‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 74 sur 114 · MIN · texte numérisé non relu

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Tentions contre l'Eglise, parce qu'elle n'a jamais touIu tolérer les hérétiques; nous ne doutons pas qu'à cet égard il n'ait encore eu le plus grand succès. Il a produit un autre effet que l'auteur ne préToyait peut-être pas; il a fourni aux incrédules une ample matière pour calomnier le christianisme dès sa naissance, pour prouver qu'immédiatement après la mort des apôtres, notre religion n'a eu pour défenseurs que des hommes crédules, mauvais raisonneurs, passionnés et fourbes, peu scupuleux en fait de fraudes pieuses, auxquels on ne peut donner aucune confiance. Si elle avait Dieu pour auteur, sans doute il ne l'aurait pas mise en de si mauvaises mains. Mosheim n'a pas pu dissimuler cette pernicieuse conséquence qui s'ensuit de la critique trop hardie des protestants. Inst.

Hist. christ., c. 5, p. 330.

Nous répétons souvent cette remarque, parce qu'elle met au jour la blessure profonde que la prétendue réforme a faite à la religion, et qu'elle prouve l'aveuglement dont l'hérésie ne manque jamais de frapper les esprits les plus éclairés d'ailleurs. Voyez Pères de l'Eglise, Hérétiques, etc. Bergier.

MANIFESTAIRES, secte d'anabaptistes qui parurent en Prusse dans le dernier siècle; on les nommait ainsi, parce qu'ils croyaient que c'était un crime de nier ou de dissimuler leur doctrine, lorsqu'ils étaient interrogés. Ceux qui pensaient au contraire qu'il leur était permis de 3a cacher, furent nommés clanculaires.

Voyez Anabaptistes.

Bergier.

MANIPULE. Voyez Habits sacerdotaux.

MANNE DU DÉSERT (1). Lorsque les Israélites, sortis de l'Egypte et

(1) La manne dont Dieu nourrit son peuple pendant quarante ans dans le désert, tombait la nuit ; elle était semblable à la graine de coriamlie, [Exod., c, 16.) ou à ces petits grains de gelée blanche que l'on voit sur la terre pendant l'hiver ; (Num., c. il, v. 21.) on en faisait des gâteaux qui avaient lo goût d'un pain pétri avec de l'huile et du miel. [Sap.j c. 16. J

arrivés au désert de Sinaï, furent pressés par la faim, ils murmurèrent, et se plaignirent de ne pas trouver de quoi manger. Nous lisons dans

On offrait au Seigneur de ces gâteaux, pétris à ]'liuile, ou frits dan* l'huile, on frottés d'huile: ce qui marque que c'est tout ce que les Israélites avaient da plus exquis. Encore aujourd'hui les Arabes, voisins de la Palestine, n'ont point de plus grand régal que du pain pétri avec de l'huife. (Voyages de Monronis, tom. I, p. 106.) Les gâteaux formés de manne, outre le goût d'huile, avaient encore celui du miel ; ce qui en luisait l'aliment le plus délicieux que les Hébreux connussent. Ainsi Dieu n'avait pas donné à son peuple une nourriture commune et grossière, mais une nourriture délicate, une nourriture dont ce peuple n'usait que daus ses festins, une nourriture qui était semblable à celle des princes et des grands ; car les termes hébreux, Lechem Abirim, du psaume 77, que la Vulgate a rendus par le pain des anges, peuvent être aussi traduits le pain des princes, des grands; et Symmaque l'a ainsi rendu en deux endroits.

Le Seigneur ne se contenta pas d'accorder un si grand bienfait à tous les Israélites; il voulut encore donner des marques particulières de bienveillance à ceux qui, parmi eux, méritaient singulièrement le nom de ses enfants par leur constante soumission à ses ordres. La manne prit pour eux les goûts qu'ils souhaitaient, et leur tint lieu de tous les aliments.

Mais comment, dira-t-on, la multitude des Israélites pour laquelle la manne était un manger délicieux, s'en lassa-t-ell-', et désira-t-elle si ardemment les oignons d'Egypte? Pourquoi ? parce que les hommes se dégoûtent bientôt des mets les plus exquis, dès qu'ils en font un usage journalier et continuel. Ne voii-on pas souvent des personnes, lassées de la meilleure chère, se régaler avec un morceau.de viande commune.

Si le dégoût des meilleurs mets est naturel dès qu'on en fait un usage continu, celui des Hébreux, qui ne vivaient que do manne et qui n'y trouvaient jamais que le même goût, est donc excusuble ? Point du tout; parce qu'il dépendait d'eux do participer au prodige qui diversifiait le goût de la manne pour un petit nombre de leurs frères, en imitant leur parfaite docilité.

