‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 79 sur 114 · V .la Synopse des Ont. sur ce passage · texte numérisé non relu

V .la Synopse des Ont. sur ce passage

Lorsque l'Eglise chrétienne prie contre ses persécuteurs et ses ennemis, elle ne demande pas à Dieu de les perdre pour toujours ou de les damner, mais de les convertir, ou par des châtiments exemplaires, ou par d'autres grâces efficaces. Voyez Imprécation. Mais elle a reçu de Dieu le pouvoir de les excommunier, ou de les rejeter entièrement de la société des fidèles jusqu'à ce qu'ils soient rentrés en eux-mêmes, qu'ils aient fait une pén ence proportionnée à la grièveté de leur crime, et qu'ils aient répavé le scandale qu ils ont donné. Voyez Excommimcxnoi >- Bebgibh.

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MARC (saint, disciple de sainl Pierre et l'un des quatre évangl listes. On croit communément mie ce saint était né dans la Cyrénaîque et qu'il était Juif d'extraction ; et l'on en juge ainsi, parce que son style est rempli d'hébraïsmes. Il n'est pa, certain qu'il ait été disciple immédiat de Jesus-Christ; on trouve plus probable qu'il fut converti à la foi par saint Pierre après l'ascension du Sauveur.

Eusèbe, llist. ecclés., liv. 2, c. 16 rapporte, d'après Papias et saint Clément d Alexandrie, que saint Marc composa son Evangile à la prière des fidèles de Rome, qui souhaitèrent d avoir par écrit ce que saint Pierre leur avait prêché, et il parait que ce fut avant l'an 49 de Jésus-Christ.

Quoiqu il ait écrit à Rome, on ne peut pas prouver qu'il l'ait composé en latin, comme quelques-uns l'ont pensé; les Romains parlaientpresque aussi communément le grec que leur propre langue. Comme il y a beaucoup de conformité entre l'Evangile de saint Marc et celui de saint Matthieu, plusieurs autres ont ju"-é que le premier n'avait fait qu'abréger le second; il y a cependant assez de différence entre l'un et l'autre, pour que l'on puisse douter si saint Marc avait vu l'Evangile de saint Matthieu lorsqu'il a composé le sien. Quoi qu'il en soit, on n'a jamais contesté dans l'Eglise l'authenticité de celui de saint Marc.

L'opinion constante des Pères a été que cet évangéliste alla prêcher dans sa patrie et en Egypte, entre l'an 49 de Jésus-Christ et lan 60, et qu'il établit l'église l'Alexandrie ; cette église l'a toujours regardé comme son fondateur. On prétend même qu'il y souffrit le martyre l'an 68; que l'an 310 l'on bâtit une église sur son tombeau, et que ses reliques y étaient encore au huitième siècle.

Depuis ce temps-là, l'opinion s'est établie que les Vénitiens les avaient transportées dans leurs lies, et l'on se ilatte encore de les posséder à Venise.

On y garde aussi, dans le trésor de saint Marc, un ancien manuscrit de l'Evangile de ee saint, que l'on croit

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être l'original écrit de sa propre main; il est, non sur du papier d'Egypte, comme les pères Mabillon et Montfaucon l'ont pensé, mais sur du papier fait de coton; c'est ce que nous apprend Scipion Mafféi, qui l'a examiné depuis, et qui était trèscapable d'en juger. Montfaucon a prouvé qu'il était en latin, et non en grec; d'autres disent qu'il est tellement endommagé de vétusté, et par l'humidité du souterrain où il est enfermé, que l'on ne peut plus en en déchiffrer une seule lettre.

Ce manuscrit fut envoyé d'Aquilée à Venise, dans le quinzième siècle.

En 1355, l'empereur Charles IV en avait obtenu quelques feuilles, qu'il envoya à Prague, où on les garde précieusement. Ces feuilles, jointes à celles qui sont à Venise, contiennent tout l'Evangile de saint Marc, elles sont aussi en latin. Voyez la Préface de D. Culmet sur VEvungile do saint Marc.

En parlant des liturgies, nous avons observé que celle qui porte le nom de saint Marc, et qui est encore à l'usage des cophtes, est l'ancienne liturgie de l'église d'Alexandrie, fondée par saint Marc. On ne doit donc pas en contester l'iiulhenticité, sous prétexte qu'elle n'a pas été écrite ni composée par cet évangéliste même.

Bebgier.

MARC (chanoines de saint). C'est une congrégation de chanoines réguliers, qui a été florissante eu Italie pendant près de quatre cents ans.

Elle fut fondée à Mantoue, sur la fin du douzième siècle, par un prêtre nommé Albei't Spinola. La règle qu'il lui donna fut successivement approuvée et corrigée par différents papes. Vers l'an 1450, ces chanoiues ne suivirent plus que la règle de saint Augustin.

Cette congrégation, après avoir été composée de dix -huit à vingt maisons d'hommes, et de quelques maisons de filles, dans la Lombardie et dans l'état de Venise, déchut peu à. peu.

En 1584, elle était réduite à deux maisons, dans lesquelles la régularité n'était plus observée. Alors, du consentement du pape Grégoire XIII, le

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couvent de saint Marc de Mantone, qui était le chef d'ordre, fut donné aux camaldules par Guillaume, duc de Mantoue, et la congrégation des chanoines iinit ainsi.

Bergieïi.

MARC (le pape). (Théol. hist. pap.) — « Cepape,ditM. Fritz, né à Rome, monta sur le siège apostolique après Sylvestre I or , le 14 février 336. Il ne régna que huit mois, et non, comme le disentPlatina, Anastaseetd'autres, deux ans, huit mois et vingt jours.

La lettre à saint Athanase et aux évêques d'Egypte qu'on lui attribue n'a aucune authenticité...

» Marc ordonna que le Symhole de Nicée serait chanté à la messe; c'est pourquoi dans le fameux ouvrage de J. Palatio (Gcsta Pontificum Romanorum a sancto Petro usque ad Innocentium IX, 4 vol. in- 4°, avec les portraits des Papes, édition de Venise, 1687), il est dit : ut Marcum a Marco non dignosceres, nid pontifex prœcederet Evangelistx. Quod laine pingant sine Evangetio, ex co est quod corde, non manu, sénat. Vel fidem feceritcompendiorem ut quid credas habeas vel post Evangelium, quod brevi conclusit Sysibolo.

» Miirc construisit deux basiliques, l'une sur la voie Ardéenne, l'autre sur le Palatin. Platina décrit les ornements et les dotations que ces deux basiliques reçurent de Constantin le Grand.

» On attribue à Marc la règle d'après laquelle c'est l'évèque d'Ostie qui consacre le Pape et porte le pallium. De fait la coutume est antérieure à ce Pape . »

Le Noia.

MARCA (Pierre de). (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Cet archevêque de Toulouse, après la mort de sa femme, auteur du livre assez connu de Concordia Sacerdolii et împerii, S. de libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ, était né à Gant, en Béarn,en 1594, devint archevêque en 1654, fut nommé archevêque de Paris en 1660, et mourut dans cette ville quelques jours après sa confirmation apostolique. Outre l'ouvrage que nous ve-

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nous de citer, Balnze a publié en 1681, à Paris, seize Opuscula de Pierre de Marco, et en 1688 sa Marca Hispanica , description historico -géographique de la Catalogne et du Roussillon. P. de Paget donna en 1699, ses Dissertai iones posthumx sacras et eccksiasticse.

Le Nom.

MARC-AURÈLE. (Théol. hist, biog.

etbibliog.) — Cet empereur romain né à Rome d'une famille espagnole en 121, et mort à Syrmium ou Vindobona, en 180, fut un stoïcien dévot envers la divinité, auteur d'un ouvrage, en 12 livres; ce sont des pensées morales adressées a lui-même, t àelç lauTÔv, qui sont pleines de si beaux sentiments et qui respirent une humanité si sincère qu'on ne peut les lire sans admirer et aimer l'auteur. Si Marz-Aurèle n'avait pas été un César, il n'eût été qu'un grand et aimable philosophe; mais qui jamais porta le manteau royal sans encombre pour sa vertu! Personne ne fut dans toute l'histoire, plus digne de le porter que Marc-Auréle, et cependant il le souilla d'une tache ineffaçable d'intolérance et de persécution à l'égard des chrétiens ; par ses ordres ou au moins -avec sa permission, eut lieu la persécution de Smyrne dans laquelle périt le vieux Polycarpe, condamné au feu, celle de Rome où le philosophe chrétien saint Justin paya de sa mort sa hardiesse dans sa seconde apologie, et celle de Lyon qui recommença trois années après que Marc-Aurèle avait ordonné de mettre tin à toute persécution à la suite de l'épisode de la Légion Fulminante, et dans laquelle l'évèque saint Pothin fut martyrisé.

Nous savons qu'on cherche pour lui des excuses dans les soulèvements fanatiques des peuples contre le christianisme auxquels ils attribuaient les malheurs de l'empire, et dans l'exaspération de ses préfets qui faisaient du zèle ; mais il n'y en a point en réalité. Si les faiblesses qu'on lui a également reprochées à l'égard des désordres de l'immorale Faustine et de son fils Commode auquel il eut le tort de laisser l'empire, peuvent en

admettre, l'intolérance religieuse que nous venons de signaler n'en admet aucune, et c'est un grand malheur pour la mémoire de ce philosophe si bon, qu'il ait été un empereur.

Le Noir.

MARCEL. (Théol. hist. pap.) - Deux Papes ont porté ce nom :

Marcel I (saint) fut le successeur immédiat de Marcelin, monta sur le siège pontifical après une vacance de quatre ans, et ne régna que pendant dix-huit mois, de 308 à 310. II est dit de lui dans le Liber pontificalis : Titulos inurbe constituit, quasi diœceses, propter Baptismum et Pœnitenliam multorum, qui convertebantur ex paganis, et propter sepulluram martyrum. Sous le tyran Maxence, il fut, à plusieurs reprises, dit-on, condamné par l'empereur au service des écuries. Le Liber pont, rapporte que la maison de la ipieuse veuve Lucine, où il avait demeuré pendant quelque temps, fut convertie en un oratoire.

Marcel II (Marcello Cervi.xj). « Né à Montépulciano, ditM.Schiôdl, aussi bien doué du côté de l'esprit et du savoir que du côté du cœur, bon, sage et modéré, il fut légat du Saint- Siège au concile de Trente, et à la mort du pape Jules III, fut élevé au Saint-Siège le 9 avril lb'55. Comme Adrien VI, il garda son nom (ce qui souleva les critiques habituelles de Sarpi) et il commençait à s'occuper de la grande afiaire de la réforme de l'Eglise, lorsque, vingt-deux jours après son élection, il mourut à la suite d'une maladie contractée durant les cérémonies et les fonctions de la semaine sainte et de la solennité pascale. •

Le Nom.

MARCELIN(saint).(r/i^./iis<.pao.j — Ce Pape, Romain de naissance, fut le successeur de Caïus en 206. « Soa histoire, dit M. Schrôdl, a été déligiirée jusque dans ces derniers tci et presque tout ce qu'on en avait dil était faux. D'abord on a coiifi Marcelin avec son successeur Marcel, quoiqu'ils soient très-nettement dis-

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tîrigués l'un de l'autre dans la chronique qui porte le nom dupapeDamase, et qui fut rédigée sous le pontificat du pape Libère, de même qu'ils le sontpar Optât de Milève, par saint Augustin, etc., etc. « En second lieu on a faussement attribué à Marcelin des décrétales dont il n'est pas l'auteur.

En troisième lieu on le fait mourir martyr, ce qui est douteux, car il n'existe pas d'actes authentiques d'un martyr de ce nom et Pagi ( 1) de même que Papebrock (2) ont d'autres motifs encore d'en douter. Enfin, la prétendue histoire de la chute et de la pénitence de Marcelin n'est qu'une fable.

On raconte que Marcelin, durant la persécution de Maximilien et de Dioclétien, ébranlé par des menaces, olfrit de l'encens aux idoles, mais se repentit bientôt de sa faiblesse et subit le martyre. On ajoute que peu après la chute de Marcelin il se réunit dans la ville de Sinuessa, en Campanie, un grand concile de 180 à 300 évoques, et que Marcelin avoua sa faute en se présentant au concile la tête couverte de cendres et le corps revêtu d'un cilice. Or ce furent principalement les Donatistes qui mirent cette fable en circulation, comme on peut s'en convaincre dans saint Augustin (3), qui répondit au Donatiste Pétillien :

« Est- il nécessaire de justifier les Papes des incroyables calomnies que Pétillien entasse contre eux? Il accuse Marcelin et son prêtre Melchirades, Marcel et Sylvestre, d'avoir livré les saintes Ecritures et offert de l'encens aux idoles. Est-ce qu'il prouve tout cela par des documents? etc., etc. »

Quant aux actes du prétendu synode de Sinuessa, on n'a plus aujourd'hui aucun doute sur leur fausseté; ils sont seulement très-anciens, puisque le pape Nicolas I er en parle déjà. »

Marcelin mourut en 304.

