I. III, c. XXIII, n
3. L'hontme déchu i-t mutilait-, n <<r tu nature aine par la faute d'Adam. — Il nous . -t très diffii il. , a nous catholiques, de saisir la conception pr tante da péché originel ; a paît l'existence et l'or . adamique d.- ce péché, elle n'a aucun rapport avec la théologie de saint Paul et de saint Augustin qu'elle prétend interpréter. Voici les principaux traits <! qu'on peut appeler l'anthropologie de l'homme tombé d après les réformateurs.
« La nature blessée et essentiellement mauvaise constitue le péché originel. — Ce péché, pour Luther et Cal- \in. n'est point la dégradation morale, la tache imprimée à L'âme de tout fils d'Adam par un.- faute paternelle moralement imputable à chaque membre de la famille. Ce n'esl pas le dépouillement de la grâce et des autres dons surnaturel-, privilèges de 1 état d innocence dont les lils d'un criminel sont légitimement dépouillés; Luther nous a dit que la justice originelle était strictement due a l homme. Ce n'est pas même la concupiscence, entendue dans le sens ordinaire du mot, comme la lutte des instincts bas et égoïstes contre les tendances vertueuses de l'âme. Toutes ces idées sont incomprises chez eux. Mais le péché originel est un bouleversement profond et total dans l'économie humaine, c'est l'altération ph>sique de la substance même de notre ârne : nos facultés, intelligence et volonté, sont, sinon entièrement ; dues, du moins physiquement mutilées, impuissantes il radicalement enchaînées au mal. D'un coté, toutes les forces religieuses sont anéanties : l'homme a perdu cette justice qui lui était naturelle. De l'autre, une lorce secrète l'entraîne fatalement, toutes les lacult. sont en proie à un déchaînement de tous les instincts bas et grossiers. L'homme est donc devenu un être essentiellement mauvais en soi et dans ses actes.
b) Kn particulier, la liberté ne peut plus être qu'un mot sans valeur; elle a complètement sombré dans le naufrage; les professions de foi n'hésitent point à le proclamer. Cf. Concordia, part. II. Solida declar.. n. De libéra arb., p. Gôi sq. : Confession de foi de la Rochelle, n. 9, p. 5: « La volonté est du tout captive sous péché; en sorte qu'elle n'a nulle liberté à bien, que celle que Dieu lui donne. ■ Mais il v a plus : Luther avait nié la liberté dans Adam innocent; après la chute, ce n'est pas seulement la liberté qui est ruinée, c'est même toute activité de la volonté; l'homme n'est plus conçu par lui que comme un tronc sans vie : telle est l'origim formules effrayantes par lesquelles il décrit l'impuissance absolue de la nature déchue.
c) Le résultat est que par la chute l'homme est constitué- à l'état de péché permanent et vivant. Les catholiques conçoivent le péché originel comme une faute passée, commise physiquement par Adam, et moralement transmises ses lils. avec une source de tentations dans notre nature. Mais pour les réformateurs, le péché originel n'est pas un péché, c'est le péché, et le pèche permanent, vivant en nous, et taisant jaillit notre nature radicalement corrompue et mauvaise une source a jet continu de nouveaux péchés. Car notre elle étant mauvais, tout acte de nous ■ nent maux. n-. Aussi lcs protestants ne parlent-ils péchés de l'homme, mais seulement du péché qui nous constitue et souille tout. De la surgissent les |
les plus épouvantables de Luther, que même dans un acte de charité parfaite, l'homme pêche mortellem qu'il agit aue sa nature viciée. De la cet autr. radoxe que ce péché esl indélébile, indestructibli demeure tout entier après la justification et 1< : bien qu'il ne soit pas imputé. El la raison en est dente au point de vue prolestant : tous les pi pendenl essentiellement île ce qui est in nous c'est à-dire de celte nature entièrement viciée dans son
fond qui les produit comme fruits nécessaires. Pour les détruire, il faudrait modilier physiquement cet être humain qui est le péché, c'est-à-dire reconstituer notre organisation physique. C'est pour n'avoir pas voulu souscrire à cet étrange système que l'Église catholique est accusée de pélagianisme. On le trouvera décrit dans le De servo arbitriode Luther, dans la Concordia, part. II, p. 640 sq., dans V Institution chrétienne, I. II, c. I, n.8sq., p. 291 ; dans la Profession de foi de la Rochelle, n. 9-11, p. G, par exemple : « même qu'après le baptême, c'est toujours péché quant à la coulpe, bien que la condamnalion en soit abolie aux enfants de Dieu. Outre cela, que c'est une perversité produisant toujours des fruits de malice, etc. »
