‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 490 sur 536 · III. PÉRIODE DE LA RÉFORMATION PROPREMENT DITE, DE · texte numérisé non relu

III. PÉRIODE DE LA RÉFORMATION PROPREMENT DITE, DE

Henri VIII a Charles II. — Bossuet, Histoire des variations;

Gasquet, Henry VIII and the Englinh Monasterics, Londres, 1889, 2 vol. , traduction française par J. Lugné-Phlipon, Paris, 1894; Doreau, Henry VIII et les martyrs de la Chartreuse de Londres, Paris, 1890; Bishop et Gasquet, Edward VI and the Book of common ■praxjer, Londres, 1891; A du Boys, L'Église et l'État en Angleterre depuis la conquête des Normands jusqu'à nos jours, Paris, 1887; Burke, Historical portraits of the Tudor dynasly and the Reformation period, Londres, 1879- 1883,4 vol. ; Dixon, History of the Church of England from theabolition of the Roman jurisdiclion, Londres, 1878-1891, 4 vol.; Strype, Historical Works, Oxford, 1822-1840, 27 vol. comprenant : Annals of the Ueformation ; Ecclesiastical Memorials, et les vies des archevêques Parker, Cranmer, Whitgift, Grindal, et de plusieurs autres personnages ; on pourra consulter aussi les publications de la Parker Society, Cambridge, 1841-1855, 55 vol., qui comprennent les ouvrages d'un certain nombre de théologiens anglicans depuis Henri VIII jusqu'à la fin du règne d'Elisabeth. On a choisi ceux qui ont une teinte de protestantisme plus prononcée. Hardwick, History of the Articles of Religion, Londres, 1884; Fuller, The Church History of Britain, from the Birth of J. C, until the year 1648, Londres, 1837, 3 vol., t. ii.iii ; Foxe, Acts and Monuments, Londres, 1843-49, 8 vol.,. t. iv sq.;Collier, An Ecclesiastical History of Great Britain from the flrst planting of Christianity to the end of the reign of Charles II, Londres, 1859, 9 vol. ; Burnet, History of the Reformation ofthe Church of England, édition Pocock, Oxford, 1865, 7 vol. L'éditeur a ajouté un nombre considérable de documents qui rendent son édition précieuse. Hook, Lives of the Archbishops of Canterbury, Londres, 1860-1873, 11 vol., t. VI sq. ; Dodd, Church History of England with notes and continuation by Rev. M. A. Tierney, Londres, 1839, 5 vol. ; Library of Anglo- Catholic Theology, Oxford, 1841-1867, 88 vol. Collection des écrits des théologiens anglicans dont les principes se rapprochaient de ceux de la Haute Église. Voyez aussi U. Chevalier, Répertoire des sources historiques, topo-bibliograpltie, Montbéliard, 1894, v* Angleterre.

IV. Temps modernes. — Tracts for the times, Oxford, 1833- 1841, 6 vol.; Liddon, Life of E. B. Pusey, Londres, 1894-1898, 4 vol. ; Thureau-Dangin, La renaissance catholique en Angleterre au xix" siècle, I* partie, Newman et le mouvement d'Oxford, Paris, 1899; bibliographie abondante. Voir aussi les collections du British Critic, du British Magazine et des principaux journaux anglicans, tels que le Church Times pour la Haute Église, le Record pour la Basse Église, et le Guardian dont les tendances sont plutôt larges : on y suit le mouvement des idées dans notre siècle.

V. Documents. — Les assertions des historiens anglicans cités plus haut, surtout des plus anciens, demandent à être contrôlées de très près par l'examen des documents originaux. Voir : Wilkins, Concilia Magnse Britannix et Hibernix, Londres, 1737, 4 vol. in-fol. ; et surtout la magnifique collection publiée par les soins du gouvernement anglais, sous le titre de Calendars of State Papers; plus de 120 volumes ont trait aux temps qui suivent la Réformation; ils renterment une mine de renseignements sur l'histoire de l'anglicanisme.

A. Gatard.

ANGLUS Thomas, voir White {de) Thomas.

ANICET (Saint), pape, dixième successeur de saint Pierre, Irénée, Cont. hser., m, 3, P. G., t. vu, col. 851, et successeur immédiat de saint Pie Ier, milieu du n« siècle. Eusèbe, H.E., iv, U, 19, P. G., t. xx, col. 329, 377. Le Liber ponti/icalis lui prête un pontilicat de onze ans, quatre mois, trois jours, ce qui ne concorde pas avec les dates qu'il lui assigne, du consulat de Glabrio Gallianus et Vêtus, 150, à celui de Bruttius Praesens et de Junius Rufinus, 153.

