NatW kute et du péché originel. — in i a
chute adamique n'esl point une corruption de la nature humaine dans si s éléments constitutifs, elle est la perte
de tout l'ordre d 'élévation surnaturelle: Bonum nai nec tollitur, nec minuitur per peccatum. s. Thomas, Sum. theol. ,l*,q. i.xxxv.a. I ; In 1 VSent.A. [I.dist. XXX, q. i. a. :t : nec homo, nec angélus per peccatum aliquid naturaliuru amisit, vel i.\ aliquo dimini h s bst. Aussi
runds thomistes Alvarez, I vn«on. Gond in,
Billuart, toutiendront-ils, d'après saint Thomas, que le p. ché n'a point affaibli intrinset •■ les foi turelli - de l'homme. Voir Billuart, /><• gralia, dist. II, 1 i ' "ni... a. ii. Paria, 1*72, t. Il, p. lit. Sur la Compa- '/• de l'humanité, Pierre Lon les principes dans son 1. Il Sent., dist. XXV. c vu. — b I. • nfants non baptisi s est :
ut apprécié que chez Augustin. I.
tint Thomas en tête, nient tout supplice positif. Harnack, Dogmengesch., '.',■ édit., t. m, p pi • Ii ad q : ter I augustinisme pai
el certains catholique- le pensent au--i. Nous ne nions pas que ce ne soit un adoucissement de la j tonnelle d'Augustin; mais cela ne détruit aucui éléments essentiels de l'augustinisme, ni la dépen absolue de l'homme par rapport a la grâce, ni le p originel. Cette modification a une grande portée : elle introduit une conception du péché originel plufonde, plus complètement en harmonie avec la s... et la bonté de Dieu : la faute paternelle ne pri\ ■ des dons surnaturels de 1 élévation. — c) La notion même «lu péché originel devient plus précise sous
Irante des docteurs : la concupis n'est plus le péché lui-même, elle en est l'élément matériel, c'est-à-dire un effet immédiat dans lequel il se manifeste. Le péché serait proprement la privation de la justice originelle. C est la théorie anselmienni ceplu Virg. el orig. pecc., c. xxvn, p. L., t. et. \ m, col. 4C1, qui eut une grande influence sur les docteurs des xn« et xiii* siècles. Jusque-là une grande cont régnait dans les esprits. Souvent, prenant au pied de la lettre les formules d'Augustin, on identifiait le j originel avec le fomes peccati, qui est dans la chair, tandis que le péché doit être dans lame. Voir I Lombard, Sent., 1. II. dist. XXX, c. vm ; cf. dist. XXXI, c. iv-vi. Parfois on pressentait la vérité, et on expliquait cette formule en distinguant le péché lui-même ci effet, mais tout restait vague. Ainsi dans la Summa tentiarum, faussement attribuée à Huj - int-
Victor, tr. 111. c. xn. P. L.. t. ci.xxvi. . : lus texte corrigé' par Gietl, Die Sentenzen llolands,p. 136 : Si quœratur quid sit corruptio il la quant in came diximus esse, utrum peccatum sit vel non, potest dici
I/O/./// ESI rŒXA PECCATI, I solemus
accipere peccatum cllpam, sic soa oicetvr ipsa pec- CATUtl. Saint Thomas ira encore plus loin que saint Anselme. Il expliquera très profondément que la privation de la grâce elle-même est. j proprement parler, le châtiment du péché originel, tandis que l'éli formel est le reatus dont parlait saint Augustin col. 2369. Cf. s. Thomas, Sum. theol., !• II». q. ixxxv. a. 5 : substractio originalis justitix habet ratn i .) vi . sictU citant subtractio gratis?, lbid., q. i.xxxii. a. i ; De malo, q. v. a. 1 : q. IV, a. 1. ad 11"". — d I résulte la conception de l'état de pure nature, sans | originel et sans dons surnaturels qui refuie d'avauce tout le jansénisme.
3. Le rôle de Dieu dans notre salut est tout <i fait celui qu'Augustin lui adonné. — a La toute-puissance de Dieu pour fléchir tous les cours, est un de
stique. Pierre Lombard l'a formulé dans les tel d'Augustin lui-même : Dieu pouvait convertir les chants ' Oui certes. Posset rêvera. Curtwn fecilt Quim noluit. Cor noluil* I]>se novit. Sent.. I. 11. dist. XXIII, e i . s. Bonaventure, Opéra, Quaracchi, 1882, p. ■ C'est l.i peu-, e de ton s les docteurs. — b} Ils attribuent à Dieu le choix libre entre divers mondes possible- il.ms lesquels il sait les resolutions diverse- que prendr les volontés libre-. Ils se posent des problèmes qui supi clairement cette Connaissance des futurs conduis par exemple Pierre Lombard, ibid. solel quare Deus /lomincm tenta,.
DEC1PIENDUM ESSE PR.ESCIEBAT. Cette science avant le décret permissif de la tentation ne peut être la science de vision : celle-ci est l'effet du décret, la première le dirige. Parfois même ils distinguent expressément cette prescience de la science de vision. Nous ne pouvons que renvoyer à un texte très curieux d'Albert le Grand, montrant la gratuité de la prédestination, Suni. theol., Ia, tr. XVI, q. lxiii, où il parle d'une prœscientia meritorum secundum rationem intelligentise (par opposition à la science de vision) qui est en Dieu avant le décret de la grâce à conférer. Cf. In IV Sent., 1. I, dist. IV, a. 3. Voir aussi un texte intéressant de Robert Pulleyn, Sent., l.I,c. xvi, P. L., t. clxxxvi, col. 714-715. — c) La prédestination, prise dans son ensemble, est donc absolument gratuite. Quant à l'opinion si répandue alors de la prédestination à la gloire post mérita, il faut la juger selon les remarques déjà faites, col. 2402-240i. Mais chez bon nombre de scolastiques la question est très confuse. — d) Enfin la dépendance absolue de la liberté par rapport à la grâce apparaît chez tous soit dans l'ordre du salut (pas un seul acte ne peut être méritoire sans la grâce sanctifiante), soit dans l'ordre naturel : tout acte bon est préparé par. un bienfait spécial de la providence. Cf. S. Thomas, Sum. theol., Ia II*, q. Cix.
