MONTI'.ÉS
III. Ermites de Saint-Augustin. — 1» Constitution et développement de l'ordre. — Plusieurs congrégations érémitiques avaient embrassé', dans le cours des xne et xiii0 siècles, la règle de saint Augustin. Voir Anachorètes, col. 1137. La diversité de leurs observances engendrait de la confusion. Pour y remédier, le pape Alexandre IV entreprit de les réunir dans un seul ordre (1254), qui prit le nom d'Ermites de Saint-Augustin. Le cardinal Bichard de Saint-Ange convoqua tous les supérieurs de ces congrégations à Borne, où ils tinrent, sous sa présidence, un chapitre général (1256). Us élurent un supérieur général et distribuèrent leurs couvents en quatre provinces. Le pape les exempta l'année suivante de la juridiction épiscopale. Borne leur a donné' de nombreux privilèges. Pie V les mit au nombre des ordres mendiants à la suite des carmes (1567). Alexandre VI les confirma dans la possession de la charge de sacristains de la chapelle pontificale (1497) qu'ils avaient depuis la fin du xme siècle.
La règle de saint Augustin, où sont posés les principes fondamentaux de la vie religieuse, ne permettait guère d'organiser les couvents et encoie moins l'ordre. Il fallut la compléter par des constitutions, qui furent approuvées par les chapitres généraux de Elorence (1287) et de Batisbonne (1290).
Cet ordre prit en Europe une grande extension. Il compta, à l'apogée de son développement, environ 30000 religieux, répandus dans 2000 couvents, groupés en 42 provinces.. Le xivs siècle, qui fut le témoin de tant de décadences, vit le relâchement de la discipline s'introduire dans ce vaste corps. Sur plusieurs points et à diverses époques surgirent des hommes de Dieu qui voulurent y porter remède en établissant des réformes. Elles ne se firent pas sous la même impulsion. De là des divergences importantes. Les maisons qui acceptèrent les statuts de chacune de ces réformes se groupèrent en congrégations, ayant à leur tête un vicaire général qui les gouvernait sous l'autorité du supérieur général. L'ensemble de ces congrégations porta le nom commun d'observance régulière. Voici la liste des plus connues : celle d'Illiceto, fondée par le P. Ptolémée de Venise, supérieur général (élu en 1385), dans le voisinage de Sienne, compta 12 couvents; celle de Carbonnière, dans le royaume de Naples (vers 1400), avec 14 couvents; celle de Pérouse, fondée par le général Augustin de Rome (4419), eut 11 maisons; celle de Lombardie, de beaucoup la plus nombreuse ( 1 i-30) , eut 56 couvents, le plus connu (Hait celui de Notre-Dame de Brou, diocèse île Belley; celle de Monte-Ortino, fondée par Simon de Camerino (1436), eut au moins 6 maisons; celles de Ndtre-Dame-de-Consolation de Gênes (1470) avec 31 couvents, de la Pouille (1592) avec 11, de Calabre (1507) avec iO, de Dalmatie (1510) avec 11, de Colonto en Calabre (1530) aver 11, de Centorbi ou des Hélorniés de Sicile (159(1) avec 17. La Congrégation sicilienne del .. qui ne compte que I! maisons, a été' fondée en 1818 par Salvaior Cacumus, conlesscur du roi Ferdinand IV et évéque de La risse.
2° Réformes. La réforme fut introduite en Espagne par le P. Jean d'Alarcon, qui fonda un couvent à cet effet dans la Yieille-Oaslille (1430), Elle lut adoptée, en
1505, par tous les couvents du royaume de Castille, qui lurent distribués en quatre provinces : Tolède, Salamanque, Burgos ci Séville. A la demande du roi de Portugal, Jean III, Louis de Montoya (y 1532) entreprit
la réfor les couvents de ce pays, l n de ses disciples,
Thomas de Jésus | f 1578), compli ta son œuvi n introduisant une observance plus austère que celle pratiquée jusque-là dans son ordre. Ceux qui l'embrassaient
allaient [lieds nu-, ce qui leur lit donner le nom <\ Hugiis-
tins déchaussés. On leur a encore donné' celui de rècollets. Cette réforme fut introduite en Espagne (1588) avec l'autorisation de Philippe II. dan le couvent de Tala-
CJ 175
AUGUSTIN [RÈGLE DE SAINT
i. Le P. Loula de Léon écrivit les constitutions que membres di vau ni suivn 1589 . elles rurenl conflrmi es par Clément Mil ,ii,,,, prit,à
partir de 1601, un rapide développement en Esp dans les Indes occidentales et aui Philippines; elle pénétra jusqu'au Japon (1603), Introduite à NapL 1592, elle se répandit tellement en Italie qu'Urbain Mil I"1' distril i couvents en quatre provinces. Elle
passa en Allemagne (1626). D'Italie, cette réforme fut portée en Iran.-,- par les pères François Amet et Mathieu de Sainte-Françoise, ancien prieur du couvent de Verdun (1596). Les maisons qui l'embrassèrent, furent distribuées en trois provinces. L'observant augustins déchaussés espagnols était plus rigoureuse que celle de leurs frères de France et d'Italie.
