‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 70 sur 114 · AZ · texte numérisé non relu

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théisme, a cité ces auteurs, et semble être de leur avis.

Il pous parait crue tous ces savants ont abusé de leur érudition. Ils n'ont pas mis assez de différence entre ceux qui ont admis deux principes éternels actifs, et ceux qui ont envisagé la matière éternelle comme un principe passif; entre ceux qui ont supposé deux principes incréés et indépendants l'un de l'autre, et ceux qui les ont considérés comme des êtres produits et secondaires, subordonnés à une cause première et unique. Or, selun Plutarque lui-même, les Egyptiens admettaient un Dieu suprême et créateur, qu'ils nommaient Cneph ou Cnuplris, et leur fable sur Oscris et Typhon n'a pas un sens fort clair.

Zoroasti-e, dont nous avons à. présent les ouvrages, enseigne que le bon et le mauvais principe ont été produits par le temps sans bornes ou par l'Eternel. Zend-Avesta, t. d, 2 e part, p. 414; t. 2, p. 343 et 344. Dans les Mim. de VAcad. des Inscript., t. 69, ia-I2, pag. 123, M. Anquetil s'est attaché à faire voir que Zoroastre admettait la création proprement dite.

On ne prouvera jamais que les Hébreux aient pris la bonne et la mauvaise fortune pour deux personnages éternels, indépendants et ciéateurs ; ce n'est point là non plus l'opinion des astrologues qui ont distingué dfr bonnes- ou de mauvaises influences des étoiles et des planètes.

Nous avouons que les païens en général ont honoré des dieux malfaisants ; mais ils croyaient aussi que le même Dieu envoyait tantôt des bienlaits à un peuple pour récompenser sa piété, et tantôt des malheurs, pour se venger d'une offense. Le même Jupiter, auquel on attribuait une victoire gagnée, était aussi armé de la foudre pour faire trembler les hommes. Homère suppose que devant le palais de Jupiter il y a deux tonneaux dans lequel? ce dieu puise alternativement les biens et les maux qu'il verse sur la terre ; voilà son principal emploi. Les Grecs et les Romains pensaient que les divinités infernales ne pouvaient affliger les hommes qu'autant que Jupiter le leur permettait. Ce n'est point là le système des

tiiiulisies. Voilà pourquoi Fauste 1»

manichéen niait formellement que l'opinion de sa secte, touchant les doux principes, fût venue des païens.

S. Aug. contra Faustum, 1. 20, c. 3.

Les incrédules sont-ils bien fondés à soutenir que parmi nous le peuple est manichéen, parce qu'il attribuesouvent au démon les malheurs qui lui arrivent.

Quant aux philosophes, tels que Pythagore et Platon, un savant académicien a fait voir qu'ils admettaient en effet deux principes éternels de.

toutes choses, Dieu et la matière, et qu'ils supposaient dans celle-ci une âme distinguée de Dieu; mais il observe qu'il y avait plusieurs différences entre leur système et celui des mages, et que les académiciens, le»

épicuriens et d'autres sectes ne suivaient ni Pythagore, ni Platon. Mém.

de VAcad. des Inscri.pt., t. S0, in-12,, p. 3iiS et 377. Nous ne voyons pas non plus le dualisme soutenu dans les schasters des Indiens, ni dans le Chou-King des Chinois. Ce n'est donc pas un système aussi répandu que le supposent Beausobre, Windet, Spencer et d'autres critiques.

Il faut avouer qu'avant Manès, Basilide, Valentin, Bardesancs, Marcroik et les autres gnostiques du second siècle l'avaient adopté; et il est probable que tous l'avaient pris dans la môme source, chez les magea de la- Perse et chez les autres philosophes orientaux. Mais il parait qu'ils y avaient changé un point essentiel, et qu'ils n'admettaient pas, comme:

Zoroastre, que les d -irincipes

eussent été créés par 1 kernel; ilssemblaient les avoir supposés tous deux éternels et iiirréés.

Quoi qu'il en soit, Manès pour séduire les chrétiens et les amener à ses sentiine.'.ts, chercha dans l'Ecriture sainte tout ce qui lui parut propre à les continuer. Il vit que le démon y est appelé la puissance des ténèbres, le prince de ce monde, le père du mensonge, l'auteur du péché et de la mort; il conclut que c'était là le mauvais principe qu'il cherchait.