4. Sauvegarde de la liberté et extension de la grâce d'après les scolastiques. - I" principe : Ils proclament en Dieu la volonté (sincère, sans être absolue) de sauver tous les hommes. Le Maître des Sentences, 1. I, dist. XLVI, c. m, avait cité les dernières formules (assez ambiguës) d'Augustin. Chez les commentateurs l'affirmation est catégorique, ils distinguent la volonté antécédente et conséquente, mais n'hésitent point sur le principe. S. Thomas, In IV Sent., loc. cit., q. i, a. 2; Sum. theol., Ia, q. xix, a. 6; S. Bonaventure, In IV Sent., loc. cit., a un., q. i, Quaracchi, 1882, t. i, p. 820; voir le scholion des éditeurs, p. 822; Alexandre de Halès, Summa, I», q. xxxvi, m. il.
2e principe : Ils affirment non seulement la liberté, malgré le péché originel, mais la nature de cette liberté qui exige essentiellement dominium sui actus, formule énergique répétée par saint Thomas et tous les docteurs. S. Thomas, In IV Sent., 1. II, dist. XXXIX, q. i, a. 1, 2; Sum. theol., 1*11", q. x,a.4. Voir aussi Pierre Lombard, Sent., 1. II, dist. XXV, c. ix : ubi nécessitas, ibi non est libertas... nec voluntas, nec ideo meritum. Loofs, Dogmengesch., 3 édit., n. 893, p. 291, reconnaît que c'est l'idée commune de saint Bernard, de saint Anselme, de tous. Il ajoute que sous des formules augustiniennes, ces docteurs enferment les pensées de Grégoire le Grand; mais il a été prouvé qu'Augustin avait toujours défendu la liberté. Voir col. 2388.
3* principe : lia us In distribution de In grâce, ils s'inspirent d'idées très hautes de la justice et de la bonté de Dieu : a) De la justice : c'e^t une loi inviolable d'après eux, que nul ne pèche, s'il n'a le pouvoir complet et parfait d'éviter le péché. Ils l'ont empruntée à Augustin, De nat. et gr., c. i.xv. Les conséquences en sont immenses : une grâce suffisante est due à tous et toujours pour vaincre 1rs tentations et observer les lois qui obligent actuellement, et une grâce n'est jamais suffisante en réalité, si 'Ile ne donne le pouvoir d'agir parfait et relatif aux difficultés présentes. — b) Haute idée de la bout/' de Dieu : Dieu veut si sincèrement le salut de tous qu'il donne absolument à tous, immédiatement ou médiatement, 1rs moyens nécessaires du salut; nul ne tombe en enfer que par sa faute, les infidèles eux-mêmes seront responsables de leur infidélité.
Saint Thomas a exprimé la pensée de tous, quand il a dit : Unde dicilur quod si aliquis m barbarit natus nationibus, quod m se est faciat, liens sibi revelabit i/iinii i'st necessarium ad salulenx, vel inspirando doclorem millendo. In I VSent., I. II, dist. XXVIII, q. i,
a. 4, ad 4um. Il ne faut pas le dissimuler, cette loi transfigure toute la providence, et saint Augustin l'avait trop laissée dans l'ombre. Aussi les scolastiques insistent-ils tous sur ce point. Voir Alger (de Liège, vers 1131), De libero arbitrio, c. v, P. L., t. clxxx, col. 972; S. Bonaventure, In IV Sent.,\. II, dist. XXVIII, q. i, il; Gilles de Rome, In IV Sont., 1. II, dist. XXVIII, q. I, a. 2 : Non habenles eam (gratiam) carent ea per suam culpani. Duni sunt adulti, si semper fecissent quod in se est, et non restitissent divinse molioni et divinse vocationi, habuissent divinam gratiam, qtiam nisi voleutes, nunquam perdidissent, Hervé Nedellec (Nalalis, 0. P., 1323), In IV Sent.,\. I, dist. XLI, a. 1; Renier de Pise, Pantheol., Gratia,c. m, Lyon, 1655, p. 278; François de Sylvestris (Ferrariensis), In l. III cont. Gent., c. clix. Quiconque sur la terre ne résistera pas aux motions providentielles aura part à la foi et au salut.
5. Dans l'explication de la grâce actuelle, les grands scolastiques mettent en relief la théorie augustinienne de la providence extérieure, préparant à son gré les déterminations des libertés. Ils n'ont point proposé un nouveau système de conciliation de la liberté avec la grâce; mais l'aspect sous lequel ils envisagent la question est celui d'Augustin expliqué plus haut, col. 2392. Sans oublier les appels intérieurs, ils insistent sur les grâces extérieures.
a) Leur pensée est donc que Dieu est maître de toutes nos déterminations, parce qu'il dépend de lui de faire naître par un ensemble de circonstances telle ou telle pensée qui amènera tel acte pariaitement libre. C'est la théorie des visorum suasiones, col. 2389-2391. Dans la doctrine de saint Thomas, c'est là un élément essentiel sans lequel rien ne saurait être compris, ainsi que l'ont remarqué Bancel, Goudin, et après eux Billuart dans une observatio singularis. De grat., diss. III, a. 1, n. 8, Paris, 1872, t. m, p. 72. C'est ainsi que le docteur angélique prouve que toute bonne volonté sans exception (même dans l'ordre naturel) est un don de Dieu. Car notre volonté ne se détermine pas sans un motif qui lui est présenté ou extérieurement ou intérieurement.
Or, continue le saint docteur, omnes exteriores motus (il faut en dire autant des motions intimes) a dirina providentia moderantur secundum quod judicat nliquem esse excitandum ad bonum his vel illis actionibut. Unde si gratiam Dei velimus dicere non aliquod habituale donum, sed misericordiam Dei per quant intérim motum mentis operatur, et exteriora ordinal ad salulem ; sic sec ci.lum BONUM uosio ruir^r FACEUS sise GRAVI A DEI. De verit., q. xxiv, a. H. C'est l'application du système de saint Augustin, voir col. 238(5-2387, et en même temps une clef indispensable pour saisir la théorie de saint Thomas sur le gouvernement divin. Grâce à cette motion providentielle, il fait dépendre de Dieu chacun de nos actes bons sans exception, et d'autre part l'influence morale, objective, de ces imitations, ne blesse pas la liberté : c'est le rameau vert présente à l'agneau, la friandise qui attire l'enfant. Voir col. 2391 . Saint Thomas, qui ne parle jamais d'une action prédéterminante exercée par la volonté, revient sans c< s>e sur cette action providentielle. In IV Sent. ,\. II, dist. X \ VIII, q. i, a. 4 : admonitio hominis, vel mgriludo corporis, vel aliquid hujusmodi, quœ omuia constat divinse provuientiœ subjecta esse et in bonum eleclorum ordinata. Cf. ioid., ad i"", Sum. theol., I" II", q. r.ix intégralement. Pour lui, cette dépendance continuelle est démontrée à la fois par la philosophie (il cite le c. vin de la Morale à Nicomaque) et par l'Évangile [sine me nihil potestis fa*
i,\ Les formules pour expliquer ce don divin qui prépare tout acte bon, varient chez les divers scolastiques, *t nde attention pour ne point se méprendre sur leur pensée. Pour '■ont Thomas, c'est une motion divine; un auxilium Dei movenlis et ad seattrahemtis,
Snm. thcol, [« II', q i rx, ' " "" ' :'''-
pelle pas ordinairemi ol gratta (ce mol i •> la
grâce habituelle) ai même proprement gratia on ,/,,,,, iques, nuis c'ett pour lui
une question de mots, el finalement il tolère cette di i nière i ipres ion. Voir In I V Sent., I. U, tlist. XX VIII. q. i,a. i Beaucoup (1p scolastiques l'appellent influenlia generali s (par opposition à la g race surnaturel h", d'autres
uentia tpecialis (par opposition an simple concours qui accompagne les net' s même mauvais, tandis que cette motion providentielle prépare les seuls actes bons).
