‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 61 sur 114 · IH · texte numérisé non relu

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» et nus, dik Pigafetta, ressemblaient » sur leurs canots à rames, à des » matelots du Styz. »

Les voyageurs descendirent ensuite au sud jusqu'aux Patagons, auxquels Magellan enleva cruellement deux hommes, malgré les pleurs des femmes et des enfants, avec le projet de les montrer à l'Europe. Cette action criminelle mit, parmi ces peuples, naturellement doux, les chrétiens en horreur, et Magellan fut chassé par eux de cette cùle au cri de Setebos, leur mot diabolique.

Cinq mois se passèrent dans le port Saint-Julien, où Magellan déjoua une conspiration; l'un des instigateurs fut écarlelépar ses ordres, l'autre décolé, et un troisième, avec uu prêtre son complice, fut abandonné sur la plage; mais plus tard Estevan Gomez abandonnera l'escadre, avec son vaisseau le Saint-Antoine et les ramènera en Espagne.

On eût dit que nous n'allions nous montrer pour la première fois aux Américains de ces contrées que pour leur apprendre la cruauté, et que nous ne leur présentions l'évangile que comme un code écrit avec du saiig!

On continua de descendre la côte des Patagons. On perdit le Saint- Jacques. On essaya de remonter une rivière, mais on fut assailli par des vents furieux. On rencontra enfin un canal : c'était l'entrée du détroit que Magellan nomma le détroit des Patagons et que la postérité nommera le détroit de Magellan. Ce détroit, qui joint l'Océan atlantique au grand Océan pacifique, est long de cent dix lieues maritimes sur des largeurs diverses dont la plus petite est d'une demi-lieue, et bordé de falaises escarpées, de pi ?s couronnés de neii;e, d'arbres énormes battus par les tempêtes. Ce fut pendant les explorations de l'archipel qui porte aujourd'hui le nom de Magellan, que Gomez prit honteusement la fuite avec le Saint- Aatioii .

Le passage au sud américain était donc trouvé. On nomma la terre «pj'on laissa à la gauche, terre de feu, parce qu'on y voyait beaucoup de

feux allumés dans les forêts. Soixante ans plus tard, le navigateur Drake, et quarante ans après Urake, le hollandais Lemaire constateront que cette terre n'est qu'une île au delà de laquelle commence l'Océan glacial an»

tarctique ; et, dès lors, on préférera au passage par le détroit, le passage par le cap Horn qui forme la pointa de cotte ile.

Quant aux habitants de la terre de feu, dont les foyers dans les forêts étaient les indices, ils resteront à peu près inconnus jusqu'aux années mêmes où nous écrirons ce rapide précis : ce sont des gens doux, inoffensifs, et très-obligeants, quand on les traite bien, comme le sont toujours les hommes de la nature. Leurs arts représentent l'enfance de tous les arts et l'on retrouve chez les naturels tout ce que nos dernières découvertes paléontologico - anthropologiques nous ont révélé de ces temps antir ques qu'on a nommés l'âge de la pierre.

Leurs outils, leurs armes défensives, leurs parures et le reste sont en éclats de cailloux, en pierres plus ou moins grossièrement taillées, en bois durcis au feu, en ossements, et en pointes de débris de verre qu'ils utilisent depuis que les vaisseaux qui relaient sur la côte en laissent à la suite de leur passage Us ne sont pas absolument sans idées religieuses; ils adorent une puissance ou des puissances invisibles.

Magellan se contenta donc de passer le détroit, puis se lança dans l'Océan qui se présentait au-delà; c'était le grand Océan. Il n'y rencontra heur reusement que des veut* doux, des eaux calmes, et en traversa paisiblement les immensités soliuires, jusqu'aux nombreux archipels des portes de l'Asie orientale. En souvenir de cet état tranquille lequel se soutint pendant quatre mille lieues, il nomma ces vastes mers l'Océan pacifique.

En y entrant, les voyageurs avaient vu la chasse aux poissons volants par les dorades, les albicores et le»

bonites. Les poissons volants fuient les ennemis en décrivant dans l'air des arcs de flèche, retombent dans l'eau, se relancent dans l'air, à la lin se fatiguent et sont saisis par les pois-

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K0DS qui les poursuivent; ces derniers nèfles perdent pas de vue, guidés qu'ils sont par leurs ombres à la surface des eaux. ■; , '

Magellan n'avait plus, dans 1. Ucean pacifique, que trois vaisseaux et trop peu dp provisions pour une traversée dont il était si loin de soupçonner l'étendue. On mangea les vieux cuirs,, les rats, les souris, la sciure de bois.

On fut attaqué par le scorbut, et dixhuit en moururent, avec le Patagon.

Mais pas une tempête, chose assez étrange; car Quiros, Cook et Bougainville ne rapportèrent pas de ces parages d'aussi bons souvenirs..

On cinglait dans le nord-ouest; et, après avoir passé sous l'équateur, on remonta jusque vers la hauteur du Japon. On n'avaittrouvé dans ce long trajet que des îles désertes, qui furent appelées les îles infortunées. Enfin se présenta celle des larrons dont les habitants, quoique sans défense et sans habits, voulurent dévaliser l'équipage, puis Vile enchantée et le groupe des Philippines, dont les naturels tirèrent les voyageurs d'embarras en les comblant de prévenances et de présents. Ils poussaient la bienveillance jusqu'à se faire baptiser pour plaire à Magellan. .

C'est dans une des îles de. ces archipels, que le terrible chef commit son plus grand crime : celui de faire incendier un village qui refusa le baptême, et de profaner le symbole de l'adoration libre, la croix, en la plantant sur les ruines.

Mais ce fut là, aussi, que, dans un téméraire combat, auquel était mêlé le roi de Zubu, dont il avait fait un chrétien, Magellan, assailli par le gros des ennemis, tomba couvert de blessures et donna le temps aux siens, par sa résistance acharnée, de regagner leurs vaissaux.

Par cette juste vengeance de la Providence finirent les aventures de ce hardi navigateur; il n'avait pas achevé son tour du monde; maisses vaisseaux l'accomplirent.

Après une trahison du roi lui-même qui s'était fait chrétien, trahison dont le résultat fut le massacre de vingtquatre des compagnons de Magellan

dans un repas, on sa réorganisa* et l'on reprit la mer. On mouilla aux 1 iles Batuan, Pelaoau, Bornéo, aux Moluques où l'on se chargea d'épices,a Tidor où l'on fut obligé de laisser la Trinidad qu'on ne put réparer, mais qui rejoignit plus tard les possessions deVascodc Gama; et enfin la Victoria seule, conduite par Sébastien de) Cano et Pigafetta, l'historien de l'expédition, retrouvant la route que Vasco de Gama avait ouverte par le cap de.

Bonne Espérance, eut la gloire de ■rentrer, après avoir couru mille dangers dans l'Atlantique, dans la baie de San Lucar d'où l'on était parti deux années auparavant. On n'était plus que seize héros, parmi lesquels Richard de Normandie qui, bientôt après.revint à Grandville.

L'homme avait fait, pour la première fois, le tour du monde, et la grandeur de la découverte, de Christophe Colomb sortait enfin de son

mystère. ,

Ce fut en passant à Bornéo, dansde retour dont nous venons de jalonner les points principaux, que Pigafetta observa ce végétal étrange dont les feuilles étaient animées, \oici ses paroles : « Ce que j'ai trouvé de plus étrange, ce sont des arbres dont jes feuilles qui tombent sont animées.

Ces feuilles ressemblent à celles du mûrier, si ce n'est qu'elles sont moins longues ; leur pétiole est court et pointu, et près du pétiole, d'un cous et de l'autre, elles ont deux pieds. Si on les touche, elles s'échappent; mais elles ne rendent point do sang quand on les écrase. J'en ai gardé une pendant neuf jours; quand j'ouvrais la boite, la feuille s'y promenait tout à.

Ventour. Je suis d'opinion qu elles vivent d'air. » •

Plusieurs voyageurs ont parte ae ces feuilles; des auteurs ont prétendu qu'un insecte qui s'y loge, leur donne le mouvement; d'autres ont dit que ce ne sont point des feuilles, mais des sauterelles, à quatre ailes ovales, de trois pouces de longueur, ressemblant parfaitement à des feuilles brunes avec leurs nervures ; peut-être pourrait-on supposer que le marin nous a fait ici un joli conte ou plutôt

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qu'il fut lui-même le jouet de quelque innocente supercherie des bons habitants de Bornéo.

Pigafetta vit encore, dans l'Ile de Bachian, cet oiseau fort curieux que les Européens crurent longtemps n'avoir ni pieds ni pattes parce qu'on les coupait à tous ceux qu'on rapportait empaillés. C'est l'oiseau de paradis. Voici la description qu'en donne Pigafetta : « Cet oiseau a la grosseur » d'une grive, la tète petite et le bec » long, les jambes de la grosseur » d'une plume à écrire, d'une palme » de long. Sa queue ressemble à celle » de la grive, et il n'a point d'ailes; » mais à leur place il a de longues » plumes de différentes couleurs sem- » blables à des aigrettes. Toutes ses » autres pennes, excepté celles quilui » tiennent lieu d'ailes, sont d'une cou- » leur sombre. Cet oiseau ne vole que » lorsqu'il y a du vent. On dit qu'il » vient du paradis terrestre et on » l'appelle bolondineta, c'est-à-dire » l'oiseau de Dieu. »

Ce bel oiseau, n'est point fabuleux; on peut lire sa monographie dans Lesson. Les os de ses ailes sont si courts et si bien cachés dans les plumes qu'ils paraissent ne pas exister.

Un fait étonna beaucoup l'Europe et les voyageurs à leur retour. Ils arrivaient le 5 septembre; tout le inonde comptait le 6 ; et il n'y avait eu d'erreur commise ni de part ni d'autre On en discuta longuement parmi les savants; l'explication n'était pas difiicile à donner, et Pigafetta la donna lui-même : « Ayant tou- » jours, dit-il, voyagé vers l'ouest, en » suivant le cours du soleil et étant » revenus au même point, nous de- ■» vions avoir gagné vingt-quatre heu- » res sur ceux qui étaient restés en » place; et il ne faut qu'y réfléchir » pour en être convaincu. »

Celui, en eflet, qui voyage vers le couchant du soleil et qui compte se3 journées du lever au coucher réel de cet astre, par rapport à lui, allonge chacune d'elles de la partie de temps correspondante à ce dont il s'est avancé vers l'occident, et s'il fait ainsi le tour du monde, tous ces allumielijouU partiels réunis fui nient, n la fin, le temps de la révolution entière

c'est-à-dire vingt-quatre heures, en sorte que son calcul doit se trouver de vingt-qualre heures en retard. Si l'on voyage vers l'orient, c'est l'effet contraire qui se produit, on raccourcit les jo urs,et le tour du monde entier donne, au calendrier ainsi formé, un jour de plus. Le temps, au reste, qu'on emploie à faire le voyage, n'y est pour rien; on mettrait dix ans à faire le tour du monde qu'on ne perdrait ou ne gagnerait qu'un jour, puisqu'on n'aurait jamais gagué ou perdu qu'une translation diurne du soleil selon les apparences et qu'une rotation de la terre sur elle-même selon la réalité.

C'est ainsi qu'à force de peine et de travaux séculaires, notre pauvre genre humain finit par connaître un peu mieux son globe, qui n'est, depuis qu'il existe, au regard de Dieu, qu'un petit point dans l'espace, au sein de millions de millions d'autres glubes de toute nature, de toute grandeur et de tout éclat, et sur lequel s'agitent et se développent quelques familles d'êtres animés, dont nous faisons partie, et qui, relativement à nous, sont déjà l'infini. Que dire de l'univers tout entier avec ses soleils et leurs mondes planétaires aux mouvements immenses équilibrés les uns avec les autres, et aux variétés innombrables d'habitants que nous devons leur attribuer? Eh bien, ce grand tout de la création auquel la métaphysique de notre esprit assigne nécessairement des frontières, est moins pour l'œil du maille éternel, que n'est, pour le nôtre, une motte de terre avec son nid de fourmis.

Le Noir.

MAGES, savants ou sages de l'Orient, qui, avertis par une éloile miraculeuse, vinrent adorera Belhlécm Jésus enfant, quelque temps après sa naissance.

On sait que, chez les Orientaux, le nom de mage a désigné un savant, un homme appliqué à l'étude de la nature et de la religion, et qui possède des connaissances supérieures Tout homme qui avait cette régulation jouissait d'une grande cousidération et avait beaucoup d'auloiiio

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p-;mi ses concitoyens; il n'est donc jK.i étonnant que l'on ait pensé que les mages qui vinrent adorer Jésus étaient des rois; alors chez les peuples voisins de la Judée, les rois n'étaient rien moins que des monarques puissants.

Il est dit dans l'Evangile que ceuxci vinrent de l'Orient, et l'on a disserté savamment pour découvrir de quelle contrée orientale ils étaient venus. Nous ne voyons aucune nécessité de les faire venir de fort loin; il est très-probable qu'ils partirent du pays situé à l'orient de la mer Morte, habité autrefois par les Madianites, par les Moabites et par les Ammonites, et dans lequelsont aujourd'hui les Druses. Selon le témoignage des voyageurs, l'on retrouve encore chez ce peuple indépendant la plupart des anciens usages des Juifs. Les mages n'eurent donc que trois ou quatre journées de chemin à faire pour arriver à Bethléem (I).

On ne peut pas douter que, dans cette contrée, si voisine de la Judée, l'on n'eût l'idée de l'avènement prochain du Messie, puisque, selonïacite et Suétone, c'était une opinion ancienne, constante et répandue dans tout l'Orient, qu'un conquérant ou des conquérants, sortis de la Judée, seraient les maîtres du monde. 11 se peut faire même que l'on y eût conservé le souvenir de la prophétie de Balaam, qui annonçait le Messie sous le nom d'une étoile sortie de Jacob.

L'étoile qui apparut aux mages n'était point une étoile ordinaire, mais un astre miraculeux, puisqu'il dirigeait leur marche et s'arrêta surBethléem.

Jusqu'ici nous n'apercevons pas qu'il y ait lieu à de grandes difficultés.

Voyez Vies des Pères et des Martyrs, tom. 1, p. 107.

Mais les incrédules ont fait des dissertations pour prouver que l'adoration des mages, rapportée par saint Matthieu, ne peut absolument se

(i) Nous croyons que ces mages étaient des philosophes dans ie genre de ceux deTheuian, anjis de Jah, qui appartenaient à la religion de Zoroastre, qu'ils vinssent, d'ailleurs, de présou de loin; il nous semble plus probable qu'ils vinrent de très-loin. V.

"MAG!SMEjMAZDEIBME,PAHSI8ME,ZOIlOASTHK,ZSNO-AVESTA

Le Nom.

concilier avec la narration de saint Luc; selon leur coutume, ils ont conclu victorieusement qu'aucun docteur ne pourra jamais mettre les faits rapportés dans l'Evangile hors d'atteinte, lorsque les difficultés seront proposées dans toute leur force.

