MA.R
dans les autres provinces de l'empire.
Les édils de Dèce ne furent point révoqués sous les empereurs suivants.
Sur la lin de ce siècle, et au commencement ùu quatrième, la persécution déclarée par Dioctétien dura dix ans sans relâche, et fut plus meurtrière que toutes les autres. Ce prince avait eu peine à s'y résoudre; il disait qu'il était dangereux de troubler l'univers et de répandre inutilement du sang ; que les chrétiens mouraient avec joie. Il céda néanmoins aux désirs de Maximien son collègue, et publia trois édits consécutifs : le premier ordonnait de détruire toutes les églises, de rechercher et de brûler les livres des chrétiens; de les priver eux-mêmes de toute dignité, de réduire en esclavage les fidèles du commun ; le second voulait que tous les ecclésiastiques fussent mis en prison, et forcés de toutes manières à sacrifier; le troisième ordonnait que tout chrétien qui refuserait de sacrifier fût tourmenté par les plus cruels supplices.
Eusèbe et Lactance font mention d'une ville de Phrygie toute chrétienne, qui fut mise à feu et à sang, et dont on fit périr tous les habitants.
Ces deux empereurs furent si convaincus de l'excès du carnage, que dans des inscriptions et sur des médailles ils se vantèrent d'avoir exterminé le christianisme, nomine christianorum dcleto; superstitione Christi ubique dcletd. Est-ce à tort que les auteurs ecclésiastiques ont appelé le règne de Dioclétien l'ère des martyrs?
Mais ces princes s'applaudissaient vainement de leur triomphe. Maximien-Galère et Maximien-Hercule, héritiers de leur fureur contre le christianisme, après avoir d'abord renouvelé les édits et fait continuer les meurtres, furent forcés de les faire cesser, parce que, disent-ils, un grand nombre de chrétiens persistent dans leurs sentiments, et qu'il n'y a aucun moyen de vaincre leur obstination.
Lucius Cecil., de Morte persec. , n. 34; Eusèbe, 1. 9, c. 1. Enfin, l'an 3H, Constantin et Licinius confirmèrent la tolérance du christianisme par un édit.
On veut nous persuader que Julien,
content de vexer les chrétiens, n'en fit mourir aucun; mais on affecte d'oublier qu'il laissa un libre cours à la haine et à la fureur des païens.
Ceux-ci, pour se venger de ce que, sous les règnes de Constantin et de Constance, plusieurs de leurs temples avaient été détruits, poussèrent la rage jusqu'à manger les entrailles de plusieurs chrétiens. Ceux de Gaza, après avoir ouvert le venlre à des prêtres et à des vierges, mêlèrent de l'orge à leurs entrailles, et les firent manger par des pourceaux. Julien, loin de s'opposer à ces traits de barbarie, punit les gouverneurs qui s'y étaient opposés. Mémoire de l'Académie des Inscript., tom. 70, in-12, p. 266 et suiv.
Ce fut vers la fin du quatrième siècle et au commencement du cinquième, que Sapor, Jezdedgerd et Bebram, rois de Perse, résolurent d'exterminer de leurs Bats les chrétiens, et les firent périr par milliers.
Nous voudrions savoir quelles preuves positives et quels monuments l'on peut opposer à ceux que nous venons d'alléguer, quelles raisons l'on a de récuser les actes et les tombeaux des martyrs, et le témoignage des écrivains ecclésiastiques, dont plusieurs étaient contemporains, et bien instruits des faits qu'ils rapportent. Mosheim, très-instruit de ces preuves, convient que le nombre des martyrs a été beaucoup plus considérable que Dodwel ne le suppose ; mais il pense qu'il y en a eu cependant beaucoup moins que ne le disent les martyrologes. Hist. Christ., sec. 1, § 33. La question est de savoir combien il en faut retrancher. C'est par les preuves que nous venons d'alléguer qu'il faut en juger.
II. De la cruauté des supplices que l'on a fait souffrir aux martyrs. On peut déjà s'en faire une idée, en considérant le caractère sanguinaire qu'avaient contracté les Romains, accoutumés à repaitre leurs yeux du meurtre des gladiateurs, à voir combattre les hommes contre les bêtes, à regarder voluptueusement un blessé qui mourait de bonne grâce, à faire périr des troupes de prisonniers pour honorer le triomphe de leurs guer-
MAR
MAR
riors, à exterminer des familles entières pour assouvir leur vengeance ; étaient-ils encore accessibles à la pitié? Ils ne faisaient pas plus de cas de la vie de leurs esclaves que de celle d'un animal ; leurs femmes mêmes étaient devenues aussi féroces qu'eux :
Juvénal le leur reproche, et nous apprend que leur barbarie égalait leur lubricité.
