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la guerre, les supplices suxqn ffa i it les condamna, ne purent les Linfinntir. Au douzième elau treirièmc siècle, cette secte se reproduisit soi;-; l'os noms de hcnriciens, y&trobrusfcn;. \ oplicains, cathares, etc. Les semé ices qu'ils avaient jetées eu Allemagne et en Angleterre, furent le premier germe des hérésies des hussites et des wicléfites, qui ont préparé les voies au protestetrfisme.
Dans ces derniers temps, les manichéens avaient abandonné le dogme fondamental de leur secte, l'hypothèse des deux principes; ils ne parlaient plus du mauvais principe que comme nous parlons du démon, et ils faisaient remarquer l'empire de celui-ci par la multitude des désordres qui régnaient dans le monde.
Mais ils avaient conservé leurs autres erreurs sur l'incarnation et sur les sacrements, leur aversion pour le culte des saints, de la croix et des images, leur haine contre les pasteurs de l'Eglise catholique, et le libertinage raffiné dans lequel entraîne ordinairement une fausse spiritualité.
En considérant ces différentes révolutions du manichéisme, quelques écrivains se sont imaginé que la persécution constante exercée contre ces sectateurs a été la principale cause de leur propagation; l'on nous permettra d'en juger autrement. Nous ne disconvenons point que le secret et la nécessité de se cacher ne soient un attrait pour la curiosité, et augmentent le désir de connaître une doctrine proscrite; mais les manichéens employaient assez d'autres ruses pour séduire les simples : nous verrons ciaprès que leoTs sophismes ne pouvaient manquer d'étourdir tous ceux qui n'avaient aucune notion de philosophie. Ils firent plus de progrès pendant la paix dont ils jouirent sous le règne d'Anastase, que pendant les temps de rigueur ; ils se multiplièrent davantage dans la Perse où ils étaient soufferts, que dans l'empire romain où ils étaient proscrits ; cette secte n'a été éteinte dans l'Orient que par l'esprit intolérant du mahométisme.
Les empereurs chrétiens furent principalement déterminés â sévir
en ' re eux, \>ar les ci imea dont on lesaccusail ; la morale corrompue qui s'ensuivait do leurs principes, leur aversion pour le mariage et pour l'agriculture, le libertinage secro. par lequel ils séduisaient les femmes, leursparjures, la licence avec'làqnelle ils calomniaient l'Eglise et ses ministres, etc., sont des excès qui ne peuvent être tolérés par un gouvernement sage. Lorsque l'impératrice Théodora les poursuivit à feu et a.
sang, ils ôtaicntmèlôsavecles ennemis de l'empire et placés sur les frontières; la politique, plus que la religion dirigeait sa conduite. En Afrique, où ils étaient faibles et paisibles, saint Augustin ne fut jamais d'avis d'employer contre eux la violence, ni de faire exécuter les lois portées contre leurs prédécesseurs. Quand on condamna aux supplices les priscillianistes d'Espagne, saint Léon ne désapprouva pas cette conduite, parce que leur doctrine et leurs m cours mettaient le trouble dans la société civile. Si l'on sévit contre les albigeois, "c'est qu'ils s'étaient rendus redoutables par leurs excès. Voyez Albigeois, Priscillianistes. Ainsi, c'est toujours la conduite des hérétiques, encore plus que leur doctrine, qui a décidé de la douceur ou de la rigueur avec laquelle on les a traités.
On dit que si, au Heu de lois pénales, les évêques avaient fait de bonnes réfutations du manichéisme, il aurait probablement fait moins de progrès; on se trompe encore : dans tous les siècles cette erreur a été solidement réfutée par les Pères ; nous le verrons dans un moment ; ot si l'on excepte les deux ou trois époques dont nous avons'parfê, les lois portées contre les manichéens n'ont jamais été exécutées à toute rigueur. Voyez Tillemont, t. 4, p. 407 et suiv.
IV. Le manichéisme est absurde à tous égards ; il ne peut résoudre la difficulté tirée de l'origine du mal. Bayle qui avait employé toutes les ressources de son esprit à pallier l'absurdité du système des deux principes, a été forcé enfin de convenir que cela n'est pas possible. Second éclairciss. à la fin du Dict. Crit. § 5. Voici une partie des preuves qui le démontrent, etaui
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ont été employées par les Pères de l'Eglise.
