L'ordre surnaturel est • distingué de
l'ordre naturel : a) Les privilèges d'Adam étaient surnaturel-. Propositions de Baius, n. 1,3-7,9,21,23-24 78-79; de Quesnel, n. 31-35; de Pistoie. a. 10. Cf. 6Jn-
p, Enchiridion, pour Baius, n. 88 sq. ; pour Q nel, n. 1210 sq.; pour le synode de Pistoie. n. 13T'.' — b) La grâce sanctifiante est surnaturelle, et - '.!!'' P°ml de vrai mérite- Propositions de Baius. n 63, 64, 17. 2. 11. lô. — C) En condamnant la théorie d. s deux amours en vertu de laquelle tout ce qui n'esl charité chrétienne serait par cela même acte mau
se affirme l'existence de \erlus naturelles. Baius, n. 34,36, 37. 38; Quesnel. n. ii. 10. 17, [ a. 23 très important). - ,h La crainte d.- Dieu i point péché, bien qu'elle ne soit pas la charité. (,■ nel, n. 60-67; Pistoie, ... 23.
2. Sur le péché originel l'Église, en condamnant l xag. rations, explique plus clairement sa nature : a 11
I essentiellement du péché volontaire Baius, n. '.*■. 19,52 tous les péchés des parents pas transmis par l'hérédité; cf. c, -6 II
n.. point pour effet la destruction de la liberté et de
toute- les forces de lame. Quesilel. 11. I . 2
Sur le sort des enfants morts sans baptême, 11.. condamnant l'a. 26 de Pistoie. venge des attaqu nistes et autorise la conception plus douce que a d'Augustin, qui n'inllige au péché originel que la ; ■ h- la béatitude surnaturelle. Cette décision a une importance capital.'.
3. La liberté ou le pouvoir complet de ne point pécher est nécessaire pour que la faute soit imputable. Bains, n. 46, 66, 67, 68; Jansénius, 3e proposition. — a) Donc l'observation des préceptes n'est point impossible. Baius, proposition 5e; Jansénius, lre proposition.
— b) Donc tous les actes d'un pécheur ne sont pas de nouveaux péchés, Baius, n. 35, 40; Quesnel, n. 45, 59; ni les actes des inlidéles. Baius, n. 25; Quesnel, n. 26, 27. — c) Donc la concupiscence n'est point un péché, sans le consentement libre. Baius, n. 50, 51, 74-75.
4. Surtout le rôle et la distribution de la grâce sont expliqués dans le sens de l'augustinisme tempéré par les scolastiques : a) La grâce eflicace laisse toute liberté de lui résister, 2e proposition de Jansénius; a. 21 de Pistoie. Donc la grâce du Christ n'est point toujours efficace. Quesnel, n. 3-25, 31, 37, 69. — b) La grâce suffisante est donnée au moins aux justes, pour accomplir tous les commandements, et elle doit donner un pouvoir complet de bien faire, lre prop. de Jansénius.
— c) La doctrine de la rédemption universelle (et par suite de la volonté divine de sauver tous les hommes, de leur donner les moyens nécessaires) est vengée des attaques du jansénisme. 5e proposition de Jansénius. C'est là une confirmation solennelle de la doctrine commune parmi les théologiens, et depuis ces condamnations, elle a été universellement admise.
vu. l'augustinisme interprété par les écoles catholiques depuis le xvi' siècle. — 1° Avant les controverses entre thomistes et molinistes. — Celte période, qui embrasse presque tout le xvi' siècle, profondément troublée par les luttes contre le protestantisme envahissant, semble avoir, au point de vue de l'augustinisme, un double caractère dans la théologie catholique : d'une part, fermeté inébranlable à soutenir les deux dogmes de la grâce toute-puissante et de la liberté humaine, et de l'autre, confusion, vague et obscurité quand il s'agit de les accorder. Trois faits à signaler :
1. L'étude de saint Augustin prend un nouvel essor, favorisé par les éditions qui se succèdent rapidement, voir col. 2315; excité par l'insistance de Luther et de Calvin à imposer à ce Père leur déterminisme divin, réclamé enfin par le renouvellement de la théologie obligée de se rajeunir après la triste décadence du xve siècle. Mais pour certains l'étude trop exclusive de ce seul Père, préparait déjà, par exemple à Louvain, non seulement clans Baius, mais dans de nombreux amis, des exagérations et des nouveautés qui pendant longtemps allaient troubler l'Église.