Tacite, dans le passage que nous avons déjà cité, dit que sous Néron les chrétiens furent tourmentés par des supplices très-recherchés, exquisitissimis pomis ; il en fait le tableau.
m L'on se fit, dit-il, un jeu de leur » mort ; les uns, couverts de peaux » de bêtes, furent dévorés par les » chiens; les autres, attachés à des » pieux, furent brûlés pour servir de » flambeaux pendant la nuit. Néron » prêta ses jardins pour ce spectacle; » il y parut lui-même en habit de co- » cher, et monté sur un char, comme » aux jeux du cirque. » Juvénal y fait allusion, Sut. 1, ^35. Sénèque enchérit encore ; il parle du fer, du feu, des chaînes, des bêtes féroces, d'hommes ôventrés, de prisons, de croix, de chevalets, de corps percés de pieux, de membres disloqués, de tuniques imbibées de poix, et de tout ce que la barbarie humaine a pu inventer, Epist. 14.
Pline ne nous apprend point par quels supplices il faisait périr les chrétiens qui refusaient d'apostasicr; mais il dit qu'il a envoyé à la mort tous ceux qui ont persévéré dans le refus d'adorer les dieux, et qu'il a fait tourmenter deux femmes que l'on disait être deux diaconesses, pour savoir ce qui se passait dans les assemblées des chrétiens, 1. 10, Epist. 97.
Celse reproche aux chrétiens que quand ils sont pris ils sont condamnés au supplice, mis en croix, et qu'avant de les faire mourir, on leur fait soulfrir toits les gen res de tourments. Orig. contre Celse, liv. 8, n. 39, 43, 48, etc.
Lihanius dit que, quand Julien parvint à l'empire, « ceux qui sui- » vaientune religion corrompue rrai- » gnaient beaucoup ; ils s'attendaient » qu'on leur arracherait les veux, » qu'où leur couperait la tête", que
» l'on verrait couler des fleuves de » leur sang; ils croyaient que ce nou- » veau maître inventerait de nou- » veaux tourments plus cruels que » d'être mutilé, broyé, noyé, enterré » tout vif : car les empereurs précé- » dents avaient employé contre eux ces » sortes de supplices... Julien con- » vaincu, dit-il, que le christianisme » prenait des accroissements par le » carnage de ses sectateurs, ne voulut » pas employer contre eux des cliàti- » ments qu'il ne pouvait approuver. »
Parentali in Julian., n. 58.
Ce même fait est confirmé par la teneur des édits portés contre les chrétiens ; on laissait le genre de leur supplice à la discrétion des gouverneurs de province et des magistrats, ceux-ci en décidaient selon le degré de leur haine et de leur cruauté personnelle, et selon le plus ou le moins de fureur que le peuple faisait paraître contre les martyrs.
Nos adversaires peuvent dire tant qu'il leur plaira que saint Laurent rôti sur un gril, saint Romain à qui l'on arracha la langue, sainte Félicité et sainte Pe: - pétue, exposées aux bêtes dans 's cirque, d'autres auxquels on déchira les entrailles avec des peignes de fer, etc., sont des fables de la Légende dorée. Les auteurs païens que nous venons de citer n'étaient intéressés ni à vanter la constance des martyrs, ni à exagérer la cruauté des persécuteurs. Saint Clément, Teiiullien, saint Cyprien, Eusèbe, les autres historiens et les rédacteurs des Actes des martyrs, n'ont rien dit de plus que les ennemis déclarés du christis/ nisme; et c'en est assez déjà pour nous convaincre qu'ils n'ont p. - < u tort d'attribuer le courage des tyrs à un secours surnaturel et auvent miraculeux.
Comme il est prouvé par l'his'oire que les rois de Perse étaient en ora plus cruels que les empereurs romains, on ne doit pas être su des tourments horribles rappuftêi dans les Actes des martyrs de lu i ils ont été renouvelés dans le dernier siècle à l'égard des martyrs du Japodi
Si l'on veut consulter l'Esj r, usaqes des différents peuples, I. 13, on verra que la cruauté des supplices»
MAR
été à peu près la même dans tous les siècles et chez les différentes nations, et qu'il ne faut pas juger des mœurs du monde entier par les nôtres.