L'Evangile dit qu'un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, que le démon est toujours manieur comoia

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son père, Joan., c. 8, f 44. Donc, dit Ma nés, Dieu ne peut être le père ni le créateur du démon. H crut apercevoir beaucoup d'opposition entre l'ancien et le nouveau Testament; il soutint que ces deux lois ne pouvaient pas être l'ouvrage du même Dieu. Jésus-Christ avait promis à ses apôtres l'Esprit paraclet, ou consolaieur : c'est moi, dit Manès, qui suis tft envoyé du ciel; et il commença je prêcher.

Un des premiers adversaires qu'il rencontra, fut Archelaûs, évêque de Charcar ou Cascar, dans la Mésopotamie. Celui-ci étant entré en conférence avec Manès, vers l'an 277, lui prouva qu'il n'était point envoyé de Dieu, qu'il n'avait aucun signe de mission, que sa doctrine était directement contraire àl'Ecriture sainte, et absurde en elle-même. Les actes de cette conférence sont encore existants ; ils ont été publiés par Zacaeni, Colleclan. monum. vet. Eccl., \rœcse et lalinœ, in-4°, Rornœ, 1698.

C'est de ces actes que Socrate avait tiré ce qu'il dit de Manès et de ses sentiments. Suint Cyrille de Jérusalem, Catech. 6, et saint Epiphane, Hœr. 26, paraissent aussi les avoir consultés. Beausobre a voulu trèsmal à propos révoquer en doute l'authenticité de ce monument, parce qu'il renferme des choses opposées à ses idées; mais si les raisons qu'il y oppos& étaient solides, il n'y aurait pas un seul livre ancien duquel on ne put contester l'authenticité. Manès confondu fut obligé de s'éloigner et de repasser dans la Perse. Les uns disent que Sapor le fit mourir, d'autres prétendent que ce fut Varane I or ou Varane II, successeurs de Sapor. Mais il laissa des disciples qui eurent plus de succès que lui : ils allèrent en Egypte, en Syrie, au fond de la Perse et dans l'Inde, porter la doctrine de leur maitre.

II. Erreurs enseignées par les manithéens. Lesdiscipies de Manès ne s'astreignirent poiut à suivre sa doctrine en toutes choses ; chacun d'eux l'arrangea selon son goût, et de la mail i<Ve qui lui sembla la plus propre à séduire les ignorants ; Théodoret a compté plus de soixante-dix secles de

manichéens, qui, réunis dans la croyance des deux principes, ne s'accordaient ni sur la nature de ces deux êtres, ni sur leurs opérations, ni sur les conséquences spéculatives ou morales qu'ils en tiraient. Cette remarque est essentielle. Comme les goostiques étaient aussi divisés en plusieurs sectes, et que la plupart se réunirent aux manichéens, on ne doit pas être étonné de la multitude des erreurs qu'ils rassemblèi •eut : dès le troisième siècle, plusieurs de ces partis furent nommés bracMtcs; ce nom peut signifier, vil et méprisable.

Par la formule de rétractation que l'on obligeait les manidàéens de faire, lorsqu'ils revenaient à l'Eglise catholique, on voit quelle était leur croyance; Cotelier l'a rapportée, t. 1 des Pères apostoliques, p. 543 el suiv.

Ce sont les mêmes erreurs que Manès avait soutenues dans sa conférence avec Archélaùs. Selon leur opinion, lésâmes ou les esprits sontum" émanation du bon principe qu'ils regardaient comme une lumière incréée ; et tous les corps ont été formés par le mauvais principe qu'ils nome mie nt Satan et la puissance des CéimÈres-.

lis disaient qu'il y a des porlinns de lumière renfermées dans tous les corps de. la nature, qui leur donnent lé mouvement et la vie, qu'ainsi tous les corps sont animés; que ces âmes ne peuvent se réunir au bon principe que quand elles ont été purifiées pal!

différentes transmigrations d'un corps dans un autre : conséqucmnicnt ils niaient la résurrection future et les supplices de l'enfer. Ils faisaient contre l'histoire de la création une multitude d'objections que les incrédules répètent encore aujourd'hui, et ils expliquaient la formation d'Adam et d'Eve d'une manière absurde.

Comme, selon leur sentiment, les âmes ou les portions de lumière se trouvaient par la génération plus étroitement unies à la matière qu'auparavant, ils condamnaient le mariage, parce qu'il n'aboutit, disaientils, qu'à perpétuer la captivité des âmes. Mais on les accusa de se permettre toutes les turpitudes que peut inspirer la passion de la vo-

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lupté, et que l'on avait déjà reprochées aux gnostiques ; c'est l'écueil dans lequel sont tombées toutes les sectes qui ont osé réprouver l'union légitime des deux sexes.