Le Nom.

MARCELLIENS, hérétiques du quatrième siècle, attachés à la doctrine de Marcel, évêque d'Ancyre, que l'on accusait de faire revivre les erreurs

(1) Breu. Iï. P.

(ï) Conat. Chron. hist. ad Calai. Pontif., ds «int Marcell. in Propyl. ad Majum.

(3) L. I, de Unico Ùapi., c. 16.

de Sabellius, c'est-à-dire de ne pas distinguer assez les trois personnes de la sainte Trinité, et de les regarder ' seulement comme trois dénomina- ' tions d'une seule et même personne divine.

Il n'est aucun personnage de l'antiquité sur la doctrine duquel les avis aient été plus partagés que sur celle de cet évêque. Comme il avait assisté au premier concile de Nicée, qu'il avait souscrit à la condamnation d'Arius, qu'il avait même écrit un livre contre les défenseurs de cet hérétique, ils n'oublièrent rien pour défigurer les sentiments de Marcel, et pour noircir sa réputation. Ils le condamnèrent dans plusieurs de leurs assemblées, le déposèrent, le firent chasser de son siège, et mirent un des leurs à sa place. Éusèbe de Césarée, dans les cinq livres qu'il écrivit contre cet évêque, montre beaucoup de passion et de malignité ; et c'est dans cet ouvrage même qu'il laisse voir à découvert l'arianisme qu'il avait dans le cœur.

Vainement Marcel se justifia dans un concile de Rome, sous les yeux du pape Jules, l'an 341, et dans le concile de Sardique, l'an 347 ; on prétendit que, depuis cette époque, il avait moins ménagé ses expressions, et mieux découvert ses vrais sentiments. Parmi les plus grands personnages du quatrième et du cinquième siècle, les uns furent pour lui, les autres contre lui. Saint Athanase même, auquel il avait été fort attaché, et qui, pendant longtemps, avait vécu en communion avec lui, parut s'en retirer dans la suite, et s'être laissé persuader par les accusateurs de Marcel.

Tout ce que l'on peut dire, c'est que, dans la fermentation qui régnait alors entre tous les esprits, et vu l'obscurité des mystères sur lesquels on contestait, il était très-difficile à un théologien de s'exprimer d'une manière assez correcte pour ne pas donner prise aux accusations de l'un ou de l'autre parti. S'il ne fut pas prouvé très-clairement que le langage de Marcel était hérétique, on fut du moins convaincu que ses disciples et ses partisans n'étaient pas orthodoxes,

Photin, qui renouvela réellement l'erreur de Sabellitis, avait été diacre de Marcel, et avait étudié sous lui :

l'égarement du disciple ne pouvait manquer d'être attribué au maître. Il est donc très-difficile aujourd'hui de prononcer sur la cause de ce dernier.

Tillemont, après avoir rapporté et pesé les témoignages, n'a pas osé porter un jugement, t. 6, page 503 et suiv. Voy. Photiniens.

Bergier.

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MARCION. (Thœl hist. biog. et 6». bhog.) - V. Marcionites.

MARCHANT (Jacques). (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Cet auteur ecclésiastique, Belge, né dans la principauté de Liège, vers 158o, et mort, curé et doyen de Couvin (même principauté) en 1048. se distingua, ainsi que son frère Pierre, récollet, par sa science et sa piété. « On estime encore, dit l'Encyclopédie catholique, son Hortus pastorum, ouvrage savant, quoique d'une critique peu sévère, édifiant et utile et où il y a des choses sérieuses qa'il serait difficile de trouver ailleurs, et quelques autres traités recueillis en un vol. in-fol. col.

163S. » Recommandé par saint Vincent de Paul comme un excellent moraliste, dont le mérite principal consiste dans une grande utilité pratique, Marchant n'est point un théologien didactique ; c'est un catéchiste qui explique tout avec une simplicité délicieuse; c'est aussi l'orateur éloquent; c'est enfin le pasteur abondant en histoires intéressantes. On a de lui : Hortus pastorum; Tubasacerdotalis; Candelabrum mysticum; Virga Aaronis florens; Resolutiones quxstionum pastoralium.

M. L. Vives a publié les œuvres de Jacques Marchant sous les titres suivants : Le Jardin des pasteurs, Traité de la foi, de V espérance et de la charité; La trompette sacerdotale, Traité des sept péchés capitaux; Le Candélabre mystique, Traité des sept sacrements; La Verge d'Aaron, ou Direction de la vie sacerdotale; La Pastorale, Méthode de catéchisme, œuvres mêlées; Cas de conscience, traduit en français pour la première fois avec le texte latin au bas despages, par M. E. Bcrton, et M. l'abbé Aut. Ricard, 9 volumes in-8°.

Le Xoir.

MARCIONITES, nom de l'une de»

plus anciennes et des plus pernicieuses sectes qui soient nées dans lEglise au second siècle. Du temps de saint Epiphane, au commencement du cinquième, elle était répandue dans l'Italie, l'Egypte, la Palatine.

la Syrie, l'Arabie, la Perse et ailleurs mais alors elle était réunie à la secte des manichéens par la conformité des sentiments.

r Marcion, auteur de cette secte, était de la province du Pont, lils d'un saint évèque, et dès sa jeunesse il lit profession de la vie solitaire et ascétique; mais ayant débauché une vierge, il fut excommunié par son propre père, qui ne voulut jamais le rétablir dans la communion de l'Eglise, quoiqu'il se fût soumis à la pénitence. C'est pourquoi ayant quitté son pays, il s'en alla à Rome, où il ne fut pas mieux accueilli par le clergé. Irrité de la rigueur avec laquelle on le traitait, il embrassa les erreurs de Cordon, y en ajouta d'autres, et les répandit partout où il !

trouva des auditeurs dociles : on croit que ce fut au commencement du pontificat de Pie I", vers la cinquième année d'Antonin le Pieux, la cent quarante-quatrième ou cent quarantecinquième de Jésus-Christ.

Entêté, comme son maître, de la philosophie de Pythagore, de PlatoD, des stoïciens et des orientaux, Marcion crut comme lui résoudre la question de l'origine du mal, en admettant deux principes de toutes choses, dont l'un, bon par nature, avait produit le bien, l'autre essentiellement mauvais, avait produit le mal.

La principale difficulté qui avait exercé les philosophes, était de savoir comment un esprit, tel que l'âme humaine, se trouvait renfermé dans un corps, et assujetti ainsi à l'ignorance, à la faiblesse, à la douleur; comment et pourquoi le Créateur des esprits les avait ainsi dégradés. La révélation, qui nous apprend la chute du premier homme, ne paraissait pas résoudre assez la difficulté, puisque Je premier homme

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lui-même était composé d'une âme spirituelle et d'un corps terrestre; d'ailleurs, il semblait qu'un Dieu tout-puissant et bon aurait dû empêcher la chute de l'homme.

Les raisonneurs crurent mieux rencontrer, en supposant que l'homme était l'ouvrage de deux principes opposés, l'un père des esprits, l'autre créateur ou formateur des corps.

Celui-ci, disaient-ils, méchant et jaloux du bonheur des esprits, a trouvé le moyen de les emprisonner dans des corps : et pour les retenir sous son empire, il leur a donné la loi ancienne, qui les attachait à la terre par des récompenses et des châtiments temporels. Mais le Dieu bon, principe des esprits, a revêtu l'un d'entre eux, qui est Jésus-Christ, des apparences de l'humanité, et l'a envoyé sur la terre pour abolir la loi etj.es prophètes, pour apprendre aux hommes que leur âme vient du ciel, et qu'elle ne peut recouvrer le bonheur qu'en se réunissant à Dieu ; que le moyen d'y parvenir est de s'abstenir de tous les plaisirs qui ne sont pas spirituels.

Nous montrerons ci-après les absurdités de ce système.

Conséquent m eut Marcion condamnait le mariage, faisait de la continence et de la virginité nn devoir rigoureux, quoiqu'il y eût manqué luimême. Il n'administrait le baptême qu'à ceux qui gardaient la continence; mais il soutenait que, pour se purifier de plus en plus, on pouvait le recevoir jusqu'à trois fois. Ou ne l'a cependant pas accusé d'en altérer la forme, ni de le rendre invalide. Il regardait comme une nécessité humiliante, le besoin de prendre pour nourriture des corps produits par le mauvais principe ; il soutenait que la chair de l'homme, ouvrage de cette intelligence malfaisante, ne devait pas ressusciter; que Jésus-Christ n'avait eu de cette chair que les apparences; que sa naissance, ses souffrances, sa mort, sa résurrection Q avaient été qu'apparentes. Selon le témoignage de saint Irénée, il ajoutait que Jésus-Christ, descendu aux enfers, en avait tiré les âmes de Uni, de3 sodomites et de tous les pécheurs, parce qu'elles étaient

venues au-devant de lui, et que sur la terre elles n'avaient pas obéi aux lois du mauvais principe créateur; mais qu'il avait laissé dans les enfers Abel, Noé, Abraham et les anciens justes, parce qu'ils avaient fait le contraire. Il prétendait qu'un jour le Créateur, Dieu des Juifs, enverrait sur la terre un autre Christ ou Messie pour les rétablir, selon les prédictions des prophètes.

Plusieurs marcionites, pour témoigner le mépris qu'ils faisaient de la chair, couraient au martyre, et recherchaient la mort ; on n'en connaît cependant que trois qui l'aient réellement soufferte avec les martyrs catholiques. Ils jeûnaient le samedi, en haine du Créateur, qui a commandé le sabbat aux Juifs. Plusieurs, à ce que dit Tertullien, s'appliquaient à l'astrologie judiciaire; quelques-uns eurent recours à la magie et au démon, pour arrêter les effets du zèle avec lequel Théodoret travaillait à la conversion de ceux qui étaient dans son diocèse.

Le seul ouvrage qui ait été attribué à Marcion, est un traité qu'il avait intitulé, Antithèses ou Oppositions ; il s'y était appliqué à faire voir l'opposition qui se trouve entre l'ancienne loi et l'Evangile, entre la sévérité des lois de Moise et la douceur de celles de Jésus-Christ ; il soutenait que la plupart des premières étaientinjustes, cruelles et absurdes. Il en concluait qne le Créateur du monde, qui parie dans l'ancien Testament, ne peut pas être le même Dieu qui a envoyé Jésus-Christ; conséquemment il ne regardait point les livres de l'ancien Testament comme inspirés de Dieu.

De nos quatre Evangiles, il ne recevait que celui de saint Luc, encore en retranchait-il les deux premiers chapitres qui regardent la naissance de Jésus-Christ; il n'admettait que dix des épitres de saint Paul, et il en ôtait tout ce qui ne s'accordait point avec ses opinions.

Plusieurs Pères du second et du troisième siècle ont écrit contre Marcion; saint Justin, saint Irénée, un auteur nommé Modeste, saint Théophile d'Antioche, saint Denis de Corinthe, etc. ; mais un grand nombre

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de ces ouvrages sont perdus. Les plus complets qui nous restent sont les cinq livres de Tertullien contre Marcion, avec ses traités de Carne Christi et de Resurrectione carnis ; les dialogues de recta in Deum fide, attribués autrefois à Origène, mais qui sont d'un auteur nommé Adamantius, qui a vécu après le concile de Nicée. Origène lui-même, dans plusieurs de ses ouvrages, a relevé les erreurs de Marcion, mais en passant, et sans attaquer de front le système de cet hérétique.

Bayle, dans l'article marcionites de son Dictionnaire, prétend que les Pères n'ont pas répondu solidement aux difficultés de Marcion, et il cite pour preuve les réponses données par Adamantius et par saint Basile, à une des principales objections des marcionites. Nous les examinerons ciaprès ; mais il ne parle pas des livres de Tertullien, et il est forcé d'ailleurs de convenir qu'en général le système de Marcion était mal conçu et mal arrangé. Dans l'article Manichéisme, nous avonsfait voir que les Pères ont réfuté solidement les objections des manichéens, qui étaient les mêmes que celles des marcionites ; mais il est bon de voir d'abord de quelle manière le système de ces derniers est combattu par Tertullien.

Daus son premier livre contre Marcion, ce Père démontre qu'un premier principe éternel et incréé est souverainement parfait, par conséquent unique"; que la souveraine perfection découle évidemment de l'existence nécessaire; qu'il n'y a pas plus de raison d'admettre deux premiers principes que d'en admettre mille. Il fait voir que le Dieu supposé bon par Marcion, ne l'est pas en effet, puisqu'il ne s'est pas fait connaître avant Jésus-Christ; qu'il n'a rien créé de ce que nous voyons ; que, selon le système de Marcion, ce Dieu a très mal pourvu au salut des hommes; qu'il a laissé captiver les esprits, dont il était le père, sous le joug du mauvais principe, et a laissé celui-ci faire le mal, sans s'y opposer ; qu'il est donc impuissant ou stupide. Bayle lui-même a fait cette

dernière réflexion contre le principe prétendu bon des manichéens.