Ce ton triomphant ne doit pas nous en imposer : la force de nos adversaires n J est rien moins qu'invincible. Il s'agit de comparer le second chapitre de saint Matthieu avec le second de saint Luc; toute la différence entre ces deux évangélistes consiste en ce que l'un rapporte plusieurs faits de l'enfance du Sauveur, desquels l'autre ne parle pas.

Saint Matthieu rapporte de suite la naissance de Jésus, l'adoration des mages, la fuite delà sainte famille en Egypte, le meurtre des innocents, le retour d'Egypte, le séjour de Jésus à Nazareth, "la prédication de saint Jean-Baptiste, ie baptême de Jésus, sans iixer aucune époque, sans déterminer l'intervalle du temps qui s'est passé entre ces divers événements, sans parler des autres faits arrivés dans ce même temps.

Saint Luc raconte la naissance de Jésus, sa circoncision, sa présentation au temple, le séjour de la sainte famille' à Nazareth, les trois jours d'absence de Jésus, retrouvé dans le temple à l'âge de douze ans, la prédication de saint Jean-Biqjtiste, le baptême de Jésus, sans exprimer si tous ces faits se sont suivis immédiatement, ou ont été séparés par quelques délais et par d'autres événements.

Saint Marc et saint Jean commencent leur Evangile à la prédication de Jean-Baptiste, et passent sous silence tout ce qui a précédé. De même que saint Matthieu ne dit rien de la circoncision, de la présentation au temple, de l'absence de Jésus ; saint Luc omet h son tour l'adoration des mages, le meurtre des innocents, la fuite en Egypte, et le retour.

Mais, disent nos critiques, saint Luc fait profession de tout rapporter, il dit qu'il s'est informé exactement de tout dès le commencement, et qu'il le rapportera de suite, ou par ordre, Luc, c, i, f 3 ; il n'est Jonc pas pro-

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bable qu'il ait sien supprimé. Voilà la plus forte difficulté.

Est-elle insoluble? A la vérité, saint Luc dit qu'il s'est informé de' tout, mais il ne dit pas qu'il écrira tout et qu'il ne supprimera rien; il dit qu'il rapportera les faits par ordre, il n'ajoute point qu'il les rapportera de suite, sans intervalle, et sans en omettre aucun. Son dessein était de reprendre les choses dès le commencement; en effet, il remonte jusqu'à la naissance de Jean-Baptiste et à l'annonciation faite à Marie ; aucun autre évangéliste n'est remonté si haut ; mais il n'est pas vrai qu'il se pique d'être minutieux, comme nos critiques le supposent ; dans le cours de son Evangile, il a omis beaucoup d'autres choses dont les autres évangélistes ont .parlé.

11 s'agit à présent de savoir comment il faut arranger les faits, si l'on doit placer la présentation de Jésus au temple et la purification de Marie, avant l'adoration des Mages et ce qui s'est ensuivi, ou s'il faut la mettre après le retour d'Egypte. Rien ne nous empêche de soutenir que cette présentation a été différée jusqu'après le retour d'Egypte.

Selon la loi, cette cérémonie. devait se faire quarante jours après l'enfantement ; mais lorsque les couches avaient été fâcheuses, lorsque la mère ou l'enfant étaient malades, lorsqu'ils étaient fort éloignés de Jérusalem, l'intention de la loi ne fut jamais de mettre leur vie en danger.

Le temps avait été prescrit principalement pour les Israélites, campés daus le désert autour du tabernacle, Lévit., chap. )2, ^ 6. Dans la Judée, cette loi admettait des dispenses et des délais. Il parait qu'Anne, mère de Samuel, crut être dans ce cas, puisqu'elle n'alla présenter son fils au Seigneur qu'après qu'il fut sevré.

I. lleg., c. 1,-jk 22. Marie, forcée de fuir en Egypte pour sauver les jours de son Fils, était en droit d'user du même privilège. On ne sait pas combien du temps dura son absenoe, mais elle ne fut pas longue, puisque Hérnde mourut cinq jours après le meurtre desoniilsAntipater, peu de

temps après le massacre des inno.

cents. Josèphe, Antiq., 1. 17, c. 10

Saint Luc dit à la vérité : « Après » que les jours de la purification de » Marie furent accomplis, selon la loi » de Moïse, Jésus f* porté au temple » pour être présenté au Seigneur ,' Luc, c. 2, f 22. Il faut nécessairement sous-entendre, lorsqu'il fut possible d'accomplir la loi; la nature des faits ne permet pas de l'entendre autrement.

Dans cette hypothèse, tout se concilie sans effort. Jésus à Bethléem, est circoncis huit jours après sa naissance, comme le dit saint Luc ; il est adoré par les mages, transporté en Egypte ; les innocents sont massacrés; Herode meurt ; la sainte famille revient en Judée, comme le rapporte saint Matthieu ; Jésus est porté à Jérusalem et présenté au Seigneur; Marie se purifie selon la loi, comme nous l'apprend saint Luc; elle retourne à Nazareth avec Jésus et Joseph, ainsi que le disent les deux évangélistes. Il est exactement vrai que le reiour à Nazareth suit immédiatement le retour d'Egypte, comme le veut saint Matthieu, et qu'il se fait après que les parents de Jésus eurent accompli tout ce qui était prescrit par la loi du Seigneur, comme l'a observé saint Lu':. Où sont donc les impossibilités et les contradictions entre les deux évangélistes, que les incrédules veulent y trouver?

Selon leur préjugé, saint Luc dit que Joseph, Marie et l'enfant, demeurèrent à Bethléem jusqu'à ce que le temps marqué pour la purification de Mariefùt accompli. Ils se trompent, saint Luc ne le dit point ; il n'insinue en aucune manière quo le voyage pour présenter Jésus au temple sa soit fait de Bethléem à Jérusalem, comme le veulent nos censeurs ; leurs objections ne portent que sur cette fausse supposition. Quand on veut mettre deux historiens en opposition, il ne faut rien ajouter au texte ni de l'un ni de l'autre.

Il semble, disent-ils, que saint Matthieu ait ignoré que Nazareth était le séjour ordinaire de Joseph et

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de Marie. Où sont les preuves de cette ignorance ?

D'antres ont argumenté contre le massacre des innocents. Voyez ce mot.

Quelques interprètes ont cru que Jésus était âgé de deux ans lorsqu'il fut adoré par les mages : cette supposition n'était pas nécessahe. Voy.

Bible d'Avignon, t. 13, p. 185.

Bergieh.

MAGICIEN, MAGIE, On appelle magie l'art d'opérer des choses merveilleuses et qui paraissent surnaturelles, sans l'intervention de Dieu, et magicien celui qui exerce cet art. Il en est souvent parlé dans l'Ecriture sainte; la magie y est sévèrement défendue; les magiciens y sont représentés comme odieux à Dieu et aux hommes : l'Eglise chrétienne a prononcé contre eux des anathèmes,- et ils sont punis par les lois eiviles.

Quelle idée devons-nous en avoir? Qu'y a-t-il de réel ou d'imaginaire, de naturel ou de surnaturel dans leurs opérations ? Sont-ce des fourberies humaines, ou des prestiges du démon?

Si nous consultons les écrits des philosophes modernes sur ce sujet, nous y apprendrons peu de chose.

Pour s'épargner la peine de discuter la question, ils l'ont supposée décidée selon leurs préjugés; ils n'ont pas distingué suffisamment les différentes espèces de magie, comme les charmes, la- divination, les enchantements, les évocations, la fascination, les maléfices, les sorts ou sortilèges : toutes ces pratiques sont différentes, et demandent chacune un examen particulier. Si nous leur en demandons l'origine, ils disent que tout cela est venu de l'ignorance; mais l'ignorance n'est qu'un défaut de connaissance : une négation ne produit rien, ne rend raison de rien, et il nous faut des causes positives.

Ils prétendent que de nos jours la philosophie, ou la connaissance de la nature, a réduit à rien le pouvoir du démon et celui des magiciens :

ils se trompent. Si la magie est trèsrare parmi nous, elle y a été commune autrefois, et on l'exerce encore ailleurs: pourquoi y a-tron cru? et

pourquoi ne devons-nous plus y croire ? Voilà ee que des philosophes auraient dû nous apprendre. Us jugent que ce qui est dit dans l'Ecriture sainte, dans les Pères de l'Eglise, dans les exorekraes, a contribué à nourrir le préjugé drs panjil-es ci. la croyance aux opérations du démon : c'est une fausseté que nous avons à détruire.

Aussi nous devons examiner 1° l'origine de la magie, et ce qu'en ont pensé les philosophes : 2° ce qui en est dit dans l'Ecriture sainte et dans les Pères de l'Eglise; 3° les raisons pour lesquelles l'Eglise a dû employer les bénédictions et les exoroismes pour dissiper les prestiges des<magiciens ; 4° si l'accusation de magie, intentée contre plusieurs sectes hérétiques, a été une pure calomnie.

L'origine de cet art luneste est

la même ,que celle du polythéisme :

c'en est une conséquence inévitable, plusieurs auteurs l'ont fait voir; liayle, lUp. aux quest. d'an prov., 1 e ' part., c. 36 et 37 ; Brucker, Ilist. de la Plûtes., tom. 1, liv. 2, c. 2, § 12: Ilist.

de l'Acad. des Inscript., t. 4, in- 12, p.

34, etc. Chez les Orientaux l'on a nommé mages ceux qui paraissaient avoir des connaissances supéeiauïes à celles du vulgaire, et magie l'élude de la nature et de la religion; dans quelques cantons de la Suisse, le peuple appelle encore mages les médecins empiriques auxquels il attribue des secrets particuliers pour guérir les maladies.

Chez les païens, dont l'imagination était frappée d'une multitude d'esprits, de génies, de démons ou de dieux répandus dans toute la nature, qui en animaient toutes les parties et les gouvernaient, on leur attribuait les phénomènes les plus ordinaires, les biens et les maux, les orages, la stérilité des campagnes, les maladies et les guérisons; à plus forte raison devait-on les croire auteurs de tout ee qui paraissait extraordinaire, merveilleux et surnaturel: rien ne se faisait sans eux; la connaissance la plus importante était donc de savoir comment on pouvait obtenir leur bienveillance, les apaiser lorsqu'ils étaient irrités, en obtenir des bien-

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faits, et les forcer en quelque manière de condescendre aux volontés de leurs adorateurs. Voyez Paganisme.

Tout homme qui semblait avoir celle connaissance, le talent de faire du mal ou de le guérir, de deviner les choses cachées, de prédire quelque événement, de tromper les yeux par des tours de souplesse, etc., passait pour avoir à ses gages un esprit ou des esprits toujours prêts à exécuter ses volontés. Le nom de mage et de magicien n'avait donc rien d'odieux dans l'origine : ceux qui se servaient de la magie pour faire du bien aux hommes, étaient estimés et honorés ; mais ceux qui s'en servaient pour faire du mal, étaient, avec raison, détestés et proscrits. L'art des premiers se nomma simplement magie; les pratiques des seconds furent appelées goêtie, magie noire et malfaisante.

Telle était l'opinion non-seulement des ignorants, mais des philosophes les plus célèbres; tous soutenaient que les astres, les éléments, les animaux, étaient mus par des génies ou démons, que ces intelligences prétendues disposaient de tous les événements; sur ce préjugé était fondé le culte qu'on leur rendait, et ce culte était approuvé par toutes les sectes de philosophie. C'est là-dessus que le stoïcien Galbus établit le polythéisme et la religion des Romains, dans le 3° livre de Cicéron, sur la nature des dieux ; que Gelse, Julien, Porphyre et d'autres, reprochent aux chrétiens d'être ingrats et impies, en refusant d adorer les génies distributeurs des bienfaits de la nature. Celse soutient sérieusement que les animaux sont d une nature supérieure à celle de 1 homme, qu'ils ont un commerce plus immédiat que lui avec la Divinité, et ont des connaissances plus parfaites; qu'ils sont doués de la raison; que ce sont eux qui ont enseigné à l'homme la divination, les augures et la magie.

Orig. contre Celse, liv. 4, n. 78 et suiv.

Il passait donc pour constant dans le paganisme, qu'un homme pouvait avoir commerce avec les génies ou démons que l'on adorait comme les dieux, obtenir d'eux des connaissances supérieures, opérer, par leur

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entremise, des choses prodigieuses et surnaturelles. Les philosophes en étaient persuadés comme le peuple- Bayle, ibid., c. 37; les stoïciens en particulier, puisqu'ils avaient conliance à la divination, aux augure* aux songes, aux pronostics, aux prodiges; Cicéron nous l'apprend, L 2 de Divin., n. 149. Lucien, dans son' L liilopseudes, reproche ce ridicule à toutes les sectes de philosophie; et encore une fois, c'était une conséquence inévitable de la théologie païenne. Les épicuriens mêmes n'en étaient pas exempts ; plusieurs ont été accusés de pratiquer la magie, et d être aussi superstitieux que le vulgaire le plus ignorant; mais on ne sait pas quelle idée ils avaient du pouvoir magique ; on sait seulement quen général ils étaient très-mauvais physiciens. La théurgie des éclectiques ou des platoniciens du quatrième siècle était une vraie magie, dans le sens même le plus odieux; ces philosophes se ilattaient d'avoir un commerce immédiat avec les esprits, et d'opérer des prodiges par leur entremise. De là, Celse et les autres ne manquèrent pas d'attribuer à la magie, ou à ce commerce prétendu, les miracles de Moïse, de Jésus-Christ, des apôtres et des premiers chrétiens; mais c'était une double absurdité de prétendre que les démons, dont les chrétiens détruisaient le culte, étaient cependant en commerce avec eux, et de blâmer dans les chrétiens un art par lequel les philosophes prétendaient se faire honorer ; nos apologistes n'ont pas eu de peine à démontrer le ridicule de cette accusation: l'on ne pouvait pas reprocher aux chrétiens de s'être jamais servis d'un pouvoir surnaturel pour faire du mal à personne.

Voilà donc la première origine des différentes espèces de magie, qu'il faut distinguer. On a cru que, par certaines formules d'invocation, ; carmina, l'on pouvait faire agir les génies, c'est ce que l'on a nommé charmes; les attirer par des chants ou par le son des instruments de mu-ique, ce sont les enchantements ; évoquer les morts et converser avec eux, c'est la nécromancie ; apprendre l'a

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venir et connaître les choses cachées, de là les différentes espèces de divination, les augures, les aruspices, etc.; envoyer des maladies, ou causer du dommage à ceux auxquels on voulait nuire, ce sont les maléfices ; nouer les enfants et les empêcher de croître, c'est la fascination ; diriger les sorts bons ou mauvais, et les faire tomber sur qui l'on voulait, c'est ce que nous nommons sortilège ou sorcellerie, ins-

I pirer des passions criminelles aux personnes de l'un ou de l'autre sexe, ce sont les philtres, etc. Tout cela dérive de la même erreur primitive; mais à chacun de ces articles nous indiquons les autres causes positives qui ont pu y contribuer.

L'imposture, sans doute, y a toujours en beaucoup de part (1); tout homme qui se croit plus instruit que les autres veut paraître encore plus habile qu'il n'est, profiter de la crédulité des ignorants, se faire admirer et redouter, c'est la passion des philosophes. Tout distributeur de [remèdes a eu grand soin d'y mêler des

• formules, des cérémonies, des précautions, qui donnaient un air plus merveilleux à l'effet qui s'ensuivait, et plus d'importance à son art; c'est encore la coutume des charlatans.