Anicet a régné à une époque où Rome était le rendezvous de toutes les célébrités. Valenlin et une femme de la secte de Carpocrate y étaient depuis Hygin; Marcion, « le vieux loup du Pont, » comme l'appelle Tertullien, et « le premier né de Satan », comme le qualifia Polycarpe, y était depuis Pie. La gnose battait son plein; mais elle était déjà fortement prise à partie par saint Justin, sur le terrain de la philosophie. Hégésippe, accouru d'Orient, y dressa la liste des évêques, opposant la tradition apostolique à toutes les nouveautés. Le vieil évêque de Smyrne, Polycarpe (f 155), vint à Rome, vers 154, vraisemblablement accompagné de deux de ses disciples, Irénée, qui, 13 ans plus tard, occupa le siège de

ANICET — ANIEN

Lyon et composa une réfutation de la gnose, surtout au point de vue de l'exégèse, et Florinus, qui devait passer à la secte valentinienne. Divers motifs l'y appelaient : peut-être le désir de voir la grande Église, à coup sûr certaines difficultés, entre autres la question de la Pique, déjà soulevée en Orient. L'usage d'Asie ne se heurta pas à l'intransigeance d'Anicet; car celui-ci fit le meilleur accueil à Polycarpe et le pria, en signe de paix, d'offrir à sa place le sacrifice dans l'église de Rome. Eusèbe, H. E., v, 24, P. G., t. xx, col. 508.

Nous ignorons l'attitude d'Anicet vis-à-vis des gnostiques. Le Liber pontificalis ne lui attribue qu'une seule prescription, d'ordre disciplinaire : ut clerus cornant non nutriret; ce qui ne peut pas s'entendre de la tonsure qui, encore au commencement du vic siècle, était un insigne épiscopaljluchesne, Lib. pont., t.i, p.l3i, n.3, mais plutôt de l'usage mentionné par saint Jérôme: denwnstratur nec rasis capilibus, sicut sacerdotes cidtorcsque Isidis atque Serapidis, nos esse debere, nec rursus comam demitlere, quod proprie luxuriosum est. In Ezech., P. L., t. xxv, col. 437.

Le pseudo-Isidore lui attribue une lettre aux évêques de la Gaule : De electione et ordinatione archiepiscopi, etc., qui s'appuie sur celles d'Anaclet et est aussi fausse qu'elles. Au comam non nutriant, il ajoute cette autre prescription, qui n'est point plausible : desuper caput in modum sphœrœ radant, ce qui désigne la tonsure en forme de couronne.

La fête de saint Anicet est marquée au 17 avril.

G. Bareille.

ANIEN ou ANNIEN (Anianus, Annianus), disciple et collaborateur de l'hérésiarque Pelage au début du ve siècle. — Le P. Garnier et, après lui, le cardinal Noris (ouvr. cités infra) ont mis hors de doute sa personnalité distincte des autres pélagiens avec lesquels Jansénius d'Ypres, Vossius et Baronius l'avaient confondu, et en même temps son identité avec Anianus le traducteur de nombreuses homélies de saint Jean Chrysostome. Nous ferons connaître son rôle : I. comme pélagien; II. comme traducteur.

I. Amen, propagateur du pélagianisme. — Ce que nous savons de plus précis sur lui est renfermé dans une lettre de saint Jérôme à saint Augustin et Alypius, Epist., cxliii, P.L., t. xxn, col. 1181; t. xxxin, col. 928: Quod autem quseritis, utrum rescripserim contra libros Anniani, pseudodiaconi Celedensis, qui copiosissime pascitur, ut aliénée blasphemise verba frivola subminislret : sciatis me ipsos libros in schedulis missos a fratre Eusebio presbylero suscepisse, non an te multum temporis; et exinde vel ingruentibus morbis, vel dormitione sanctœ et venerabilis filial vestrse Eustochii, ila doluisseut propemodum contemnendos putarem. Ineodem enim htto hœsitat, et exceplis verbis tinnulis atque emendicalis, nihil aliud loquilur. Tamen multum egivi us, ut, dum epistolee mese respondere conalur, apertius se proderet, et blasphemias suas omnibus pâte faceret. Quidquid enim in illa miserabili synodo Diospolilana dixisse se denegat, in hoc opère profitetur, nec grande est ineptissimis nseniis respondere. De ce texte comparé avec les documents contemporains, se dégagent les conclusions suivantes : 1° Anien est bien un personnage distinct de Pelage qui l'entretient et le paye; ce n'est point non plus un pseudonyme de Julien d'Éclane trop fortuné pour être aux gages d'un autre. Faut-il ajouter qu'il n'a rien de commun avec Anianus, le conseiller du roi Alaric, avec lequel Sigebert l'a confondu ? Cf. Fabricius, Bibliolheca média; et infimes lalinilatis, l. i, p. 107. — 2° Anien n'était point prêtre, comme le dit Hoefer dans la Nouvelle biographie universelle, mais seulement diacre, pseudo-diaconus, dil saint Jérôme, sans doute à cause de son hérésie. L'Eglise désignée par h? mot Celedensis est inconnue : on conjecture qu'il s'agit de Celenna en Campanie. En

