l'Eglise et de le marier à la
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démocratie; l'Avenir proclamait avec une énergie souvent exagérée l'autorité du Pape, cbef de l'Église, comme la seule autorité non-seulement infaillible, mais légitime.
« Cependant les idées du journal n'obtinrent pas la faveur de la partie réfléchie du clergé français, et, comme d'ailleurs le journal tenait à l'égard de l'épiscopat un langage par trop libre et par trop téméraire, il s'éleva bientôt contre lui une réaction des plus vives, dont l'Ami de la Religio7i devint l'organe.
« A peine Grégoire XVI fut-il monté sur le trône pontifical, le 10 février 1831, que les rédacteurs de l'Avenir se bâiérent de soumettre leurs principes au jugement de Rome, pour se garantir, autant que possible, contre toutes les attaques. A cet effet ils adressèrent à Rome une profession de foi dans laquelle ils revenaient un peu sur leurs pas, concédant que l'Église et l'État devaient être unis par des rapports réguliers, mais ramenant la légitimité du pouvoir, dans un sens tout à fait démocratique, au respect des droits du peuple. Comme il ne fallait pas s'attendre à une prompte approbation du Pape, V Avenir fut provisoirement suspendu, et MM. de Lamennais, Lacordaire et de Montalembert partirent, vers la lin de 1831, pour Rome, où ils voulurent suivre personnellement leur affaire.
« D'après M.delamcnnrris les gouvernements de France, de Russie, d'Autriche et de Prusse, avaient, avant leur arrivée, fait des démarches diplomatiques pour pousser la cour romaine à rejeter les tendances de {'Avenir. Dans tous les cas l'enquête sur leurs théories était encore pendante, et le saint Père ne reçut les pèlerins, comme ils s'appelaient eux-mêmes, qu'après qu'ils eurent promis de ne point lui parler de leur affaire.
« Le 3 février 1832 ils remirent au cardinal Pacca un nouveau Mémoire rédigé presque en entier par il. Lacordaire. Le cardinal leur promit à cette occasion qi;e leur profession de foi serait examinée, en leur déclarant cependant que le saint Père n'ap-
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prouvait pas leur conduite. Sur ces entrefaites une grande portion de l'épiscopat français, l'archevêque de Toulouse à sa tète, se prononça trèsexplicitement sur le danger des doctrines de M. de Lamennais, dans une lettre du 22 avril 1832 adressée an Pape. Les rédacteurs de l'Avenir ne voulurent pas attendre la lin de l'enquête; ils quittèrent Rome dans le mois de juillet et prirent la route de l'Allemagne.
« Dans son encyclique du 13 août, par laquelle Grégoire XVI annonçait à toute la chrétienté son élévation au trône pontifical, la question de l'Arenir'fat résolue. Les doctrines de ce journal, dont les auteurs ne furent pas nommés, y furent rejetées dans les termes les plus formels. Le saint Père chargea le cardinal Pacca d'envoyer plusieurs exemplaires de l'encyclique à M. de Lamennais
' « Les rédacteurs de l'Avenir reçurent l'encyclique et la lettre du cardinal à Munich. Le 10 septembre ils déclarèrent que, obéissant à l'autorité suprême du Vicaire de Jésus-Christ, l'Avenir, qui, après l'encyclique, avait été prohibé dans tous les diocèses, cesserait de paraître, et que l'administration supérieure de l'association pour la défense de la liberté religieuse serait suspendue. M. de Lamennais envoya cette déclaration au cardinal Pacca, en le priant de la communiquer au Saint-Père. Le 27 octobre le cardinal répondit que le Pape avait pris avec satisfaction connaissance de la démarche des rédacteurs.
« Cependant M. de Lamennais se retirait de la scène avec une blessure profonde dans l'âme, et la démocratie n'eut pas de peine à triompher de son amour pour l'Église. 11 montra bientôt, dans quelques brochures et quelques articles de journaux, qu'il ne s'était nullement soumis à l'esprit de l'encyclique : tel fut son opuscule le Pèlerin polonais. Grégoire XVI en avant reçu avis exprima, dans un bref adressé le 5 mai à l'archevêque de Toulouse, l'étonnement et la douleur que lui causaient ces bruits, dont il parlait du reste d'une manière générale et sans nommer M. de Lamennais.
Là-dessus celui-ci envoya au Pape
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par l'entremise de son évèque, Mgr. de Rennes, une lettre, dans laquelle, en l'assurant de son innocence, il déclarait vouloir désormais rester étranger aux affaires de l'Eglise et du souverain Pontife, demeurer obéissant au Saint-Siège dans ses lois et ses décisions, en tant qu'elles se rapporteraient à la foi et à la charité, et finalement demandait qu'on lui dictât une formule de soumission, dans le cas où Rome ne serait pas encore satisfaite.
« Le Pape dans un bref envoyé à l'évêque de Rennes, nommait le's divers écrits que le bruit général attribuait à M. de Lamennais, sans que celui-ci eût nié par un seul mot cette paternité. Après avoir jugé comme elle le méritait l'amère assurance donnée par M. de Lamennais de sa future indifférence, le Pape adhérait à sa demande et lui exprimait le désir qu'il s'engageât à suivre uniquement et absolument la doctrine exposée dans l'encyclique, et à n'écrire et à n'approuver rien qui ne fût conforme à cette doctrine. C'est ainsi que le Pape prenait acte de la promesse faite par M. de Lamennais d'obéir au Saint-Siège. Mais la promesse n'était pas sincère, et M. de Lamennais ne tarda pas à sortir de sa position équivoque. Par sa lettre du 5 novembre, qu'à l'insu de son évèque il adressa à Rome par la nonciature de Paris (et qu'il rendit d'ailleurs publique), il distingua expressément dans la teneur de l'encyclique les questions purement religieuses des questions purement politiques et temporelles , pour lesquelles il revendiquait la liberté des opinions, des paroles et des actes.
« Le 28 novembre arriva une lettre du cardinal Pacca, qui en appelait à la probité de M. de Lamennais pour décider si sa déclaration répondait aux désirs de Rome et à ses propres promesses, et qui demandait de nouveau, comme le Saint Père et en son nom, une soumission absolue et sans réserve à l'encyclique. En effet, abstraction faite de ce que M. de Lamennais pouvait, moyennant sa réserve, représenter tout dogme qui lui déplairait comme une décision relative à des questions n'étant pas purement
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du ressort de l'Église, les doctrines rejetées par le Pape étaient en relation intime avec la religion en général, et surtout avec la tradition catholique, dont le domaine, M. de Lamennais l'avait souvent enseigné , s'étendait certainement au delà des dogmes et des principes de morale.
« Après avoir fait encore quelques concessions dans un nouvel écrit, avec l'espoir d'échapper à la condamnation de Rome, M. de Lamennais consentit, sur la prière de l'archevêque de Paris, Mgr. de Quélen, et de son frère, le respectable abbé de Lamennais, à signer sous les yeux de l'archevêque la formule prescrite. Il prétendit plus tard, dans son livre sur les Affaires de Rome, qu'il n'avait consenti à cette démarche que par amour de la paix, et qu'il avait formellement déclaré, en signant, que cet amour de la paix lui ferait souscrire tout ce que supposaient tacitement les exigences de Rome, à savoir même que le Pape est Dieu. Il' rapportait en outre qu'il avait dit à l'archevêque que les principes du Catholicisme l'avaient induit en erreur, et qu'il faisait les réserves que réclamaient ses obligations envers sa patrie et l'humanité. Quoi qu'on en pense, il est évident que M. de Lamennais ne cherchait qu'à se débarrasser de son différend avec l'Église.
« Le souverain Pontife, dans la joie qu'il eut de la soumission de M. de Lamennais, le félicita par un bref bienveillant du 20 décembre, de la victoire qu'il avait remportée sur lui-même. Mais le bruit s'étant bientôt répandu que M. de Lamennais persistait dans les opinions qu'il avait promis d'abandonner, l'archevêque de Paris, qui avait peut-être plus que tout le monde des motifs de soupçonner la bonne foi de M. de Lamennais au moment où il avait souscrit la formule, lui demanda de répondre catégoriquement au bref du Saint Père. C'était lui donner l'occasion de dissiper, s'ils étaient faux, les soupçons qui s'élevaient de toutes parts; mais M. de Lamennais était loin de vouloir consentir à une pareille démarche. Il fit connaître ses dispositions par les Paroles d'un Croyant, qui
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parurent en 1834, et devaient le venger, disait-il, d'une façon terrible de toutes les déceptions de sa vie.
« Suivant l'auteur, les princes sont les fils de Satan; l'Église s'est vendue et a trahi l'humanité: le dix-neu- ,vième siècle est la période la plus avilie de l'histoire ; la révolution n'est pas seulement un droit, mais un devoir sacré ; de son sein doivent naître un nouvel État, un nouveau Christianisme, un Évangile que les peuples eux-mêmes expliqueront.
« M. de Lamennais parlait du ton des Prophètes, et son style avait une magnificence presque terrible. Les gouvernements, on le comprend, supprimèrent autant qu'ils purent la brochure, qui fut bientôt traduite dans toutes les langues et dévorée par tous ceux qui savaient lire. Le 25 juin le Pape éleva la voix dans une encyclique qui déclarait cette œuvre impie et perverse. Le Pape déplorait hautement de voir la chute profonde et le parjure de ce fils qu'il avait cru sauvé.
« M. de Lamennais avança rapidement dans la voie qu'il s'était ouverte.
Ses Affaires de Rome, Paris, 1836 ; ses opuscules, le Livre du Peuple, Paris, 1840; de la Religion, Paris, 1841; du Pape et de l'avenir du peuple, Paris, 1842; Amshapands et Derwands, Paris, 1843, et d'autres écrits du même genre développèrent tous l'idée d'un Christianisme démocratique et communiste devant lequel devait nécessairement succomber la tyrannie qui accable les peuples. »
Lamennais avait fait une traduction de l'Imitation de Jésus-Christ qui lui rapporta quelques revenus jusqu'à la fin de sa vie. Dans les dernières années, il donna une traduction littérale de la Divine comédie du Dante, et une du Nouveau Testament qui, comme traduction, nous parait la meilleure, mais dont beaucoup d'éditions sont accompagnées de réflexions et de notes à caractère hétérodoxe.
En 1848, il fut élu représentant du peuple à Paris, fonda le journal le Peuple constituant qu'il ferma par un dernier numéro encadré de noir, et par ces mots célèbres : « Silence au pauvre ! » quand le cautionnement
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fut rétabli. Il travailla de concert avec Georges Sand et Pierre Leroux à diverses publications. 11 prit part à la rédaction de la Réforme et du National, qu'il enrichit de morceaux toujours magnifiquement écrits dans son grand style et fortement pensés :
il fut plusieurs fois dangereusement malade, sans manifester jamais la moindre velléité de se rapprocher du catholicisme. Son biographe a oublié de dire que sous Louis-Philippe, il avait été condamné pour un écrit à une année de prison, qu'il avait subie à Paris. Lorsqu'il mourut, on trouva un testament par lequel il demandait que son corps fût porté de sa demeure à la fosse commune, par le corbillard des pauvres, sans passer par une église, ce qui fut fait.
Il faut reconnaître que Lamennais, dans toute les agitations de son âme, n'a jamais cessé d'être non-seulement un grand théiste , profondément croyant à l'immortalité des âmes, mais encore un philosophe et un artiste de couleur essentiellement chrétienne, puisant ses idées dans l'Évangile, et paraissant considérer le Christ comme une puissance audessus de l'humanité.
Outre les ouvrages que son biographe a cités de lui, nous ne pouvons négliger de signaler encore son Esquisse d'une philosophie, dans laquelle il expose d'une part, si magnifiquement, la trinité et nie, d'autre part, tout surnaturel dans la nature.
Ajoutons enfin que l'abbé de Lamennais fut pendant toute sa vie d'une pureté de mœurs qui échappa même à la calomnie. Il était par nature plus artiste, plus politique et plus orateur-écrivain que philosophe.
Ses Paroles d'un croyant, traduites dans toutes les langues ont été, après le Télémaque de Fénelon , le plus grand succès de librairie qui se soit vu en France. Il aimait les beaux tableaux, mais ses modestes revenus, qui n'allaient qu'à environ 3,000 fr., ne lui permettant pas de se procurer des originaux, il avait fait de son appartement un musée de copies d'un assez grand nombre de chefs-d'œuvre des Raphaël et des Michel-Ange , qu'on vendit à sa mort. Le Nom.
