Temps modernes. Mouvement cartésien
Mais ries le jour où la philosophie voulut reprendre son indépendance et ne plus être l'auxiliaire rie la foi. mais sa rivale, elle recommença bientôt, sur une nouvelle
gamme, la série rie ses premières erreurs.
Descaries (1596-1650), avec son doute méthodique, est le véritable initiateur rie cette révolution intellectuelle. Toute sa vie. il luttera contre les conséquences rie ses principes, mais il en a posé le germe. Par une analyse hardie, le philosophe français avait ramené le monde corporel à la seule étendue, le monde spirituel a la seule
pensée. 11 est déjà facile rie prévoir que ses disciples ne
s'en tiendront pat a ce dualisme. L'unité, qui est comnu la loi rie la pensée humaine, simplifiera i deux
types d'existeni -mènera s un principe commun,
,i une seule substa née. L'occasionalisme de Malebrani supprimant toutes les causes secondes el réduisant tout a une seule cause, accuse déjà cette tendance.
Spinoza (1632-1677) achève logiquement la cor. tiation et en vient à ne faire du fini et rie l'infini que les deui -i-i" et* ri un seul et même être. Partant rie la définition cartésienne «le la substance. i-;: • ■{ par soi. il déduit immédiatement, avec une rigui trique, l'unité rie substance. Une telle su!,-! mi e estl inlini, doué- d'une série infinie rie modes ou attributs qui répondent au inonde ries esprits et au monde des corps. Le total de la substance et rie sC-s attribut! pour le philosophe, la nature naturante ; l'inlinitmodes rie l'étendue et de la pensée forme la nature naturée. Que devient Dieu, dans ces conditions'.' La lettre du système lui accorde une sorte d'existence propre et distincte avec une intelligence qui lui donne l'apparence d'une personnalité consciente. Mais l'esprit riil le contraire. Car. suivant les doctrines cartésiennes, la pensée se manifeste sous deux formes distinctes : entendement et volonté. Or, Spinoza dit que Dieu n'a pas de volonté', et que l'entendement n'appartient qu'à la nature naturée. non à la naturante. Le Dieu de Spinoza n'est donc pas une intelligence; il n'a ni personnalité, ni conscience, ni aucun des caractères d'une existence distincte. En définitive, il absorbe Dieu dans la créature. el en fait, comme le panthéisme naturaliste, un Dieu réduit à une abstraction, à une idée creuse, à un pur néant. Nous nous arrêterons à cette qualification qui nous parait plus rigoureuse et prend la voie moyenne entre les divergences des critiques au sujet de l'athéisme de Spinoza. Voir Nourrisson, Spinoza el le naturalisme contemporain, Paris. 1SGG. p. 219.
IV. Mouvement BACONIEN. — La philosophie anglaise a sa part dans ce mouvement des esprits mé-
thodes nouvelles, sans être, pour cela, un prolongement, une sorte d'écho du cartésianisme. Elle a pris naissance dans un esprit national arrivé, au xvir siècle, à la conscience de sa tendance prédominante: goût exclusif pour l'expérience, certaine horreur de la spéculation et de la métaphysique, amour prépondérant ries questions d'intérêt immédiat et des solutions qui paraissent pratiques. François Bacon (1560-1696 est le père de celte philosophie expérimentale qui substitue l'observation à l'hypothèse, l'induction au syllogisme. Tout en s'attachant à réglementer l'expérimentation et à donnera la 'science une direction pratique vers l'industrie, commodis liumanm inservire, il ne nie pas néanmoins la métaphysique, ni les causes finales, encore moins la cause première, comme le prétend de Maistre, dans le livre où il le prend si violemment à parti. On ne peut donc le soupçonner d'athéisme.
