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que cette manière de raconter les faits dont nous avons été les lémoins serait mensongère? Nous sommes toujours dispose a accueillir une explication naturelle qu'on donnera, pourvu qu elle soit fondée; nous n'y voyons
aucun inconvénient ponr la religion et nous jugeons que ceux qui présentait de telles explications avec des intentions anti-religieuses perdent Lien leur temps et leur peine. Ces sortes d explications, quand elles sont appuyées sur des découvertes scientiliques, ne font à nos yeux qu'établir la vente des faits fondamentaux oui ont servi de base aux narrations ; et elles rendent par là le plus grand des services en concourant à réfuter les objections de la critique contre l'autlienticité des livres anciens. Quel avantage pourrait lutter contre ceim-la ?
Nous donnâmes, il y a quelques années, a un journal belge un feuilleton scientifique qui portait en titre Man-Hou? une plante nomade, et qui avait pour objet cette question de la manne des Hébreux, au point de Mie de la science pure; nous le donnons à lire après celui de Bergier qui précèdeon le trouvera, pour le moins, intéressant.
« Supposez, qu'une population de deux millions, acclimatée depuis plusieurs siècles dans un pays riche comme nos plus belles vallées, soit entraînée par un de ses frères à quitter ses foyers d'adoption, pour ces motifs : qu'elle est d'une race à part • quelle ne remplit, chez les étrangers qu'un triste rôle d'esclave et qu elle doit devenir un peuple libre, indépendant, autonome ; que d'autres terres^ dont elle fera plus tard la conquête, lui sont destinées, en vue fle ce résultat, par la Providence, et qu elle a pour mission de conserver dans un inonde déchu, la pureté dé Ja religion monothéiste primitive
» Supposez que ce frère, devenu déjà un grand chef en arrachant cette multitude à des dominateurs puissants, aussi bien qu'à tant d'affec- "?;i s contractées, la conduise au milieu d un désert pour la séquestrer de tout commerce avec les nations dont il entreprend de lui faire perdre
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les habitudes, les mœurs, les idées les préjugés, les superstitions lll souvenirs. ' es
» Supposez qu'il ait besoin, pour réaliser son plan de constitution d'un peuple nouveau, de lui imposer la misère des solitudes incultes pendant
quarante années, c'est-à-dire jusqu'à la formation d'une génération nonyelle qui ne puisse regretter avec autant de force les délices perdues, ne les ayant pas elle-même goûtées.
» ht supposez qu'en lin de compte cet homme réussisse.
» Quelle puissance en lui ! Ouelle patience chez cette population? Mais aussi que de peines, que de désespoirs, que de révoltes, que de mutineries, que de crises, que de sévérités nécessaires durant les attentes indéfinies de la terre promise'
» A vrai dire, je ne crois pas'qu'il y ait aujourd'hui une seule fraction du genre humain qui fut capable de résister à une telle épreuve, ni qu'il y ait eu, dans toute la durée des âges, plus d'un homme assez fort pour venir à bout d'une entreprise aussi difficile, aussi compliquée et d aussi longue baleine.
» C'est ce que lit Moïse il y a près de quatre mille ans.
» Quand vous entendrez, ce qui n est pas rare, ce qui m'arrive ebaquo jour, un lecteur de la Bible dire avec pitié que le peuple hébreu fut le dernier des peuples, demandez-lui, pour toute réponse, quelle serait, pendant quarante ans, d;.ns une position semblable, la contenance de deux millions de Français, hommes, femmes et enfants, arrachés aux fêtes de Paris ou aux vallons de Normandie ; et si le critique persiste à s'étonner de voir, dans le récit du Pentateuque, la foule qui suivait Moïse, ennuyée de sa manne et du régime que lui imposait son terrible sauveur, regretter parfois les légumes et les viandes de 1 Egypte, et ses splendides réjouissances autour des veaux d'or, vous aurez tout droit de le considérer comme un triste lecteur.
» Mais je viens de débuter par des réflexions bien éloignées du point scientifique que j'ai "dessein do traiter. Qu'importe? elles sont jetées,
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qu'elles restent; et maintenant venons à notre objet.
» Dans un des premiers jours de ces quarante années de vie nomade au milieu des déserts de la haute Arabie, voici qu'un matin, comme on commençait à s'inquiéter sur les moyens de se procurer de la nourriture, m on aperçoit une espèce de graine blanche ou blanchâtre qui couvrait, comme une épaisse rosée, toute la surface de la terre à l'entour du camp. On venait de quitter la septième station, et l'on était, ce jourlà, dans le désert de Sin... Man-hou?
s'écrièrent les premiers qui virent le prodige; et de cette exclamation est resté le mot mann ou manne, dont on continua d'appeler cette substance.
Or, man-hou signifie, en hébreu :
qu'est-ce que cela?... La manne était propre à faire du pain ; elle avait le goût de la farine pétrie avec du lait; elle couvrait les champs à l'aube du jour et fondait aux premiers rayons du soleil... Broyée, elle pouvait former une pâte et être cuite, nu être apprêtée de plusieurs manières en pâtisserie... ; elle ressemblait à la graine de coriandre et avait la couleur du bdellium... ; le peuple, en la broyant sous la meule, ou en la pilant dans le mortier, en faisait des tourteaux qui avaient le goût d'un pain azyme pétri avec de l'huile...; il en faisait aussi des gâteaux qu'on aurait pu croire faits de la plus pure farine mêlée avec du miel... et cette manne ne cessa de tomber pendant quarante ans (Exode et Nombres) ».
« Qu'était-ce, en réalité, que celte manne des Hébreux? Y a-til dans l'Orient des productions dont les propriétés soient en rapport avec la description de Moïse? Telle est la question que s'est posée M. le docteur O'Rorke ; et voici comment il l'a résolue après études sérieuses, dans une intéressante conférence à laquelle nous assistions il y a fort peu de temps.
» Le mot manne est employé dans nos langues d'Europe pour désigner un assez grand nombre de substances.