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LAMENNAIS (l'abbé Jean-Marie- Robert de). (Theol. hist. biog. et Libliog.) — Ce frère aîné du précédent, né à Saint-Malo en 1775 et mort trèsvieux quelques années après son frère, chanoine honoraire du diocèse de Rennes, fut le premier professeur de iatin du célèbre écrivain, composa .îvec lui Tradition de l'Eglise sur l'institution des évêques, etc., 3 vol. in-8, 1814, et Réflexions sur l'état de l'Eglise m France pendant le xvm* siècle, etc., 3 vol, in-8, 1814. Il fonda l'ordre des frères de Saint-Joseph pour l'éducation, fut grand vicaire de Saint-Brieuc jt vicaire général de la grande aumûnerie de France jusqu'en 1824, et laissa encore les ouvrages suivants :
De l' Enseignement mutuel, in-8, 1810:
Règles des filles de la Providence étantes à Saint-Brieuc, Rennes, 1847 ;
etc.
Le Nom.
LAMENTATION (la.) (Theol. mixt.
litter. et art.) — ■ V. poésie.
LAMENTATION, poëme lugubre.
Jérémie en composa un touchant la mort du saint roi Josias, et dont il est fait mention, H. Parai., c. 35, y. 25. Ce poème est perdu ; mais il en reste un autre du même prophète touchant les malbeurs de Jérusalem ruinée par Nabuchodonosor.
Ces lamentations contiennent cinq chap très, dont les quatre premiers font en vers acrostiches, et abécédaires ; chaque verset ou chaque strophe commence par une des lettres de l'alphabet hébreu, rangées selon l'ordre qu'elles y gardent; le cinquième est une prière par laquelle le prophète implore les miséricordes du Seigneur. Les Hébreux nomment ce livre Echa, c'est le premier mot du texte, ou kinnoth, lamentations; les Grecs epf.voi, qui signifie la même chose. Le style de Jérémie est tendre, vif, pathétique ; son talent était d'écrire des choses touchantes.
Les Hébreux avaient coutume de faire des lamentations ou des cantiques lugubres à la mort des grands hommps, des rois ou des guerriers, et à l'occasion des calamités pudiques ; ils avaient des recueils de
ces lamentations ; l'auteur des Paralijjomènes en parle dans l'endroit que nous avons cité. Nous avons encore celle que David composa sur la mort de Saùl et de Jonathas. II. Reg., c. 1 , f. 18. Il parait même que les Juifs avaient des pleureuses à gage, comme celles que les Romains appelaient prœficse : « Faites venir les pleu- » reuses, dit Jérémie, qu'elles ac- » courent et qu'elles se lamentent » sur notre sort. » Cap. 9, f. 17, 18.
On chante les lamentations de Jérémie pendant la semaine sainte à l'office des ténèbres, alin d'inspirer aux fidèles les sentiments de componction convenables aux mystères que l'on célèbre dans ces saints jours. Jérusalem, désolée de la perte de ses habitants, est la figure de l'Eglise chrétienne affligée des souffrances et de la mort de son divin Epoux ; c'est aussi l'image d'une âme qui a eu le malheur de perdre la grâce de Dieu par le péché, et qui désire la récupérer par la pénitence.
Dans le ch. 4, ^. 20, on lit ce passage remarquable : « Le Christ ou » l'oint du Seigneur a été pris pour » nos péchés; lui à qui nous disions, » sous votre ombre ou sous votre » protection nous vivrons parmi les » nations. » Les Pères de l'Eglise ont appliqué avec raison ses paroles à Jésus-Christ; on ne conçoit pas de quel autre personnage que du Messie le prophète a voulu parle/. C'est aussi à lui que les anciens docteurs juifs en ont fait l'application. Voyez Galatin, 1. 8, c. 10. Lergier.
LA METTRIE (Julien Offray de).
(Theol. hist. biog. et bibliog.) — Ce médecin français, né à Saint-Malo en 1707 et mort en 1751 après avoir été forcé de quitter la France à cause de ses opinions philosophiques et avoir été accueilli par Frédéric le Grand roi de Prusse, a laissé des ouvrages dans Usquels il s'affiche ouvertement comme un pourceau du troupeau d'Epicure, prêche l'athéisme, le fatalisme et le matérialisme, et dit de la religion qu'il faut bannir de la société cet épouvantait. Ces ouvrages sont:
L'histoire natrtnlle de l'ûmr; Pénélope ou le Machiavel en médettru\
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L'homme machine; une traduction avec commentaires des Aphorismes de Boerhaave. On ne compose rien d'aussi dénué de pudeur philosophique aujourd'hui môme. Le Noir.
LAMI (Bernard). (Theol. hist.biog.
ctbibliog.) — Ce prêtre de l'Oratoire, né au Mans, et mort à Rouen en 181 S, dont les mœurs furent aussi pures et la piété aussi solide que le savoir étendu, malgré desopinions d'exégèse évangélique qui le brouillèrent avec Mgr. de (juélen, archevêque de Paris, a laissé une multitude d'ouvrages de diverses natures, parmi lesquels on peut citer : Traité de la Grammaire en général, in-12; Entretien sur les Sciences et sur la manière d'étudier, 1706, in-12; Rhétorique, et Réflexions sur l'Art poétique, 171b, in-12 ; Traité de l'Equilibre, 1687, in-12; Traité de Perspective, 1700, in-8° : Démonstration de la sa'nteté et de la vérité de la Morale chrétienne, 1706 à 1716, 5 vol.
in-12 ; Apparat de la Bible, consistant en vingt grands tableaux, imprimés à Grenoble en 1686, dont le contenu est surtout archéologique ; Harmonia siée Concordia evangelica, Lyon, 1609, 2 vol. in 4°. Traité historique de l'ancienne Pdque, 1692 : De Tabernaado fœderis, de sancta civitate Jérusalem et de templo cjus, 1720, in-fol., Paris. Le Noir.
LAMI (dom François). (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce bénédictin, né à Montereau en 1636, et mort à Saint-Denis, en 1711, regretté de tous ses confrères par sa piété, ses bonnes manières, sa science et sa philosophie religieuse, a laissé : De la connaissance de soi-même, Paris, ' 1694-1698; 2 e édition, 1700, in-12, 6 vol, ouvrage très-remarquable, à la fois ascétique et philosophique : Vérité évidente de la Religion chrétienne, Paris, 1694, in-12; ouvrage dans lequel l'auteur combat l'opiuion d'un Jésuite de Caen, qui soutenait que la vérité de la religion chrétienne ne peut être démontrée d'une manière mathématique et rigoureuse ; Le Nouvel Athéisme renversé, ou Réfutation du système de Spinosa, tirée de la connaissance de la nature de l'homme,
1695 ; Méditations pieuses sur l'état religieux, 1697 ; les Saints Gémissements de l'âme sur son éloignement de Dieu :
là Tyrannie du corps, premier sujet de gémir, Paris, 1701, in-12; les Leçons de la sagesse sur l'engagement au service de Uiea, Paris 1703, in-12 ; Lettres théologic[ues et morales sur quelques sujets importants, Paris, 1708, iu- 1 2 ; l'Incrédulité amenée à la relia ion par la raison, en- quelques entretiens où l'on tmiû de l'alliance de la raison avec la foi, Paris, 1710, in-12; opuscule dans lequel les preuves du Christianisme sont déduites principalement de la philosophie. Le Noir.
LAMPADAIRE, nom d'un officier de l'Eglise de Constantinople, qui avait soin du luminaire et portait un bougeoir élevé devant l'empereur et l'impératrice, pendant qu'ils assistaient au service divin. La hougie qu'il tenait devant l'empereur était entourée de deux cercles d'or en forme de couronne, et celle qu'il tenait devant l'impératrice n'en avait qu'un.
Un critique moderne, qui n'est pas ordinairement heureux dans ses conjectures, dit que lus patriarches de Constantinople imitèrent cette pratiqué, et s'arrogèrent le même droit; que de là vraisemblablement est venu l'usage de porter des bougeoirs devant les évoques lorsqu'ils officient :
il pense que cette coutume, quelque interprétation favorable qu'on puis.:e lui donner, n'est pas le fiuitdes préceptes du christianisme.
11 se trompe; Jésus-Christ, dans l'Evangile, a dit à ses disciples :
a Ayez toujours des lampes ardentes » à la main; imitez les serviteurs » vigilants, qui attendent le moment » auquel leur maître viendra frapper » à la porte, afin de la lui ouvrir » promptement. » Luc, c. 12, f. 3'i.
« Vous êtes la lumière du monde...; » faites-la toujours briller devant les » hommes, de manière qu'ils voient » vos bonnes œuvres, etc. » Matlh., c. 5, f. 14. La bougie allumée devant les évèques est évidemment destinée à les faire souvenir de cette leçon de Jésus-Christ ; il n'y a pas là de quoi flatter l'amour-propre. 11 était très-
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convenable d'inculquer la même vérité aux maîtres du monde, surtout lorsqu'ils étaient au pied des autels :
ils ne sont pas moins obligés que les pasteurs à donner bon exemple aux nommes. C'est dans le même dessein que l'on mettait un cierge allumé à la main de ceux qui venaient de recevoir le baptême.
Mais à quoi bon ces couronnes d'or autour d'une bougie ; c'étaient les signes de la dignité impériale. Si l'on imagine qu'il est bon de faire perdre de vue aux souverains les signes de leur dignité, l'on se trompe encore ; ces signes ont été établis, non-seulement pour leur concilier le respect, mais pour les faire souvenir de leur devoir. Lorsqu'ils écartent ces symboles trop énergiques, et qu'ils affectent de se confondre avec le peuple, ce n'est pas ordinairement dans le dessein de l'édifier. Délions-nous d'une fausse philosophie qui tourne en ridicule tout ce que l'on appelle étiquette, bienséance du rang, marque de dignité; parce qu'elle ne veut porter aucun joug : les mœurs, la vertu, la police, le bien public, n'y gagnent certainement rien. Bergier.
LAMPE (la) DANS LES EGLISES.
(Théol. hist. fêt. cèrèmon. insig.
etc.) — L'usage de la lampe constamment allumée devant le tabernacle tire son origine de la loi mosaïque.
Dès le quatrième siècle cet usage était universel. Les lampes se nommaient, suivant leurs formes diverses, cantorus, delphinus, lychni, lychnici, et corona quand elles étaient entourées de cierges; elles étaient entretenues par les fidèles; il y en avait en verre; il y en avait aussi en bronze, en argent, en or. Le second canon des apôtres dit « qu'il n'est permis d'offrir pour l'autel que de l'huile pour la sainte lampe. » Le Noir.
LAMPÉTIENS, secte d'hérétiques qui s'éleva, non dans le septième siècle, comme le disent plusieurs critiques, mais sur la fin du quatrième.
Pratéole les a confondus mal à propos avec les sectateurs de Wiclef, qui n'ont paru qu'environ mille ans plus tard.
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Les lampétiens adoptèrent en plusieurs points la doctrine des aériens; mais il est fort incertain s'ils y ajoutèrent quelques-unes des erreurs des marcionites. Ce que l'on en sait de plus précis, sur le témoignage de saint Jean Damascène, c'est qu'ils condamnaient les vœux monastiques, particulièrement celui d'obéissance, qui était, disaient-ils, contraire à la liberté des enfants de Dieu. Ils permettaient aux religieux de porter tel habit qu'il leur plaisait-, prétendant qu'il était ridicule d'en fixer la couleur et la forme, pour une profession plutôt que pour une autre, et ils affectaient de jeûner le samedi.
Selon quelques auteurs, ces lampe, tiens étaient encore appelés marcianistes, massaliens, euchites, enthousiastes, choreutes, adalphiens et eustathiens. Saint Cyrille d'Alexandrie, saint Flavien d'Antioche, saint Amphiloque d'Icône, avaient écrit contre eux; ils étaient donc bien antérieurs au septième siècle. Voyez la note de Cotelier sur les Const. Apost., 1. b, c. 15, n. 5. Il paraît que l'on a confondu le nom de marcianistes avec celui de marcionites, quand on a dit que les lampétiens avaient adopté les erreurs de ces derniers.
Ce que l'on peut dire de plus probable, c'est que les différentes sectes dont nous venons de parler ne faisaient point corps, et n'avaient aucune croyance fixe; voilà pourquoi les anciens n'ont pas pu nous en donner une notice plus exacte.
Il n'est pas étonnant que les vœux monastiques aient trouvé des adversaires et des censeurs, ne fût-ce que parmi les moines dégoûtés de leur état ; mais ils ont été défendus et justifiés par les Pères de l'Eglise les plus respectables. 11 y a du moins un grand préjugé en leur faveur, c'est qu'ordinairement ceux qui se sont dégoûtés de la vie monastique et l'ont quittée pour rentrer dans le monde, n'étaient pas d'excellents sujets.