11 n'en est pas rie même de son disciple Ilobbos (1588-1679) qui exclut rie la philosophie Dieu, sa nature. ses attributs, parce qu'il n y a rien en Dieu qui pi la science, étant donné que Dieu n'est pas un corps. L'inconséquent matérialiste dit bien que l'homme peut connaître Dieu par la foi, mais ce Ddéisme juxtapi une philosophie crûment matérialiste semble d'autant plus une concession à ce qu'il estimait être le pi religieux de ses compatriotes, qu'ailleurs il ne voit dans la religion qu'un artifice et une combinaison politique. Sans injustice, on doit le ranger parmi les athée: mieux caractérii
Locke (1631-1704) est loin d'être aussi radical dans doctrines; il a même soin de prouver l'existena Dieu, mais néanmoins sa psychologie sensualiste développée dans son Kssay convriting huma» undeittanding, Londres. 1690, est fatalement destinée, cou nous Taxons vu, à battre en brèche la théodio e. Elle ua
ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. HISTOIRE
farde pas à évoluer vers le scepticisme le plus absolu, celui de Hume et de Berkeley et à devenir une arme de guerre entre les mains des free tinkers anglais, Bolingbroke, Collins, Tindal.
V. Mouvement voltairien. — Voltaire, qui s'était réfugié en Angleterre vers 1726, rapporte à sa patrie cet esprit d'hostilité railleuse contre le christianisme et ses dogmes révélés. Ses saillies d'impiété ne pouvaient seules fonder une philosophie; il fallait à ce scepticisme une tournure scientifique. Ce fut l'œuvre de Y Encyclopédie. Sous le prétexte de réunir dans un même faisceau toutes les connaissances humaines, on insinua, à tout propos, la haine contre la religion et, malgré des protestations officielles de déisme, aux articles Ame, Dieu, Athée, on ne parvint pas à dissimuler la sympathie marquée des rédacteurs pour l'athéisme et le matérialisme. Le xviii6 siècle était mûr pour l'athéisme sans voile et sans périphrases du Système de la nature, par Paul d'Holbach, 2 vol., Londres, 1771. Ce manuel d'athéisme répéta Démocrite et Épicure dans un style lourd, prolixe etpédantesque qui lui valut les critiques de Voltaire, dans l'article Dieu du Dictionnaire philosophique. Il n'est surpassé en cynique impiété, que par le Dictionnaire des alliées de Sylvain Maréchal, in-8°, Paris, 1799, qui, dans ■sa bizarrerie sacrilège, met au nombre des athées Jésus- (llnïst, le Saint-Esprit, saint Paul, saint Augustin, Bossue!, etc. Lalande, en ajoutant un supplément à cet ouvrage scandaleux, a la folie de se féliciter plus de ses progrès on athéisme qu'en astronomie. C'est dans ces aberrations que s'effondre le xvme siècle.
VI. Mouvement kantien en Allemagne. — Le xixe siècle s'ouvre avec Kant (1724-1804), fondateur d'une nouvelle philosophie teinte aux couleurs nationales du génie allemand, patient, laborieux, méditatif, enclin à un idéalisme rêveur. L'Allemagne allait, à son tour, se mettre à la tète de la tranchée. Le père de la philosophie critique voulant relever la certitude de ses ruines et l'établir sur des bases plus solides, s'applique d'abord à rechercher la cause des contradictions entre philosophes. Il la découvre dans un vice de méthode. Tous, s'attachant A l'objet de la connaissance et poursuivant la solution des plus hautes questions que puisse se poser l'intelligence humaine, telles que celles de l'existence de Dieu, de la spiritualité de l'âme, de la destinée de l'homme, ont oublié le sujet qui donne naissance à tous ces problèmes, c'est-à-dire la raison humaine. Ils ont négligé de constater ses lois, sa nature, ses limites. Kant ramène le débat à cette analyse. Son projet entre dans le titre même de son principal ouvrage : Critique de la raison pure. Il y nie l'objectivité des idées et les réduit à être des formes purement subjectives de notre entendement. Selon lui, les objets de nos conceptions, Dieu, l'Ame humaine, la substance matérielle elle-même ne sont que de simples formes de notre raison et n'ont pas de réalité hors de l'esprit qui les conçoit. Une réforme entreprise contre le scepticisme aboutit ainsi elle-même à la ruine de la métaphysique objective, à la défiance à l'égard de nos plus hautes facultés, à l'élimination de tout ce qui n'esl pas directement observable, enfin, à un doute uni-
I sur les objets qu'il importe le plus à l'homme de connaître, Dieu, l'âme humaine, la liberté. Telle est, dans sa première phase, l'œuvre du penseur allemand : œuvre de destruction, anéantissement de la raison spéculative. Mais il réserve tous les honneurs à la raison pratique, à celle qui gouverne la volonté' et préside à