Pour qu'une plante eût la vertu de

y guérir, il fallait qu'elle fût cueillie dans certain temps, sous telle constellation ; il fallait prononcer certaines paroles inintelligibles, se tenir dans telle altitude, etc. Ainsi, la médecine devint une magie composée de botanique, d'astrologie, de souplesse et de superstition; Pline, 1. 30, c. 30, c. 1. Puisque la plupart de ces

. pratiques ne pouvaient avoir aucune influence sur la guérison, il fallait donc que leur effet fût surnaturel.

Ainsi l'on raisonnait, et il n'est encore que trop ordinaire aux philosophes d'argumenter de même : lorsqu'ils ne voient pas la cause immédiate d'une erreur, ils l'attribuent à la religion, au lieu qu'il faudrait en accuser une fausse philosophie.

1(1) L'imposture des uns ; la sottise et la crédulité dea autres; parfois l'hallucination des sens ou de l'esprit, voilà les explications véritables de tous ces

Lb Noir,

Si nous remontons plus haut, où trouverons-nous le premier principe de la plupart des erreurs? Dans les passions humaines. D'un côté, la vanité, l'ambition et la fourberie des imposteurs ; de l'autre, la curiosité des hommes, l'avidité de se procurer un bien, l'impatience d'écarter un mal, la jalousie, la vengeance, l'envie de perdre un eunemi, les transports mêmes d'un amour déréglé, ont fait tout le mal ; une âme furieuse a dit :

Si je ne puis rien obtenir du ciel, je ferai agir l'enfer .

Flectere si nequeo superos, Acheronta movebo :

or la philosophie n'a pas le pouvoir de guérir les passions.

La vraie religion, loin de contribuer en rien à cette démence, n'a cessé d'en détourner les hommes. Dès le commencement du monde, elle leur a enseigné qu'il n'y a qu'un seul Dieu, que lui seul a créé et gouverne l'univers, distribue les biens et les maux, donne la santé ou la maladie, la vie ou la mort. Elle condamne toutes les passions, commande la soumission à Dieu et la confiance à sa providence, défend de recourir à aucune pratique superstitieuse, nous apprend à regarder le démon comme l'ennemi du genre humain. Parmi les premiers adorateurs du vrai Dieu, nous ne voyons régner aucune superstition; l'on a cependant osé reprocher aux patriarches la confiance aux songes. A cet article, nous verrons ce que l'on doit en penser. Les Juifs ne se sont rendus coupables de magie que quand ils ont imité l'idolâtrie de leurs voisins, et ce crime n'est jamais demeuré impuni.

Mais il est une troisième cause, de laquelle nos philosophes ne veulent pas convenir; ce sont les opérations du démon lui-même, qui, pour se faire rendre les honneurs divins, a souvent fait des choses que l'on ne peut attribuer ni à une cause naturelle, ni à la puissance de Dieu ; et Dieu l'a permis, afin de punir les impies qui renonçaient à son culte pour satisfaire leurs passions. Selon nos adversaires, il n'y eut jamais rien de réel en ce genre ; tout ce que les ignorants et les philosophes ont cru

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voir et ont cru faire de surnaturel, ce que les Pères de l'Église ont supposé vrai, ce que les historieus et les voyageurs ont raconté, ce qui parait constaté par les procédures des tribunaux et par la confession même des magiciens, est imaginaire ; ce sont ou des impostures ou des effets purement naturels. Nous soutenons que cela n'est pas possible. Vainement Bayle et d'autres ont fait des dissertations sur le pouvoir de l'imagination, et en ont exagéré les effets :

lorsque les maléfices ont opéré sur les animaux, ce n'était certainement pas l'imagination qui agissait.

En général, s'armer de pyrrhonisme et nier tous les faits, accuser d'imbécillité ou de fourberie tous les auteurs anciens et modernes, attribuer tout à des causes naturelles que l'on ne connaît pas et que l'on ne peut pas assigner, c'est une méthode très-peu philosophique; elle prouve qu'un homme craint les discussions, et ne se sent en état de rendre raison de rien. Bayle lui-même en juge ainsi, Dict. crit. Majus, rem, D. Nous n'adoptons point tous les faits rapportés par les auteurs qui ont traité de la magie ; un très-grand nombre de ces faits ne sont pas assez constatés :

nous savons que, par ignorance, l'on a souvent attribué à l'opération du démon des phénomènes purement naturels, que plusieurs personnes ont été faussement accusées de magie et punies injustement; mais il ne s'ensuit pas de là qu'il n'y ait jamais eu de magie proprement dite. Nous raisonnerions aussi mal, si nous disions : Il y en a certainement eu dans tel cas, donc il y en a eu dans tous les cas. Sur une matière aussi obscure, il y a un milieu à garder entre l'incrédulité absolue et la .crédulité aveugle.

II. Trouverons-nous dans l'Ecriture sainte ou dans les Pères de l'Eglise quelque chose qui ait contribué a entretenir parmi les fidèles le préjugé des païens et la confiance à la magie ?

Dans tout l'ancien Testament, nous ne voyons aucun exemple d'opération magique dont nous ne sovous forcés d'attribuer l'effet au démon. Lorsque

Moïse fit des miracles en Esypte, il est du que les magiciens de Pharaon firent de même par leurs enchantements ; ils imitèrent donc les miracles de Moïse au point d'en imposer aux yeux des spectateurs ; mais y eut-il réellement du surnaturel dans leurs opérations ? Rien ne nous oblige de le supposer; le récit de l'Ecriture semble prouver le contraire.

En premier lieu, ces magiciens usèrent de préparatifs. Us furent appelés par Pharaon pour changer leurs verges en serpents; Pharaon luimôme fut averti d'avance du changement des eaux du Nil en sang, et de l'arrivée des grenouilles. Eœod., c 7 f H et 17; c. 8, f 2. Il est dit qu'ils imitèrent Moïse $a? des enchantements et des pratiques secrètes. Ces pratiques pouvaient être des moyens naturels, des tours de main capables d'en imposer aux yeux.

Secondement, la comparaison de leurs prestiges avec les miracles de Moïse confirme cette opinion. Enchanter les serpents par les drogues qui leur citent le pouvoir de mordre, les manier ensuite sans aucune crainte, est un secret très-commun, non-seulement en Egypte et dans les I Indes, mais dans les cantons de l'Europe où l'on fait commerce de vipères. Avec ce talent et un peu de sou- J plesse, il était aisé aux magiciens de faire paraître tout à coup un serpent au lieu d'un bâton. Mais le serpent de Moïse dévora ceux des magiciens, ce qui démontre que ce n'était point un serpent enchanté ou affaibli.

Donner la couleur de sang à un fleuve tel que le Nil, en corrompre les eaux par uu coup de baguette en présence de Pharaon et de toute sa suite, c'est ce que Ut Moïse, et c'est un prodige que l'on ne peut opérer par aucune cause naturelle. Imiter ce changement dans une certaine quantité d'eau, dans un vase ou dans une fosse, ce n'est plus un miracle ; nom ne voyons pas qaeles magiciens aient rien fait davantage.

Lorsque Moïse, eu étendant la main, Ut sortir du lleuve une quantité de grenouilles sufUsante pour couvrir le sol de l'Egypte, et qu'il les Ut mourir ensuite par une prière à

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Dieu, ce ne fut point une opération naturelle. En faire sortir une petite quantité, non pas en étendant la main, mais par des appâts ou par des fils imperceptibles, c'est ce que peut faire un homme adroit avec un peu de préparation, et c'est où se borna le pouvoir des magiciens. Pharaon, convaincu de leur impuissance, ne s'adressa pas à eux, mais à Moïse, pour être délivré des grenouilles.

En troisième lieu, ils furent forcés de s'avouer vaincus; ils ne purent produire des insectes, parce que l'art n'y a plus de prise; ils s'écrièrent : Le doigt de Dieu est ici ; ils ne purent détruire aucun des miracles de Moïse, faire cesser aucun des fléaux dont il affligea l'Egypte, ni s'en mettre à couvert eux-mêmes. Dira-t-on que Dieu, après avoir permis au démon de lutter contre lui par trois miracles, l'arrêta seulement au quatrième ?

Mais le psalmiste, avant de parler des plaies de l'Egypte, Ps. 135, f 4, dit, que Dieu seul fait de grands miracles; et Ps. 71, f 18, que lui seul fait des choses merveilleuses. Quelques interprètes de l'Ecriture sainte ont pensé différemment; mais d'autres ont suivi le sentiment que nous proposons, et il n'y a rien dans le texte qui y soit contraire.

Quand il serait vrai qu'il y a dans l'Ecriture sainte des faits surnaturels que l'on doit attribuer au démon, il s'ensuivrait seulement que Dieu a permis à l'esprit infernal de les opérer, soit pour punir les hommes de leur curiosité superstitieuse, soit pour faire éclater davantage sa puissance, en opposant d'autres prodiges plus nombreux et plus merveilleux ; mais dans tout l'ancien Testament nous ne voyons aucun exemple dont nous soyons forcés d'attribuer l'effet au démon.

L'apparition de Samuel à Saûl, ensuite de l'évocation que fit la pythonisse d'Endor, I Reg., c. 8, f 12, ne prouve point que cette femme ait eu le pouvoir de faire paraître un mort; c'est Dieu qui, pour punirSaul de sa curiosité criminelle, voulut lui apprendre par Samuel, sa mort prochaine. La pythonisse elle-même en fut effrayée; elle ne s'attendait point

à cet événement. Voyez Pythonisse,

Dans le livre de Tobie, c. 6, f 14, nous lisons que le démon avait tué les sept premiers maris de Sara, iille de Raguel ; mais il n'est pas dit qu'aucun magicien y ait contribué. Tobie mit en fuite le démon en brûlant le foie d'un poisson, c. 8, y 2 ; mais ce fut un miracle opéré par l'ange Raphaël.

Dans le livre de Job, nous voyons que le démon affligea ce saint homme par la perte de ses troupeaux, par la mort de ses enfants, par une maladie cruelle; ce fut par une permission expresse de Dieu, et pour éprouver la vertu de Job, et non par aucune opération humaine. Aucun de ces exemples ne donne lieu de conclure qu'un homme peut avoir le démon à ses ordres, et le faire agir comme il lui plaît.

Dieu avait défendu aux Israélites toute espèce de magie, sous peine de mort, Levit., cap. 19, j^ 31 ; cap. 20, f 6, 27, etc. C'est un des crimes que l'Ecriture reproche à Manassès, roi idolâtre et impie, II. Parai., cap. 33, ^ 6. Cetie défense était juste et sage.

En effet, \amagie était une profession de polythéisme, puisqu'elle supposait la confiance aux prétendus génies ou démons moteurs de la nature; c'était la compagne inséparable de l'idolâtrie, et un des crimes que Dieu voulait punir dans les Chananéens. Cet art funeste avait plus souvent pour objet de faire du mal au prochain que de lui faire du bien. Presque toujours il était joint à l'imposture. Les magiciens avaient plus d'ambition de se faire craindre que de se faire aimer; ils profitaient de l'ignorance, de la crédulité, des terreurs populaires, pour inspirer aux hommes une fausse confiance ; leur profession était donc pernicieuse par elle-même, et détestable à tous égards.

Mais la loi qui les condamnait supposait-elle qu'ils avaient en effet un pouvoir surnaturel, et pouvaitelle contribuer à entretenir la fausse opinion que le peuple en avait? Rien moins. Nous ne voyons pas comment les incrédules peuvent en conclure qu'il n'y a eu parmi les auteurs sacrés que feu ou point de philosophie. Nous

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soutenons qu'il y en avait plus que chez les Grecs et chez les Romains Les lois de ces deux peuples, oui proscrivaient la magie goetique, la magie noire et malfaisante, ne statuaient aucune peine contre la magie simple qui avait pour but de faipe J

bien. Nous avons vu que les philosoplies y croyaient comme le peupleon y avait recours dans les calamités publiques Bayle a fait voir que la plupart des empereurs romains avaien des magiciens à leurs sages sans en excepter le sage et philosophé Marc-Aurele. Rêp. aux quest. d'un Prov., Impart, c. 38.

Les auteurs sacrés, mieux instruits, répètent sans cesse que Dieu seul fait des miracles, que lui seul connaît l'avenir et peut le révéler, que de lui seul viennent les biens et les maux les bienfaits et les fléaux de la nature!

Si le démon fait quelque chose, ce n est jamais par les ordres d'un magicien, mais par une permission expresse de Dieu. Ces vérités détruisent par la racine le prétendu pouvoir des magiciens de toute espèce.

A la vérité, les incrédules font au-

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. :„ '~*~i ™ «lueuuies iont aujourd hui consister la philosophie à mer 1 existence même du démon et par conséquent toutes ses prétendues opérations; mais nous leur demandons sur quelle preuve positive ils tondent ce dogme important, comment ils démontrent l'impossibilité desévenementsdontles auteurs sacrés tont mention. Voilà sur quoi ils ne nous ont pas encore satisfaits. Un ignorant peut nier les faits avec autant d opiniâtreté que le plus habile de tous les philosophes.

Le nouveau Testament fait mention de plusieurs opérations de l'esprit malin, mais auxquelles les magiciens n avaient aucune part ; ainsi le démon tenta Jésus-Christ dans le désert et lui montra dans un moment tous les royaumes de la terre, Luc, c. 4 * 5 Jésus-Christ et ses apôtres, en chassant le démon du corps des possédés ne nous insinuent point qu'aucun magicien ait été cause de cette possession Le Sauveur prédit qu'il viendra de faux prophète^, qui feront de grands prodiges capables de séduire même les élus, s'il était possible;

il ne décide point si ces prodiges <se- 1°?^ ° U a rPavents, ilU^fc 24, f 24; Marc, c. 13, y 22. Les \ Actel

Simon le Magicien avait séduit les Samaritains, et leur avait tourné 1 esprit par son art magique : mai.

on sait qu'il n'était pal ^écess^ire alors de mettre le démon en action pour venir à bout de tromper le peuple. Saint Paul, II. Thess c 2

II' d - !t q ?, e rarrivée de Antéchrist sera signalée par les opérations de

3^'c Par f eS actes de Puissance et par des prodiges trompeurs; cette ex- P^on semble désigner des prodiges *1 * «mules plutôt que des choies surnaturelles, des actions suggérées par Satan, sans être pour cela des merveilles supérieures aux forces humâmes.

Aussi les Pères de l'Eglise ne sont point d accord dans le sens qu'ils donnent à ces passages. Saint Justin, jPol n 26 pense que le démon était 1 auteur des prestiges de Simon le Magicien; mais saint Irénée décide que les prétendus miracles des hérétiques, sans excepter ceux de Simon sont tous faux, ne sont que des impostures et des illusions, Adv. Hxr 1. 2, c. 31 ; saint Clément d'Alexandrie, Cohort. ad Gent., p. 52, dit que les magiciens se vantent d'être servis par les démons, parce qu'ils les ont assujettis à leurs volontés par leurs charmes, carminibus; il ne montre aucune confiance à cette jactance des magiciens. Origène contre Celse, 1 2 n. 50, pense que les prodiges des magiciens d'Egypte étaient de purs prestiges; cependant il est ailleurs dun autre sentiment. Homil. 13, th mm., n. 4. « Que penserons-nous » de la magie, dit Tertullien? Ce que » tout le monde en pense, que c'est » une tromperie, mais dont la nature » est connue des chrétiens seuls. »

Lonséquemment il juge que les magiciens de Pharaon ne firent que tromper les yeux des spectateurs, L.

de anima, c. 57. Il parait avoir la môme idée des prodiges de l'antechnst. I. 5, adv. Marcion., c. 17.