Puisqu'ils croyaient les plantes et les arbres animés, c'était un ci'ime, suivant eux, de cueillir un fruit ou de couper un brin d'herbe; mais ils se permettaient de manger ce qui avait été cueilli, coupé ou arraché par d'autres, pourvu qu'ils fissent profession de détester ce crime prétendu. Quelques-uns d'entre eux jugèrent au contraire qu'ils faisaient une bonne œuvre, en délivrant ainsi une âme des liens qui l'attachaient à la matière. Par la même raison, ils auraient dû approuver l'action de tuer les animaux, et même l'homicide ; mais quels hérétiques ont jamais raisonné conséquemment?

Il parait qu'ils regardaient la personne du Verbe divin, ou plutôt l'âme de Jésus-Christ, comme une portion de la lumière divine semblable en nature aux autres âmes, quoique plus parfaite; ainsi leur doctrine, touchant le mystère de la sainte Trinité, n'était rien moins qu'orthodoxe. Ils soutenaient que le Fils de Dieu ne s'était incarné qu'en apparence; que sa naissance, ses souffrances, sa mort, sa résurrection, son ascension, n'avaient été qu'apparentes : ainsi l'avaient déjà soutenu plusieurs anciens hérétiques. Conséquemment les manichéens ne rendaient aucun culte à la croix ni à la sainte Vierge ; ils prétendaient que l'âme de Jésus-Christ s'était réunie au soleil, et que celles des élus s'y réunissaient de même : c'est pourcela qu'ils honoraient lo soleil et les astres, non-seulement comme le symbole de la lumière éternelle," et comme le séjour des âmes pures, mais comme la substance de Dieu même.

Comme ils prétendaient que les âmes se purifiaient par des transmigrations, l'on ne voit pas quelle vertu ils pouvaient attribuer au baptême ni aux autres sacrements :

au^si employaient-ils d'autres cérémonies faites par leurs élus ou leurs prétendus evéques, auxquels ils at-

tribuaient le pouvoir d'effacer tous les péchés ; ils furent aussi accusés de pratiquer une espèce d'eucharistie abominable. Beausobre soutient que c'est une calomnie; mais les preuves qu'il en rapporte ne sont pas fort convaincantes. 11 ne réussit pas mieux à les justifier contre l'accusation de magie que l'on a souvent renouvelée. Mosheim soutient que cette pratique détestable était une conséquence inévitable des principes des manichéens. Institut. Histor. Christ., 2° part. c. S, p. 351.

Ils avouaient que Jésus-Christ a donné aux hommes une loi plus parfaite que l'ancienne; ils s'attachaient même à décrier toutes les lois et les institutions de Moïse, à noircir toutes les actions des personnages de l'ancien Testament, à trouver des contradictions entre celui-ci et l'Evangile. C'est ce qu'avaient déjà fait avant eux Basilide, Carpocrate, Appelles, Cerdon etMarcion. Saint Augustin, contra Advers. legis et proph., 1. 2, c. 12, n. 39. Les manichéens n'avaient pas plus de respect pour les saints du christianisme, ni pour leurs images, que pour ceux de l'ancienne loi ; mais ils élevaient jusqu'aux nues et respectaient à l'excès leurs propres docteurs. Ils altéraient à leur gré le texte des évangiles et des épîtres de saint Paul ; ils soutenaient que les passages de ces livres qu'on leur opposait avaient été corrompus ; ils composèrent un nouvel Evangile et d'autres livres, et ils les mirent entre les mains de leurs prosélytes, on du moins ils adoptèrent des livres apocryphes que d'autres avaient forgés.

Toutes ces impiétés auraient révolté les hommes de bon sens, si ou les leur avait présentées à découvert; mais aucune secte d'hérétiques n'a su aussi bien déguiser sa doctrine, et ménager la crédulité de ceux qu'elle voulait séduire, que celle des manichéens. Pour en imposer aux catholiques, ils affectaient de se servir des expressions de l'Ecriture sainte, et des termes usités dans l'Eglise. Ils faisaient semblant d'admettre le baptême, et par là ils entendaient Jésus-Christ qui a dit : Il

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suis une source d'eau vive ; de recevoir l'eucharistie, et c'étaient les paroles de Jésus-Christ, qui sont le pain de rie ; d'honorer la croix, et c'était enrare Jésus-Christ étendant les bras; d'honorer la Mère de Dieu, et ils désignaient ainsi la Jérusalem eélesle ; de'respecter saint Paul et saint Jean, mais ils donnaient ce nom à deux personnages de leur secte, etc. Ils flattaient leurs disciples, en leur mettant entre les mains les livres saints accommodés à leur doctrine, rien blâmant les pasteurs de l'Eglise catholique, qui en défendaient, disaient-Us, la lecture au peuple, ïanès n'était peut-être pas l'auteur le toutes ces fourberies ; mais ses sectateurs en tirent souvent usage.