III. Quelle est la vraie raison pour laquelle les martyrs ont été mis à mort?
Il est étonnant que les incrédules modernes soient plus injustes envers les martyrs, que ne l'ont été les persécuteurs; ceuy-ci n'ont accusé les premiers chrétiens d'aucun autre crime que d'impiété et de superstition, de ne vouloir point adorer les dieux, sacrifier aux idoles, d'être opiniâtrement attachés à la nouvelle religion qu'ils avaient embrassée. Aujourd'hui on ose écrire que les chrétiens étaient des hommes turbulents et séditieux, qui troublaient la tranquillité publique, qui allaient insulter les païens dans leurs temples et les magistrats sur leur tribunal, qui provoquaient de propos délibéré la haine des persécuteurs et la fureur des bourreaux. Malheureusement les protestants sont les premiers auteurs de cette calomnie; pour excuser les séditions et les violences par lesquelles ils se sont signalés dès leur naissance, ils ont trouvé bon d'attribuer la même conduite aux premiers chrétiens. Basnage, Hist. de l'Eglise, lib. 19, chap. 8, § 5.
Si cela était vrai, Jésus-Christ aurait eu tort d'annoncer à ses disciples qu'ils seraient poursuivis et mis à mort pour son nom, à cause de lui, qu'ils souffriraient persécution pour la justice, et non pour des crimes; il les aurait prévenus, sans doute, contre les accès d'un faux zèle, et leur aurait défendu d'exciter contre eux le haine publique; mais il leur dit qu'il les envoie comme des brebis au milieu des loups. « On nous persécute, » dit saint Paul, et nous le souffrons; » l'on nous maudit, et nous bénis- » sons Dieu; on blasphème contre » nous, et nous prions; jusqu'à pré- » sent on nous regarde comme le re- » but de ce monde. » I. Cor., cap. 4, f -12. Il dit que tous ceux qui veulent vivre pieusement etselon Jésus-Christ, souffriront persécution, II. Tim., c. 3, t 12, etc.
Si les premiers fidèles n'avaient
pas suivi cette leçon et ces exemples, il faudrait que nos apologistes, sainl Justin, Athénagore, Minutius Félix, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène, saint Cyrille, etc., eussent été de vrais impudents; ils reprochent aux païens de sévir contre des innocents, de mettre à mort des citoyens paisibles, soumis aux lois, ennemis du tumulte et des séditions, qui jamais n'ont trempé dans aucune des conjurations qui étaient pour lors si fréquentes, auxquels on ne reproche point d'autre crime que de refuser leur encens à de fausses divinités.
C'est aux empereurs, aux gouverneurs de province, aux magistrats, qu'ils osent faire ces représentations.
Enfin, il serait bien étonnant que les rédacteurs des Actes des martyrs, qui, sans doute, étaient possédés du même fanatisme que les martyrs euxmêmes, n'eussentlaissé échapper dans leurs relations aucun trait de haine, de colère, d'insolence, de ressentiment contre les juges ni contre les bourreaux , n'eussent mis dans la bouche des martyrs que des paroles de douceur et de patience.
Mais c'est au témoignage même des anciens accusateurs que nous appelons de la calomnie des modernes.
Tacite dit à la vérité, que les chrétiens étaient détestés à cause de leurs crimes, qu'ils furent convaincus d'être haïs du genre humain; qu'ils étaient coupables et avaient mérité un châtiment exemplaire; mais il n'artienfe aucun autre crime qu'une superstition pernicieuse, exitiabilissuperslitio. Suétone, dans la Vie de Néron, dit de même que l'on punit par des supplices les chrétiens, secle d'une superstition perverse et malfaisante, superstitionis pravœ atque maleficx. C'est ainsi que les païens taxaient l'impiété des chrétiens envers les dieux, parce qu'ils la regardaient comme la cause des lléaux de l'empire et des malheurs publics. Domitien condamna plusieurs personnes considérables à l'exil, pour avoir changé de religion, et non pour aucun autre crime. Xiphilin, Vie de Domitien.
Pline est encore un témoin mieux instruit. Il avoue à Trajan qu'il ne sait pas ce que l'on punit dans les
MAR
ctiS''"!; 5 ^' 65110 no '« seul ou les
MAR
qu'une su^;^™ 1 ' autre <*<«*
rechercher les chiens? m S? g fa , ? il accusés et convaincus iî
-e».i4i.é mcr i 2î;«tE:* c ™.