Dans le second livre, Tertullien prouve que Dieu, tel que les livres de l'ancien Testament nous le représentent, est véritablement et souverainement bon ; que sa bonté est démontrée par ses ouvrages, par sa providence, par ses lois, par son indulgence et sa miséricorde envers les pécheurs, même par les corrections paternelles dont il use à leur égard, et par la sagesse des lois de Moise, que Marcion censure mal à propos. Il est donc faux que l'ancien Testament ne soit pas l'ouvrage d'un Dieu bon, et que celuici ne soit pas le Créateur.

Dans le troisième, Tertullien fait voir que Jésus-Christ s'est constamment donné comme envoyé par le Créateur, et non par un autre; qu'il a été ainsi annoncé par les prophètes; que sa chair, ses souffrances, sa mort ont été réelles et non apparentes. Il prouve la même chose dans le quatrième, en montrant que Jésus-Christ a exécuté ponctuellement tout ce que le Créateur avait promis par les prophètes. Il met au grand jour la témérité do Marcion, qui rejette l'ancien Testament, duquel Jésus-Christ s'est servi pour prouver sa mission et sa doctrine, et qui retranche du nouveau tout ce qui lui déplaît. Dans le cinquième, il continue de prouver, par les épîtres de saint Paul, que Jésus- Christ est véritablement le Fils et l'envoyé du Créateur, seul Dieu de l'univers. Dans son traité de Carne Christi, il avait déjà prouvé la réalité et la passibilité de la chair de Jésus- Christ; et dans celui de Resurrectione carnis, il fait voir que la résurrection future des corps est un dogme essentiel de la foi chrétienne ; d'où il résulte encore que la chair ou les corps sont l'ouvrage du Dieu bon, et non du mauvais principe.

Mais pourquoi ce Dieu bon a-t-il laissé pécher l'homme? Telle est la grande objection des marcionites. Il l'a permis, répond Tertullien, parce qu'il avait créé l'homme libre; or, il était bon à l'homme d'user de sa liberté. C'est par là même qu'il est fait à l'image de Dieu, qu'il est capable

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de mérite et de récompense. Adamantius, dans les Dialogues contre Marcion, répond de même que Dieu a laissé à l'homme l'usage de sa liberté, parce qu'il n'est pas delà nature de l'homme d'être immuable comme Dieu. Saint Basile dit que Dieu en a usé ainsi, parce qu'il n'a pas voulu que nous l'aimassions par force, mais de notre plein gré. Les Pères des siècles suivants ont dit que Dieu a permis le péché d'Adam, parce qu'il se proposait d'en réparer avantageusement les suites par la rédemption de Jésus- Christ. Voyez Péché originel, Rédemption.

Voilà les réponses que Bayle trouve insuffisantes et peu solides. Dieu, dit-il, pouvait empêcher l'homme de pécher, sans nuire à sa liberté, puisqu'il fait persévérer les justes sur la terre par des grâces efficaces, et que les saints dans le ciel sont incapables de pécher. Il ne s'ensuit point de là que les justes et les bienheureux cessent d'être libres, sont immuables comme Dieu, aiment Dieu par force, etc.

Si les marcionites avaient ainsi répliqué aux Pères de l'Eglise, nous, pensons que ceux-ci n'auraient pas été fort embarrassés à les réfuter. Ils auraient dit, sans doute, 1° qu'il est absurde de prétendre que, par bonté, Dieu doit donner à tous les hommes, non-seulement des grâces suffisantes, mais des grâces efficaces. Il s'ensuivrait que plus l'homme est disposé à être ingrat, rebelle, infidèle à là grâce, plus Dieu est obligé d'augmenter celle-ci; comme si la malice de l'homme était un titre pour obtenir de plus grands bienfaits. Dire que Dieu le doit, parce qu'il le peut, c'est supposer qu'il doit épuiser, en faveur de l'homme, sa puissance infinie.

Autre absurdité.

2» Les Pères auraient fait voir qu'en raisonnant sur ce principe, le bonheur même des bienheureux ne suffit pas pour acquitter la bonté de Dieu. Ce bonheur n'est infini que dans sa durée; mais il pourrait augmenter, puisqu'il y a entre les saints divers degrés de gloire et de bonheur, et que la félicité des uns a

commencé plus tôt que celle des autres.

Bayle et les autres apologistes des marcionites raisonnent donc sur un principe évidemment faux, en supposant que la bonté de Dieu, jointe à une puissance infinie, doit toujours faire le plus grand bien, et qu'un bien moindre qu'un autre est un mal. L'absurdité de cet entêtement n'a pas échappé aux Pères de l'Eglise, puisqu'ils ont posé le principe directement contraire. Voyez Manichéisme, § 6. Les autres maximes sur lesquelles Bayle se fonde, savoir, que Dieu ne peut ni faire ni permettre le mal, qu'à son égard permettre et vouloir c'est la même chose, etc., ne sont pas moins fausses; elles sont réfutées ailleurs. Voyez Bon, Mal, Permission, etc.

'Marcion eut plusieurs disciples qui se firent chefs de secte à leur tour, en particulier Appelles et Lucien.

Voyez Apellites et Lucianistes. Pourquoi n'auraient-ils pas eu comme lui le privilège de former un système à leur gré? Quelques-uns admirent trois principes au lieu de deux; l'un bon, l'autre juste, le troisième méchant. Voyez les Dialogues d'Adamantius, sect. 1, note c, pag. 80k On ne peut pas citer une seule hérésie qui n'ait eu différentes branches, et dont les sectateurs ne se soient bientôt div'isés ; celle des marcionites se fondit dans la secte des manichéens. Voyez Tillemont, t. 2, p. 266 et suiv.

Mosheim, Hi's£. christ., sœc. 2, §63, est convenu que Beausobre, en parlant des marcionites, dans son Histoire du manichéisme, a trop suivi son penebant à excuser et à justifier tous les hérétiques. Malheureusement nous nous trouvons souvent dans le cas de lui reprocher le même défaut, et il en a encore donné quelques preuves dans l'exposé qu'il fait de la conduite et de la doctrine de Marcion. Il fait ce qu'il peut pour mettre de la suite et de l'ensemble entre les dogmes enseignés par cet hérésiarque ; mais ses efforts sont assez superflus, puisqu'il est incontestable que tous les anciens sectaires ont été très-mauvais raisonneurs. De simples

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probabilités ne suffisent pas pour nous autoriser à contredire les Pères de l'Eglise, qui ont lu les ouvraees de ces hérétiques, qui souvent les ont entendus eux-mêmes, et ont disputé contre eux. Il serait donc inutile d'entrer dans la discussion des divers articles sur lesquels Beausobre ni Mosbeim ne veulent pas ajouter foi à ce que disent les Pères de l'Eglise touchant les mnrcionites.

CliJRGIER.

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MARCOMANS (conversion des) (Theol. hist. igl. part.) — On ne sait pas précisément l'époque où cette grande peuplade germanique qui s'était établie, avant l'ère chrétienne entre le Rhin et le Mein dans la partie septentrionale du Neckar actuel reçut la première annonce du christianisme. « IlestprobaLle,diLM. Fritz qu'ils en entendirent parler par les Romains, avec lesquelsils entrèrent en rapport, et par les prisonniers revenant de captivité. D'après Paulin, dont aucun auteur contemporain ne confirme le témoignage, voici commentées Warêbmmis auraient été amenés au christianisme. Leur reine Fntigile ou Fridigile aurait été disposée en faveur de l'Evangile par un chrétien venu d'Italie; elle aurait envoyé de précieux cadeaux à l'église de

x,a 3 u ' en priallt * aint Ambroise, le célèbre évèque de cette ville, de lui adresser quelques enseignements sur la religion chrétienne. Saint Ambroise lui aurait envoyé une espèce de catéchisme, et bientôt non-seulement la reine, mais le roi et leurs sujets seraient entrés dans l'Eglise par conséquent vers la fin du iv° siècle.»

Le Noir.

MARCO-POLO {Thêol. mixt. scien.

geog.) — V. Polo (les).

MABCOSIENS, secte d'hérétiques du second siècle, dont le chef fut un nommé Marc, disciple de Valentin, et ne laquelle saint Irénée a parlé fort

SSv ff- Lib ~ '• adv - Uxv -> c - 13 et

Ce Marc entreprit de réformer le système de son maître, et y ajouta

de nouvelles rêveries; il les fonda sur les principes de la cabale et sor les prétendues propriétés des lettres et des nombres. Valentin avait sudposeun grand nombre d'esprits ou de génies qu'il nommait des éons, et auxquels il attribuait la formation et e gouvernement du mon, le; s C i on ui, ces éons étaient les uns mâles, les autres femelles ; et les uns étaient nés du mariage des autres. Marc, au contraire, persuadé que le premier principe n'était ni mâle, ni femelle jugea qu'il avait produit seul les eons par sa parole, c'est-à-dire par la vertu naturelle des mots qu'il avait prononcés. Comme le premier mot de la Bible en grec est | v àpyt m prmcipio, Marc conclut gravement que ce mot était le premier principe de toutes choses ; et comme les vingtquatre lettres de l'alphabet étaient aussi les signes des nombres, il bâtit sur la combinaison des lettres de chaque mot et des nombres qu'elles désignaient, le système de ses éons etde leurs opérations. Selon saint Irenée, il les supj.osa au nombre de trente ; selon d'autres, il le, réduisit a vingt-quatre, à cause des vinfftquatre lettres de Parphabet.

Il se fondait encore sur ce que Jésus-Christ a dit dans l'Apocalypse • « Je suis l'alpha et Yoméja, le prin- » cipe et la fin, » et sur quelques autres passages dont il abusait de même. Il conclut enfin que par ta vertu des mots combinés d'une certaine manière, on pouvait diri er les opérations des éons ou des esprits participera leur pouvoir et opérer des prodiges par ce moyen.

Rien n'était plus absurde que de supposer qu'en créant le mondi», Dieu avait parlé grec, et qu,. l'alp] bet de cette langue avait plus vertu que celui déboute .-mire Uni.

quelconque. Mais les \>\ il rorici.

avaient déjà fondé des rêveries :

les propriétés des noml.ivs, ,-t l'on était encore entêté de celle phjli i pliie au second siècle. Ci' n est ; sans raison que les anciens Pères.

remarqué que les hérésies -ont sorties des différentes écoles de philosophie; mais l'absurdité : • celle des

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marçosiens ne fait pas beaucoup d'honneur à la mère qui lui a donné la naissance.

Par le moyen d'un prestige, Marc eut le talent de persuader qu'il était réellement doué d'un pouvoir surnaturel, et qu'il pouvait le communiquer à qui il voulait. Il trouva le secret de changer en sang, aux yeux des spectateurs, le vin qui sert à la consécration de l'eucharistie. Il prenait un grand vase et un petit, il mettait dans le dernier le vin destiné au sacrifice, et faisait une prière ; un moment après, la liqueur paraissait bouillir dans le grand vase, et l'on y voyait du sang au lieu de vin. Ce vase était probablement la machine hydraulique que les physiciens nomment la fontaine de Cana, dans laquelle il semble que l'eau se change en vin; ou par une préparation, chimique, Marc donnait au vin la couleur de sang.

En faisant opérer par quelques femmes ce prétendu prodige, il leur persuada qu'il leur communiquait le don de faire des miracles et de prophétiser, et par des potions capables de leur troubler les sens, il lis disposait à satisfaire ses désirs déréglés.

Ainsi, par l'enthousiasme joint au libertinage, il parvint à en séduire un grand nombre, et à former une secte. Saint Irénée se plaint de ce que cette peste s'était répandue dans les Gaules, principalement sur les Lords du Rhône : mais quelques femmes sensées et vertueuses, que Marc et ses associés n'avaient pu séduire, dévoilèrent la turpitude de ces imposteurs ; d'autres qui avaient été séduites, mais qui revinrent à résipiscence, confirmèrent la même chose, et firent détester leurs corrupteurs.

Les marçosiens avaient plusieurs livres apocryphes et remplis de leurs rêveries, qu'ils donnaient à leurs prosélytes pour des livres divins. Suivant le témoignage de saint Irénée, 1. 1, c. 21, ils avouaient que le baptême de Jésus-Christ remet les péchés ; mais ils en donnaient un autre avec de l'eau mêlée d'huile et de baume, pour initier leurs prosélytes, et appelaient cette cérémonie la rédemption. Quel-

ques-uns cependant la regardaient comme inutile, et faisaient consister la rédemption dans la connaissance de leur doctrine. Au reste, ces hérétiques n'avaient rien de fixe dans leur croyance; il était permis à chacun d'y ajouter ou d'en retrancher ce qu'il jugeait à propos ; leur secte n'était, à proprement parler, qu'une société de libertinage. Il s'en détacha une partie, qui forma celle des archontiques. Voyez Tiliemont, t. 2, p. 291.