» La manne la plus connue est celle des pharmaciens, purgatif doux; elle n'est autre chose qu'une gomme su-
crée qu'on récolte en juin et en juillet, sur une espèce de frêne de la Sicile (le fraxinus ornus et rotundifolio). Cette concrétion de sève n'exsude pas seulement des frênes de Sicile ; la Calabre et l'Espagne possèdent aussi de ces sortes d'arbres, et les Espagnols ont tort d'en dédaigner les produits. Cette manne officinale ne saurait être celle qui servit de nourriture aux Hébreux ; elle n'en présente ni les propriétés externes ni surtout les propriétés internes.
» On a aussi appelé manne d'autres miels qui se concrètent sur les branches et sur les feuilles d'un assez grand nombre d'arbres ou de plantes, dont beaucoup sont encore mal déterminés. Le mélèze d'Europe (larix europeus), est un de ces arbres ; il fournit ce qu'on appelle la manne de Briançon. Le genévrier donne quelques grains d'une résine sucrée du même nom au haut de ses branches les plus élevées. Le pinus picea a, dans la Suède, la vertu d'en produire une semblable à son sommet.. Et l'Orient est surtout riche en végétaux producteurs de ces espèces de mannes : > on cite la manne du cèdre, appelée cédrine; celle d'une légumineuse nommée Yhedysarum alhagi; celle du chêne oriental , celle de l'asolepias proeera des Egyptiens, qui est farineuse; celle de Yapocynium de Syrie, qui contient aussi de la fécule, et, avant toute autre, celle du tamarix (le tarfa des Arabes).
» Toutes ces mannes, qui sont, au fond, de véritables miels, y compris celle du frêne de Sicile, se récoltent soit sur les feuilles des végétaux qui les exsudent, soit sur le sol au-dessous de ces mêmes végétaux, desquels elles tombent. Elles affectent deux formes différentes : avant le lever du soleil, on les trouve en grains assez analogues à ceux de la coriandre , et quelquefois tout à fait blancs; aux rayons du soleil, ces grains fondent et ne forment plus, ensuite, qu'un enduit miellé qu'on ne peut plus recueillir.
» Plusieurs auteurs en ont beaucoup parlé; tels sont Rauwolf, Gnielin, Niebuhr et surtout Burckardt. Ce dernier crut que la manne du Penta-
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teuque n'avait été que celle du tamaris. Il suivit, en cela, l'opinkm de M. Seetzen, qui avait, le premier, fait connaître ce produit aux Européens. Les Arabes lui ont conservé le nom de manne; et ce sont les Bédouins qui la consomment chaque année, en Afrique; ils la considèrent comme la meilleure friandise du pays.
» Il est établi, parles témoignages d Anstote , de Pline et d'Avicenne , que les anciens connurent ces diverses mannes sous les noms de rosée du ciel, miel de l'air, miel ou pain céleste, et crurent qu'elles tombaient du ciel comme une rosée qui se concrétait sur les végétaux. Ces auteurs ont paru accepter eux-mêmes ce préjugé, et Matthiole alla jusqu'à écrire que ces mannes étaient une salive ou un excrément des astres. Mais, en 15i3, Ange Palea réfuta toutes ces anciennes croyances par une expérience des plus simples et irréfutable qu'il fat sur les frênes de Sicile : il en recouvrit quelques-uns d'une toile blanche; et, la manne y étant apparue aussi bien que sur ceux qui étaient à découvert, sans que la toile eût rien perdu de sa netteté et de sa blancheur, on ne put douter, dès lors , qu'elle ne fut un produit du végétal lui-même.
» Ces miels de certains arbres peuvent-ils être considérés comme avant été cette manne qui nourrit les "Hébreux dans le désert, ainsi que l'ont dit plusieurs commentateurs après Burckardt? M. O'Rorke ne le peus,pas, à moins qu'on ne veuille les comprendre aussi, comme un accessoire dans le récit, à côté d'une autre production beaucoup plus importante et qui dut faire le fond de l'alimentation des tributs durant leur vie nomade. Voici ses raisons :
» Ces mannes ne se développent avec une certaine abondance quedjns les années pluvieuses. Dans la saison ou on les récolte, c'est-à-dire au mois de juin, juillet et août, elles n'acquièrent pas assez de solidité pour qu'il soit possible de les pulvériser et de les réduire en une farine propre à faire du pain. Celle du tamarix , dans les années favorables, ne se re-
cueille jamais en quantité suffisante la consommation qu'en fout les lj u !
dotnns, par exemple, ne va pas jusqu à trois cents kilogrammes. Le»
arbres n'en donnent que pendant un quart de l'année, et il est des années ou elles manquent complètement. Elles ne peuvent servir de fond a 1 alimentation, ce ne sont que des friandises. Aucun voyageur ne dit que les Orientaux en aient jainuis mangé en guise de pain dans leurs repas. Enfin, elles ne tombent pas da ciel, elles ne sont qu'une exsudation des arbres ou des plantes.
» Mais il est un autre produit de la nature, dans les plaines de l'Orient et ailleurs, qui lui parait avoir été la vraie manne des Hébreux pendant leur séjour dans le désert. C'est le lichen esculentas de Pallas, qui, d'après Acharius, appartient aux genres lecanora et parmelia.
» Ce lichen est une sorte de petit champignon appartenant au groupe, très-nombreux en espèces, des cryptogames sans racines, parasites seulement en apparence, vivant aux dépens de l'atmosphère et non des corps, soit rochers, soit terre, soit végétaux, auxquels ils adhèrent ou sur lesquels ils posent, se desséchant à la chaleur et reprenant vie dans l'air humide.