4. Théorie de la justification. — a) Le rôle de l'homme est absolument nul dans le relèvement: Dieu seul doit tout faire ; c'est logique, les facultés ayant été absolument éteintes. Luther comparait l'homme déchu, à la statue de sel (femme de Lot), il ne peut pas plus agir que cette statue. In Gen., c. xix. Cf. Môhler, op. cit., t. I, p. 114 sq. — b) Le moyen unique d'être justifié, c'est la foi — confiance, sans actes ni mérites : et encore est-ce illogique, puisque la foi est, malgré tout, un eflort personnel, une œuvre. — c) La nature de la justification est bien étrange chez les réformateurs : ils ont horreur de tout changement réel que Dieu opérerait dans l'âme: ni grâce sanctifiante, ni vertus infuses. Une simple imputation extrinsèque de la justice du Christ. On comprend ainsi qu'elle soit inamissible ; tous les péchés anciens, ou plutôt le péché permanent subsistait avec cette imputation de la justice du Christ; elle subsistera également avec de nouvelles fautes. — d) L'effet merveilleux de cette justification, c'est la fameuse liberté chrétienne qui met le chrétien au-dessus de toutes les lois ; il a beau les violer toutes, il reste toujours saint et parfait (en même temps que criminel) parce que ses crimes ne lui sont point imputés, et au contraire la justice du Christ lui est imputée.
3° L'Eglise à Trente a sagement maintenu le véritable auguslinisme entre les deux excès. — 1. Contre le pélagianisme, le concile a défini de nouveau les grandes maximes augustiniennes sur le péché originel et la nécessité de la grâce. — a) Sur le péché originel elle affirme (sess. V, Denzinger, Enchiridion, n. 669): a. dans Adam, le changement in détenus secundum corpus et animant, can. 1 ; b. la transmission à tous ses fils, du peccatum quodesl mors animai, can. 2 ; c. son inhérence à chaque âme, inesl anicuique proprium, et sa destruction par le Christ seul, can. 3; d. son existence dans les entants, même des chrétiens, can. 4; e. il est totalement remis par le baptême (contre les réformateurs), can. 5. — b) Sur la nécessité de la grâce, les Pères de Trente sanctionnent les canons d'Orange : a. l'impuissance des œuvres humaines sans la grâce, sess. VI, can. 1, Denzinger, n. 693; b. la nécessité de cette grâce, non ut facilius possit, mais pour pouvoir, can. 2; c. nature de la grâce actuelle et des actes requis, can. 3.
2. Contre le prédeslinatianisme protestant. — a) Le concile venge la liberté : a. elle survit à la chute et n'es! pas titulus suie re, sess. VI, can. 5; b. son pouvoir de résister à l'action de la grâce, posse dissentire si velu, can. 4 (le concile du Vatican a dit oui résistera posse t, t.defide,c m. Denzinger, n. 1640); c. son pouvoir d'agir bien ou mal, can. 6;d. même l'infidèle, ne pèche pas dans tous ses actes, can. 7. — b) Le concile condamne ensuite expressément : a. la prédestination au mal, can. 17; b la justification par la foi seule, can. 9-16; c. la liberté chrétienne des protestants (nécesdes bonnes œuvres et leur mérite), can. 19-33. Voilà le véritable augustinisme préservé de tout <
VI. LB FAUX WGOSTINISMB DBS JANSÉNISTES (01 PRÉ- DB8TINAT1ANISMB DÉGUl É) ESI SXt II ni: l'ÉOLISB. — Le jansénisme est par excellence l'hérésie de l'augusli-
nisme excessif; pendant plus de deux siècles (depuis 156i, dénonciation du livre de Baius, au synode de Pistoie,179i), elle a profondément troublé l'Église, en s'appuyant uniquement sur le docteur d'Hippone, et en lui empruntant ses propres formules, mais entièrement détournées de leur propre sens. Jansénius avouait que sa doctrine était contraire à celle qui, depuis l'époque des scolastiques, était familière presque dans toute l'Église universelle depuis environ cinq cents ans. Mais l'autorité irréfragable d'Augustin le rassurait contre tout. Augustinus, t. n, lib. proœm., c. xxx, p. 26. Cf. Fénelon, Dialogues sur le système de Jansénius, 17« lettre sur la nouveauté de ce système, Œuvres, édit. Lebel, Paris, 1823, t. xvi, p. 7.