Bergier.
LAMPROIE (la) et L'AMMOCOETE.
(Théol. mixt. scien. nat. zool.) — Tout le monde connaît la lamproie, celte espèce de grosse anguille dont lagueule
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est un suçoir. Sa langue se porte d'avant en arrière, et fait le vide entre la lèvre arrondie de cette gueule et le corps étranger, avec une telle force qu'on ne peut l'en détacher.
Parfois elle s'accole ainsi à de gros poissons qu'elle perce et qu'elle dévore. Elle a toujours passé pour un bon mets, depuis que les Romains en faisaient un si grand cas comme aliment de luxe. Ils élevaient des lamproies dans des viviers et plus d'une fois, au temps des persécutions, on vit de grands personnages leur donner des esclaves ou des chrétiens à dévorer. Il y en a de diverses espèces sous tous les climats.
Or M. A Muller de Berlin a fait dans ces derniers temps, sur la lamproie, une découverte des plus curieuses. Il existe un poisson nommé Yammocœte, qui ressemble à un ver, se tient dans Ja vase, est aveugle et s'attache aussi aux animaux comme la sangsue; il y en a une espèce, Yammocœte rouge, qui est couleur de sang, et une autre espèce qui est verte et blanche sous le ventre; c'est le lamprillon ou lamproyon. Vqmmocœie est bonne à manger pour ceux auxquels la forme de ver de 18 centimètres de long environ, ne répugne pas; on s'en sert comme d'appât pour les filets. Duméril avait classé Yammocœte dans la famille des cyclostomes, et tous les savants la regardaient comme formant une espèce à part, tandis que lepeuple sans s'inquiéter de la science, la nommait lamproyon, non sans raison comme on va le voir.
M. Muller étudiant le développement de la lamproie avait recueilli de ses œufs, en avait même fécondé ar- • tiiiciellement en les mettant en contact avec la laitance du mâle, les avait observés dans leur éclosion qui s'était faite au bout de dix-huit jours, et les avait vus devenir de jeunes amrnocœtes quoiqu'ils fussent bien des œufs de lamproie. M. Muller avait réussi à conserver ces ammocœtes pendant plus de deux ans, sans qu'elles subissent aucune transformation, mais enfin il les avait perdues. Que fit-il?
il les remplaça par d'autres anwnoeœtes de même grosseur et de même âge prises dans un ruisseau voisin. Or
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qu'arriva- t-il? Au bout de deux mois, elles devinrent des lamproies; puis elles opérèrent leur ponte et moururent, on a conclu de ces faits que Yammocœte est la larve de la lamproie, que la transformation se fait durant la troisième année, et l'on ajoute que la destinée de ce poisson devenu lamproie est, comme celle de tant d'insectes à l'état parfait, de se reproduire puis de mourir. C'est au moins ce qui parait prouvé pour la lamproie de rivière ou Succt. [Petromizon plancri de Bl.)
Il y aura toujours à découvrir dans les œuvres de Dieu, dans les jeux de la vie, des merveilles nouvelles ; mais il n'est pas sans intérêt de penser que, pour celle-ci, le peuple avait montré par le nom qu'il donnait a Yammocœte, qu'il avait précédé la science dans la découverte du mystère.
LAMPROPHORES , surnom que l'on donnait aux néophytes pendant les sept jours qui suivaient leur baptême, parce qu'ils portaient un habit blanc dont on les avait revêtus au sortir des fonts baptismaux. C'était le symbole de l'innocence et de la pureté de l'âme qu'ils avaient reçues par ce sacrement. Lamprophore est formé de^*[J-'^po<;, éclatant, et de tpépw, je porte. Quand on baptise des adultes, l'on observe encore aujourd'hui l'usage de les revêtir d'un habit blanc; mais l'on se contente de mettre sur la tête des enfants baptisés un bonnet de toile blanche que l'on nomme crémeau. Voyez, ce mot.
Les Grecs donnaient encore le nom de lamprophore au jour de Pâques, tant à cause que la résurrection de Jésus-Christ est une source de lumière pour les chrétiens, que parce qu'en ce jour les maisons étaient éclairées par un grand nombre de cierges. La lumière est le symbole de la vie, comme les ténèbres désignent souvent la mort; de là on regarde le cierge pascal comme l'image de Jésus-Christ ressuscité. Bergiek.
LàMPYRE (le) LUISANT. (Théol.
mixt. scien. zool.) — 11 n'est sorte d'inventions pleines de grâce et d'art
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dont le Créateur n'ait embelli la nature. Ces vers luisants ou mouches lumineuses dont les petits flambleaux phosphorescents brillent comme d'humbles étoiles dans nos gazons, et dont nous avons parlé au mot Causes finales, ne se ressemblent pas toujours à eux-mêmes; chez nous, la femelle seule est lumineuse et sous forme de petit insecte à beaucoup de pattes, tandis que le mâle est un coléoptère à forme d'insecte parfait et muni d'ailes avec lesquelles il vole à sa femelle, qui l'attire de loin par son petit phare, dont elle varie l'éclat à volonté ; mais dans d'autres pays, dans les pays chauds, les deux sexes sont à la fois ailés et luisants , et rien n'est plus gracieux que cet insecte nocturne, se révélant dans les ténèbres à l'œil de l'homme, commo une étoile terrestre voltigeante.
Les dames aiment à en parer, dans certains pays, leurs coilfures comme de perles lumineuses; elles les attrapent, les enferment dans de petites cages de gaze transparente et les attachent avec des fleurs à leurs cheveux. L'insecte vit de la sorte assez longtemps.
Le phare qu'il porte occupe les deux ou trois derniers anneaux de son corps, est d'un blanc verdàtro, et n'est pas absolument essentiel à sa vie, car on peut l'en priver, sans qu'il meure, et alors cette matière phosphorescente ne cesse pas de luire, au moins immédiatement, à moins qu'on ne la mette dans l'eau froide ; elle continue de briller même dans le vide de la cloche pneumatique où nos lumières s'éteignent étant privées de leur aliment qui est l'oxygène. Le phare du lampyre n'a pas besoin de cet aliment, du moins
au n.cme degré.
Le Nom.
LANDES (les) ou TERRAINS IN- CULTES. (Théol.mixt. indust. agric.) — On s'est beaucoup préoccupé , dans notre siècle, de l'arithmétique de Malthus sur ce qu'il a nommé lui-même le principe de population ; les économistes, tels que J.-R. Say, l'ont considérablement développée
sous toutes les formes et ont r^trçâ
à la vulgariser ; qu'en est-il résulté, dans notre France? une extension etfrayante du vice caché que la théologie morale a toujours flétri et flétrira toujours, (V. ONANISME (1'), LA THÉOLOGIE ET L'ÉCONOMIE SOCIALE),
mais que cette catégorie d'auteurs n'a pas craint de chercher à réhabiliter sous le nom de prévoyance conjugale : et quels sont aujourd'hui les résultats d'une telle morale ? Les statistiques constatent que notre population est en décroissance, pendant qu'elle augmente dans tous les autres pays ; or, après une pareille tendance, non-seulement l'Allemagne victorieuse, et de plus en plus populeuse, finirait par ne plus trouver devant elle qu'une France incapable de défendre ses frontières par l'insuffisance de ses armées, mais encore cette France, dont le sol est si riche, se verrait obligée, par le manque de bras, à un jour donné qui arriverait plus promptement qu'on ne pense, de laisser retomber ses terres à l'État de landes improductives. Mais voici que les économistes commencent à s'en apercevoir, à- s'effrayer même de pareilles conséquences, et par simple patriotisme, sinon par esprit de religion et de morale, à prêcher dans un sens opposé. Voil'j où conduisent toujours les calculs aveugles d'une science qui ne prend pas pour règle première de se subordonner elle-même aux principes supérieurs. Fénelon, qui prenait la route opposée, disait que la terre considérée uniquement dans ses parties non cultivées mais qui pourraient l'être, et qui le seront un juur, nourrirait cent fois plus d'habitants qu'elle n'en nourrit aujourd'hui; et il av:; raison. Si, d'un côté, les besoins croissent à mesure que lapopnlatii* .
augmente, d'un autre côté la production croît également ; et si le calcul malthusien prouve, qu'en supposai:
les meilleures conditions des dei:\côtés, le genre humain doit arriw:
a une fin nécessaire, toutes les autrc> considérations démontrent, en înêm-:
temps, que cette Un nécessaire es; très-ôloignée ; nous l'estimons, dans notre article Avenu» d - j uo.xdb teh-
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restre, comme ne devant pas arriver avant douze cent mille ans à partir du moment présent, et nous sommes plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité. Nous ne voulons , dans ce court article, que donner quelques renseignements statistiques , d'après les relevés officiels, sur les landes, en France et en Europe, qui appuyent nos prévisions.
Il reste encore, en France, d'après les documents les plus récents qui nous soient connus, et qui ne datent que des dernières années antérieures à 1870, un total général de terrains incultes s'élevant au chiffre énorme de 5, 694, 326 hectares.
Déjà cependant, depuis 1830 seulement, on avait mis en rapport '2 millions d'hectares ; et il faut rendre au gouvernement impérial tombé en 1870, le témoignage glorieux d'avoir donné, par des lois favorables et par l'exemple de grands propriétaires à la tète desquels était le souverain, une impulsion considérable aux défrichements qui commencent de transformer en terrains productifs les landes de la Gascogne, de la Bretagne, de la Sologne, de la Dombe, de la Brenne, les garrigues de la Provence, du bas Languedoc, du Roussillon, les makis de la Corse, les palmars oumakis de l'Algérie, etc.
C'est l'Europe qui est de toutes les parties du monde la plus cultivée, sans comparaison aucune ; et cependant deux nations seulement, l'Angleterre et la France, y ont mis en culture un peu plus de la moitié de leur territoire ; c'est l'Angleterre qui tient la tète ; elle cultive aujourd'hui, y compris l'Ecosse et l'Irlande , fiS hectares sur 100; la France, qui vient après, en cultive S4 sur 100 ; la Belgique , qui vient en troisième rang, en cultive 48 sur 100; et toutes les autres nations ne se présentent que sous des conditions de beaucoup inférieures. C'est ainsi que plus la popnlation des travailleurs se développe dans un pays, plus le pays est riche et fort ; car chacun sait que jusqu'il présent rien au monde n'égale la richesse et la force proportionnelles de l'Angleterre et de la France, en même temps que leur population ,
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relativement à l'élcndue de leurs terres.
Il ne faut pas objecter que, si les landes et tous les terrains incuUes sont en quantités si considérable?, cela tient à-ce que ces parties de la surface terrestre sont mauvaises et stériles par elles-mêmes; car il y a toujours des genres de produits dont les landes sont susceptibles, quand elles ne consistent pas dans de la roche absolument nue, ce qui n'arrive guère que pour les penchants des précipices , dont la position presque verticale n'occupe presque aucune superficie.
Les landes, en effet, sont ou argilocalcaires, ou aryilo-siliceuses, ou sableuses à sous-sol à'alios sorte do gravier agglutiné en bancs imperméables par un ciment ferrugineux.
Or, lestages argilo-calcaires sont celles où croissent naturellement les chardons, les fougères, les ajoncs, les hièbles, les genêts; et déjà la nature démontre par ces productions spontanées qu'elles sont susceptibles de devenir très-fécondes ; à mesure qu'on les travaille, on y récolte le froment, l'orge, les fèves, les vesces, le sainfoin, les colzas, la lupaline, la luzerne ; et plusieurs arbres s'y plaisent , par exemple l'orme , le noyer, le merisier, l'acacia, l'érable, le frêne.
Les landes argilo-ciliceuses produisent aussi naturellement l'ajonc, les genêts, les fougères et surtout les bruyères; ces terrains, étant cultivés, donnent des récoltes de seigle, de sarrazin, d'avoine, et de toutes les plantes de la famille des crucifères.
Quant aux arbres, qu'on peut les convier à produire à défaut de ces plantes, ce sont les bouleaux, les chênes, les châtaigniers, les hêtres, les poiriers et les pommiers.
Enlin, les landes de la troisième catégorie, à sous-sol d'alios et sableuses, qui sont les plus improductives et les plus mauvaises par leur nature, sont celles qui ne produisent que des bruyères, avec quelques rares ajoncs et graminées. Or si l'on ne peut guère espérer obtenir de celleslà des récoltes en céréales, on les réserve pour les essences forestières et
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surtout pour les arbres résineux qui s'y développent à merveille aussitôt qu'on a réussi à les y élever par masses qui se protègent les uns les autres contre les vents de ces plaines.