Bien comprise, cette théorie défend les scolasliques contre les accusations de /» lagianiame souvent formulées contre eux. — On les accuse d'avoir exagéré les forces de la nature humaine en admettant que l'homme peut, es viribus noturm, vaincre les tentations, éviter le péché, tandis que saint Augustin et le concile d'Orange disent que tout aete bon. toute prière vient de Dieu. Saint Thomas lui-même a été accusé pour la première période de sa vie (celle des commentaires In Sententias et plusieurs de ses disciples l'ont détendu en opposant au pélagianisme de Thomas jeune, l'augustinisme de Thomas senior. Mais l'accusation tombe d'elle-même, si on comprend la théorie de l'action providentielle : le docteur d'Aquin exclut de ces actes bons naturels toute grâce surnaturelle quoad substantiam, mais il affirme toujours contre Pelage le don de Dieu réclamé par saint Augustin, cette direction providentielle qu'on peut même appeler grâce. Voici un texte capital dans l'article le plus suspect. InlVSent., 1. II, dist. XXVIII,q. i, a. 3, Paris, 1867, t. VIII, p. 372: Sed si GRATIA pro divina voluntate GRATIS IN NOBIS OMNIA nO\A CAUSANTE accipiatur, di-
cendum quod neutre modo liomo sine gratia prœcepla un), 1ère potesl, et ideo PELAGWS erravit, quia simpliciter impleri prsecepta legisposse sine gratia posait. Saint Thomas a très bien compris l'erreur de Pelage niant toute dépendance de l'homme par rapport à Dieu.
3° Courant pélagicn au moyen âge. — Si les grands scolastiques ne furent point pélagiens, d'autres, il faut le reconnaître, se laissèrent séduire; les uns, audacieusement, comme Abélard, nièrent le péché originel, et 'i'v virent que des conséquences fâcheuses, non une faute. Voir col. 47. La même erreur fut adoptée par les disciples d'Abélard, par l'auteur de l'Epitome, c. xxxm, ]'. L., t. ci. xxviii, col. 1753, Ognibeneet les Sententias de Saint-Florian, dans C.ielt, Die Sentenzen Rolands, Frihourg-en-Brisgau, 1891, p. 130-133. D'autres, inconsciemment, pour expliquer la liberté, nièrent l'action divine. Les uns infirmaient la certitude de la prédestination. L'homme étant libre de ses actes, pourquoi un nonprédestiné ne se sauverait-il pas, et réciproquement? 1 (ans ce cas, la liste des élusse modifie à chaque instant, et la providence demeure incertaine de ses résultats. Plusieurs allaient jusqu'à soutenir que la liberté peut agir autrement que Dieu ne l'avait prévu, el alors Dieu tout-puissant peut faire que sa prescience n'ait point existé! Voir Avguanus (Angriani, carme, 1400) exposant celle erreur, In IV Sent., 1. 1, dist. XXXIX; dist. XL11, concl. 3», p. 106 sq. D'autres, connue Durand, niaient le concours immédiat, de peur de nuire à la liberté. En géin rai. on doit avouer que les nominalistes sacrifiaient à la liberté de l'homme les droits de Dieu.
tu Courant prédestinatien <<« moyen âge. toi i jours combattu par les grands scolastiques. — [.Avant Bradwardin. — Au xm* siècle, la négation de la liberté n'esl point le déterminisme théologique îles augustiniens exagérés, c'esl le déterminisme panthéiste ou mat* rialiste introduit par lés disciples d Averroès, Aristote a-t-il nié la liberté psychologique? Un disciple zélé d'Augustin,
au SU" siècle, .ban de Salisbury. l'en aCCUSail déjà, En-
theticus, v. 831-834, P. /... t. exix. col. 983, el l'on Bail que la critique hésite encore. Mais pour les aristotéliciens averrolBtes du xnr siècle, il n'j a plus a douter: la né-
gation de la lib'-rté couronnait leurs antre» • fondamentales de la création le monde est éternel . <Jc la providence le monde inférieur n est m admini m même connu par Dieu), de la personnalité (l'intelligent '• est unique dans tous les lionne. Aussi Siger de Brabant, celui qu'on nommait à Paris vers 12'>- Grand, Doctor prxcellentissimus, le plus ardent pi gateur de l'averroïsme, enseignait-il que les actions humaines sont toujours régies par la nécessité. I lui les persuasions et les punitions ne sont raisonna que connue des obstacles ou des médicaments a paralyser l'action des causes qui entraînent au mal. Le P. Mandonnet, Siger de Brahaut, p. CXCIV-O prouvé- contre l'opinion de Leclerc. Hist. litlér. de la France, t. XXI. p. 102, 126, d Haun au. Hist. de la philos, scol., part. II, c. il, p- 132. de Cipolla, Giornale storico, t. VIII, p. 101, qui tons avaient \oulu laire de Siger un pur thomiste. Cf. les lmpossibilia de Siger, publiés par Bâumker, p. 23-26.
Mais la condamnation de ces doctrines subversives fut éclatante. Parmi les propositions condanm- es < n 1270, les 3', 4e. 9^ concernent la liberté-, Chartular. univ. Paris., t. i. p. Î87; et parmi celles de 1277 on en compte un plus grand nombre, n. 128-13(5. lOS-lOÔ, 107, 173, 194-195, 200-209.