Trois noms, Baius (f 1589), Jansénius (fl638), Quesnel (-J- 1719), représentent les trois phases d'une erreur dont la souplesse admettait diverses tonnes en gardant toujours les mêmes principes fondamentaux. Ces trois noms exigeront chacun un article ; ici il suffit d'indiquer les principes communs, pour qu'on en voie le rapport avec les autres interprétations de l'augustinisme; il faut rappeler l'affinité des formules entre le système janséniste et le système norisien déjà exposé. Voir Au-
GUSTIMANISME.
1° Exposé du système. — 1. A la base du système est l'erreur fondamentale sur le caractère purement naturel de la justice originelle. — Pas plus que Luther, les jansénistes n'ont connu les deux ordres, naturel et surnaturel, a) L'élévation de l'homme à une d'gn'lé divine par la filiation adoptive que Dieu lui accorde au delà de toutes les exigences de sa nature est pour eux absolument inintelligible. — a. Surnaturel nié dans Adam : tous les dons qu'il a reçus, immortalité, science, intégrité, grâce sanctifiante, destination à la vue de Dieu dans l'éternité, tout cela n'est pas une partie de sa nature (Luther), ce n'est pas non plus seulement exigé par la bonté du créateur (augusliniens), c'est exigé absolument par la nature de l'homme. 11 n'est donc pas élevé : il est à son rang d'homme. — b. Surnaturel nié dans l'homme déchu et racheté. En effet, la rédemption rétablit l'homme dans quelques-uns des droits qui étaient dus à sa nature. Tout au plus, quand les jansénistes se sentaient gênés par l'enseignement commun, accordaient-ils le mot surnaturel, mais en y attachant un sens tout nouveau: la grâce de Dieu, bien que due à la nature humaine avant le péché, est surnaturelle pour notre nature coupable, parce que ses fautes l'ont rendue positivement indigne de ce don qui par suite devient indebitum, totalement gratuit. Il en résulte que pour eux l'état de nature pure, c'est-à-dire d'un homme qui, sans péché originel, serait sujet à la concupiscence et aux autres maux de l'humanité actuelle, est absolument inconcevable.
b) De ce principe nait une conception protestante du péché originel et de l'état de l'homme déchu. Le péché originel est envisagé comme une altération très grave des facultés naturelles de l'homme. Les jansénistes n'accordent pas à Luther que les facultés humaines ont perdu toute leur activité', mais, avec Calvin, ils avouent que toute liberté de choix, toute liberté d'indifférence, c'est-à-dire tout pouvoir de choisir entre deux partis est absolument anéanti.
c) Les jansénistes en concluent que la clef du système augustinien est dans la différence essentielle du gouvernement divin et de la grâce dans les deux états. Ils ont imaginé deux économies absolument opposées, et ils ont cru les trouver dans le I)'' correptione et gratia de saint Augustin. Voir col. 2299, 2185. — a. La prédestination dans l'état d'innocence était post mérita.
Cour l'homme déchu elle est absol ni gratuite. —
b. La liberté dans Ad. un consistait dans l'indifférence avec pouvoir de se déterminer à son gré. Dans l'homme déchu, il n'y a plus que spontanéité, c'est-à-dire volon-
uni Indif-
' ! "" '! l! ; de libellas a necet litote). La w
<-•/</ (contra Luthei , mus , n, ,,,i,. nécessairement a
1 »np«l»i< lu di hors. (C'est au tond le système
•' Calvin qui a souvent i m ployé les mêmes termes.]
de nature. Dans! i lai primitif,
'a .-i "• lai sait à Adam la (acuité d i oud'obéir
•11" donnait le pouvoir, non Pacte [adjutorium sine
quo non). Aujonrd hui elle est essentiellement efficace,
istible (adjutorium quo). C'est ici lepointoù lejan-
me se sépare du protestantisme : jamais Luther, ni,
croyons-nous, Calvin n'ont accepté que la grâce laissai
à Ail. un la liberté de résistance.
2. Système des deux délectations et de In délectation victorieuse, centre de Vécu,, nue de l'action divine dans la nature déchue. - Ce système a été expliqué à l'article Ai custinianismi:; les deux impulsions contraires de la grâce et de la nature mauvaise, les degrés de ces deux délectations, la victoire inéluctable de celle qui est plus intruse, la distinction des deux grâces, la gratin pnrra et la gratin rubusta selon qu'elle est inférieure ou supérieure en degrés à la concupiscence adverse, tout cela se trouve chez les jansénistes comme chez les augustiniens, avec cette différence que les jansénistes disent expressément que celte théorie mécanique enlève la liberté du choix et impose une vrai.' nécessité. Voir col. 2488, 2i89.