Mais peut-on souhaiter avec tant d'empressement des oignons? cette plante ne paraît guère propre à faire naître de si ardents désirs. Nous répondons qu'il ne faut pas juger des oignons d'Egypte par les nôtres. La bonté de cette plante est proportionnée à la chaleur du climat bous lequel elle croit. M. Spon {Voyage de Grèce, t. 1.) dit qu'il a mangé en Grèce des oignons si excellents, qu'ils ne cédaient en rien aux meilleurs fruits de France. [Obs'rvations, liv. 3. c. 33.) BeW écrit que les grands seigneurs turcs sont tellement accoutumés a manger des oignons crus, qu'ils ue font point derepas qu'ils n'y eu mangent. Muis ceux d'Egypte sont bien supérieurs en bonté a ceux dont parlent ces deux voyageurs. Ecoutons M, Maillet, qui a été dix ans consul au Caire. Voici ses paroles : « Que vous » dirai-je de ces fameux oignons, autrefois si chers » aux Egyptiens, {Description d'Egypte, t. 2. i p. 103.) et que les Israélites regrettaient si fort » dans le désert, lorsque, sous la conduite de Moïse, » îls eurent passé la m»r Rouge? Us n'ont encore a certainement rien perdu aujourd'hui de leur » bonté, et îls sont plus doux qu'en aucun autre i lieu du monde. On en a quelquefois cent livres » pour dix sous, on les vend tout cuits au Caire ;

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\ Exode, c. 10, qu'il y eut le matin une abondante rosée autour de leur camp, et que l'on vit la terre couverte de grains menus, semblables à la gelée blanche. Voilà, dit Moïse aux Israélites, le pain ou la nourriture ■que Dieu vous donne. L'historien sacré ajoute que la manne ressemblait à la graine de coriandre blanche, et qu'elle avait le goût de la plus pure farine mêlée avec le miel. Il est dit Encore, Num., c. 11. f 7, que le peuple, après l'avoir ramassée, la broyait sous la meule, ou la pilait âans un mortier, la faisait cuire dans un pot, et en faisait des gâteaux qui avaient le goût d'un pain pétri à 1 huile.

Nous ne croyons pas qu'il soit fort nécessaire de disserter sur l'étymologie du nom hébreu man ; c'est un monosyllabe, mot primitif, qui, dans les langues anciennes et modernes signifie ce qu'on mange, la nourriture. A la vérité, Moïse, Exod., cap.

16. f 16, semble rapporter ce nom à fétonnement des Israélites, qui, voyant la manne pour la première fois, dirent man hu, qu'est-ce que cela? Mais le texte hébreu peut avoir un autre sens.

Quelques littérateurs ont voulu persuader que la manne n'avait rien de miraculeux, puisqu'il en tombe encore aujourd'hui, soit dans le désert de Sinaï, soit dans d'autres lieux

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» il y en a en si grands abondance qne toutes les » rues en sont remplies, a

• Les oignons de la Theasalie, ( Vouaoes Je » Broum dans In 7 hessalie, p. 98.) sont pins gros » que deux on trois des nôtres; ils ont un tien » meilleur goût, et l'odeur n'en est point du tout » desagréable. Quoique jo n'aimasse point les ■ oignons auparavant, cependant je trouvai ceux-là • tressons, et je sentis fort bien qu'ils tortillaient » tout à fait mon estomac. On en sert à la colla- < tion, et on ne fait point de difficulté d'en man»er 1 avec du pain, et mémo un assez grand nombre ' Je demandai à un chiaoux qui était avec moi 1 et qui avait presque été dans tous les pays des Jures, s'il avait jamais mangé d'aussi bons oignons que ceux do Tbessalie ; mais il no répondit que ceux d'Egypte élaienlencoro meilleurs. •0 qui me lit entendra pour la première lois I expression do la saint,' Ecriture, et ce qui m empêcha de m'éloonor davantage pourquoi les Israélites défraient si passionnément de manger des oignons de ce pays. . — ZUmfumÊ "•''7M.V. p-r .M. Iloll,,, t.i, JE. M , 3o . J , M9

«• C0U*StT,

Voyez aotie art. filA.Nsg.

L* Noia.

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1 Arabie. C est, disent-ils, une espèce de miel, et cette nourriture pouvait perdre sa vertu purgative dans les estomacs qui y étaient accoutumés

11 est évident que cette conjecture n est d aucun poids. Niébuhr, dans son T oyage d'Arabie, dit que Ton recueille a Ispahan, sur un petit buisson épineux, une espèce de mamie assez semblable à celle des Israélites mais elle n'a pas les mêmes propriétés, et ce voyageur n'en a point vu de telle dans le désert de Sinaï. On aurait beau chercher parmi toutes les espèces de manne connues, on n en trouvera aucune qui ressemble a celle que Dieu envoyait à son peuple; il en résultera toujours q«e celle-ci était miraculeuse.

En Orient et ailleurs, la manne ordinaire ne tombe que dans certaines saisons de l'année ; celle du désert tombait tous les jours, excepté le jour du sabbat, et ce phénomène dura pendant quarante ans, jusqu'à ce que les Israélites fussent en possession de la terre promise. La marne ordinaire ne tombe qu'en petite quantité et insensiblement, elle peut se conserver assez longtemps; c'est un remède plutùlqu'uue nourriture:

celle du désert venait tout d'un coup, et en assez grande quantité pour nourrir un peuple composé de près de deux millions d'hommes; nonseulement elle se fondait au soleiL mais elle se corrompait dans vingtquatre heures. Il était ordonné au peuple de recueillir la manne pour la journée seulement; d'en amasser pour chaque personne une mesure égale, plein un gonior, ou environ trois pintes, d'en recueillir le double la veille du sabbat, parce qu'il n'en tombait point le lendemain, et alors elle ne se corrompait point. Toutes ces circonstances ne pouvaient arriver naturellement.