2. Le 'progrès le plus sensible et le plus continu pendant tout ce siècle, c'est sans contredit l'affirmation nette et catégorique du rôle de la liberté sous l'action de la grâce, et cela est naturel, puisque les réformateurs proclamaient le serf arbitre au lieu du libre arbitre.
a) Voici le double aspect sous lequel on envisageait la question : a. D'abord dépend-il de la volonté', sous l'action de la grâce, de donner ou de refuser son consentement'.' Peut-elle résistera la grâce '.'à Dieu qui la sollicite? Ou encore : la môme grâce peut-elle être eflicace ou inefficace selon que la volonté' consentira ou non? Et comme celle dernière formule peut sembler contradictoire, on se demandait : La même grâce peutelle, dans l'un obtenir le consentement, dans l'autre trouver un relus, et cela en supposant les mêmes difficultés dans les deux et les mêmes dispositions? — b. Autre aspect du problème : La grâce est-elle donnée à tous, quand elle est nécessaire pour ne pas pécher? Peut-on admettre que quelqu'un ait mal au, parce que e lui a manqué?
'/) Or, la réponse à peu près unanime des théologiens proclamait la liberté absolue de repousser la grâce de Dieu, et la distribution généreuse de celle grâce par Dieu, au point (pie toul damné devait imputer à bs seule
obstination la perte de son salut. De ce fait on a les témoignages les plus solennels : a. En 1528 le concile de Sens (tenu à Paris, dont l'évêque était suffragant de Sens, sous la présidence du cardinal Duprat, archevêque de Sens, et chancelier de France, « un des plus mémorables conciles qui aient jamais été célébrés dans l'Église de France, » d'après Jager, Hist. de l'Église cathol. en France, t. xiv, p. 410), promulgua contre le luthéranisme une série de décrets doctrinaux : le 15e s'exprime avec une netteté absolue sur les deux questions. Après avoir affirmé la nécessité de la grâce prévenante, il ajoute : Neque tamen tanta gratise nécessitas libero prœj udicat arbitrio, cum illa semper sil in prompt», nec momentum quidem prœlereat, in quo Deus non slel ad ostium et pulset: eut si ijuis aperuerit januam, intrabit ad illum, et cœnabil cum Mo. Voilà l'universalité de la grâce nettement vengée des accusations de pélagianisme trop souvent formulées contre cette doctrine. Voici maintenant le pouvoir de résister à la grâce, et, il faut le remarquer, non pas aune grâce quelconque, ainsi que plusieurs ont essayé de l'expliquer, mais à la grâce efficace elle-même, à celle qui, dans le langage augustinien, entraine et soumet la volonté : Ncc denique laie sit hujusnwdi trahentis Dei auxilium, cui resisti non possit. Quoties enim Dominus volrit congregare filios Jérusalem..., et noluerunt? Condl.Senon., a. 5, Mansi, réimpr. de Leipzig, 1901, t. xxxn, col. 1176; Hardouin, Concil., t. ix, col. 1946. Cf. Jager, Hist. de l'Église calh. en France, t. xiv, p. 39 i- 108 . Et, pour dissiper tout doute, en même temps que le texte des décrets, parut le commentaire rédigé par un de ses théologiens, Josse Clichtoue, accentuant la pensée des Pères. Se proposant l'objection luthérienne : .Si traxerit nos Pater, non possumus trahcnlem non sequi, il répond en décrivant l'action divine comme une invitation laissant tout pouvoir de résister : Vocal cl trahit Deus ad se hommes, non vint inferendo voluntati e! eam cogendn, sol ipsam hortaudo excitandoque ad bonum. Quant hortationrm et traction sci/iii possunt, qui vocantur, si velint..., aut rejicere si volueHnt, obsepiendo aw'cs cordis et obnilcndo divino traclui...; contranitendo huic divinœ attraction! . ..Josse Clichtoue, Compendium veritatum contra lutheranos ex actis conc. Senonensis, in-fol., Paris, 1529, fol. 132 sq. Comment exprimer plus formellement le pouvoir de résister à la grâce la plus efficace, divino traclui? Telle était la doctrine des théologiens, et en particulier de l'université de Paris. Sans doute le concile de Sens n'est pas infaillible, mais il est un précieux témoin historique de la pensée de cette époque.
