II. DÉBITS DELA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. — S'il ne
presque rien <le la lilti rature païenne de l'Arménie, ■a littérature chrétienne i I ti elle est même,
à peu d'exceptions près, exclusivement théologique. Môme quand il compose une histoire, l'écrivain arménien semble plus préoccupé des doctrines que des événements; c'est qu'il appartient presque toujours au clergé, unique dépositaire de la science durant le moyen âge. Aussi, retracer le tableau de la littérature théologique de l'Arménie, c'est en quelque sorte présenter tout l'ensemble du mouvement littéraire dans cette nation. Toutefois, au lieu d'une histoire complète, le lecteur ne trouvera ici qu'une esquisse rapide des plus importantes productions théologiques et historiques, avec l'indication des traductions qui en rendent l'accès plus facile. C'est à l'article spécial consacré à chaque auteur qu'il faudra se reporter pour les détails concernant la biographie de cet auteur, sa doctrine et la bibliographie complète de ses œuvres ou des travaux critiques dont il a été l'objet.
Les débuts de la littérature chrétienne en Arménie coïncident avec l'invention de l'alphabet mesrobien, c'est-à-dire avec les premières années du Ve siècle. Cf. Mesrob e l'alfabeto armeno, dans le Bessarione, Rome, 1896-1897, t. i, p. 807-810, 912-917. Les œuvres auxquelles on prétend assigner une date plus reculée sont toutes apocryphes. Tels, les Discours de Grégoire l'Illuminateur, que les Arméniens vénèrent comme une relique littéraire; P. Vetter a prouvé qu'ils remontent à la première moitié du ve siècle, dans Nirschl, Lehrbuch der Patrologie und Patrislik, in-8'1, Mayence, 188."), t. m, p. 219-222. Ils ont «Hé publiés à Venise, in-8", 1838, et traduits en allemand par .1. M. Schmid, Reden und Lehrendes hl. GregoriusdesErleuchters, in-8°, Ratisbonne, 1872. — Telle encore l'Histoire de Daron attribuée à Zénob de G-lak, contemporain de Grégoire el abbé du monastère de Sourp-Karapet, dans la province de Daron. Composée en syriaque, cette histoire n'existerait plus que dans une traduction arménienne. Jean le Mamikonien, évêque du VII" siècle, en aurait écrit la continuation. Or l'Histoire de Daron et la Continuation de cette histoire ne sont qu'un recueil de légendes, composé du VIIIe au IXe siècle et dépourvu de toute valeur historique. 11. Gelzer, Die Anfànge der arm. Kirche, p. 123, 12i; G. Khalatianz, Zénob de Gtak. Étude critique (arm.), in-8», Vienne, 1893. Cf. Byz. Zeitschrift, t. iv (1895), p. 368-370. Cet ouvrage a été publié avec sa continuation Venise, in-8», 1832; 2' édit, in-8°, 1889, et traduit en français par J.-B. Emin, dans Langlois, Collection des historiens, t. i, p. 333-382. — Plus célèbre encore, mais non moins apocryphe est Vlhsloire d'Arménie, qui porte le nom d'Agathange. L'existence même de cet auteur est très discutée. Quant à son Histoire, il est maintenant prouvé' qu'elle fut rédigée et considérablement amplifiée, dans la première moitié du Ve siècle, sur un original grec aujourd'hui perdu, et qu'au vne siècle cette rédaction arménienne fut retraduite en grec par un arménien, n. Sarghisian, Agathange et son mystère pnlyséculaire (arm.), in-8", Venise, 1890;. T. Dashian, Agathangeet l'évêque Georgesde Syrie (arm.), in-8", Vienne, 1891 ; o. Bardenhewer, Les Pères de l'Eglise, ti.nl. Godet et Verschaffel, in-8", Paris, 1899, t. m, p. 250, 262. Pour les éditions, voir Agathange. Tel qu'il nous est parvenu, le pseudo-Agathange se compose de morceaux juxtaposés et, à l'origine du moins, indépendante les uns des autres. La première partie (vie de saint Grégoire) est historique, du moins dans les traits essentiels; quant à la seconde (actes de sainl Grégoire el aintes Rhipsimiennes) et à la troisième (vision de saint Grégoire), elles n'ont rien à voir avec l'histoire. A. von Gutschmidt, Kleine Schriften, in-8", Leipzig, 1892, l. m, p. 394-420; Analecta bultundiana, Bruxelles, 1895, i. Krv, p. 121. 122.
