‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 8 sur 114 · LAS · texte numérisé non relu

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chait dans les chaires, de l'État purement passif de l'homme dans sa conversion ; tel est : Fondement de la vraie conversion contre la pénitence flacienne, Francfort-sur-1'Oder, 1568 : Fondements de la pure vérité évangélique; Symbolum Apostolicum , dédié aux Augsbourgeois ; la Perle d'or, Nurenberg, 1556, où il décrit la situation des Luthériens comme il suit : « Le monde ne peut plus durer, dit-il; toute discipline devient inutile, tout châtiment impuissant; personne ne craint plus la colère de Dieu; la liberté de la chair est le souverain bien des évangélistes, la seule chose qu'ils voient dans l'Évangile. On ne veut entendre prêcher que la grâce, la grâce seule, la grâce toujours, la grâce et sa douceur, pour ne pas entendre parler de pénitence. Grâce vaine! Ces prêcheurs de la grâce, ces fidèles en paroles, qui se sont séparés du Pape et ont retrouvé le pur Evangile, n'y ont découvert qu'une chose, savoir que les bonnes œuvres ne sauvent pas, que Dieu est miséricordieux, qu'on peut s'en rapporter à lui. »

Le Nom.

LASKO (Jean de.) {Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Cet archevêque de Gnesen, primat de Pologne, né en 1466 et mort en 1531, célèbre par son patriotisme au temps de l'invasion de la Pologne et de la Hongrie par les Turcs et par les Tartares, a laissé en fait d'écrits : Relatio de Erroribus Moschorum, facta in concilio Lateranensi a Joanne Lasko, archiepiscopo Gnesnensi; Sanctiones ecclesiasticx, tam ex pontificum decretis quam m constitutionibus synoiorum provincise, imprimis autcm slatuta in diversis provincialibus synodis a se sancita, Cracoviœ, 1525, in-4°; Commune Polonix regni privilegium constilutionum et indultuum, Cracoviœ, 1506, chez Haller.

Érasme dédiant, à Jean de Lasko en 1527, son édition des œuvres de sain* Ambroise, le nommait : Pietatis antistitem, eruditionis eximium ■patronum, omnis pudicitix exemplar ïncomparabile, episcopum pacis et tranquillitatis publicx studiosissimum. Le Noir.

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LATEX, vaisseaux laticifères.

( Théol. mixt. scien. bot. pkysiol. végét.) V. Circulation de la sève. Le latex est une sève particulière qui est quelquefois colorée, quelquefois incolore, et qui, dans certaines plantes, est laiteuse. C'est le latex qui forme le lait végétal des arbres à lait.

Le Noir.

LATIN. L'Eglise latine est la même chose que l'Eglise romaine ou l'Eglise d'Occident, par opposition à l'Eglise grecque ou à l'Eglise d'Orient.

Depuis le schisme des Grecs, commencé dans le neuvième siècle et consommé dans le onzième, les catholiques romains, répandus dans tout l'Occident, ont été nommés Latins, parce qu'ils ont retenu dans l'office divin l'usage de la langue latine, de même que ceux d'Orient ont conservé l'usage de l'ancien grec.

M. Bossuet, dans sa Défense de la tradition et des saints Pères, observe très-bien que, depuis ce schisme fatal, l'Eglise latine a été l'Eglise catholique ou universelle; qu'ainsi, en fait de doctrine, ce serait un abus de vouloir opposer le sentiment de l'Eglise grecque à celui de l'Eglise latine. Il ne s'ensuit pas néanmoins qu'il soit inutile de savoir ce que l'on a pensé dans les huit premiers siècles, puisqu'alors elle faisait partie de l'Eglise universelle. Il faut nécessairement joindre les Pères grecs aux Pères latins, pour former la chaîne de la tradition, et la faire remonter jusqu'aux apôtres. C'a donc été un malheur que, depuis l'inondation des Barbares en Occident, l'on n'ait plus été en état de cultiver la langue grecque, et de lire les Pères qui avaient écrit dans cette langue ; ce n'est que depuis la renaissance des lettres parmi nous, que l'on arecommencé à étudier la doctrine chrétienne dans les ouvrages de ces écrivains vénérables.

Comme, au septième siècle, les mahométans ont fait dans l'Orient les mêmes ravages que les Barbares du Nord avaient faits en Occident pendant le cinquième et les suivants, les lettres ont été encore moins cultivées, depuis ce temps-là, chez les

Grecs que chez les Latins ; et il y a eu moins de personnages célèbres parmi les premiers que parmi les seconds.

Depuis plus de deux cents ans, l'étude de l'antiquité s'est renouvelée parmi nous, elle ne s'est point réveillée chez les Grecs : il n'y a parmi eux ni écoles célèbres, ni riches bibliothèques ; ceux d'entre eux qui veulent faire de bonnes éludes, sont obligés de venir en Italie.