activité' : seconde phase du problème développé flans sa Critique <!<• la raison pratique. Se tournant vers la loi morale, il reconstruit, par une déduction rigou-
. tous les dogmes de la métaphysique: Dieu, I im mortalité de l'âme, la liberté. Sceptique en théorie, Kanl rede1 ienl dogmatique en morale, L'incrédulité contemporaine, le positivisme, par exemple, ne le suivra que dans la première partie de sa thèse, condamnation de la mé-
taphysique, rejet a priori des réalités inexpérimentales. Là est le premier danger du système kantien par rapport à l'idée de Dieu ; le second, c'est d'amener, par la voie de l'idéalisme critique, une recrudescence de panthéisme. On y arrive avec la logique sévère de Fichte. Kant, son maître, avait subordonné l'être réel A la pensée, De cette conception il était facile de conclure : si les choses ne sont que ce que les fait la pensée, c'est la pensée qui constitue, qui crée les choses. Le moi, en se pensant, en se posant, se crée; en posant le non-moi, il le crée aussi; enfin, en posant Dieu, il le crée encore. Fichte (1762-1814), dans sa Théorie de la science, tira toutes ces conclusions : il fit sortir l'objet du sujet : identité absolue de l'être et de la pensée. Le moi seul est principe, expliquant tout, posant tout, créant tout, étant tout, s'expliquant, se posant, se créant lui-même. Singulier panthéisme qui absorbe en l'homme, Dieu et le monde, qui détrône Dieu pour couronner l'homme. Schelling (1775-185i) reprend, mais en le transformant radicalement, le subjectivisme idéaliste de Fichte. Il ne tire plus l'objet du sujet, le non-moi du moi, l'être de la pensée; il les place tous deux sur la même ligne, les identifiant dans un principe supérieur, l'absolu, au sein duquel ils se réunissent et se confondent. Cet absolu c'est Dieu. En lui, s'effacent les différences du moi et du nonmoi. La conséquence d'un tel postulat, c'est l'identité de toutes choses dans l'essence de l'absolu : une seule essence, une seule substance qui, par son évolution, devient toutes choses. Le nom de ce système, c'est le panthéisme essentiel. Développé avec plus de vigueur et de hardiesse, il produit le panthéisme logique d'Hegel qui est le dernier mot de la philosophie allemande et la construction la plus originale du xixe siècle.
Hegel (1770-1831) commence par synonymiser totalement être et pensée et, pour marquer cette fusion, il les réunit sous un seul nom, l'idée. L'idée, en se développant, produit la nature; la nature, en produisant l'âme, produit l'esprit, et l'esprit produit Dieu. Tout se réduit à un monde purement logique dans lequel Dieu est à la fois tout et rien; rien, puisqu'il n'a conscience de luimême que dans l'esprit humain; tout, puisqu'il est la substance générale de toutes les consciences et de toutes les existences. C'est la négation du Dieu réel, vivant et personnel. Hegel appelle superstition toute croyance en un Dieu objectif et ne reconnaît pour réel que ce qui est éternel, le mouvement logique de l'idée, cet éternel devenir qui produit et reproduit sans cesse le monde. Une philosophie où l'homme était transformé en conscience de Dieu, devait nécessairement dégénérer en excès audacieux, une fois livrée aux interprétations de nombreux disciples. C'était inévitable. A la mort du maître, en effet, Yécole hégélienne se fractionne, comme les groupes parlementaires, en droite, centre et r/aiiclic. La droite opéra une retraite avec des sens mystiques et religieux; le centre voulut conserver les positions de l'orthodoxie hégélienne; la gauche, poussant de l'avant, affirma de nouveau, par la plume de Strauss et de Micheletde Berlin, que Dieu n'est personnel qu'en l'homme. Puis on vil bientôt une extrême-gauche identifier rigoureusement idée et nature, pour revenir aux dogmes matérialistes e1 athées du xvnr siècle. Ses adeptes, Feuerbach, Bruno Bauer, Max Stirner, Arnold Ruge, avec leur devis.' : honio sihi Dois, tentèrent de substituer A tous les cultes la religion de l'humanisme. Les révolutions politiques de 1848 se firent l'écho de ces doctrines radicales : icialisme fit alliance avec l'athéisme, tant en France qu'en Allemagne. L'idéalisme transcendant, arrivé A sa
dernière période il cvill.ilion, avec le pessimisme athée
de Schopenhauer, devait, A la lin, tourner au réalisme le plus effréné, au matérialisme cynique de Moleschott
et de Louis (incliner.