2. Thomas de Bradwardin. — Ce célèbre professeur d'Oxford, mort archevêque de Cantorl l'initiateur d'un grand mouvement prédestinatien. it l'inspirateur de YViclef lui-même. Dans son grand ouvrage au titre très significatif : De can-a Dei contra Pelagium, il part d'une fausse conception de l'Être divin et de son action qui absorbent tout autre é'.i toute autre action: sur ce fondement il bâtit la théorie la plus effrayante et la plus logiquement enchaînée d'un déterminisme divin qui anéantit toute liberté. 11 « ^t vrai que certains écrivains se sont mépris sur sa p- i et ont cru n'y trouver que le système très orthodoxe de la prédétermination physique. Tels sont les carne Salamanque ou Sahnanticenses, De gralia act., disp VI, dub. I, Paris, 1871, t. IX, p. 744;S< rr\, Divus Augustinus D. Thomas conciliât us, in-8°. Padoue, 1721. p. 239. dans Opéra, t. III, p. 151, l'invoque en laveur de sa propre doctrine que la grâce suffisante ne donne pas le pouvoir complet et absolu de bien faire. Récemment encore le savant cardinal Zeph. Gonzalez, 0. P., Istoria de la filosofia, trad. franc., t. n. p. io7, a cru lui aussi qu'il suivait la pensée de saint Thomas. Mais il est impossible aujourd'hui de ne pas voir dans Bradwardin le précurseur et le maître de Wiclel. Wiclef invoque son patronage, et tous les critiques protestants, par exemple Harnack, Dogmengesch., t. m. p. Us!. 1">7; Loofs, p reconnaissent cette filiation. Klle a été aussi proclamée par Hergenrôther, A'i>c/ie>io>*st7i.,trad. franc., t. v. p. 121, par le l)r Bruck dans son Hist. de l'Église, trad. Gillet, t. n, p. 379. el autrefois par le P. Duchesni . S. I., le prédestinalianisme, I. IV, c. u. Le P. Richard, O. P., Biblioth. sacrée, t. v, p. 252, a très justement dit: ■ Bradwardin était un faux thomiste, ou plutôt un vrai prédestinatien qui admettait une prédestination et une opération de Dieu sur la créature, toutes les deux n sitantes. .. Bradwardin a été lui aussi victime dune élude Irop exclusive de saint Augustin. C'était son maître lavori et il le plaçait au-dessus de tous les autres authenticior Augustinoï disait-il. /'.' causa Dei, \ Cl. p. 604. K. Werner, Bradwardina's Verhâltnis islinischen Théologie. dans Der Augustinismui tpâteren Mittelalten, Vienne, ' 32 sq.
Voici les principales assertions de son système:
ni Dieu, principe premier de toutes cbosi -. d mine el produit par sa causalité primordiale et toutepuissante tout ce qui se fait dans |,> monde, en par lier tous les actes bons et mauvais de la volonté- hun Ilnd., I. 1. c. xxxil, p. .- priorité de d. :
nation et d'influence a pour conséquence une véritable nécessité imposée à tous les êtres, même à la volonté. Jésus-Christ lui-même n'échappera point à cette loi d'une nécessité universelle: nulla voluntas avala est liberior voluntate Christi humana: et illam potuit nccessitare voluntas ejtis divina, inw et necessitavit de facto ad singulos liberos actus suos et ad omnes et singulas cessationes et vacationes libéras ab actu. lbid., 1. III, c. i, p. 640.
b) Dieu n'est pourtant pas l'auteur du péché parce que le mal, n'étant rien de positif, n'a pas de cause, c'est un pur néant. Il admet d'ailleurs qu'il est inexact de reconnaître en Dieu la permission du péché. Dieu ne permet rien, il cause tout. L. I, c. xxxii, p. 282. Aussi embarrassé par ce problème, finit-il par dire: niallem... majores audire quam ipse minimus respondere. L. I, c. x.xxiv, p. 307.
c) Et la liberté subsiste-t-elle? Oui, répond-il, et il en prend la défense, 1. II, c. xvin; mais cette délense est exactement celle que les jansénistes devaient reprendre: la liberté n'est point incompatible avec une nécessité absolue et inévitable, pourvu que celle-ci ne soit pas imposée par une créature, mais par Dieu. L. II, c. XI.
d) On verra (voir Thomas Bradwardin) que Wiclef lui emprunta, avec son prédéterminisme fataliste, une autre théorie destructive de toute morale, la distinction des péchés véniels et des péchés mortels selon qu'ils sont commis par un prédestiné ou un non-prédestiné. Voir d'Argentré, Collectio judiciorum , t. I, p. 236.
3. Après Eradwardin. — Son livre fut l'origine de tout un mouvement prédestinatien, peu étudié jusqu'ici, qui se manifeste à diverses reprises dans les discussions de l'université de Paris. Peut-être même ses disciples furent-ils assez ardents pour que, malgré leur nombre très restreint, on puisse parler d'une école de Bradwardin. Sans entrer dans les détails, parmi les maîtres que séduisit cet augustinisme taussé, il laut distinguer deux courants.
a) Les uns admirent le prédéterminisme divin avec toutes les conséquencee que le théologien anglais en avait tirées : la nécessité antécédente pour tous les actes excluant tout domaine de notre volonté sur ses actes. Tel ce Jacques de Moret (ou de Morey ? cf. Ilauréau, Notices et extraits des mss. latins de la Bibl. nat., t. xxxiv, 2e partie, p. 361) disant dans une dispute publique : sequilur quod nécessitas cl demeritum non répugnant; sequilur quodpositioBradwardini,quœnegat creatam libertatem respecta actus... et concedit tamen ibidem inesse demeritum, non est theologice impugnabilis évidente)- vel ef/icaciter. Ct. d'Argentré dans l'édition des Opéra Martini Grandin, t. vi, p. 184. Tel aussi ce François de Pérouse, 0. M. (cf. Denifle, Chartular. univ., t. m, p. 412), qui soutenait formellement, à la suite de Bradwardin, voluntatem divinam per suum velle esse necessitatem antccedenlem respecta creatse [voluntatis] tollentem libertalem. D'Argentré, Colleclio judiciorum, t. i, p. 3135.