Ce n'est guère, en effet, que pour cette raison, que ces landes sont difficiles à rendre productives, et elles le sont d'autant plus qu'elles se trouvent plus rapprochées des rivages.
Onpeutlire dans l'Encyclopédie pratique de l'agriculture, t. ix, les détails que donne sur ce sujet M. J. Rieffel, et dont nous venons de résumer la substance. Le Nom
LANDSEER(sir Edwin). {Théol. hist.
biog. et univ. d'art.) — Ce grand peintre de l'école anglaise, que personne n'a encore égalé pour la finesse, le sentiment, la variété et l'exactitude dans les scènes d'animaux, naquit à Londres en 1803. Il est devenu le peintre favori de l'aristocratie, et a rapidement gagné une fortune fabuleuse. Ses plus célèbres tableaux sont:
Chiens du mont &aint-Gothard, 1821 ; Chasse aux faucons, 1823 ; l'Abbaye deBolton, 1834; le Départ des bestiaux, 1835 ; le Retour de la chasse, 1837 ; un Honorable membre de la société humaine (un beau Terre-Neuve) 1838; la Maison du berger, 1842; la Loutre, 1844; la Paix et la Guerre, 1846 ; Van Amburgh et ses animaux ; la Famille du forestier, 1849 ; un Dialogue à Waterloo, 1850 ; le Rêve d'une nuit d'été, 1851 ; la Nuit et le Matin, 1853 ; Sauvé! 1856 ; on a beaucoup admiré, à notre grande exposition de 1855, ses Animaux à la forge, Jack en faction, les Chiens au coin du feu et le Déjeuner. Le Noir.
LANFRANC, né en Lombardie, se fit moine à l'abbaye du Bec en Normandie, devint abbé de Saint-Etienne de Caën, et mourut archevêque de Cantorbéry, l'an 1089. lia laissé plusieurs ouvrages qui ont été publiés par D. Luc d'Achery, en 1648, à Paris, in-fol.
Le plus connu de tous est son Traité du corps et dusang du Seigneur, dans lequel il établit la foi de l'Eglise sur l'eucharistie, et combat les erreurs de Bérenger. Cet auteur se sent moins que ses contemporains de la rudesse
du siècle dans lequel il écrivait ; il montre une grande connaissance de l'Ecriture sainte, de la tradition et du droit canonique : on trouve dans ses écrits plus de naturel, d'ordre et de précision que dans les autres productions de l'onzième siècle. Les protestants, qui ont témoigné en faire peu de cas, parce qu'il était moine, avaient oublié que son mérite seul le fit placer sur le premier siège d'Angleterre, qu'il gagna la confiance de Guillaume le Conquérant ; que pendant l'absence de ce prince, Lanfranc gouverna plusieurs fois le royaume avec toute la sagesse possible. Il ne faut donc juger des hommes ni par l'habit qu'ils ont porté, ni par le siècle dans lequel ils ont vécu ; le cloître fut et sera toujours le séjour le plus propre pour se livrer à l'étude, pour acquérir tout à la fois beaucoup de connaissances et de vertus. On n'a qu'à confronter ce qu'a écrit Lanfranc pour établir le dogme de l'eucharistie, avec ce que les plu?
habiles ministres protestants ont fail pour l'attaquer; on verra de quel côté il y a le plus de justesse et de solidité (1). Voyez BéreiNgek.
Bergier.
LANGAGE, LANGUE. Il est dit dans l'Ecclésiastique, c. 17, ^. 5, que Dieu a donné à nos premiers parents la raison, une langue ou un langage, des yeux, des oreilles, le sentiment et l'intelligence. Dans l'histoire de la création, Dieu parle à Adam, et lui présente les animaux pour leur donner un nom; Adam et Eve conversent ensemble ; Dieu est donc l'auteur du langage. Les spéculations des pbilo-
(1) Oj peut citer eucore parmi les ouvrages de Lanfranc des prescriptions assez détaillées pour la vie des moines, Décréta proordine S. Benedicti; Commentante in epistolas Beat.Pauli; soixante lettres, epistolarum liber, dont quelques-unes im. portantes pour l'histoire ; un petit traité sur la confession dans lequel on lit un passage qui a beaucoup intrigué les théologiens : il se demande û qui il faut se confesser et, entro autres réponses, il fait celleci : c Visibilia namque sacraoïenta et operantur et eigniûcant invisibilia. In hoc cogooscimus quia de occultis omni ecclosiastico crdini confite: i deboinus, de apertis vero solis convenit sacerdotibtis, per quoi Ecclesia, qiuc publiée noril, et solvit et ligat (I;. •
La Soi».
(I) D'Adurj, p. 381.
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soplies modernes, sur la manière dont les hommes ont pu le former, sont non-seulement contraires au respect dû à la révélation, mais un tissu de visions que Lactance réfutait déjà au quatrième siècle. Divin. Instit., 1. 6, c. 10. Il suffit d'avoir du bon sens, dit- il, pour concevoir qu'il n'y eut jamais d'hommes sortis de l'enfance, et qui fussent rassemblés sans avoir l'usage de la parole ; Dieu, qui ne voulait pas que l'homme fût une brute, a daigné lui parler et l'instruire en le créant (1). Il n'est pas besoin d'une disserta-
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tion pour prouver que la connaissance des langues anciennes est trèsutile et même nécessaire à un théologien. L'hébreu est la langue originale dans laquelle ont été écrits les livres de l'ancien Testament ; aucune version ne peut en rendre parfaitement et partout le sens et l'énergie.
Quelques-uns de ces livres ne nous restent plus que dans la version grecque; c'est la langue de laquelle se sont servis les évangélistes, les apôtres et leurs disciples, les Pères de l'Eglise les plus anciens et les plus respectables. Le latin est la
(1) L'invention de la parole, d'un langage articulé, est impossible. La parole étant nécessaire pour penser, l'on n'a pas pu, sans la parole même, penser à l'invention du langage. « Convaincu, dit J.-J.
■ Rousseau, de l'impossibilité presque démontrée » que les langues aient pu naître et s'établir par des » moyens purement humains, je laisse à qui voudra » l'entreprendre la discussion de ce difficile pro-
■ blême... n Et il conclut en disant : « La parole » me parait avoir été fort nécessaire pour inventer • la parole. » (Disc, sur l'Inégalité.)
Pour inventer le langage, si l'invention en eût été possible, « il aurait fallu, dit M. de Bonald, tonte la force, tonte l'étendue, toute la sagacité de réflexion et d'observation dont l'esprit de l'homme peut être capable, et les plus profondes combinaisons de Ja pensée. Au6si les partisans de l'invention du langage ne manquent pas de dire que les hommes s'observèrent, réilécbirent, comparèrent, jugèrent, etc. ; car il fallait tout cela pour inventer l'art de parler. Mais je le demande : de quelle nature, je dirais presque de quelle couleur étaient les observations, les réflexions, les comparaisons, les jugements de ces esprits qui n'avaient encore, en cherchant le langage, aucune expression qui pût leur donner la conscience de leurs propres pensées? Philosophes, essayez de réfléchir, de comparer, de juger, sans avoir présents et sensibles à l'esprit aucun mot, aucune parole... Que se passe-t-il dans votre esprit, et qu'y voyez-vous? Rien, absolument rien j et vous ne pouvez pas plus percevoir vos propres pensées, lorsqu'elles s'appliquent à des objets incorporels; comparer les. unes avec les autres, et juger entre elles, sans des expressions qui voub les représentent, que vouspouvez voir vos propres yeux, et prononcer sur leur forme et leur couleur, sans un corps qui en réfléchisse l'image.
» Et en effet, ce ne sont pas ici des objets physiques, des objets particuliers ou composés de parties •qu'on peut voir et toucher, et dont il suffit de se retracer la figure, opération de la faculté d'imaginer qui s'exécute dans la brute comme dans l'homme ; ce sont des relations de convenance, d'utilité, de nécessité ; ce sont des idées morales, sociales ou générales, des idées de rapports de choses et de personnes, d'où dériveront bientôt des lois et des devoirs. Ce «ont même des rapports intellectuels entre des êtres physiques ou entre ces êtres et l'homme, rapports qui deviennent l'objet de tous les arts et même dos plus hautes sciences. Ce sont, en un mot, des vérités,^ et non simplement des faits qu'il faut exprimer; c'est-à-dire des objets incorporels qui ne font point imago, et ne peuvent, qu'à l'aide du distours, être la matière et la forme du raisonnement.
Mais de toutes les combinaisons ou compositions d'idées et de rapports, la plus vaste, la plus compliquée, la plus iuteliectnolle, et, ai l'on peut le dire, la pins déliée, est précisément le langage qui renferme toutes les idées et tous leurs rapports, et qui est l'instrument nécessaire de toute réflexion, de toute comparaison, de tout jugement. C'était donc le moyen do toute invention qu'il fallait commencer par inventer; et comme la pensée n'est qu'une parole intérieure, et la parole nue pensée rendue extérieure et sensible, il fallait, de toute nécessité, que l'inventeur du langage pensât, inventât l'expression de sa pensée, lorsque, faute d'expression, il ne pouvait avoir même la pensée de l'invention.
» Familiarisés, dès le berceau, avec le langage, que nous entendons avant de pouvoir l'écouter, que nous répétons avant de pouvoir le comprendre, que nous parlons sans cesse ou avec nous-mêmes ou avec les autres, nous ne faisons pas plus d'attention à cet art merveilleux, devenu pour l'homme sa propre nature, qu'au jeu de nos poumons ou à la circulation de notre sang. La parole est pour nous comme la vie, dont nous jouissons sans connaître ce qu'elle est et sans réfléchir à ce qui l'entretient. Et cependant l'être, la société, le temps, l'univers, tout entre dans cette magnifique composition : l'être, avec toutes ses modifications et toutes ses qualités: la société, avec ses personnes, leur rang, leur nombre et leur sexe ; le temps, avec le passé, le présent et le futur; l'univers, enfln, avec tout ce qu'il renferme. Tout ce que la langue nomme est ou peut être; seuls, le néant et l'impossible n'ont pas de nom. Lumière du monda moral qui éclaire (ont homine venant en ee monde, lien de la société, vie des intelligences, dépôt de toutes les vérités, de tontes les lois, de tous les événements, la parole règle l'homme, ordonne la société, explique l'univers. Tous les jours elle tire l'esprit de l'homme du néant, comme aux premiers jours du monde une parole féconde tira l'univers du chaos; elle est le plus profond mystère de notre être; et loin d'avoir pu l'inventer, l'homme ne peut pas même la comprendre.» [Recherches philosophiques, tom. 1, chap. 2.)
D'ailleurs, l'invention de la parole suppose au moins l'exercice des facultés intellectuelles; une personne n'a pu inventer le langage, sans en avoir une notion, une idée proprement dite. Or, sans l'usage de la parole, l'homme serait resté sans iiu avec des images vagues et confuses, sans pouvoir jamais parvenir à l'intelligence d'aucune vérité, sans pouvoir, par conséquent, parvenir à l'idée ou à la connaissance du langage. Pour savoir ce que peut un homme qui : n'a pas la parole, qui n'a jamais entendu parler, il suffit de considérer l'état d'un sourd-muet qui n'a pa»
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langue ecclésiastique de tout l'Occident.