vil. Mouvement kantien et hégélien en France. -
Une crise analogue l'attendait, vers le même temps, de
ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. HISTOIRE
l'autre côté du Rhin. La métaphysique allemande avait ii i rance, à la ptyi h taise, dès 1818,
:i la milite d'un voyage de Victor Cousin (1793-1867) en Allemagne. A partir de cette époque, le restaurateur officie] de l'enseignement philosophique réédita successivement, dans Bi b éloquentes lirons, les théories de Kant, de Fichte, de Schelling et d'Hegel. I ».-s soucis d'orthodoxie lui Grent adoucir les nuances de panthéisme trop tranchées de ses nouveaux maîtres, ce qui donna à --,1 théodicée un aspect fort étrange, an ton faux et indécis. Quand Hegel \it ses formules ainsi métamores ; a M. Cousin, dit-il. m'a pris quelques poissons, mais il les a bien noyés dans sa sauce. » Taine, Philosophe» classiques, Paris, 1868, p. 135. Plus tard, le père de l'éclectisme modifia encore ses opinions et revint an spiritualisme de Descartes et de Leibnitz. Mais il avait acclimaté dans l'esprit de ses illustres élèves et de l.i génération universitaire ce criticisme germanique qui, en se moulant dans le génie français", allait altérer ou détruire la vraie notion de Dieu au nom de la science moderne, du progrés et de la liberté de penser. On voit sortir, do cet amalgame doctrinal, le scepticisme religieux de Jouffroy, le déisme rationaliste d'Emile Saisset et de Jules Simon, le positivisme de Comte, de Litlré, de Taine, le criticisme de Renan, l'idéalisme hégélien de Vacherot et de Schérer. Quand, de tous ces noms, on a excepté' ceux des déistes spiritualistes, E. Saisset et Jules Simon, on peut assigner aux autres ces deux dogmes fondamentaux : condamnation de la métaphysique et négation formelle de la personnalitédivine. On s'accorde pour réduire Dieu à un être essentiellement indéterminé, relégué dans un vague obscur, sans influence aucune sur le monde et ses lois. Sous prétexte de le laisser dans son infini, on se défend sévèrement de le définir, de lui donner des attributs. Toute tentative de s'expliquer sur ce principe nébuleux est traitée de dogmatisme impertinent, de grossier anthropomorphisme. Au fond, ces airs d'abstention respectueuse servent à voiler aux propres yeux de ceux qui les prennent ou à ceux du public la vérité d'un athéisme qui, présenté dans tout son jour, répugnerait et ferait peur. < !n est suffisamment renseigné, par exemple, sur la neutralité systématique des positivistes français, bien qu'ils se piquent de pousser plus loin la réserve et la modération dans les questions de cause première. Avec des apparences plus modérées, Bain, Bailey, Stuart Mill. Herbert Spencer et autres positivistes anglais, ne pratiquent pas mieux l'indifférence. Leur commune sympathie pour le darwinisme, leur prosélytisme à chasser l'idée de Dieu du domaine scientifique et à la remplacer par des hypothèses où l'on explique le monde sans l'intervention d'une cause intelligente montre suffisamment dans quel sens il faut interpréter leurs théories sur l'inconnaissable. En résumé, « le positivisme nous offre la forme la plus concrète, la plus actuelle et. en un sens. la plus populaire de l'athéisme. » G-uthlin, Les doctrines positivistes mi France, Paris, 1873, p. 360. Ondoil ajouter. I,i plus redoutable, car en groupant sous son nom et sous sa méthode toutes les spécialités scientifiques, l'historien, le philologue et l'artiste, aussi bien que le physicien, le naturaliste et le chimiste, elle tend à envahir tous les modes d'activité de la pensée contemporaine
pour v supprimer l'idée cl le nom du créateur. Sous son influence, les diverses brandies du savoir prennent de plus en plus les allures d'un complot universel tramé' contre Dieu. Sans avoir jamais fait adhésion formelle au positivisme, Ernest Renan (1823-1892) lui appartient néanmoins par srs assertions familières et par la base de ses travaux critiques. Sa théodicée flottante et