Saint Chrysostome, en expliquant le passage de saint Paul doute si ces mêmes prodiges seront vrais ou faux;

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saint Augustin est dans une égale incertitude, Lib. 20, de Civ. Dei, c. 19; et les Pères ont eu de bonnes raisons pour ne pas penser comme les incrédules.

En effet, lorsque le christianisme fut prêché, la magie était plus commune que jamais parmi les païens; nous le voyons par ce qu'en disent Gelse, Julien, les historiens romains, et nos anciens apologistes. Les Pères s'attachèrent avec raison à décrier cet art funeste : sans entrer dans des discussions philosophiques, plusieurs attribuèrent au démon les prétendus miracles dont les païens se vantaient; c'était la voie la plus courte et la plus sage de terminer la contestation. Le pouvoir des démons est attesté par l'Ecriture sainte, quoique leur commerce avec les magiciens ne le soit pas. Toutes les sectes des philosophes croyaient fermement l'un et l'autre ; les historiens citaient des faits qui paraissaient incontestables, et que l'on ne pouvait attribuer à aucune cause naturelle : si les Pères avaient embrassé le pyrrhonisme des incrédules, ils auraient révolté l'univers entier. Pour détromper efficacement le monde, il fallait, non pas des arguments auxquels le peuple ne comprend rien, et auxquels il ne cède jamais, mais des faits : or, les Pères ont opposé aux païens un fait public et incontestable, le pouvoir des exorcismes de l'Eglise, dont les païens eux-mêmes furent souvent témoins oculaires, et qui en a converti un très-grand nombre : donc il n'est pas ■vrai que le sentiment et la conduite des Pères aient contribué à entretenir le préjugé populaire touchant les opérations du démon et de la magie.

III. Il en est de même de la conduite que l'Eglise a tenue dans les siècles suivants, et qu'elle tient encore. Au quatrième siècle, les nouveaux platoniciens remplirent le monde des prétendues merveilles de leur théurgie ; c'était, comme nous l'avons déjà remarqué, une vraie magie, et l'on sait les abominations auxquelles elle donna lieu; nos philosophes modernes n'ont pas osé les nier: plusieurs sectes d'hérétiques faisaient profession de magie; il

fallut donc augmenter alors la sévérité des lois. Constantin, devenu chrétien, avait rigoureusement proscrit la magie goêtique, ou toutes les opérations qui teudaient à nuire à quelqu'un; mais il n'avait établi aucune peine contre les pratiques superstitieuses destinées à faire du bien.

Après le règne de Julien, qui avait été lui-même infatué de la théurgie, les empereurs furent forcés d'être plus sévères, et de défendre absolument tout ce qui tenait à la magie.

L'Eglise fit de même. Le concile de Laodicée, tenu l'an 36f>; celui d'Agde, en S06; le concile in Trullo, l'an C92 ; un concile de Rome, en 721 ; les capitulaires de Charlemagne, et plusieurs conciles postérieurs, le Pénitentiel romain, etc., ont frappé d'anathème et ont soumis à une pénitence rigoureuse tous ceux qui auraient recours à [a magie, de quelque espèce qu'elle fût; il a souvent fallu renouveler ces lois, parce que cette peste publique n'a cessé de renaître de temps en temps.

Nous soutenons que toutes ces lois, soit ecclésiastiques, soit civiles, sont justes, et qu'il y aurait de la folie à les blâmer. Bayle a très-bien prouvé que les sorciers, soit réels, soit imaginaires, soit simulés, méritent les peines afflictives qu'on leur fait subir, Rêp. aux quest. d'un Prov., I r0 part. chap. 35. Les raisons qu'il apporte sont les mêmes à l'égard des magiciens.

Quand il serait certain que tout commerce, tout pacte avec le démon est imaginaire et impossible, il n'en serait pas moins vrai qu'un magicien a le dessein et la volonté d'avoir ce commerce, et qu'il fait tout ce qu'il peut pour y réussir; y a-t-il une disposition d'âme plus exécrable et une méchanceté plus noire, ou quelque espèce de crime dont un tel homme ne soit pas capable? Les magiciens ne manquent jamais de mêler des profanations à leurs pratiques, et leur intention est toujours plutôt de faire du mal que de faire du bien ; l'on n'en connaît aucun qui ait été puni pour avoir voulu secourir les malheureux, ou pour avoir rendu

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des services essentiels à. quelqu'un.

Bayle observe très-bien que, quand un prétendu magicien ne croirait pas lui-même à la magie, c'est assez qu'il ait voulu se donner la réputation de magicien pour être punissable, parce que l'opinion seule que l'on a de lui suffit pour opérer les plus tristes effets sur les caractères timides et sur les imaginations faibles.

D'autre part, que le pacte des magiciens avec le démon soit possible ou non, les exorcismes n'en sont pas moins bons et utiles; l'intention de l'Eglise, qui les emploie, étant de persuader les peuples que les bénédictions et les prières ont la vertu de détruire toutes les opérations du démon, ce qui, dans toute hypothèse, est vrai. Et cela suffit pour tranquilliser et rassurer les esprits trop timides, pour écarter leurs soupçons, pour les détourner de toute pratique superstitieuse et impie. Dans ses inquiétudes et dans ses peines, le peuple donne sa confiance, non à la philosophie, mais à la religion, et il n'a pas tort. Inutilement lui alléguerait-on des raisonnements pour le détromper de la magie; sur ce point, les philosophes n'ont que des preuves négatives : or, ces preuves, dans l'esprit du peuple, ne prévaudront jamais au récit qu'il a entendu faire des opérations des magiciens, ni à la multitude des témoignages vrais ou faux que l'on peut lui citer.

Le seul moyen de lui faire entendre raison est de lui représenter que toute opération magique est impie, abominable, sévèrement défendue par la loi de Dieu, et punie de mort par les lois civiles; que tous les magiciens de l'univers ne peuvent rien sur un chrétien qui met sa confiance en Dieu et aux prières de l'Eglise.

Une preuve que ce ne sont ni ces prières, ni les exorcismes, ni les lois, qui contribuent à entretenir les erreurs du peuple, c'est que chez les protestants qui ont rejeté toutes les pratiques de l'Eglise, en Suisse, en Angleterre, dans les pavs du Nord, la divination, la magie, les sortilèges sont bsauconp plus communs que chez les catholiques, parce que ces

crimes demeurent impunis parmi les protestants.

Dans le temps même que l'Angleterre ne voulait reconnaître de règle et de loi que ce qu'elle appelait la pure parole de Dieu, elle se trouvait remplie d'astrologues, de magiciens, de sorciers. La liberté de penser, introduite depuis dans ce royaume', n'y a point guéri les meilleurs esprits de cette sotte crédulité. Hubbes, matérialiste décidé (1), avait peur des esprits : Charles II disait du célèbre Isaac Vossius : Cet homme croit à tout, excepte à la Bible. Londres, tom. 2, pag. i et suivantes.

Lorsque les incrédules prétendent que les progrès de la philosophie, dans notre siècle, ont réduit à rien le pouvoir du démon et celui des magiciens, que personne n'y croit plus, ils se vanteut mal à propos d'un exploit auquel ils n'ont aucune part, et ils imitent en cela le caractère jongleur des magiciens. Sont-ce des philosophes qui sont allés instruire les habitants des Alpes, do Mont-Jura, des Cévennes et des Pyrénées? Ce sont les ministres de la religion; et ceux-ci n'adopteront jamais les principes des philosophes incrédules.

L'unique moyen d'extirper entièrement la magie, serait d'étouffer les passions qui l'ont fait naître; l'incrédulité n'a pas ce pouvoir. Déjà nous avons remarqué que les épicuriens, quoique très-impies, ne furent cependant pas exempts de superstition. Il ne serait pas impossible de citer des athées qui ont cru à la magie sans croire en Dieu. Bayle a prouvé que, dans le système d'athéisme de Spinosa, ce rêveur ne pouvait nier ni les miracle*, ni la magie, ni les démons, ni les enfers.

Dict. crit. Spinosa.

Nous ajoutons que, si les philosophes venaient jamais à bout de la révolution qu'il? se flattent déjà d'avoir opérée, ils rendraient un trèsgrand service aux théologiens; il* leur aideraient à inculquer une

(1) Vojru Uoem: j.

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grande vérité, savoir, que le pouvoir du démon a été détruit par la croix de Jésus-Christ ; qu'il n'en a plus aucun sur des chrétiens consacrés à Dieu par le baptême, à moins qu'euxmêmes ne veuillent le lui accorder.

Voyez sur ce sujet un passage de saint Clément d'Alexandrie, au mot Démos.

Quelques incrédules ont comparé les cérémonies et les formules sacramentelles usitées dans l'Eglise catholique, à la théurgie et aux pratiques des magiciens : ce sont les protestants, et en particulier Beausobre, qui leur ont suggéré cette ineptie ; ils comparent le saint-chrême aux parfums et aux fumigations dont se servaient les Egyptiens pour attirer les démons, ou pour les mettre en fuite. Ils n'ont pas vu qu'ils donnaient lieu aux impies de comparer la forme du baptême aux charmes ou aux. paroles magiques des imposteurs. Cette absurdité sera réfutée au mot Théurgie. Voy. Charme, Divination, Enchantement, etc.

IV. Plusieurs sectes d'hérétiques ont été accusées de pratiquer la magie, en particulier les basilidiens et d'autres sectes de gnostiques, les manichéens et les priscillianistes leurs descendants; on supposait que ilanès avait appris cet art odieux des mages de Perse, disciples de Zoroastre. Beausobre, protecteur déclaré de tous les hérétiques, a entrepris de les justifier contre ce reproche des Pères de l'Eglise ; il soutient que c'est une pure calomnie, qui n'a aucunfondement. Hist. du Manich.,1. \, c. 6, § 10; 1. 4, c. 3, § 19; c. 13.

En premier lieu, dit-il, le nom de magie, dans l'origine, n'a rien d'odieux ; il signifiant l'art d'employer des observations naturelles, des connaissances de physique, de médecine, d'astrologie et de théologie : un mage était un savant. En second lieu, les païens ont regardé les premiers chrétiens comme autant de magiciens, et de tout temps l'on a renouvelé cette accusation contre les personnages les plus respectables : elle ne mérite donc aucune attention.

-Quelques sectes d'hérétiques ont peut-être employé des pratiques su-

perstitieuses, comme les amulettes, les talismans, les abraxas des basilidiens ; mais si c'est là de la magie, il faudra en accuser plusieurs Pères de l'Eglise. Origène, par exemple, liv.

1, contre Celse, n. 24 et 2o, soutient qu'il y a une vertu surnaturelle attachée à certains noms des anges ou des génies ; que la magie n'est point un art vain et chimérique. Synésius, de Insomn., était persuadé que l'on peut avoir un commerce immédiat avec ces êtres invisibles, et opérer des choses merveilleuses par leur entremise. On ne doit appeler magie que le commerce avec les mauvais démons ; quant aux esprits bienfaisants, il n'est point défendu par la loi naturelle de s'adresser à eux :

cela n'était interdit par la loi de Moïse, que parce que c'était une source d'idolâtrie. Or, on ne peut pas prouver que Zoroastre, les basilidiens, les manichéens, ni les priscillianistes, ont jamais invoqué les mauvais démons : c'est donc injustement qu'ils ont été taxés de magie.

Cette apologie n'est pas solide :

elle porte sur un faux principe. Il est vrai que les anciens ont nommé magie toute connaissance supérieure bonne ou mauvaise, ensuite le commerce avec les esprits ou génies bons ou mauvais; mais si le commerce entretenu avec les mauvais démons, dans l'intention de nuire à quelqu'un, est l'espèce de magie la plus abominable, nous soutenons que l'autre espèce n'est pas innocente ; non-seulement elle conduit à l'idolâtrie, comme le dit Beausobre, mais c'est une espèce de profession du polythéisme : nous l'avons fait voir; donc elle est défendue par la loi naturelle, puisqu'un des premiers préceptes de cette loi est de n'adorer qu'un seul Dieu. Les protestants sont forcés d'en convenir, ou de se contredire. Lorsqu'ils argumententeontre l'usage des catholiques d'invoquer les anges et les saints, ils posent pour principe que l'invocation est un culte religieux, et que tout culte rendu à un autre être qu'à Dieu est une profanation et une impiété.

Pourquoi, lorsqu'il s'agit de disculper des hérétiques, raisonnent-ils sur une supposition contraire ?

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Posons donc un principe plus solide et plus vrai ; c'est que toute invocation d'esprits ou de génies supposés indépendants de Dieu, et non simples exécuteurs des ordres de Dieu, est un acte de polythéisme, parce que Ton attribue à ces prétendus génies un pou voir qui n'appartient qu a Dieu, et qu'on leur accorde une confiance qui n'est due qu'à Dieu :

donc c'est une impiété défendue par la loi naturelle. Qu'on l'appelle magie ou autrement, n'importe à la grièveté du crime. L'invocation des anges et des saints n'est permise et louable que parce qu'on les suppose parfaitement soumis à Dieu, et revêtus du seul pouvoir que Dieu daigne leur accorder; qu'ainsi nous ne pouvons avoir en eux de la confiance qu'autant que nous en avons an Dieu. Par conséquent le culte que nous leur rendons se rapporte immédiatement à Dieu.

La question est de savoir quelle idée les manichéens avaient des esprits ou génies. Ils en admettaient de deux espèces, les uns bons, les autres mauvais ; mais ils ne les regardaient point comme des créatures de Dieu; ils disaient que les bons sont co-eternels à Dieu, et que les mauvais sont sortis du sein de la matière Hist. du Manich., liv. 5, c. 6, § 18; liv. 6, c. 1 , § 1 . Jamais ils n'ont représenté les bons génies comme de simples ministres des volontés de Dieu comme nous considérons les ano-es' Puisqu'ils invoquaient ces génies" et désiraient d'être en commerce avec eux , ils ne pouvaient rapporter à Dieu les respects, la confiance, la reconnaissance qu'ils témoignaient aux génies; c'était donc une impiété, et nous ne voyons pas pourquoi l'on ne devrait pas la taxer de magie:

Est-il certain, d'ailleurs, qu'aucune de leurs pratiques ne s'adressait aux mauvais démons, du moins pour les apaiser et les empêcher de nuire ?

ils usaient certainement de caractères et de figures magiques. Il est dit du pape Symmaque qu'il lit brûler, devant le portail de la basilique constantine, leurs livres et leurs simulacres. Anast. in Symm. Beausobre, qui semble regretter la perte de ces livres, dit qu'il ne sait pas ce que

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c était que ces simulacres, Ibid 2 e part. dise. prél. n. 1. Cela n'était pas fort difficile à deviner ; les auteurs ecclésiastiques nous ont assez donné à entendre que c'étaient des ligures m a giques. °

Origène et Synésius ont pensé comme tous les philosophes de leur temps, qu'il y avait des paroles efficaces, des noms doués d'une certaine vertu, des formules et des pratiques par le moyen desquelles on pouvait entrer en commerce avec les démons ou génies; que les magiciens en possédaient la connaissance; qu'ainsi leur art n'était pas une pure illusion.