» Il contient une assez grande proportion de matière azotée et beaucoup de fécule. Quant on le broie sous sa dent, on lui trouve une certaine analogie avec le blé. Moulu, il donne une vraie farine propre à faire un pain nourrissant. 11 se présente sous la forme de grains anfractueux plus ou moins arrondis et sans aucun point d'attache ou d'adhérence ancienne à un autre corps. Il tombe, comme une grêle, dans la Perse, dans la Tartarie, dans presque tous les déserts de l' Asie-Mineure et même en Crimée. Il forme quelquefois, i terre, des couches de grains de plusieurs pouces d'épaisseur. Les tribus nomades le regardeut encore aujourd'hui comme uae manne, comme un pain céleste, que Dien leur envoie.
C'est, en effet, un aliment préiitjux dans le désert, qui y empêche souvent la famine. Les moulous en sont
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très-friands: tous les animaux le mangent et les hommes s'en nourrissent comme d'un véritable pain.
» Tous les lichens sont nourrissants. En Laponie, dans le Groenland et dans tous les voisinages des pôles, les hommes les mangent; il en est un appelé tripe de roche, qui sauva la vie à Franklin dans une de ses expéditions à la recherche du passage au nord-ouest. En Norwége, les lichens passent pour être un préservatif contre la lèpre ; cette maladie y attaque, dit-on, plus souvent ceux dont le poisson est la principale nourriture. Des auteurs ont même prétendu qu'un boisseau de poudre de lichen en vaut deux de farine de froment, assertion peu croyable. Il en est qui sont amers et fébrifuges; d'autres sont colorants; tous donnent delà fécule. Mais celui d'Orient dont il s'agit se distingue des autres par une manière de végéter toute particulière et fort intéressante.
» Il ne croît pas à terre; il tombe, comme une pluie, après avoir parcouru dans l'ail' une route inconnue, emporté par les vents à des distances énormes; et c'est dans sa course vagabonde qu'il atteint sa grosseur et son poids.
» D'où vient-il? on ne peut répondre à cette question que par la supposition suivante : les petits sporules microscopiques que l'on observe à sa surface, après une sorte de iloraison et de fructification parfaitement constatées, se dispersent dans l'air, sont portés par les vents sur les montagnes et dans leslieux favorables à leur développement; puis, lorsque ces germes reproducteurs auront acquis un commencement d'activité végétative, ils seront, de nouveau, transportés à travers l'espace, achèveront de s'accroître durant cette seconde transmigration , et iront tomber , comme nous l'avons dit , dans les plaines , où ils seront recueillis par les animaux et par les hommes.
» Ou bien encore, ces sporidies se développeront dans l'atmosphère aussitôt après leur premier enlèvement, pour aller tomber dans une autre contrée dès qu'elles auront acquis le poids suffisant.
* Qui eût dit qu'il existe dans la natm-edes végétaux errants, nomades comme les tribus elles-mêmes qui s'en nourrissent, et qu'il y a lieu, pour le naturaliste, de consacrer des études aux transmigrations des plantes, comme il en consacre aux transmigrations des poissons et des oiseaux?
» On conçoit que devant des conditions de végétation si mystérieuses, les habitants du désert, pour lesquels ce lichen est le plus précieux des produits dans toutes les circonstances critiques de leur vie errante, l'aient appelé le pain du ciel, la manne envoyée de Dieu et autres qualifications de même espèce.
» Ce n'est qu'aujourd'hui que l'idée vient à quelques esprits de retrouver, dans ce cryptogame féculent et amylacé, la manne antique de l'histoire sacrée, mais il y a déjà longtemps que ce produit ayait été révélé à nos savants d'Europe. Dès 1828, un général russe en envoya à M. Thénard un échantillon dont les grains étaient de couleur fauve. Cet échantillon provenait d'une pluie du lichen escidenius qui était tombée dans le voisinage du mont Ararat. M. Thénard le présenta à notre Académie des sciences.
» En 1845, une pluie du même genre tomba en Crimée, à Jénis- Béchir; le sol en fut couvert sur une épaisseur de trois à quatre pouces, et les habitants s'en nourrirent, au rapport du docteur Léveillé, durant plusieurs mois.
On récolte- aussi de ce lichen dans le Sahara algérien, et on l'y utilise, comme partout où il tombe, pour la nourriture des chevaux et des hommes. Les échantillons que nous en a montrés le docteur O'Rorke ont été recueillis par M. Bellesterot à Boghar, en Algérie. Déjà, M. Hardy, directeur du jardin de botanique d'Alger, en 1849, en avait envoyé à l'exposition un spécimen qui avait passé inaperçu. C'est le même qui est appelé en Arabie le takacnit, et il est connu en Algérie sous le nom de ouesseh el ard (excrément de la terre).
M. O'Rorke a vu d'autres échantillons du même cryptogame, dans une collection de matières médicales araibes, et leur a trouvé les mêmes pro-
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priètés. Il est probable, néanmoins, qu'il en existe plus d'une variété ; M. Guibourta comparé le lichen esculentus de Pallas, recueilli en Crimée en 18io, avec le lecaxora d'Arabie, et a constaté de légères différences entre l'un et l'autre.
» Ce curieux végétal, dontles grains les plus gros ont le volume d'un pois, a la cassure blancbe, la saveur fade avec quelque arôme de champignon, et contient une grande quantité d'oxalate de chaux. Un parmelia csculenta, tombé en Perse et analysé par M. Goessel 1 de Dorpat, en a donné, d'après M. Guibourt, près de 67 0[0, proportion énorme. Trituré ou moulu, nous avons dit qu'il dégage une farine avec laquelle on peut faire un vrai pain ; mis simplement à bouillir dans l'eau, il se gonfle peu et devient tendre, et, accommodé au lait ou au beurre, il forme un assez agréable aliment.