En I 493, Simon Lindmer et André Proies réunirent les principaux couvents de l'Allemagne et douze couvents bavarois dans une congrégation réformée, qui prit le nom de congrégation de Saxe. Le chapitre général de Nuremberg rédigea ses constitutions; Jules n
I exempta de la juridiction du supérieur général (1503). Les pens Etienne Rabâche et Roger Girard ramenèrent le couvent de Rourges a la pratique littérale des premières constitutions de l'ordre (1593). Une vingtaine de couvents suivirent cet exemple. Ils formèrent la province réformée de Saint-Guillaume de Rourges. On les connaissait sous le nom plus populaire de petits-an g, latins.
3° Etat actuel. — La Révolution française et la sécularisation, qui en a été la suite, ont supprimé les couvents de cet ordre en France, dans une grande partie de l'Allemagne et de l'Italie. Ceux d'Espagne ont eu le même sort à l'époque de l'exclaustration (1835). Il en fut de même au Portugal. Ceux du .Mexique (1860), de la Pologne (1864) et du Hanovre (187.")) ont également disparu. L'ordre a pu se rétablir en Espagne où ses belles missions des Philippines ont été pour lui la cause d'une grande prospérité. Sa situation est bien compromise depuis que l'Espagne a perdu cette colonie. Les augustins existent encore en Italie, à Malte, en Angleterre, en Irlande, en Belgique, en Hollande, dans l'Allemagne du nord et du sud, en Amérique. Ils ont 100 maisons distribuées en 27 provinces. La congrégation londée en France par le P. d'Alzon, sous le nom d'augustins de l'Assomption, et qui avait sa maison mère à Paris, 8, rue Fianeois-I", se rattache à l'ordre des ermites de Saint-Augustin.
4° Saints. Activité apostolique et intellectuelle. Personnages célèbres. — Cette famille religieuse a fourni à l'Église un certain nombre de saints, entre autres saint Nicolas de Florenlino (13(10), saint Jean de Saint- Facundo (1479), et saint Thomas de Villeneuve (1555), et de martyrs. Maigret a publié le Martyrologium a stinianum, Anvers, 1525. De nombreux évéques sont sortis de son sein. Pins Keller a donné' la liste de eux qui sont originaires d'Allemagne, Index episcoporum ord.erem. S.Aug. Germanorum, 1870.
Depuis le XVIe siècle, les augustins ont déployé une grande activité apostolique. Les augustins déchaussés ont évangélisé les Philipines, le Japon, les Indes Occidentales et Orientales; les ermites de Saint-Augustin, le Mexique el le Venezuela; ils ont rivalisé de zèle avec les jésuites et les franciscains en Chine et en Australie. De nos jours, ils ont des missions aux Philippines, au Mexique, au Pérou, au Japon, en Chine, dans l'Hindoustan et en Australie. Le collège romain des augustins irlandais envoie des apôtres en Irlande, en Angleterre et en Australie. Les missions desaugustins de l'ÀSSOmplion en Bulgarie, à Constantiuople el ■ Jérusalem sont prospères.
L'activité intellectuelle des augustins s'est exercée dans les diverses branches des sciences divines el humaines. Pendant que les uns donnaient un enseigne-
ment oral dans des universités on dans les éco Tordre, d'autres servaient I 1 , Ils
ont eu en théologie une école dite de Saint-Augustin, d..nt les membres étaient connu d un de jurante»
n, verba S. Augustini. Ses principaux représentant! sont, après son fondateur, le général Gilles Col qui avait été dis, iple de saint Thomas d'Aquin, Thomas de Strasbourg y : de Rimin
istin Gibbon (f 1676), Noris 1701 et Berti i ITOCj, Italiens pour la plupart. Voir Augustiniahisme.