Il est bon d'observer que si, au second siècle, la croyance de l'Eglise chrétienne n'avait pas été que, par la consécration de l'eucharistie, le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ, l'hésésiarque Marc ne se serait pas avisé de vouloir rendre ce changement sensible par un miracle apparent ; et si l'on n'avait pas cru que le sacerdoce donnait aux prêtres des pouvoirs surnaturels, cet imposteur n'aurait pas eu recours à un prestige, pour persuader qu'il avait la plénitude du sacerdoce. C'est pour cela même qu'il est utile à un théologien de connaître les divers égarements des hérétiques anciens et modernes, quelque absurdes qu'ils soient : lavérité ne brille jamais mieux que par son opposition à l'erreur.

Mosheim, aussi attaché à justifier tous les hérétiques qu'à déprimer les Pères de l'Eglise, conjecture qu'il n'y avait peut-être ni magie, ni fraude dans les procédés des marçosiens ; qu'ils ont été calomniés, ou par quelques femmes qui voulaient quitter cette secte pour se réconcilier à l'Eglise, ou par quelques spectateurs ignorants de leur liturgie, qui auront pris pour magie des usages fort simples, desquels ils ne concevaient pas la raison. Il ne peut pas se persuader que ces hérétiques aient été assez insensés et assez corrompus pour se livrer à toutes les folies et à tous les désordres qu'on leur prête.

Uist. christ., sœc. 2, § 59, note.

Mais sur de simples présumptions destituées de preuves, est-il permis de suspecter le témoignage des Pères, témoins oculaires ou contemporains des choses qu'ils rapportent, qui ont pu interroger plusieurs marçosiens

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détrompés et convertis ? Quand ces hérétiques seraient aussi innocents qu'il le présume, la conséquence que nous tirons de leur manière de consacrer l'eucharistie n'en serait pas moins solide, et Mosheim n'y répond rien.

Dergier.

MARÉES (les). (Thêol. mixt. scien.

eosmol.) — Le phénomène des marées est un résultat des lois astronomiques et par conséquent de la grande loi de la gravitation newtonienne, en vertu de laquelle l'attraction des corps célestes entre eux agit en raison directe des niasses et en raison inverse du carré des distances; nous verrons pourtant que la théorie, en ne s'appuyant que sur cette loi, n'est pas sans laisser subsister des difficultés.

Ce fut Newton qui donna le premier l'explication mathématique des marées, mais il ne lit que l'ébaucher en l'exposant d'une manière générale à peu près comme nous allons le faire, c'est-à-dire suffisamment pour ce que doit en savoir et en pouvoir expliquer tout théologien. Quant aux formules concernant les détails, à l'aide desquelles on peut construire et on construit les tables des marées, ce fut Laplace qui les donna, dans sa ilfécaniqae céleste, aussi claires, aussi rigoureuses et aussi développées qu'on pouvait le désirer. Exposons cette théorie mathématique de manière qu'elle puisse être comprise de quiconque se donnera la peine de nous lire en ayant soin de suivre nos indications sur la ligure.

Il y a la marée atmosphérique comme il y a la marée océanique ; mais la première ne nous est pas plus sensible que la marée de l'Océan ne l'est pour le poisson qui est plongé dans ses eaux ; pour que le mouvement que nous allons expliquer soit observable, il faut que l'observateur soit placé en dehors de la masse iluide ou liquide qui exécute cemouvement; si on le su[ posait occuper dans l'espace une position très-élevée, indépendante du globe terrestre, et posséder des yeux qui embrasseraient la masse plus ou moins mobile qui subit

la marée, il verrait, dans ce cas, parfaitement le phénomène et le comprendrait sans peine; cette masse, soit d'air soit d'eau, qui envelopperait le goble s'allongerait un peu en œuf sous son regard, prendrait une forme d'ellipsoïde, puis se retirerait en se rapprochant de la forme de la sphère, et cela alternativement de quinzaine en quinzaine, comme par une respiration, ou si l'on veut, par une diastole et une systole, plus ou moins prononcées selon les positions relatives de la lune et du soleil par rapport à la terre, et de plus il verrait sans cesse cetallongement ou raccourcissement de la masse enveloppante suivre le mouvement de rotation en vingt-quatre heures. Si la masse élastique aériforme ou aqueuse enveloppait complètement le globe, l'observateur que nous supposons, remarquerait seulement un renflement qui se ferait vers la lune, et qui aurait son correspondant à l'opposite, avec un abaissement qui se produirait sur les lieux qui ne seraient pas dans la ligne des deux astres mais de côté par rapport à cette ligne. C'est ce qu'il observerait pour notre atmosphère qui enveloppe tout à fait la terre; et le même effet se ferait remarquer pour les eaux si les eaux l'enveloppaient de même d'une manière complète; mais comme celles-ci n'enveloppent que les quatre cinquièmes de la surface, par suite des élévations de la croûte solide, il verrait la masse des eaux s'étendre plus ou moins, aux rivages, durant la rotation diu rne selon que son renflement dans la ligne des astres qui s'entr' attirent serait plus ou moins considérable. C'est cet effet que nous observons, non point dans son ensemble, mais dans un de ses petits coins, lorsque nous assistons à la mer haute ou à la mer basse, sur un point de la côte.

Cette vue générale étant jetée sur le phénomène, abordons la ligure.

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Dans cette figure S est le soleil ; L la lune ; T la terre avec sa surface représentée par la circonférence a c b d; et l'ellipse al c' b' d' est la masse atmosphérique ou des eaux en supposant qu'elles envelopassent complètement la terre.

Quand l'effet sera compris dans cette hypothèse, laquelle n'a sa réalité que pour l'atmosphère, il sera facile de se rendre compte du cas existant, lequel consiste en ce que des parties plus élevées de la masse solide dépassent la surface des eaux et y forment les continents et les îles.

Quand le soleil est en S et la lune en L, les deux astres sont, par rapport à la terre, dans la position qu'on nomme conjonction; ils sont, dit-on,

en conjonction, et ils unissent leurs influences attractives, en sorte que l'attraction est plus forte; mais ce n'est pas celle du soleil qui apporte la plus gande part d'action, à cause de sa grande distance et de la loi qui dit que l'attraction s'exerce en façon inverse du carré de la distance, c'est la lune qui, à beaucoup près, fournit cette plus grande part; et c'est de là que nous verrons les marées avec leur flux et reflux suivre les mois et les jours lunaires; c'est elle qui domine et produit les différences sensibles.

Quand le soleil est en S et la lune en L', les deux astres sont, par rapport à la terre, en opposition ; et nous verrons que, dans ce cas, les deux influences s'ajoutent encore pour produire une grande marée, celle de la lune gardant toujours la prépondérance.

Les deux positions, de conjonction et d'opposition, que nous venons de signaler prennent le nom commun de syzygies.

Quand le soleil est en S' et la lune en L, les deux astres sont, par rapport à la terre, en quadrature, et dans ce cas, leurs influences attractives se contrarient, c'est-à-dire que l'action de la lune, qui est la plus forte, se trouve diminuée dans son effet de l'intensité de l'action du soleil, ce qui fait la petite marée, ou la morte-eau ; on verra pourquoi.

Cela étant encore posé comme vue générale et termes expliqués, venons à l'explication fondamentale.

Soit le soleil en S et la lune en L', la terre étant entre les deux astres comme au moment d'une éclipse de lune, et par conséquent le soleil et la lune étant dans la syzygie d'opposition; la lune et le soleil exercent leur attraction surtoutesles molécules de la masse terrestre et des liquides ou'fluides qui l'enveloppent; niais il ne "faut pas oublier qu'il y a, clans la terre elle-même, une puissance attractive centralisatrice de toutes ses parties, dont la résultante s'exerce vers son centre 0, en sorte qu'on peut considérer ce centre comme la force attirant à soi tout ce qui compose son enveloppe ; c'est cette force qui

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domine tout, la distance étant ici beaucoup moindre; et les attractions du soleil et de la lune ne viendront que modifier un peu les effets de cette attraction terrestre en la diminuant puis qu'elles agiront en sens opposé, D ailleurs, les parties solides de la terre garderont leur position fixe par suite de leur nature solide ; mais les enveloppes fluides et liquides seront modifiées dans leur forme générale par suite deleurélasticité. Qu'arrivera-t-il donc ? La lune en L' diminuera l'action attractive du centre terrestre qui tend à maintenir, tout à l'entour,en équilibre et au même niveau, toute la niasse enveloppante fciide ou liquide, et agira *ur cette masse de manière à déranger cet équilibre et a la faire se renfler en 6'. Sur l'hémisphère opposé, le soleil en S agira de même et fera perdre également son équilibre à la niasse en le faisant se renfler en a' ; par là même, il y aura dans les points c' et d' un petit abaissement de niveau; et il se produira un effet semblable à celui que deux individus produiraient sur un cercle à tonneau en tirant dessus chacun de leur côté ; le cercle allongerait son diamètre dans le sens des deux tractions opposées, et le rétrécirait uans 1 autre sens.

Mais pendant ce temps, le globe de la terre tourne en vingt-quatre lieures sur lui-même et les deux points tracteurs, la lune et le soleil ne se déplacent pas sensiblement!

donc ce sont les deux renflements correspondants et opposés de la masse liuide ou liquide qui vont occuper toutes les positions de la sphère durant les vingt-quatre heures. Que va-t-il résulter de là pour les eaux qui ne couvrent pas toute la surface terrestre ? 11 en va résulter un mouvement immense , vaste courant, qui jettera sur les rivages une masse liquide envahissante; ce sera ie llux de la marée, lequel sera suivi de son reflux à mesure que le courant gênerai se portera plus loin vers i ouest. S'il n'y avait qu'un renflement, soit en a', il n'y aurait qu'une marve en vingt-quatre heures, avec douze heures de flux et douze heures

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de reflux ; mais comme il y en a deui qui se correspondent, a' "et b' ils se partagent la durée de la rotation et font deux marées à six heures defîur et a six heures de reflux chacune L»

figure le dit bien clairement dès quon suppose le glote T, dont on ne voit que la coupe, tournant en vimrtquatre heures sur lui-même. L'une dus marées avec son flux et son reflux se fera pendant que la lune ira, selon lus apparences, du méridien supérieur au méridien inférieur ou antipode, et l'autre se fera pendant que la tune reviendra du méridien inférieur au méridien supérieur; et de même pour le soleil, les deux effets se combinant.

On doit comprendre pour le cas de 1 opposition des deux astres, tout en gardant cette restriction mentale que Je renflement en a', déterminé parle soleil, devrait être plus faible que celui en b' , qui est déterminé par la lune, et que le flux qui en est la suite devrait être plus faible que 1 autre; ce qui cependant n'a pas lieu.

Aussi reste-t-il un point capital qui n est point véritablement expliqué, et qui ne l'est pas plus dans la Mécanique céleste de Laplace que partout ailleurs; tous les traités de cosmographie passant dessus, en supposant fa question. Pour faire bien comprendre ce que nous avançons là, prenons l'autre syzygie, celle de la conjonction du soleil et de la lune ;

Le soleil est en S et la lune en L; leurs deux actions s'unissent pour neutraliser davantage l'ai traction dn centre o sur tous les p<; . ;: ; ; enveloppants, et pour produire le renflement liquide, ou aérifurme, en a' avec les dépressions correspondantes en c' et d\ Jusque-là tout va bien pour le côté de la sphère terrestre qui regarde les deux astres; mais pour le cote opposé qui ne voit ni l'un ni l'autre dans cette syzygie, ne devraitd pas y avoir, par suite du grand renflement en a', une dépressio»

qui s'étendrait sur tout le reste du globe, non-seulement aux points o et d, mais aussi au point 6, en telle sorte que la marée provenant des conjonctions devrait durer vingt-quatre

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heures, flux et relias compris, au lieu de doiize seulement, ce qui n a pas lieu?

Pour résoudre la diùïeulte on dit bien ce qui suit :

Il en serait de la sorte si la terre n'avait pas son attraction propre centrale dominant le tout; mais avec cette attraction vers son centre, il en est autrement : la lune et le soleil, L et S, attirent les molécules de l'enveloppe atmosphérique ou liquide , d'autant plus qu'elles sont moins éloignées, puisque l'attraction agit en raison iuver.se du carré des distances; par conséquent les points a' et a sont plus attirés que le point central o ; et le point central o est plus attiré que les points 6 et V . D'ailleurs l'attraction centrale perd d'autant plus que les attractions lunaire et solaire sont plus fortes; donc s'il y a, par suite de ces attractions, une diminution de poids des molécules placées en a', diminution qui produit la rupture d'équilibre et amène le renflement; il doit y avoir une diminution semblable de poids dans les molécules placées en 6', diminution qui produira une rupture correspondante d'équilibre et amènera un pareil renflement en U. EL là-dessus on établit des équations qui conduisent, prétend-on, à la solution mathématique du problème.