Mais ces deux auteurs ont-ils approuvé ce commerce? ont-ils dit que ion pouvait en user innocemment ?

Ils ont témoigné le contraire. Origène dans l'ouvrage même cité, 1. I n. 6 a réfuté la calomnie de Celse, qui slùcusait les chrétiens d'opérer des prodiges par des enchantements et par 1 entremise des démons. Homil. 13, i>iNum.,n. 5, il n'approuve que l'invocation des saints anges; il dit que ces esprits célestes n'obéiront jamais aux enchantements des magiciens, qu ils ne peuvent faire que du bien au lieu que les démons ou prétendus génies ne peuvent faire que du mal, etc. Synésius n'en a pas eu meilleure opinion. Quelle superstition peut-on donc leur reprocher?

Un superstitieux n'est pas celui qui croit qu'une pratique abusive peut être efficace, mais celui qui en use et y met sa confiance. Nous avons montré ci-dessus que les autres Pères de l'Eglise n'ont pas pensé comme Origène et Synésius.

Dès qu'il était avéré que les premiers chrétiens faisaient des miracles par le nom de Jésus-Christ, par le signe de la croix, par la récitation des évangiles, Origène contre Celse, ibid., il n'est pas étonnant que les païens les aient accusés de magie. Puisque que l'on a formé le même reproche contre les manichéens, il faut donc qu'ils aient fait quelques prodiges apparents, ou qu'ils se soient vantés d'en faire, et qu'ils aient promis d'en apprendre le secret; dans ce cas, ils ont mérité le nom de magiciens, le blAme des Pères de l'Eglise, el les

MÀG

châtiments décernés contre ce crime par les lois impériales. Pour être censé magicien, il n'était pas nécessaire d'avoir conversé réellement avec les démons, ni d'avoir fait des prestiges par leur secours; il suffisait de l'avoir tenté, d'avoir invoqué leur assistance, et d'avoir enseigné aux autres ces pratiques abominables.

Saint Paul lui-même a décidé que quiconque prenait part aux sacrifices des païens, participait à la table des démons, I Cor., c. 10, f 21. Donc toute relation avec eux était un culte qu'on leur rendait. Les Pères de l'Eglise n'ont donc pas eu tort de taxer de magie les hérétiques coupables de ce crime, et Beausobre les a fort mal justifiés. Voy. Sorciers.

Bergier.

A cet article de Bergier sur la magie, nous ajouterons seulement l'extrait suivant de l'article Magie du Dict.

encycl. de la théol. cathol. Par M. Aberlé : cet extrait résume assez bien la question

« Le peuple, quand il est question de magie, pense à un art mystérieux, supérieur aux moyens ordinaires qu'a l'homme d'exercer sa puissance sur la nature et ses éléments, qui exige le concours d'êtres plus forts que lui, qu'il peut, par certaines pratiques, subordonner à son service. Dans cette manière de voir populaire la nature des êtres qui servent d'auxiliaires à l'homme reste indécise. En thèse générale, on se les figure comme des êtres malfaisants, des démons ; car il y a une sorte de magie qui suppose que les bons esprits, et Dieu même, sont obligés de se prêter à la conjuration magique.

» Notre siècle civilisé a renoncé à la croyance aux êtres plus puissants que l'ïiomme, ou du moins à la possibilité de les. contraindre au service de l'homme. Quand il nomme la magie, il entend simplement parler de l'art des jongleurs, ou encore il désigne par là l'influence, naturelle, il est vrai, mais scientifiquement inexplicable, que certains êtres vivants excercent sur d'autres êtres auxquels ils semblent enlever plus ou moins la force de se déterminer par eux-mê-

mes; c'est ainsi, par exemple, qu'on parle sans métaphore de la magie que le serpent à sonnettes exerce sur de petits oiseaux, de la magie d'un discours, d'un sourire, de la magie de la grâce et de la beauté, etc.

» Quant aux opinions théologiques relatives à la magie, deux systèmes ont, tour à tour et en tout temps, cherché à prévaloir : l'un met en doute ou nie la réalité objective d'un pouvoir magique; l'autre l'admet et l'enseigne. Le dernier système aprèsque exclusivement prédominé dans les écoles depuis le milieu du quinzième jusqu'au milieu du dix-huiiième siècle, tandis que le premier a s;i bien prévalu depuis lors que ce serait une témérité aujourd'hui que de vouloir être d'une opinion contraire. Ce qui a rendu possible une divergence si absolue dans des opinions théologiques, c'est que ni l'Ecriture, ni l'Eglise ne se sont nettement prononcées sur l'existence objective de la magie.

L'une et l'autre, il est vrai, défendent les pratiques de la magie, ce qui n'est pas reconnaître la réalité objective de l'influence magique, mais constater tout simplement qu'il y a des gens qui y croient et qui agissent en vertu de cette croyance. Quand l'Ecriture nous .présente des passages qui, au premier abord, semblent affirmer l'existence d'une influence magique objective et réelle, comme le récit des magiciens d'Egypte (1), celui de la magicienne d'Iindor (2), il est facile de les interpréter d'une manière naturelle en ne voyant dans le premier cas que des jongleries ordinaires, et, dans le second cas, qu'un artilice de femme opéré au moyen de la ventriloquie. Quant aux exorcismes, qui, de tout temps, ont été pratiqués et autorisés dans l'Eglise, ils démontrent uniquement que l'homme est exposé à des influences sataniques, mais non que celles-ci ont lieu à la demande et sur l'injonction de l'homme, ce qui serait nécessaire si on voulait voir dans les exorcismes une preuve de la réalité de la magie. Que si on ne peut directement démontrer, par ces

11) Exade, 7, 11 sq.

\l) I liais, 28, 8.

MAG

sources de la Révélation, l'existence d une magie objective et réelle, en revanche on ne peut pas non plus par Ja démontrer le contraire.

* La Révélation, dans ce point comme dans d'autres, se borne à ce qui est nécessaire au salutdel'homme, m défendant, par exemple, de pratiquer l a magte , mais ; abandonnant tout le reste à ses recherches, vu qu'il n est pas doué en vain d'intelligence et de raison. » °

Le Nom.

MAGISME. (Théol. mixt. et hist.

Philos, rehg. étr.)—V. Mazdéisme.

MAG

MAGISTÈRE INFAILLIBI F nu SOUVERAIN PONTIFE.'S E m £ U gL et Mer.) - V. Vatican (Concile

MAGISTRAT. Les vaudois et les anabaptistes ont soutenu qu'il n'est pas permis à un chrétien d'exercer la magistrature, parce que cette charge peu le mettre dans la nécessité de condamnes .quelqu'un à la mort ou à des peines afiiietives; ce qui est contraire s, disent-ils, à la douceur et à la chanté chrétienne. Plusieurs sociniens ont adopté cette erreur. Yoy. l'Hist du Socimanisme, 1*> part., chap. 18 bar beyrac s'est efforcé de prouver que Tmullicn y est tombé. Traité delà morale des Pères, chap. 6, § 21 et suiv.

Les incrédules, sur la parole des hérétiques, n ont pas manqué de sudposer que c'est là effectivement un point de la morale chrétienne, et ils

l nt ™ celte occasion de déclamer «ontre l'Evangile.

Mais comment les hérétiques ont-ils prouve ce paradoxe? A leur ordinaire en prenant de travers quelques pas- HiParl? évangile. jWchrirt a dit, Matt c. 5, y 38 : « Vous savez » qu ilaeteditauxanciensd'exieerœil » pour œil et dent pour dent. Pour • moi. je vous dis de ne point résister » au nwloiiau méchant; in.issi quel- » qu un vous frappe sur une joue » tendez-lui l'autre; s'il veut plaider » contre vous et vous enlever votre » robe, abandonnez-lui encore votre

» manteau, etc. » De là l'on a conclu que le Sauveur a condamné les ma Wtrats juifs, qui, selon la loi du £ lion prescrite par Moïse, inflige iien aux criminels des peines aflE?

que pu, Sq „ ,1 dé fend à ses disciple,' de plaider, il , éfend aussi aux mda£ trots de condamner et de punir

La conséquence est aussi fausse que le commentaire. Quand ce serait «n crime de poursuWe qu lqu'un en justice, ce qui n'est point, ce n'en

n7r\ pas f un t l; ou '- Je J"> de terrât ner la contestation. H est évident que Jésus -Christ parle à ses disciples

P m! V f, mei î t a , l , lx circo ^tances dans Quelles ds allaient bientôt se trou!

ver, et a la fonction dont ils étaient charges, qui était de prêcher l'Evangile a des incrédules. Ils ne pouvaient l'établir au .milieu des persécutions, à moins de pousser la patience jusqu'à l'héroïsme: il leur aurait été fort utile de poursuivre la réparation d'une injure au tribunal des magistrats juifs ou païens, disposés à leur ôter même la vie. Toute la suite du discours de Jésus-Christ tend au même but et prescrit la même morale. Il ne s'ensuit pas de là que le Sauveur a interdit la juste défense dans toute autre circonstance, ni condamné la fonction des juges Il a seulement réprouvé la conduite de ceux qui voulaient abuser de la loi prescrite aux magistrats touchant la peine du talion, qui concluaient qu'il est nermis aux particuliers de l'exercer par eux-mêmes, et de se venger par des représailles. *

Nous ne pouvons mieux interpréter les paroles de Jésus-Chnsi que parla conduite des apôtres. « Nous som- » mes, dit saint Paul, frappés, mau- » dits, persécutés, regardés comme le » rebut du monde, et nous le souf- » irons; nous bénissons Dieu, et nous » prions pour nos ennemis. .» I. tV., c 4, y 11. C'est par cette patience même que les apôtres ont converti le monde. Saint Paul propose pour exemple cette conduite aux fidèles, parce qu'elle leur était aussi nécessaire qu'aux apôtres. « Je vous en » conjure, dit-il, soyez mes imila- » teurs, comme je le suis de Jésus-

MAG

. christ. » Ibid., y 1«- Ensuite, c G y 1 il les reprend de ce qu'ils avaient n tr'e eux des contestations, et se ^suivaient par-devant les m*£ rats païens; il les exhorte a teimiaerleursdilicre Q ds P ararbitres l( Cet

, déià une faute de votre part, leur £l>avoir des procès entre vous » Pourquoi ne pas souilnr plutôt une injure ou une fraude? Mais c'est I vous-mêmes qui vous en rende ,, coupables envers vos frères. » Un peut encore prêcher cette morale à tous les plaideurs, sans condamner pour cela les fonctions des magistral*.

Loin de donner dans cet excès, l'apôtre veut qu'on les respecte et qu'on les honore, que l'on envisage l'ordre civil comme une chose que Dieu lui-même a établie, Rom., c. \à, % 4 11 enseigne que le prince est le ministre de Dieu, préposé pour venger le crime et punir ceux qui iontle mal. Il en est donc de même des magistrats, puisque c'est par eux que le prince exerce son autorité.

Comme Tertullien ne pouvait pas ignorer cette décision de saint Paul, il est naturel de penser qu'il n a interdit à un chrétien les fonctions de la magistrature, que relativement aux circonstances dans lesquelles on se trouvait pour lors; qu'il n'a envisage

trouvait jjuui i^.u, i— ~— - ... n dans les magistrats que la nécessite de condamner et de punir des hommes pour cause de religion. De iduoL, c 17, p. 96. C'est le but gênerai de tout son Traité sur l'Idolâtrie- et si on l'entend autrement, ce qu il dit de la fonction de condamner et de punir n'y aura plus aucun rapport. 11 en est de même de ce qu'il ajoute au sujet des marques de dignité et des ornements attachés aux charges; ces ornements étaient pour lors une marque de paganisme, puisque, dans ce temps-là, on n'aurait pas sou iert dans une charge quelconque un chrétien connu pour tel. Il y a de 1 injustice à supposer que Tertullien condamne absolument et en général tout jugement, toute sentence, toute condamnation, toute marque de dignité, pendant que tout ce qu'il dit d ailleurs se rapporte évidemment aux circonstances. Il est fâcheux que M. Mcole n'y ait pas regardé de plus près,

et qu'il ait autorisé Barbcyrac à condamner Tertullien, Essais de morale, t 2 l rc partie, c. 4. Mais ce n est pas ici la seule occasion dans laquelle on a censuré mal à propos les Pères de

l'Eelise ,

Les lois seraient inutiles, s'il n y avait pas des magistrats pour les exécuter; la société ne subsisterait plus, si les méchants pouvaient la troubler impunément. Comment Jésus-Larist aurait-il voulu la détruire, lui dont la doctrine a éclairé tous les législateurs, a consacré tous les liens de société, u introduit la civilisation chez les barbares, a rendu plus sages et plus heureuses toutes les nations policées !

L'entêtement de quelques hérétiques ne prouve rien, ils n'ont cherché a rendre les fonctions de la magistrature odieuses, qu'atin de se soustraire à son autorité après avoir secoue le joug de celle de l'Eglise.

D'autres ont donne dans 1 excès opposé, en attribuant aux magistrats le droit de prononcer sur les questions

de théologie, et de décider quelle religion l'on doit suivre. Ç'es ce qu ont fait les protestants, partout ou ils ont été les maîtres; c'est par 1».^ des magistrats, que le cathoh™ a été proscrit, et la prétendue referma introduite : les écrivains de ce parla ont été forcés d'eu convenir. Mais ce n'est pas aux juges séculiers que iftsus-Christ a donné mission pour prêcher son Evangile, pour en expliquer le sens, pour apprendre aux fidèles ce qu'ils doivent croire: il a prédit au contraire à ses apôtres qu ils seraient condamnés par les tribunaux nialtraitésetper^cutés par les magist ats, comme il l'a été lui-même. Matt., c 10 t 17, 18, etc.

' Mais telle a élé la contradiction et l'artifice des hérétiques de tous les siècles • lorsqu'ils ont espère la iayeui Tes magistrats, ils leur ont attnbuê une autorité pleine et entière de décider de la religion; lonqui^TO que cette autorité ne eur était as favorable, ils ont tâche de 1 anean tii et de la saper par le logement Ce manège a été renouvelé tant de lois, qu'il ne peut plus en imposer a personne. . . >,

Jésus-Christ a place lui-même la

"4Ti f .

MAG

borne qui sépare les deux puissances en disant : « Rendez à César ce qui » est à César, et à Dieu ce qui appar- » tient à Dieu;» ni l'une ni l'autre ne peuvent non gagner à la franchir.

Beiigier.