Voici les noms de quelques-uns des augustins les plus célèbres en Italie. Jacques de Viterbi surnomme! doi tor speculathia ; Gilles Colonn doctor fundatissimus ; Albert de Padoue 1 1323 ou i Alexandre de Saint-Elpideo (+ 1325 . évéqne d'Amalfi, qui appuya fortement Jean XXII dans sa lutte contre Louis de Bavièi ne de Kimini (1358 . Barthé-
lémy d IJ'I.mo y 1350), qui dé-lendit l'autorité pontificontre les témérités de Marsile de Padoue et de Guillaume Occam ; le cardinal Alexandre Oliva y : du pape au concile de Constance; le cardin ripando y 1563), qui remplit les mêmes fonctions au concile de Trente; Louis Alberti iy 1628 . célèbre prof> sseur de l'université de Padoue: Panvin tr.s
versé dans la connaissance de l'histoire de son on! l'un des premiers qui aient attaqué les centuriateurs de Magdebourg; Lancillot y 1643), écrivain ascétique distingué; Lupus (y 1681), dont les travaux sur l'histoire des conciles font autorité; le cardinal Noris y i"
parmi les meilleurs érudits de son époque; Cavalieri de Bergami (+ ITôTi. liturgiste distingué; Berti iy 1700;, professeur à l'université de Pise et auteur d'une excellente théologie dogmatique.
En Espagne et Portugal : Gaspar Casai y 1587 et François du Christ (f 1587), professeurs 1 un et l'autre à l'université' de Coîmbre, le premier se fit remarquer au concile de Trente; Gonzalès de Mendoza y 1591), professeur à l'université de Salamanque, ainsi que Pierre d'Aragon y 1595) et Jean Marquez iy 1(121 : saiut Thomas de Villeneuve, orateur, écrivain ascétique et bon exégète; Thomas de Jésu Louis de I
(y 1591), écrivains mystiques des plus estimés; Florez if 1773), dont la Spaïia sagrada fait autorité parmi les érudits.
En France : Augustin Trionfo (f 1328 . célèbre professeur de l'université de Paris, el Aymeric Augier, de Bourges (xiv siècle); Simon Baringue (-F1373); Lubin (y 1695) et de Commanville qui rendirent ensemble de grands services à la géographie ecclésiastique.
En Allemagne : Henri de W'eimar mis 1340); Thomas de Strasbourg y 1357), qui a co lente le Maitre
des Sentences; Jean Klenkoch y i:>7; . qui a 1. aussi des commentaires de Pierre Lombard, de saint Matthieu et des Actes des Apôtres ; Jean Zaccharia y 1 professeur éminent de l'université d'Lrfurt, qui combattit avec grand succès, au concile de Constance, erreurs de Jean liuss: Jordan de Quedlinbourg (\ 1380), ban de llorsten iy 1 4SI : et Barthélémy Arnoldi y 1532), professeurs eux aussi à l'université d'Erfurt; Gi lase Hieber (f 1731 . dont les prédications tirent a Munich de nombreuses conversions parmi les protestants; Abraham de Sainte-Claire y 1709), dont l'éloquenceédifia profondément la cour impériale de Vienne; Klupfel y 1811), professeur estimé de l'université de Fribourg. Un augustin allemand lit à son ordre une triste réputation, pendant la première moitié du xvr> siècle; ce fut l'hérésiarque Martin Luther. Son exemple provoqua parmi ses confrères de nombreuses ap nire
autres celles deWolfang Cappelmair (f 1531 . prieur de
Munich, de Conrad Treyer f 1542), qui avait rempli les fonctions de provincial. d'André Siegfried y 151 prieur de Wurzbourg, qui se tirent tous les propagateurs de la nouvelle hoivsie.
AUGUSTIN (RÈGLE DE SAINT
A la fin du xixe siècle, l'ordre des augustins continue ses traditions littéraires et scientifiques. On peut citer les noms de l'orientaliste cardinal Augustin Ciasca (f 1902), qui a publié : Sacrorum Bibliorum fragmenta coptosa/iidica musei Borgiani, Rome, 1885, 1889, et une version arabe du Diatessaron de Tatien, 1888; le P. Fernandez, auteur d'un cours de théologie; Mor Camara, évéque de Salamanque, l'un des orateurs les plus goûtés de l'Espagne, le P. Lopez, le P. Guillaume Rugamer, qui a publié une monographie de Léonce de Byzance. les PP. Tardy, Giorgi, Keller, etc. En Espagne, les augustins, chargés de la direction du collège royal de l'Escorial, exercent une réelle influence sur le développement des études; ils publient une revue mensuelle La Ciudad de Dios. Quelques-uns de leurs confrères, qui évangélisent les Philippines, ont beaucoup contribué aux progrès de l'histoire naturelle dans ces îles. Les augustins de l'Assomption en France s'occupaient plus particulièrement de la bonne presse; ils publiaient le journal La croix; ils continuent à publier le Pèlerin, le Cosmos, les Éc/ios d'Orient, les Questions actuelles, le Mois pittoresque et littéraire, avec l'aide de nombreux collaborateurs. Réfugiés à Louvain, ils ont fondé, en 1902, la Revue augustinienne. Les PP. Bouvy cl Germer Durand s'occupent de l'histoire des Eglises orientales; le P. Drochon dirigeait une publication de monographies contemporaines qui est continuée depuis sa mort. Plusieurs religieux des maisons de Constantinople sont nos collaborateurs. Le pèlerinage national annuel de Lourdes et le pèlerinage de pénitence à Jérusalem sont dus à l'initiative de ces religieux.