b. Ce pouvoir de résister à toute grâce était enseigné par bs apologistes si connus, Driedon, Tapper, Cuner, Stapleton, avec une telle conviction, qu'on n'a pu révoquer en doute leur pensée, mais qu'on les a suspectés d'avoir dépassé parfois la mesure. Voir Serry, Hist. congregat. de aux., 1. V, sect. n, c. v, Venise, 1740, p. 640.
c. In docu ni remarquable prouve qu'il en était de
même dans toute l'Église, et spécialement dans les universités, C'est la lettre écrite en 1551 par l'illustre dominicain Pierre Solo au chancelier de l'université de Louvain ; il constate (avec effroi, nous dirons pourquoi) que deux idées dominent la théologie du temps, l'une, ' que la grâce nécessaire n'est refusée à personne, »
l'autre, « que la grâce, une fois donnée, laisse la libei té d'en user ou de la rejeter, d Parcourant les pays (le l'Europe il trouve ces affirmations partout, ita ni videotur jam tota Ecclesia m hanc trahi sententiam. Enfin, dit-il, eiiie doctrine, elle esl donnée comme « l'interprétation vraie de saint Augustin et des Pères, plusieurs veulent même qu'elle ait été définie au concile de Trente ■■. Pierre Soto, Epist. ad Rtiard. Tapperum dans l'appendice de Reginald, <•. l'.. De mente ». conc. Trident., Anvers, 17<x;. cf. Schneemann, s. ,l., Controvérs. do
\l Cl -TINISMI. DÉVELOPPKMKNT HISTOI; inri-: DU L')
div. grat., 1881, p. 184; Dumme ith, 8. Thorna
dm i, ma prwmolionis, Paris, 1888, i>. 560, Il bul lenii compte des réserves du R P. Dummermulh, mail le f.ùi généra] énoncé par P. Soto est dans son tond Incontestable. Du reste, la définition de Trente, anathémalisant quiconque nierai! liberum arbitriunt... |
./. n'aurai) pu être formulée, si l'accord n'eu) été gén< rai. Seuli ment les théologiens, développant davantage leur pensée, son) plus énergiques, comme par exemple, François Romée de Châtillon, lô* maître rai de l'ordre des frères prêcheurs; il enseigne bxpressément que deux pécheurs dans les mêmes dispositions, recevant la même motion spéciale de Dieu, peuvent l'un se convertir, l'autre s'endurcir »■ Pourquoi? (• si vous répondez : la grâce meut l'homme libre librement, proinde in lïbertate attracti homini» e$i tequi tel non tequi divinœ motionisattractum, bene respondebii et Augustino ac ceteris J'uiribns confnrmissime. » De lïbertate operum ac nécessitait', L\on, 1538; cf. Schneemann, op. cit., p. 150, et les remarques et addition- de Dummermuth, op. cit., p. G1'.)-03'J. D'ailleurs ers deux écrivains sonl à consulter pour toute cette histoire du xvi* siècle. [ci le seul point affirmé est l'accord de ces théologiens pour enseigner le pouvoir de résister à la grâce même efficace.