indécise, bien que rebelle a l'analyse et ennemie déclarée des formules arrêtées, se rapproche sensiblement, dans l'ensemble, «les vues positivistes. A toul propos,
J auteur partage leur mépris pour la métaphysique il
déclare que i le problème de upréme nous
déborde et nous échappe, qu'il se résout en poémi non en lois •. Dialoç hilosophiquet,
p. 326. Malgré son intention expresse de répudier toute connivence avec l'athéisme et le panthéisme, Renan * retombe souvent parla toi principes hégéliens.
(Tusioni mystiques p piri-
tualisme b- plus orthodoxe, enrichies d une élocution biblique éblouissante, m- parviennent pas à dissimuler une certaine affinité avec la négation de Dieu. I prouvent, tout au plus, qu'en l'ait de religion et de croyane. . le dernier mot de sa critiquées! un scepticisme artistique.
En voulant, à son tour, remplacer la philosophie par le criticisme, Charles Renouvier était allé jusqu'à dire, dans le premier volume (b '.j de critique </■
raie, Paris, 1854, que l'athéisme était la vraie méthode scientifique. Une étude plus attentive de la finalité uni- 11e lui fit rétracter, dans la suite, cette profession de fui paradoxale empruntée a Proudhon. On ne doit donc pas l'inscrire au nombre des atl
Il est pénible autant que surprenant, pour la critique théologique, d'avoir à y laisser le nom d'un illusb profond penseur, dont le but fut précisément de rétablir ■ t de solidifier, dans les consciences savante-, cette n notion de bien qu'avaient si fortement ébranlée les coups de la critique négative. Nous voulons parler d'Etienne Vacherot. L'illustre disciple de Cousin s'était proposé, dans les deux gros volumes intitulés La métaphysique et la science, ou Principes de métaphysique positive, Paris, 1858, de reconstruire la ajjVtaphysique du xixe siècle sur des bases nouvelles et de refaire à neuf la théodicée. « Si les fausses définitions de la liberté, dit-il. ont engendré le fatalisme, les fausses idées sur Dieu ont engendré l'athéisme. » En conséquence, il s'applique à réformer les conceptions que théoloet métaphysiciens se sont faites communément sur la divinité". Il croit en découvrir la fausset»' et 1 impuissance dans l'obstination qu'ils ont mise à réunir constamment sur un même sujet perfection et réalité, universa individualité, toutes choses, selon lui. absolument contradictoires. Son principe à lui, c'est que la perfection est incompatible avec la réalité. A la théologie de choisir entre un Dieu parfait ou un Dieu réel. Mais il faut renoncer désormais à les identifier. Toute l'exist réelle est bornée au monde : hors «le la. plus de réalité, l.e Dieu parfait n'est qu'un idéal. Par conséquent. Dieu est l'idée du monde, et le monde la réalité- de Dieu. Tout le système de Vacherot est dans cette antitl d'une part, 1 Infini, la substance du monde, seul être réel et vivant; d'autre part l'Idéal, le vrai Dieu, qui n'est ni réel ni vivant. 0" est-il alors.' une simple idée de l'esprit, une fiction subjective, pour tout dire, un être de raison. I Supprime? les êtres pensants. l'Être infini et universel (le Cosmos existerait toujours, mais h- Dieu vrai aurait cessé- d'exister. ■ La métaphysique et la science, t- U, p. 277. Ce Dieu a une singulière ressemblance avec celui d'Hegel, et. puisqu'on lui refuse express, -ment toute existence réelle, nous sommes en face d un athéisme doctrinal très explicite. Les protestations très sincères d,- fauteur appuyés par l'intention qui se dégage de tout son livre ne peuvent infirmer la vérité de cette conclusion; elles ne font que couvrir l'honorabilité et la droiture de la personne et de son dess,in. L'œuvre si originale el si savante de Vacherot est le dernier événement a signaler dans l'histoire de l'athéisme scientifique : son examen nous dispense de suivre les progrès île la pensée hégélienne dans une foule d'autres écrits publies, tant en France qu'à l'étranger, depuis son apparition.