"ans les édite que Dioclétien et
Maximien portèrent contre -ht m dont les historien» ecclés -, L ' 0t conservé la teneuriU «• qu< ? ont
tons eussent hesoin de ffra ce F.,' sebe, fîfcf 1. 9 c 7 »io i .' u " *> Morte plrsn.lv lM ' 9> Lactance -
avoue que cette reli-ion ! ; P 1 1 r'
harangue funèbre de cet empereur Lucien, en les tournant en ridicule
*E eux de , vertus rtïS
jmp ÎO s, Us ne peignaient pas les chrétiens comme des malfaiteurs? mais
H laliait purger la terre.
tirons UI d P é T rVer l 3 Preuve 1 ue nous tirons de la constance des martvrt
h^Jc? , ° n - ,es Citait les rendit re lêmen, nt H' ""M* P itié - ut nat «ne veuunf , prosi '^. tes ; ensuite ils W W Ç onven,i ' ni de cette barlit ™'„ . C ' ' nnocence des chrétiens, nipir? 0Chent , au cll ™tianisme d'inspirer aux peuples l'obéissance passive,
D J%Tïl Ser , hs ^'ans; d'autre Part, ils prétendent que les premiers chrétiens avaient puisé dans leur religion 1 espnt de désobéissance et de ™volte Pendant (mis siècles de persécutions, a peine peuvent-ils citer
mM
MAR
MAR
dans l'histoire deux ou trois exemples d'un faux zèle, et ils supposent que c'est ce faux zèle qui a été la cause des persécutions. Mais la passion les aveugle, ils ne raisonnent pas.
Saint Justin, saint Irénée, Origène, Tertullien, saint Cyprieu, Eusèbe, saint Epiphane, disent que l'on n'a pas persécuté les anciens hérétiques, qu'il n'y a point eu de martyrs parmi eux; plusieurs soutenaient que c'était une folie de s'exposer ou de se livrer au martyre : nous voudrions savoir d'où est venue cette distinction, et si la vie des hérétiques était plus innocente que celle des catholiques.
Les martyrs suppliciés dans la Perse n'étaient pas plus criminels que ceux qui ont été mis à mort dans l'empire romain. A la vérité, les juifs et les mages persuadèrent aux rois de Perse que les chrétiens étaient moins affectionnés à leur gouvernement qu'à celui des Romains; ils leur tirent envisager le christianisme comme une religion romaine, et ce fut pour eux un motif de haïr les chrétiens ; mais on ne put jamais citer aucune preuve d'infidélité de la part de ceux-ci. Il leur fut ordonné, sous peine de la vie, d'adorer le feu et l'eau, le soleil et la lune, en témoignage de ce qu'ils renonçaient au christianisme; tous ceux qui refusèrent furent mis à mort ; il fut permis aux gouverneurs de province de les tourmenter comme ils jugeraient à propos, Mém. de l'Acad.
des inscriptions, t. 69, in-12, p. 29b et suiv. Hyde et quelques autres protestants, par zèle pour la religion des Perses, ont osé accuser d'opiniâtreté ces martyrs ; on dit qu'ils avaient tort de refuser ce que l'on exigeait d'eux, puisque le culte rendu par les Perses aux créatures n'était qu'un culte relatif et subordonné à celui du Dieu suprême. Mais enfin , puisque les Perses regardaient ce culte comme une renonciation formelle au christianisme, les chrétiens pouvaient-ils s'y soumettre sans apostasier?
On a déclamé violemment contre le faux zèle d'un évoque de Suze, ou plutôt évêque des Huzites, nommé Abdas ouAbdaa, qui brûla un temple du feu, refusa de la rebâtir, et fut
cause d'une sanglante persécution.
Mais ce fait arriva sous Jezdedgcrd, et quatre-vingts ans auparavant Sapor II avait fait périr des milliers de chrétiens. D'ailleurs, le faux zèle d'un seul évêque était-il un jnsle sujet d'exterminer tous les chrétiens?
Assémani nous apprend, d'après les auteurs syriens, que ce temple du feu ne fut pas brûlé par Abdas, mais par un des prêtres de son clergé ; ainsi ce fait a été mal rapporté par les auteurs grecs. Puisque cet évêque n'était pas personnellement coupable, il n'avait pas tort de refuser de rétablir le temple détruit. Bibliath.
orient., t. 3, p. 371. Le même auteur nous assure que la persécution causée par cet événement sous Jezdedgerd, ne fut pas longue, mais bientôt assoupie. Il n'est donc pas vrai que le fait d'Abdas ait fait périr des milliers de chrétiens. Ibid,, t. 1, p. 183.
Bayle, Comment, philos., préface, (Euvr. tome 2, pag. 364, prétend que sous Néron plusieurs martyrs, vaincuspar lestou'rments, s'avouèrent coupables de l'incendie de Rome, et en accusèrent faussement d'autres complices; que cependant ils sont dans le martyrologe. 11 tord le sens du passage de Tacite, que nous avons cité plus haut, Annal,, 1. 15.