1° Il est absurde de supposer un être éternel, nécessaire, existant de soi-même, et de ne lui accorder qu'un pouvoir borné ; une nécessité d'être absolue, et cependant bornée, est une contradiction : rien n'est borné sans cause. Or, un être éternel et nécessaire n'a point de cause. Il est encore plus absurde d'admettre un être éternel et nécessaire essentiellement mauvais ; c'est prétendre que le mal est une substance ou un attribut positif, ce qui est évidemment faux. Une troisième absurdité est de supposer deux êtres éternels et nécessaires, indépendants l'un de l'autre.quant à l'existence, et qui cependant peuvent se gêner l'un l'autre, s'empêcher mutuellement d'agir d'une manière conforme à leur nature, se rendre réciproquement mécontents et malheureux. L'être éternel et nécessaire est donc essentiellement unique, indépendant, doué d'une puissance infinie, par conséquent du pouvoir créateur; alors il n'est pas plus besoin d'admettre deux principes que d'en admettre mille, puisqu'un seul suffit.
Une quatrième absurdité est d'imaginer du mal avant la création, lorsqu'il n'y avait encore aucun être auquel le mauvais principe put nuire.
AussiArchélaùs soutint contre Manès, qu'il est impossible qu'une substance soit essentiellement et absolument mauvaise, puisque le mal n'est rien de positif, mais seulement la privation d'un plus grand bien. Confér.
n. 16. Tertullien a fait ces mêmes arguments contre Hermogène et contre Marcion, et saint Augustin les a répétés.
2» Manès n'était pas moins ridicule lorsqu'il concevait le bon principe, comme une lumière, et le mauvais sous l'idée des ténèbres; la lumière est un corps; les ténèbres n'en sont que la privation. Pouvait-il dire par quelle barrière la région de la lumière avait été de toute éternité séparée de celle des ténèbres? comment les ténèbres, qui ne sont qu'une privation, avaient pu faire une irruption dans la légion delalumière? On concevrait plutôt que la lumière, par son mou-
vement, avait fait une irruption dans la région des ténèbres. Confér. d'Archélaiis, n. 21 et suiv.
Cet hérésiarque manquait de bon sens, lorsqu'il disait que les âmes ou les esprits sont des portions de lumière; ce seraient donc des corps.
L'esprit est un être simple et indivisible; il ne peut faire partie d'un autre esprit, ni, par conséquent, en sortir par émanation; il ne peut commencer d'être que par création. Le bon principe, être simple et nécessaire, a-t-il pu perdre une partie de sa substance, en laissant émaner de lui d'autres esprits ? S'il a le pouvoir créateur, tout autre pouvoir que le sien est inutile et absurde.
Les manichéens ne s'entendaient pas eux-mêmes, en soutenant que le mauvais principe a fait les corps. S'il ne les a pas tirés du néant, il faut que la matière dont il les a formés soit éternelle et voilà un troisième principe éternel. Les corps sont-ils, aussi bien que les âmes, des portions de lumière dérobées au bon principe ; où sont-ce des portions de ténèbres, qui ne sont qu'une privation ? Rien n'est plus ridicule que de regarder les corps comme essentiellement mauvais. Puisque le corps et l'âme de l'homme sont évidemment faits l'un pour l'autre, ils ne peuvent pas être l'ouvrage de deux principes ennemis l'un de l'autre; il en est de même de toutes les parties de l'univers; l'unité de plan et de dessein démontre évidemment l'action d'un seul Créateur intelligent et sage.
Confér. d'Archcl., n. 20.
3° Dans le système de Manès, les deux principes agissent d'une manière contraire :i leur nature, le bon principe est impuissant, timide, injuste, imprudent; le mauvais e-tplus puissant, plus sage, plus habile. Selon lui, avant la naissance du monde, la région de la lumière, séjour du bon principe, était de toute éternité absolument séparée de la région des ténèbres, habitée par le mauvais; le premier, craignant une irruption de la part de sou ennemi, lui abandonna une partie des âmes, aiin de sauve.
le reste. Mais ces âmes étaient une partie de sa substance, et n'avaient
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commis aucun péché ; c'était donc une injustice de les abandonner pour jamais à la tyrannie du mauvais principe. Y avait-t-il à craindre que des barrières éternelles pussent être rompues ? Ainsi, en refusant de reconnaître un Dieu, unique auteur du bien et du mal, on le suppose mauvais en toutes manières. Ibid., n. 24, 25, 26. Saint Augustin, de Morib. Munich., c. 12, n. 23, etc.