c) Mais comment conciliait-on le pouvoir de résister à la grâce avec l'infaillibilité de la providence divine? C'est là, il faut l'avouer, que la confusion et l'obscurité étaient grandes. L'appel à la science moyenne n'apparait point clairement avant Fonseca et Molina. Quelques précurseurs comme Raphaël Venosli, ou peut-être Barthélémy Camerarius (f 1564), De prsedestinatione, libéra arbitra et gratia (1556,, ont pressenti cette explication. Mais en général, dés (pie les théologiens essayaient une explication, ils tombaient dans d'étranges incertitudes, des hésitations, des illogicités, et, il faut le dire, parfois dans des assertions pélagiennes ou semipélagienncs. Pierre Soto était effrayé de l'idée qu'on peut résister à la grâce : certes il se trompait, à notre avis, niais il avait une excuse dans les excès de quelques-uns des défenseurs de cette idée. Ainsi les uns soutenaient que Dieu donne à tous une égale grâce; d'autres, avec Calharin (7 1553i, prétendaient que la liste des prédestinés n'est pas lixée, si ce n'est pour certains élus de choix. De telles hésitations réclamaient un examen plus approfondi de ce problème.
2° L'augustinisme des thomistes et des molinistes dans les controverses de an* tins \ 1588-1606). —Dès 1582 d< !S discussions animées à Salamanque apprenaient aux théologiens que deux explications de l'action divine se disputaient la priorité. La Cmieordia de Molina (1588) — précédée non seulement d'une approbation du dominicain Ferreira, représentant de l'Inquisition, mais de grands éloges pour avoir si savamment dans la question la plus ardue, expliqué les conciles et l'Écriture — souleva de très vives controverses. Klles seront racontées ailhurs. Voir MOLINISHE, Tiio.mis.mi-.. Ici il suffit de caractériser l'attitude des deux partis relativement à saint Augustin.
1. Interprétation de l'augustinisme par Bane: LéniOS, Alvarez, cte. — Elle consiste à restaurer, au
nom d'Augustin, la prédétermination soutenue deux siècles plus tut par ceux des disciples de Bradwardin qui avaient dégagé le système des excès de son auteur. Ces) ainsi qu'il faut expliquer les paroles des thomistes qui ont invoqué l'autorité de Bradwardin, comme Régi-
nald. Il est bien certain < | u ' i 1s n'ont jamais voulu dire
avec cet auteur que la prédétermination nécessite la volonté.
Le fondement augustinien du système réside dans les
énergiques formules du grand docteur affirmant que la
ment l'âme indeclinabilUer et insuperabiliter, l>*
. et grat., c. xji; qu'elle soumet la volonté même
ebeUet compellil voluntatet; que m ' - • ■ < 1 1 vu loi ieui ■ ;/" a* issm
Voici donc, d après le système de la prédétermina) l'explication augustinienne de quatre dogmes; j'en emprunté les formules aux écrivains tbomi lement au P. Guillerrnin, O. P., qui a exp ment
le thomisme ordinaire, Revue thomiste, septembre ! p. liT* sq., tout en souscrivant a un thomisme modifié. Voir col. 2486.
1< dogme. — La prédestination divine est le d< éternel qui, par prédilection pour le- élus, leur des) la gloire et, pour la mériter, des grâces finalement efficaces. Pour les thomistes, elle est toujom ■ rita. On a déjà dit que cette question n'a pas en elle-ri. l'importance que plusieurs ont cru. Voir col. : Tout dépend de la nature de la grâce efficace.