tous cas, Anien est Italien : il l'affirme lui-même dans sa lettre à Évangelus, P. G., t. l, col. 472. — 3° Son rôle dans la diffusion du pélagianisme fut secondaire : il n'essaya pas, comme Julien d'Éclane, de compléter le système du maître. Écrivain habile et disert, il mit sa connaissance des langues grecque et latine, son style visant à l'effet, et une certaine érudition (verbis tinnidis et emendicatis) au service des erreurs de Pelage qui le payait largement. Paul Orose nous apprend en effet dans son Liber apologeticus contra Pelagium de arbitrii Ubertate, c. xxix, que Pelage était incapable d'écrire et signait les élucubrations des secrétaires qu'il inspirait : s'adressant à Pelage, au sujet de sa lettre à Démétriade, il lui parle de ces dictatoribus tuis, qui miserum sensum miserrimo sermone conscribunt, et te legendum cachinnis quasi titulum confusionis exponunl. P. L., t. xxxi, col. 1198. Aussi le P. Garnier attribue-t-il à Anianus la composition de cette lettre de l'an 413. P. L., t. xxxiii, col. 1099. —4° Anien avait assisté au synode de Diospolis (décembre 415), puisque saint Jérôme affirme qu'il persévère dans les mêmes erreurs, qu'il les formule seulement avec plus de franchise qu'autrefois. Le P. Garnier se trompe, semble-t-il, quand il croit le texte mutilé et fait dire à saint Jérôme : quidquid dixisse se Pelagius denegat, iste (Anianus) in hoc opère profitetur. D'après une conjecture mieux fondée du même critique, Anien est cet interprète de Pelage qui, dans l'assemblée de Jérusalem devant l'évèque Jean, avant le synode de Diospolis, traduisait infidèlement les documents : d'après Paul Orose, op. cit.,c. vi, P. L., t. xxxi, col. 1178, Pelage était là habens post se armigerum suum, qui, etsi ipse non dimicat, cuncta tamen œris et ferri suffragia subminislrat. — 5° De la controverse d'Anien avec saint Jérôme, en dehors du passage cité, il ne reste aucun document : ni l'opuscule d Anien, dans lequel il se vengeait de la condamnation de Diospolis en attaquant la lettre de saint Jérôme à Ctésiphon contre les pélagiens, ni la lettre de saint Augustin sur ce sujet ne nous sont parvenus ; la réfutation que promet saint Jérôme fut sans doute empêchée par sa mort en 420.

IL Le traducteur de saint Jean Chrysostome. — 1° Œuvres traduites par Anianus. — l.La traduction des sept homélies en l'honneur de saint Paul est incontestablement de lui, l'épître dédicatoire en fait foi : elle est insérée dans l'édition de Montfaucon, P. G., t. L, col. 470-514. — 2. Il en est de même des 26 premières homélies sur saint Matthieu : la dédicace à l'évèque Oronce est encore d'Anianus. Les huit premières étaient seules connues jusqu'ici, dansf. G., appendice au t. lviii, col. 975-1057. Mais d'après Looshorn, cf. infra, le codex lat. 5398 de la bibliothèque royale de Munich renferme les 26 homélies et justifie les affirmations de Montfaucon dans sonDiarium ltalicum, et de Bichard Simon, Lettres choisies, n. ix. — 3. Le P. Garnier lui attribue aussi d'autres traductions de saint Jean Chrysostome dont l'auteur est inconnu, par exemple celle de l'homélie Adneophytos qui fut le sujet de longues discussions entre saint Augustin et Julien d'Éclane. Cf. S. Augustin, Contra Julianum, 1. I, c. vi, n. 21-28, P. L., t. xliv, col. 631-660. — 4. W. Schmitz lui attribue encore la traduction latine des deux livres de saint Chrysostome sur la componction du cœur, qu'il a publiée dans les Monumenta lachygraphica codicis L'arisioisis latini 21 18, fasc. 2, Hanovre, 1882.

2° Critique. — Les intentions pélagiennes du traducteur et une violente animosité contre saint Augustin se trahissent dans ses deux épitres dédicatoires. Écrivant à l'évèque Oronce, pélagien déclaré et condamné plus tard dans le concile d'Éphèse, il se proclame heureux de traduire, sur son ordre, les homélies de Jean, ce « détenseur de notre nature et de la liberté adversus Manichxi rabicm ». P. G., t. lviii, col. 975. Au piètre

ANIEN — ANIMATION

Évangélus, son ami, il offre les panégyriques de saint Paul, où est défendue, dit-il, la pure vérité, quam in nobis traducianus oppugnat : ce mot traducianus désigne tout fidèle croyant au péché originel, mais surtout Augustin que Julien appelait : traducianse genlis primatem. Cf. S. Augustin, Opus imperf. contra Julianum, l.I.c. lxvi,P.L., t. xlv, col. 1805; t. lxxv, col. 1181. Isaac Habert, Concordia Patrum latinorum et grsecorum de gvatia, c. il, s'est donc trompé quand il a cru à l'orthodoxie d'Anianus. — Mais d'autre part, les critiques s'accordent, après Huet, à reconnaître, dans ces traductions, un véritable mérite non seulement d'élégance et de clarté, mais même d'exactitude. Cf. Baillet, Jugements des savants, 1722, t. m, p. 11. Looshorn,op. cit. infra, p. 793, a remarqué que pour plusieurs homélies de saint Chrysostome, insérées au bréviaire romain, la traduction en a été empruntée à Anianus. Le même critique, p. 789, observe qu'Anianus n'emprunte point à la Vulgate la traduction du texte scripturaire, il en fait une nouvelle qui conserve certaines réminiscences de Yltala.