Lis augustins ont, à l'imitation des franciscains, établi un tiers-ordre, que Boniface IX a approuvé pour les femmes i 1 400) et Paul II pour les hommes (1470).
Panvinius, Chronica S. Augustini ordinis per seriem digesta, itomc, 1010; Pamiihilius, Chronica ordinis fratrtim eremitarum S. Augustini, Rome, 1681; Curtius, Elogia virorum illustrium ex ordine eremitarum S. Augustini, Anvers, 1658 ; Gandulfus, Dissertatio historica de ducentis augustiniania scriptoribus, Home, 1740 ; Hélyot, Hist. des ordres religieux, 1722, t. m, p. 7-60; Th. Kolde, Die deutsche Augustinen Kongregation und ./. v. Staupitz, Gotha, 1879; Heimbucher, Die Orden und Kongregationen..., ÎH'.IG, t. i, p. 443-403.
IV. Congrégations d'hommes. — Depuis la fin du xme siècle, un grand nombre de familles religieuses, ayant à choisir entre les quatre grandes règles approuvées par Rome, ont adopté celle de saint Augustin. Plusieurs ordres militaires l'avaient déjà prise pour base de leur législation. Les chevaliers de Saint-Jean, de Jérusalem ou de Malte, d'AubraC, les chevaliers de l'ordre Teutonique, el après eux, ceux de la Foi de Jésus-Christ, de la Croix de Jésus-Christ, de Notre-Dame de la Victoire. Voir Militaires (Ordri s). Il en est de même des Frères prêcheurs ou dominicains. Voir FRÈRES PRÊCHEURS.
/. TRINITAIRSS. — Cet ordre fui fondé' par saint .lean de Matha et saint Félix de Valois à Cerfroi dans le
diocèse de Meaux (1198) SOUS le nom d'ordre de la Trinité ou de l.i Rédemption des captifs. Innocent III lui donna son approbation. Le but principal de ses membres était de se consacrer au rachat des chrétiens que les Maures avaient réduits en esclavage. Ils ont ajouté à la règle de saint Augustin des constitutions
évéres, qu'il a fallu mitiger dans la suite (1207).
ordre eut une rapide extension. La maison de
l . placée sous le vocable de saint Mathurin, valut
membres le urnom de Mathurins. Ils eurent
bientôt des couvents nombreux en France, à Home, en
Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Irlande, en Es-
. où ils devinrent florissants et d'où ils passèrent
en Amérique. Les I rinitairea ont eu jusqu'à 250 couvents
ibués en 17 provinces, Julien de Nantonville et
Claude Aleph entreprirent en France une réforme de
cet ordre à la fin du x\i siècle. Le P. Jean-Baptiste de
la Conception établit en Espagne une réforme plus austère que l'observance primitive (1594), celle des Trinitaires déchaussés, qui s'étendit hors de la péninsule et compta quatre provinces. L'ordre de la Trinité n'a jamais pu réparer les pertes que lui ont fait subir la Révolution française et les persécutions qu'elle provoqua en Europe. Il lui reste encore quelques maisons peu nombreuses en Italie, en Espagne et dans l'Amérique du Sud. Son général s'est offert au souverain pontife pour se vouer avec ses frères à l'œuvre anti-esclavagiste (1894). Les services rendus à l'humanité par les trinitaires leur ont valu les éloges les plus mérités, même de la part de Voltaire. En 1200, c'est-à-dire deux années après leur fondation, ils avaient délivré 186 captifs. Le nombre des esclaves rendus par euxà la liberté s'élève à 900000.
Emelin, Die Litteratur zur Gesehichte der Orden SS. Trinitatis und B. Marix de mercede redemptionis captivorum, Karlsruhe, 1890; Bonaventura Baro, Annale.-, ord. SS. Trinitatis, Rome, 1C84 ; Antonio dell'Assumptione, Arbor chronologica ordinis ejrcalceatorum SS. Trin., Rome, 1894.