MAGNÉTISME. La question du magnétisme, quoique soulevée et controversée déjà depuis longtemps, est loin pourtant d'être encore éclaireie bes partisans le donnent pour une science profonde, utile, morale, essentie lement religieuse et intimement liée avec les doctrines spiritualités du christianisme et de la bonne philosophie. Ses adversaires au contraire le taxent d'illusion, de ion*lene, de superstition, d'œuvre pernicieuse et même diabolique. La sacrée congrégation du saint Office, consultée sur l'usage du magnétisme, a donné successivement deux réponses que nous rapporterons, sans les don- ^ F 9 îh s les re S al 'der d'ailleurs comme définitives; car nous savons qu un nouvel examen a été provoqué par un docte prélat de France et nous ne pouvons prévoir quel en sera le résultat. C'est pourquoi nous nous bornerons dans le présent article à décrire les moyens employés par les magnétiseurs, le but qu'ils se proposent, les effets qu'ils produisent ou prétendent produire; puis nousdirons un mot des explications scientifiques qu ils donnent du magnétisme, et à la lin, nous rapporterons les réponses données par le saint Office à deux consultations qui lui ont été adressées sur cette matière. Il ne sera pas nécessaire, croyons-nous, d'entrer dans a autres détails pour montrer combien cette prétendue science renferme à la fois d'incertitude, d'illusion e de dangers pour la morale, quoi qu il en soit au lond des principes sur lesquels on l'appuie.

Lo but des magnétiseurs, c'est le soulagement ou même la guérison des malades, but qu'ils atteignent de deux manières; d'abord par l'effet propre du magnétisme, qui est d'opérer 'lui-même ce soulagement ou cette guérison dans plusieurs maladies, ou

mL^T* ChCZ P l,,sicu " malades mieux disposés que d'autres pour re-

MAG

ceyoir son influence salutaire- et en suite, par l'emploi de remède p ar t":

cuhers qu'indiquent des personne magnétisées, quand elles sont en «S te somnambulisme. Les maîtres dîm cette science prétendent en effet que les personnes qui sont en état de sommeil magnétique, ont la faculté de discerner les maladies, d'en indiquer la nature, le siège et les remW s non-seulement pour ce qui les concerne elles-mêmes, mais Incor pou d autres malades, quand on les consulte ad hoc et qu'on les met en rapport avec ces malades par des moyens convenables. Il y a donc alors en elle me sorte de science divinatoire que es magnétiseurs appellent sans façon une intuition immédiate de l'âme agissant indépendamment des sens et des organes; (car, selon eux, le magné-

l!u € A- la T tu de dé ^er ''âme de cette dépendance, et de la rappeler à son état primitif, essentiel, qifestde voir et d agir par elle-même). Et cette faculté de divination ou d'intuition comme vous aimerez le mieux, n'est pas restreinte aux maladies et aux remèdes qui leur conviennent. Elle ne se borne pas même à révéler aux magnétises les faits et les lieux les plus éloignés; elle va encore jusqu'à leur faire lire dans l'esprit et dans le cœur, soit de ceux qui les magnétisent, soit d'autres avec lesquels on les constitue en état de relation magnétique. Nous ajouterons encore pour achever tout d'un coup l'exposé des effets prodigieux produits par le magnétisme, quant à ce qui concerne le développement de cette faculté de connaissance et d'intuition, que les magnétisés prédisent l'avenir en certaines choses, et, par exemple, qu'ils annoncent le jour et l'heure où un ma ado se trouvera mieux ou plus mal, ou les crises d'une maladie se reproduiront, le temps que ces crises dureront, et celui où s'opérera la

truerisnn il/.linli;,-,.

guérison définitive.

Les moyens employés pour magnétiser, sont 1» les passes faites par un contact immédiat du magnéti-our sur le magnétisé ; ou 2» des signes et des mouvements à distance; ou 3° lorsque le magnétiseur est doué d'une très-grande puissance magnétique,

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on que le magnétisé a une très-grande disposition, soit naturelle soit acquise par l'habitude, à ressentir l'intluence du magnétiseur, un acte purement intérieur de la volonté, sans qu'il soit nécessaire, pour rendre cet acte efficace, que les deux personnes soient ta présence l'une de l'autre, ni même dans tous les cas, que la personne passive ait consenti d'avance à l'action du magnétiseur sur elle. Les deux personnes peuvent donc se trouver à de très-grandes dislances l'une de l'autre; l'un à Paris ou à Londres, l'autre à Vienne ou à Berlin.

On magnétise aussi des objets inanimés, un bouquet de fleurs, par exemple, etils deviennent un moyen de transmettre le magnétisme, c'est-à-

'dire de magnétiser le« personnes qui seront en contact avec ces objets. De même si l'on prend une mèche des cheveux d'unhomme ou d'une femme, ou quelque autre chose tenant à sapersonne, et qu'on la remette entre les mains d'un magnétisé, il en résultera les mêmes elfets magnétiques,

Jque si les personnes elles-mêmes étaient en présence l'une de l'autre et immédiatement en rapport.

Les effets produits par le magné-

' lisme sont de deux sortes ; les uns purement physiques, les autres moraux ou intellectuels.

Le magnétisme procure plus ou moins facilement et rapidement le mrnmeil appelé magnétique, qui ressemble assez pour certains résultats au sommeil naturel des somnambules.

On sait que ceux-ci ont la propriété d'agir absolument comme s'ils étaient éveillés, de marcher, de travailler, d'écrire, de lire, etc., et cela ^vec «ne sûreté, un aplomb, une exactitude qu'ils n'auraient pas dans l'état de veille ; seulement ils ne conservent aucun souvenir de ce qu'ils ont fait, de ce qui leur est arrivé, lorsqu'ils

' sont sortis de leur état somnambulique. La guérison ou le soulagement de certaines maladies, migraines, maux d'estomac, maux de nerfs, attaques de paralysie ou d'épilepsie, est encore un des effets purement physiques qu'on attribue au magnèfeme, et l'on voit des personnes fort respectables, des gens très-chrétiens,

magnétiser pour le procurer à leurs amis, aux pauvres, etc. Le magnétisme produit aussi l'insensibilité dans le magnétisé, au point que celui-ci ne sentirait aucune douleur, si on le brûlait, si on le pinçait, si on lui faisait des incisions et même une amputation, tant qu'il est dans cet état.

Les effets de l'ordre intellectuel et moral attribués au magnétisme, sont les uns certains, les autres douteux, le plus grand nombre fort sujets à caution, soit qu'il faille les considérer comme des illusions, soit qu'on en cherche la cause dans une fourberie plus ou moins positive de la part de l'un ou de l'autre des agents magnétiques ou peut-être même de tous les deux. Quand le sommeil magnétique existe, le magnétisé a la faculté de converser avec le magnétiseur ou avec une autre personne avec laquelle on la met en communication magnétique, de répondre aux questions qui lui sont adressées, (mais non pas, que je sache, de questionner lui-même), de connaître ses propres maladies ou celles d'autres personnes, d'en indiquer les remèdes; de savoir ce qui se passe ou ce qui existe en des lieux très-éloigués; d'indiquer l'avenir, en ce qui concerne ail moins l'époque d'une guérison, d'une rechute; de voiries pensées et les sentiments les plus intérieurs, les plus secrets dans les autres; de lire les yeux fermés, ou par l'estomac, par la nuque du cou, etc. Nous avons souvent entendu raconter à un magnétiseur de très-bonne foi que sa crisiaque lui avait fait connaître, à Paris, au moment où il venait d'avoir lieu, le départ de Bonaparte de l'Ile Sainte-Hélène, et toute la suite des événements qui eurent lieu ensuite jusques h Paris, à l'exception d'une seule circonstance qui ne se vérifia pas.

Ajoutons un dernier effet du magnétisme; c'est la susceptibilité nerveuse qu'il excite au plus haut degré dans les personnes magnétisées, (qui sontlaplupartdu temps des femmes), et la dépendance tout à la fois physique et morale dans laquelle le magnétisme les constitue envers celui qui les magnétise. On soutient que

cette dépendance, quelque grande qu'elle soit et qu'on la reconnaisse, n'est pas telle pourtant qu'on puisse en abuser d'une manière immorale pendant la durée de l'état magnétique'.

Selon les docteurs du magnétisme, il y a un rapport extraordinaire, mais essentiel, entre le magnétisme et la pudeur, au point de rendre impossible tout ce qui pourrait le moins du monde porter atteinte à cette vertu, tant que la personne magnétisée est sous l'influence de l'agent mystérieux qu on appelle magnétisme ou fluide magnétique (1).

Mais tous les effets que nous avons décrits et énumérés plus haut, comme produits par le magnétisme, sont-ils bien certains, bien authentiques ? Il en est quelques-uns dont on ne saurait douter (2) ; mais il en est un bien plus grand nombre, qui sont plus que [suspects d'illusion, ou même d'une certaine fourberie, de la part de ceux qui pratiquent le magnétisme (?,).

Ainsi il est bien certain que le magnétiseur endort celui qu'il magnétise et le met dans un état de sommeil plus ou moins profond ; que ce sommeil est accompagné, dans le magnétisé, d'une- situation de l'âme, qu'on ne peut mieux exprimer que par le mot de rêve, soit qu'on la compare au rêve naturel ou au rêve des somnambules; que le magnétiseur détermine par ses questions et dirige en quelque sorte ce rêve vers les objets qu'il indique lui-même, soit qu'il parle a ailleurs, soit qu'il ne fasse que vouloir; (je regarde ce dernier moyen comme moins certain); que le magnétisé répond avec plus ou moins de précision, de vérité, à ces questions, selon différentes circonstances encore très-peu observées et très-

()J 11 y n des magnétiseurs qui attribuent à la vertu du magnétisme les extases et même les miraan dont l'histoire sacrée et l'histoire de l'Eglise oflrent un si grand nombre d'exemples ; c'est-à-dire que par ce moyen ils leur oient to.it caractère divin.

„, - . , (Note de H. Doney).

, m Oui, sans doute, mais ce sont des effets phi- «ologiqitM q„i n'ont rien de plus étrange que tous les phénomènes de nervosité naturelle.

f>\ . , La Noir.

^ H j Lisez le petit article que nous doi ns afiél

Lu Nota.

peu connues ; que quelques douleurs sont soulagées immédiatement par I* magnétiseur, et que l'état d'insensibilité miû procure quelquefois, permet de faire les opérations chirur«icales les plus douloureuses, sans que le patient en ressente alors aucune impression. Il est certain aussi au»

les magnétisés répondent aux questions qu'on leur fait, soit sur leurs propres maladies, soit sur les maladies des personnes pour lesquelles on les consulte, soit sur les remèdes qu'il convient d'y appliquer; mais rien ne prouve que leurs réponses et leurs indications aient rien de certain, rien de sûr, et un médecin raisonnable se garderait bien d'y avoir égard et de s en servir pour soigner ses malades, avant que d'avoir comparé ces réponses et ces indications avec les données de sa science personnelle.

Mais quant à lire les yeux fermés, par telle ou telle partie du corps autre' que les yeux, ou à discerner ce qui se passe dans les esprits et dans les cœurs, même à dos distances trèséloignées, ou encore à connaître ce qui a heu, ce qui existe dans les lieux qu'on ne voit pas, quelquefois même que 1 on ne counait pas, etc., ce son»

choses fort incertaines, que peu de personnes, hors les magnétiseurs, ont observées, ou ont admises franchement, après les avoir observées. De savoir ensuite d'où viennent à cet égard les prétentions et les affirmations des partisans du magnétisme, c est ce qui est difficile, et heureusement très-peu nécessaire; mais nous n'hésitons pas à affirmer que l'on en trouverait la cause principale dans l'illusion, peut-être même quelquefois dans la jonglerie ou la fourberie des personnes magnétisées (1).

N'importe ; ily a des effets certains, constants. Comment les expliquer et en rendre raison.

Deux systèmes principaux sont mis en avant par les maîtres du magnétisme; nous ne ferons que les indiquer, sans les discuter, attendu qu'ils sont l'un et l'autre entièrement gratuits et dénués de tout fondement po-

(1) Nons somme* convaincu que c'est toujours là la vérité, quant aux faits tout à fait merveilleux.

Le Non.

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sitif. Ce sont de pures hypothèses, que rien ne légitime et n'autorise.

1 Les uns veulent donc qu'il existe un fluide magnétique, comme il existe un fluide électrique. Ils disent que ce fluide est extrêmement subtil et tout à fait imperceptible aux sens, (quelques-uns néanmoins prétendent le sentir el le discerner, quand il s'écliappe ou se reçoit); qu'il est aux ordres de la volonté, et qu'il se communique du magné Liseur au magnétisé par les signes et par les autres moyens que nous avons décrits plus haut. Mais comment ce fluide, supposé qu'il existe, peut-il être le véhicule des pensées du magnétiseur, et le moteur qui excite dans le magnétisé toutes ces impressions, soit physiques, soit intellectuelles et morales, qu'il éprouve ? Là s'arrête la science de ces messieurs ; le terrain leur manque pour aller plus loin.

Dans l'autre système, ce sont les puissances spirituelles, les anges, bons et mauvais, qui sont les intermédiaires et comme le pont de communication entre le magnétiseur et le magnétisé. Si les intentions et les dispositions de l'un et de l'autre, en magnétisant, sont pures, s'ils n'ont en vue que le bien, ce sont les anges bons qui leur servent de messagers et de ministres ; mais s'il y a quelque chose de moins droit, de moins pur dans leurs sentiments, s'ils ont quelque but secret d'amour-propre ou de sensualité, le démon alors intervient et produit les illusions, les fourberies, les attaques violentes de nerfs et les convulsions qui se déclarent assez fréquemment chez certaines magnétisées.

Philosophiquement, on le voit, ce système manque totalement d'appui, la philosophie n'ayant pas assez de données à elle propres pour affirmer positivement l'existence de ces puissances, et pour connaître soit leurs relations avec l'homme, soit leur mode d'agir et de communiquer avec nous.

Théologiquement et religieusement, nous savons qu'il existe des anges bons et des anges mauvais, avec lesquels nous avons des rapports crui ne nous sont connus que par la

foi. Mais I°nous ignorons totalement le mode de leur action sur nous et de nos communications avec eux ; et 2° la philosophie n'a aucun droit d'appliquer leur influence et leur ministère aux pratiques du magnétisme et aux elfets qui en découlent. Tout cela est évident, et n'a besoin d'aucune preuve.

Terminons nos explications et nos observations sur le magnétisme, par les réponses du saint Office que nous avons annoncées au commencement de cet article.

On avait demandé s'il est permis aux pénitents de prendre part aux opérations du magnétisme, et le 23 juin 1840, la sacrée congrégation répondit que « l'auteur de la supplique devait » consulter les auteurs approuvés, en » observant cependant qu'en écar- » tant toute erreur, sortilège, invo- » cation implicite ou explicite du » démon, le simple acte d'employer » des moyens physiques, d'ailleurs » permis, n'était point moralement » défendu, pourvu qu'il ne tende point » à une fin illicite ou qui soit mauvaise » en quelque manière. Quant à l'ap- » plication du principe et des moyens » purement pbysiques à des choses » ou effets vraiment surnaturels, ce » n'est qu'une déception tout à fait » illicite et digne des hérétiques. »

D'après cette décision, il serait permis de magnétiser, soit simplement pour en reconnaître et en observer les effets, soit pour soulager et guérir directement les malades.

