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n'a changé ni de principes ni de conduite ; elle a frappé d'anathème et a rejeté de son sein tous les sectaires qui ont voulu s'arroger l'indépendance. Les absurdités, les contradictions, les impiétés dans lesquelles ils sont tombés tous, dès qu'ils ont rompu avec l'Eglise, achèvent de démontrer la nécessité de lui être soumis. En prêchant l'indépendance, les latitudinaires, loin de faciliter le chemin du ciel, n'ont fait qu'élargir la voie de l'enfer. Voyez Indifférence.
Bekgieh.
LATRAN, était dans l'histoire romaine le nom d'un homme, de Plautius Lateranus, consul désigné, qui, fut mis à mort par Néron ; il fut donné ensuite à un ancien palais de Rome et aux bâtiments que l'on a faits à sa place ; enfiu à l'Eglise de saint Jean de Latran, qui passe pour être la plus ancienne de Rome, et qui est le siège delà papauté; mais il est probable que son nom lui vient plutôt de later, brique, que du consul Lateranus.
On appelle conciles de Latran ceux qui ont été tenus à Rome dans la basilique de ce nom, et il y en a eu onze, dont quatre sont généraux ou œcuméniques ; nous ne parlerons que de ces derniers.
L'un est celui de l'an 1 123, sous le pape Calixte II, dans lequel on lit plusieurs canons touchant la discipline , surtout contre la simonie , contre le pillage des biens de l'Eglise, contre l'ambition des moines qui usurpaient la juridiction et les fonctions ecclésiastiques. C'est le neuvième concile général. On y voit que les mœurs de l'Europe étaient alors très-corrompues, que la licence des séculiers, portée à son comble, s'était communiquée au clergé.
Le dixième fut tenu l'an 1130, sous le pape Innocent II, immédiatement après le schisme formé par Pierre de Léon, ou l'antipape Anaclet. Comme Innocent II n'avait pas encore été reconnu par les rois de Sicile et d'Ecosse, un des premiers objets du concile fut d'éteindre enfin tout reste de schisme, et de réformer les abus qui s'étaient introduits à cette occasion.
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Il condamna ensuite les erreurs de Pierre de Bruis et d'Arnaud de Bresse, l'un des disciples d'Abailard. Voyez Arnaldistes et Pétrorrusiens. On fut obligé de renouveler la plupart des canons de discipline qui avaient été faits dans le concile précédent, et qui avaient produit Irès-peu d'effet.
Le onzième, l'an 1179, fut présidé par Alexandre III, et il fut encore destiné à éteindre un nouveau schisme formé par un antipape nommé Calixte, soutenu par l'empereur Frédéric. Ce concile prit des mesures et lit des règlements pour prévenir, dans la suite, les schismes à l'occasion de l'élection des Papes. Il condamna les vaudois, les cathares, appelés aussi patarins ou poplicains, et les albigeois. Il renouvela les canons des conciles précédents touchant la discipline, et fit de nouveaux efforts pour réprimer le brigandage des seigneurs, le luxe des prélats, le dérèglement des ordres, soit militaires soit religieux. Mais que pouvaient produire les lois ecclésiastiques au milieu des désordres et de l'anarchie qui régnaient dans l'Europe entière?
Le douzième futconvoqué l'an 121b par Innocent III. Ce Pape y fit recevoir soixante-dix canons de discipline, à la tète desquels est une exposition de la foi catholique, contre les albigeois et les vaudois. La présence réelle de Jésus Christ dans l'eucharistie y est établie ; c'était la confirmation des conciles précédents , qui avaient condamné l'hérésie de Bérenger. On y trouve, pour la première fois, le terme de transsubstantiation, pour exprimer le changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Le concile condamna ensuite le traité que l'abbé Joachim avait fait contre Pierre Lombard sur ?a Trinité, et dans lequel il avait enseigné des erreurs. On y trouve enlin fa condamnation de la doctrine d'Amauri.
Le onzième canon renouvelle l'ordonnance qui avait été portée dans le concile précédent, d'établir des maîtres de grammaire dans les églises cathédrales et collégiales ; il veut que l'on établisse aussi des théologaux dans les églises métropolitaines : rè-
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glement sage, mais triste monument de l'ignorance dans laquelle l'on était plongé, et que les pasteurs s'efforçaient en vain de dissiper.
Le vingt-unième est le célèbre canon omnis utriusque sexus, qui ordonne à tous les fidèles de se confesser au moins une fois l'an, à leur propre prêtre, et de recevoir la sainte eucharistie au moins à Pâques, il fut fait à l'occasion des albigeois et des vaudois, qui méprisaient la confession et la pénitence administrée par les prêtres, et prétendaient recevoir l'absolution de leurs péchés par la seule imposition des mains de leurs chefs.
