‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 82 sur 114 · III. De l'indissolubilité du mariage · texte numérisé non relu

III. De l'indissolubilité du mariage

Dès que le mariage des chrétiens a été validement contracté, est-il absolument indissoluble dans tous les cas ? Jésus-Christ l'a ainsi décidé, Matth., cap. 19, y 6. Que Vhomme, dit-il, ne sépare point ce que Dieu a uni.

Pour lui tendre un piège, les pharisiens étaient venus lui demander s'il était permis à un homme de renvoyer son épouse et de faire divorce avec elle, pour quelque cause que ce fut; Jésus leur répondit : « N'avez-

» vous pas lu qu'au commencement » le Créateur n'a formé qu'un homme » et qu'une femme, et qu'il a dit :

» L'homme quillera son père et sa » mère pour s'atlacher à son épouse, » et ils seront deux dans une même » chair ? Ce ne sont donc plus deux » chairs, mais une seule. Que l'homme » ne sépare point ce que Dieu a uni.

» Pourquoi donc, répliquèrent ies » pharisiens, Moïse a-t-il commandé » de donner aux femmes un billet de » divorce ei de les renvoyer? ïl l'a >• lait, répondit Jésus, à cause de la » dureté de votre cœur; mais il n'en t> était pas ainsi au commencement.

» Pour moi, je vous dis que quicon- » que renvoie sa femme, si ce n'est y> pour cause de fornication, et en » épouse une autre, commet un adul- »-tère; et quiconque en prend une » ainsi renvoyée, commet le même » crime. »

Par la restriction que met ici le Sauveur, a-t-il décidé qu'il est permis de faire divorce avec une épouse, du moins pour cause de fornication ou d'adultère, et d'en épouser une autre, Comme le prétendent les protestants?

Nous soutenons la négative. Voicinos preuves :

1°. Il est évident que la réponse de Jésus-Christ est relative à la question des pharisiens: or, les pharisiens argumentaient sur la loi de Moïse; il était question de savoir si Moïse avait permis de renvoyer une épouse pour quelque cause, que ce fût, comme l'entendaient alors les Juifs. Jésus-Christ décide que, selon la lettre même de la loi, il n'était permis de la renvoyer que pour cause de fornication ou d'infidélité, et qu'encore cette permission n'avait été accordée aux Juifs qu'à cause de la dureté de leur cœur.

En effet, la loi était formelle, Deut., c. 24, t i. « Si quelqu'un, dit Moïse, » a pris une femme et a vécu avec » elle, et qu'elle n'ait pas trouvé c grâce à ses yeux, à cause de quelque » turpitude, il lui donnera un billet » de divorce et la renverra. » Les Juifs, abusant de cette loi, prétendaient qu'il leur était permis de renvoyerune femme, non-seulementpour la cause exprimée dans la loi; mais

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dès que cette femme leur déplaisait, pour quelque cause quecefàt. Malachie, c. 2, jlf 14, leur reprochait déjà cette prévarication. Jésus-Christ réfute la fausse interprétation des Juifs; il décide que la permission du divorce n'a lieu que dans le cas de l'infidélité d'une épouse. Il l'avait déjà ainsi expliqué dans son sermon sur la montagne, Mat th., c. a, f 31, et avait montré le vrai sens de la loi de Moïse,

Mais relativement à la loi primitive, portée dés le commencement du monde, c'est autre chose; Jésus-Christ fait sentir toute l'énergie des paroles du Créateur; il l'ait remarquer qu'avant la loi de Moïse, il n'y avait point de permission de faire divorce, et nous n'en voyons en effet aucun exemple; d'où il conclut absolument qu'il ne faut point séparer ce que Dieu a uni.

2 U Le vrai sens des paroles du Sauveur se tire encore du récit de deux autres étangélistes, Marc, c. 10, jK 10, et Luc, c. 10, } 18. 11 est dit que ses disciples, étonnés de la sévérité de sa décision, l'interrogèrent de nouveau en particulier sur ce même sujet; qu'alors Jésus- Christ décida sans restriction : « Qui- » conque renvoie sa femme et en » épouse une autre, est adultère, et » toute femmequiquitte sonmari, et » en prend un autre, est adultère, »

Alors il n'était plus question de la loi de Moine; mais de la loi naturelle et primitive.

Si les disciples ne l'avaient pas ainsi entendu, s'ils avaient pensé que leur maître laissait, comme Moïse, la liberté de faire divorce pour cause d'adullère, nous ne voyous pas d'où aurait pu venir leur étonnement et la conclusion qu'ils tirèrent de là :

« S'il en e^t ainsi, dirent-ils, de la » condition d'un mari à l'égard de » sa femme, il vaut mieux ne pas se » marier. » ISatth., c. 10, }. 10.

3" Ce même sens est celui que les plus anciens Pères de l'Eglise ont donné aux paroles de Jésus-Christ ; Hermas, dans le Pasteur, livre 2, mand. k\ Tcrlullien, de Monoi/am., c. et 10; saint Basile, adAmpliUooh., c. 9 et 18; saiut Jérôme, sur le cha-

pitre 19 de saint Matthieu et ailleurs; saint Augustin, dans ses deux livrée de Adult. conjugiis, et dans d'autre»

ouvrages; le pape Innocent 111, dans sa 3 e lettre à Exupère, c. 6, etc. — Origène, sur saint Matthieu, t. 14, n.

23, semble penser de même, mais il excuse les évèques qui, pour éviter de plus grands malheurs, ont quelquefois permis le divorce et un secoud mariaye.