Mais tout cela nous paraît faux si l'on prétend n'appeler aucune autre cause que celle des attractions lunaire et solaire combinées avec l'attraction terrestre centralisatrice qui détermine les poids des corps. En effet, pour la partie et du globe terrestre et a' de son atmosphère ou de son océan, vous avez bien un résultat en diminution de poids puisque l'attraction terrestre qui pousse vers o, est un peu centralisée par l'attraction lunaire et solaire qui tire vers L et vers S, tandis qu'aux points c et d elle est à très-peu près la même qu'en o; et cela suflit pour une rupture d'équilibre dans la masse flottante. Mais pour la partie b du globe terrestre qui se trouve, par rapport aux deux astres, au delà du centre o, vous n'avez plus cette neutralisation en un degré quelconque, puisque la

force attractive des astres se fait ici dans le même sons que celle de la terre; quelque petite qu'elle soit, die ajoute encore quelque chose à l'attraction terrestre, et tend à augmenter le poids des corps au lieu de le diminuer. Jamais une grande force, plus une petite force, quelque petite que soit celte dernière, ne pourra égaler en résultat cette même grande force, moins la petite un peu augmentée. Ceci est clair comme il est clair que deux et deux font quatre; le poids devra donc rester le même, et môme devenir un peu plus fort en il, qu'en c.' et en d' , et il n'y aura point dans cette partie la rupture d'équilibre, suite de diminution de poids, qui produit le renflement.

Nous n'avons trouvé nulle part dans les expositions de la théorie des marées, la solution de cette difficulté.

C'est de là, au reste, croyons-nous, que les auteurs n'osent jamais donner comme absolument certaine l'explication de ce phénomène par l'influence attractive de la lune et du soleil, quoiqu'il soit passé en usage de s'en tenir à cette explication.

Laisserons-nous pour cela quelque doute planer sur la i héorie ? Non . Nous considérons les attractions comme étant le grand ressort véritable qui relance sans cesse le mouvement des eaux, comme ce sont elles qui maintiennent les astres dans leurs orbites elliptiques, en les relançant sanscesse; mais il reste toujours, comme le disait Newton, dans les machines de Dieu, quelque chose d'obscur qui ne trouve sa raison d'être que dsuas un premier élan qu'il leur donne et qu'il entretient. Nous croyons que, dans le cas présent, le grand mouvement des eaux, comme celui de l'atmosphère que nous ne pouvons observer mais qui n'en existe pas moins, tient, en même temps, à une force terrestre propre, qui, en vertu d'une loi de symétrie, dans le genre des correspondances et des équilibres anatomiques et physiologiques, fait que le renflement d'un hémisphère a pour correspondant un renflement pareil dans l'hémisphère opposé; c'est une balance dont la libration s'équilibre; c'est un cercle élastique qui, étant

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allongé par un de ses côtés, s'allonge par l'autre par correspondance de ressort; c'est une sorte de respiration mécanique du globe, dont le moteur principal et dirigeant est l'action lunaire. Cette autre cause pourrait résider dans le mouvement même de rotation de la terre, ou bien dans une puissance électrique ou magnétique; la boussole ne s'y rapporterai -ele pas? Quoi qu'/en fait le lait est que le mouvement des eaux en renflement se produit à la fois sur les deux hémisphères, et l'affaissement en même temps, aux deux quai tiers, aussi bien lorsque le soleil et la Une sont en conjonction que lorsqu i s sont en opposition, et que ce double renflement des eaux se transporte en vingt-quatre heures cinquante minutes environ, jour lunaire tout à l'entour du globe par suite de la rotation du globe luimême, en sorte qu'il arrive régulièrement qu'après que la lune a passé le méridien du lieu, la mer monte à sa plus grande hauteur, puis redescend peu a peu jusqu'à ses plus basses eaux quand la lune se couche pour reatteindre insensiblement ses plus hautes au moment où la lune vient de passer le méridien correspondant de nos antipodes

Tout ce qui précède étant compris sur le principe de la théorie des marées, il ne nous reste plus que quelques notes à ajouter.

. D'abord, on conçoit facilement que si le soleil est dans la direction de S' la lune étant dans celle de L ou de L'' Jamaree solaire qui tendra à produire son effet sur le point C, et par correspondance sur son pendant d', contrariera Umarie lunaire qui se fera en o et 6 en sorte que la marée lunaire, qui est la plus forte, sera réduite à ce qui reste d'elle-même après déduction de la solaire; et par conséquent nous aurons alors les plus petits flux et reflux des marées que les marins appelent la morte-eau.

Les meilleures conditions pour les grandes marées, seront que la lune et le sole.l soient en conjonction ou en opposition en un moment où la lune et le soleil seront à la fois le plus rapproches possible de la terref ce

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que 1 on appelle les périgées et le, périhélies, et ce qui arrive quand h lune et la terre occupent les pou/, de leurs ellipses les plus voisins "

étanr l° yerS -- , LeS f ° rces attraCtive étant à moindres distances, seront alors beaucoup plus puissantes.

la plus forte et où son flux jette sm la côte le plus d'eau, on pourrai croire que c'est le moment précis où la lune passe au méridien du lieu qu on observe. Il n'en est point ainsi par suite de causes diverses qui corn, phquent le phénomène; il y \ un retard q.u varie selon les côtes et selon leurs configurations. On appelle établissement du port l'indication de 1 heure de la plus haute eau fournie par des calculs aussi sûrs à peu nrès que ceux des éclipses.

Quand la mer est resserrée entre des cotes qui en font presque un détroit, comme est la Mer de la Manche, la résistance qu'opposent les obstacles a 1 envahissement des ondes, fera qu elles s élèveront bien davantagec est ainsi qu'à Saint-Malo la hauteur de la marée atteintjusqu'à6et7 mètres au-dessus du niveau moyen, et baisse ensuite de la même quantité au-dessous de ce niveau.

Il est des mers où la marée ne se lait pas du tout sentir; c'est ce qui arrive pour celles qui sont tout à fait

mi nraemiA * x i 1,-', i.

r ~„i ^w»c.-> ijui oum luuiaïai

ou presque tout à fait isolées de l'Océan ; il en est ainsi de la mer Casp ienne et de la mer Noire. La mer Méditerranéeaune petite marée qui se communique par le détroit de Gibraltar, ou elle établit un courant versoir et un courant déversoir, l'un supérieur, 1 autre inférieur et sous-marin : wiis cette marée dans la mer intérieure est tres-peu sensible, excepté pourtant dans l'Adriatique dont la iiguration et la position la rendent plus apparente.

C'est en général de vingt-quatre* trente-six heures après l'heure précise de la svzygie qu'a lieu la plus grande marée de la syzygie. Il est natunl que 1 effet suive sa cause en mettant un certain temps à se parfaire; l'accumulation la plus considérable des caul ne vient qu'après le passage de la lune; il en est des molécules liquides

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comme d'une foule qui met un certain temps à se tasser, après que chacun des individus a pris son élan.

Les vents d'ailleurs, les courants particuliers , les embouchures des fleuves, les formes et les directions Ides falaises, etc., etc., peuvent amener d'importantes modifications; mais les grandes lois cosmologiques qui régissent les marées n'en maintiennent pas mains les harmonies générales dont les effets sont si bien calculés par la sagesse ordonnatrice que, quels jue soient, à jamais, les progrès de la science, le dernier mot explicatif ie ces harmonies de l'océan sera toujours dans la célèbre apostrophe de Jéhovah aux philosophes de The- : iian : « Qui fermait 'les portes à la .mer quand elle se ruait de son lit?

Quand je lui Jdonnais le nuage pour ïétement, et l'obscurité pour maillot tomme à l'enfant? quand je l'enfouirais de mes digues, et que je lui Jposais des limites en lui disant: Tu tendras jusque-là, et n'iras pas plus Khi; là tu briseras tes flots orgueil- Jeux. » (Job. xxxvni, 8-11).

Le Noir.

MA.RET (l'abbé II... I... G). {Théol.

mst. biog. et bibliog.) — Ce théoloiigion français, né à Alais vers 1804, élève de Saint-Sulpice, devenu professeur de dogme à la Sorbonne en 1840, puis doyen de cette faculté, a publié:

Essai sur le panthéisme dans les somtés modernes, in-8°, 1839, 3 e édit.

■4-5; Théodicée chrétienne, in-8°, ■644, 2 e édit. 1830; l'Eglise et la miété laïque, m-8°, 1845; Améliora- Won de la discipline ecclésiastique, in-8°, 1848; V Antichristianisme, in-8°, W6i; Philosophie et Religion, 1856; mettre à NN. SS. les éuèques de France, in- 8°, 1858; etc.

• M. Maret est un bon philosophe; ■e fut lui, dit-on, qui rédigea les ■mitre propositions par lesquelles la ffingrégation de l'Index condamna le traditionalisme vers 1856; nous en ; iinies deux, le 1 er0 et le 3 e pour épigin plie de nos Harmonies de la raison dite la foi. Avant le concile du Vatican, M. Maret était gallican ; il publia en 1809, un assez grand ouvrage in-

titulé du concile général et de la paix religieuse, in-8°, contre l'ultramontanisme à l'occasion de ce concile, et en septembre 1871, il rétracta cet ouvrage et se soumit à la décision.

M. l'abbé Maret fut nommé en 1860, à l'évèché de Vannes, mais, par opposition de Rome, il n'y fut point institué ; il se démit et reçut en échange le titre d'évèque de Sura in partibus.

Depuis la nouvelle république française, et à la suite des guerres de 1870 et 1871, Mgr. Muret a été installé doyen du chapitre de Saint-Denis, le jour même où M. l'abbé Moigno était nommé membre de ce chapitre après l'avoir si bien mérité depuis si longtemps.

MARHEINECKE (Philippe-Conrad).

(Théol. hist. biog. et bibliog). — Ce théologien luthérien, né a Hildesheim, en 1780, professeur de théologie à Heidelberg en 1809, docteur en théologie à Berlin en 1811, prédicateur de l'église de la Trinité en 1820, membre du consistoire suprême en 1821, et mort en 1846, a laissé les ouvrages suivants : Sermons et Dissertations; Histoire universelle du Christianisme, 1806 (travail de sa jeunesse qu'il n'acheva pas, de même que son Histoire de. la Morale chrétienne) ; Symbolique chrétienne, ou Critique historique des dogmes catholiques, luthériens, réformés et sociniens, 3 vol., Heidelberg, 1810-13; Aphorismes pour la rénovation de la vie religieuse, 1813; Histoire de la Réforme en Allemagne, 4 vol., 1816-34; Fondements de la Dogmatique chrétienne, 1819; 2 e éd., 1827; Manuel de la Foi chrétienne, 1823; Introduction à un cours public sur la valeur de la philosophie de Héqel dans la théologie chrétienne,

« Marheineckc , dit M. Haas , lit une critique détaillée de la Symbolique de Môhler et de l'Athanase de (ibrres, au point de vue, exclusif, du protestantisme, dans laquelle il montra bien plus de justice et de respect pour Môhler que le D r Baur de Tubingue. En exposant le système catholique il se prononce en faveur

ai

MAR

de 1 usage d'une langue spéciale (morte) dans l'Eglise. Marhcinecke est un des théologiens modernes les plus célèbres parmi les protestants.

11 semble, dans ses idées sur l'Église, être d'accord avec Scbleiermacher; mais, dans le fond, il en diffère radicalement; car il est hégélien et a, des premiers, complètement applique la philosophie hégélienne à la dogmatique. »

Le Noir.

MARIAGE. Il n'est pas fort important de savoir si ce terme vient du latin maritns ou matris mnmis ; quelle qu'en soit l'étymologie, il signifie la société constante d'un homme avec une femme pour avoir des enfants.

Cette société peut être envisagée comme contrat naturel, comme contrat civil et comme sacrement de la loi nouvelle; nous soutenons que, sous ces trois rapports, il a toujours été et toujours dû être sanctifie par la religion. Nous sommes donc obligé de l'envisager sous ces divers aspects, mais principalement sous le troisième.

En premier lieu, le mariage comme contrat naturel, est de l'institution même du Créateur; la manière dont l'Ecriture sainte en parle, nous en montre clairement la nature et les obligations. Gcn., c. 2, f 18, Dieu dit :

« Il n'est pas bon que l'homme soit » seul : faisons-lui une aide semblable » à lui. Dieu endort Adam, tire une » de ses côtes, en fait une femme, et » la lui présente. Voilà, dit Adam, la » chair de ma chair et les os de mes » os... Ainsi, l'homme quittera son » père et sa mère, pour s'attacher à » son épouse, et ils seront deux dans ■> une seule chair. C. f, ? 28, Dieu » les bénit et leur dit : Croissez » et multipliez-vous, remplissez la » terre d'habitants; soumettez -la à » votro empire; faites servir à votre » usage les animaux et les plantes. »

Dans ces paroles, nous voyous , 1° que le mariage est la société de deux personnes et non de plusieurs ; d'un seul homme et d'une seule femme; par Jà Dieu exclut d'avance la polygamie. 2" C'est une société libre et volontaire, puisque c'est l'union des

MAR

esprits et des cœurs, aussi bien eue des personnes. 3° Société indissoluble lun des conjoints ne peut pas plus «à séparer de l'autre, que se séparer a avec soi-même; le divorce est doue contraire à la nature du maria*.