4° Dans ce même système, toute religion est inutile, est absurde, nous ne pouvons rien espérer de notre piété et de nos vertus, et nous n'avons rien à craindre pour nos crimes. Quoi que nous fassions, le Dieu bon nous sera toujours propice, et le mauvais principe nous sera toujours contraire.
Tous deux agissent nécessairement selon l'inclination de leur nature, et de toute l'étendue de leurs forces ; tout est donc la suite d'une nécessité fatale et inévitable. Or, dans l'hypothèse de la fatalité, il n'y a plus ni bien, ni mal moral ; il n'3 7 a plus que bonheur et malheur ; autant vaut supposer que tout est matière. Cette doctrine est destructive de toute loi et de toute société; ce n'est pas sans raison que l'on a regardé les manichéens comme des ennemis dont il fallait purger le moude. S'ils n'ont pas commis tous les crimes dont ils ont été accusés, ils n'ont pas agiconséquemment.
S Non-seulement il leur était impossible de prouver qu'il y a des substances absolument mauvaises par leur nature, mais ils étaient incapables de faire voir qu'il y a dans l'univers, tel qu'il est, plus de mal que de bien, et qu'à tout prendre, ce monde ne peut pas être l'ouvrage d'un Dieu bon. Puisqu'il s'ensuivait de leur doctrine que le mauvais principe a été plus puissant et plus habile que le bon, pourquoi a-t-il laissé subsister dans ce monde autant de lien qu'il y en a ? Il n'est pas moins difficile de concilier le bien qui existe avec la puissance et la malice du mauvais principe, que d'accorder le mal qui règne avec la puissance d'un Dieu bon.
6° Enfin, l'on demandait aux manichéens, puisque la même âme fait
tantôt le mal et tantôt le bien, par lequel des deux principes a-t-elle été créée ? Si c'est par le bon, il s'ensuit que le mal peut naître de la source de tout Lien; si c'est par le mauvais, le bien peut donc provenir du même principe que le mal : ainsi , la maxime fondamentale du manichéisme se trouve absolument fausse et entièrement détruite.
Il n'est donc pas étonnant que, dans la conférence avec Archélaùs, Manès ait été honteusement réduit au silence, et que ses disciples les plus habiles aient toujours été confondus par saint Augustin. C'est très-mal à propos que les censeurs des Pères de l'Eglise prétendent que l'on ne s'est pas donné la peine de réfuter les manichéens, et que l'on a trouvé qu'il était plus aisé de les punir.
Il est évident que Zoroastre, qui supposait que les deux principes avaient été créés par le temps sans bornes, ne pouvait satisfaire à la difficulté tirée de l'origine du mal. Avant de les créer, l'Eternel devait prévoir le mal qui résulterait de leurs opérations, et il devait s'abstenir plutôt de rien produire, que de permettre l'introduction du mal par la malice du mauvais principe. Bayle ne paraît pas y avoir fait altention(l).
Ce critique n'est pas mieux fondé à dire, qu'à la vérité le système de Manès est absurde en lui-même, et qu'il est aisé de le réfuter directement ; que néanmoins, dans le détail, il paraît mieux d'accord avec les phénomènes que le système ordinaire, et semble mieux résoudre les objections.
Déjà il est démontré qu'il n'en résout aucune et ne satisfait à rien ; et nous ferons voir que les Pères n'ont pas moins réussi à résoudre la grande
(1 } Bergier ne s'aperçoit pas ici qu'on peut retourner son argument en tant que s'adressant à Zoroastre contre la création de l'homme capable de malice en vertu de sa liberté. Qu'il s'agisse de l'homme ou d'Ahriman, la difficulté est la môme, pourvu qu'on dise, ainsi que le faisait Zoroastre, que si Âhriman était mauvais, c'est qu'il s'était rendu mauvais luimôme, après avoir étécràé bon, par Zérouane Akérène ou l'Eternel. Zoroautre ajoutait que ce mauvais redeviendrait bon, ce qui était, ah moins, une manière d'amoindrir la difficulté. Notre théologien a souvent de ces faiblesses d'argumentation, venant de sa tendance à attaquer.