Le Répertoire de Chevalier indique les sources générales, Cave, Dupin, Oudin, Fabricius. Mais il faut consulter surtout : Garnerius.S. 3., De vitaet scriptis Aniani, dans Dissertatio de primis auctoribus hseresis pelagianx, qui sert d'introduction aux Opéra Marii Mercatoris, P. L., t. xlviii, col. 298-305; H. Norisius, Historia pelagiana, 1. I, c. xix, dans Opéra omnia, Vérone, 1729, t. i, col. 183-192; Pagi, Crilica... in... annales Baronii, ad annum 417, n. xi, et adannum419, n. xxxn, Anvers, 1705, p. 134, 169; Looshorn, Les traductions latines de saint Jean Chrysostome... d'après les manuscrits des bibliothèques de Munich, dans Zeitschrift fur katholische Théologie (Inspruck), 1880, p. 788; Bardenhewer, Patrologie, édit. allem., § 57, n. 15, p. 328; trad. franc, par P. Godet et C. Verschaffel, Paris, 1899, t. n, p. 205.

E. P.ORTALIÉ.

ANIMATION. — I. Position de la question. IL Historique de la question. III. Arguments en faveur de l'animation médiate et réponses des adversaires. IV. Arguments en faveur de l'animation immédiate et réponses des adversaires. V. Conclusions.

I. Position de la question. — 1° Les vivants sont composés d'un corps organisé et d'une âme. L'animation chez les vivants est donc le fait de l'union de l'âme à un corps organisé. Le corps est animé dès que l'âme vient en lui. Pour l'homme, l'animation a lieu quand l'âme créée par Dieu est unie aux éléments matériels organisés, aptes à la recevoir et à lui fournir les conditions de sa vie et de ses fonctions.

2° L'animation a lieu en un instant. — « En effet, si l'on considère le principe vital comme constituant l'être qui est propre à une substance vivante, on ne peut pas plus le faire naître successivement qu'aucun autre principe substantiel. Un corps peut bien grandir et diminuer peu à peu, mais il ne peut pas devenir peu à peu minéral, plante ou animal... La préparation de la matière peut bien progresser successivement, mais la naissance de l'être nouveau, c'est-à-dire la vivification (l'animation) ne peut être qu'instantanée, au moins pour que cet être soit substantiel. » Kleutgen, La philosophie scolastique, diss. VII, c. vi, n. 744, trad. C. Sierp, t. m, p. 455, Paris, 1870. Cf. S. Thomas, Quœst. disp., De potentia, q. m, a. 9, ad 9um; a. 12. — Cet instant précis de l'animation, quel est-il?

3° Évidemment on ne saurait le placer avant la conception, alors que l'âme n'a pas encore été créée et que le corps humain n'existe pas dans son individualité propre. — Nous n'indiquons ici que pour mémoire les philosophes et les naturalistes, comme Bonnet, Swammerdam, Leibniz, Buffon, Malebranche, Haller et Cuvier, qui ont voulu faire remonter toute animation à la création même du monde. Leur théorie de la préexistence ou de l'emboîtement des germes a vécu. Saint Thomas l'avait réfutée d'avance. Sum. theol., Ia, q. cxix, a.

2. Les observations de la science expérimentale et le raisonnement lui ont porté le dernier coup. Cf. A. Flourens, De la longévité humaine, IIe part., c. m, § 2, Paris, 1860, p. 166 sq. ; A. Farges, La vie et l'évolution des espèces, c. vi, Paris, 1888, p. 146 sq.

4" On ne saurait davantage placer l'instant de l'animation pendant ou après la naissance sans encourir l'anathème lancé par Innocent XI contre ceux qui considéraient comme probable que tout enfant, tant qu'il est dans le sein de sa mère, n'a pas d'âme raisonnable, et commence seulement à la posséder lorsqu'il est enfanté, en sorte qu'aucun avortement ne serait un crime d'homicide. Videtur probabile omnem fœtum, quamdiu in utero est, carere anima rationali et tune primum incipere eamdem liabere, cum paritur; ac consequenter dicendum erit, in nullo abortu homicidium committi. Propositio XXXV inter LXV ab Innoce.ntio XI, die 2 niarlii 1610, damnatas, Denzinger, Enchiridion, n. 1052.

5° Mais entre le temps qui précède la conception et la naissance, il y a un intervalle considérable au cours duquel il est difficile d'indiquer le moment précis où l'âme sortie des mains du créateur s'est emparée du corps humain. — Les partisans de Yanimation immédiate affirment que c'est au moment même de la conception que l'âme est créée et unie au corps. — Les partisans de Yanimation médiate retardent l'entrée de l'âme dans le corps et la fixent à l'époque — variable pour les deux sexes, suivant les uns — où le corps est construit, du moins dans ses organes principaux.