3. Les cinq propositions de Jansénius sont l'expression des théories fondamentales du jansénisme ou de leurs conséquences les plus importantes. — L'Église a condamné de préférence ces propositions qui manifestent, mieux que les principes assez obscurs et embrouillés, le venin mortel du système.
a) La théorie de la liberté janséniste est exprimée dans la 3» proposition, qui est un aspect du principe fondamental expliqué plus haut. .. Depuis la chute, l'homme mérite le ciel ou l'enfer, même quand la volonté agit nécessairement, parce qu'il y a spontanéité et non coaction. » On avoue la nécessité, et on affirme la responsabilité : voilà le principe abominable de Bradwardin, de Wiclef et de Calvin. 11 est d'ailleurs évidemment renfermé dans la thèse de la délectation inéluctablement victorieuse.
b) La théorie de la grâce suffisante janséniste est dans ' la 2e proposition : impossibilité des commandements divins, même pour le juste. Elle est évidente dans ce système, puisque le juste est souvent entraîné inéluctablement par une concupiscence plus forte. Mais alors a-t-il une grâce suffisante? A parler franchement, l'affirmation serait ridicule. Mais les jansénistes habiles, pour calmer l'horreur qu'excitait leur assertion, se mirent à proclamer que le pécheur a une grâce sufficienttssima, et une puissance d'agir perfectissima, comple- Ussima, expeditissima, puisque cette grâce présente entraînerait la volonté à un acte bon, si la concupiscence était moins violente : absolument comme un corps
a le pouvoir de ne pas tomber, si la pesanteur s'exerçail avec moins d'énergie. De là naquirent les interminables discussions sur la grâce suffisante absolute et non relative.
c) La théorie de la grâce toujours irrésistible .proposition 3») est évidente dans le système : il n'\ a point de liberté, qui résisterait? Toute grâce est une' impulsion qui produit toujours tout l'effet dont elle est capable : on ne lui résiste donc pas. chaque degré de grâce paralyse en effet un degré' correspondant de concupiscence mauvaise : il a donc fait tout ce qu'il peut faire.
d) La thèse historique Bur les semipélagiens '^proposition) formule une erreur de fait pour en tirer un •'"■- «I en laveur de l'irrésistibilité de la grâce. Les
pi lagiens admettaient, dit Jansénius, toute la grâce
Augustin (erreur historique), donc ils
ut sur sa nature, en affirmant dans Ja volonté
I" pouvoir de i matique i
• Le particularisme de la rédemption et ] négation en Di< u de la volonté du salut d. la :>■ proposition Le jana nismi . avouant ité du
pour I' ^ non-élus, est directement o| ine commune des scolastiqui Kieray-sur-Oisi et de Toucy. Jans cette doctrim de l'Eglise a été condamnée autre! I. Variétés accidentelles chez Llaïus, Ja, net. — Ils ont tous admis ce fonds cornu,
niste. .Mais chacun, selon ialemenl envisagé un aspect ou une partie d tème, tout en admettant les autres comme principes présupposés ou conséquences inévitables. Ainsi I. surtout développé le principe fondamental affirmant le tère purement naturel de l'état adamique et par suite la mutilation de la nature déchue, avec trai mation de la liberté- et de la grâce; d.- plus il ex. . le roi.- de la charité, p.,,- la théorie des deux amours. Jansénius s'attache de préférence a faire ressortir le jeu dl' l'1 r1 ■"''' 'l de la concupiscence par sa théorie des d.ux délectations graduées, qui tut l'objet de grandes discussions au xvu« siècle. Quesnel enfin rajeunit les formules en parlant moins des délectations que de la toute-puissance de Dieu agissant victorieusement en I homme, et de plus il développa la nouvelle théorie, a peine insinuée avant lui, sur l'Eglise, son organisation et ses pouvoirs, afin d échapper plus facilement à ses dé-
QS. Cf. Propositions condamnées de Quesnel. i. 78, 89-101, dans \'Em haut,,,,, de Oenzinger, n. 1287 sq. Plusieurs ont cru que Quesnel axait renoncé à la théorie j des deux délectations. C'est une erreur : tout le jansénisme est là; mais, le sujet étant épuisé, les esprits fatigués et les condamnations formelles, il porta l'attention sur Dieu qui détermine nécessairement notre volonté, plutôt que sur le moven dont il use dans ce but.
2» Le résultat des discussions jansénistes a été un \ grès de l'auguUinisme modéré. — Cela est évident si on parcourt les propositions condamnées de Baius. Jansénius et Quesnel. L'étude en sera faite ailleui Ions seulement quelques progrès importants, qui projettent une plus vive lumière sur les thèses consolai' contenues, mais voilées dans l'augustinisme primitif: