‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 317 sur 536 · II. DIEU PRÉSENT AU MONDE ET ACCESSIBLE A LA · texte numérisé non relu

II. DIEU PRÉSENT AU MONDE ET ACCESSIBLE A LA

connaissance. — Les alexandrins chrétiens, tout en insistant sur la transcendance, ont su éviter les exagérations néo-platoniciennes et gnostiques. Ils ont professé que Dieu est : 1° intimement présent à ses créatures par son immensité; 2°accessible à l'intelligence humaine qui le reconnaît dans toutes les créatures.

1° Dieu présent au monde. — Les alexandrins, comme toute l'antiquité patristique, ont connu et proclamé cette doctrine. Voir Petau, Theologica dogmata, De Deo, 1. III; Thomassin, Theologica dogmata, t. I, 1. V; de San, S. J., Tractatus de Deo uno, Louvain, 1894, t. i, p. 310 sq. On a prétendu trouver la thèse contraire dans Clément, en se fondant sur quelques passages des Stromates. Mais d'autres passages sont formels en faveur de la présence divine, telle que les théologiens l'ont toujours entendue, et les textes incriminés s'expliquent, si l'on tient compte de la controverse anti-stoïcienne. Voir de San, loc. cit.

2° Dieu accessible à la connaissance. — 1. Clément d'Alexandrie. — La doctrine de Clément, sur ce point, corrige ses formules négatives. Cette doctrine est professée en divers passages, spécialement dans le Ier livre des Stromates. Voir le chapitre xix, P. G., t. vm, col. 806, où l'on montre que les philosophes grecs ont eu, de la divinité., une connaissance certaine, bien que confuse et énigmatique. Cette dissertation est amenée par le discours de saint Paul à l'aréopage et par son allusion au Dieu inconnu. Voir encore Strom., 1. VI, c. xvn, P. G., t. ix, col. 380 sq. : que la philosophie n'a pas donné une connaissance parfaite de Dieu; qu'elle est pourtant unsecours providentiel. — 2» Origène. — Bienqu'Origène se soit exprimé avec force et insistance sur la transcendance divine, cette doctrine ne l'empêche pas de reconnaître dans les œuvres de la providence une manifestation des perfections de Dieu : « Selon la vérité, Dieu est absolument incompréhensible, mais il ne faut pas en conclure que nous n'en puissions rien entendre : comme nos yeux sont trop faibles pour considérer directement le soleil, mais peuvent en apercevoir quelques rayons, ainsi les œuvres de la providence et l'art qui règne dans l'univers sont comme des rayons de la nature divine, et notre intelligence ne pouvant par ellemême voir Dieu tel qu'il est, conçoit par la beauté de ses œuvres et les ornements des créatures, le Père de l'univers. » Princip., 1. I, c. i, n. 6, P. G., t. xvi, col. 124.

III. L'allégorisme scripturaire, conséquence de la théodicée alexandrine. — Cette thèse de la transcendance se retrouve donc au fond des considération.; qu'Origène fait valoir contre les stoïciens et les anthropomorphites. Il devait l'accueillir et l'employer avec d'autant plus d'empressement que, d'une part, il y était disposé par le platonisme; d'autre part, il était facile de confondre cette thèse, proprement philosophique et dogmatique, avec une thèse plutôt exégétique, fournie par la tradition: la thèse du symbolisme scripturaire. Expliquons ces deux points importants.

1° Le symbolisme des faits contingents, conséquence de la théodicée alexandrine. — Dans les doctrines platoniciennes, on a particulièrement relevé (voir le texte de Zeller, Philosophie der Griechen, t. m b, p. 251, cité plus haut) : 1. la conception de l'élément sensible, envisagé comme un élément inférieur, dénué de réalité, ou, du moins, tenant sa réalité tout entière d'un élément supérieur; — 2. l'opposition dualistique résultant de la conception du double monde, xô<r[io; ai<j6r)TÔ;, xôct^o; vovynk. Pour le moment, peu importe qu'Origène fût un platonicien de profession, connaissant et employant avec rigueur la terminologie de l'École, ou bien qu'il faille reconnaître dans ses développements poétiques le rellet plus ou moins conscient des doctrines ambiantes. Denis, La philosophie d'Origène, Paris, 1884, p. 00. Toujours est-il que l'usage habituel de pareilles conceptions

ALEXANDRIE (ECOLE CHRETIENNE D'1

favorisait la thèse de la transcendance et pouvait donner lieu à son exagération, c'est-à-dire à la doctrine du Dieu absolument indéterminé, n'ayant aucun trait de ressemblance avec la créature. Pour éviter cet écueil, il fallait insister sur une autre vérité, souvent entrevue par l'école platonicienne, mais dont les néo-platoniciens ne surent pas tirer des conséquences utiles : que le monde sensible est une image du monde spirituel. Cette vérité, d'ailleurs, était proclamée par l'Écriture, Rom., I, 20, Invisibiliaipsius a creatura mundi per eaquse faeta sunt intellecta conspiciuntur. Malheureusement, les alexandrins s'habituèrent à voir partout et toujours dans les objets sensibles et, par extension, dans tout événementhistorique, un symbole sans réalité ou, du moins, un symbole dont la réalité historique était moins objective que la réalité supérieure, d'ordre supra-sensible, dont il est la figure. Pour eux, par une pente insensible de l'esprit , tout le réel et tout l'historique devenait un symbole. Parfois même, il devenait exclusivement un symbole, c'est-à-dire qu'il était permis de refuser à l'élément historique toute autre valeur que la valeur représentative.

2° L'allégorisme scripturaire unit au symbolisme les faits contingents. — Préparés à cette conception par les habitudes de la métaphysique platonicienne, poussés sans discernement à ses dernières conséquences, il leur était facile de confondre cette thèse métaphysique outrée avec une thèse exégétique affirmée dans l'Écriture et la tradition : suivant celte thèse, les hommes et les choses de l'Ancien Testament étaient figure des réalités plus hautes accomplies dans le Nouveau. Mais, pour identifier la thèse métaphysique à la thèse exégétique, il fallait outrer l'extension de la seconde comme on avait forcé les conséquences de la première. On en vint à rechercher patiemment et à découvrir subtilement une allégorie dans chaque détail de l'Écriture sainte,parce que tout fait de l'Ancien Testament devait être l'image et rien que l'image d'une réalité appartenant au Nouveau. De là, un système d'exégèse idéaliste, si fécond en applications bizarres, en erreurs et en témérités dangereuses. Ce pas fut souvent franchi.

Il n'en reste pas moins vrai que le point de départ contenait des principes vrais et féconds. Si Clément et Origéne s'en étaient tenus au principe métaphysique de transcendance, tel que l'Ecriture et la tradition nous l'ont donné, et au principe d'exégèse symbolique, sagement appliqué, ils eussent évité la plupart des défauts plus ou moins graves qu'on leur a reprochés. Leur tort est surtout d'avoir appliqué systématiquement à l'exégèse le principe d'analogie que, d'une part, la tradition leur offrait comme moyen de connaître Dieu dans la nature, qui, d'autre part, leur semblait un principe absolument général, une loi non seulement cosmologique, mais encore historique et morale.

En résumé, le principe de transcendance métaphysique et le principe d'exégèse symbolique, sagement appliqués, pouvaient donner de bons résultats. Ils les ont donnés, de fait. Et la tradition théologique chrétienne, après avoir condamné les déviations de l'origénisme, a su, par d'heureuses applications, préciser la portée de ces deux vérités fondamentales.

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