III. Lr.s TRADUCTIONS. — C'est avec les premières années du V siècle que s'ouvre l'histoire véritable de la littérature arménienne, sous l'action combinée d'Isaac le Grand u <:!:,J el (l'' Mesrob (y 441), « celle tl
ARMÉNIE. I.ITTKl: \TIHK
double qui s'éleva alors si brillante au ciel de I Arménie. Créateur d'une écriture nouvelle, Mesrob, assisté il Isaac it de quelques autres savants, s'empressa de Eain une version de la Bible. Faite ■< l'origine, vers MO, sui le texte syriaque de la Peschito, cette traduction fut définitivemenl fixée vers 132, après une revision soi Sept inte des Hexapli s el le texte grec du Nouveau lami nt. Sur cette version, voir II. Hyvernat, dans i tionnaire de la Bible, t. i. col. 1010-1015; II. Gelzer, Realetu yklopàdie fûrprot. Théologie und Kirche,Leipzig, 1897, t. ii. p. 67-69. La liturgie arménienne doit également aux deux .nuis plus qu'à nul autre sa naissance et ses progrès. La tradition nationale leur attribue a l'un et à l'autre des hymnes d'église, el à Isaac un manuel «le liturgie el des lettres canoniques. Celles-ci ont été publiées à Venise en 1853, et traduites en anglais par F. C. Conybeare, The armenian canon» of S' Sahak, catholicos of A rmenian \ 390 iS9), dans The ameriean journal of theology, t. n (1898), p. 828-848.
Inaugurée par la version biblique, la littérature du v* siècle se compose principalement de traductions d'ouvrages grecs et syriaques; mais il est malaisé, faute de renseignements précis, d'assigner à chaque traducteur sa paît réelle. Ces traductions n'en ont pas moins pour la plupart un grand prix, les originaux étant souvent perdus. Nous en signalerons ici les principales :
1° Histoire de Faustus de Byzance, en quatre livres, allant de 317 à 390; œuvre capitale pour les annales de l'Arménie au ive siècle, malgré le caractère tendancieux de l'auteur. Procope nous a conservé quelques fragments de l'original grec, De bello persico, I, 5. Editions, Venise, in-8», 1832 et 1889; Saint-Pétersbourg, in-8°,1883; trad. fr. par J.-B. Emin, flans Langlois, Collection des historiens, t. i, p. 209-310; trad. ail. par H. I.auer, in-8°, Cologne, 1879. Sur la valeur historique de Faustus, voir II. Gel/.er, Die Anfânge der arm. Kirche, p. 111-123.
— 2° Deux opuscules de Philon sur la Providence, et un autre sur les Animaux, publiés avec traduction latine par J.-B. Aucher, Philonis judœi sermones très, in-4°, Venise, 1822; divers commentaires sur la Bible, du même Philon, publiés par le même éditeur sous le titre de : Philonis judœi paralipomena armena, in-4°, Venise, 1827. D'autres écrits de Philon, dont l'original est conserve'', ont paru en arménien sous ce titre : Divers discours du juif Philon, in-8", Venise, 1892. Sur les deux opuscules De providentia, voir P. Wendland, Philos Schrift ùber die Vorsehung, in-80, Berlin, 1892.
— 3" La Chronique d'Eusèbe, dont la première partie ne nous est connue que par la version arménienne publiée avec traduction latine par.I.-B. Aucher en double fermai in-fol. et in-'r, Venise, 1818; une autre version latine parut la même année à Milan, in-1". par les soins de Zohrab et d'A. Mai. Ces éditions hâtives sont (bailleurs très imparfaites; elles sont aujourd'hui remplacées par celle de Schone, Petermann et Rôdiger, Berlin, 18o\s. Voir pourtant Th. Mommsen, Die armenischen llandschriftender Chronikdes Eusebius, dans Hermès, t.xxx
1895), p. 321-338. Une version arménienne de V Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, faite sur une traduction syriaque, a été publiée, avec texte grec, par A. Djarian, in-80, Venise, 1877. — 4° L'Apologie d'Aristide, objet de tant de iravaux depuis vingt ans, publiée avec traduction latine sous [e titre ; Sancti Aristidis philosophi athenù termones duo, in-8", Venise, 1878. Sur les traces laissées par cel opuscule dans l'ancienne littérature arménienne, voir P. Vetter, Aristidescitate in der armenischen Litteratur, dans Tûb. theol. Quartaltchrift, 1894, t. ixwit. p. 529-539. — 5" Quinze Homélies de Sévérien de Gabala, dont trois seulement existent en grec, publiées avec trad. lat par J.-B. Aucher, in 8 Venise, 1827, et, -ans la traduction, in 8*, Venise, 1830.