h) D'autres, plus modérés, furent séduits par le principe de la prédétermination universelle, mais crurent pouvoir en repoussi c les conséquences et défendre la liberté plus efficacement que Bradwardin, en évitant d'accorder que la volonté est nécessitée par celte prédétermination. Ceux-ci représentent exactement aux xiveet xv siècles les célèbres défenseurs de la prédétermination, limiez, Lémos, Alvarez, qui ne semblent point les avoir connus. Il est aujourd'hui incontestable qu'on s'est absolument trompé quand on a cherché les origines de la prédétermination physique au xw siècle, et spécialement quand on en a attribué l'invention a Bafiez. Molina ne lui croyait pas de son temps [dus de trente ans d'âge, I.e 1'. Frins, s. .1., ne remonte guère qu'à la même époque vers le milieu du xvi« siècle. S. Thomœ doclrina de cooperutione Dei... Neo-lhomitmi orlus,
p. 470. Or la prédétermination (même désignée très souvent par ce terme), dans le sens d'inlluence physique irrésistible des thomistes du xvie siècle, mais dégagée, dans la pensée de ses détenseurs, des erreurs fatalistes de Bradwardin, eut ses défenseurs (peu nombreux, il est vrai, et vivement combattus), dans la seconde partie du xive siècle. Les formules sont exactement les mêmes que celles du xvie siècle, ainsi que les arguments pour ou contre, et la vivacité même des discussions ; les comptes rendus de ces disputes dans le manuscrit 16409 de la Bibliothèque nationale, fonds latin, en sont une preuve. Donnons-en un exemple. On oppose au bradwardinien Etienne de Calvo monte, que dans son système il n'y a plus de liberté, puisque ad quodlibet taie agere avatura determinatur ct preevenitur a Deo determinatione et prseventione infrustrabili. La liberté subsiste, reprend Etienne : Nam hujusmodi prœdetertninatio est liberrima, liberrime movens ail extra quodlibet secundum suant naturam propriam : quia voluntas est principium sive causa libéra libère sequilur Intjusmodi precdeterniinationem, et Deus etiani ipsam libère prœdeterminat. Ne sont-ce point là les formules du xvie siècle? Elles datent cependant de 1360 à 1380, et les répliques sont exactement celles que les molinistes opposaient à Lémos et à Bafiez. Voir les documents dans d'Argentré-Grandin, op. cit., t. vi, p. 182; Ilauréau, op. cit., sur le ras. 10409 de la Bibliothèque nationale.
Une autre façon d'adoucir ce bradwardinisme pour le rendre orthodoxe, consistait à admettre la prédéterminalion, et même la nécessité qui en résulte, mais on la limitait aux actes bons, et on exceptait les péchés. Ainsi dés 1380 on trouvait les deux courants qui se sont manifestés au XVIe siècle, quand un grand nombre de partisans de la prédétermination, malgré les appels de Lémos à la logique, protestaient que c'était une impiété d'admettre la prédétermination, au péché (même pris matériellement), par exemple, Zumel et le dominicain Biaise Verdu. Voir Relectio pro divini auxilii ef/icacia, Barcelone, 1610, p. 55. Guillaume de Fontfroide, bradwardinien, décédé' vers 1380, soutient avec son maître que « la nécessité venant d'une créature détruit la liberté, mais non la nécessité qui vient a divina preeventione » ; mais i! ajoute aussitôt en parlant de cette prédétermination, qu'elle ne peut être admise jiour le péché, sed bene répugnât (prœvenlio) demerito, secundum tutius loquentes, quamvis aliqui opposition <licaul. D'Argentré, Collectio judic, t. i, p. 59-60; l. i a, p. 334. Voilà donc les deux systèmes de prédétermination déjà existants au xme siècle.
4. Opposition constante des théologiens au déterminisme bradivurtliuiai. — Nous devons constater 1 issue de cette tentative : ce fut un échec absolu, si bien que le souvenir même en était presque perdu quand II. Saville publia l'œuvre de Bradwardin en 1618. Les granda théologiens maintinrent au XIVe siècle contre toutes le:; personnalités audacieuses le domaine de la volonté sur tous ses actes. Signalons les faits marquants : <> lu premier tait significatif, c'est l'aveu par Bradwardin de son isolement complet. Il proclame très haut qu'il rompt avec l'idée dominante dans l'enseignement de son temps et même avec la tradition. 11 est vraiment l'inventeur de son système. Voir sa préface. Ailleurs, p. 602, il voit se lever contre sa doctrine le grand nombre des Pères "i des Docteurs, i>iio rt totus pœne mundus. L'univers est infecté de pélagianisme. .Moi-même, dit-il, étudiant en philosophie, je lus pélagien, je croyais ce (pie tous les maîtres répétaient quod uns sumus domini noslrorum actuum liberorum, mais un rayon a leste l'illumina. L. 1, c. xxxv, p. 308. Ce témoignage est précieux pour établir l'orthodoxie des écoles en 1340 et le caractère d'innovation du prédéterminisme bradwardi nien.
Un théologien contemporain, le carme Jean I (de Baconthorpe, ] 1346 . raconte qu'entre Bradwardin et lui eut lieu, sur la prescience et la prédestination, une dispute solennelle, dans laquelle Bradwardin s'avoua enfin vaincu, l Bacon, lu 1 1 Seul., I. IV, dist. I, q. tv.
c Les théologiens postérieurs à Bradwardin et aux lotti s de 1360-1380 ne nomment l'auteur du Découse Dei que pour le réfuter très sévèrement, ainsi le carme Michel Aij.ii.uii (Angriani, f 1400) dans ses Quœstione» di$putatte ut IV Sent., Milan, 1510. Le docteur de Parit Pierre l'Iaout (y 1 M5) relève ses erreurs dans son commentaire du I. II Sent., eophistice loquitur Bradwardiints, et subtiliter.. . Nam positio ejus est Hœretica. Et ctt bene mirandum de lam bono doctore. Dans la Collectio judic., de d'Argentré, t. i, p. 328; cf. le dominicain JeanCapréolus (-J-1444), In IV Sent., l.I.dist. XLV.can- (raOmconcIusionem,Tours,1900,t.n,p.583sq.Hugolin, O.S. A. , In IV Sent.,]. II, dist. XXV, q.i (inédit), combat le système de Bradwardin, surtout la thèse principale quoi voluntas divina est nécessitas antecedens cujuslibet efjectus ; Jean Bokingham (peut-être Buckingham, évoque de Lincoln, f1398) l'a aussi réfuté dans Argustissimum... opus in IV Sent., in-8°, Paris, 1505, surtout q. m; voir aussi d'Argentré, Opéra Grandin, t. VI, p. 18i.
d) Enfin des condamnations formelles furent prononcées et des rétractations imposées à divers bradvvardiniens. En 1347, du vivant même du docteur anglais, le cistercien Jean de Mirccourt (de Mirecuria) est condamné à rétracter 50 propositions, sur l'ordre du chancelier de l'université de Paris, après sentence des maîtres. Cf. Denille, Chartularium unie. Pat:, t. il, p. C10-613. Or c'est un disciple de Bradwardin, ainsi que l'ont remarqué le théologien Hugolin, d'Argentré, Collectio judic, t. i a, p. 345, et Denifle, op. cit. Les art. 32-39, 9-17 sont clairement inspirés par Bradwardin. Mais reste une obscurité : la même série renferme d'autres articles d'une allure plutôt pélagienne : art. 47- 50 du Chartularium, 38-40 de la Collectio de d'Argentré. De même un commentaire des Sentences attribué par d'Argentré, loc. cit., à ce Jean de Mirecourt renferme la réfutation la plus expressive et la plus détaillée de la prédétermination. Est-ce le même auteur?
En 1351 (16 mai) une autre condamnation de l'université de Paris est prononcée contre un bradwardinien timide qui adoucissait les thèses du maître, le religieux augustin Guy (peut-être Egidius de Medonta, dit Denillei. Voir Chartularium, t. ni, p. 21-23.
En 1443 (9 janvier), Nicolas Cadrigerii (Qadrigarii), O. S. A., doit rétracter, entre autres erreurs, celle-ci <pii est bradwardinienne : quod a providentiel divina omnia qum fiunt, quadam necessitate eveniunt. Voir Denille, Chartular., t. iv, p. 032; d'Argentré. Colle, tu* judic., t. i, p. 239. Ainsi l'université attestait sa volonté de sauvegarder la liberté contre le prédéterminisme.
r. l'interprétation ouvertement prédestinatien ne DBS HÉRÉTIQUES DBS XV* BT XVP> SIÊl LES. —
Dans les temps modernes l'histoire de l'auguslinisme esl plus connue, on se bornera aux indications les plus sommaires.
i» Jean Wiclef (4324-1387), le premier hérésiarque prédestinalien des temps modernes. — Bradwardin ne fut jamais hérétique parce qu'il avait soumis sincèrement son livre et ses doctrines au jugement de l'Église Mais il est impossible de nier i bien qu'on l'ait essayé en ces derniers temps : cf. Zeitschrift /'. kath. Tlieol., 1887, p. 194), qu'il ail été l'inspirateur de Wiclef, non pas que 'celui-ci ait entendu ses leçons (quand Wiclef arriva à (Mord vers 1340, Bradwardin était probablement en France, à la suite d'Edouard III. en sa qualité de chapelain); mais le souvenir de son enseignement ieini.iivs.iit ( Ixford. Wiclef cite asseï souvent Bradwardin h dans le De dominio </<c, c, xiv, le met dans un rang
à part avec l'archevêque d'Armagh, Richard Fitzralph,
Unis. Dans cet oulea pensées de l.iadwardin, du d i mv. .-dit. Poole, Lone
p 1 15; c. xvi. p. 196; c. \wi. p. 1 18-155; c. xvin. p
i i i ssemblance de doctrine ne permet pas d'ailli urs de douter que Bradwardin n'ait fortement infini Wiclef dans l'interprétation de son docteur favori, Augustin. Thomas Netter de Walden Waldensis), dan^ Doctrinale anliquitatum ftdei, dirigé spécialement contre Wiclef. nous apprend que son goût pour la lecture du docteur africain l'avait fait appeler par disciples : Jean d'Augustin. Walden uale,\.\,
c. XXXIV.
1. La base du système de Wiclef esl un panthéisme à la fois subtil et grossier, dissimulé parfois sous des formules étranges, ruais renfermant la loi du déterminisme universel. Voici trois articles de la seconde -
articles, cf. Befele, trad. franc., t. x. p. 421) condamnée au concile de Constance : L'bique omne eus est, cum omne eus sit /< libet crcatura est Deus.
Quodlibet est Deus. Cf. Fasciculus rerum expeclendarum, etc.d'Oithuin Gratins, édit. Brown, Londres, 1690, p. 266, 280. Il y a sans doute une relation enti théisme et l'article 6 de la première série : Deus < obedire diabolo. Hcfele. ibul., p. 419; Mansi, t. xxvn, col. 632. Cf. sur cet article Fasciculus rerum, etc.,
1 (motif de la condamnation); Fasciculus zizai runi (de Thomas de Walden?), p. 321, rétractation de cet article par Nicolas de Herforde; cl. p. 328, 309, 278, 497.
2. Le déterminisme absolu et universel était af dans l'article 27 : Omnia de ncccssitale eveniunt. Denzinger, Enchiridion, n. 503. La formule se trouve dans le Trialogus, 1. IV. c. xni. édit. Lecliler, Oxtord, i
p. 289-290; 1. III. c. vin, p. 151. Cf. la réfutation par Guillaume Woodforde dans le Fasciculus rerum..., p. 252-257, par un anonyme, p. 503. — ai Détermittù en .Dieu. — Si on lit avec attention le T> ialogus, I. I. c. x, p. 69 sq., on constate qu'en Dieu même volonté et puissance sont enchaînées par une loi d'inéluctable ni site. Pieu ne peut rien faire de plus ni de mieux que ce I qu'il fait, et cela est nécessairement produit. Il pourrait, i il est vrai, s'il voulait, mais il ne peut pas vouloir. « pas plus qu'il ne peut vouloir engendrer un second fils. « Wiclef avoue que c'est inouï, hérissé de difficultés, mais il se couvre du nom d'Augustin, lbid., p. 70. — b Dieu à son tour détermine et nécessite tous nos actes. Deus nécessitât creaturas singulas activas ad ce libet actum suum : et sic sunt alnjui prmdestinali, hue est jiost laborem < rdinati ad gloriam, aliqui . seiti, /me est post vitam misera» i ad poenam perpetuam ordinati. Trialogus, 1. II. c. xtv. p. 122. Cette impulsion irrésistible imprimée aux futurs réprouvés pour qu'ils pèchent, aux ('lus pour qu'ils soient vertueux, est le thème favori du De dominio divino, qui reproduit tonprincipes de Bradwardin. — <• Que devient la libei Wich f prétend la sauvegarder, mieux encore que
idwardin, lien qu'il reproduise ses formules avec plus d'obscurité. Ainsi, d'après lui. la liberté el laite sont parfaitement compatibles, pourvu q spontanéité c'est-à-dire la volonlariété subsiste, et elle i'st inamissible. 11 en donne des exemples d'ui sive clarté: a. Nous sommes libres comme le Père en* e, mirant son 1 ils ; Deus Pater summe libère producil tamen necessario absolute. Trialogus, I. I. c. x. p. 61. — /'. Nous sommes libres sous l'action de Dieu comme les bienheureux dans le ciel : /.
non sunt contraria. ■ ait libcrr
saint heu, n. et volunt suam beatitudinem, tant en summe .1 II. c. ix. p. 107. —
- volume- libres parce qu'il n'\ a pas coaction même que la pc sanU ur n't si pas coaction pour .
graves. De dominio divino, 1. I, c. xv, 1890, p. 126 : Necessilatus a Deo... non potius cogitur qnam grave, lève, vel corpus nostrum ad niotum sibi naturalissimum... vel alia quselibet créât ura cogitur appelere ipsammet esse.