Le deuxième concile de Milève, l'an 416, can. 17; celui de Nanteflj l'an G00, can. 12; celui de Soissons, l'an 744, can. 9; celui de Paris, l'an 014, can. 46, et plusieurs autres, ont réglé la discipline sur la môme explication des paroles de l'Evangile. C'est donc une tradition constante, et c'est avec raison que le concile de Trente, sess. 24, can. 7, a condamné ceux qui la rejettent comme une erreur (1).

Ces autorités nous paraissent plus respectables que celles des prétendus réformateurs et de tous les dissecteurs qui les ont copiés.

4° Cette doctrine est exactement conforme à celle do saint Paul, ilom., c. 7, f. 2, l' apôtre dit qu'une femme

Doctrine du enneile de Trente, sur l'indissolubilité du mariage. Au commencement do la iîc session sur le mariage; on lit la doctrine suivante: « Le premior père du genre humain a proooucé, u par l'inspiration <Je l'Esprit saint, nue le lien du » mariage est perpétuel et indissoluble, lorsqu'il a » dit : Col os est maintenant l'os de mes os, etc. u Le Seigneur a fait couualtro la fermeté de ce » lien, lorsqu'il a dit: Que ce que 1) en a uni, » l'homme ne le sépare point, s

Lu cinquième canon porte : * Si quelqu'un dit » qu'à rause do l'hérésie ou d'uno habitation

■ fâcheuse, ou à cause de l'absence affectée d'un » des époux, lo lien du mariuge peut être dissous, * qu'il soit anatliômo. >

Lo septième canon porte : « Si quelqu'un dit u que l'Église se trompe lorsqu'elle a enseigné et d qu'elle enseigne, selon lit doctrine évangéliiiua » et apostolique, qu'à cmi-o de l'adultère de 1 un » des époux, le lien du mariage ne peut pas être

■ dissous, et que ni l'un ni l'uutro, même

» non coupable qui n'a point donné cause à l'aduls tare, ne peut, l'antre époux virant, contracter s un autre mariage, et que celui-là qui aysnt s renvoyé la femme adultère, on épouse une autre, » on que celle qui, ayant ronvoyô le mari ailul-

■ tère, en épouse un autre, est adultère; qu'il soit » anattième. s Ce canon et formel. L'Eglise enseigne, selon la doctrine évantjèligue tt tolique, que le lien du mariage ne peut être dissous par l'adultère ; que la mari ou la feuioie qui se sépare pour cause d'adultère, ne peut contracter un second mariage sans tomber dan»

l'adultère.

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aemeure sous le joug de la loi tant que son époux est vivant, de manière qu'elle devient adultère si elle vit avec un autre homme ; il n'excepte pas le cas du divorce. I. Cor., c. 7, f 10, il dit, d'après Jésus-Christ, que si une femme quitte son mari, elle doit demeurer dans le célibat ou se réconcilier avec son |mari, et que celui-ci ne doit point renvoyer sa femme; f. 49, qu'une femme ne peut se remarier qu'après la mort de son premier mari. Les Pères ont encore remarqué qu'il n'y a point là de restriction. Ephes., c. 5, f. 23, saint Paul compare le mariage des chrétiens à l'union que Jésus-Christ a contractée avec son Eglise, union éternelle et indissoluble, s'il en fut jamais (1).

{1J Le mariage qui n'est point consommé, inatnmonium ratum et non consummatum, peut être dissous par la profession religieuse de 1 une des parties. Le concile do Trente Ta déGni eu termes si clairs et si formols, qu'il n'est pas permis de le révoquer en doute, sans encourir 1 excommu nicationqa'il prononce contre ceux qui diront le contraire. « Si quis dixerit matrimoniuio ratum, non » coDSiimmatum, per solemnem religionis pro- » fessionem alterius conjugum non dirimj, anathema h sit. » (Conc, Trid. sess, 25, eau. 6.)

Cette décision est conforme à ce qu'Alexandre III, qui présida au troisième concile de Lati-an en 1179, avait déclaré dans le chapitre Verum, de Conversîone conjugatorum,oii ce pape enseigne, qu'après la célébration du mariage, une des parties contractantes pont se retirer Ja:is un monastère, même contre le gré de l'autre, pourvu que le mariage n'ait point été consommé; qu'alors il est permis à la partie qui est demeurée dans le siècle, de passer à un autre mariage. Ce papedit la môme (boso dans le chapitre Expublico, au même titre, et encore dans le chapitre Commissum, de Sponsal. et Matrim.

Mais,dira-t-on, comment accomomder cette décision avec le chap. Przterea, de Conversione conjtigotorum, où le pape ordonne qu'on fasse sortir d'un monastère un homme marié qui y avait fait profession, dont la fammo ne voulait pas s'engager à garder la chasteté ? On peut aisément concilier ces deux décisions, en disant que, dans le chap. \erum, il est parié d'un mariage fait et non consommé; qu'au contraire il s'agit dans le chapitre Prseterea, d'un mariage qui avait été consommé par l'habitation entre les parties.

Le pape Innocent III n'a pas eu d'autres sentiments que ses prédéceseurs, sur la lien du mariage non consommé; il a suivi mot à mot la décision d'Alexandre [II, comme il parait par ce qu'il dit dans le chapitre Ex parte Cuâ, de Conversione conjugatorum.

Pour confirmer cette décision, od pourrait rapporter los exemples de plusieurs personnes mariées q-.i ont abandonné la partie qu'ils avaient •'•potisée, pour embrasser la vie religiouse ; savoir de sainte Thècle, rapporté par saint Epiphane, (//*>•., 78.) et par saint Ambroise ; (Mb. 3, de Virginibus, cap, 3.) de eaiot Alexis, par Métaphraste ; do saint Grégoire, par salut Grégoire le Grand,

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