» N'est-ce pas là, conclut le docteur O'Rorke, cette manne des Hébreux qui les nourrit avec régularité, dans le désert, pendant quarante ans ? Il reste, cependant, ajoute-t-il, une difficulté : il est dit qu'elle fondait au soleil, ce qui n'a pas lieu pour celleci. Mais ne pourrait-on pas, dit-il, en terminant, trouver, dans les divers passages où l'historien sacré nous parle de la manne, une indication générale de deux substances qu'il n'aurait point distinguées parce que toutes deux semblaient tomber du ciel, à savoir la manne du tamarix, de l'alhagi et d'autres arbres ou plantes, qui fond au soleil et qui pouvait servir de condiment au pain de lichen, et ce lichen lui-même qui ne fond point au soleil, mais se récolle en tout temps et possède bien tous les autres caractères décrits par Moïse? On pourrait peut-être trouver quelques raisons d'une telle interprétation dans certaines différences de rédaction qui existent entre les divers textes du Pentateuque au sujet de la manne, et surtout dans quelques qualifications différentes que le même texte donne à cette nourriture; elle est indiquée, par exemple, dans l'Exode, comme ayant Je goût de la farine pétrie avec du
lait, et dans les Nombres, comme .
ayant le goût de la farine pétrie avec du miel. La première de ces saveurs pourrait indiquer le pain de lichen pur, et la seconde la saveur du tamarix ou le pain de lichen assaisonné de cette manne. D'ailleurs, est-il bien certain que le mot hébreu que l'on a traduit par fondre au soleil ait été exactement rendu.
» Nous venons d'exposer cet essai du docteur O'Rorke, bien plutôt pour avoir une occasion de faire connaître à nos lecteurs une des fantaisies les plus intéressantes de la végétation que pour leur présenter une explication de ce que fut, en réalité, cette manne dont parle Moïse. Nous croyons devoir rester, sur ce dernier point, dans le doute devant la science et dans la réserve devant la foi.
» Nous dirons cependant, pour assurer les âmes pieuses qui verraient, dans une telle explication, le rejet d'une intervention particulière de la Providence, que cette manière d'interpréter le texte sacré n'irait pas nécessairement jusque-là ;car le récit ajoute quelques circonstances naturellement inexplicables et qu'il suffit de conserver pour que celte intervention ne soit pas compromise. La manne, est-il dit, tomba régulière»
ment, chaque matin, pendant quarante ans, excepté le jour du sabbat, où il n'en tomln jamais ; celui qui eu ramassait pour plus d'un jour voyait se corrompre la portion réservée pour le second jour; au contraire, chacun en ramassait, la veille du sabbat, double provision, et jamais la portion destinée à la nourriture du jour de repos ne se corrompit. Il est évident que ces trois circonstances font tout le merveilleux de ce point de l'histoire sacrée, et nous trouverions même fort sensé le théologien qui s'empresserait d'admettre la marais naturelle du docteur O'Rorke pouï en tirer, d'une part, une confirmation nouvelle de la vérité de ces histoires antiques, sans leur enlever, d'autre part, le caractère surnaturel qu'il tiendrait à leur conserver.
» Quoi qu'il en soit de la question théologique qui ne nous concerne pas ici, nous conclurons scientifique-
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ment en disant que, si le fameux man-hoo prononcé dans le désert de Sin,il y a tantôt quatro mille ans, commence à s'éclaircir, il est encore loin de sortir complètement du mystère.
» En attendant, admirons l'infinie variété des productions de Dieu dans la nature, à l'occasion de cette plante nomade des déserts arabiques, où il semble que tout être ait pour destinée la vie errante. » Le Noie.
MANOU (le code de). (Théol. mixt.
et hist. relig. étr.) — Nous avons parlé, dans l'article Brahmanisme des lois de Manou, et en avons cité quelques passages qui nous étaient utiles pour concourir à établir une thèse.
Nous fîmes, il y a une trentaine d'années, une lecture de ce vieux livre sacré des Hindous qui est inférieur aux vedas à tant de points de vue et qui caractérise une époque moyenne de la civilisation brahmanique ; nous jetions, à mesure que nous lisions, quelque notes analytiques dans le genre de celles que nous avons données dans notre article Confucius.
Le lecteur ne sera peut-être pas fâché d'avoir ces notes ; elles équivaudront, à peu près, pour lui, à une lecture de ce livre sacré de l'Orient gangétique.Nous l'avertissons seulement de ne pas juger, dans son esprit, des autres livres, tels que les védas, par celui-là ; les védas, beaucoup plus an tiques, et plus poétiques contiennent des choses infiniment plus belles.
Nous empruntons ces notes au manuscrit, dont nous avons quelquefois parlé, intitulé les grands chefs.
Nous les laissons telles que nous les fimes.
On faitremonter au treizième siècle avant notre ère le livre indien qui a pour titre : Manava-darma-sastra ou livre de la loi de Manou, et cette upinion n'est pas sans probabilité ; ainsi pense M. de Chésy; William Jones assigne comme date de sa composition l'an 1280 ou l'an 880 avant Jésus-Christ.
Ce livre est postérieur aux védas, aux moins aux trois premiers, car il Mil.
cite, comme une grande autorité, la rig,le yadjour etlesàma; ilappartient au second âge de la poésie sanscrite, celui de l'invention des slokas par Valmiki.
Manou signifie, en sanscrit, Vhomme. Ce mot qui est resté le même en anglais, man, se compose de mana, penser, et de ou particule terminative marquant l'agent ; d'où il suit que l'élymologie de ce mot est : celui qui pense, le penseur, ou l'être qui pense.
Manou était-il le nom véritable de l'auteur du. livre, ou seulement le titre donné par l'auteur à son ouvrage, auquel cas, la loi de Manou signifierait la loi de l'homme, c'està-dire ayant l'homme pour objet, ou encore la loi du penseur, du sage, c'est-à-dire, donnée par le sage? Il est impossible, dans l'état actuel de la science, de répondre à cette question.
Les Indiens attribuent le manavadarma-sastra à un Manou. qu'ils surnomment Swayambhouva , c'est-àdire issu de l'être existant par lui-même.
Ils le disent fils de Brahma, ou même une personnification de Brahma et le père de la race humaine. Cette croyance est basée sur la légende de Manou qui sera racontée plus loin.
Les lois de Manou sont écrites en vers sanscrits et contiennent deux mille huit cent soixante-cinq slokas ou distiques.