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difficulté de l'origine du mal, qu'à réfuter directement le manichéisme.
Mais il est bon de considérer auparavant de quelle manière les philosophes du dernier siècle s'y sont pris, pour satisfaire à cette célèbre objection, et pour réfuter Bayle.
V. Manière dont le manichéisme a été combattu dans le dernier siècle.
Bayle était un adversaire assez redoutable, pour éveiller l'attention des meilleurs philosophes. MM. King Jacquelot, La Plaeette, Leibnitz, Le Gère, l e p è re Malebranche, ont exercé leur plume contre lui. M n'en est pas deux qui aient posé les mêmes principes, et, comme il arrive assez souvent, les questions accessoires qu'ils ont traitées ont presque toujours fait perdre de vue l'objet principal, il s'agissait de savoir si le monde, tel qu'il est, peut être l'ouvrage d'un Dieu tout-puissant et in>flnimentbon; nous sommes obligés d'abréger beaucoup le détail de cette dispute.
King, archevêque de Dublin, dans un traité de l'Origine du mal, posa pour principe que Dieu a créé le monde pour exercer sa puissance et pour communiquer sa bonté; mais qu'aucun objet extérieur n'étant bon par rapport à lui, les choses ne sont bonnes que parce que Dieu les a choisies. Il dit que Dieu a voulu exercer sa bonté, mais de la manière la plus conforme au dessein qu'il avait d'exercer aussi sa puissance, et que les maux physiques sont nécessairement attachés aux lois que Dieu a établies pour faire éclater cette puissance même. 11 conclut que la bonté de Dieu n'exigeait point qu'il créât un monde exempt de maux physiques, puisque cemonde possible n'aurait pas été meilleur à son égard que le nôtre. Il observe que le mal moral n'est qu'un abus que l'homme fait de sa liberté, et qu'il n'était pas meilleur par rapport à Dieu de prévenir cet abus que de le permettre ; qu'en le prévenant il se serait écarté du plan qu'il avait formé de conduire l'homme par le mobile des peines et des récompenses. An lien que Bavle et les manichéens affectent oVexagérer la quantité de mal physique et moral
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répandu sur la terre, King l'atténue autant qu'il peut, et fait à ce suiet plusieurs réflexions très-sensées.
Pour les réfuter, Bayle employâtes propres principes de son adversaire Puisque, de l'aveu de King, Dien à créé le monde, non pour son intérêt m pour sa gloire, mais pour communiquer sa bonté, il devait préférer 1 exercice de sa bonté à celui de si puissance; et puisque tout est égal* ment bon par rapport à lui, il devait choisir par préférence le plan, les loi», les moyens les plus avantageux aux créatures; c'est ce qu'il n'a pas fait Nous montrerons ci-après tesopàiswe renfermé dans cette réplique de Bayle.
Jacquelot, au contraire, dans « ouvrage intitulé : Conformité de ta foi et de la raison, posa pour principe qn« Dieu a créé l'univers pour sa gloire; conséquemment qu'il a créé l'homme libre, afin qu'il fut capable de glorifier Dieu et de le connaître par ses ouvrages; qu'un être intelligent et libre, étant le plus parfait ouvrage de Dieu, il manquerait quelque chose à la perfection de l'univers, si l'homme n'était pas libre et capable de produire le mal moral par l'abus de sa liberté. Il ajouta que la bonté de Dieu ne l'obligeait point à créer l'homme dans l'état des bienheureux, parce que c'est un état de récompense, au heu que celui des hommes sur la terre est un état d'épreuve.
Bayle répliqua, 1° que Dieu, trouvant en lui-même et dans ses perfections une gloire iniinie et un souverain bonheur, ne peut avoir créé le monde pour sa gloire ; qu'il l'a créé plutôt par bonté et pour avoir des êtres auxquels il put faire du bien.