2* dogme. — La grâce efficace est une impulsion physique surnaturelle, qui détermine inévitablement et infailliblement la volonté à vouloir le bien. Dieu seul est donc bien la cause première de toutes nos bon ouvre- et de notre salut. — a) Cette motion physique est aussi morale, Guillerrnin, p. 383 : elle s'exerce réellement dans l'âme, mais non d'une façon mécanique, excluant toute connaissance, toute réilexion, toute délibération. Elle présente de> motifs et en même temps détermine à les accepter. — b\ Elle esl nécessaire pour tout acte surnaturel : sans cette impulsion, il est : physiquement impossible que l'acte soit posé, puisque sans elle la volonté reste m actu primo, radicalement incapable de passer à aucun acte second. Aussi dans l'ordre naturel, tout acte de la volonté exige-t-il une impulsion analogue qui la détermine : sans cela Dieu ne serait pas cause physique première de tout a Quelques auteurs ont voulu excepter les actes riiau impossible, Dieu doit être cause physique première de tout acte, non de la malice, mais e de tout ce qu'il \ raison positive d'être, d'acte et de bien ». Ibid., p — c) Elle est absolument gratuite, et il ne dépend pas de nous de l'obtenir : Dieu la donne à qui il veut, et discerne ainsi les bons des méchants. C'est le gi dogme défendu contre les semipélagiens et délim I Kglisc. Du reste comment la mériter, au moins la première? Dar un acte bon? Mais Cet acte ne peut s'exécuter sans une grâce efficace. — </i Elle esl irrésistible : cette impulsion une fois donnée par Dieu, il est m physiquement impossible que la volonté ne veuille ; L'âme ne peut la repousser, s'en débarrasser, lui ; obstacle (quanti elle est déjà reçue), puisque précisément elle donne le consentement, l'acte second. Si on obji les conciles de Sens et Trente, les thomistes répondent que le concile de Trente n'a point parlé de résistance, l de dissent ire, ce qui est tout dilléreiit, Alvarez, an.tiltis. ilisp. XC1II; ou bien que la résistance possible concerne la grâce excitante, non la grâce efficace, et que le concile de Sens qui affirme le pouvoir d à la grâce efficace, n'est pas infaillible et exprimé-. Salmanticenses, Dr gratia ef/icaci, n 21) p. 117-150. Tous affirment très énergiquement que < motion n'impose point de nécessité a la volonté.
.'<- iliigme. — La grâce suffisante est i une qualil tuelle et transitoire (gualitas fluida) dont l'effet pi et immédiat est de conférer à la volonté- libre le dernier complément qui. dans la sphère de la seule [ tialité, la proportionne adéquatement à l'acte salu! Tour que la volonté puisse actuellement procéder à l'actualisation de lacté, il faut un complément d'un* autre sorte, à savoir une excitation qui ébran actionne la volonté (la grâce efficace) ». P. Guillerrnin, p. lui. Cette grâce est-elle vraiment suffisant) agir, il en faut une seconde que nous n .
thomistes répondenl qu'elle n'esl pas suffisant) sens ordinaire du mot (grammatical i ter). * Qui
mot prêle à la critique sous le rapport grammatical, c'est possible... Cette grâce nous l'appelons suffisante non en ce sens qu'elle suffit à tout, mais en ce qu'elle suffit à donner le pouvoir potentiel. » lbid., p. 393. Cf. Alvarez, disp. LXX1X. L'exemple d'Alvarez est remarquable : celui qui est dans la nuit, mais a des yeux sains, a la puissance complète de la vue. Les adversaires objecteront : cet homme dans la nuit sera-t-il responsable, s'il ne voit pas?