Le texte de Manou est très-concis.
Plusieurs savants de l'Inde, parmi lesquels il faut mettre en première ligne Coullouka-Bhatta, l'ont accompagné de commentaires.
Un assez grand nombre des lois de Manou ne sont plus pratiquées. On explique ce relâchement en disant qu'elles étaient faites pour les trois premiers âges du monde, et qu'elles ne conviennent plus à l'âge présent.
Le premier livre est une cosmogonie, qui ressemble, mieux encore que celle du livre chinois des sorts et celle des védas, à un développement avec altération, de la cosmogonie de Moïse.
Le début est sublime :
« L'univers n'était que ténèbres, chaos...
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y> Le grand pouvoir, l'existant par lin-même, lui, que l'esprit seul peut concevoir, l'indécouvert et l'indécouvrable, etc., etc.
» Lui, l'esprit suprême, ayant résolu de faire sortir de sa propre substance corporelle les créatures diverses, il produisit d'abord les eaux et déposa en elles une semence productive, etc., etc. *
„oi C - T U }^ e ne vaut cependant pas celui du début de la Genèse :
» Dans le principe Dieu créa le ciel et la terre.
» Or, la terre était informe et nueet les ténèbres étaient sur la face dé 1 abîme; et l'esprit de Dieu était planant sur les eaux.
. . » Et Dieu dit : Que la lumière devienne, et la lumière devint
» Et Dieu vit que la lumière était bonne; et il divisa la lumière des ténèbres. »
Au reste l'Indien est de beaucoup supérieur à Hérodote qui écrivait en Grèce, à peu près huit siècles plus tard : *
. « Le principe de l'univers était un air sombre et tempétueux, un vent tait d un air sombre et d'un turbulent chaos.
» Ce principe était sans bornes, et n avait eu, pendant longtemps, ni limite, ni figure.
» Mais quand ce vent devint amoureux de ses propres principes, il en résulta une mixtion, et cette mixtion lut appelée déhi ou amour.
» Cette mixtion étant complète devint le commencement de toutes choses ; mais le vent ne connaissait point son propre ouvrage, la mixtion. Celleci engendra, à son tour, avec le vent son père, mot ou le limon, et de ce- Iiii-çi sortirent toutes les générations de I univers. »
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De la semence productive déposée dans les eaux par l'esprit suprême vint un œuf qui produisit Brahma, 1 tire suprême. Vichnou et Stva lui lurent adjoints. Et ainsi se réalisa la tnmourti de Brahma, Vichnou et
(1 est dit « que les eaux ont été le premier heu ou champ d'action de
l'esprit suprême, et que c'est do li que latraditionl'aaJpelécehiioS VÏÏirV 6 - «■."• (Naravana?
Brâhm nergie Cl ' éa *rice de
Biahma premier mâle, produit l ciel, la terre, l'atmosphère, les hait régions, etc. ' umt
» Et de l'âme suprême est tirée 1 intelligence manas-mens) qui exil et n'existe pas par rfle-minM
scient.!'?' el ' igenCe "'" ,a ™ « Lui, le suprême ordonnateur fit encore de sa substance une multitude de divinités inférieures avec des attributs actifs, et des âmes pures et une quantité de génies d'une grande perfection, et le sacrifice éternel
«1V1 i Û t Ura , du feu ' du vent et ^ lo r °, U l pl ï- et é,ernel Brahma, le Rig, e Yadjour, et le Sàma pour 1 accomplissement du sacrifice (I)
« Apprenez, nobies brahmanes que celui que le divin mâle (I>ouroucha), appelé Viradj , a produit, de lui-même, en se livrant à une dévotion austère, c'est moi, Manou, le créateur de tout cet univers »
Manou crée ensuite des saints emments, ou seigneurs des créatures ; et ceux-ci créent les éclairs, les loudres,les poissons, les oiseaux, etc .
longue énumératiou.
Les bestiaux, les animaux carnassiers, etc., sortent d'une matrice, les poissons et les reptiles d'un œuf, les insectes de la vapeur chaude, les végétaux d'un bourgeon, etc.
« Les animaux et végétaux ressentent le plaisir et la peina »
Ensuite la création se rendort dès que Manou se rendort dans lame suprême et dans une suprême quiétude ; et, après une autre période, tout recommence.
C'est ainsi que par un réveil et un repos alternatif l'être immuable fait revivre et mourir éternellement tout cet assemblage de créatures mobiles et immobiles.
(I) Dans cette Jocirioe paju]i£ciiqu«, lotirent sont reppro. liées et confundiiea o>s chose* Iresdisttnctes : ici c'en U rév-.-larino ,le< troi< première »édas qui est ideotiliée «ver Br.hma, par i lonn, le pnocipe mile et créateur. Mais le rentable «Ire éternel en nrehtaa par a bref, comme on ra 1* nlt plu» loin. (1874).
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Du premier Manou naissent sis autres Manous. C'est au septième Manou que se rapporte le déluge universel, dont voici la légende.
Un petit poisson apparaît à Manou, et lui demande de le transporter dans un fleuve. Manou satisfait son désir. Le même poisson lui apparaît de nouveau et lui dit : Transportezmoi dans un fleuve plus grand. Manou le fait encore. Dans une troisième apparition le poisson vient lui dire qu'il ne sera heureux que dans la mer. Manou l'y transporte. Dans la mer le poisson devient énorme, et, se montrant à Manou, pour la quatrième fois, il lui ordonne de construire un vaisseau, et d'y renfermer des graines de toutes les plantes, dés couples de tous les animaux, car, dit-il, la terre va être mondée par . les grandes eaux. Manou croit à la parole du poisson et construit son arche. Tout devient la vaste mer, et le vaisseau de Manou erre sur la surface, remorqué à la corne du poisson merveilleux. Enfin le vaisseau s'arrête sur le mont Himalaya, et Manou est le reproducteur du genre humain :
Le poisson était Brahmâ qui s'était incarné sous cette forme pour sauver Manou.