C'est donc avec raison que Moïse fait envisager aux Hébreux cri le nourriture comme miraculeuse, leur dit qu'elle avait été inconnue à leurs pères, et que Dieu lui-même daignait laleurptvpaier. Bout, c.8, f 3. Aiivi Dieu ordonna d'en Cf/irserver dans un vase qui fut placé à coté de l'arche

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dans le tabernacle, afin de perpétuer la mémoire de ce bienfait.

Plusieurs interprètes ont pris à la lettre ce qui est dit de la manne dans le livre de la Sagesse, qu'elle avait tous les agréments du goût et toute la douceur des nourritures les plus excellentes, qu'elle se proportionnait à l'appétit de ceux qui en mangeaient, et se cbangeait en ce que chacun souhaitait. Sap., c. 16. fr 20. Mais, selon l'explication de Josèphe et d'autres commentateurs, cela signifie seulement que ceux qui en mangeaient la trouvaient si délicieuse, qu'ils ne désiraient rien davantage.

Ainsi, lorsque les Israélites en témoignèrent du dégoût, Num., c. 11.

t. 6; c. 21, y 5., ce fut par inconstance, par pur caprice, par un elïet de l'esprit séditieux qui leur était naturel.

Pour faire disparaître le miracle de la manne, un de nos célèbres incrédules a soupçonné que ce pouvait être du vin de cocotier, parce que dans les Indes il sort des bourgeons de cet arbre une liqueur qui s'épaissit parla cuisson, et se réduit à une espèce de gelée blanche. C'est dommage que cet arbre n'ait jamais crû dans les déserts de l'Arabie, et que le terrain sur lequel les Israélites ont habité pendant quarante ans ait toujours été absolument stérile., comme il l'est encore aujourd'hui ; il aurait fallu •des forêts entières de cocotiers pour nourrir pendant si longtemps environ deux millions d'hommes; et il est permis de douter si la gelée dont on nous parle est un aliment fort substantiel. On peut faire des conjectures et des suppositions tant que l'on voudra ; on ne nous fera jamais concevoir qu'un peuple immense ait pu vivre et se multiplier dans un désert pendant quarante ans autrement que par un miracle.

Il ne nous parait pas fort nécessaire de rassembler ici les fables et les rêveries que les rabbins ont forgées au sujet de \a manne. Voy. Bible d'Avignon, t. 2, p. 74.

Bergieh.

.MANNE (la) DES HÉBREUX. (Théol.

tnixt. Bcian. botan. éxêj.) — Nous n'a-

vonspas les mêmes tendances queBergier, et pourtant nous soutenons bien la même cause. Quel mal y aurait-il, par exemple, à ce que l'historien sacré, par une narration dans laquelle il fait partout intervenir' son Jéhovah pour inculquer àsonpeuplele monothéisme et les vertus que ce monotbéisme doit engendrer, eût donné à un fait naturel une couleur surnaturelle ? Est-ce que Dieu n'est pas partout dans la nature? Est-ce que tout ce qui s'y passe n'est pas providentiel et miraculeux? Quel mensonge peut-il jamais y avoir à faire intervenir la cause première, ainsi que le faisait Malebranche, dans le moindre de ses phénomèmes comme dans le plus merveilleux ? Que la destruction de Sodome par, le feu du ciel ait été, ainsi que nous le croyons, et ainsi que paraissent le démontrer les ruines qui nous en restent, produite par une éruption volcanique, en sera-cemoins une punition éclatante des villes coupables et un événement calculé par la Providence dans la profondeur de

sa sagesse ? Il en est de même

de la

manne : s'il nous était révélé par quelque découverte que ce fût un produit naturel du désert, cesserait-elle, pour cela, à nos yeux, d'avoir été une manifestation des attentions de Jéhovah envers le peuple que Moïse arrachait aux Egyptiens, et Moïse aurait-il eu tort de la donner comme ayant ce caractère en arrangeant son récit de manière à en faire un souvenir frappant pour les générations futures ?

Nous ne le croyons nullement. Il en serait de même aujourd'hui de celui qui raconterait, en style biblique, et en y faisant intervenir personnellement Jéhovab, les derniers événements qui ont renversé Napoléon III de son trône et de sa grandeur; les victoires foudroyantes de la Pïusse seraient une punition directement infligée à ce despote pour son coup d'^'at ; tous les maux et ton tes les humilia Lions quiontaccompagnéce coup défendre, seraient la punition de la France elle-même, sa complice puisqu'elle lui avaitdonné par trois fais huit millions de suffrages; et Jéhovah ferait luimême le tout par intei'veniioii surnaturelle de son bras puissant ; est-.ee

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