IL Historique de la question. — 1° L'animation et Aristote. — Le problème de l'animation tel qu'il vient d'être posé n'a été envisagé, dans l'antiquité, que par Aristote, en particulier dans le Traité de la génération des animaux, 1. II, c. iv, trad. Barthélémy Saint-Hilaire, Paris, 1887, t. n, p. 35 sq. Le philosophe de Stagyre est assez obscur. Cependant il parait défendre la succession des âmes telle que la soutiendront pluj tard la plupart des scolastiques. On peut donc le considérer à juste titre comme le premier défenseur de l'animation médiate. — 1. Pour lui toutes les âmes sont d'abord en puissance dans la matière destinée à devenir un corps humain. « Évidemment, dit-il, il faut supposer que les spermes et les embryons qui ne sont pas encore séparés (des parents) possèdent l'âme nutritive en puissance, mais qu'ils ne l'ont pas en fait avant que, comme les germes qui sont une fois séparés, ils ne prennent leur nourriture et ne fassent acte de cette espèce d'âme... Il est, du reste, bien entendu qu'après cette première âme, nous aurons à parler de l'âme sensible et de l'âme douée d'entendement, car il faut nécessairement que les êtres aient toutes ces sortes d'âmes en puissance avant de les avoir en réalité. » — 2. C'est l'âme nutritive qui sort la première de la puissance à l'acte. « Au premier moment tous ces êtres ne semblent avoir que la vie de la plante. » Elle passe à l'acte dè3 l'instant de la conception. « Il est impossible, en effet, de considérer l'embryon comme étant sans âme et absolument privé de toute espèce de vie, car les spermes et les embryons des animaux vivent tout aussi bien que les graines des plantes... Il est donc évident qu'ils ont l'âme nutritive. » — 3. L'âme sensitive lui succède peu après, mais ne vient pas en même temps. « Bientôt aussi ils ont l'âme sensible qui fait l'animal. Que l'âme nutritive soit de toute nécessité celle qu'on doit supposer la première, c'est ce qu'on voit clairement de ce que nous avons ailleurs dit de l'âme. Ce n'est pas d'un seul coup que l'être devient animal et homme, animal et cheval; et ceci s'étend à toutes les espèces également. » — 4. Enfin l'intelligence, c'est-àdire l'âme humaine, arrive après l'âme végétative et l'âme sensitive. « D'où vient l'intelligence, à quel moment, de quelle manière vient-elle dans les êtres qui participent à celte sorte d'âme, c'est là une question des plus diffl-

ANIMATION

ciles. » Cf. Barthélémy Saint-Hilaire, Préface au traité ■de la génération des animaux, d'Aristote, Paris, 1887; Ed. Chaignet, Essai sur la psychologie d'Aristote, Paris, 1883.

2° L'animation et les Pères grecs. — Parmi les Pères grecs, on rencontre des partisans de l'animation médiate et des partisans de l'animation immédiate. — 1. Saint Grégoire deNysse avait cependant traité la question avec une telle netteté et une telle force, qu'il semble avoir conquis le plus de suffrages à la thèse de l'animation immédiate. Il avait en face de lui deux doctrines opposées : l'une qui soutenait que l'âme existe avant le corps, l'autre qui défendait la préexistence du corps par rapport à l'âme. Contre les deux doctrines, il affirme catégoriquement la simultanéité des deux origines : le corps et l'àme, dit-il, commencent d'exister en même temps. Ils se développent insensiblement, mais dès le premier instant de la conception l'âme est là tout entière, pour manifester successivement, à mesure que le corps grandit, ses diverses facultés. De hominis opi/icio, c. xxvni, P. G., t. xliv, col. 230; De anima et resurrectione, P. G., t. xlvi, col. 125. Cf. Passaglia,Z)e immaculato Deiparœ virginis conceptu, Rome 1855, part. III, p. 1879. — Saint Basile semble bien tenir pour l'opinion de son frère, quand il veut que l'on considère comme coupables d'assassinat ceux qui provoquent l'avortement d'un fœtus, qu'il soit formé ou non. Ad Amphilochium, epist. n, dans Balsamon, Opéra, P. G., t. cxxxvm, col. 587. — Saint Maxime, abbé, en appelle au raisonnement pour démontrer que le corps ne saurait exister avant l'âme. S'il existe avant toute âme, il est mort, car il n'y a de vivant que ce qui est animé. S'il existe avant l'àme raisonnable seulement, mais avec une âme végétative ou une âme sensitive, l'homme engendre une plante ou un animal, ce qui paraît impossible, car la plante procède de la plante et non pas de l'homme, pareillement l'animal naît de l'animal el non pas de l'homme. De variis difficilibus locis sanctornm Dionysii et Gregorii seu <imbiguorum liber, P. G., t. xci, col. 1335 sq. — Mélétius ne peut pas davantage accepter que l'âme vienne après le corps, car de même qu'un cachet ne saurait s'adapter à l'effigie faite sur la cire par un cachet différent, ainsi l'âme, image et sceau de la divinité, ne saurait s'adapter à un corps marqué du sceau d'une autre âme et organisé par elle. Elucubratio synoptica de natura hominis, P. G., t. lxiv, col. 1087. —2. Le principal représentant de l'animation médiate, chez les Grecs, est Théodoret. Il invoque Moïse et Job. Le premier atteste que Dieu a formé d'abord le corps de l'homme et qu'il ne lui a donné une âme qu'après l'avoir pétri du limon de la terre. Le second décrit ses origines de la même façon cl reconnaît n'avoir reçu la vie humaine qu'après que Dieu oui formé ses os et ses nerfs. Donc, conclut Théodoret, l'âme n'est créée que dans un corps déjà organisé, c'est-à-dire après la conception. De grsecorum affect. curandis. Sermo de natura hominis, P. G., t. lxxxiii, col. 912.