4e dogme. — La liberté est très sincèrement affirmée dans celui qui agit bien, sous l'action de la grâce efficace, comme dans celui qui agit mal, en étant privé. Voici les principales explications : a) L'impulsion divine détermine la volonté à un acte libre, à se déterminer librement. Les adversaires objectent : Dieu ne peut faire ce qui est contradictoire : qu'un acte soit libre, si je ne puis l'éviter. — b) Sous la prédétermination, il reste la puissance complète à l'acte opposé; et cette puissance, remarquent avec raison les thomistes, reste in sensu composito, sous l'action de la grâce, quoiqu'elle ne puisse s'exercer qu'en son absence, in sensu divisa. Mais, objecte-t-on, cette puissance, par exemple la faculté de marcher qui reste dans un homme enchaîné (exemple classique des thomistes), ne suffit point pour qu'il soit libre de marcher ou de ne pas marcher. — c) Dernière explication : il dépend de nous d'avoir la grâce efficace. « Dieu l'offre miséricordieusement à tous sans exception, avec et dans la grâce suffisante, de sorte qu'en fait la grâce efficace ne manque jamais à aucun homme, à moins qu'il n'ait mis librement et coupablement luimême obstacle à la miséricorde divine. » P. Guillermin, p. 394, citant Lémos, Alvarez. A cette explication on objecte : Quel obstacle puis-je mettre, puisque, avec la grâce suffisante, je ne puis me déterminer à rien, ni bien ni mal? Et puis, cet obstacle, d'après Alvarez, c'est un péché précédent ou au moins le péché originel. De auxil., disp. CXIII, n. 8, cité par P. Guillermin, p. 399. Que dire du premier péché, du péché d'Adam? Enfin, s'il dépend uniquement de moi d'avoir la première grâce efficace, que devient la gratuité? Comment Dieu me discerne-t-il?
2. Interprétation de Vaugustinisme par les molinistes. — a) Exposé du système. — Il embrasse trois théories principales :
1" théorie plus douce du péché originel. Molina a mis en évidence et en thèse ce que les scolastiques avaient répété çà et là au sujet du sort des enfants morts sans baptême, moins malheureux que ne l'a pensé saint Augustin, et de l'état de notre nature déchue, dépouillée de ses dons surnaturels, mais non de la possibilité d'actes bons naturels.
2e théorie : la distribution de la grâce est expliquée dans le sens admis par les grands scolastiques. Dieu voulant le salut de tous, donne à tous des grâces (médiatement ou immédiatement) suffisantes au salut, en sorte que nul ne se damne que par sa faute et non par défaut de la grâce nécessaire; que nul ne pèche par impuissance d'éviter le péché. On reproche aux molinistes le pacte affirmé entre Jésus-Christ et son Père de donner des grâces suffisantes à tous. Ils répondent : si de fait Dieu donne des grâces suffisantes à tous, selon l'opinion commune, ce ne peul être qu'en vertu des prières et de la rédemption du Christ acceptée par Dieu pour mériter ces grâces. C'est tout ce que l'on veut dire.
.3" tMorve : elle est la principale >•! la clef de voûte du me, et elle concerne la conciliation de l'infaillible action divine avec la liberté, Elle suppose la science moyenne à la base. Dieu sachant de toute éternité la réponse que ferait chaque volonté à chacune des grâces innombrables par lesquelles il peut la solliciter au bien dans telle ou telle des circonstances possibles, choisit librement pour chaque instant la grâce qu'il lui plaît de donner. S'il donne une grâce à laquelle il sait que
l'âme consentira, cette grâce est efficace, et nous devons le remercier de l'avoir choisie par pure bonté; s'il donne une grâce à laquelle il sait que l'âme ne consentira pas, cette grâce est suffisante, et on l'appelle ainsi, parce que, si l'homme voulait, il ne dépend que de lui d'y consentir et de faire le bien. Ainsi est sauvegardée la liberté sous l'action de la grâce efficace, et le pouvoir de bien faire avec la grâce suffisante. Nombreuses sont les objections. Voici lf>s principales : Dieu ne cesse-t-il pas d'être cause première des actes libres? Comment et où connaît-il ces déterminations de la volonté purement possible?