2" Que l'on ne voit pas en quoi Je mal physique ni le mal moral contribuent a la perfection de l'univers ni à la gloire de Dieu; que, sans ôter »
l'homme sa liberté; Dieu pouvait lui faire éviter le mal moral ou le péché; que, puisque l'état des bienheureux' est plus parfait que le nôtre, Dieu pouvait plutôt y placer l'homme que dans l'état d'épreuve. Autre sophisme que nous aurons soin de relerer.
La Plaeette, dans un écrit intitulé, Réponse à deux objections de M. Bayle
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attaqua le principe de ce critique, et soutint qu'il n'est pas démontré que Dieu ait créé le monde uniquement par bonté et pour rendre ses créatures heureuses; que Dieu peut avoir eu des desseins que nous ignorons.
Comme Bayle mourut dans le temps que La Placette faisait imprimer son ouvrage, il n'eut pas le temps de répliquer; il aurait dit, sans doute, que les desseins que nous ignorons ne peuvent pas nous servir à expliquer ce que nous voyons, ni à résoudre une difficulté.
Leibnitz, pour attaquer Bayle, embrassa l'optimisme; il prétendit dans ses Essais de Tlicodicée, que Dieu, prêt à créer l'univers, avait choisi le meilleur de tous les plans possibles; que, quoique la permission du mal soit nécessairement entrée dans ce plan, cela n'empêche pas que, tout calculé, ce monde ne soit le meilleur de tous ceux que Dieu pouvait faire.
On ne peut pas dire néanmoins qui; Dieu a voulu positivement le mal moral, ou le péché; il a seulement voulu un monde dans lequel le péché devait entrer, et dans lequel ce mal serait compensé par les biens qui en résulteraient.
Nous ignorons ce que Bayle aurait répondu s'il avait encore été vivant; mais il est évident que l'optimisme borne témérairement la puissance de Dieu, en supposant qu'il n'a pas pu faire mieux qu'il n'a fait. Cette opinion donne encore atteinte à la liberté divine, en soutenant que Dieu a choisi nécessairement le plan qu'il a jugé le meilleur : d'où il résulte que tout est nécessairement tel qu'il est. Enfin, puisqu'il est impossible à l'esprit de l'homme de saisir le système physique et moral de l'univers dans sa totalité et. dans ses différents rapports, nous sommes incapables du juger si le tout est le mieux possible. Voy. Optimissie.
Le Clerc a eu recours à nn autre expédient; comme la plus forte objection de Bayle portait sur la longue durée du mal physique et moral dans ce monde, et sur leur éternité dans l'autre, Le Clerc, pour affaiblir cette difficulté, adopta l'origénisme; il prétendit, dans son Parrluisiana, que
les peines des damnés finiraient un jour; qu'ainsi les biens et. les maux de cette vie n'étaient que des moments destinés à élever enfin l'âme à la perfection et au bonheur éternel.
Bayle répondit que, si cette hypothèse diminuait la difficulté tirée de l'existence du mal, elle ne la détruisait pas; qu'il est contraire à la bonté de Dieu de conduire les créatures à la perfection par le péché, et au bonheur par les souffrances, pendant qu'elle pouvait les y faire parvenir autrement : il y a encore du faux dans cette réponse.
Dans le dessein de dissiper entièrement toutes les objections, le père Malebrancbe partit du même principe que Jacquelot; il dit que Dieu étant un Etre souverainement parfait, aime l'ordre, qu'il aime les choses à proportion qu'elles sont aimables, qu'il s'aime par conséquent lui-même d'un fcmour infini ; de là ce philosophe conclut que, dans la création du monde, Dieu n'a pu se proposer pour fin principale que sa propre gloire.
Il n'y aurait, dit-il, aucune proportion entre un monde fini quelconque et la gloire de Dieu, si, en le créant, Dieu ne s'était proposé l'incarnation du Verbe, qui donne aux hommages des créatures un prix infini. D'ailleurs, Dieu infiniment sage doit agir par des volontés particulières ; or, pour prévenir tous les péchés, il aurait fallu que Dieu interrompît les lois générales et suivit des lois particulières ; d'où l'on voit, qu'eu égard aux différentes perfections de Dieu, à sa bonté, à sa sagesse, à sa justice, il a fait à ses créatures tout le bien qu'il pouvait leur faire.