Un de leurs docteurs, nommé Aristocrite, enseignait qu'au fond les religions païenne, juive, chrétienne, convenaient dans le principe et dans les dogmes, qu'elles ne différaient que dans les termes et dans quelques cérémonies. Partout, disait-il, on croit un Dieu suprême et des esprits intérieurs ; partout des récompenses et des peines dans une autre vie; partout on voit des temples, des sacrifices, des sacrements, des prières, des offrandes, etc.; iln'est question que d'en bien prendre le sens. Cet artifice a été mis en usage par plusieurs autres hérétiques.

I Les manichéens, poursuivis et puis dès leur naissance, se crurent la dissimulation, le mensonge, le parjure, les fausses professions de foi MiQiis. Quelques-uns eurent l'audace [Bccuser Jésus-Christ de cruauté, parce qu'il a dit : « Si quelqu'un me » renie devant les hommes, je le re- « nierai devant mon Père. » Ils soutinrent que ces paroles avaient été fourrées dans l'Evangile.

Ajoutons à ces supercheries l'affec- ■tsiion d'une morale austère el d'une le mortifiée, un extérieur modeste 'el composé, une adresse singulière à Investir et à décrier la doctrine, la «enduite, les mœurs du clergé catholi'jue, l'attention de ménager et de concilier les différentes sectes sépales de l'Eglise; nous ne serons plus lipris de voir le manichéisme faire dc> progrès rapides. Ce n'est pas la seule fois que ce manège des héréti-

ques ait réussi. Saint Augustin, malgré la pénétration de son génie, fut pris à ce piège dans sa jeunesse ; mais détrompé par la lecture des livres saints, il attesta qu'il avait embrassé le manichéisme sans te connaître parfaitement, moins par conviction que par le plaisir de contredire et d'embarrasser les catholiques, parce que les coryphées de la secte flattaient sa vanité et le comblaient d'éloges lorsqu'il avait paru vaincre dans la dispute. Aussi trouvèrent-ils enlui, après sa conversion, un adversaire redoutable qui ne cessa de les démasquer et de les confondre.

Beausobre a cependant trouvé boa de contester et de pallier la plupart des erreurs attribuées aux manichéens; il accuse les Pères de l'Eglise de les avoir exagérées par un faux zèle, et pour se ménager le droit de persécuter ces hérétiques. Parlamèmeraison, les Pères ont sans doute aussi calomnié les différentes sectes de gnostiques avec lesquelles les manichéens se sont alliés. Mais à qui devons-nous plutôt nous lier, aux Pères de l'Eglise qui ont conversé avec les manichéens, qui ont lu leurs livres, qui leur ont fait abjurer leurs erreurs, lorsqu'ils se sont convertis ; ou à un protestant qui n'a eu aucun de ces moyens pour les connaître, et qui se trouve intéressé à les justifier pour l'honneur de sa propre secte ?

Comme les prolestants ont voulu se donner pour prédécesseurs des sectaires du douzième et du treizième siècle, dont plusieurs étaient manichéens, il a bien fallu prendre le parti de ces derniers contre l'Eglise catholique. Ces hérétiques rejetaient les sacrements, le culte de la sainte Vierge, des saints, de la croix, des images, aussi bien que les protestants; voilà, selon ceux-ci, des témoins de la vérité qui remontent jusqu'au troisième siècle, et en les réunissant aux gnostiques nous parviendrons au temps des apôtres. Mais les apôtres ont condamné les gnostiques : donc ils ont proscrit d'avance les manichéens et toute leur postérité jusqu'à la fin des siècles. En rejetant les dogmes et les pratiques dont nous venons de parler, les manichéens ont

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déclaré la guerre a riy-lis-e catholique:

donc ces dogmes et wss pratiques étaient établis dans l'Eglise au troisième siècle ; ce ne sont pas des inventions nouvelles, comme les protestants ont voulu le persuader. Les manichéens ne voulaient honorer ni la sainte Vierge, ni la croix, parce qu'ils niaient la réalité de l'incarnation et delà rédemption ; rejetant nos sacrements, ils y substituaient d'autres cérémonies. Les protestants voudraient-ils signer la même profession de foi ?

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