4» L effet de cette société est de donner aux époux un droit mutuel sur leurs personnes, et un droit égal 1 celui que l'homme a sur sa propre chair. S° Le but de cette union est de mettre des enfants au monde, et de peupler la terre ; les époux sont donc obliges de nourrir leurs enfants; il ne leur est pas permis d'en négliger la conservation. 6° C'est au mariage ainsi formé que Dieu donne sa bénédiction, qu'il attache la prospérité des familles et le bien général de la société humaine. Nous verrons, dans la suite, jusqu'à quel point Dieu a pu s'écarter de ce plan, lorsque les hommes ont passé de l'état de sodélé purement domestique à l'état de société civile.

Remarquons d'abord que, par cette institution sainte. Dieu a réparé l'inégalité qu'il a mise dans la constitution des deux sexes. Le commerce conjugal ne laisse à l'homme aucune incommodité ; la femme seule demeure chargée des suites, des langueurs de la grossesse, des douleurs de l'enfantement , de la peine de nourrir son fruit. Si elle demeurait seule chargée de l'éducation des enfants, la nature aurait été injuste à son égard. Mais l'homme s'assujettirait-il à remplir les devoirs de père, s'il n'y était engagé par un contrat formel, sacré, indissoluble ? Nous le voyons par la conduite des hommes dissolus, qui séduisent les femmes par le seul désir de satisfaire une passion brutale. Il faut donc que le mariage rétablisse une espèce d'égalité entre les deux sexes.

Pour voir ce qui est confirme on contraire à la nature de ce contrat important, il faut faire attention, non à l'intérêt seul des époux, mais à celui des enfants et à celui de la soci> Si l'on perd de vue une seule de ces considérations, l'on ne manquera pas de faire des spéculations fausses ; c'est ce qui est arrivé à la plupart des philosophes, soit anciens, soit

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modernes, qui n'ont pas voulu connaître la -véritable institution du mariage.

Les patriarches, mieux instruits, ont aussi mieux raisonné. Comme sdus l'état de nature ils étaient nonseulement les chefs naturels de leur famille, mais les ministres ordinaires de la religion, ils disposaient seuls du mariage de leurs enfants, sans oublier toutefois que Dieu était le souverain arbitre. Abraham, envoyant son serviteur chercher une épouse à son fils Isaac, Gen., c. 24, f 1, dit : « Le Sei- » gneur enverra son ange devant vous, » et vous fera trouver dans ma fa- » mille une épouse pour mon fils. Ce » serviteur dit, en voyant Rébecca :

«Voilà l'épouse que Dieu a préparée a au, fils de mon maître. Batuel et » Laban disent de même : C'est Dieu «qui a conduit cette affaire. » Nous ne devons donc pas être surpris des bénédictions que Dieu a répandues sur les mariages des patriarches.

Mais dans les peuplades qui oublièrent les leçons données, à nos premiers parents, et négligèrent le culle du vrai Dieu, le mariage devint bientôt un libertinage. Selon l'Ecriture sainte, les enfants des grands et des puissants de la terre ne consultèrent que le goût et la passion dans le choix de leurs épouses ; de là naquit une race corrompue qui attira par ses crimes le déluge universel.

Gmes., c. 6, f 2. Nous voyons des rois enlever des étrangères par violence, pour les mettre au nombre de leurs femmes, c. 12, f 15; c. 20, f 2, et y joindre encore des esclaves, f 17.

Chez toutes les nations idolâtres, l'adultère, la polygamie, le divorce, le meurtre des enfants, la cruauté de les exposer, la révolte de ceux-ci contre leurs pères, ont déshonoré la sainteté du mariage, en ont fait une source de désordres et de malheurs; l'auteur du livre de la Sagesse l'a remarqué, Sap., cap. 14, f 24 et 26.

La même chose arrivera toutes les fois que l'on perdra de vue, dans ce contrat, les desseins de Dieu et les leçons de la religion.

Les païens, à la vérité, avaient conservé un souvenir confus de l'institution divine du mariage, puis-

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qu'ils avaient créé des divinités particulières pour y présider ; mais l'idée qu'ils avaient de ces divinités mêmes, atteste la dépravation de l'esprit et du cœur des païens. Selon la mythologie, le dieu Hymen ou Uyménée était fils de Daccluis et de Vénus, ils avaient forgé d'autres personnagessubalternes, auxquels ils attribuaient, des fonctions infâmes. Saint Augustin leur a vivement reproché cet aveuglement dans ses livres de la Cite de Dieu. Nous ne voyons pas que les philosophes aient jamais censuré ce désordre; ils étaient aussi aveugles et aussi corrompus que le peuple.

En second lieu, comme contrat civil, le mariage est soumis à l'inspection et à la vigilance des chefs de la société. Les lois qui règlent les droits des époux, des pères et des enfants, des successions, etc., ont toujours été regardées comme une partie essentielle de la législation.

Mais toute loi civile, contraire à l'un des trois intérêts auxquels le mariage a rapport, serait nulle et abusive.

Rien ne peut prescrire contre les droits de la nature, tels que Dieu les a établis.

En donnant des lois aux Israélites, Dieu n'oublia pas de faire régler par Moïse les droits respectifs des époux, des pères et des enfants. Il ne défendit ni le divorce ni la polygamie, parce que les circonstances ne permettaient pas encore de retrancher ces deux abus ; mais il en prévint les suites pernicieuses par des lois qui bornaient le pouvoir des pères polygames. Il rendit le patrimoine des familles inaliénable ; il régla les droits des aînés et des femmes.

Celles-ci chez les Juifs n'étaient ni esclaves, ni enfermées, comme chez les autres nations ; les héritières ne pouvaient prendre des maris que dans leur tribu. Moïse fixa les degrés de parenté qui devaient former empêchement au mariage, etc. Ainsi ce contrat se trouva plus gêné qu'il ne l'était sous la loi de nature.

Mais les Israélites vraiment religieux n'oublièrent jamais que leurs alliances devaient être sanctifiées par la bénédiction de Dieu. Raguel bénit le mariage de Sara sa fille avec Tobie ;

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il leur dit : « Que le Dieu d'Abraham » d Isaac et de Jacob vous unisse et

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» soit avec vous ; qu'il accomplisse à » votre égard les bénédictions qu'il » leur a promises. » Tob., c. 7, f 15 Il esta présumer que tel était l'usage' dans toutes les familles dans lesquelles régnait la crainte de Dieu. Lange Raphaël avertit Tobie que 1 oubli de Dieu, dans cette rencontre est la cause des désordres et des malheurs qui infestent les mariages, c. 6 y 17. Souvcut les prophètes ont reproche aux Juifs leurs prévarications à cet égard.

On se tromperait donc beaucoup si 1 on se persuadait que, chez les Juifs, le mariage était considéré comme un contrat purement civil, dans lequel la religion n'entrait pour rien, parce que nous n'y voyons pas intervenir les, prêtres; les pères de famille en tenaient lieu comme ils avaient fait sous la loi de nature. Aujourd'hui de prétendus politiques soutiennent que l église chrétienne ne devrait avoir aucune inspection sur le mariage de ses enfants; que c'est à lu puissance civile seule de défendre ou de permettre ce qu'elle jugera utile au bien public.

« J'ai frémi, dit un protestant très- » sensé et très-bon philosophe, j'ai » frémi toutes les fois que j'ai entendu » discutcrphilosopliiquenicntl'article » du mariage. Que de manières de » von-, que de systèmes, que de pas- » sions en jeu ! On nous dit que c'est » a la législation civile d'y pourvoir- » mais cette législation u'ést-elle donc » pas entre les mains des hommes, » dont les idées, les vues, les princi- » Des, changent ou se croisent? Voyez » es accessoires du mariage qui sont » laissés à la législation civile; étu- » chez, chez les différentes nations et » dans les différents siècles, les varia- » lions, les bizarreries, les abus qui >' s y sont introduits; vous sentirez à » quoi tiendrait le repos des familles » et celui de la so.ciété, si les législa- » tours humains en étaient les maîtres » absolus.

» Il est donc fort heureux que, sur » Ce point essentiel, nous ayons une » loi divine supérieure au pouvoir » des hommes. Si elle est bonne,

» gardons-nous de la mettre en dan » ger, en lui donnant une autre sanction que celle de la religion. Mais » il est un nombre de raisonneurs qui » prétendent qu'elle est détestable" y soit ; il en est pour le moins un" » aussi grand nombre qui soutiennent

«qu'elle est très-sage, et auxquels o„ » ne fera pas changer d'avis. Voilà » donc la confirmation de ce crue » J avance, savoir, que la société se » diviserait sur ce point, selon la pré- » ponderance des avis en divers lieux » Cette prépondérance changerait par » toutes les causes qui rendent va- » nable la législation civile, et ce » grand objet qui exige l'uniformité » et la constance pour le repos et le » bonheur de la société, ierait le » sujet perpétuel des disputes les p| as » vives. La religion a donc rendu le » plusgrandservice augenre humain » en portant sur le mariage une loi «sous laquelle la bizarrerie des » hommes est forcée de plier ; et ce » n'est pas là le seul avantage que » 1 on retire d'un code fondamental » de morale, auquel il ne leur est pas » permis de toucher. » Lettres sur l histoire de la terre et do l'homme.

tom. 1, p. 48.

En troisième lieu, sous la loi évangélique, Jésus-Christ a rétabli le mariage dans sa sainteté primitive; et > P 0U1 ' en rendre le lien plus sacré,' nia élevé à la dignité de sacrement.

Cest sous ce nouveau titre qu'il est principalement considéré par les théologiens. Nous avons donc à examiner, I" si le mariage des chrétiens est véritablement un sacrement, quelle en est la matière, la forme, le ministre, et quelle doit en être la solennité; 2° quelle puissance a droit d'v mettre des empêchements et d'en dispenser; 3° si un mariage valide est indissoluble dans tous les cas; i» si la doctrine et la discipline de lKglise catholique, touchant le mariagi capable d'en détourner les fidèles. Il

n , e ?' , aucu / 1 , e . ^ e ces questions qui

rsetà di

n'ait donné lieu à des erreurs et ; plaintes, soit de la part des hérétiques, soit de part des incrédules.

I. Vu muriage considéré comme sacrement. Les protestants ont trouvé bon de retrancher le mariage da

MAR

nombre des sacrements, et de soutenir que la croyance de l'Eglise romaine sur ce point n'est point fondée sur l'Ecriture sainte; c'est à nous de prouver le contraire (1).

(i)L'Egtise a toujours cm, comme une vérité certaine et indubitable, que le mariage est un sacrement. Et elie l'a cru, fondée sur l'autorité de l'apôtre, dont voici les paroles : h Les maris, dit-il, >» doivent aimer leurs femmes comme leur propre » corps. Celui qui aime sa femme s'aime soi-même ;

* car personne ne hait sa propre chair; mais il la » nourrit et l'entretient comme Jésus-Christ fait j> l'Eglise, parce que nous sommes les membres de s son corps, formés de sa chair et de ses os. C'est

* pourquoi l'homme abandonnera son père et sa » mère pour s'attacher à sa femme, et de deux » qu'ils étaient, il deviendront une setilo chair. Ce » sacrement est grand, je le dis en Jésus-Christ et a en son Eglise, u Car quand l'apôtre dit que ce sacrement est grand, l'on ne doit point douter qu'il ne faille rapporter ces paroles au mariage, parce que l'union qui est entre le mari et la femme, dont Dieu est l'auteur, est le sacrement, c'est-à-dire le signe sacré de ce lien très- saint qui unit Jésus-Christ à son Eglise. Les saints Pères, qui ont expliqué ce passage de saint Paul, témoignent que c'en est le véritable sens; ce qui est confirmé par le salut concile de Trente, (Calech. Concil. Trid.)

Ces paroles scicramcntum hoc magnum est ne peuvent se rapporter qu'à l'union de l'homme et de la femme. Elles se rapportent évidemment à ce qui les précède immédiatement; car le pronom démonstratif hoc marque la chose dont il s agit précédemment : or, les paroles qui précèdent immédiatement se peuvent s'entendre que du mariage : « Propter » hoc reliuquet homo pati em et matrem suam, et

■ adbœrebit uxori snœ, et erunt duo in carne una, d Sncranientuin hoc magnum est in Christo et in

* Ecclesia. n C'est dooc du mariage des fidèles que l'apôtre dit que c'est un grand sacrement, tacràmentum hoc magnum est ; parce qu'il est un signe visible de cette union sacrée qui est entre Jésus-Christ et son Eglise. Si l'on rapportait le pronom hoc à l'union de Jésus-Christ avec sou Eglise, voici quel serait le sens de saint Paul : hoc, c'est-à-dire Jésus-Christ et l'Eglise, sont un grand sacrement entre Jésus-Christ et l'Eglise; ce qui renfermerait une absurdité, selon la remarque du le 'ond concile de Cologne, de l'an 1536. « Quod

* ost autem hoc sacramentum in verbis snperio- > libus relatum, quod uagnum est in Christo et i Ecclesia? Id eîse non potest cette Christus et i Ecclesia n:>m absurde sequcretur, hoc id est i Christuset Ecclesia, est magnum sacramentnm » quod dicit esBe magnum in Christo et Ecclesia, i sit illa eonjiioctio viri cum muliere. » (Concil. Colon,, an. i 536.)