3° L'animation et les Pères latins. —Tandis que, chez les grecs, Grégoire de Nysse fait école et décide le plus grand nombre en faveur de l'animation immédiate, chez les latins, au contraire, Tertullien en soutenant la même animation immédiate suscite des partisans à l'animation médiate. La cause en est dans l'erreur du traducianisme (voir ce mot) qu'il mêle à sa théorie. Selon lui, de même que l'homme perd l'âme humaine en perdant la vie, ainsi il reçoit cette âme humaine en prenant vie. La vie et l'animation sont donc deux faits simultanés, et comme la vie est contemporaine de la conception, il en résulte que l'animation est immédiate. Jusque-là il n'y -avait rien à redire au langage de Tertullien. Mais il ajoute que l'àme est donnée on ce moment-là par les parents. « L'âme comme le corps est le fruit de la génération : des âmes du père et de la mère se détache le

germe d'une âme nouvelle, un rejeton pour ainsi dire de la race d'Adam, velut siirculus quidam ex matrice Adam. » De anima, c. xix, P. L., t. n, col. 682. Cf. c. xxvn et xxxvi, P. L.,i. n, col. 694, 712. 0. Bardenbewer, Les Pères <'<' l'Eglise, première période, 1. II, § 36, trad. P. Godet et C . Verschaffel, Paris, 1898, t. i, p. 323; Esser, Die Seelenlehre Tertuilians, Paderborn, 1893. — Pour mieux combattre cette hérésie, les Pères latins distinguèrent entre la conception et l'animation; la conception est l'œuvre des parents, l'animation est le résultat de la création de l'âme par Dieu. Ils firent plus que les distinguer, ils les séparèrent chronologiquement, ils fixèrent à l'animation une date postérieure à la conception et ainsi disparaissait toute possibilité de traducianisme, lequel n'est conciliable qu'avec l'animation immédiate. Ainsi, selon Gennade de Marseille, l'âme n'est créée et unie au corps qu'après que celui-ci est déjà formé :formato jam corpore animant creari et infundi. De ccclesiasticis dogmatibus, c. xiv, P. L., t. lviii, col. 984. — L'auteur du livre De spiritu et anima, faussement attribué à saint Augustin, écrit que le corps humain vit de la vie végétative, se meut, grandit et acquiert la forme humaine dans le sein de la mère avant de recevoir l'âme raisonnable : Vegetatur tamen et movelur et crescit et humanam formam in utero recipit, priusquam animant rationalem recipiat, c. ix. S. Augustin, Opéra, P. L., t. xl, col. 784-785. — Un autre auteur, également confondu avec saint Augustin, compare la formation de chaque homme à celle d'Adam et dit que Dieu ne donne une âme immortelle au corps humain qu'après qu'il est formé, ainsi qu'il fit pour Adam, Ouœst. ex Vet. Testant., c. xxm. S. Augustin, Opéra, P. L.,t. xxxv, col. 2229. Cf. Gralien, Decretum, II part., caus. XXXII, q. il, c. 9, où ce texte est rapporté. — Cassiodore raisonne de la même façon et invoque en outre le témoignage des médecins qui fixent l'animation au quarantième jour après la conception. De anima, c. vu, P. L., t. lxx, col. 1292. Le même auteur observe toutefois fort justement que, dans des questions aussi obscures, il vaut mieux avouer son ignorance que se prononcer avec une audace dangereuse : Melius est in lam occidtis causis confiteri ignorantiam quant periculosam nssumere fortassis audaciam. Cf. Eschbach, Dispulationes physiologico-theologicse, disp. II, part. I,c. i, a. 1, Paris, 1884.

4° L'animation et la scolàstique. —1. Le courant créé par les Pères latins en faveur de l'animation médiate se continua au moyen âge dans la théologie et surtout dans la philosophie scolàstique. Il fut suivi par saint Anselme, De conceptu virginali, c. vu, P. L., t. clviii, col. 440; Pierre Lombard, Sent., 1. II, dist. XVIII, P. L., t. excu, col. 689, où il répète les propres paroles de Gennade; Hugues de Saint-Victor, Explanatio in Cant. B. M. Virginis, P. L., t. clxxv, col. 418 (cf. Mignon, Les origines de la scolàstique et Httgues de Saint-Victor, c. m, Paris, sans date, t. I, p. 105). Il y fut renforcé par l'arrivée des œuvres psychologiques d'Aristote. Quand on connut le philosophe de Stagyre, son De anima et plus particulièrement le De generalione animalium, on y vit des textes favorables à la succession dés âmes et à l'animation médiate et l'École presque tout entière se rallia à l'opinion de Gennade et d'Aristote. Saint Tliomas, Qusest. disp., De potenlia, q. m, a. 9, ad 9um; Sum. theol., Ia, q. cxvm, a. 2, ad 2um; In IV Sent., 1. II, dist. XVIII, q. n, a. 3; Cont. ge.nl., 1. II, c. i-xxxvn, i. xxxvin et i.xxxix, les commentateurs du De anima, ceux de Pierre Lombard, ceux de saint Thomas, professent à l'envi que l'âme raisonnable n'est créée par Dieu et n'est unie au corps que lorsque celui-ci est suffisamment constitué. — 2. Ils ne sont plus aussi unanimes quand il s'agit (le fixer la date où le corps est assez organisé pour être habitable par l'àme raisonnable. On conçoit, en effet, la difficulté de celle question et les