3. Caractère spécial du prédestinatianisme de Wiclef. — La nécessité absolue du bien pour les élus, du mal pour les autres, c'est la thèse commune à tous les prédestinatiens. Mais Wiclef a cru trouver dans la théorie augustinienne de l'Église (voir col. 2410, objection de Harnack) une conception qui devient chez lui une doctrine centrale bouleversant toute l'économie chrétienne. La qualité de prédestinés et de non-prédestinés va modifier essentiellement toute la morale, tout le gouvernement ecclésiastique et même civil, tous les droits et les devoirs des particuliers. Ainsi : a. Les mêmes péchés changent absolument de nature, selon qu'ils sont l'acte d'un prédestiné ou d'un non-élu. Poulie prédestiné ce sont fautes vénielles, pour le non-élu, la faute est toujours mortelle. Au fond Wiclef, préludant à la Réforme, enseigne (et il semble bien que Bradwardin l'ait pensé ainsi) que toute faute, étant contre la majesté infinie de Dieu, est par là même mortelle, mais que Dieu les pardonne tontes d'avance à ses élus. Voir Trialogus, 1. III, c. v-vi tout entier, surtout p. 148- 150. — b. Les mêmes actes de vertu sont méritoires dans le prédestiné (serait-il actuellement un scélérat) et sans valeur dans un non-élu, serait-il en ce moment dans la charité. Tel est le sens de l'article 26 condamné : Oratio prœsciti nulli valet. Denzinger, Enchiridion, n. 502. Il ajoute ailleurs cette thèse dont s'emparera Luther, tout homme en état de péché, même dans les plus beaux actes de vertu, commet un nouveau péché mortel : Si Petrus sit injustus, quidquid fecerit, sive dormiendo, sive comedendo, sive quodeumque opus bonumdc génère faciemlo, continue peccat mortaliter. De civili dominio, 1. I, c. i, Londres, 1885, p. 5. — c. Aucun pouvoir d'ordre ne peut exister dans un nonprédestiné, et les sacrements administrés par lui sont invalides. Art. 4 : Si episcopus vel sacerdos existât in peccato mortali, non ordinat, non consecrat, non conficit, non baplizal. Denzinger, n. 480. Tout coupable de péché grave est donc exclu ; mais il faut se rappeler que tout péché est grave pour un non-élu. Si on réfléchit que la qualité de prédestiné est invérifiable, qu'il est par suite impossible de jamais savoir si un pasteur a commis une faute grave (puisque tout forfait est véniel pour les élus), on voit quelle révolution clans l'Église se préparait par ces impudentes affirmations.
— d. Aucune juridiction ne subsiste dans un prélat, fût-il pape, s'il n'est point prédestiné. Art. 8 : Si /»;/»,■ sit prsescitus et malus (ces deux qualités vont toujours ensemble), et per conséquent membrum diaboli, non habet poteslatem super fidèles, etc. Denzinger, n. iSi.
— e. Toute autorité, même civile et politique, est nulle et sans valeur dans le prince ou le prélat en étal dé péché mortel (c'est-à-di.e non-élu, car c'est tout un). Ail. I.'i. Denzinger, n. i91. Wiclei, fiés logiquemeui. en déduit le droit des sujets à la révolte pour châtier a leur gré les gouvernants en faute. Art. 17, ihul., n. 103,
— f. Le droit de propriété n'existe jamais pour le pécheur (et par conséquent pour le non-élu), et au contraire le juste a un vrai droit de propriété sur le monde entier. Telle est la thèse fondamentale qu'il se propose de démontrer dans tout le De civili dominio : Intendo... cêtendere duos veritates, quibus uiar tcmquam principii$..., prima, quod nemo »' est m peccato mortali habet justitiam simpliciter ml donum Dei îles biens créés); secunda. quod quilibet existent in gratia sanctificante finaliter (c'est le prédestiné) neduwi luibri jus, sed in re habet on\nia bona Dei. I.. I. C i, p. I. Voilà ce que Wiclef ose attribuer à saint Augustin (voir col. 2439), tandis que d'après d'Argentré, Colleetio ju-
die, t. I a, p. 104, ces idées subversives lui venaient des sectes révolutionnaires réfugiées du continent en Angleterre. Voilà sur quelle base il établit le communisme qui souleva en Angleterre les masses populaires contre l'ordre social. Son raisonnement était fort simple : tout homme doit être en état de grâce, et s'il y parvient, il est vraiment maître (dominus) du monde entier; donc tout homme est destiné à jouir de cette propriété universelle : quod non staret cttni multitudine hominum, nisi omnes illi deberenl habere omnia in communi;ergo omnia debout esse communia. Deciv. doininio, 1. I, c. xiv, p. 96. Cf. Loofs, Dogmengesch., 3" édit., p. 326. — g. Enfin la nature même de la grâce dépend de ce rôle exceplionnel attribué par Wiclef au fait de la prédestination. Il en conclut que la grâce sanctifiante n'est point une réalité' (une qualité, dit-il, inventée par les scolastiques), mais c'est tout simplement l'acceptation divine en vertu de laquelle Dieu regarde un homme comme un ami destiné à partager son bonheur pour l'éternité. Cette acceptation, on le comprend, ne concerne que les prédestinés, et de sa nature elle est inamissible. Voir Trialogus, 1. III, c. vu, p. 152-153.
2° L'augustinisme prédestinatien de Luther et fie Calvin. — Il ne s'agit pas d'esquisser ici le système théologique de la Réforme, mais seulement d'indiquer sur le terrain de la grâce et de la prédestination la position prise par les réformateurs relativement à Augustin. On a vu que sur le point fondamental de la justification par la foi, ils sont obligés d'abandonner absolument le docteur d'IIippone, ainsi que sur la question des mérites. Voir col. 2323, 2324 sq. Mais ils prétendent bien lui emprunter leur théorie effroyable du gouvernement irrésistible de Dieu. Voici la théorie protestante officielle des chefs de la Réforme.