C'est surtout par la tradition que l'on prouve [institution du sacrement de mariago. On peut ranger en trois classes les témoins de la tradition inr ce point. La première renferme les passages des Pères qui ont donné au mariago le nom de sacrement.

Saint Ambroise traite le mariage de sacrement Céleste. En parlant de celni qui coovoite la femme ds son prochain, il dit : « Qui sic egerit peccat in

■ Denm, cnjus leg»m violât, gratiam snlvit; et

* ideo, quia in Doum peccat, sacramen'i cœlestis i nniiitit consortium. » (Lib. 1. de Adamo, c. 7.)

Saint Augustin est celui do tous les Pérès qui a dune le plus souvent le nom de sacrement au nnnage. . Dans l'Eglise, dit co Père au livra de

1° Saint Paul, parlant du mariage des chrétiens, le compare à l'union sainte qui est entre Jésus-Christ et son Eglise, et il la propose pour modèle aux personnes mariées. Il

» Fide et Operibus, c. 7, ce n'est pas seulement » le lien du mariage qui y est recommandnble, mais » encore le sacrement. In Ecclesia, nuptiaruin non » solnin viocnluui, sed otiam sacramentum com- » inendatur. » Dans le livre de Dono conjunali c. 4, il distingue le mariage des chrétiens d'avec celui des païens, par la qualité de sacrement, qui est infiniment plus recommaiidable que tous les avantages que les peuples idolâtres recherchaient duos le mariage. « Les nations, dit ce Père font » consister tout le bien du mariage dans la fécon- » dite, dans la chasteté conjugale, et dans la foi » qui en est comme le lien ; mais les chrétiens lo • font consister dans la sainteté du sacrement a » raison de laquelle il est défendu à une femme « d'épouser un autre mari pendant que le sien

< vit quoiqu'il l'ait répudiée. Bonum nuptiaruin » per omnes gentes atque bomines in causa geno- » randi est, in fide easlitatis; quod autem ad ii populum Dei pertinot, etiam in sanctitate sacra- » menti, per quam nefas est, etiam ropudio discen dentem, nlteri nubere,dum vir ejns vivit.

Dans le mémo ouvrage, chop. 18 : « In nuptiis » plus valet sanctitas sacramenti quam foœunditas » uteri. n

La seconde classe contient les textes des Pères qui ont enseigné que le mariage dos chrétiens est accompagné des cérémonies de la religion comme les autres sacrements, qu'il est béni par le piétro et consacré par l'oblation du suint sacrifice : ce qui suppose qu'ils ont regardé le mariage comme un sacrement.

ïertidlien voulant faire connaître l'excellence du mariage des fidèles au-dessus de celui des pnlens, dit dans le second livre ad Vxorem : a Qui » pourrait expliquer le bonheur du mariage que " l'Eglise approuve, que l'oblation du sacrifice cou- » firme, auquel la bénédiction met le sceau, que » les anges proclament au ciel, et que le Père n éternel ratifie ? (Jnde suriiciaraus ad enarrandam

< felicitatem hnjiis matrimonii, quod Ecclesia con-

• ciliat, confirmât oblatio, obsignnt benediotio, an-

< geli renuntiant, Pater rerum habet. »

Saint Ambroise dit que les fidèles qui se marient sont obligés de recevoir le voile de la main du prêtre, et une bénédiction qui les sanctifie. « Cum > conjugium velamine sacerlotali et benedictione » sanctificare oporteat. » (Epist. 2b, ad Vigil.)

Le pape Silice déclare, dans sa lettre à Himère, êyeqne de Tarragone, qu'nno femme qui viole da quelque manière que ce soit la bénédiction qu'elle a reçue de la main du prêtre, lorsqu'elle a été mariée, commet une espèce de sacrilège, a Hoc no » liât, omnibus modisinhibemus, quia illa benedic-

• tio quamnupturte sacerdos imponit, spud fidèles » cujusdam sacrilegii instar est, si ulla trausgres- » sic-ne violetur. » Si ce pope avait regardé le mariago comme un pur contrat civil, il n'aurait jamais traité do sacriléje le violement do la foi du mariage.

Les Pères du quatrième concile de Cartilage, tenu, au commencement du cinquième siècle, ordonnèrent dons le canon 13, que l'époux et l'épouse seront présentés au prêtre par leurs parents ou leurs paranymphes, pour recevoir la bénédiction nuptiale et qu'ils garderont la nuit suivante la continence, à cause du respect dû à cette bénédiction. Si les Pères de ce concile n'avaient cru qu'il y ont unosain-

conclut, en disant : « Ce sacrement » est grand, j'entends en Jésus- » Christ et dans son Eglise. » Ephvs.,

teté particulière attachée au mariage qui ee célébrait dans l'Eglise, ils n'auraient pas obligé les mariés à ■vivre lejour qu'ils ont reçu la bénédiction nuptiale dans une retenue et une pureté si grande : ils ne l'ont fait que pour marquer le respect qu'Us doivent avoir pour ce sacrement.

Le pape Nicolas I, qui fut élevé sur le siège apostolique l'an 85fi, instruisant l->s Bulgares du la foi et de la disci line de l'Eglise romaine, dit qn'après les fiançailles le prêtre doit faire venir à l'église les personnes qui se sont promis la foi du mariage, avec les oblutions qu'ils doivent offrir au Seigneur par se3 mains, ot ensuite leur donner la béuédietion et le voile qu'il qualifie de céleste, comme il est rapporté par Gratien dans le canon Nostrales, c. 35, q. 5.

La troisième classo comprend les passages où les Pères reconnaissent que le sacrement de mariage a la force de conférer la grâce; ce qui prouve qu'ils ont pris le mot de sacrement dans la signification la plus étroite, et qu'ils out cru que le nrariage est uq vrai sacrement de la nouvelle alliance.

Orîgène, dans son traité vu sur saint Matthieu, enseigna que l'homme et la femme, que Dieu a unis ensemble, ont reçu la grûce, et que c'est de là que saint Paul donne le nom de grâce k cette chaste union.

Saint Athauase, dans le quatrième siècle, a enseigné que Dieu avait attaché une grâce particulière au mariage, pour y être cmmuuiquée a ceux qui s'y engagent : « Qui dnxit uxirem, etsï parem » gratiam non consequatur cum eo qui virginitatem s comptée ti tu r, consequitir tamen aliquam, quippe s quœ ferat fruetum centeaïmiim. »

Saint Cbrysostome marque clairement qu'il regardait le mariage comme un sacrement dont on ne doit approcher qu'avec de saintes dispositions, pour en recevoir la grâce dont les mariés ont besoin pour vivre dans une sainte union : ce qui le fait déclamer avec toute son éloquence, dans l'homélie 56 sur la Genèse contre les pompes profanes des noces, qu'il dit ne pouvoir être en aucune manière excusées daus les chrétiens qui, connaissant la sainteté an mariage, déshonorent leurs noces par des infamies dont les païen* auraient eu honte.

Saint Augustin, dans lo livre qu'il a écrit du bien du Mariage, contre l'erreur de Jovinien, semhie n avoir d'autre intention que de faire voir que Dieu a attaché une gràc- particulière au mariage des fidèles, qui leur procura plusieurs grands avantages, et il établit l'indissolubilité du mariage, particulièrement sur la qualité dn sacrement. Il enseigne la même vérité dans le livre des Noces et de ta Concupiscence y au ehup. 17, où il dit, ■ que » la grâce du mariage fait que les personues » mariées ne chi'ichent pa-. tant à mettre des en- ■ fauts au monde, qu'à les voir renaître par lo * baptême. Non ut prnlts nascatur tantuin, verum » etiam ut rOMSTAtar. •

On ne s'arrêtera pas h extraira beaucoup de passages des écrivains ecclésiastiques qui ont Dor.fi dnusles siècles suivants, par e que les béréliquos demeurent d'accord que ces auteur» ont cru que lo mariage est uu sacrement de la loi nouvelle et q<i'il< ont reconnu en lui une vertu pareille à celle des antre* sacrements: on rapportera seulement co rjuVri ont écrit trois pai-es, qui sont des témoini irréprochables de la foi de l'Eglise do a» derniers temps.

Le premier est Luco III, qui commença à gou-

c. 5, f 32. Il s'agit de prendre le sens de ces paroles. Le terme de sacrement, disent les réformateurs,

verner l'Eglise en l'année 1181. Ce pape, dui U chap. Ad abolendam, de hxretins, pronorw, anathème contre ceux qui seront usseï témerair* pour enseigner une doctrine différente de tells do l'Eglise romaiue sur 1- s sacrements, entre .exneU îl nomme le mariage avec l'eucharistie, le baptême avec la pénitence.

Le second témoin est Martin V, qui fut élu mm au concile de Constance ;-n 1417 ; nous avons àti lin de cb concile une constitution de ce pape, w laquelle il ordonne qu'un ifrerrogera ceux qui Mat soupçonnés d'hérésie; savoir s'ils croient qu'an chrétien pèche mortellement quand il méprisa 1m sacrements de con rmvtiun ou d'extrème-ooctÎHi ou de mariage: la créance des sept sacremeab était si généralement reç ;e dans ce temps là, <•>» l'hérétique Jean Hues la suppose comme très certaine et très-constaute, duns la huitième proposition rapportée dans le même eoncile. {Sas, 15.) Le troisième est Eugène IV, qui monta sur k chaire de saint Pierre l'a u 1431. Ce pape, dut le décret qu'il a fait pour instruire les Arméniens de la foi de l'Eglise romaiue, fait le dénonibreowit des sacrements qu'elle reçoit, entre lesquels il met expressément le mariage.

L'Eglise grecque a toujours eu la môme foi.it même les Grecs schi&niu tiques l'ont comerrsc, comme nous en assure Jérémie, patriarche Js Constantinople, dans la censure qu'il a fuite de h confession d'Augsbourg.

Les luthériens d'Allemagne, qui publiaient ato* tement que l'Eglise grecque n'avait pas d'autre créance que la leur sur le mariage, s'étant avivi, on 1574, d'envoyer pour la soconde fuis à Cott* lantioople une copie.de la confession de foi qu'ili avaient dressée dans la diète d'Augsbourg, ss l'an 1558, le patriarche Jérémie., répondant sariw articles de celte confession, dit avec plusiean évêques de sa communion, que dans l'Orient os croyait que le mariage est un des sept sacrements, et qu'il confère la grâce ; il ee sert des peittlcf du chapitre cinquième de l'Epttre de saint Paul soi Ephésiens, pour prouver dan» le septième ctuptrr* de la censure, que le mariage est un véirabl» sacrement institué pur Jés is-Crhist, comms Itt apôtres nous l'ont enseigné. L ^ huilerions hisysit répliqué, ce icfauinatiquo répondit a leur ré* pliqwe, en persistant dans les tréma* «suments : « Puisque vous ne recevez, leur » il, que quelques-uns des sacrements, et •sosf*

■ avec des erreurs, et qtm vous rejatex k*

■ autres comme des tradition*, qui non-seulement a ne sont pas connues dans l'Ecriture, mais fl u 7

■ sont contraires, en corrompant lus ; » l'ancien et du nouveau TV-tauieot... N » déclarons q-ie les paroles le i 'Ecrit'u .

■ tiennent es vérités, n'.mi pa» été aiiui interf*** i tées par d'autres ilié.d iigieu -, ■ I que vom

■ pas dû abandonner loi «f utimeots de cet te**** > giens, pour leur proférer les vôtres.»

Nous finirons cotte noie parle décret do eoeW* de Treuioquï définit de la manière la plu* esfrtu* que le mariage de* chrétiens n t un rr ai itcr*sMs t:

■ Si quii dîxerit uiatnui^ium non e«*« v* r * ''

■ propria uaiira ex «épiera loçu e»« »g*!iea set»»* • meotii a Cliri*to Domino tnttitutna, «4 »

■ hominibus in Ec<-l"»ia inreuliini, d»^m liât*

■ conferre ; analhoma sil. ■ [Ses*. H,

Goirssir.

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fignifie mystère, et rien de plus; l'apôtre entend seulement que l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise est un mystère dont le mariage chrétien est une faible image ; c'est tout ce que l'on en peut conclure.