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hésitations qu'elle engendre. Cependant la plupart des auteurs scolastiques fixaient l'animation vers le quarantième jour pour les enfants du sexe masculin, vers le quatre-vingtième pour les enfants du sexe féminin. Navarrus, Manuale, c. xv, n. 14, Rome, 1588; Sylvius, In j/am 77œ,q.Lxiv, a. 7, qua?sito4, Opéra, 1714, p.418;Naldus, Summa,\°Abortus, n. 2, Bologne, 1630; Marchant, Tribunal sacramentelle, t. II, tr. VI, tit. i, q. III, Gand, 1643; Sporer, Theologia moralis sacramentalis, part. IV, c. iv, n. 698, Venise, 1731, p. 378; Pauwels, De casibns reservatis , c. I, De abortu, q. vi, n. 169, Migne, Theologiee cursus completus, t. xvm, col. 995. — Pour s'autoriser davantage encore, ils pensaient trouver dans certaines prescriptions de la loi mosaïque un symbole de ce fait naturel. Selon eux, c'était pour rappeler cette différence de durée dans l'animation des deux sexes que Dieu avait fixé la purification des mères à quarante jours après la naissance des garçons et à quatre-vingts jours après la naissance des filles. Cf. Maldonat, In Luc., Il, 22, Pont-à-Mousson, 1596; Cornélius à Lapide, In Levit., xii, 5, Paris, 1859; Covarruvias, In Clément., Si furiosis, part. II, § 3, n. 1, Genève, 1762; Dicastillo, De justifia et jure, 1. II, tr. I, disp. X, dub. xm, n. 161, Anvers, 1641. Quelques auteurs, s'inspirant d'un passage d'Hippocrate, De natura fœtus, n. 10, Genève, 1657, avançaient l'époque de l'animation et la reportaient au trentième jour pour les enfants mâles, et au quarantième pour les enfants du sexe féminin. Herinckx, Summa theologiee scholasticae et moralis, part. III, tr. II, disp. VI, q. m, n. 28, Anvers, 1704; Lessius, De justifia et jure, 1. II, c. ix, dub. x, n. 65, Louvain, 1605, p. 87. Il est bien évident que, de part et d'autre, ces auteurs n'entendaient pas donner une date certaine, mais fixer seulement une époque vers laquelle ils pensaient que l'âme était unie au corps. — 3. Enfin les auteurs étaient divisés en deux camps à peu près égaux sur la question de savoir si, avant l'arrivée de l'âme humaine, il y avait eu succession d'âmes. Les uns affirmaient que le corps humain est successivement animé par trois âmes différentes, cf. Conimbricenses, In II De anima, Cologne, 1599, c. i, q. iv, a. 1, et même plus, Sylvester Maurus, Quœst. philosoph. de anima, q. xxix, ad 2um, Le Mans, 1875 et 1876, t. m, p. 96, et passe ainsi par des corruptions et générations multiples, ordonnées les unes aux autres, avant d'être définitivement la possession de l'âme raisonnable. S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. cxvm, a. 2, ad 2um. L'âme végétative arrivait dès le moment de la conception et présidait aux actes vitaux qui se remarquent dès cet instant dans l'embryon; elle permettait à celui-ci de se nourrir, de se développer, de s'organiser, de construire les organes de la sensation. Ceux-ci étant formés, l'âme végétative disparaissait, et l'âme sensitive pouvait venir, puisqu'un corps apte à ses fonctions lui était fourni. Dans ce corps, elle remplissait à la fois les fonctions de la vie végétative et celles de la vie sensitive, continuait le développement organique de l'ensemble et préparait l'avènement de l'âme raisonnable qui n'était donnée par le créateur qu'à un corps complètement formé. Dans Le purgatoire, Dante fait exprimer cette théorie par Stace :

La vertu active (du sperme) devient une âme semblable à celte d'une plante, différente seulement en ce qu'elle est en voie et l'autre déjà au rivage (au terme de son évolution).

Tant opère-t-elle ensuite que déjà elle se meut et sent comme une anémone marine (qui est, d'après Dante, au degré le plus bas de l'animalité) ; puis elle se prend à organiser les puissances dont elle est la semence...

Mais comment d'animal on devient enfant?...

...Sache qu'aussitôt que du cerveau la structure est parfaite dans le fœtus,

Le premier moteur vers lui se tourne et, joyeux d'un si grand art de nature, y souffle un esprit nouveau plein de vertu,

Qui, attirant dans sa substance ce qu'il trouve d'actif, devient une seule âme qui vit et sent et se réfléchit sur elle-même. Pur-

gatoire, c. xxv, terz. 18-25, trad. Lamennais, Paris, 1883, t. n, p. 189-190.

D'autres à la suite d'Alexandre de Halès supprimaient la présence de toute âme propre à l'embryon avant l'infusion de l'âme humaine. Dans la période qui suivait la conception et qui précédait l'animation, les mouvements, les opérations, les fonctions de l'embryon procédaient ou de l'âme de la mère, ou d'une vertu, force morphoplastique inhérente au germe vital. Bientôt arrivait l'âme humaine qui, d'abord, organisait la vie nutritive, puis petit à petit manifestait ses puissances sensilives et finalement mettait en activité ses facultés immatérielles. L'ordre des phénomènes était donc le suivant : à l'origine, mouvements produits par l'âme de la mère, ou par la force plastique interne; puis création de l'âme; ensuite opérations de la vie nutritive, opérations de la vie sensitive; enfin opérations intellectuelles et volontaires.