Mais les protestants se trompent, lorsqu'ils imaginent que la connaissances des langues les rend beaucoup plus capables d'entendre l'Ecriture
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sainte quen'etaient les anciens Pères, et lorsqu'ils prétendent que ceux-ci en général sont de mauvais interprètes, parce qu'ils ne savaient pas l'hébreu. Origùne et saint Jérôme l'avaient appris ; cependant ils n'ont
été instruit parles méthodes récemment pratiquées. i Voyez, dit M. de Laurentie, cet homme vivant an milieu d'une société, sans avoir aucune des notions qui constituent la société des intelligences. Nul doute que l'aspect de l'ordre moral qui se manifeste dans les dehors de la société humaine ne fasse sur son esprit une certaine impression d'étonnement, et ne les porte, par une sorte d'instinct naturel, jusqu'à une imitation imparfaite des actes, même moraux, des autres hommes. Cependant cet homme reste sans notion de ce qui est bien ou de ce qui est mal. Il a des sentiments, sans doute, parce qn il a des sensations; mais il ne compare pas, il ne déduit pas, il ne raisonne pas, il n'a pas d'idées. Il y a des hommes d'une philosophie religieuse, mais peu réfléchie, dont l'imagination se refuse à concevoir des intelligences vides ainsi de tonte notion. Ils ne peuvent pas surtout supposer qu'il y ait des créatures assez cruellement traitées par la nature pour que la pensée de Dieu soit absente de leur esprit. Mais en supposant que le spectacle merveilleux du monde et l'aspect même de tous les hommes, accoutumés à proclamer par leurs adorations silencieuses l'existence d'un être mystérieux, puissent jeter dans l'ûme d'uu sourd-muet la pensée de cet être et le sentiment de sa puissance, quelle distanoe infinie de cette pensée vague et indéfinie, aorte de terreur inexplicable, à la notion claire et positive de la Divinité, telle qu'elle existe dans une intelligence développée par la parole ! Cette impression confuse n'a rien qui lui donne le plus léger rapport avec l'idée, entendue dans sa perfection complète. Et cependant je parle du sourd-muet qui vît parmi les hommes dont les actes extérieurs peuvent faire pénétrer, à son insu, dans son esprit des impressions morales, et lui tenir lieu, jusqu'à un certain point, de propres réflexions. Mais que serait-ce ai le sonrd-mnet vivait dans une société d'hommes dont les habitudes seraient purement animales ? L'intelligeoce du sourd-mnet resterait alors inanimée; et quelque idée que l'on se fasse de ses perceptions intimes, jamais on ne pourrait comprendre que ces perceptions purent ressembler à des notions claires et précises; il serait entin, si j'ose le dire, une brute rentable, douée seulement du don, mais du don enfoui de la pensée, et dont la destinée intellectuelle se révélerait tout au plus par son imitation parfaite des actes extérieurs de la vie de l'homme intelligent. » Dans le dernier siècle, des hommes bieo intentionnés, voulant répondre à la philosophie téméraire qui osait penser que Dieu était une invention des prêtres, ou qui répétait après d'anciens athées, que ea croyance était le résultat de la penr, allèrent consulter aussi la eonscieDce du sourd-muet, pour y trouver, si c'était passible, cette pensée empreinte, et pour venger ainsi l'existence de la Divinité et la conscience du reste des hommes. Cette expérience -était inutile ; aujourd'hui il suffit de dire qu'elle eût été désespérante pour la canse de la vérité, si la vérité eut en besoin, pour éclatera tons les regards, des révélations arrachées a la conscience de ces êtres incomplets. En effet, ceux qui, après avoir été instruits par les méthodes récemment pratiquées, furent interrogés sur leurs anciennes notions, ne firent jamais que témoigner que leurs notions étaient vagues et confuses, et leurs sentiments indéfinissables. Cette expérience peut être répétée &
chaque moment depuis qne les méthodes, devenues d'une application plus universelle et plus facile, nous montrent des sourds-muets parvenus à une instruction assez développée pour pouvoir rendre compte de leurs perceptions présentes et de leurs anciens souvenirs. Or, chaque expérience nouvelle montrera que le sourd-muet, c'est-à-dire l'homme sans parole, l'homme sans communication avec les intelligences, vit sans idées ou sans notions, même saus l'idée ou la notion de Dieu, bien qu'il y ait dans son arae une singulière disposition à soupçonner, à deviner, peut-être à chercher et à vouloir l'existence d'un Etre supérieur à tous les autres, leur auteur et leur conservateur.
» Il ne faut pas imaginer que nos observations ne soient qu'une opinion particulière et capricieuse de notre esprit; ellessont le résultat de l'expérience des hommes qui se sont le plus étudiés à connaître l'existence intellectuelle du sourd-mnet.
» Les Mémoires de l'académie des sciences font mention d'un sourd de Chartres qui, ayant été guéri de sa surdité, déclara, lorsqu'il fut instruit, qu'il avait mené jusque-là une vie purement animale. Les théologiens et les physiologistes s'empressèrent d'interroger cet être à qui la parole venait de rendre l'intelligence; et toujours il désespéra ceux qui s'attendaient à trouver en lui dos idées innées, ou des idées produites par la sensation. 11 est curieux de voir comment le cardinal Gerdil, grand partisan des idées innées, s'efforce de mettre ce fuit en barmonie avec son système : Le sourd, dit-il, avait réellement des idées; seulement il n'en avait pas fait usage. Voilà, il faut en convenir, un moyen commode de tout expliquer, et il n'est pas de système qu'on ne pût justifier avec des distinctions aussi raffinées.
■ Un ouvrage assez rare, intitulé : Antilogies philosophiques, renferme un dialogue entre un sourd-muet instruit par les méthodes nouvelles et un de ses amis. On voit clairement que le sourdmuet, M. le chevalier d'Etavigoi, dont la première vie avait pu être moins matérielle que celle des sourds-muets ordinaires, à cause des habitudes distinguées dont il avait dû puiser l'imitation dans sa famille, fait des efforts pour retrouver dans ses souvenirs quelque trace de notions intellectuelles. Mais on voit aus-n que ses efforts sont vains, et qu'il n'y retrouve que des images vagues et confuses qui ne durent jamais ressembler le moins du monde & des idées.
» Moi-même, dit M. Laurentie, j'ai interrogé des sourds-muets instruits, et désintéressés dans leurs explications. Tous m'ont assuré qu'avant ie moment de leur instruction ils n'avaient aucune idée, même de Dieu. Le docte M. Jamet, recteur de l'académie de Caen, et fondateur d'une école illustra de sourdsmuets, m'a fait part de sa longue expérience et m'a confirmé dans mes convictions. En d'autres lieux, et principalement à Angers, j'ai pu voir les difficultés qu'on éprouve pour faire entrer une idée bien nette de Dieu dans la tête d'un sourd-muet. On m'a cité un élève de la maison de la Chartreuse, auprès de Vannes, qui disait qu'il n'avait pas peut d'être frappé par le bras de Dieu, parce que Dieu n'avait pas de bras, et qu'il «-tait rond. 11 croyait que c'était le soleil qui était Dieu, jaice que U
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pas vu dans l'Ecriture sainte d'autres dogmes ni une autre morale que leurs contemporains, qui s'étaient bornés à consulter la version grecque.
Sans avoir besoin d'un grand appareil d'érudition, les Pères ont été instruits et guidés par la tradition des Eglises fondées par les apôtres, par l'enseignement commun des différentes sociétés orthodoxes ; et cet enseignement est beaucoup plus infaillible que les savantes conjectures
des modernes. Si ces derniers nous ont satisfait sur plusieurs articles de peu d'importance, ils ont aussi fait naître des doutes sur d'autres choses plus nécessaires. Les nouveaux commentaires, loin de terminer les anciennes disputes, en ont souvent excité de nouvelles ; parmi les explications des Pères, il y a beaucoup moins d'opposition qu'entre celles des critiques de nos derniers siècles.
Nous sommes bien éloignés de
signe de l'adoration de Dieu consiste à lever les mains et les yeux au ciel; et il y en a qui croient longtemps, pour cela même, qu'il y a deux dieux, le dieu du jour et le dieu de la nuit. Mais j'ai à citer des autorités qui sont plus imposantes que mes faibles observations.
» J'ai sous les yeux un mémoire rempli de faits curienx, et composé par un homme qui a vu de trèsprès les élèves de l'école des sonrds-muets de Paris. Ce mémoire établit clairement que le sourd-muet, seul dans l'univers, vivrait dans une éternelle enfance, sans le bienfait de l'instruction... Il est certain, d'après les observations d'expérieoce dont je parle, que le sourd-muet, tel qu'il vit, et grandit, et végète parmi les .hommes, est uo être purement animal, sans idées, sans notions de ce qui est bien ou mal, machine vivante, ot se mouvant par tous les ressorts organiques qui servent d'instrument à l'intelligence humaine, mais incapable de donner un motif moral à ses actions; simplement imitateur enfin des actes des autres hommes, dont il était destiné, sans une disgrâce cruelle de la nature, a partager les destinées intellectuelles, et toutefois placé à une distance -infinie au-dessus de l'animal,
ftar le don tout divin de l'intelligence dont l'usage ui est interdit, et qu'il doit retrouver un jour libre des imperfections des sens et des vices grossiers de la matière.
» C'est ainsi que les plus savants instituteurs des sourds-muets ont considéré ces êtres malheureux, i Les sourds-muets, dit M. l'abbé de l'Epée, sont » réduits en quelque sorte à la condition des bêtes, h 11 parle ici des sourds-muets par rapport à la connaissance de la religion, mais M. Sicard est plus absolu, et ce qu'il dit paraît encore plus désolant, puisqu'il l'applique à toutes sortes de notions morales, a C'est une grande erreur, dit-il, de confon- » dre le sourd-muet avec un enfant ordinaire... » Borné aux seuls mouvements physiques, il n'a pas li même, avant qu'on ait déchiré l'enveloppe sous » laquelle sa raison demeure ensevelie, cet instinct » sûr qui dirige les animaux. Lo sourd-muet est » seul dans la nature, sans aucun exercice pos- » sible de ses facultés intellectuelles, qui demeux rent sans action, sans vie... à moins qu'une main » bienfaisante ne parvienne à le tirer de ce sommeil
» de mort Quant au moral, il n'en soupçonne
» pas même l'existence. Rapporter tout à lui, obéir » avec impétuosité à tous les besoins naturels, sa- » tisfaiie tous ses appétits... s'irriter contre les » obstacles... renverser tout ce qui s'oppose à ses » jouissances... voilà toute la morale de cet inforv tnné. Il n'a des yeux que pour le monde physique; » et encore quels yeux ? 11 voit tout sans intérêt... » Le monde moral n'existe pas pour lui, et les * vertus comme tes vices sont sans réalité. Tel » est le sourd-muet dans son état naturel; le voira » tel que l'habitude de l'observation, en vivant avec
» lui, m'a mÎ3 à même de le dépeindre. » Eu un mot, et pour nous résumer, le sourd-muet n'a pas d'idées, puisqu'il ne parle pas ; donc, sans la parole, l'homme ne pouvait inventer la parole ; donc l'invention do la parole était impossible ; donc la parole ou le langage est un don de Dieu, a — Voyez l' Introduction à la philosophie, etc., par M. Laurentie, cb. 2, art. î.
Gousset.
Cette note essentiellement lamennaisienne dans le fond de sa pensée et dans son but, quoique vraie au moins en général et prise dans sa lettre, se réfute d'un mot par rapport à la partie négative qu'elle veut insinuer. La parole intérieure qui est la pensée et la parole extérieure ou la parole proprement dite sont naturelles à l'homme, de telle sorte que si on le suppose dans son état normal, et par conséquent armé de tous ses sens, il exprime aussitôt ce qu'il pense par des tons aussi bien que par des gestes quelconques; et pourquoi? parce que Dieu l'a fait ainsi comme il a fait l'oiseau avec des arles pour voler et tous les êtres de la nature avec leurs facultés spéciales. Il n'y a rien d'étrange à supposer que l'homme ait inventé la parole, si l'on ujoute qu'il en a reçu la puissaoce du Créateur; mais l'expression ne convient guère mieux que si l'on disait que l'oiseau a inventé l'usage de ses ailes. Dès que l'homme existe avec tous ses sens, il parle et modifie ses langages seloa ses besoins, les milieux où il se trouve et toutes les circonstances, comme l'oiseau modifie son vol selon les mouvements du vent ; la seule différence consiste en ce que l'oiseau suit des lois fatales, tandis que l'homme mêle à tout ce qu'il produit l'élément de l'intelligence et de la réflexion, de l'amour et de la liberté. Celui qui dirait que l'homme a pu inventer la parole en ce sens qu'il u'aurait pas reçu de Dieu la puissance de parler, dirait une chose insensée, parce qu'il supposerait un effet sans une cause suffisante ; celui qui dirait que Dieu, après avoir fait l'homme pour penser et parler, aurait eu besoin de revenir à son œuvre pour lui donner la pensée et la parole, dirait une chose qui n'aurait pas plus de sens, puisqu'elle reviendrait à cidle-ci, que Dien lui aurait donné et ne lui aurait pas donné, tout à la fois, la puissance de la pensée et de la parole. Il a donné à chacune de ses œuvres ce qu'il lui a donné, et la parole est au nombre des dons que l'homme a reçus de lui- voila la Meule chose raisonnable à dire. Dès que l'homme est en santé parfaite, il parle, parce que Dieu lui donne de parler, comme l'oiseau vole parce que Dieu lui donne de voler ; de même il invente l'écriture, et même l'écriture alphabétique, parce que Dieu lui donne d'inventer tout ceda. Pourquoi donc s'acharner à B'entre-réfuter, quand on est d'accord sur le fond commun des systèmes?