L'incarnation, qui vient d'être racontée, sous forme de poisson est la première des neuf incarnations de Brahmâ pour l'humanité ; et elle est attribuée à Vichnou.
Quand Brahmâ. se réveille, il produitl'éther; l'éther produit l'air; l'air produit la lumière ; la lumière produit l'eau; l'eau produit la terre, et ainsi de suite jusqu'au dernier produit. Cela se fait en des millions d'années, et c'est la. période d'un Manou.
Le brahmane a pour mission de s'absorber dans Brahmâ d'où sortent tous les êtres et où ils retournent.
Brahmâ ou Brahm, (par un a bref) nom neutre, est l'Eternel, l'Etre suprême.
Brahmâ, nom masculin est ce même
être se manifestant comme créateur.
Le Sraddha est une cérémonie religieuse qui a pour but de faciliter aux âmes des morts l'accès du ciel, et de les déifier dans l'empire des mânes.
Le second livre traite des sacrements et du noviciat.
Se conformer aux règles présentées par la révélation et la tradition a pour récompense la gloire daus ce monde et, dans l'autre, la félicité parfaite.
C'est l'espoir de la récompense qui est le premier mobile. Il y a donc égoïsme? Oui, mais il n'est pas facile de s'en dépouiller tout à fait.
L'autorité suprême est la révélation divine.
Le sacrifice se fait après le lever du soleil.
Les barbares, c'est-â-dire les habitants des pays où n'est pas la gazelle noire, sont indignes de sacritier.
Les sacrements (sanskaras) sont des cérémonies purificatoires particulières aux trois premières classes, ■ qui sont les brahmanes, les kchatryas et les vaisyas. Ce sont tous les hommes investis du cordon sacré.
Les principaux sacrements par lesquels ou initie les hommes, dès le ventre de leur mère, à l'état saint du hrahmane, sont la purification du fœtus par des offrandes au feu ; les cérémonies de la naissance ; celles de la tonsure; celles de i'investiture du cordon sacré; et enfin le mariage qui remplace, pour les femmes, l'initiation.
On doit choisir l'étoile sous laquelle on fait la cérémonie.
Manou règle dans les plus petits détails la conduite et les mœurs des initiés brahmanes. 11 y en a divers ordres. Chacun a sa manière de mettre son vêlement, son cordon, etc.
Il y a des doigts consacrés et d'autres qui ne le sont pas.
Le signe de dévotion correspondant à notre signe de croix consiste à incliner la tête en joignant les paumes des mains et les élevant jusqu'au milieu du front.
Aum est la syllabe sacrée, le nom
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de la Trimourti. A signifie Vichnou.
U, Siva. M, Brahma.
On sait qu'en hébreu Jéhovah signifie celui qui a été, qui est et qui sera, par une combinaison sublime des trois temps du verbe être : llava.
En récitant une prière on se décharge de ses fautes.
Les trois grands mots inaltérables Bkùur! Bhouvah! Shouar! précédés de aum et suivis de la savitri (hvmne au soleil) sont le moyen d'obtenir la béatitude éternelle.
« Celui qui répète cette prière pendant trois années ira trouver la divi-
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nitê, aussi léger que le vent. »
Les superstitions de ce genre abondent dans Manou.
« Le grand but, c'est d'être uni à
Brahma. Brahmana signifie cela. »
» Les soudras sont les maudits. Ils
ne sont point appelés à l'union avec
Brahma. »
Notez que les soudras, c'est le peuple.
« Partout où il n'y a ni vertu, ni richesse, ni zèle et soumission convenable pour étudier le véda, la saine doctrine ne doit pas y être semée, de même qu'une bonne graine dans un terrain stérile. »
Nous sommes loin de Koung-Feu- Tseu, et encore bien plus loin de 1 Evangile.
« Celui qui lit les védas sans permission descend au naraka. » (C'est le séjour infernal.)
« L'ambroisie est la nourriture des dieux. »
« Il y a trois naissances. La première dans le sein de la mère; la seconde dans l'investiture du cordonla troisième dans l'accomplissement du sacrifice. »
« Le brahmane novice doit s'abstenir de parfums, de mets savoureux, de femmes, etc., et même d'embrasser ou regarder une femme avec amour. »
« S'il perd la semence il porte atteinte à la règle de son ordre et il fera pénitence selon la formule. »
« Si l'accident lui arrive involontairement, il se purifiera selon la formule. »
« Il est dans la nature du sexe féminin do chercher ici-bas à corrom-
pre les hommes; c'est pour celle rai.
son que les sages ne s'abandonne* jamais aux séductions des femmes »
« Le vrai bien consiste dans 'la vertu, le plaisir et la richesse réunis. »
Singulière définition pour un sa^e « Pour le respect à l'égard de sa mère on obtient ce bas monde; à I égard de son père l'atmosphère; à 1 égard de son directeur, le monde céleste de Brakmà. »
u* 9$ u ï , qui acc omplit tout ce quia été dit s identifie avec Brahma. »
Le livre troisième traite du mariage et du devoir du chef de famille
« Après le noviciat le brahmane peut se marier. »
« Il doit choisir une femme de sa classe qui ne soit point sa parente au sixième degré ni au-dessous, qui soit bien faite, etc. »
« Un soudra nepeutprendre qu'une souclra. Ceux du deuxième rang peuvent choisir entre les femmes soudras ou celles de son rang; et ainsi de suite en remontant. Mais les classes élevées ne prennent que dans leur classe , au moins leur première femme. » r
Manou donne des règles pour les moments où l'on peut voir sa femme.
Il y a des jours proscrits, dont la plupart sont indiqués par la nature Il y a aussi des jours favorables à là procréation des lils et d'autres à celle des filles.
Au service des mânes et aux repas funèbres tous ne sont pas admis. La loi fait une longue énumération des qualités spirituelles et surtout corporelles que l'on doit y présenter.