» Néron, dit cet historien, passa » pour être le véritable auteur de » l'incendie de Rome; afin d'étouller » ce bruit, il substitua des coupables, » et il punit par des supplices très- » recherchés ceux que le peuple » nommait chrétiens, gens détestés » pour leurs crimes. L'auteur de ce » nom est Christ, qui, sous le règne » de Tibère, avait été livré au sup- » plice par Ponce-Pilate. Celte su- » perstition, déjà réprimée aupara- » vant, pullulait de nouveau, non- » seulement dans la Judée où elle » avait pris naissance, mais à Rome, » où tous les crimes et toutes les » infamies de l'univers se rassem- » Ment et sont accueillis. On punit » donc d'abord ceux qui avouaient, » ensuite une multitude infinie que » l'on découvrit par la confession » des premiers, mais qui furent » moins convaincus du crime de
MAR
MAR
» l'incendie, que d'être haïs du genre » humain, etc. (1). »
Gela signiiie-t-il que ceux qui avouaient se déclarèrent coupables de l'inceudie? Ils avouèrent qu'ils étaient chrétiens, et ils découvrirent une multitude infinie d'autres chrétiens; tel est évidemment le sens.
Mais Bayle a trouvé bon de peindre ces martyrs comme des calomniateurs, et de les placer dans le martyrologe, pendant que l'on ne sait pas seulement leurs noms.
Barbeyrac, aussi peu judicieux, dit que l'on a érigé en saints de faux martyrs, des suicides qui se sont livrés eux-mêmes à la mort; des femmes qui se sont jetées dans la mer, dans les fleuves ou dans les flammes, pour conserver leur chasteté. Il s'élève contre les Pères de l'Eglise qu-i ont loué leur courage, qui ont exhorté les chrétiens au martyre, contre tous ceux qui l'ont désiré et recherché, il soutient qu'il n'est pas permis de désirer le martyre pour lui-même; que Jésus- Christ, loin de donner cette leçon à ses disciples, leur a dit : « Lorsque » vous serez persécutés dans une » ville, fuyez dans une autre. »
Traité de la morale des Pérès, c. 8, §34; c. 15, § 11.
Mais désirer le martyre pour ressembler à Jésus-Christ, pour lui témoigner notre amour, pour mériter la récompense qu'il a daigné y attacher, pour l'avantage qui doit en revenir à l'Eglise, etc., est-ce désirer le martyre pour lui-même, pour le plaisir de soulfrir, ou pour se délivrer de la vie? Voilà le sophisme sur lequel Daillô, Barbeyrac et d'autres protestants argumentent contre les Pères de l'Eglise.
Pour prouver que le désir dont nous parlons est non-seulement permis, mais très-louable, nous ne citerons point les exemples qu'en fournit l'histoire ecclésiastique, puisque c'est contre ces exemples mêmes que nos adversaires se récrient; nous allé-
(')■ Voyez dans notre article Jaudi» di Cisia (la fête des), la citation de M. Renau.
La Nota*
guerons l'Ecriture à laquelle ils en appellent,
Jésus-Christ dit, Luc, c. 12, $ 30 :
« Je dois être baptisé d'un baptême o de sang, et combien me sens-je » pressé jusqu'à ce qu'il s'accom- » plisse! » Lorsque saint Pierre lui dit à se sujet : « A Dieu ne plaise, » Seigneur, il n'en sera rien; Jésus » le reprend, et le regarde comme un » ennemi, » Matth., c. 16, f 22. Il alla à Jérusalem, sachant très-bien l'heure et le moment auxquels il serait saisi par les Juifs, condamné et mis à mort. Les incrédules l'accusent aussi d'avoir provoqué, par un zèle imprudent, la haine et 1* fureur des Juifs. Barbeyrac dit que cet exemple ne fait pas règle, parce que Jésus-Christ, par sa mort, devait racheter le genre humain. Mais les Pères disent aussi que quand un martyr soull're, ce n'est pas pour lui seul, mais pour toute l'Eglise de Dieu, à laquelle il donne un grand exemple de vertu; et saint Jean ditque nous devons mourir pour nos frères, comme Jésus-Christ est mort pour nous. On sait l'impression que faisait sur les païens la constance des martyrs.
Ce divin Sauveur dit à tous ses disciples, Matth., c. S, y 10 : « H*m- » reux ceux qui souffrent persécution » pour la justice, parce que le » royaume des cieux est à eux. Vous » serez heureux lorsque vous souf- » frirez persécution pour moi. Ré- » jouissez-vous, votre récompense » sera grande dans le ri^l. » Saint Pierre dit de même r.ux fidèles :
« Si vous souffrez en faisant le bien, » c'est une grâce que Dieu vous » fait; c'est pour cela que vous êtes » appelés, et Jésus-Christ vous en a
» donné l'exemple Vous êtes
» heureux, si vous souffrez quelque ■o chose pour la justice. » 1 Pitri, c. 2, y 20; c. 3. f 14. N'est-il donc pas permis de désirer et de rechercher ce dont nous devons nous rejouir, ce qui nous rend heureux, ce qui est notre vocation ?