Une seconde suppliquesurle même objet ayant été adressée par le révérend évêque de Lausanne et Genève à la sacrée congrégation, à l'effet d'obtenir une réponse plus positive et plus expresse que celle du 23 juin 1840, la décision suivante fut portée par les cardinaux inquisiteurs et approuvée par le pape Grégoire XVI le 22 du mois d'avril 1841 : L'usage du magnétisme, tel qu'il est exposé et présenté dans la supplique du révérend évèque de Lausanne et Genève, n'est point permis.

On voit que cette seconde décision n'est point absolue ni définitive, puisque les partisans du magnétisme peuvent prétendre que l'on a mal

■ - «je..

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présenté dans la supplique l'usage et les opérations du magnétisme. C'est en efiet ce qui a eu lieu, et nous savons qu'une troisième consultation est actuellement soumise au saint Office à l'effet d'obtenir un nouvel examen' et une décision qui modifie et, au besoin, qui rectifie ce que les décisions précédentes renferment d'ina?!"? 161 et mème d ' in i'xact, ayant ete données sur un exposé tout à fait faux ou insuffisant de ce qui se pratique dans le magnétisme, du moins quand il est entre les mains d'hommes probes et chrétiens (1). Doney.

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(1) Cette troisième consultait dont parlait M. Doney vers 1842 était présentée par Mgr Gousse • la réponse lui fut donoée'en 1843; et foie comment.! rend compte lui-même, dans « Uéohrt, morale, (t. I, „o 425) de l'une'et de r.uïe : « Nous avons consulté le souverain pontife sur 1 LTTT '■ " Si - é,aDt mia de côté »•» ^us de . I . ' ét T rejeté t0,,t P» c,e «™ 1= démon, ! d'v »™f rm ' S e,ercer le m agnétisme animal, et » d y avoir recours comme à un remède mie beàu-

» ..nW?™ 3 ' C ° mme natUrel et » til6 à 9*

B ond^' émi °n nt Ca '' Jinal S rand P«nitencier a rér s ,l'„." Q "1 CMe .V^'on n'a pas encore été , 'f7 n ; em f ' ««mmée par le Saint-Siège, et » qu il n y répondra pas de si tôt , S '

p autres réponses furent données dans les années suivantes lesquelles n'étaient point favorables à la p alique du magnétisme animal, mais qui n'étaient q u'î, ré P ét,t, ° n d « 'a réponse de 1841 dont a . P " é rifé-H" OÛ 7'- e, , d " Sl ^ 9lle ™ « apposai. la les malaH io d . 1T ' Dat ' 0n3 ' * ' aids de! «n»™'*. •» ' ,i! n,'",'**' chns ° s "oiblable.. .

réponse , ou? ' &*% m - iSi7 < ,8 28 J U,1 K <">réponse tout à fait identique à celle-là : Posita

prœfaiorum veritate... non licere.

Enfin, en 1856, une encyclique, datée du 4 août

fut envoyée à tous lesévêquespar la sacrée cong,"-'

raoJl" T°'- OffiC0 ; / e " e «Cyclique, après avoir rappelé la repoo, e de 1847 et avoir dit qu'elle

d'une „!„„» " t" da ma 8° él ''">8. » qualifiait .„!,■. P ; 3 "" 1 d " u S<"'<»'"> Pour le. «met et la «océté civile, et s'écartent de l'élude licite do h

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prétention à la découverte des moyens de prédire et de deviner. Elle énumérai. les princip.u/ ai, s ex ™ T ' ,es . .1"? «attribue l/ magnétisme par exemple, celu, de 1. vue claire ou double vue

fellation, d 0b ' enir d " femmei à '""''• d » g«tic lat.ons qu, ne sont pa. toujours honnête., celui d. luininations sur 1. religion* elle-même celui idë

chZT", - M n, ° r "' Celui de la «lécou'ver, de . choses lointaines et ignorées, etc. Elle disait oue

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ponte, dollom. sur le m.gnéti.œe animal. La No,..

MAGNÉTISME ANIMAL (le). (Théol mxt. scien. physiol.) - Nous n'ajoutons cet article à celui qui précède que pour le compléter sous le rapport histonco-scientifique, et pour donner notre appréciation du magnétisme ani-

chênt leS faitS qui s ' y ratta *

Ce fut en Autriche,' à la faculté de Vienne, en 1760, que se révéla par un jeune homme de trentedeux ans soutenant une thèse pointe doctorat en médecine, la première idée de laquelle est sortie tout le magnétisme animal, puis le spiritisme contemporain avec ses tables tournantes et parlantes, etc. Ce jeune homme se nommait Mesmer, et sa thèse avait pour sujet: De l'influence des planètes sur le corps humain II soutenait qu'un fluide très-subtil, de 1 espèce de celui auquel on attribue 1 iniluence des aimants, servait d'intermédiaire entre les planètes, le soleil, la lune, nos mers, et s'étendait aux corps des animaux terrestres, en miluençant principalement leur système nerveux. Le jeune docteur se livrait ensuite à une foule d expériences en application de son système au traitement des maladies, et douze ans après il venait à Paris où il publiait un mémoire sur ce qu il appelait la découverte du magnétisme animal, agent qui devait servir, d'après lui, à guérir un jour tous les maux. M. d'Eslon, premier médecin du comte d'Artois, s'associa à sa doctrine et à ses essais; et alors commencèrent ces fameuses expériences du baquet magnétique, que l'on nomma dans le monde ['enfer à convulsions.

Voici comment M. Ad. Focillon décrit le baquet de Mesmer :

« Le baquet magnétique était une vaste caisse circulaire en boisde chêne haute d'environ m 50, et fermée par un couvercle égaleront en bois; daDS cettecaisseétaientplacés du verre pilé, de la limaille de fer à sec ou recouverte d'eau. Des branches de fer coudées et mobiles sortaient à travers des trous du couvercle, et chacune d'elles était destinée à mettre un des malades en communication avec le baquet magnétique. Ceux-ci se tenaient en silence autour de ce baquet, cha-

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cun sa branche de fer appliquée sur la partie malade, et tous réunis par une corde qui passait successivement autour de leurs corps; souvent, en outre, ils se touchaient par les mains, saisissant mutuellement le pouce gauche du voisin entre le pouce et l'index de la main droite. Autour d'eux tout était disposé pour jeter l'âme dans une langueur fiévreuse ; pendant les séances un musicien jouait tour à tour sur le piano des airs d'un rythme varié; la salle était hermétiquement close et le jour n'arrivait qu'en filtrant à travers des rideaux. Le magnétiseur, une petite verge à la main, vêtu d'habits d'une couleur agréable à voir, et les yeux fixés obstinément sur le patient, promenait en silence, et souvent pendant des heures, cette verge devant les diverses parlies du corps. Les effets les plus variés de calme, de douce émotion, d'agitation convulsive, se produissaient autour de ce baquet; c'était là ce que Mesmer appelait des crises. Les objets inanimés pouvaient, disait-on, être magnétisés et agir par leur contact comme le magnétiseur lui-même. »

Le public se passionna; tous les malades voulaient essayer de la nouvelle méthode curative; les savants furent moinscrédules et provoquèrent des examens sérieux. Mesmer retourna enAllemagne;d'Eslon continua en établissant ce qu'il appelait des sociétés d'harmonie. Mesmer revint et attaqua comme plagiaire son grand disciple. Le gouvernement intervint, et en 1784, une haute commission dont faisaient partie Guillotin, Laurent de Jussieu, Franklin, Lavoisier, etc , et Bailly rapporteur, fut chargée de faire un rapport au roi. Cette commission conclut, après une multitude d'expériences, à une explication naturelle de tous les effets par trois causes: imagination, influence nerveuse de l'attouchement, instinct do l'imitation. Pourtant L. de Jussieu n'admit pas toutes les conclusions de ses confrères; il tit un rapport particulier dans lequel il rejetait bien comme eux le fluide spécial, mais jugeait inexplicables par le? causes assignées certains effets. Ce jugement Mil.

fit] tort au mesmérisme, et le public passa de l'engouement à la ridiculisation; on se moqua de la découverte sur les théâtres.

Il restait pourtant des disciples convaincus; le marquis de Puységur était de ce nombre; il continuait ses expériences, et ce fut lui qui trouva le somnambulisme magnétique, en opérant, à Busancy près deSoissons, sur un paysan qui se trouva être un sujet somnambule très-clairvoyant. Voici, ce qu'en dit M. de Puységur dans une de ses lettres :

« C'était un paysan, homme de vingt-trois ans, alité depuis quatre jours par l'effet d'une fluxion de poitrine ; j'allai le voir. La fièvre venait de s'affaiblir. Après l'avoir fait lever je le magnétisai. Quelle fut ma surprise de voir, au bout d'un demiquart d'heure, cet homme s'endormir paisiblement dans mes bras, sans convulsions ni douleurs! il parlait, il s'occupait tout haut de ses affaires. Lorsque je jugeais ses idées devoir l'affecter d'une manière désagréable, je les arrêtais et cherchais à lui en inspirer de plus gaies. Il ne me fallait pas pour cela de grands efforts ; alors je le voyais content, imaginant tirer à un prix, dansant à une fête, etc. Je nourrissais en lui ses idées, et par là je le forçais à se donner beaucoup de mouvement sur la chaise comme pour danser sur un air qu'en chantant (mentalement) je lui faisais répéter tout haut... Quand il est dans l'état magnétique, ce n'est plus un paysan niais, sachant à peine répondre une phrase ; c'est un être que je ne sais pas nommer, je n'ai besoin que de lui parler ; je pense devant lui, et il m'entend, me répond. Vient-il quelqu'un dans ma chambre, il le voit si je veux ; il lui parle, lui dit les choses que je veux qu'il lui dise, non pas toujours telles que je les lui dicte, mais tellesque la vérité l'exige. Quand il veut dire plus que je ne crois prudent qu'on en entende, alors j'arrête ses idées, ses phrases au milieu d'un mot, et je change son idée totalement. »

Dans cette description se trouve résumé tout le magnétisme somnambulique de nos jours; cette science, si

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science il y a, n'a pas progressé d'un pas depuis le sujet de M. de Puységur On le verra par ce que nous raconterons, en finissant, de nos propres expériences de magnétisme soit comme études des autres, soit comme essais par nous-mème.

Dès que M. de Puységur eut découvert le sommeil magnétique, il ne tut plus question du baquet de Mesmer et de tout ce qui s'y rattachait; mais le magnétisme sous sa nouvelle forme reprit faveur. M. de I uysegur s'avisa même démagnétiser un orme, et par l'influence de cet arbre mis en contact avec son paysan ce dernier éprouvait les mêmes effets, et devenait « le plus profond, le plus prudent, le plus clairvoyant des hommes. »

Mesmer, en 1799, essaya de maintenir sa découverte comme distincte de celle de M. de Puységur, en publiant une théorie du somnambulisme, qui était exclusivement physiologique et expliquait le tout par l'irritabilité nerveuse, en rejetant les effets merveilleux tels que celui de Usa sans les yeux, celui d'entendre sans les oreilles, celui de voir immédiatement la pensée d'un autre, etc. ; et il répéta ses protestations dans son mesmérismus en 1815 ; mais tous ces eUorts furent sans écho ; et il n'y eut plus à faire fortune jusque dans notre époque, que le magnétisme somnambuhque En Prusse, cependant,le Dr. Woliarl fonda un hôpital magnétique, dans lequel on ramenait un peu T avec le reste, le baquet de Mesmer, et cet hôpital eut une grande vogue Quant aux Anglais, ils restaient froids comme la glace devant tout ce quon disait de la science nouvelle. En France, ce fut Deleuze qui, par son Histoire critique du magnétisme; lui donna en 1813 le plus grand retentissement; il lit la théorie des méthodes pour magnétiser, c'esta-dire pour faire les passes,, et obtenir es effets dont il est question dans 1 article précédent

Nous avons vu le mesmérisme.avanfc Jaiévolution, condamné par le rapport de BaiUy; ce rapport étaîj ceJui a un e commission qui représentait trois corps savants, la Faculté, la So-

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ciété royale de médecine, et l'Acadé.

mie des sciences de Paris. En 1S<>5 Ifff" somnambulique fais^t tant de bruit que l'Académie, provoquée par le docteur Foissac un des adeptes les plus covaincus du talent médical des somnambules, dut s'en occuper. Elle nomma une commission composée de MM. Bourdois, Double Fouquier, Itard, Guenau de Mussy!

tT,11 l u er0UX ' Ma S en die, Marc lillaye et Husson. Cette commission nt des recherches consciencieuses qui durèrent cinq années, et son rapporteur M. Busson lit connaître en iSM„ le résultat de ses travauxdans un exposé, plein d'impartialité M. tocillon résume ce rapport comme il suit :

« Dans un certain nombre de cas»

la commission n'a pas vu se produire tes phénomènes annoncés, on n'a va que des effets sans importance et sans intérêt. Plusieurs autres lui ont paru résulter de l'ennui provoqué chez les personnes soumises aux manoeuvres des magnétiseurs; d'autres doivent être attribués à une surexcitation de 1 imagination des malades. Enfin la commission cite un certain nombre de faits qu'elle avoue inexplicables, pour elle, . par aucune des causes connues. Ainsi, elle a vu chez plusieurs sujets se produire un sommeil réel et d'une nature toute particulière; elle reconnaît que, pendant ce sommeil, la sensibilité tactile, l'odorat, l'ouïe et même la sensibilité générale étaient abolis, mais que le somnambule, au milieu d'autres voix, n eaiendait que celle de son magnétiseur; qu'il avait la mémoire de ce qui s était passé dans les séances précédentes pendant son sommeil, et la perdait entièrement dès qu'il était réveillé. Après de nombreux insuccès, la commission a constaté chez un des sujets présentés des faits quisemblent prouver que le magnétisé pont lire dans la pensée du magnétiseur, et qu il obéit à sa volonté exprimée. Sur ce dernier point néanmoins, la commission se déclare incomplètement édifiée, parce qu'elle a vu de nombniix échess et seulement daim on trois faits favorables, [.a plupart 'ios expériences ayamt pour but de mou-

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trer que les somnambules lisent les yeux fermés, sont, comme on dit en unmot, clairvoyants, ont échoué d'une façon misérable; mais un ou deux sujets ont vraiment étonné la commission par leur aptitude à jouer aux cartes, à déchiffrer quelques lignes, • les yeux bouchés avec soiu. En ce qui concerne la faculté annoncée chez les somnambules, de voir l'intérieur de leurs corps, de prévoir les accidents qui s'y produiraient, de deviner les remèdes convenables, la commission a constaté de nombreux échecs des adeptes du magnétisme; mais elle a -vu trois ou quatre faits vraiment surprenants. »

« L'Académie, continue M.Focillon, soumit ce rapport à une longue discussion où divers médecins montrèrent que la plupart des faits signalés comme inexplicables par la commission, avaient leurs analogues parmi des faits explicables, il est vrai , mais constatés par divers observateurs sans aucune intervention du magnétisme animal ; que par conséquent ces faits se rapportaient aux manifestations si prodigieusement variées dont l'agent nerveux est susceptible sous l'empire des causes les plus différentes. »

« Ce rapport, ajoute le même auteur, et cette discussionsont, sanscontredit, ce quia été dit et écrit de plus sage au sujet du magnétisme animal, et il importe de remarquer que ce qui a paru le moins évident à la commission comme à l'Académie de médecine, c'est l'existence du magnétisme lui-même ; les réserves favorables aux magnétiseurs faites par la commission, et déjà attaquées quelque peu par l'Académie, concernent uniquement des faits observés, mais elles sont loin d'impliquer l'adhésion de la commission aux théories et aux doctrines que les magnétiseurs prétendent établir sur des faits de ce genre, »

En 1837, un nouveau rapport sur deux somnambules présentés ;ï l'Académie par M. le Dr. Bema, rapport qui fut fait par M. Dubois (d'Amiens), fut tout à fait défavorable au magnétisme et à la réalité des faits dont il se prévaut. Mais ce rapport ne porte

pas un caractère clair d'impartialité, ni ne s'appuie sur un examen aussi approfondi que le précédent.