Ici se déroule une* kyrielle de cérémonies extérieures, d'oblations, etc., pleine de singularités et mémo de puérilités et de sottises. On dirait
une ridicule imitation des pratiquai mosaïques . Mais ce qu'il faut reconnaître, c'est l'esprit de mortification et d'austérité qui y règne avec excès.
Le quatrième livre fraite des moyens de subsistance et donne des préceptes pour les brahmanes.
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Les brahmanes peuvent glaner, mendier, commercer, enseigner, etc.
Mais ils doivent garder du temps pour lire les védas. Celte lecture doit avoir lieu tous les jours, si ce n'est quelques jours défendus et en certains lieux.
Les védas sont le bréviaire des brahmanes.
Si une grenouille, un rat, etc., vient à passer, il faut suspendre la lecture.
Se lisent ici cinquante préceptes d'une singularité et d'une bêtise ineroyable. En voici deux ou trois échantillons : « Ne pas déposer l'excrément, pendant le jour, le visage tourné vers le sud... Ne pas uriner en regardant une feuille agitée par le vent....
Celui qui urine en face du feu, du scleil, de la lune, d'un réservoir d'eau, d'une vache, ou du vent, perd toute science sacrée. . . . Ne point parler avec une femme qui a ses règles. ..»
A toutes ces pratiques matérielles sont promises des récompenses dans cette vie et dans l'autre. « Celui qui les suit obtient la gloire d'être absorbé pour toujours dans l'essence divine.
C'est le dévot ascétique. »
Il y a aussi de bons préceptes de morale. Mais voici quelque chose d'une atrocité et d'une immoralité remarquable. « Si un homme ne laisse pas un fils pour accomplir aprèsluile service funèbre, les mânes de ses ancêtres sont précipitées du ciel en enfer. »
On lit cette sentence : « Celui qui accepte des lois d'un roi avide et transgresseur va successivement dans les vingt enfers dont suit rénumération.... »
Le cinquième livre porte des règles touchant l'abstinence, certaines cérémonies purificatoires et les devoirs des femmes.
Beaucoup d'aliments sont défendus, et grand nombre d'animaux sont déclarés impurs; ce ne sont pas, en général , les mêmes que ceux de la loi mosaïque. .
On indique des cérémonies, dans lesquelles le bain joue un grand rôle, destinées à purifier de souillures contractées volontairement ou involontairement. Le complice de la femme
adultère est soumis à une purification assez pénible qui dure trois jours, et il obtient ainsi son pardon.
« Une femme ne doitjamais se gouverner à sa guise; elle a toujours un maitre, ne serait-ce que le souverain. »
« Une femme vertueuse ne se remarie pas, elle pleure son époux. »
Il est dit beaucoup de choses trèsmorales sur la chasteté et les devoirs de la femme.
Le livre sixième expose les devoirs de l'anachorète et du dévot ascétique.
« Il ne doit manger que de ce qui croit naturellement. »
« Pendant l'hiver il doit s'exposer à la pluie. . . » Suivent beaucoup d'austérités auxquelles il doit se soumettre.
« Il doit renoncer à toutes ses passions. »
« Il doit vivre chaste comme un novice, etc. »
« Il doit ne parler que de l'être divin, m
« C'est ainsi qu'il arrivera à l'union avec Brahmâ. »
Ici est un magnifique passage sur la félicité qui résulte de la contemplation. de l'être divin que procure la vertu, et sur le mépris du corps et de ses passions.
« Que cette demeure, dit Manon, dont les os forment la charpente, à laquelle les muscles servent d'attache, enduite de sang et de chair, recouverte de peau, soumise à la vieillesse et aux chagrins, affligée par les maladies, en proie aux souffrances de toute espèce, unie à la qualité de passion, destinée à périr, que cette demeure humaine soit abandonnée avec plaisir par celui qui l'occupe...
de même qu'un arbre quitte le bord d'une rivière lorsque le courant l'emporte, de même que l'oiseau quitte un arbre suivant son caprice, de même celui qui abandonne ce corps par nécessité ou par sa propre volonté, délivré d'un horrible monstre, laissant à ses amis les bonnes actions, à ses ennemis les fautes, s'élève, dans une méditation profonde, jusqu'à Brahma qui existe de toute éternité. *
Ce livre, qui est la peinture de l'ascetique ou contemplateur de la divinité, est sulilime de pensée. On ne trouve nulle part, ailleurs, en dehors du christianisme, l'idée d'une perfection aussi grande. C'est le quiétisme poussé à l'excès quant à l'insensibilité vis-à-vis des choses terrestres, mais maintenu dans les limites de la morale, puisque la chasteté absolue y est conservée. Qui croirait que l'humanité antique eût trouvé dans ses instruits d'aussi belles choses? Il y a loin de l'Inde à la Grèce et à Rome. Quel dommage que des excès ridicules viennent déparer ces tableaux! Mais le christianisme seul devait mettre en harmonie 1 enthousiasme et la raison.
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On a remarqué un mot qui paraît autoriser le suicide. Qu'il s'agisse du suicide proprement dit, ou du suicide a petit feu par l'exagération de 1 austérité, ce mot vient à l'appui de la réflexion qui précède.
Manou dit qu'après avoir donné les règles de conduite du novice, do 1 homme marié, de l'anachorète et du dévot, il va donner celles des rois.
Le livre septième s'adresse aux rois et à la classe militaire.
Manou fait descendre les rois de la divinité, il en fait des dieux, même quand ils sont encore enfants.
Cette exagération ridicule remonte à la plus haute antiquité dans tout 1 Orient. La Ihble fuit exception, et ^Evangile encore mieux. Quant à Koiing-Fen-Tseu, on a remarqué un mélange de rationalisme et de superstition sous ce rapport.
Au reste, quand il s'agit de rappeler aux rois leurs devoirs, le bon sens du grand homme reparait dans sa splendeur.