b) Ce système n est-il pas en opposition avec Vaugustinisme? — Tous ceux qui ont attribué à saint Augustin une impulsion irrésistible de la grâce ont dû aussi voir dans Molina un adversaire de l'augustinisme. Mais s'il est vrai que le grand docteur enseigne, comme plus tard les conciles de Sens et de Trente, que la liberté peut résister à la grâce, on ne peut nier l'accord fondamental. Ajoutons seulement quelques détails historiques : a. On a reproché à Molina comme un aveu d'anti-augustinisme et une irrévérence envers le docteur de la grâce, la naïve croyance exprimée par lui que son svstème, expliqué au Ve siècle, aurait préservé l'Église des luttes pélagiennes et des troubles soulevés parles écrits d'Augustin. Cf. Serry, Hist. congreg. de aux., 1. I, c. xin, 1740, p. 71. Cela veut dire qu'il trouvait beaucoup d'obscurité dans ces écrits, et peut-on le nier après les luttes de trois siècles? — b. Dans les controverses de auxiliis, on l'a dit col. 2468, Clément VIII ordonna surtout de comparer la doctrine de la Concordia avec celle d'Augustin et remit un écrit renfermant une longue série de textes augustiniens à l'appui d'un certain nombre d'assertions. Les défenseurs de Molina acceptèrent tout. — c. On ne peut douter que les théologiens consulteurs crurent en majorité trouver une opposition entre Molina et Augustin. Mais leur verdict ne fut pas définitivement approuvé et, ce qui est très important pour l'histoire de l'augustinisme, il est certain qu'ils demandaient la condamnation de propositions aujourd'hui universellement enseignées dans toutes les écoles. Ainsi la lre proposition dans le projet de censure reproduit par Serry, Hist. cong., append., p. 166, est celleci : In statu nalurse lapsse potest homo, cum solo cencursu generali Dei, efficere i>pus bonum murale, quod in ordine ad fuiem hominis naturalem, sil rerx virtutis opus, referendo illud in Deum, sicut referri potest ac deberet in statu nalurali. Voilà ce qu'on voulait proscrire : c'était l'enseignement de tous les scolastiques, moins Grégoire de Rimini. Quel théologien ne l'enseigne pas aujourd'hui, depuis que l'opinion opposée a été condamnée dans la proposition 57e de Baius? Denzinger, Enchiridion, n. 917. Cl. Serry, op. cit., I. IV, c. xx, p. 560, justifiant la censure. La seconde, que dans le plan primitif, non encore corrigé-, on proposait de censurer, était l'affirmation de la possibilité de l'état purSB nature. Or qui ne l'adopte aujourd'hui? — d. Enfin il faut bien que le système affirmant la possibilité de résister à toute grâce n'ait pas de difficulté essentielle, puisque toute l'école augustinienne l'admet pour l'état d'innocence. Voir col. 2i88. — e. La conclusion des congrégations de auxiliis. On a cru longtemps que le pape avait réellement prépare'" une bulle de condamnation de Molina, suspendue par des considérations étrangères au débat. Aujourd'hui, on sait par le document autographe de Paul V, Schneemann, Controversiarum de dit), grat., 1881. p. 289-292, que la liberté fut laissée aux deux écoles jusqu'à nouvelle décision apostolique. Le pape disait : « Il n'y a pas nécessité de juger la controverse, parce que l'opinion des dominicains esl très différente de celle de Calvin : ils disent en effet que la grâce ne détruit pas, mais perfeclionne le libre arbitre; elle exerce son influence de manière que l'homme
am.istimsmi: DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L')
agisse selon -■> natu dire librement li
tes de li ni côté diOërenl d< - pi lagii n qui mettaienl • n
notre activité Vinith . tandis qu ils soutiennenl
l.i thèse al.soliilii. ut <•■ >u ( i.i ir.-. »
& Api . — Il faudrait
lation 'i um autre interprétation de l augustinistn Noris, Bellelli, et le développement
pris .m sein di ■ atholique, par le système
de la prédétermination morale. Mais l'étude en a été faite plus haut. Voii Ai ci STIManishe, col. 2485 sq. Pour tout conclure il suffit de signaler un document important, le bref de Benoit XIV 1 13 juillet 1748).