Enfin, tout le monde sait l'histoire du prix de 3,000 francs offert au nom de l'Académie de médecine au somnambule qui lirait une page écrite, sans le secours des yeux. C'est l'événement qui a fait le plus de tort au magnétisme animal. M. le Dr. Bourdin-, en 1837, à peu près à l'époque du rapport Dubois, proposa solennellement 3,000 francs à toute personne qui « lirait un écrit quelconque placé hors de la portée des yeux, sans leur secours, sans lumière et sans s'aider du toucher » ; l'Académie nomma sept de ses membres pour surveiller l'expérience ; et le concours devait rester ouvert pendant deux ans. En 1838, une somnambule se présenta; ce fut la fille, âgée de onze ans, de M. Pigeaire de Montpellier, accompagnée de son père. Cette enfant avait obtenu tant de succès, en ce genre de lecture, devant des savants connus, qu'on crut à la réussite. Mais pourtant M. Pigeaire demanda, avant de soumettre sa fille à l'épreuve, que le programme fût modiiié : Sa fille, disait-il, lisait sans voir, mais non comme le voulait le programme, sans lamilve, hors de la portée des yeux et sans le secours du toucher. Le fondateur du prix fut d'une grande complaisance; il renonça aux trois conditions, et exigea seulement que la somnambule lût bien certainement sans le secours des yeux, en chargeant l'Académie d'assurer, comme elle le jugerait convenable l'exécution de la condition. Alors M. Pigeaire leva de nouvelles difficultés et ne put s'entendre avec la commission; il ne voulut pas renoncer à l'emploi, pour boucher les yeux, d'un appareil dont l'insuffisance était démontrée par les commissaires, et refusa tous ceux qu'ils présentèrent, sous prétexte que ces appareils brisaient le rapport entre la somnambule et l'objet. C'était M. Pigeaire qui magnétisait lui-même sa fille. Ce magnétiseur était-il sincère?

Il n'est pas téméraire d'en douter; et nous dirons franchement, enfmissant, ce que nous pensons de tous sur ce point.

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Quoi qu'il en soit, le prix Bourdin resta au concours jusqu'en 1840, et deux somnambules échouèrent en essayant avec la seule condition qui avait été maintenue pour mademoiselle Pigeaire.

Depuis cette époque, les corps savants ne se sont plus occupés du magnétisme animal, et, à notre avis, ils ont bien fait.

Sont venues ensuite les expériences à' hypnotisme de M. Braïd en 1854.

Ces expériences démontrent que les faits simples de somnambulisme peuvent èlre produits par beaucoup de causes diverses. V. Hyp.notisme.

Mais ce qu'il faut surtout noter comme ayant formé, dans les engouements populaires, une belle queue au magnétisme, ce sont les tables tournantes, parlantes, €tc, et tous les faits d'évocation des âmes des morts, par les procédés du spiritisme. Quelles fureurs insensées dans les deux mondes lorsqu'ils s'envoyaient réciproquement leurs meilleurs médiums ! On se rappelle les sottes exhibitions du fameux Hume aux Tuileries impériales. Mais silence sur les morts, ■ dont les maisons elles-mêmes sont mortes.

Pour nous, nous n'eûmes jamais la foi en tout ce qui se racontait de trop merveilleux. Nous crûmes seulement toujours, et nous y croyons encore, à des effets de somnambulisme et à des états psychologiques étranges du genre de ceux qui se produisent dans les songes, artificiellement obtenus par les passes magnétiques, les fixations hypnotiques, les immobilisations en commun ou en particulier, les fascinations, les charmes naturels, et toutes sortes d'autres moyens physiologiques ; aux secondes vues à de grandes distances, aux lectures à travers les murailles, aux prévisions précises do l'avenir, aux influences trop complètes et trop déterminées d'un opérateur sur un opéré, etc., etc., nous n'y crûmes jamais, et nous ne doutâmes jamais, par là même, que la supercherie et le compérage étaient les seuls agents véritables des faits absolument inexplicables naturellement.

Cependant, nous fûmes plus d'une fois intrigué par ce qu'on nous ra-

contait, au temps des grandes vogues de ces sciences prétendues qui n'étaient que des renaissances sous formes nouvelles de toutes les sciences occultes du passé ; et nous donnâmes plus d'une fois satisfaction à notre curiosité en assistant à des réunions particulières ou publiques à expériences de ce genre. Mais toujours, sans aucune exception, les faits dont nous fûmes témoin confirmèrent nos convictions incrédules, et nous laissèrent apercevoir des signes de fraude. Nous vîmes de ces expérimentations dans la société aristocratique; nous en vimes dans la société ouvrière, nous en vîmes dans des réunions publiques comme celles du baron Dupotet; et, nous le répétons, partout le spectacle d'une assistance qui mettait la plus grande complaisance à se laisser tromper par des gens plus ou moins habiles, souvent trompés eux-mêmes et convaincus dans leur illusion. Il nous arriva même un jour, dans un salon du faubourg Saint-Germain, de nous faire magnétiser devant une société d'élite par un magnétiseur qui passait pour très-fort ; on recommandait aux sujets nouveaux d'y mettre de la bonne volonté, attendu qu'une incrédulité énergiquement. soutenue pouvait empêcher les résultats cherchés; nous y mimes toute la complaisance possible; et celte complaisance fut telle que l'idée nous vînt, dès le début de la séance, de nous laisser aller à jouer de notre mieux et le plus naturellement possible, le rôle de somnanbule ; nous jouâmes, parait-il, ce rôle tellement au naturel, que tous les assistants y furent pris, ainsi que le magnétiseur tout le premier. La conclusion fut, après une demi-heure de séance et des consultations médicales dans lesquelles nous indiquâmes des remèdes, que nous étions le meilleur sujet qu'on eût encore rencontré. Nous n'étions pas sorti un seul instant de notre état d'éveil ordinaire et nous avions prouvé combien il était facile, dans ces sortes de choses, d'en imposer aux assistants, car quelques jours après que la scène fut passée — nous laissâmes notre monde dans l'erreur durant quelques

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jours, afin de bien constater le résultat, qui avait été de convertir plusieurs incrédules à la foi au magnétisme. — Après ces quelques jours, nous eûmes toutes les peines du monde à démontrer que nous n'avions pas du tout dormi, et que les passes ne nous avaient influencé en rien, ce que nous prouvâmes pourtant par les petits détails que nous racontâmes et dont nous aurions dû n'avoir aucun souvenir, puisque nous avions été isolé par le magnétiseur. Un des assistants ne voulut même jamais démordre de sa conviction, et celui-là est mort dans sa persuasion à notre somnambulisme. Ce fait démontre que la commission académique dont nous j avons parlé avait très-Lien pu être trompée elle-même sur les faits qui I lui avaient fait l'impression que ! JI. Husson avouait dans son rapport | avec tant de lionne foi; car parmi les témoins de notre expérience, il y ; avait des hommes sages qui valaient bien des académiciens.

Nous concluons de tout cela que ces enfantillages avec lesquels on amuse le public, n'ont pas plus de réalité que les vieux contes de sorcellerie du moyen âge, et que les théologiens modernes, tels que Scavini, Gury, Martinet, Vincent, Gousset, Lyonnet, leur font beaucoup trop d'honneur en les traitant sérieusement dans leurs ouvrages, soit à. titre d'effets naturels pouvant faire l'objet d'une science sérieuse, soit à titre d'effets surnaturels qu'ils attribueraient aux esprits.

Le Nom.

MAGNÉTISME TERRESTRE (Théol.

mixt. scien. physic.) — V. Boussole .

MAGNÉTIQUE (fluide). (Théol. mixt.

snen. physiq.) — V. Aimant.

MAGNIFICAT. Cantique prononcé par la sainte Vierge, lorsqu'elle visita sa cousine Elizabeth. Luc, c. 1, ^46.

L'usage actuel de l'Eglise est de le chanter ou de le réciter tous les jours à vêpres.

Bingham pense, comme le père Mabillon, que cet usage n'a commencé dans l'Eglise latine que vers

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l'an 306, parce que c'est dans ce temps-là que saint Césaire, évêque d'Arles et Aurélien son successeur, dressant une règle monastique, prescrivirent aux moines de chanter ce cantique et le Gloria in excelsis, dans l'oftice du matin. Orig. ecclés., 1. 14, c. 2, § 2 et 7. Mais Bingham observe lui-même que l'usage de chanter le Gloria in excelsis est beaucoup plus ancien que ces deux évêques, et qu'il remonte aux premiers siècles de l'Eglise. Puisque la règle do saint Césaire et d'Aurélien ne prouve pas que le cantique Gloria n'ait pas été déjà chanté avant eux, il en peut être de même du Magnificat. Il serait étonnant que ce cantique si sublime et si éditiant, tiré de l'Ecriture sainte, et inspiré par le Saint-Esprit, eût été négligé pendant que l'on chantait le Gloria in excelsis, duquel l'auteur est inconnu. Yoyez Doxologiè.

Nous faisons cette remarque, afin de montrer qu'en fait d'antiquités, soit ecclésiastiques, soit profanes, H y a du danger à s'en tenir aux preuves négatives, à conclure qu'une chose n'a commencé que dans tel temps, parce qu'avant cette époque on n'en voit point de preuves positives - C'est un argument très-faible, et trop souvent répété par les critiques protestants. Au sujet du Magnificat, il y a du moins une preuve générale ; c'est l'invitation que fait saint Paul aux fidèles de s'exciter mutuellement à la piété, par des hymnes et des cantiques spirituels, Epli., c. S.

t |9; Col. c. 3, y 16. Saint Ignace, qui a suivi de près les apôtres, en établit l'usage dans l'Eglise d'Antioche. Socrate, Hist. ceci., 1. 6, c. 8. Il est à présumer que l'on chanta par préférence ceux que l'on trouvait dans l'Ecriture sainte, puisque l'on chantait les psaumes; or le Magnificat est de ce nombre ; à tous égards, il devait être préféré à ceux de l'Ancien Testament. Voyez. Cantique.

Bergier.

MAGNIFICAT. (Théol. mixt. art. et litt). — Le cantique delà jeune Marie, lors de sa visite à sacousine Elisabeth, est une des plus sublimes productions de l'inspiration religieuse ; ce mor-

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ceau de poésie sacrée, tel que le rapporte saint Luc, surpasse en beauté, au point de vue de l'art, ^e qu'il y a de plus beau dans Homère.

Tous les versets, ou vers, en sont également sublimes, mais il en est un surtout qui ne trouve rien de comparable dans aucune langue. Voici le cantique tout entier tel que nous l'avons traduit dans notre Evangile pour la jeunesse, avec Ja réflexion dont nous l'avons fait suivre sur le sublime de ce verset.

« Alors Marie s'écria :

» Mon âme glorifie le Seigneur! et mon esprit s'est exalté en Dieu mon sauveur !

» Car il a regardé l'humilité de sa servante !

» Et voilà que, de ce jour, tontes les générations me diront heureuse !

» Car celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses !

» Et son nom est saint!

» Sa miséricorde s'ôlend, de race en race, sur ceux qui le craignent!

» Il a montré la force en son bras!

y II a dispersé les superbes par une pensée de son cœur!

» Il a jeté bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles!

» Il a rempli de biens les allumés, et il a renvoyé vides les riches!

Jj> Il a relevé Israël son serviteur, s'étant souvenu de sa miséricorde, et, comme il l'avait dit à nos pères, à Abraham et à sa race, pour toujours !»

Il y a dans Homère trois vers sublimes qui avaient inspiré à Pbidias la statue fameuse du Jupiter olympien : Le maître des dieux, est-il dit dans ces vers, fronça le sourcil, agita sa chevelure; et il ébranla le vaste Olympe, ^ Y av «ft&$ev ÔÀu^-rov.

Virgile les a traduits, dans son idiome, d'une manière d'autant plus heureuse qu'elle est plus concise, par le vers suivant :

Adnuit : et tolnm nutn tremefeeit Olympum

vers latin que nous proposerions de rendre par ce vers français :

U eceeda ; «on oui lit tremblor tout l'Olympe,

si dans ce vers l'idée de l'adhésion marquée par le simple signe de tète, était exprimée.

Qnand la jeune Marie s'écrie dans son cantique, en parlant de Dieu qu'il disperse les superbes par unepei de son cœur, est-elle moins sublime?

Elle l'est plus que Virgile et plus qu'Homère, parce qu'elle est plus philosophique : ce n'est pas le vaste Olympe que Dieu ébranle, ce sont les superbes qu'il disperse, les tyrans de l'esprit et du corps qu'il renverse de leur trône; et ce n'est pas par un geste qu'il déooncerte ainsi l'orgueil des forts, c'est par une pensée.

Tout le 'reste est à l'av<\

Lu Nom.

MAGOG. (Théol hist. éxèg ) — Voy.

Gog et Magog.

MAGOT (le). {Théol. mixt.stion. zooQ — Le magot est un des singes de l'ancien continent ;il porte environ 4-ôceutimètres de longueur depuis lecoccyx jusqu'au sommet de la tète. Il est docile et doux dans sa jeunesse, mais devient, à luge adulte, obstiné, méchant et hardi; on ne peut le garder en captivité qu'enchaîné ; à l'état d* liberté, l'instinct le plus remarquable des magots consiste à faire la maraude des fruits, par bandes, dans les jardins, en ayant soin de placer, comme les corbeaux, sur les arbres voisins, deux ou trois des leurs en sentinelles pour pousser le cri d'alerte, s'il survient quelque ennemi. Ces singes vivent dans les forêts des montagnes du Maroc et de l'Algérie, pays «jni paraissent être leur patrie ; mais il y en a aussi en Espagne dans le voisinage de Gibraltar, où l'on croit qu'ils ont émigré on ne sait comment; cette sorte de colonie de quadrumanes est la seule espèce de singes qui existe en Europe; et du temps des Grecs et des Humains, il paraît bien qu'il DO était de même. C'est le magot que les anciens désignaient sous le nom de pithécus. 11 ne parait pas avoir, existé en Egypte. Ce fut ce singe qui servit à Galien dans ses rech anatomiquesen vue de la description du corps humain. Lin préjugé ridicule avait, à cette époque, porté Je»

Etats civils et J'Fglise elle-mérin', qui suit en tout cela les idées populaiï* du temps, à proscrire la direction

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