Mais lorsque les protestants disent que le baptême et la cène sont des sacrements, donnent-ils à ce terme un autre sens qu'à celui de mystère?

Ils entendent comme nous, par ces deux termes, un signe sensible, un rit extérieur et des paroles qui représentent quelque chose que l'on ne voit pas, qui signifient un don de Dieu que l'on n'aperçoit pas. Puisque, de leur aveu, le mariage est une image de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise, il en résulte que les signes extérieurs d'alliance entre les époux signilient qu'il doit y avoir entre eux une union aussi 6ainte, aussi étroite, aussi indissoluble qu'entre Jésus-Christ et son Eglise ; union qui ne peut pas être sans une grâce particulière de Dieu. Qu'exigent de plus les protestants pour faire un sacrement ?

A la vérité, si Jésus-Christ, après avoir épousé son Eglise et l'avoir dotée de son sang, l'avait bientôt abandonnée à l'erreur ; s'il l'avait laissé corrompre au point qu'elle est devenuela prostituée de Babylone, comme le disent les protestants, cette espèce de divorce serait un bien mauvais exemple donné aux chréliens qui se marient ; heureusement la calomnie des protestants n'est qu'un blasphème contre la fidélité du Sauveur.

De même que le baptême représente la grâce qui purifie notre âme du péché, et que la cène représente la grâce qui nourrit et fortifie notre Ame ; ainsi le mariage représente la grâce qui unit les esprits et les cœurs des époux. Où est la différence? De même que Jésus-Christ a dit : Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé, «t celui qui mange ce pain, vivra éternellement, il a dit aussi : Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni. Donc •c'est la grâce de Dieu qui unit -les époux.

2° C'est la question, disent les protestants, de savoir si la cérémonie du mariage donne la grâce. Cette ques-

tion est encore. résolue par saint Paul ; en comparant les personnes mariées à celles qui vivent dans le célibat, il dit que chacun a reçu de Dieu un don particulier. I. Cor., c. 7, fi. Quel peut être le don de Dieu à l'égard des personnes mariées, sinon la grâce qui réunit les cœurs ? Ont-elles moins besoin de grâce pour remplir les devoirsdeleur état, que les célibataires?

L'apôtre ajoute, f 14, que. les enfants des fidèles mariés sont saints; pourquoi, sinon parce qu'ils sont nés d'une union sainte ? Or, cette union ne peut être sanctifiée que par la grâce de Dieu.

D'ailleurs, dès qu'il a plu aux protestants de décider que les sacrements ne produisent point par eux-mêmes la grâce sanctifiante dans l'âme de ceux 'qui les reçoivent, que tout leur effet consiste à exciter la foi qui seule justifie, nous ne voyons pas pourquoi ils excluent le mariage du nombre des sacrements. Cette cérémonie est-elle donc moins propre à exciter la foi dans les fidèles, que celle du baptême ou de la cène ? Les promesses mutuelles que se font les époux d'une fidélité inviolable, la bénédiction de l'Eglise qui consacre ces promesses, doivent leur persuader, sans doute, que Dieu les ratifie, qu'il leur donnera les grâces et la force dont ils auront besoin pour vivre saintement pour s'aider et se supporter, pour élever chrétiennement leurs enfants, etc.

3" L'Eglise catholique fait profession d'entendre l'Ecriture sainte, non comme il plail à quelques docteurs, mais comme elle a été constamment entendue depuis les apôtres jusqu'à nous; or, on a toujours donné dans l'Eglise aux passages que nous alléguons le même sens que nous leur donnons.

Saint Clément d'Alexandrie, Strom., 1. 3, réfute les divers hérétiques qui condamnaient le mariage et regardaient comme un crime la procréation des enfants; il leur soutient que le mariage est non-seulement innocent et permis, mais saint et destiné à sanctifier les époux, et que les enfants qui en proviennent sont saints, c. 6, p. 532; que c'est Dieu qui unit la femme à son mari, c. 10, pag. S42;

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et il le prouve par les passades de l'Ecriture que nous avons cités.

Tertullien, L. 5, contra Marcion., c. 18, emploie les mêmes preuves contre Marcion, et nomme quatre ou cinq fois le mariage sacrement. L. 2, ad Uxorcm, c. 8, il dit que le mariage des chrétiens est conclu par l'Eglise, confirmé par l'oblation, consacré par la bénédiction, publié par les auges, approuvé par le Père céleste. Telle était donc la croyance du second et du troisième siècle de l'Eglise.

On peut voir daus Bellarmin, tom. 3, de Matrim., et dans d'autres théologiens, les passages de saint Jean Chrysostome, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Léon, etc., qui nous attestent de même la tradition du quatrième et du cinquième siècle. C'est la réfutation complète des prétendus réformateurs, qui ont osé écrire qu'avant saint Grégoire, qui a vécu sur la fin du sixième, aucun Père de l'Eglise n'avait regardé le mariage comme un sacrement. Drouin, de Re sacram.

tom. 9, 1. 10.

4° Une nouvelle preuve de l'antiquité de cette doctrine, esllacroyance des sectes orientales qui sont séparées de l'Eglise romaine depuis le sixième siècle; elles mettent aussi bien que nous le mariage au nombre des sacrements. Elles n'ont certainement pas reçu ce dogme de l'Eglise romaine depuis leur séparation, et ce schisme était consommé avant le pontificat de saint Grégoire. Vainement les protestants ont voulu contester ce fait essentiel ; il est prouvé d'une manière qui ne laisse plus aucun lieu d'en douter. Pa-pët. de la foi, t. S, 1. 6, p. 39o et suiv. Les conciles de Florence et de Trente, qui ont décidé que le mariage est uu sacrement, n'ont donc pas établi une nouvelle doctrine.

5° Bingham et d'autres protestants ont été forcés d'avouer que, dès les temps apostoliques, le mariage des chrétiens se faisait par devant les ministres de l'Eglise. Cela est prouvé par la lettre de saint Ignace à saint Polycarpe, où il est dit, n. 5 : « Il » convient que les époux se marient » selon l'avis de l'évèque, afin que

» leur mariage soit selon le Seigneur » et non un effet des passions. Que » toutsefassepourlagloirede Dieu. • Mais s'il n'avait été besoin que de la présence et des conseils de l'évèque, ils n'auraient pas été. moins nécessaires pour les fiançailles, qui sont un engagement au mariage ; cependant il suffisait que les fiançailles fussent faites en présence de témoins.

D'ailleurs Tertullien, qui a vécu dans le siècle suivant, dit que le mariage est consacré par la bénédiction.

Déjà, du temps de saint Ignace, il y avait des hérétiques qui blâmaient le mariage, et qui regardaient comme un crime la procréation des enfants; nous le verrons ci-après ; l'Eglise ne pouvait mieux condamner leur erreur qu'en bénissant solennellement les époux; cette bénédiction est donc incontestablement des temps apostoliques : jamais l'Eglise no l'a regardée comme une simple cérémonie qui ne produisait aucun effet.

6° Depuis que les protestants ont retranché le mariage du nombre de3 sacrements, on a vu les suites pernicieuses de leur erreur. Ils ont soutenu, comme les hérétiques urieutaux, que le mariage est dissoluhle pour cause d'adultère. Luther et ses coopôrateurs qnt poussé la turpitude jusqu'à excuser ce crime, jusqu'à autoriser la polygamie, en permettant au landgrave de liesse d'avoir deux femmes à la fois. Hist. des Variât., liv. 6, chap. 1 et suiv.; 4° Avert. aux Protest., etc.

C'est au contraire la fermeté de l'Eglise romaine à conserver l'ancienne croyance, qui a fait réformer chez les nations catholiques l'imperfection des lois romaines, et qui a fait cesser l'usage scandaleux du divorce. Pour sentir l'importance deçà service rendu à la société, il faut comparer les désordres et les crimes qui naissent du mariage chez les nations infidèles, avec la police et le bon ordre qui régnent chez les nations chrétiennes. Voyez Vesprit des usages et des coutumes des di/fi rents peuples, t. 1,1. 3, c. S et suiv.

On croit communément (pie Jésus- Christ éleva le mariage à la dignité de sacrement, lorsqu'il honora de sa

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présence les noces de Cana ; c'est le sentiment de saint Epiphane, Ilxr. G7; desaintîMaxime, Rom. \, in Epiphan.; de saint Augustin, Tract. 9, inJoan.; de saint Cyrille, dans sa Lettre àNestorius. Mais peu importe de savoir en quel temps il l'a fait, dès que nous sommes instruits de cette vérité par les apôtres. Au douzième et au treizième siècle, saint Thomas, saint Bonaventure et Scot n'ont pas osé définir comme articledefoique le mariage est un sacrement; Durand et quelques autres ont avancé que cela n'était pas de foi ; mais l'Eglise a décidé le contraire au concile de Trente, sess. 24, can. 1. Nous avons vu cidevant les preuves sur lesquelles elle s'est fondée.

Quand on dit que le mariage est un sacrement, cela s'entend seulement du mariage célébré selon les lois et les cérémonies de l'Eglise. Lorsque deux personnes infidèles, mariées dans le sein du paganisme ou de l'hérésie, embrassent la religion chrétienne, le mariage qu'elles ont contracté est valide; il subsiste sans être un sacremont. Une l'était pas dans le moment de la célébration, et on ne le réhabilite point lorsque les parties abjurent l'infidélité. Quelques théologiens ont même douté si les mariages contractésparprocureur, quoique valides, étaient des sacrements; mais leur sentiment n'est pas suivi. (1).

On dispute encore pour savoir quelle est la matière et la forme de ce sacrement. Les uns ont dit que les contractants eux-mêmes sont la matière, et que leur consentement mutuel, exprimé par des paroles ou par des signes, en est la forme. Selon d'autres, le don que se font les contractants d'un droit réciproque sur leurs personnes est la matière, et l'acceptation mutuelle de ce droit est la forme. Suivant ces deux sentiments, les contractants sont les ministres du sacrement; le prêtre n'est qu'un témoin nécessaire pour la validité du contrat.

Un plus grand nombre pensent

(1) H suit d'une déclaration de Pie IX qnll n'y a ju de mariage valide entre chrétiens sans qu'il «it sacrement.

Le Nom.

qu'il doit y avoir une distinction entre le sujet qui reçoit le sacrement et le ministre qui le donne, puisqu'il en est ainsi à l'égard des autres sacrements; d'où ils concluent que' les contractants ne peuvent être tout à la fois les sujets et les ministres du mariage. Dans l'opinion contraire, disentils, il est difficile de vérifier l'axiome reçu, savoir que les paroles ajoutées au signe sensible font le sacrement :

Acccdit verbum ad elementum, et fit sacramentum. Ils pensent donc que la matière du sacrement de mariage est le contrat que font entre eux les époux, et que la bénédiction du prêtre en est la forme; conséqueniment que c'est le prêtre qui en est le ministre, comme il l'est des antres sacrements.

Le' concile de Trente, continuent ces théologiens, parait l'avoir ainsi entendu, lorsqu'il a décidé, sess. 24, de lleform. matrim. , c. 1 , que le prêtre, après s'être assuré du consentement mutuel des contractants, doit leur dire : Ego vos in matrimonium conjuug.o, etc. Paroles qui ne seraient pas exactement vraies, si elles n'opéraient pas ce qu'elles signifient.

Les partisans du sentiment contraire sont forcés de tordre le sens de celte formule, pour la concilier avec leur opinion.

Cesentiment, disent-ils enfin, paraît encore le plus conforme à celui des Pères et des conciles. Terlullien, comme nous l'avons vu, dit que le mariage est consacré par la bénédiction. Saint Ambroise s'exprime de même, Epist. 19, ad Vigil., n. 7. Le concile de Carthage, de l'an 398, exige cette bénédiction; et suivant le décret de Gratien, elle donne la grâce. Voyez Ménard sur le Sacrum.

de saint Grég., p. 412.

On objecte à ces théologiens que la formule prononcée par le prêtre n'est pas absolument la même partout, que dans les églises orientales elle est différente. Mais la formule de l'absolution et celle de l'ordination ne sont pas non plus absolument les mômes que dans l'Eglise romaine ; il suffit qu'elle soit équivalente pour que le sacrement soit valide.

Le concile de Trente a réglé encore

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le degré do publicité et do solennité que doit avoir le mariage, en exigeant qu'il fut précédé par la publication des bans, célébréparlecuré, en présence de deux ou trois témoins, et en déclarant absolument nuls les mariages clandestins. Plusieurs souverains avaient fait demander au concile cette réforme par leurs ambassadeurs. Quant aux cérémonies qui doivent accompagner la mariage, elles sont prescrites dans les rituels, et il est peu de personnes qui ne les connaissent pour en avoir été témoins. Un contrat qui, pour toute la vie, doit décider du sort des époux, des droits et de l'état des enfants, de la tranquillité des familles, ne peut être trop public; aucune des précautions que l'on prend pour en constater l'authenticité ne doit paraître indifférente.

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