Saint Paul dit de lui-même, P/iilipp., c. 1, f 22 : « J'ignore ce que » je dois choisir; je suis embarrassé
MAR
MAR
i entre deux partis : je désire de » mourir et d'être avec Jésus-Chris!, » et ce serait le meilleur pour moi ; » mais je vois qu'il est nécessaire » pour vous que je vive encore. »
Saint Paul aurait-il hésité, si le désir de mourir pour Jésus-Christ était un crime? Un prophète lui prédit qu'il sera enchaîné à Jérusalem et livré aux païens; les iidèles veulent le détourner d'y aller : « Pourquoi » m'afiligez-vous, dit-il, par vos lar- » mes? Je suis prêt, non-seulement
^i> à être enchaîné, mais encore à » mourir pour Jésus-Christ, » Act., c. 21, y 1 1, et il part; il ne regardait donc pas le commandement de fuir
' la persécution comme un précepte général et rigoureux.
Pendant les persécutions, les pas-
! teurs de l'Eglise se sont quelquefois dérobés à l'orage pour un temps, aiin de consoler et de soutenir leur troupeau; ainsi en ont agi saint Denis d'Alexandrie, saint Grégoire Thaumaturge et saint Cyprien; on ne les en a pas blâmés : mais lorsqu'ils ont cru que cela n'était pas nécessaire, ou que la mort du pasteur procurerait le repos à ses ouailles, ils ont refusé de fuir, et se sont montrés hardiment.
Nous convenons que Tertullien a porté trop loin le rigorisme, en voulant prouver qu'il n'est jamais permis aux ministres de l'Eglise de fuir pendant la persécution, ni de s'en racheter par agent ; de Fugd in pcrsecut. Mais il ne s'ensuit pas de là que ce soit un devoir de fuir toujours, et d'éviter toujours le martyre, autant qu'on le peut.
Que des protestants, qui ne font aucun cas de la chasteté, blâment des vierges qui ont mieux aimé périr que de perdre la leur, cela ne nous étonne pas ; mais les martyrs ne pensaient pas ainsi. On a beau dire qu'une violence, soufferte malgré soi, ne peut pas souiller l'âme ; sait-on jusqu'à quel point les personnes vertueuses dont nous parlons auraient été tentées de consentir à la brutalité dont on les menaçait? Vainement on allègue la loi naturelle qui nous oblige à conserver notre vie; n'est-ce donc jaas assez aussi une loi naturelle de
La perdre plutôt que de manquer de fidélité à Dieu et de consentir au péché? où Jésus-Christ a-t-il violé la loi naturelle en nous ordonnant de souffrir la mort pour lui?
11 n'est donc p;is nécessaire de recourir ici à une inspiration particulière, ni de faire sortir Dieu d'une machine, comme nos adversaires no ih en accusent; l'Evangile est formel, et nous nous en tenons là. Voyez Suicide.
Nous ne devons pas oublier que les protestants ont fait contre les martyrs du Japon les mêmes reproches que font les incrédules conlre lespremiersmnWj/rs du christianisme-; ils sont les principaux auteurs des calomnies auxquelles nous sommes forcés de répondre.
IV. La constance des martyrs et les conversions qu'elle a opérées sont un phénomène surnaturel. Dodwel, ma content d'avoir réduit presque à rit a le nombre des martyrs, a fait encore une autre dissertation pour prouver que leur constance dans les tourments n'a rien eu de surnaturel. Il prétend que la vie austère que menaient les premiers chrétiens, les rendait nature.llement capables de supporter les plus cruelles tortures, qu'ils y étaient engagés- par les honneurs que J'ou rendait aux martyrs, et par l'igr.ominie dont étaient couverts ceux nui succombaient à la violence des tourments, par l'opinion dans laquelle on était que tous les péchés étaient effacés par le martyre, que ceux qui l'enduraient allaient incontinent jouir de la béatitude, et tiendraient la première place dans le royaume temporel de mille ans que Jésus-Christ devait bientôt établir sur la terre.
Les incrédules ont enchéri sur les idées de Dodwel; ils ont comparé le courage des martyrs à celui des stoïciens, des Indiens, qui se précipitent sous le char de leurs idoles, des ii-rnmes qui se brûlent sur le corps de leur mari, des sauvages qui insultent aux bourreaux qui les tourmentent, des huguenots et des donatistes qui ont souffert constamment la mort.