Ce système du père Malebranche fut attaqué par le docteur Arnaud.
Sans examiner les raisons qu'il y opposa, il nous parait dur de ne pouvoir répondre à des objections purement philosophiques et qui viennent nature] lementàl'esprit des ignorants, que par la révélation d'un mystère aussi sublime que celui de l'incarnation, et d'être obligés de savoir s'il fallait absolument le péché originel et ses suites, pour que le Verbe divin pût s'incarner. En second lieu , nous ne voyons pas en quel sens Dieu, en
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faisant des miracles, suit les lois générales qu'il a établies, et sur lesquelles est fondé l'ordre physique du monde ; il passe pour constant parmi les théologiens, que tout miracle est une exception ou une dérogation à ces lois. Nous voyons encore moins dans quel sens un plus grand nombre de grâces efficaces accordées aux hommes auraient interrompu le cours des lois générales. Entin cette hypothèse semble supposer, comme celle de Leibnitz, que Dieu a fait nécessairement tout ce qu'il a fait.
Nous l'exposerons et nous la réfuterons avec plus d'étendue au mot Optimisme.
N'y a-t-il donc pas une méthode plus simple derésoudreles objections des manichéens? Pour y satisfaire, les Pères de l'Eglise n'ont point eu recours à des systèmes arbitraires ; ils n'ont embrassé ni l'optimisme, ni la fatalité, ni l'hypothèse des lois générales. Bayle, à la vérité, a prétendu que si les Pères avaient eu à disputer contre des philosophes plus habiles que les manichéens, ils auraient eu de la peine à résoudre leurs arguments; nous soutenons, au contraire, qu'ils ont réfuté d'avance les sophismes de Bayle et desphilosophes de toutes les sectes : nous ignorons pourquoi les modernes n'ont pas trouvé bon de s'en tenir aux vérités établies par les Pères (1).
VI. Réponses des Pères de l'Eglise aux objections des manichéens. Il ne faut pas oublier ce que nous avons dit ci-devant, qu'avant Manès le système des deux principes avait été embrassé par la plupart des sectes de gnostiques; Valenlin, Basilide, Bardesanes, Marcion et d'autres, avaient fait les mêmes objections, et avaient été réfutés par les Pères. Tertullien, dans ses livres contre Marcion, l'auteur des Dialogues contre ce même hérétique, attribués autrefois à Origène ; Archélaùs, dans sa conférence avec Manès ; saint Augustin, dans ses divers ouvrages, etc., ont tous suivi la même méthode : ils ont posé deux
(1) Les observations de Bergier qui Tout suivre sur les réponses des Pères de l'Eglise vaudront mieux que ses attaques précédeates.
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maximes d'une vérité palpable, qui font disparaître les difficultés. Déji dans l'article Mal et ailleurs, nous en avons fait voir la solidité : nous sommes forcés de nous répéter en peu de mots.
1° Le mal n'est ni une substance, ni un être positif, mais c'est la privation d'un plus grand bien ; il n'y a dans le monde ni bien ni mal absolu ; ils ne sont tels que par comparaison.
Tout bien créé étant essentiellement borné, renferme nécessairement une privation ; il est censé mal en comparaison d'un plus grand bien, et il est mieux en comparaison d'un moindre bien. Puisqu'il n'est aucun être qui ne renferme quelque degré de bien, il n'en est aucun qui soit absosolument mauvais. Quand on dit qu'il y a du mal dans le monde, cela signilie seulement qu'il y a moins de bien qu'il pourrait y en avoir.
Lorsqu'on ajoute qu'un Dieu bon ne peut pas faire le mal, si l'on entend qu'il ne peut pas faire un bien moindre qu'un autre, cela est faux et absurde. Quand on affirme qu'il ne peut faire que du bien, si l'on veut dire qu'il ne peut faire que ce qui est le mieux possible, c'est une autre absurdité. Quelque bien que Dieu fasse, il peut toujours faire mieux, puisque sa puissance est infinie, le mieux possible serait l'infini actuel créé, qui renferme contradiction.