— 6° Les Œuvres de saint Êphretn (commentaires biblique.-, exhortations, homélies et traités) dont une par-
tie m ei iste ni daui les éditii - b-s
éditions syriaq tuteur; texte arménien
i m i . \ . nise, \Kii>. l
m a paru aussi à Venise, in-2i, 1879; de n
h /. angelii ■ latin d Pauli,
m-! , Venise, 1893 'latin seul). Non pour li critiques parus à ce sujet, O. Bardenhewer, /. ■ 1 de l'Église, trad. Godet et Verschaffel, l. ni. p 240,241. — 7° Les autres traductions ont moins d'import Citons, parmi celles que l'on a publiées: I. Platon, Et»typhron, apologie de Socrate, i . Venise, 1877, el le Dialog in-8°, Venise, 1890; 2. Aristote, Catégories, ii tu, a, lettres, publiées, avec les Commentaires sur le* catégories de Porphyre, dans Cl Philo-
sophe, in-8". Vi S; 3. s. Basile, //■
in-8\ Venise, 1830; '». s. .ban Chryi 'hou
d'homélies, in-8 . Venise, 1861; Commentaires >ur l'évangile de saint Matthieu, 2 in-8*, ibid., 1821 militaires sur les épitres de saint Paul, 2 in-8", M 18G1 ; Commentaires sur b-s propl ibid., 1880; Fragments des commentaires sur saint Matthieu et saint Paul, in Î88; Oeatio J
ggricade vita et laboribus sancti Gregorii Illumina' patriarche! Armenia (arm. lat.), in-8 . Histoire d'Alexandre le Grand, du pseudo-CalIisthi in-8", ibiit., 1842; cf. .1. Dashian, Etude sur l'histoire d'Alexandre le Grand du pseudo-CaUuthénee, i Vienne, 1892. Les traductions qui viennent d'être mentionnées appartiennent toutes, d'après l'opinion communément reçue, au ve siècle; nous auronsà en signaler d'antres dans les âges suivants. De tout temps. l'Arménie littéraire a vécu d'emprunts. Voir[Soukias Somal], Quadro délie opère di vari atttori anticamente trador armeno, in-8", Venise, 1825. Cet ouvi ijourd'hui
dé-passé par celui de P. Earékin, Catalogue des anciennes traductions arméniennes du vau Ml' siècle, in- 8°, Venise, 1889 (arm.). Voir aussi B. Sarghisian, Dei test,ri patristici e biblici conservait nella letteratura armena, in-S . Venise, ' S
parent une édition complète des traductions arméniennes! des Pères; ont déjà paru le- .1/ des deux J
mente, 1896, et les Œuvres de saint Atlian
IV. Historiens ET théologiens m v siècle. — A cété des traducteurs, on remarque quelques écrivains, naux. A leur tète se place un disciple de Mesrob, Eznik de Kolb, qui a compose en quatre livres une Réfutation des sectes, c'est-à-dire des faux systèmes : j mazdéisme, philosophie grecque, manichéisme. Cf. fievue de l'Orient chrétien, t. i(1896), p. Kii-»*>ô. Éditi in-8 . Smyrne, 1761; in-24, Venise, 18J«'>. 1 STx » : traduction française asseï mauvaise de Le Vaillant de Florival, in S'. Paris. 1853; traduction allemande excellente de .l.-M. Sebmid. Des Yartapet Eznik von Kolb t. Wider die Sekten », in-8". Vienne, 1900. — Un autre disciple de Mesrob, Eorioun, écrivit peu après i'r2 une Histoire de de saint Mesrob et du commencement de la littérature arménienne, d'un prix inestimable, puisqu'elle est d'un contemporain; le texte en a été publié d'abord avee h s œuvres de David le Philosophe, in-8 l\:'.. puis a part, dans la Bibliothèque choisit de la littérature arménienne. in-2i. Venise, 1854, t M; traduction française dans Langlois, Collection des histor t. n. p. 9-16. - De Mambré, surnommé Vértanogl lecteur), on n'a publié' que deux homélies d.ins l'édition déjà citée des ouvres de David le Philosophe. Une nouvelle édition des seules boni, lies de Mambré .i )' : Venise, in-8*, 1895.
Si Mambré n'esl guère connu, le nom de son lï de Khoren, esl universel lemenl vénéré, du moins en Arménie. On lui attribue trois grands ouvrages ; Histoire d'Armén