‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 65 sur 114 · MA.H · texte numérisé non relu

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peuvent être moralement invincibles; et cela ne prouverait rien.

Nous ne prendrons pas la peine de comparer cette disposition d'un Turc avec le résultat de l'examen que peut faire un chrétien des miracles de Jésus-Christ, et des autres motifs de crédibilité du christianisme ; nous en avons parlé ailleurs.

Pour avoir une idée juste de Mahomet, de son livre, de sa religion, il ne faut pas s'en lier à la vie de ce personnage faite par le comte de Boulainvilliers ; il avait copié sans discernement les auteurs arabes, et il semble n'avoir écrit que pour insulter au christianisme ; le comte de Bonne val, quoique apostat, avait remarqué dans cet ouvrage plusieurs fautes essentielles. Voy. le Voyage littéraire de la Grèce, par M. Guys, tom. 1 , pag. 478. La préface que Sale a mise à la tête de sa traduction anglaise de l'Alcoran, et que l'on a donnée dans notre langue avec la version française de ce livre, par Durier ne mérite pas plus de confiance que Boulainvillijrs. Cet auteur anglais, qui parait déiste, a dissimulé les endroits de l'Alcoran qui révoltent davantage; il a fait un parallèle trèsfautif des lois de Mahomet avec celles des Juifs : il a été solidement réfuté par les auteurs de l'Histoire universelle, tome 15, in-4° Celui des Essais sur l'histoire générale et des Questions sur l'Encyclopédie, a copié Sale et Boulainvilliers; mais avec son infidélité ordinaire, il a voulu peindre Mahomet comme un héros, et il a élé copié à son tour par le rédacteur de l'article Mjuiométisme de l'ancienne Encyclopédie : ni l'un ni l'autre ne se sont souciés de garder seulement la vraisemblance. Enlin le savant académicien qui a fait le parallèle entre Zoroastre, Cunfucius et Maliomet, ne nous parait pas avoir parlé de ce dernier avec assez de sincérité.

La Vie de Mahomet, par Gagnier, et celle qu'a faite Maracci, sont beaucoup plus fidèles; ce dernier adonné une réfutation complète et très-solide de l'Alcoran : Alcorani textus uniarsus, etc., Patavii, IU<18, in-fol. Il n'avance rien qu'il ne prouve parles telles formels de ce livre, et par le

témoignage des auteurs arabes; il avait étudié leur langue pendant quarante ans. On peut consulter encore avec sûreté les Mémoires de ÏAcad. des Inscript, tom. 32, in-4°, et tom. 58, in-12, pag. 259; les Observations sur la religion, les lois et le gouvernement des Turcs ; les Mém. du baron de Tott sur les Tartarcs et les Egyptiens; le Voyage de Volney, etc.

Quant aux brochures faites par des incrédules qui professaient le déisme, et qui voulaient montrer que le mahométisme a les mêmes preuves que le christianisme, que les défenseurs de l'une et de l'autre de ces religions raisonnent de même, ce sont des productions trop viles pour qu'elles méritent d'être citées. Outre le mauvais ton qui y règne, la mauvaise foi y éclate de toutes parts. On y suppose, i n que les seules preuves ou les seuls motifs de crédibilité du christianisme sont les prophéties de Jésus-Christ et des apôtres. Nous avons fait voir le contraire à l'article Christianisme; nous avons exposé en abrégé les autres preuves, et il y en a plusieurs qui sont à la portée des chrétiens les moins instruits.

2° Les mêmes écrivains supposent qu'un simple fidèle ne peut point avoir d'autre preuve des miracles de Jésus-Christ et des apôtres que la tradition qui en existe parmi les chrétiens, et la présomption qu'ils ont de la bonne foi des témoins qui les ont rapportés; qu'il est donc précisément dans le même cas qu'un musulman à l'égard des prétendus miracles de Mahomet. Cependant la différence est palpable. Ceux de Mahomet sont absurdes et indignes de Dieu, un peu de bon sens suffit pour le comprendre ; il n'en est pas de même de ceux de Jésus-Christ et des apôtres. Ceuxci sont tellement incorporés au christianisme, qu'il ne peut pas subsister sans eux, au lieu que le mahomttisme est absolument indépendant des miracles de Mahomet ; ce n'est point làdessus que les docteurs musulmans fondent la vérité de leur religion, et ils ne pourraient le faire sans contredire l'Alcoran. Les miracles de Jésus- Christ et des apôtres sont avoués par les ennemis du christianisme, sans

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en excepter Mahomet lui-même ; nonseulement les siens ne sontpas avoués par les sectateurs des autres religions, mais ils sont désavoués par les mahométans les plus sensés.

Une troisième supposition des déistes est qu'une preuve, pour être solide, doit être également à portée des savants et des ignorants, de ceux qui ont reçu une bonne ou une mauvaise éducation. C'est une absurdité.

Il est évident qu'un ignorant ne peut pas avoir autant de preuves de l'existence de Dieu et de la religion naturelle qu'un philosophe ; plusieurs incrédules ont même soutenu qu'un sauvage est incapable d'en avoir aucune. Nous ne sommes pas de leur avis ; mais si un enfant avait été élevé dès ie berceau dans les principes de .

l'athéisme, et infatué de tous les sophismes des athées, sommes-nous bien sûrs que les preuves de l'existence de Dieu et de la religion naturelle feraient beaucoup d'impression sur lui ? Les déistes n'ont pas vu que leur prétention tombe aussi directement sur la religiou naturelle que sur la religion révélée.

Eu quatrième lieu, ils supposent que la conviction que nous avons de la sainteté de notre religion, et des salutaires effets qu'elle opère peut très-bien n'être qu'un enthousiasme et un effet de l'éducation, tout comme la prévention qu'un Turc a conçue en faveur de la sienne. Mais si le sentiment intérieur, le sens commun, le témoignage de laconscience, ne prouvent rien, quel moyen reste-t-il aux hommes pour distinguer la vérité de l'erreur? Voilà le pyrrhonisme établi.

Que répondra un déiste aux athées, lorsqu'ils lui soutiendront que sa confiance aux preuves de l'existence de Dieu et de la religion naturelle est un pur enthousiasme et un effet de l'éducation (1) ?

Lorsque des écrivains sont assez aveugles pour ne pas voir ces conséquences, ils ne méritent pas d'être réfutés. Les réflexions que nous avons faites ne sont pas moins solides contre

(1) Ici Bergier est cartésien, quoi qu'en dise M. Gousset dans ses notes, dont nous supprimons lea principales portant sur cette matière.

les athées que contre les déistes. Voyez Religio.n révélée.

Quand nos incrédules modernes n'auraient point d'autre turpitude à se reprocher que d'avoir voulu faire l'apologie du mahométisme, et d'avoir osé le comparer au christianisme, c'en serait assez pour les couvrir d'opprobre aux yeux de tout homme sensé et instruit.

Bergier.

MAHOMÉTISME (le) scien. relig. étr.) — Koran et Mohammed.

(Théot. mixt.

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