La plupart des lois portées dans ce concile ont été renouvelées* par celui de Trente, et sont aujourd'hui assez généralement observées. Voyez VHistoirede l'Eglise gallicane, tome 10, 1. 30, an 1215.
Bergier.
A ces quatre conciles œcuméniques de Latran, admis comme tels par les gallicans, les ultramontains, conformément à la liste du Vatican, en ajoutent un cinquième, celui de 1512 qui fut clos sous Léon X. Voici ce qu'en dit M. Schiôld.
« Le cinquième concile fut ouvert en 1512 par le pape Jules II, qui l'avait convoqué pour l'opposer au pseudo-concile de Pise. Il fut clos par le pape Léon X, en 1517. Il fut peu nombreux et généralement composé de prélats italiens. Les décrets du concile de Pise furent annulés, l'abolition de la Pragmatique Sanction de France fut confirmée, des canons de discipline furent promulgués, etc: »
Quant aux autres conciles de Latran qui sont au nombre de cinq, voyez les collections des conciles de Labbe, de Ilardouin, de Colesti, de Mansi, etc. Le Noir.
LATRAN (chanoines de) ou de Sai.\t-Sauveur. C'est une congrégation de chanoines réguliers, dont le chef-lieu est l'église de Saint-Jcande Latran. Quelques auteurs ont prétendu qu'il y avait eu à Rome, depuis les apôtres, unesuccefsion continuelle de clercs vivant en commun, et attachés à cette église; maisrene futque
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sous Léon III, vers In milieu du huitième siècle, qu'il se forma des congrégations de chanoines réguliers vivant en commun. On ne peut donc pas prouver que les clercs de Saint- Jean de Latrcm aient possédé cette église pendant huit cent ans, et jusqu'à Boniface VIII qui la leur ùta, pour mettre à leur place des chanoines réguliers. Eugène IV, cent cinquante ans après, y rétablit les anciens possesseurs, aujourd'hui une partie de ces chanoines sont des cardinaux.
Bergier.
LATRIE, mot grec dérivé de TdrspK, serviteur. Dans l'origine, Xcrepsfex désignait le i-espect, les services et tous les devoirs qu'un esclave rend à son maître; de là l'on s'est servi de ce terme pour signifier le culte que nous rendons à Dieu. Comme nous honorons aussi les saints par respect pour Dieu lui-même, l'on a nommé didic le culte rendu aux saints, alin de témoigner que ce culte n'est point égal à celui que l'on rend à Dieu, qui lui est inférieur et subordonné.
Cette distinction n'a pas satisfait les protestants ; ils disent que chez les Grecs M-rpn, et Soùac;, signifient également nn serviteur; qu'ainsi dul'c et latrie expriment l'un et l'autre le service ; d'oùils concluent que nousservons indifféremment Dieu, les saints, les reliques, les images, puisque nous rendons un culte à ces divers objets; qu'entre idolâtrie, service des idoles, et iconolâtrie, service des images, il n'y a évidemment aucune différence.
Mais argumenter sur un mot équivoque n'est pas le moyen d'éclaircir une question. Un militaire sert le roi, un magistrat sert le public; nous rendons service à nos amis ; nous disons même à un inférieur, je suis votre serviteur. Si un disputeur soutenait que, dans tous ces exemples, le mot servir a le même sens, il se rendrait très-ridicule.
Servir Dieu, ce n'est pas seulement lui rendre des honneurs et du respect, mais c'est lui témoigner l'amour, la reconnaissance, la confiance, ia soumission et l'obéissance que nous mi devons comme au souverain
maître de foules choses; peut-on dire, dans le même sens, que nous servons les saints et les images, parce que nous les honorons, et que nous leur donnons des signes de respect? Nous honorons les saints, parce qu'ils sont eux-mêmes les serviteurs de Dieu; en cela nous n'obéissons pas aux saints, mais à Dieu. 11 est dit qu'ils régneront avec Dieu, Apoc, c. 22, jlr.S; leur récompense est appelée un royaume, Matth.,c. 23, f. 34 : en quel sens, s il n'est pas permis de leur adresser des respects ni des prières?
Nous honorons les images, parce qu'elles nous représentent des objets respectables , et c'est à ces objets mêmes que s'adressent nos respects; mais ce respect n'est ni égal, ni inspiré parle même motif que celui que nous rendons à Dieu.