I,k Nom,
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blâmer ou de déprimer l'élude des langues ; nous ea reconnaissons volontiers la nécessité; mais si à ce secours, quelque utile qu'il soit, l'on n'ajoute pas la soumission à l'Eglise et la fidélité à suivre la tradition, l'Ecriture sainte, loin de concilier les esprits, sera toujours une pomme de discorde jetée parmi eux; chaque nouveau docteur y trouvera ses rêveries, et les appuiera sur vingt passages entendus à sa manière :
l'expérience de dix-sept siècles n'en est qu'une trop bonne preuve. Depuis que les novateurs en ont tous appelé à l'Ecriture sainte, sont-ils mieux d'accord entre eux qu'avec l'Eglise catholique? Aucune secte n'a autant travaillé sur l'Ecriture que les sociniens, et aucune n'en a l'ait un abus plus intolérable. Au troisième siècle, Terlullien s'élevait déjà contre cette licence des hérétiques; il leur reprochait leur témérité de vouloir prendre d'eux-mêmes le sens de l'Ecriture, sans consulter l'Eglise, à laquelle seule Dieu en a contié la lettre, et en a donné l'intelligence. Bergier.
LANGAGE TYPIQUE. Voyez Type.
LANGOUSTE (la). (Théol.mixt.scien.
zool.) — Le crustacé qu'on nomme la langouste et qui estsi voisine du homard n'en différant que par l'absence de deux grosses pinces qui distinguent ce dernier, est une des mille curiosités que le Créateur a semées dans le domaine de la vie organique. On en voit, ditCuvier, qui atteignent jusqu'à deux mètres de longueur, y compris leurs antennes. Us se retirent, pendant l'hiver, dans les grandes profondeurs et reviennent sur les rivages au printemps pour y déposer leurs œufs sur les rochers. Ces œufs qui forment des boules de couleur rouge, sont trèspetits, beaucoup plus petits que ceux de l'écrevisse; ils les portent pendant une vingtaine de jours sous leur abdomen puis les abandonnent au gré de la vague. Quinze jours après, l'œuf éclot et donne le jour à un être qu'on appelle le phyllosome et que les naturalistes ont cru pendant longtemps former une espèce distincte, tant il diffère de la langouste sa mère. Le
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phyllosome a le corps lamelleux et transparent ; il ressemble à une araignée aux longues pattes ; les siennes qui sont au nombre d'une douzaine, six de chaque côté, et dont chacune a deux ramifications, forment cercie autour de ce tuyau transparent qui a un centimètre de diamètre environ. Ce n'est qu'en 1862 que MM. Coste et Gerbe les ont reconnus pour n'être que les larves des langoustes, destinées par la nature à devenir, après des métamorphoses, la langouste parfaite. Le Nom.
LANGUE (laj DU CHRIST. {Théol.
mixt. et hist. scien. philol. et exég.) — Quelle langue parla Jésus-Christ?
Cette question est assez controversée ; elle équivaut à celle de savoir qu'elle était, au temps du Christ, la langue vulgaire de la Palestine, car il n'est pas douteux que Jésus n'ait prêché son royaume des cieux dans l'idiome populaire de son temps.
Des philologues ont soutenu que cet idiome était le latin, la langue des Romains depuis longtemps vainqueurs et dominateurs de la Judée et de la Galilée. Vernsdorf a fait uu traité qui porte pour titre : Examen de l 'opinion d'après laquelle le Christ auraitparlé latin.
D'autres ont soutenu que c'était le grec, devenu la langue vulgaire de tous ces pays par l'influence littéraire que la Grèce avait acquise sur tous ces peuples et même sur les Romains.
Enfin d'autres ont soutenu, avec plus de raison selon nous, que c'était un hébreu vulgaire, mêlé de syriaque et de chaldéen, et qualifié par quelques-uns d'araméen ou aramaique, qui s'était formé, dans ce pays, selon les uns depuis Alexandre le Grand, selon les autres depuis la captivité de Babylone. Saint Jérôme dit que l'original de saint Matthieu était écrit en syro-chaldaïque, ou plutôt chaldaîque et syrien : chaldaïco syroque sermone.
Ce sur quoi tout le monde s'accorde à peu près, c'est qu'au temps de Jésus-Christ, on parlait à Jérusalem, ville fréquentée par beaucoup d'étrangers, le grec, le latin et l'hô-
breu du temps, ainsi que l'indiquent assez les évangélistes et que saint Jean le dit à peu près lorsqu'il raconte que Pilate avait fait mettre sur la croix un écriteau portant :
Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, et.
que cet écriteau s'y lisait en hébreu, en grec et en latin, hébraice, grxce et latine. (Jean xix, 20.)
Nous ne voyons pas que l'importance de cette question soit suffisante pour mériter d'être approfondie davantage. Il nous parait évident que la population non lettrée de toute la Palestine devait parler un hébreu enrichi ou appauvri, . comme on aimera le mieux, de néologismes venant, par leurs racines, des langues parlées par les peuples voisins ; et il ne nous paraît pas moins évident que Jésus-Christ dut parler cet hébreu vulgaire plutôt que le grec ou le latin; ce qui ne l'empêchait pas, sans doute, de se servir, au besoin, de phrases usuelles dans ces deux idiomes. Le Noir.
LANGUES (Confusion des). V. Babel.
LANGUES SÉMITIQUES (les). (Théol.
mixt. scien. hist. et philol.) — « On nomme ainsi, dit M. Haneberg, Tensemble des idiomes ayant la même origine que l'hébreu , qui étaient parlés dans l'antiquité par les peuples d'Arabie, de [.Syrie et de Phénicie.
On les nomme sémitiques parce que, d'après le dénombrement que fait Moïse des nations qui avaient une langue analogue à l'hébreu, ces nations descendaient, sauf de légères exceptions, de Sera. Sans doute Moïse, dans cet arbre généalogique des •peuples, fait remonter aussi Élam à Sem, quoiqu'il soit extrêmement vraisemblable que les Elamites se servirent d'une langue alliée du persan et que l'idiome sémitique fut repoussé complètement par eux plus tard.
D'un autre côté, les Phéniciens et les Chananéens se servaient de la même langue que les Hébreux; la langue hébraïque s'appelle même, dans l'Écriture, lèvres de Canaan. Or, Canaan est, suivant l'Écriture, un descendant de Cham et non de Sem. Malgré ces
contradictions, le plus sage est de conserver la dénomination de langues sémitiques.
« Les principales branches du tronc sémitique sont : I. L'aramaîque. II.
Lh'ébreu. III. L'arabe. IV. L'éthiopien.
La langue des Nabatéens paraît avoir tenu le milieu entre l'aramaîque et l'arabe, comme celle des Phéniciens le milieu entre l'hébreu et l'aramaîque. Le samaritain se rapproche du cbaldéen, et la langue des Sabéens du syrien. » Le Noir.
LANGUES (unité primitive des).
(Théol. mixt. scien. philol.) — V. Philologie comparée.
LANGUE VULGAIRE. Il y a une grande dispute entre les catholiques et les protestants, pour savoir si c'est un usage louable, ou un abus, de célébrer l'office divin et la liturgie dans une langue qui n'est pas entendue du peuple. C'est un des principaux reproches que les controversistes hétérodoxes ont faits à l'Eglise romaine; ils l'accusent d'avoir changé en cela l'usage de l'Eglise primitive, de cacher au peuple les choses qu'il a le plus grand intérêt de connaître, de le forcer à louer Dieu sans rien comprendre à ce qu J il dit.
Nous convenons que du temps des apôtres et dans les premiers siècles le.
service divin se fit en langue vulgaire dans la plupart des Eglises ; savoir, en syriaque dans toute l'étendue de la Palestine et de la Syrie, en grec dans les autres provinces de l'Asie et de. l'Europe où l'on parlait cette langue, en latin dans l'Italie et dans les autres parties occidentales de l'empire. Il y a même lieu de présumer qu'en Egypte, pendant que l'on se servait du grec dans la ville d'Alexandrie, on célébrait en cophte dans les autres Eglises de cette contrée ; mais on ne sait pas précisément en quel temps cette diversité a commencé. C'estinutilement que Bingbam a pris beaucoup de peine pour prouver le fait général, puisqu'il n'est contesté par personne. Orig. ecclés., 1. 13, c.4.
Mais il y a aussi des exceptions qu'il ne fallait pas dissimuler. Lors-
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que saint Paul alla prêcher en Arabie, est-il certain qu'il y ait célébré la liturgie en arabe? Quoique le Christianisme ait subsisté au moins pendant quatre cents ans dans celte partie du monde, il n'y a dans toute l'antiquité aucun vestige d'une liturgie arabe.
Il a duré au moins aussi longtemps dans la Perse, et l'on n'a jamais entendu parler d'un service divin fait en langue persane. Du temps de saint Augustin, la langue punique était encore la seule qui fût entendue par une bonne partie des chrétiens d'Afrique ; il nous l'apprend dans ses écrits; mais il n'a jamais été question de traduire dans cette langue les prières de la liturgie. Lorsque le Christianisme pénétra dans les Gaules, le latin n'était pas plus la langue vulgaire du peuple que le français ne l'est aujourd'hui dans nos provinces éloignées de la capitale ; il l'était encore moins chez les Espagnols, chez les Anglais et chez les autres peuples du Nord : cependant l'on a constamment célébré la liturgie en latin dans tout l'Occident. Il n'est donc pas universellement vrai qae dans les premiers siècles le service divin ait été fait en langue vulgaire, puisque les trois langues dans lesquelles il a été célébré d'abord n'étaientpoint vulgaires dans une grande partie du monde chrétien.
Dans la suite des temps, lorsque le mélange des peuples a changé les langues et a multiplié les jargons à 1'inHni, soit dans l'Orient, soit dans l'Occident, l'Eglise ne s'est point assujettie à toutes ces variations ; elle a conservé constamment dans l'oflice divin les mêmes langues dans lesquelles il avait été célébré d'abord :
nous prouverons dans un moment que cette conduite a été très-sage.
Parce que les protestants ont lu que les Grecs font leur office en grec, les Syriens en syriaque, et les Egyptiens en cophte, ils se sont imaginés que ces langues sont encore populaires, comme elles l'étaient autrefois dans ces contrées. C'est une erreur
grossière. Le grec vulgaire d'aujour- 'hui est un langage corrompu, trèsdifférent du grec littéraire ; la langue vulgaire des Syriens n'est plus le sy-
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riaque, mais l'arabe qui est aussi parlé par les chrétiens d'Egypte.
L'éthiopien a été presque entièrement effacé chez les Abyssins par une langue nouvelle qu'un roi d'extraction étrangère y a introduite ; l'arménien moderne n'est plus celui dans lequel la liturgie arménienne a été écrite : la liturgie syriaque a été portée chez les Indiens de la côte de Malabar, qui n'ont jamais eu l'usage de cette langue : elle est en usage chez les nestoriens qui ne l'entendent plus. Assômani, Diblioth. Orient., tom. 4, c. 7, § 22. Tous ces peuples sont donc obligés de faire des études pour entendre le langage de leur liturgie, tout -comme nous sommes forcés d'apprendre le latin. C'est, de la part des protestants, une injustice de reprocher à l'Eglise romaine seule une conduite qui est la même que celle de toutes les autres sociétés chrétiennes ; mais les prétendus réformateurs n'étaient pas assez instruits pour juger de ce qui est bien ou mal. Voy. Liturgie.
Ils auraient eu quelque raison de se plaindre, si l'Eglise avait décidé qu'il faut absolument célébrer l'oflice divin dans une langue inconnue au peuple ; mais loin de le faire, elle n'a donné l'exclusion à aucune langue ; elle a même permis l'introduction d'une langue nouvelle dans le service, toutes les fois que cela s'est trouvé nécessaire pour faciliter la conversion d'un peuple entier : ainsi, outre le grec, le latin et le syriaque, qui datent du temps des apôtres, la liturgie a été célébrée en cophte de très-bonne heure. Au quatrième siècle, lorsque les Ethiopiens et les Arméniens se convertirent, elle fut traduite en éthiopien et en arménien ; au cinquième, elle fut mise par écrit dans ces six langues. Au neuvième et au dixième, on la traduisit en esclavon pour les Moraves et pour les Russes, et il leur fut permis de la célébrer dans celte langue. Mais lorsque tous ces langages ontchnngé, on a conservé la liturgie telle qu'elle était, et nous soutenons que l'on a bien fait.
1° L'unité de langage est nécessaire pour entretenir une liuaonxdua élire ittt
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et une communication de doctrine plus facile entre les dill'érentes Eglises du monde, et pour les rendre plus fidèlement attachées au centre de l'unité catholique. Que les différentes sociétés protestantes, qui n'ont entre elles rien de commun, ne se soient pas mises en peine de conserver un même langage dans le service divin, cela n'est pas étonnant ; c'est autre chose pour l'Eglise catholique, dont le caractère est l'unité et l'uniformité.