Suivant leur opinion, la patience des martyrs était un effet du fanatisme qui leur était inspiré par leurs pas-
MA II
teurs ; ils n'ont pas rougi de comna reries apôtres et leurs im taLursTxmalfa.teurs qui s'exposent de san"-
na cés a e^ S p UPP, r Sd0ntiIss0n t menaces, et les subissent enfin de bonne
féculèr P qU llS De P euveilt Pi»" Quant aux conversions opérées nar
one M I > tur , ( ' des Persécutions; ors a ï e i>r e P^" om èneest arrivé orsque ] on condamnait au supplice
séytéi dicamsh,,guenotsetie ^ïo-
futaL a n dr ^ t t d ' e f iserdenous larémtation de toutes ces impostures Nous soutenons d'abord que le cou
• V^ino 8 ™''^^^^
voici nos preuves : 1» Jésus-Hn-Ut
avait promis de donner à ses aisei- PK dans cette circonstance, des g £ ce> et un secours divin : « 'j e , g ous ' p donnerai «^ sagesse à laquelle vos ennemis ne pourront résister.."!
vos âmpfin 61106 ' V0US P°»êderez VïseMQ en v P a ". » Luc, c. 21, ,f rn^V • ". Vous souffrirez en ce » monde; mais ayez confiance ï>)
c %28 nt S a " lditaUxPbili PPiens »' r>'Zl ■ Ne cral S ne z Point vos en -
* nemis - » v °us est donné de Dieu ) Cnri;f^ ementdecroil ' eenJ és ".'
* lui » eDCOre de souffri1, Po«r
Rra ? ce L P tnnn èleS c , om P laient «a cette grâce, et non sur leurs propres force»
Js «e préparaient au combat par |'â rnere, par le jeune, parla pénitence
u exempte de plusieurs, qui avaient
nSu é ' aVi0l ? 1Ced ^ toui « inspirait aux autres l'humilité la
m ' n ^ a d ^ance d'eux-m^mes:
^it- e J grace a 6te accordée à des chrétiens de tous âges et de toutes es conditions de Fun et d? Se sexe, de tendres enfants, des vieil-
ont dS so u ï"f ' d6S ViM P dé > ica "'> ont soufiert sans se plaindre sin«
dêsto *t »; par -, eur . patience - m °-
bourrelux! UDqiUl,e ' l3 CFUauté des
nnf°^ 0UV î nt des ^'racles éclatants tuL V rouv 1 é ,1" e Ja constance des »«,' ^venaitducid.ontforcélespaîens
MAR
à y reconnaître la main do n; „ apologistes l'ont ff remake S ont cité les témoins oculaires CW ce qui a inspiré aux chrétiens t,,ï.
de vénération pour les ÏÏ£,*1
ligues. graDd r6Spect P° l,r le «s re- 5° C'est une absurdité de soutenir que le courage qui vient d'un mÔfif surnature, tel que le désir d'obtenir io , 6m f S10n des P é *és et de io" r de la béatitude éternelle est rVnoT dant naturel. Ce désir est- l'Œ dans la nature? ïaperçoit-on d an s un grand nombre de 'personnes?
6° Nous voudrions savoir ce eue nos adversaires entendent par enthm tasme et fanatisme du martyre Ce* termes ne peuvent signifier VuW persuasion dénuée de preuve? „™ zèle inspiré par quelque pa io,/- lés martyrs n'étaient point dans ce 'es Leur persuasion était fondée sur W les motifs de crédibilité, qui prSl
dIsf^H d H Vin / té , dud ' rist ' ani ^e,""r des faits dont ils avaient été témoins oculaires, ou desquels ils ne pouvaient douter. Ce 1 n'était point un préjugé de naissance, puisq^s s'é-
tSmT V % tlSdUpaSa " ismeauel ^tiamsme. Voyons-nous dans leur
rvant e é q ^ q, L e r Signede P as ^ ae vanité, d ambition, d'orgueil dé
haine, de vengeance, etc. ? Ce se/qui
sans doute avait été témoin de q a
«ïï i taD M« de P lusie »rs martyrs, n'Ô-
L l, n. 8; 1. 8, n. 66. Aujourd'hui on ose les accuser de fanatilmr.s^ savoir ce que l'on entend par là.
un lanatisme, ou un accès de démence, ne peut pas durer pendant P «'£ leUrS ( S1 i' cles ' étrele m <>me dan" ïi %n! î 6t r^ ,a Pme - e » E ^P">
U V a a Gl ; eee ' en I,ali °. e " '^pagne et dans les Gaules. Les païens
mêmes admiraient la constance des nm-tyrs; il est fâcheux que des hommes qui devraient être chrétiens, la regardent comme une folie.