On a travaillé à la réunion des Grecs et des Latins dans les conciles de Lyon et de Florence, mais avec peu de succès. Pendant les croisades, les Latins s'emparèrent de Constantinople, et y dominèrent plus de soixante ans, sous des empereurs de leur communion ; ces expéditions militaires ont encore augmenté l'aversion et l'antipathie entre les deux peuples. Ausssi les Grecs détestent plus les Latins qu'ils ne haïssent les mahométans, sous la tyrannie desquels ils sont opprimés ; et les missionnaires qui vont en Orient trouvent très-peu de fruit à faire chez les Grecs. Voyez Grecs.

Bergier.

LATITUDE. {Thêol. mixt. seien.

géograph. et cosmol. V. Hipparque.

Le Noir.

LATITUDINAIRES, nom tiré du latin latitudo, largeur. Les théologiens désignent sous ce nom certains tolérants, qui soutiennent l'indifférence des sentiments en matière de religion, et qui accordent le salut éternel aux sectes même les plus ennemies du christianisme : c'est ainsi qu'ils se flattent d'avoir élargi la voie qui conduit au ciel. Le ministre Jurieu était de ce nombre, ou du moins il autorisait cette doctrine par sa manière de raisonner; Bayle le luiaprouvé dans un ouvrage intitulé :

Janua cœlorum omnibus reserata, la Porte du ciel ouverte à tous.

Ce livre est divisé en trois traités.

Dans le premier, Bayle fait voir que, suivant les principes de Jurieu, l'on peut très-bien faire son salut dans la religion catholique, malgré tous les reproches d'erreurs fondamentales et d'idolâtrie que ce ministre fait à

l'Eglise romaine. D'où il s'ensuit que les prétendus réformés ont eu trèsgrand tort de rompre avec cette Eglise, sous prétexte que l'on ne pouvait pas y faire son salut. Dans le second, Bayle prouve que, selon les mêmes principes, l'on peut aussi être sauvé dans toutes les communions chrétiennes, quelles que soient les erreurs qu'elles professent, par conséquent parmi les ariens, les nestoriens, les eutychiens ou jacobites, et les sociniens. C'est donc mal à propos que les protestants ont refusé la tolérance à ces derniers. Dans le troisième, qu'en raisonnant toujours de même, on ne peut exclure du salut ni les juifs, ni les mahométans, ni les païens. Œuvres de Bayle, tom. 2.

M. Bossuet, dans son sixième Avertissement aux protestants, 3 e partie, a traité cette même question plus profondément, et il a remonté plus haut.

Il a démontré, 1° que le sentiment des latitudinaires, ou l'indifférence en fait de dogmes, est une conséquence inévitable du principe duquel est partie la prétendue réforme; savoir, que l'Eglise n'est point infaillible dans ses décisions, que personne n'est obligé de s'y soumettre sans examen, que la seule règle de foi est l'Ecriture sainte. C'est aussi le principe sur lequel les sociniens se sont fondés, pour engager les protestants à les tolérer; ils ont posé pour maxime qu'il ne faut point regarder un homme comme un hérétique ou mécréant, dès qu'il fait profession de s'en tenir à l'Ecriture sainte. Jurieu lui-même est convenu que tel était le sentiment du trèsgrand nombre des calvinistes de France, qu'ils l'ont porté en Angleterre et en Hollande lorsqu'ils s'y sont réfugiés; que dès ce moment cette opinion y a fait chaque jour de nouveaux progrès. D'où il résulte évidemment que la prétendue réforme, par sa propre constitution, entraîne dans l'indifférence des religions; la plupart des protestants n'ont point d'autre motif de persévérer dans la leur. Jurieu est en-, core convenu que la tolérance civile, c'est-à-dire l'impunité accordée à

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toutes les sectes par le magistrat, est liée nécessairement avec la tolérance ecclésiastique ou avec l'indifférence, et que ceux qui demandent la première n'ont d'autre dessein que d'obtenir la seconde.

2° Il fait voir que les latitudinaires, ou indifférents, se fondent sur trois règles, dont aucune ne peut être contestée par les protestants ; savoir, i" qu'il ne faut reconnaitrenulle autorité que celle de l'Ecriture; 2° que l'Ecriture, pour nous imposer l'obligation de la foi, doit être claire : en effet, ce qui est obscur ne décide rien, et ne fait que donner lieu à la dispute ; 3° qu'où l'Ecriture parait enseigner des choses inintelligibles, et auxquelles la raison ne peut atteindre, comme les mystères de la Trinité, de l'Incarnation, etc., il faut la tourner au sens qui parait le plus conforme à la raison, quoiqu'il semble faire violence au texte. De la première de ces règles, il s'ensuit que les décisions des synodes et les confessions de foi des protestants ne méritent pas plus de déférence qu'ils n'en ont eu eux-mêmes pour les décisions des conciles de l'Eglise romaine ; que quand ils ont forcé leurs théologiens de souscrire au synode de Dordrecht, sous peine d'être privés de leurs chaires, etc., ils ont exercé une odieuse tyrannie. La seconde règle est universellement avouée parmi eux ; c'est pour cela qu'ils ont répété sans cesse, que sur tous les articles nécessaires au salut l'Ecriture est claire, expresse, à portée des plus ignorants. Or, peut-on supposer qu'elle le soit sur tous les articles contestés entre les sociniens, les arminiens, les luthériens et les calvinistes? Non sans doute ; tous sont donc très-bien fondés à persister dans leurs opinions.