i fin île l'article préciient: HeimriKin. Hisloria atheismi et athtorum falso et > pectorum, HUdeahelm>17S&; Leclerc, Histoire des systèm
ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES
ATHENAGORE
anciens athées, Amsterdam, 1G9G ; Spizelius, Scrutinium athcismi historico-theologicum,Augsbourg, 1663; Zeller, Philosojiltic der Griechen, trad. Boutroux, Paris, "1877; Blessig, De origine philosophie apud Bomanos, Strasbourg, 1770 ; F. Ravaisson, Essai sur le stoïcisme, Paris, 1835; Rollin, Histoire ancienne, Paris, 1837, t. ni, p. 622 sq. ; Catéchisme historique des incroyants, Migne, Démonstrations évangéliques, Paris, 1853; Saint-René-Taillandier, L'athéisme allemand et le socialisme français, dans Ta Revue des Deux Mondes, nouvelle série. t. xxiv ; Emile Saisset, De la philosophie allemande, dans la Bévue des Deux Mondes, nouvelle série, t. m; Caro, Le matérialisme et la science, Paris, 1876 ; Paul Janet, Le matérialisme contemporain, Paris, 1875; Félix Ravaisson, La philosophie en France au xix" siècle, Paris, 1868; Gruber, Le positivisme depuis Comte jusqu'à nos jours, trad. Mazoyer, Paris, 1803; Tabaraud, Histoire critique du philosophisme anglais, Paris, 1806; Gratry, Les sophistes et la critique, Paris, 1864; E. Saisset, Précurseurs et disciples de Descartes, Paris, 1862.
III. ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. Condamnation. Avant le concile du Vatican, on ne rencontre aucune condamnation solennelle de l'athéisme. La raison en est claire. Aux premiers âges du christianisme, la croyance en Dieu était une vérité si éclatante, qu'elle était mise en dehors de toute controverse, soit avec les hérétiques, soit avec les païens. La négation de Dieu ne se rencontrait, au sein de l'Église, qu'à l'état erratique, comme un phénomène tout à fait extraordinaire, une sorte de folie et d'égarement monstrueux. Ainsi, en 1215, le panthéisme d'Amaury de Chartres est frappé par le IVe concile de Latran comme une inconcevable aberration d'esprit, plutôt que comme une hérésie. Reprobamus etiam ac condemnamus perversissimum dogma impii Almarici, cujus mentem sic pater mendacii excœcavit, ut ejus doctrina non tant hxretica, quant insana sit censenda. Denzinger, Enchirîdion, n. 359. Voir col. 939. Il n'en est plus de même au XIXe siècle. Le rationalisme, toujours plus menaçant, cherche activement à effacer ou à corrompre, dans les consciences catholiques, la notion de l'Être suprême. 11 fallait un prompt remède. La première constitution dogmatique, Dei Filius, promulguée par le concile du Vatican, fit face à ce premier danger.