Quelques ordres religieux, plusieurs dévots à la sainte Vierge, se sont nommés serviteurs de Maiie-; cela ne signifie point qu'ils voulaient obéir à 'la sainte Vierge comme à Dieu :
nous appelons les prières pour les morts un service pour eux, et il ne s'ensuit rien.
Posons donc pour principe que les mots latrie, dulie, culte, service, etc., changent de signification, selon les divers objets auxquels ils sont appliqués ; que de même le culte change de nature, selon la diversité des objets auxquels il est adressé, et des motifs par lesquels il est inspiré; que c'est l'intention seule qui décide si un culte est religieux ou superstitieux, légitime ou criminel.
L'idolâtrie, c'est-à-dire le culte ou le respect rendu au simulacre d'un dieu du paganisme, était un crime, non-seulement parce que Dieu l'avait défendu par une loi positive, mais parce qu'il était absurde et impie en lui-même. Il était adressé à un être imaginaire et fantastique, à un prétendu génie ou démon, que l'on supposait présent et logé dans une statue, en vertu de sa consécration ; à un personnage auquel on attribuait tout à la fois les vices de l'humanité et un pouvoir absolu sur tous les hommes, auquel on voulait témoigner par là un respect, une soumission, une con fiance qui ne sont dus qu'au Créateur
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et au souverain Maître de l'univers.
L'iconoldtrie, ou le culte rendu à une image de Jésus-Christ ou d'un saint, porte-t-elle aucun de ces caractères ?
Y a-t-il aucune resssmblance entre ces deux cultes ?
Daillé, qui a tant écrit contre le culte prétendu superstitieux de l'Eglise romaine, est forcé de convenir que, dès le quatrième siècle, les Pères de l'Eglise ont mis une différence entre latrie et dulie; que par le premier de ces termes ils ont désigné le culte rendu à Dieu, et par le second le culte adressé aux saints ; puisque l'Eglise a trouvé bon d'adopter celte distinction, il est de notre devoir de nous y conformer :
c'est à elle de iixer le langage de la religion et de la théologie, comme c'est à la société civile de déterminer le sens du langage ordinaire. Mais il ne faut pas croire que le culte des saints, des images et des reliques, n'ait commencé qu'au quatrième siècle, comme Daillé et les autres protestants le prétendent : nousprouverons en son lieu qu'il date du temps des apôtres. Voy. Culte, Dulie, Saints, etc.
Bergier.
LAUDES. VoyezHEUREs canoniales.
LAUNOY (Jean de,) (Thêol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce savant théologien de l'Université de Paris, et, ardent défenseur des libertés de l'Eglise gallicane, naquit à Valderic, village de Normandie près de Valognes, lit.
ses premières études à Coutances," alla à Paris et devint docteur en Sorbonne... M. Marx rend compte ainsi qu'il suit de ses écrits :
« 1° Son premier livre fut une défense de Durand, célèbre théologien du quatorzième siècle, qui avait soutenu que Dieu ne concourt pas directement aux mauvaises actions de ses créatures libres ; Launoy soutient, contre les adversaires de Durand, que cette proposition est probable
« 2° Dans son second ouvrage, qui est une dissertation , il démontre que, conformément au concile de Trente, à la doctrine des théologiens,
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d'accord avec le concile, et h la pratique actuelle de l'Église , la satisfaction n'a pas besoin de précéder l'absolution dans le sacrement de Pénitence.
« 3" Lorsque, vers 1653, une controverse s'éleva parmi les théologiens du diocèse de Chûlons sur le sens attaché par le concile de Trente aux mots contrition et attrition, les uns déclarant l'attrition suffisante , les autres considérant la contrition comme nécessaire au sacrement de Pénitence, Launoy écrivit un traité dans lequel il montra que le concile n'avait rien décidé à cet égard et avait laissé les deux solutions libres , quoique ceux qui considèrent la contrition comme nécessaire aient une opinion plus motivée que leurs adversaires. A cette dissertation était joint un traité sur l'usage de la fréquente communion.
« 4° Un autre traité de Launoy examine la destinée de l'aristotélisme dans l'Université de Paris, de Varia Aristotelis in Academia Paris, fortuna ; il y établit que le jugement des théologiens sur l'étude et l'application d'Aristotc, jusqu'au seizième siècle, fut toujours défavorable à ce philosophe.
« ii° Dans un autre opuscule il s'élève contre le récit fait par les Chartreux de la conversion de saint Bruno, récit suivant lequel elle eut lieu à la suite de la résurrection d'un chanoine mort à Paris.