« Le roi doit vénérer les brahmanes. »
« Le roi doit exécuter les lois. »
« Le roi doit protéger les bonscontre les méchants. »
« Avant de commander aux autres, >l faut s'être vaincu soi-même. »
« Le roi doit se modérer dans ses plaisirs, afin de ne jamais tomber dans 1 amour du plaisir. »
« Le roi doit être parfait de corps et d esprit. » l
« Le roi doit être brave, etc., etc. »» « Le roi doit être clément à l'écard du vaincu. »
Ifanou semontreaussi très-exigeant a 1 égard de la femme du monarque, il suppose qu'il eu a plusieurs. »
Il indique la ligne de conduite à suivre dans la guerre.
Il admet clans le gouvernement l'usage des espions, chose immorale dont il n ' est pag question dans Ja bible.
Le livre huitième regarde l'office des juges et les lois civiles et criminelles.
« Le roi doit examiner les cause»
ou en charger un brahmane. »
Règles diverses très-sages à suivre dans le jugement.
Menaces de rigoureux châtiments portés par Dieu dansl'autre vie contre les faux témoins.
Manou autorise le mensonge pour sauver la vie d'un homme qui n'a fait que la faute matérielle sans volonté ni préméditation (1).
Manou admet les épreuves par le feu, par l'eau bouillante, par le fer rouge. « Le feu, dit-il, ne brûlera pas celui qui dit vrai. »
Quand on pense que la société européenne du moyen âge a vécu si longtemps dans les mêmes superstitions en plein soleil évangélique, un les pardonne au vieux Manou.
Il promet l'enfer aux tyrans ; et, en ce monde, l'asservissement à leurs ennemis.
Il règle le tarif des honoraires des brahmanes.
Il dit positivement qu'on peut avoir plusieurs femmes.
La principale cérémonie du mai J iu'.' consiste dans sept pas que fo époux en se donnant la main. Au tième pas fait, le pacte est irrcvocab
Il y a des amendes auxquelles condamné celui qui présenterait au mariage une vierge polluée, ou qui la dirait telle sans pouvoirle prouver.
(l)On peutToir nu mM Mkjso.ngï IJ'IO nom MnJOD» 4 pou près de mtat, avir plm il'iio tLéolorioo,ptr •Mmpf», il. Mtrlijet. (I874.J
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Manou ne veut pas du mélange des classes.
Il porte des peines atroces contre l'adultère Par exemple, siune femme de famille distinguée est infidèle, elle sera dévorée par des chiens sur la place publique, et le complice sera brûlé vif sur un lit de fer.
La fornication par violence n'est punie que d'une amende; avec consentement elle n'est pas punie.
Celui qui souille de force une jeune fille par le toucher aura les deux doigts coupés; de gré, il paiera une amende. Si c'est une jeune fille qui en souille une autre, elle sera punie de l'amende et du fouet. Si c'est une femme, elle aura la tète rasée, les doigts coupés et sera dans cet état promenée sur un âne.
Celui qui lève le poing sur un brahmane aura la main coupée.
Un brahmane ne peut jamais être tué, quel que soit son crime. Il est seulement banni.
La femme du brahmane s'appelle brahmani.
Citons encore quelques lois pénales aussi ridicules que cruelles et entachées d'une sotte partialité de castes.
« Si un soudra s'asseoit àcôté d'un homme d'une autre classe, on lui fera une balafre au haut de la cuisse. S'il crache près de lui, on lui coupera les lèvres. S'il urine près de lui, on lui coupera l'urètre. S'il lâche un vent, on lui mutilera l'anus, etc. »
« Le soudra qui corrompt une femme d'une autre classe aura le membre coupé; si elle était gardée, il sera puni de mort. Si c'est un autre qu'un soudra, il aura la tête arrosée d'urine d'âne, etc. »
Les soudras étaient des esclaves.
lanou dit : » Uu soudra, bien qu'affranchi par son maître, n'est pas délivré de l'état de servitude, car cet état lui étant naturel, qui pourrait l'en affranchir? »
Quand on pense qu'Aristote a dit la même chose, on éprouve plus de pitié que de rancune pour le législateur indien.
Koung-Feu-Tseu ne parle pas d'esclavage. C'est une rencontre de la droite raison avec la révélation évangélique.
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Le neuvième livre contient de nouvelles lois civiles et criminelles, il détermine les devoirs de la classe commerçante et de la classe servile.
« Si les femmes n'étaient pas surveillées, elles feraient le malheur des familles, etc. »
Mcmou parait se défier beaucoup des femmes, injuste préjugé qui a réduit, dansl'Orient, à l'état d'instrument de plaisir, la partie de l'humanité la plus touchante, la plus douce, la plus digne d'amour et d'intérêt.
Est-il un être au monde dont on doive moins se délier que de la mère?...
[.'indissolubilité du mariage est déclarée, dans les lois de Manou, du côté de la femme, « Une femme ne peut être affranchie de la loi de son mari ni par vente, ni par abandon...
une seule fois une jeune fille est donnée en mariage... elle ne se mariera pas de nouveau si elle perd son mari... cependant si elle est jeune, elle peut épouser le frère de son mari mort.
» Quant au mari, il peut divorcer pour cause et prendre une autre femme. »
« Quand on n'a pas d'enfant, la progéniture peut être obtenue par l'union de l'épouse, autorisée par l'époux, avec un parent. Mais alors celui-ci ne doit engendrer qu'un seul fils. »
» Un homme de trente ans doit épouser une iillede douze ; un homme de vingt-quatre ans, une fille de huit. »
Le partage des successions est réglé dans les plus grands détails et avec assez de logique, d'après ce principe que le produit de la semence tombée dans un champ appartient au propriétaire du champ.
Manou énumère les filles esclaves avec les vaches , les juments, les chameaux, etc.
« Pour avoir souillé le lit de son maître, on imprimera sur le front du coupable une marque représentant les parties naturelles de la complice ; etc., etc., etc. »
On trouve, dans ce livre, des malé-
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pi
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dictions magiques à l'usage des brahmanes.
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