Si les Grecs et les Latins n'avaient eu qu'une même langue, il n'aurait pas été aussi aisé à Photius et à ses adhérents d'entraîner toute l'Eglise grecque dans le schisme, en attribuant à l'Eglise romaine des erreurs et des abus dont elle ne fut jamais coupable. Dès qu'un protestant est hors de sa patrie, il ne peut plus participer au culte public ; un catholique n'est dépaysé dans aucune des contrées de l'Eglise latine. On a dit que l'empressement des Papes à introduire partout la liturgie romaine était un effet de leur ambition et de l'envie de dominer ; dans la vérité, c'a été un effet de leur zèle pour la catholicité, qui est le caractère de la •véritable Eglise.
2° Une langue savante, qui n'est entendue que des hommes instruits, inspire plus de respect que le jargon populaire. La plupart de nos mystères paraîtraient ridicules, s'ils étaient exprimés dans un langage trop familier. Nous le voyons par la traduction des psaumes en vieux français, qui avait été laite par Marotpour les calvinistes : le style n'en est plus supportable. Les Bretons, les Picards, les Auvergnats, les Gascons, avaient autant de droit de faire l'office divin • dans leur patois, que les calvinistes de Paris en avaient de le faire en français : pourquoi les réformateurs, si zélés pour l'instruction du bas peuple, n'ont-ils pas traduit la liturgie et l'Ecriture sainte dans tous ces j argons? Cela aurait-il co ntribué beaucoup à rendre la religion respectable? .
3° L'instabilité des langues vivantes entraînerait nécessairement du changement dans les formules du culte divin et de l'administration des sacre-
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ments; ces altérations fréquentes en produiraient infailliblement dans la doctrine, puisque ces formules sont une profession de foi. On en a vu la preuve chez les protestants,dont la croyance est aujourd'hui très-différente de celle qui a été prèchée par les premiers réformateurs. Sans cesse ils sont obligés de retoucher leurs versions de la Bible, et chaque nouveau traducteur y met du sien ; il est en droit de traduire selon ses idées et ses sentiments particuliers. Les Bibles luthériennes, calvinistes, sociniennes, anglicanes, ne sont pas exactement les mêmes, et les liturgies de ces différentes sectes nese ressemblent pas davantage. Voyez Version.
4° La nécessité d'apprendre la langue de l'Eglise a conservé dans tout l'Occident la connaissance du latin, nous a donné la facilité de consulter et de perpétuer les monuments de notre foi. Sans cela, l'irruption des Barbares aurait étouffé dans nos climats toutes les connaissances humaines. Si parmi nous il suffisait d'entendre le français pour être en état de célébrer l'office divin, toute la science des ministres de l'Eglise se réduirait bientôt à savoir lire. Il ne sied point aux protestants, qui se sonttlattés d'être plus savants que les catholiques, de blâmer une méthode qui met les ecclésiastiques dans la nécessité de faire des éludes, et qui tend à prévenir le règne de l'ignorance. Sans la rivalité qui règne entre les catholiques et les protestants, ces derniers, avec leur zèle poulies langues vulgaires, seraient déjà plongés dans la même ignorance que les cophtes d'Egypte, les jacobiles de Syrie et les nestoriens des frontières de la Perse.
11 n'est pas vrai que, par l'usage d'une langue morte, les fidèles se trouvent privés de la connaissance de ce qui est contenu dans la liturgie; loin de leur interdire celte connaissance, l'Eglise recommande à ses ministres d'expliquer au peuple les différentes parties du saint sacrifice et le sens des prières publiques : elle l'a ainsi ordonnédansle décretmème du concile de Trente, contre lequel les protestants ont tant déclamé. r
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« Quoique la messe, dit ce concile, » contienne un grand sujet d'instruc- » tion pour le commun des fidèles, » les Pères n'ont cependant pas jugé » expédient qu'elle fût célébrée en » langue vulgaire. C'est pourquoi, » sans s'écarter de l'usage ancien de » chaque Eglise, approuvé par celle » de Rome, qui est la mère et la maî- » tresse de toutes les Eglises, et pour » que le pain de la parole de Dieu ne » manque point aux ouailles de Jé- » sus-Christ, le saint concile ordonne » à tous les pasteurs et à tous ceux » qui ont charge d'âmes, d'expliquer » souvent, ou par eux-mêmes ou par » d'autres, une partie de la messe » pendant qu'onlacélèbre, etdedévej> lopper les mystères de ce saint sa- » crifice surtout les jours de dimanche » et de fête. » Sess. 22, c. 8. D'autres conciles particuliers ont ordonné la même chose, et il n'est aucun pasteur qui ne se croie obligé de satisfaire à ce devoir.
D'ailleurs, l'Eglise n'a pas absolument défendu les traductions des prières de la liturgie, par lesquelles le peuple peut voir dans sa langue ce que les prêtres disent à l'autel ; elle n'a désapprouvé ces traductions que quand on a voulu s'en servir pour introduire des erreurs. Sur ce sujet, les mo3'ens d'instruction sont multipliés à l'infini; quoi qu'en disent les protestants, il n'est pas vrai qu'en général le peuple sache mieux sa religion chez eux que chez nous ; leur symbole est plus court que le nôtre et plus aisé à retenir, et leur rituel n'est pas fort long. Ils sont plus disputeurs et moins dociles que nous ; leurs femmes se croient théologiennes, parce qu'elles lisent la Bible:
ce n'est pas là un grand bien ; la plupart ne savent pas seulement ce que nous croyons et ce que nous enseignons, puisqu'ils ne cessent de travestir et de calomnier notre croyance.
Enfin, il n'est pas vrai que quand le peuple unit sa voix à celle des ministres de l'Eglise dans une langue qui ne lui est pas familière, il ignore absolument ce qu'il dit ; il sait, du moins en gros, le sens des prières qu'il fait, et c'en est assez pour nourrir sa foi et sa piété. Eu général, il
y a plus de vraie piété parmi le peuple catholique que parmi les protestants.
Leurs controversistes ont fait grand bruit du passage dans lequel saint Paul dit : « Si je prie dans une lan- » gue que je n'entends pas, mon » cœur, à la vérité, prie ; mais mon » esprit et mon intelligence sont sans » fruit... J'aime mieux ne dire dans » l'église que cinq paroles dont j'aie » l'intelligence, pour en instruire » aussi les autres, que d'en dire mille » dans une langue inconnue.» I. Cor., c. 14, f 14 et 19. Mais la langue dont l'Eglise se sert dans ses prières n'est pas absolument inconnue, môme au peuple, puisque, par les leçons des pasteurs et par les traductions de la liturgie, le simple fidèle est suffisamment instruit de ce qu'il dit. 11 n'en était pas de même lorsqu'un chrétien doué surnaturellement du don des langues, parlait dans l'église, sans pouvoir être entendu de personne :
c'est l'abus que saint Paul voulait réformer. Nous ne voyons pas que luimême ait donné aux Arabes qu'il convertit, une liturgie dans leur langue. Voyez la Dissertation sur les liturgies orientales, par l'abbé Rcnaudot, p. 43 ; Le Brun, Explication de la messe, tom. 7. 14 e dissertation; Traité sur l'usage de célébrer le service divin dans une langue non vuU gaire, parle père d'Anlecourt, etc.
Bergieh.
LANTERNE MAGIQUE ET FAN- TASMAGORIE. (Théol. mixt. scien.
physiq.) — Nous avons promis, dans notre notice biographique et bibliographique sur le P. Kirchen de la compagnie de Jésus, inventeur de la lanterne magique au xvi° siècle, un article sur ce jouet qui est resté, depuis son inventeur à peu près sans perfectionnement, mais duquel Robertson tira l'idée de son fantescope, avec lequel il produisait, dans le théâtre qu'il établit â Paris en 1798, ces effets de fantasmagorie qui firent tant de bruit à cette époque. Tout le monde connaît la lanterne magique; c'est une boite carrée dans laquelle est une lampe derrière laquelle est un réflecteur qui jette la lumière
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dans un tube portant deux lentilles convergentes à ses deux extrémités, lesquelles projettent sur un écran placé plus loin, les images agrandies de peintures sur verre que Ton place par une rainure, entre les deux lentilles, la tète en bas, afin qu'elles soient reproduites sur l'écran, par la dernière lentille, la tête en haut. Quant à la fantasmagorie elle n'en est qu'une modification ; les figures sont projetées dans l'autre sens sur un écran transparent qui se trouve entre les spectateurs et l'appareil. On fait varier la grandeur des images en changeant la position de l'appareil derrière l'écran et leur éclairage au moyen de lames s'ouvrant et se fermant comme des lames de ciseaux.
Robertson avait imaginé une mécanique qui fonctionnait sans aucun bruit et qui rendait facile la production de ces deux effets; comme on met les spectateurs dans la plus profonde obscurité et qu'on ne leur laisse aucun moyen de juger des causes, les grossissements leur paraissent être des rapprochements des objets. Robertson par exemple, montrait une nonne sanglante qui après des bruits épouvantables dans l'obscurité, apparaissait un poignard à la main et se rapprochait des spectateurs jusqu'à leur paraître se précipiter sur eux.
On a des raisons de croire que les anciens connurent ces effets de la lumière par les lentilles, carFiorani en a trouvé une dans un tombeau romain, et les fouilles pratiquées dans les ruines d'Herculanum ont fait découvrir une vraie lanterne magique.
On croit que les prêtres de Memphis et d'Eleusis usaient de fantasmagorie pour frapper l'imagination de ceux qu'ils initiaient à leurs mystères. De pareils moyens ne peuvent réussir que pendant quelques siècles.
Le Nom.
LAODICÉE (Synode de). (Thêol.
hist. conc.) — La ville de Laodicée dans laquelle eut lieu le synode dont les canons sont rapportés dans les recueils des conciles du v° siècle, appartenait à la province de la Phrygie pacatienne et par conséquent n'était pas la Laodicçe de Syrie. D'après les
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plus anciens critiques, ce concile eut lieu avant le concile de Nicée, vers l'an 320; mais une critique plus sérieuse fondée sur la teneur même de ces canons qui indiquent une époque depuis longtemps pacifique et sur le canon 7 en particulier où il est fait mention des pbotiniens, l'a placé entre les années 360 et 370. D'après Gratien, trente-deux évèqucs y assistèrent. On y décréta soixante canons se rapportant pour la plupart à des questions de discipline, et parmi lesquels le 60 e porte une énumération des livres saints qui peuvent être lus, assez dillérente de celle qui a prévalu et danslaquelle l'Apocalypse manque.
Voici l'analyse que donne M. Reusch de ces soixante canons :
« Ils traitent notamment des points suivants : la pénitence, 1, 2; le baptême des hérétiques (les Novatiens, les Pbotiniens, les quartodécimans doivent être admis, après l'abjuration de leur hérésie, par l'onction avec le saint chrême; les Cataphrygiens doivent être baptisés), 20, 37-39; défense de la magie et des sortilèges, 30; des mariages mixtes (ils ne sont pas permis quand la partie hérétique ne veut pas devenir chrétienne, catholique), 10, 31 ; règlement du culte, il, 14-19, 44, 59; interdiction des agapes, 37-28 ; du catéchuménat et du Baptême, 5, 44-48;. de la Confirmation, 48 ; du carême, 49-52; de l'élection et de la consécration des évoques et des prêtres (les néophytes ne doivent pas être ordonnés prêtres), 3 ; les évêques doivent être élus non par le peuple, mais d'après le jugement, xpiasi, du métropolitain et des évêques voisins, 11, 12; des mœurs des clercs et des moines (interdiction de l'usure), 5 ; défense de la fréquentation des auberges et des théâtres, 24, 54, 30, 55, 58 ; hiérarchie et devoirs de.
chaque ordre : évêques et prêtres, 40-42 ; diacres, 20 ; sous-diacres, iirripewû, 21-22, 25, 43; lecteurs et chantres, àvaYvoxjTal xai tyoïïszai, 23 ; il est fait mention, en outre, des è-KOTua-zai, eœorcistœ d'après la version latine, suivant le grec commentateurs, catéchistes, xarriy i<n:5a, 26 ; des Bupupoi, ostiarii ; il faut instituer dans les campagnes et les petites villes non
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des évèques, mais des rapioSeuwu (inspecteurs, visiteurs), placés sous l'évèque, 57, dans le b9° il est ordonné de ne lire dans les églises que les écrits canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament, et non les dxavdviara pi6Xîa, notamment les tSiuTtxol (J/aVoî. Le 60 e canon énumère les livres saints qui peuvent être lus, dans l'ordre suivant, qui n'est pas conforme en tout à l'usage reçu : de l'Ancien Testament : le Pentateuque, Josué, les Juges, Ruth, Esther, les 4 livres des Rois, les 2 livres des Paralipomènes, les 2 livres d'Esdras, les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, Job, les 12 petits Prophètes, Isaïe, Jérémie, Baruch, epfjvoi xai/E-mcrTo'Xat (d'après Zonare, ë-ujxo'Wi), Ézéchiel et Daniel (il manque, par conséquent, Tobie, Judith, l'Ecclésiastique, le livre de la Sagesse et les livres des Machabées) ; du Nouveau Testament : les 4 Évangiles, les Actes des Apôtres,les7 Épitres catholiques dans leur ordre actuel), les 14 Épitres de saint Paul (l'épitre aux Hébreux précède les autres)- (l'Apocalypse mauque). »
Le Noir.