La troisième règle ne peut pas être contestée non plus par aucun d'eux, c'est sur cette base qu'ils se sont fondés pour expliquer dans un sens ligure ces paroles de Jésus-Christ :

Ceci est mon coi-ps ; si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, etc., parce que, selon leur avis, le sens littéral fait violence à la raison. Un socinien n'a donc pas moins de droit de prendre dans un sens figuré ces

autres paroles, le Verbe était Dieu, le Verbe s'est fait chair, dès que le sens littéral lui parait blesser la raison.

Il n'est pas un des prétextes dont les calvinistes se sont servis pour éluder le sens littéral dans le premier cas, qui ne serve aussi aux sociniens pour l'esquiver dans le second.

Vainement les protestants ont eu recours à la distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux :

de leur propre aveu, cette distinction ne se trouve pas dans l'Ecriture sainte. Peut-on d'ailleurs regarder comme fondamental, selon leurs principes, un article sur lequel on ne peut citer que des passages qui sont sujets à contestation, et susceptibles de plusieurs sens? Au jugement d'un socinien, les dogmes de la Trinité et de l'Incarnation ne sont pas plus fondamentaux que celui de la présence réelle aux yeux d'un calviniste. Voyez Fondamental.

3° M. Bossuet montre que, pour réprimer les latitudinaires, les protestants ne peuvent employer aucune autorité que celle des magistrats.

Mais ils se sont ôté d'avance cette ressource, en déclamant non-seulement contre les souverains catholiques qui n'ont pas voulu tolérer le protestantisme dans leurs États, mais encore contre les Pères de l'Eglise qui ont imploré, pour maintenir la foi, le secours du bras séculier, surtout contre saint Augustin, parce qu'il a trouvé bon que les donatistes fussent ainsi réprimés.

A la vérité, Jurieu et d'autres ont été forcés d'avouer que leur prétendue réforme n'a été établie nulle part par un autre moyen ; à Genève, elle s'est faite par le sénat; en Suisse, par le conseil souverain de chaque canton ; en Allemagne, par les princes de l'empire/, dans les Provinces- Unies, par les États ; en Danemarck, en Suède, en Angleterre, par les rois et les parlements : l'autorité civile ne s'est pas bornée à donner pleine liberté aux protestants ; mais elle est allée jusqu'à ôter les églises aux papistes, à défendre l'exercice public de leur culte, à punir de mort ceux qui y perîistaient. En France même, si les rois de Navarre et les princes

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du sang ne s'en étaient pas mêlés, on convient que le protestantisme aurait succombé. Ainsi ses sectateurs ont prêché successivement la tolérance et l'intolérance, selon l'intérêt du moment; les patients et les persécuteurs ont eu raison tour à tour, lorsqu'ils se sont trouvés les plus forts.

4° Il observe qu'en Angleterre la secte des brovraistes, ou indépendants, est née de la même source.

Ces sectaires rejettent toutes les formules, les catéchismes, les symboles, même celui des apôtres, comme des pièces sans autorité; ils s'en tiennent, disent-ils, à la seule parole de Dieu. D'autres enthousiastes ont été d'avis de supprimer tous les livres de religion, et de ne réserver que l'Ecriture sainte.

5° Il prouve, comme a fait Bayle, que, selon les principes de Jurieu, qui sont ceux de la réforme, on ne

Ïteut exclure du salut ni les Juifs, ni es païens, ni les sectateurs d'aucune religion quelconque.

L'Eglise catholique, plus sage et mieux d'accord avec elle-même, pose pour maxime que ce n'est point à nous, mais à Dieu, de décider qui sont ceux qui parviendront au salut, et qui sont ceux qui en seront exclus.

Dès qu'il nous a commandé la foi à sa parole comme un moyen nécessaire et indispensable au salut, il ne nous appartient pas de dispenser personne de l'obligation de croire; et il est absurde d'imaginer que Dieu nous a donné la révélation, en nous laissant la liberté de l'entendre comme il nous plaira; ce serait comme s'il n'avait rien révélé du tout. Aussi at-il confié à son Eglise le dépôt de la révélation ; et si, en la chargeant du soin d'enseigner toutes les nations, il n'avait pas imposé à celle-ci l'obligation de se soumettre à cet enseignement, Jésus-Christ aurait été le plus imprudent de tous les législateurs (1).

Depuis dix-sept siècles, cette Eglise

(1) ',11 est bien entendu qu'il ne s'agît que des choses de religion que le concile de Trente et le concile do Vatican ont qualifiées De fide vel moribu:.

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