Les donatistes, qui se donnaient la mort afin d'obtenir les honneurs du martyre; les huguenots, suppliciés pour es séditions qu'ils avaient excitées; les Indiens qui se font écraser, et leurs femmes qui se brûlent, sont des fanatiques, sans doute, parce
lieni
v wlà Ce il
MAR
MAR
t ':1s n'ont eu et n'ont aucune preuve i è opinions particulières pour lesquelles ils se livrent à la mort; plu- ■ sieurs sont enivrés d'opium ou d'autres boissons qui leur ôtent la réflexion. La constance des stoïciens était un effet de leur vanité, et l'insensibilité des sauvages vient de la fureur que le désir de la vengeance leur inspire. Peut-on reprocher aux martyrs aucun de ces vices? Les malfaiteurs ne sont pas les maîtres d'échapper au supplice ; les premiers chrétiens pouvaient s'y soustraire en reniant leur foi.
Ce ne sont pas seulement les Pères de l'Eglise qui nous apprennent que la constance surnaturelle des martyrs a souvent converti les païens ; Libanius convient que le christianisme avait fait des progrès par le carnage de ses sectateurs; c'est ce qui empêcha Julien de renouveler les édits sanglants portés contre eux dans les siècles précédents. Lorsque nos adversaires disent que c'est l'effet naturel des persécutions, que la cruauté exercée envers les chrétiens excita la pitié et les rendit intéressants, que la même chose est arrivée à l'égard des huguenots, ils se jouent de la crédulité de leurs lecteurs.
En effet, les cris tumultueux du peuple assemblé dans l'amphithéâtre, qui demandait que l'on exterminât les chrétiens, toile impios, christianos ad leonem, ne venaient certainement pas d'une pitié bien tendre. Quand on attribuait tous les malheurs de l'empire à la haine et à la colère que les dieux avaient conçues contre les chrétiens, cette idée n'était guère propre à les rendre intéressants. Les philosophes qui se joignirent aux persécuteurs, pour couvrir d'opprobre les sectateurs du christianisme, n'avaient pas intention, sans doute, de prévenir les esprits en leur faveur.
Voilà ce qui s'est fait pendant trois cents ans.
Ceux qui ont embrassé le protestantisme au xvi e siècle ne l'ont pas Sait par admiration de la constance de ses prétendus martyrs; ils avaient <i'autres motifs. Ils étaient séduits d'avance par les discours calomnieux et séditieux des prédicanls; les uns
étaient attirés par l'espérance du pillage, les autres par l'envie de se venger de quelques catholiques, ceux-ci par le plaisir d'humilier et de maltraiter le clergé, ceux-là par le désir d'avoir des protecteurs puissants, tous par l'esprit d'indépendance. Aucun de ces motifs n'a pu engager des païens à se faire chrétiens. « La constance que vous nous » reprochez, dit Tertullien, est une » leçon ; en la voyant, qui n'est pas » tenté d'en rechercher la cause ?
» Quiconque examine notre religion, » l'embrasse. Alors il désire de souf- » frir, afin d'acheter, par l'effusion » de son sang, la grâce de Dieu, de » laquelle il s'était rendu indigne, et » d'obtenir ainsi le pardon de ses » crimes. » Apol., c. 50.
Les exemples cités par nos adversaires sont donc aussi faux que leurs conjectures et leurs reproches sont absurdes.
Est-il vrai, enfin, que les Pères de I'.lglise aient soufflé le fanatisme du martyre, et qu'ils aient ainsi travaillé à dépeupler le monde? Pour savoir s'ils ont péché en quelque chose, il faut examiner les différentes circonstances dans lesquelles ils se sont trouvés.
Au n e et au m' siècles, plusieurs sectes d'hérétiques condamnèrent le martyre, enseignèrent qu'il était permis de renier la foi, que c'était une folie de mourir pour confesser Jésus-Christ. Tels furent les basilidiens, les valentiniens, lesgnostiques, leshelcésaïtes, les manichéens, et tous ceux qui soutenaient que Jésus-Christ lui-même n'avait souffert qu'en apparence. D'autres donnèrent dans l'excès opposé, crurent qu'il était beau de rechercher le martyre par vanité; on en accuse les montanistes et quelques marcionites : les donatistes, schismatiques furieux, se faisaient donner la mort ou se précipitaient eux-mêmes, afin d'obtenir les honneurs du martyre.
Les Pères écrivirent contre ces divers ennemis ; les premiers furent réfutés par saint Clément d'Alexandrie, Strom., 1. S, c. 4 et suiv.; par Origène, dans son Exhortation au martyre; par Tertullien, dans l'ou-
KT