« 6° Plus tard il attaqua, dans ud écrit sur les églises fondées en France par les premiers rois franks, l'opi nion jusqu'alors généralement reçue qui faisait remonter la fondation du Christianisme dans les Gaules aux temps apostoliques, ainsi que l'opinion suivant laquelle saint Denis, martyr de Paris, n'est autre que saint Denys l'Aréopagile des Actes des Apôtres.
« 7° En même temps il publia une histoire des églises de Pans jusqu'au dixième siècle.
« 8° Vers la même époque (en 1638) il fit paraître une dissertation dans laquelle il battait en brèche la tradition accréditée en Provence de l'arrivée dans ces parages, peu après
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la mort de Nôtre-Seigneur, de saint Lazare, de saint Maximin, de sainte Madeleine et de sainte Marthe. Il établissait que ce récit, plein de détails fabuleux , ne datait que du dixième siècle. Il composa encore plusieurs autres dissertations critiques et traités sur les premiers propagateurs du Christianisme et les premières églises des Gaules.
« 9° Une dissertation sur la question de savoir de quel concile saint Augustin avait entendu parler lorsqu'il avait dit qu'un concile plénier, concil. plenarium, avait tranché la discussion relative au baptême des hérétiques, si c'était de celui d'Arles ou de celui de Nicée.
« 10° Un traité sur la sollicitude de l'Église pour les pauvres et les nécessiteux. Dans ce traité il réunit tous les canons des conciles, les décrets des Papes, les ordonnances des évêques sur le soin des pauvres et des malheureux, à partir des temps les plus anciens, en y ajoutant beaucoup d'exemples de l'hospitalité et de la bienfaisance des Chrétiens.
« 11° Un opuscule sur l'auteur véritable de l'Imitation de Jésus-Christ , qu'il attribue au chancelier Gerson.
« 12° Une dissertation sur les traditions fabuleuses des Carmes relatives au scapulaire et à la confrérie du Scapulaire, et contre la prétendue vision de Simon Stock, qui affirmait que la sainte Vierge lui était apparue et lui avait remis un scapulaire en disant : « Voici le privilège des Carmes : quiconque meurt revêtu du scapulaire ne peut tomber dans l'enfer. »
« 13° Une dissertation contre la bulle dite Sabbatina, qui confirme ce privilège, et dont de Launoy démontre pertinemment la fausseté.
« 14° Un des ouvrages les plus intéressants de Launoy est son traité sur le canon du quatrième concile de Latran, Omnis utriusque sexus (1215), dans lequel il réunit les décrets, les bulles des Papes et les opinions des théologiens sur ce canon depuis sa publication. Les deux ordres des Franciscains et des Dominicains, nés peu après le quatrième concile de Latran, avaient obtenu,
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relativement à la confession et à la prédication, des privilèges qu'il était difficile de concilier avec ce canon.
Ce canon promulguait l'obligation pour les fidèles de faire leur confession et leur communion pascales auprès de leur curé propre, proprius' sacerdos , ou auprès d'un autre prêtre, avec la permission du curé, tandis que, d'après ces privilèges, on pouvait se passer du curé propre et de son autorisation. De là étaient résultées toutes espèces de plaintes et de controverses sur les droits respectifs des curés et des évêques d'une part, sur ceux des religieux d'autre part ; de là même des décisions incertaines des Papes sur ce point, les uns cherchant à maintenir les religieux dans la jouissance de leurs exemptions et de leurs privilèges, les autres voulant faire droit aux justes plaintes des évêques et des curés sur la diminution de leurs droits et sur le relâchement de la discipline ecclésiastique, en restreignant ces privilèges.
« 1d° Un ouvrage très-ôrudit sur les célèbres écoles qui furent fondées en Occident sous Charlemagne, et, depuis le règne do cet empereur, sur l'origine des universités en France et en Allemagne, et spécialement de l'université de Paris et de la faculté de théologie de cette ville. Cette dernière partie embrasse à peu près la moitié de tout l'ouvrage.
« 16° Un traité du Sacrement de l'Extrême-Onction, démontré théologiquement, comme dogme et pratique, par l'Écriture sainte, les Pères et les théologiens scolastiques.
« 17° Il excita une grande attention et non moins d'opposition par l'ouvrage qu'il publia en 1G64 : de la Puissance royale sur le Mariage, dans lequel il prétend démontrer le droit qu'ont les princes temporels d'établir des empêchements dirimants pour le mariage. Dans ce travail son gallicanisme l'entraîne h méconnaître ouvertement les droits de l'Église. Considérant le contrat comme la base et l'élément radical du mariage, la partie sacramentelle comme accessoire, il accorde au pouvoir temporel plus qu'il ne lui appartient et prive l'É-