Ce bref est le dernier document ou le saint-siège ait exprimé sa pensée sur les diverses théories des thi giens pour concilier la grâce et la liberté : à ce titre nous devons en citer ce passage important :
Vous savez que dans les fameuseï ,|, ia prédes-
tination, de la grâce et de la manii re de concilier la liljerto humaine avec la toute-puissance de Dieu, de nombreux systèmes divisent li
1. Les thomistes sont présentés comme destructeurs de la liberté humaine et sectateurs de Jansénius ou mémo de Calvin. Mais c-mme leur réponse aux objections est très faisante et que leur théorie n'a jamais été réprou" le siège apostolique, les thomistes ont le droit do garder leur opinion, et nul supérieur ecclésiastique, dans le présent état des choses, ne peut les obliger à y renoncer.
2. Les augustiniens sont présentés comme disciples de ISaius et de Jansénius. Mais ils répondent qu'ils défendent la liberté humaine, ils écartent de tout leur pouvoir les arguments opposés; et, puisque jusqu'ici le saint-siège n'a point condamné leur système, il est évident que nul ne peut [retendre les obliger à l'abandi nner.
3. Les disciples de Molina et de Suarez sont condamnés pai leurs adversaires comme s'ils étaient semipélagiens. Les pontifes romains n'ont jusqu'ici prononcé aucune sentence sur ce système moliniste; aussi continuent-ils et peux ontils c. ntinuer à le défendre...
Ce siège apostolique ta la liberté des écoles, aucun des Bystèmes proposés pour lier la liberté humaine avec la toute-puissance de Dieu n'a été jusqu'ici condamné.
Tu bcis in celeberr:cie qusestionibus de ] rsedi stinai. ne, de gratis, ei de mi do ri nciliandi bumanam libertatem eiun omni] i tentia I >< i , multipliées esse in scholis opine nés.
I. Thomistœ tradueuntur ut destructores humame libertatis, et uti sectatores nedum Jansemi sed etiam l alvini Sed cum ipsi objectis apprime satisfaciant, nec eorum sententia fuerit un'quam a sede apostolica reprobata, in ea thomistœ impune versantur, nec fas est ulh superi ri sccleciistico in praesenti rerum statu cos a sua sententia dimovere.
2. Augustiniani tradueuntur tanquam sectatores Baii et Jansenii. Reponunt i[isi se humanœ libertatis fautores esse, etoppositionesproviribus éliminant; Clinique eorum sententia usque adhuc a sede aposlolica damnata non sit, nemo est qui non videat a nullo prœtendi posse, ut a sua sententia discedant.
3. Sectatores Molinaî et Suaresii a suis adversariis proscribuntur perinde ac si essent semipelagiani. rtomani pontifices de hoc moliniano systemale usque adhuc judicium non tiilerunt, et ideo in ejus tuitione persequuntur et proseqni possunt...
Hase (sedes apostolica) libertati scholarum favet, hsec nullum ex propositis modis conciliandi humanam libertatemeum di> ina i mnipotentia u adhuc reprobavit.
Ce bref est reproduit dans Opéra oninia de Noris, Bassano, 1769, t. i, p. vn-ix: Der Katholik, 1884 p. 181-188.
1. V.UGUSTINISME EN GÉNÉRAL. Outre les ouvrages généraux but la doctrine de saint Augustin, et spécialement sur sa philosophie, col. 2457-2462, \
nstatenl en général l'infl ustinienne surtout jus-
qu'au \nr siècle. Voici quelques indlcatlona kaii
W'crner, Der Entwickelungsgang der tnittelalterlù
lie von Alcuin bis Alberto* Magtms, Vienne, isTC. ; id.. lugustinische Psychologie in ihrer mittelalterlich-t lastischen Eiiikli idung und Gestaltung, extrait des Sites '> Acad. il. Wissensch. ru Wien, Vienne, : ld., Die Sjhoiastili desspàtei u Vitl lalters, 5 In-Ï i tb8i-1887, surtout le t. m : Der Auguslinimu* m ./
au M:
'"-**' - Louvain, 1900; ld., Histoire de ta ,
Paris, 1895; Mandonnet, Sign de Brabant -i t '"'"' "" sut »i