LAOSYNACTE, officier de l'Eglise grecque, dont la charge était de convoquer le peuple pour les assemblées, comme faisaient aussi les diacres dans les occasions nécessaires. Ce mot vient de Woç peuple et ouvàyu, j'assemble.
La multitude d'officiers attachés au service de l'Eglise chez les Grecs démontre le soin que l'on avait surtout dans les premiers siècles de maintenir l'ordre, la décence, la modestie, la sûreté dans les assemblées chrétiennes. On veillait exactement à ce qu'il ne s'y glissât aucun païen, aucun étranger inconnu ou suspect, aucun pécheur retranché de la communion. La certitude d'y être survillé inspirait la retenue aux jeunes gens et a ceux qui n'avaient pas beaucoup de piété : personne n'y jouissait (!u privilège de braver impunément la sainteté des temples et la majesté dû service divin. Les princes, les grands, les empereurs mêmes, se conformaient •àla discipline établie par les pasteurs,
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donnaient les premiers l'exemple du respect dû au lieu saint et aux mystères que l'on y célébrait ; personne n'y exerçait la police que les ministres de l'Eglise. On aurait été bien étonné, si l'on y avait vu entrer des militaires armés et dans l'équipage de soldats qui sont en présence de l'ennemi : cette indécence ne s'est introduite en Occident que depuis l'irruption des Barbares. Voyez Diacre.
Bergieh.
LAO-TSEU ou LAO-TSÉ ou LAO- KIUN. (Théol. mixt. et hist. philos, relig. étr.) — Ce philosophe de l'extrême Asie, dont le nom signifie le vieux philosophe, et qui fut aussi législateur, naquit, selon l'historien chinois SSe-Ma-Thsiau, (du premier siècle avant l'ère chrétienne), à Kbio- Yin dans le royaume de Thsiau, (pays, qui correspondait au district moderne de Yo, subdivision de la province de Ngnan-Hoéi); la date n'est pas donnée par ce vieux historien, mais une tradition reporte cette date à l'an 004 avant J.-C.
D'autre part, les savants chronologistes chinois , s'appuyant sur un fragment de l'histoire du monde de l'écrivain persan , Raschin-el-din , récemment découvert , font naître Lao-Tseu en 729 avant notre ère; Voici ce qui se lit dans ce fragment : ' « On dit que ce personnage (Lao-Tseu) est considéré comme un prophète par le peuple de Calai (Chine), de même que Çakya-Mouni. On dit qu'il fut conçu par la lumière, et on raconte que sa mère le porta non moins de quatre-vingts ans dans son sein. Sa naissance arriva trois cent quarante-sept ans après celle de Çakya- Mouni (1). »
Confucius alla voir Lao-Tseu. Lao- Tseu était rationaliste, c'est-à-dire qu'il ne tenait pas compte de la tradition comme son rival; pour cette raison, il le reçut froidement, et Confucius a écrit de cette entrevue :
(l) Le mi'rae historien fait naître Çakya-Mouni à une date qui correaoo d à l'an 1,076 avant J.-C. C'est conforme u l'opinion que nous croyant la plus propahl'3 malgré le* plu* modernes o:. entoilâtes. Y» Bouodhisiisj.
La NoUa
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« J'ai vu Lao-Tseu, et je le connais aussi peu que je connais le dragon. »
On conclut de cette parole que Lao- Tseu n'avait pas fait part à Confucius de sa doctrine.
Le livre qui reste de Lao-Tseu est le Tao-te-King, de la voie et de la vertu; M. Stanislas Julien nous en a donné une traduction. C'est dans ce livre que se trouve le nom de Dieu i-hi-vei, Jehovah. Le grand dictionnaire universel du xix e siècle donne un exposé de la métaphysique de ce philos^âhe, qui ne peut être fait que par •^'écrivain dénué de tout esprit philo sophique : On y lit la proposition suivante : « Le Bouddha, plus logique que Lao-Tseu, avait considéré qu'un être absolu serait un effet sans cause (1). » Aussi cet exposé est-il indigne de Lao-Tseu dont la philosophie théistique est très-acceotuée et très-profonde, et n'est-il pas moins indigne de Bouddha. Quant à la morale de Lao-Tseu, elle est la même que celle de tous les bons philosophes de tous les temps et de tous les pays.
Ca sont aujourd'hui les bonzes qui sont les ministres de la secte de Lao- Tseu; ils font concurrence, en Chine, aux bouddhistes. Le Nom.
LA PEYRÈRE (Isaac de.) {Théol.
hist. biog. et bibliog.) V. Peyrère.
LAPIDATION, est l'action de tuer quelqu'un à coups de pierres : mot formé du latin, lapis, pierre.
Sans entrer dans le détail des différents crimes pour lesquels la loi de Moïse ordonnait de lapider, les coupables, il parait, par plusieurs passages de l'Ecriture sainte, que souvent les Juifs se croyaient en droit d'employer ce supplice sans aucune forme de procès, et c'est ce qu'ils appelaient le jugement de zèle : ils en agissaient ainsi à l'égard des blasphémateurs, des adultères et des idolâtres ; mais on ne voit pas qu'ils y aient été formellement autorisés par la loi. Le chapitre 13 du Deutéronome, dont quel-
(i) CommeDt serait-it un effet, puisqu'il n'a d'autre cause que lui môme ; et comment sorait-il tans cause, puisqu'il a sa cause en lui-même?
La Nota.
ques incrédules veulent se prévaloir, n'établissait point cette police ; et le prétendu jugement de zèle fut souvent, de la part des Juifs, l'effet d'une aveugle passion et d'un fanatisme insensé, puisqu'ils avaient ainsi mis à mort plusieurs prophètes. Jésus-Christ et saint Paul le leur reprochent.
Matth., c.23;f. 31 ;Uebr.,c. 11, JK3.7.
Lorsqu'un coupable avait été condamné par le conseil des Juifs à être lapidé, on. le traînait hors de la ville pour lui faire subir son supplice :
ainsi fut traité saint Etienne, par sentence de ce conseil présidé par le grand prêtre, Act., c. 7, f. 57 ; mais lorsque les Juifs agissaient par les fureurs d'un faux zèle, ils lapidaient partout où ils se trouvaient, même dans le temple : tel est l'excès auquel ils s'étaient portés contre le prêtre Zacharie. Matth., c, 25, ^.35.
De même, lorsqu'ils amenèrent à Jésus-Christ une femme surprise en adultère, il dit aux accusateurs, dans dans le temple même : « Que celui d'entre vous qui est innocent lui jette la première pierre. » Joan., c. 8, f. 7. Une autre fois, les Juifs ayant prétendu qu'il blasphémail, ramassèrent des pierres dans ce même lieu pour le lapider. Us en usèrent de même lorsqu'il leur dit: Mon Père et moi ne sommes qu'un. Il ne s'ensuit pas de là que la loi de Moïse ait inspiré le fanatisme, la fureur, laeiuauté aux Juifs. Bergier.
LAPSES. C'étaient, dans les premiers temps du christianisme, ceux qui, après l'avoir embrassé, retournaient au paganisme. On distinguait cinq espèces de ces apostats, que l'on nommait libellatki, mittentes, thurificati, sacrificati, blasphemati.
Par libellalici, l'on enlendait ceux qui avaient obtenu du magistrat un billet qui attestait qu'ils avaient sacrifié aux idoles, quoique cela ne fût pas vrai. Mitte?ites étaient ceux qui avaient député quelqu'un pour sacrifier à leur place ; tliurificati, ceux qui avaient offert de l'encens aux idoles; sacrificati, ceux qui avaient pris part aux sacrifices des idolâtres ; blasphemati, ceux qui avaient renié formellement Jésus-Christ, ou jura
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par les faux dieux ; on nommait stantes ceux qui avaient persévéré dans la foi. Le nom de lapsi fut encore donné dans la suite à ceux qui livraient les. livres saints aux païens pour les briller.
Ceux qui étaient coupables de l'un ou de l'autre de ces crimes ne pouvaient être élevés à la cléricature ; et ceux qui y étaient tombés, étant déjà dans le clergé, étaient punis par la dégradation : on les admettait à la pénitence : mais après l'avoir faite, ils étaient réduits à la communion laïque. Bingham, Orig. ecclés., 1.4, c. 3, §7; etl. 6, c. 2, §4.
Il y eut deux scbismes au sujet de la manière dont les lapses devaient être traités : à Rome, Novatien soutint qu'il ne fallait leur donner aucune espérance de réconciliation ; à Cartage, Félicissime voulait qu'on les reçût sans pénitence et sans épreuve :
l'Eglise garda un sage milieu entre ces deux excès.
Saint Cyprien, dans son Traité de Lapsis, met une grande différence entre ceux qui s'étaient offerts d'euxmêmes à sacrifier dès que la persécution avait été déclarée, et ceux qui avaient été forcés, ou qui avaient succombé à la violence des tourments ; entre ceux qui avaient engagé leurs femmes, leurs enfants, leurs domestiques, à sacrifier avec eux, et ceux qui n'avaient cédé qu'afin de mettre leurs proches, leurs hôtes ou leurs amis à couvert de danger. Les premiers étaient beaucoup plus coupables que les seconds, et méritaient moins de grâce ; aussi les conciles avaient prescrit pour eux une pénitence plus longue et plus rigoureuse:
mais saint Cyprien s'élève avec une fermeté vraiment épiscopale contre la témérité de ceux qui demandaient d'être réconciliés à l'Eglise et admis à la communion , sans avoir fait une pénitence proportionnée à leur faute, qui employaient l'intercession des martyrs et des confesseurs pour s'en exempter. Le saint évêque déclare que, quelque respect que l'Eglise doive avoir pour cette intercession, l'absolution extorquée par ce moyen ne peut réconcilier les coupables avec Dieu. Voyez Iudulgence. Bergieb.
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LAQUE (gomme). (Théol. mixt scien. bot. et zool.) — Dieu a mis dans la nature tant et de si étranges productions que l'homme pourra er chercher et en trouver toujours df nouvelles tant qu'il sera sur la terre Cette gomme lacque ou laque, avec laquelle notre ébénisterie fait de s»
beaux et de si solides vernis, qu> entre pour une part dans la cire à cacheter, qui sert aussi dans la chapellerie et lu teinture et qu'on emploie enfin comme corps isolant dar?
la construction des appareils à él&.-r tricité, est un de ces produits curieuir dont on s'est longtemps servi en' Europe sans en savoir autre cbose, sinon qu'il nous venait du côté des Indes. Ce sont enfin les savants anglais qui ont levé le mystère depui?
l'extension de la domination britannique. On peut lire la description que donne de ce produit M. J. Kerr dans le soixante et onzième vol. des transactions philosophiques (texte anglais) ; il suit de cette description que la laque dont avait parlé Lamarck comme étant une exsudation naturelle du croton porte-laque qui la produit à l'aisselle de ses rameaux et de ses feuilles sous forme de petites perles, n'est point notre laque du commerce.
Voici son explication :
Il existe dans les forêts incultes des bords du Gange, un insecte du genre cochenille, le Coccus lacca, dont les mâles sont encore en problème comme ceux du Kermès (V. ce mot) et de toutes les cochenilles. Cet insecte, gros comme un pou et rouge, s'attache aux extrémités de plusieurs arbres, (le Figuier des Indes, le Figuier des pagodes , le Jujubier cotonneux, la Butée touffue, le Croton porte-laque, etc.) ; ces extrémités se flétrissent et se dessèchent, et les insectes y restent fixés dans une matière poisseuse qui, s'attachant aux pieds des oiseaux, fait que ceux-ci transportent l'insecte d'un arbre à l'autre et en facilitent la multiplication. Le Coccus lacca a un petit bec avec lequel il a percé l'écorce du jeune rameau, et comme il s'y est développé en grande multitude, à peu près comme nous voyons parfois nos pucerons entassés sur certains arbustes ou légumes, il les a