1. La prédestination divine et l'impulsion irrésistible qui la réalise sont le dogme fondamental de la Réforme. Tous en effet, Luther et Mélanchtbon, Zwingle et Calvin, enchaînent l'homme d'abord par les décrets d'une providence qui ordonne tout d'avance, les crimes aussi bien que les actes vertueux, et ensuite par l'étreinte de fer de la causalité divine qui exécute avec une irrésistible puissance les décisions éternelles. — o) La prédestination, qui entraine nécessairement les non-élus à leur damnation, n'est point, pour les chefs, comme pour bon nombre de leurs disciples depuis le synode de Dordrecht, une conséquence du péché originel; elle est la loi primordiale de tout gouvernement divin, et Adam lui-même y était sujet ainsi que toute créature. Voir la Formula concordia-, part. II, Solida declar., xi, De œterna prsed. : la doctrine (omise dans la Confession d'Augsbourg) est ici plus modérée dans la forme que chez Calvin, mais c'est la même pensée, n. 57 sq., Berlin, 1857, p. 813 sq. Calvin, on le sait, fit son dogme à lui, de cetie prédestination au ciel et à l'enfer. Institution chr es tienne, 1. III, c. xxi, édit. du Corpus reformatorum, Brunswick, 1866, p. 451-531. « Nous disons donc... que Dieu a une fois décrété par son il éternel et immuable, lesquels il voulait prendre à salut, et lesquels il voulait dévouer à perdition, Nous disons que ce conseil, quant aux esleus, est fondé en sa miséricorde sans aucun regard de dignité humaine. Au contraire que l'entrée de vie esl forclose à tous ceux qu'il veut livrer eu damnation, ef que cela se fait par son jugement occulte et incompréhensible, combien qu'il soit juste ei équitable. » C. xxi, n. 7, col. 567. Ainsi on ne peut dire que les damnés sonl perdus par leur faute, qu'à la condition d'ajouter, dit Calvin. « qu'ils .mi été asservis à cette perversité, d'autant que... ils ont été' suscités pour illustrer la gloire de Dieu en leur damnation, i C. xxiv, n. I i. col. 524.
/,, L'action toute-puissante de Dieu s'exerce sm- la volonté créée pour l'entraîner irrésistiblement el n<
liremenl à l'acte bon ou criminel décrété par Dieu.
àUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L')
Toute détermination esl enlevée ■< la créature peur être
il.. n il ci Dieu. Lui seul, il est l'auteui ii<- tons le- choix il. I. volonté, seul l'auteur de tous lea crimes, et la seule raison pour laquelle on ne doit pa dire qu'il pèche, c est qu'il esl au-dessus de toute loi. Cette doctrine, exprimée parfois une brutalité et une impudeur que notre langue oe tolère pas (voir Zwingle, De providentia, c. vj cf. Môhler, Symbolik, trad. franc., 1852, t. i, p, '.iW>~, le fond même du protestantisme. I. indignation publique a forcé les chel • er les formules trop sincèrei du
début, mais la doctrine restai! la même. Toujours la volonté humaine est pour eux le coursier 3e Luther : celui qui le monte, le mène, malgré lui, où il veut. Ou encore pour Bèze, la volonté n'est qu'un instrument entre les mains de Dieu qui le remue à son gré; dire que Dieu permet le péché, c'est un blasphème; Dieu fait le péché par son instrument. Mélanchthon lui-même, malgré son tempérament modéré, a écrit les paroles justement anathématisées à Trente, sess. VI, Deju$tif.,can.6: Constat Deumomniafacere, non permissive, sed patenter i. e. utsil ejus proprium opus Judée proditio, sirut Pauli vocatio. Cf. Chemnitz, Loci Hieol., édit. Leyser, 1615, p. 173; Mohier,07>. ci*.,p. 30-39. Mélanchthon rougit plus tard ou eut peur de cette franchise, et fit disparaître ces mots, dit Môhler, des éditions postérieures a 1525 de son commentaire In Epist. ad Rom. Quant à Luther, il a consacré tout le De serra arbitrio à formuler, avec sa fougue ordinaire, ce déterminisme absolu imposé par Dieu à l'impie comme au juste : Deus... necessario movet etiam et agit in Satana et impio, vitium est in instrumentis. Voir les extraits réunis par Loofs, Dogmcngesch., p. 377. Le degré le plus sublime de la foi, dit-il, c'est de croire à la justice de ce Dieu, qui sua voluntate nos necessario damnabiles facit. Telle est la doctrine que Calvin appelle « douce et savoureuse an fruit qui en revient ». Instit. chrest., 1. III. c. xxi, col. i55.
2. État primitif d'Adam. — D'après [les réformateurs, Adam, avant sa faute, avait avec la justice, un empire absolu sur les sens : .< même toutes les parties organiques étaient enclines et promptes à obéir chacune à tout bien. » Calvin, Instit. chrest., 1. I, c. xv, n. 8. col. 222. On peut signaler entre Luther et Calvin deux di\ergences : a) La justice originelle, d'après Luther, est un don purement naturel, ou même essentiel à l'homme, de essentia hominis, dit-il, In Gen., c. ni; il ne veut point entendre parler d'un donum superadditum, c'està-dire de privilèges surnaturels. La distinction de deux ordres, naturel et surnaturel, lui semble absolument étrangère, et la justice n'est pour lui que le pouvoir de connaître et d'observer la loi naturelle. Calvin, au contraire, parle de dons naturels et d'autres donnés g outre sa nature » ou surnaturels, Instit. chrest., 1. Il, c. n. n. 16, col. 317, mais il est peu aise de savoir ce qu'il entend par là.
b) Une autre divergence concerne la liberté. Avant le péché, Adam était-il libre'.' Non. répond Luther, ni Adam, ni aucune créature n'est et ne peut être jamais libre. La liberté est essentiellement l'apanage i'^«-l h-ii" de Dieu, doni la causalité s'étend absolument et irrésistiblement à tout être : omnia incommutabili et œterna infallibilique voluntate et providet, ri proponit et facit. Hoc fulmine sternituret conleritur penitus liberum arbitrium. De servo arb.,Oper. lai., édit. léna, toi. 170. Calvin, au contraire, si on s'en tient a ses formules, proclame ouvertement la liberté d Adam t In ceste intégrité l'homme avait franc-arbitre, par lequel, s il eut voulu, il eusl obtenu vie éternelle. • Instit. chrest., I. 1, c. xv, n. 8, col. 22'.'. ci. Confession de foi helvétique, c. i.\. n. 1, Montpellier. 1825, p. 18. Mais i., diveif n'est qu'apparente : l'explication ajoutée par Calvin, loc. rii . montre bien que cette liberté n'existe plus, dés qu'on envisage la prédestination île Dieu, qui gou-
■• me Adam comme ton'' Cf. Instit. clirett.,