5° L'animation et la science moderne. — Telle était la pensée humaine sur cette question jusqu'en plein xviic siècle : l'animation médiate partout soutenue d'une façon incontestée. — 1. Pendant le xvne siècle, plusieurs voix commencèrent à protester contre l'opinion régnante, principalement dans le monde médical. Une étude plus approfondie de l'embryologie, l'observation scientifique substituée au raisonnement a priori, ramenèrent des sympathies à l'animation immédiate. Un professeur de médecine de Louvain, Thomas Fienus, dans son De formatione et animalione fœtus liber in quo ostenditur animant rationalem infundi terlia die, 1620, et dans son Apologia pro libro précédente, in-8°, 1629; le docteur Vincent Robin, dans sa Synopsis rationum Fieni et adversariorum « De terlia fœtus animalione » ex quibus clare constabit celcbratam antiquilate opinionem de fœtus formatione deserendam esse, Fieni novam amplectendam, Dijon, 1632; le Père Florentinius, dans son livre De hominibus dubiis baptizandis, seu de baplismo abortivorum, Lyon, 1658, ouvrage accepté par la S. C. de l'Index, approuvé par plusieurs universités, par des évêques, des savants illustres et par des religieux des principaux ordres alors existants; le célèbre Zaccbias, médecin d'Innocent X, dans son ouvrage demeuré classique : Quœstiones medico-legales, Lyon, 1661, se posèrent nettement en défenseurs de l'animation immédiate. Plus tard Cangiamila se joignit à eux dans sa fameuse Embryologia sacra sive de officio sacerdotum, medicorum et aliorum, circa seternam parvulorum in utero existentium salutem, Païenne, 1758. — La théorie scientifique de l'ovulation multiplia bientôt les partisans de cette opinion devenue aujourd'hui la plus commune. Dans un discours prononcé le 10 février 1852 devant l'Académie de médecine de Paris, le docteur Cazeaux pouvait dire : « Nous ne sommes plus au temps où théologiens, philosophes et médecins disputaient à l'envi De animalione fœtus. Les progrès de la science ont mis un terme à toutes ces discussions. Le germe reçoit, au moment de la conception, le principe vital, le souffle de vie, et il n'est pas possible, sous ce rapport, d'assigner aucune différence entre l'enfant qui vient de naître et celui qui est encore renfermé dans le sein maternel, entre le fœtus de neuf mois, et l'œuf fécondé depuis quelques heures. » Cf. Frédaull, Traité d'anthropologie physiologique et philosophique, 1. VI, c. I, § 2, n. 1, Paris, 1863, p. 729 sq. — 2. L'animation médiate a cependant gardé de sérieux partisans. Il y en a d'orthodoxes, comme le P. Liberatore, Du composé humain, c. vi, a. 7, Lyon, 1865, p. 274 sq.; Cornoldi, Filosofia scolastica, lezione lxii, 2e édit., Ferrare, 1875, p. 482 sq.; le docteur Vincent Santi, Délia forma, genesi, corso naturale e modi dei viventi, Pérouse, 1858; Vincent Liverani, Sui principi del moderno Ippocratismo, Fano, 1859. — Il y en a d'hétérodoxes comme Rosmini et ses disciples, qui prétendent que les parenls engendrent immédiatement une âme sensitive laquelle

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graduellement va de l'imparfait, c'est-à-dire du degré sensitif, au parfait, c'est-à-dire au degré intellectuel. Ce passage a lieu quand l'être se manifeste par intuition au principe sensitif. En vertu de cette union avec l'être, l'âme sensitive commence à comprendre? est élevée à un état meilleur, change de nature et devient intellective, subsistante et immortelle. Cette doctrine a été condamnée dans les propositions suivantes : Propositio xx. Nonrepugnat ut anima humana generalione multiplicetur, ila ut condpiatur eam ab imperfecto, nempe a gradusensilivo, ad perfectum, nempe ad gradum intelleclivum procedere. — Propositio XXI. Cum sensitivo principio inluibile fil esse, /toc solo tactu, hac sui unione, principium illud anlea solum sentiens, nunc simul intelligens, ad meliorem slatum evehitur, naluram mutât, ac fit intelligens, subsistons atque immortale. XL Propos iliones Anton ii Rosmini Serbati a S. Officiodamnatse die 14 decembris 1881 . Il faut remarquer cependant que ce qui est condamné chez Rosmini, ce n'est pas la thèse de l'animation médiate, mais celles de l'évolution de l'àme sensitive en âme intellective et de la vision intuitive de l'être. — Les partisans de l'animation médiate et de la succession des âmes ont habituellement eu grand soin de noter que, si l'àme sensitive procédait de l'âme végétative et celle-ci de la vertu générative des parents, l'évolution vitale s'en tenait là, et que l'àme intellective ne résultait pas du développement spontané de l'être. en formation, mais était donnée par un acte créateur de Dieu; enfin, qu'en arrivant dans le corps, elle se substituait immédiatement à l'àme sensitive pour remplir, en même temps que les fonctions intellectuelles, les fonctions sensitives et physiologiques, à elle seule tenir lieu de trois âmes et fournir à l'homme l'être, la vie, le mouvement, le sens et la pensée.

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