1° Athéisme. — Le premier paragraphe du chapitre premier nolilie, dans ses premières lignes, la profession de foi de l'Église en l'existence de Dieu : La sainte Église catholique, apostolique, romaine croit et confesse qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, créateur et rneur du ciel et de la terre et tout-puissant... Cette iration suffit pour exclure du corps de l'Église celui qui nie le Dieu des chrétiens, envisagé d'une ma-
i oncn ti . tel qu'il s'est révélé dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Le premier canon, qui fait suite à l'exposé doctrinal du chapitre, confirme et précise cette conclusion, en disant : Anathème à qui nierait le seul vrai Dieu, créateur et seigneur des choses visibles cl des elmses invisibles. Deux erreurs nous semblent comprises dans cette condamnation ; 1° celle qui consiste à nier l'existence de toute divinité; 2° celle qui refuse de voir un Dieu véritable dans le Dieu du christianisme. La première est l'athéisme, non pas, assurément, l'athéisme pratique, l'hérésie étant essentiellement
une adhésion formelle de l'intelligence, encore moins l'athéisme négatif, qui ne peut nier un Dieu qu'il ignore, mais bien l'athéisme spéculatif, doctrinal, scientifique, celui qui rejette formellement et explicitement la réalité de l'Être suprême.
2° Matérialisme. — De ce chef, le matérialisme, tel que nous l'avons exposé en traçant la uni. il. le physionomie de l'athéisme, est, de ions les systèmes rationalistes destinés .i miner la notion de Dieu, le seul qui ■oit atteint directement par ce premier canon. Poui • luder tout prétexte et toute da i a, les
du concile ont également stigmatisé, dans les an. (thèmes suivants, les théories modernes Boudi
DICT. DE THLOL. CATIIOL.
l'athéisme. Canon 2 : Anathème à qui ne rougirait pas d'affirmer qu'il n'existe rien en dehors de la matière. La sentence tombe sur toutes les formes du matérialisme, en l'atteignant dans son dogme central : exclusion de toute réalité distincte de la matière.
3° Panthéisme. — Puis viennent les condamnations infligées successivement : 1° à la formule générale du panthéisme, canon 3 : Anathème à qui dirait que la substance ou l'essence de Dieu et de toutes choses est une et la même;%> aux diverses formes de panthéisme : a) celle de l'émanation, la plus ancienne en date, canon 4 : Anathème à qui dirait, que les choses finies, soit corporelles, soit spirituelles, ou que du moins les spirituelles sont émanées de la substance divine; b) celle de Schelling, ou panthéisme essentiel : identification de toutes choses dans l'examen de l'absolu, canon 4 (suite) : Que l'essence divine, par la manifestation ou l'évolution d'elle-même, devient toutes choses ; c) enfin, celle de Hegel, panthéisme de l'être universel, canon 4 (suite) : ou, enfin que Dieu est l'être universel et indéfini qui, en se déterminant, constitue l'universalité des choses en laquelle se distinguent les genres, les espèces et les individus.
4° Positivisme. — On s'étonne peut-être de ne pas trouver un dernier anathème contre le positivisme. Il n'a pas, cependant, échappé à la vigilance du concile. Puisque ce système s'interdit, en principe, l'accès des questions Idéologiques, on ne pouvait l'atteindre dans un endroit exclusivement consacré à définir l'existence et les attributs de Dieu. Il était, au contraire, plus logique de le réserver au premier canon du chapitre iv de cette même constitution DeiFilius : Anathème à qui dirait que le Dieu unique et véritable, notre créateur et scigneur, ne peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, au moyen des cires créés. Là se trouve visé l'agnosticisme, derrière lequel les positivistes de toutes nuances essayaient de se retrancher pour combattre efficacement l'existence de Dieu. Le concile a donc poursuivi la négation de la divinité dans toutes ses sources actuelles. Bien plus, la teneur du premier canon, au chapitre premier, porte sur ceux qui rejettent le vrai Dieu, c'est-à-dire le Dieu du christianisme. Pour se soustraire à la note d'hérésie, il ne suffit pas d'admettre un Dieu quelconque, sur la foi de n'importe quelle preuve philosophique, il faut reconnaître le Dieu que l'Eglise catholique présente à ses fidèles, c'est-à-dire le Dieu qui s'est révélé aux patriarches, aux prophètes, aux apôtres et aux saints.
Vacant, Études théologiques sur 1rs constitutions du concile du Vatican, Paris, 1895, t. i, p. '207.