Saint August., 1. 3, de. Lib. arb. f c. 5, n. 12 et suiv, ; L. de Murib, Manich., c. 4, n. 6; Op. linperf., lib. 5, n. 58 et 60, etc.
Ce principe évident est applicable aux trois espèces de maux que distinguent les philosophes. Ils appellent man'imperfection des créatures; mais il n'en est aucune qui n'ait quelque degré de perfection : elle n'est censée imparfaite que quand on la compare à une autre qui est plus parfaite ; ainsi l'homme est imparfait en comparaison des anges, mais il est beaucoup plus parfait que les brutes; et dans la même espèce les divers individus sont plus ou moins parfaits les uns que les autres. L'imperfection absolue serait le néant, et il n'y »
point de perfection absolue que celle de Dieu.
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Aussi les philosophes qui se plaignent du mal qu'il y a dans le monde, entendent principalement par mal la douleur ou le mal-être des créatures sensibles. Or, quoiqu'un seul instant de douleur légère nous paraisse un mal positif et absolu, il ne nous ôte cependant pas le sentiment d'un bien-être habituel dont nous avons joui, ou dont nous espérons de jouir ; ce n'est donc pas un mal pur et sans mélange de bien ; c'est même un bien en comparaison dîme douleur plus longue et plus aiguë, et il n'est personne qui ne choisit l'un préfératlement à l'autre. Un mal pur pourrait-il être un objet de préférence?
Le bien-être ou le bonheur, le malêtre ou le malheur ne sont donc encore que deux termes de comparaison..
Un homme qui a vécu quatre-vingts ans, et qui n'a éprouvé dans toute sa "vie que quelques intants d'une douleur légère, est très-heureux en comparaison de celui qui a souffert plus longtemps et plus violemment ; il est certainement dans le cas de bénir et de remercier Dieu.
Lorsque Bayle et ses copistes ont osé soutenir qu'un seul instant de douleur légère est un mal pur, positif, absolu, une objection invincible contre la bonté de Dieu, ils se sont joué des termes. Quand ils ajoutent qu'un Dieu bon se doit à lui-même de rendre ses créatures heureuses, nous leur demandons quel degré précis de bonheur il leur doit, et quelle doit en être la durée; et nous les délions de l'assigner. Quelque heureuse que l'on suppose une créature sur la terre, elle pourrait l'être davantage, et elle sera toujours censée malheureuse en comparaison des bienheureux du ciel. Le bonheur de ceux-ci n'est absolu que parce qu'il est éternel; il pourrait augmenter, puisqu'il y a entre les saints divers degrés de gloire et de bonheur, et la félicité des uns a commencé plus tôt que celle des autres. Enfin, lorsque Bayle soutient qu'un Dieu bon ne peut conduire à ce bonheur éternel p-r un seul instant de souffrance, il c ' [iic directement le bon sens.
Si en aflirmant que Dieu doit nous
rendre heureux, l'on entend qu'il doit nous rendre contents, il ne tient qu'à nous de l'être. Un saint qui souffre se croit heureux, bénit Dieu, et se réjouit de son état; un épicurien se croit malheureux, parce qu'il ne peut pas goûter autant de plaisirs qu'il voudrait : que prouve la fausse idée qu'il se fait du bonheur?
Nous n'imitons point l'opiniâtreté des stoïciens, qui ne voulaient pas avouer que la douleur fût un mal, mais nous soutenons que ce n'est point un mal pur et absolu, qui rende l'homme absolument malheureux, qui lui ôte tout sentiment du bien-être, qui prouve de la part de Dieu un défaut de bonté envers les créatures.
La troisième espèce de mal, qui est le péché, ne vient point de Dieu, mais de l'homme; c'est l'abus libre et volontaire d'une faculté bonne et avantageuse. Ceux qui soutiennent que la liberté est un mal, un don funeste, puisque c'est le pouvoir de se rendre éternellement malheureux, en imposent; c'est aussi le pouvoir de se rendre éternellement heureux par la vertu. Celte faculté serait, sans doute, meilleure et plus avantageuse, si c'était le seul pouvoir de faire le bien ; mais le pouvoir de choisir entre le bien et le mal vaut certainement mieux que l'instinct purement animal des brutes; ce n'est donc pas une faculté absolument mauvaise. S. August.