I. DÉFINITION. — Le mot aumône, en latin eleenwsyna
venant du grec sXetjpioo-ûvï] qui signifie c passion, est
employé dans deux sens qu'il importe d'abord de distinguer.
Le premier vns, plus large, B'étend a toute œuvre de charité spirituelle el corporelle, ("est celui qu'adopte saint Thomas : Eleemosyna est t>i>us quo datur aliquid indigenti propler Deum. Sum. theol., II» II", q. xxxii, a. 1. En ce sens on distingue les aumônes spirituelles qui
sont des actes de charité pour l'âme du prochain, et les
corporelles qui sont des actes d'assistance pour son corps et es intérêts matériels. Il y a sept aumônes spirituelles,
d'après saint Thomas, loc. cit., a. -> ■. instruire les i^no-
DICT. DE TIILOL. CATIIOL.
rants, conseiller les hésitants, consoler les affligés, corriger les coupables, pardonner à ceux qui ont oflensé, supporter ceux qui sont à charge et prier pour tous; devoirs que résume ce vers latin :
Consule, carpe, doce, solare, remitte, fer, ora.
Il y a, de même, sept aumônes corporelles : nourrir ceux qui ont faim, désaltérer ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, hospitaliser ceux qui sont errants, visiter les malades, racheter les caplifs et ensevelir les morts; devoirs exprimés en cet autre vers :
Visito, polo, cibo, redimo, tego, colligo, condo.
Le second sens est moins étendu et ne comprend plus les actes de charité spirituelle mais seulement les secours matériels donnés au prochain dans ses nécessités corporelles, la faim, la maladie, le dénùment. Ce sens restreint parait avoir prévalu dans le langage et dans la théologie de notre époque. D'où la définition des plus récents manuels : Pecunia vel res qaœcumque qitas pauperi datur ad corporalem ejus inopiam sublevandam. Génicot, Theol. mur. instit., Louvain, 1898, t. il, p. 189.
C'est à ce second sens que nous nous arrêtons, et, par conséquent, il ne sera question, dans cet article, que de l'assistance matérielle donnée au prochain indigent.
Entre la notion chrétienne de l'aumône et la définition philosophique des économistes, nous devons noler une différence. Les économistes disent simplement : L'aumône est un secours matériel donné par l'homme à son semblable dans le besoin. Nous disons de plus, au point de vue chrétien : l'aumône est une œuvre de charité; ce qui veut dire qu'elle est donnée à cause de Dieu ou pour l'amour de Dieu. Matériellement l'aumône du chrétien et celle du païen ne se différencient pas ; mais formellement l'acte du chrétien est bien supérieur, inspiré qu'il est par un motif plus noble, disons mieux, par un motiî surnaturel, l'amour de Dieu. Voir Charité.
II. Nécessité. — /. preuves de /u/.so.y. — 1° Raiscnz philosophique. — Le devoir de l'aumône est un corollaire nécessaire du droit de propriété. Il est entendu que la propriété privée et permanente est légitime. Mais il faut remarquer que l'appropriation de la terre et des biens qu'elle renterme entraine fatalement la distinction des hommes en deux catégories : ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien, les riches et les pauvres. La parole de Notre-Seigneur est évidente de vérité : « Vous aurez toujours des pauvres parmi vous. »Matth., XXVI, 11. La question se pose dès lors: comment les pauvres trouveront-ils leur subsistance? Dans la plupart des cas le travail leur assurera le pain de chaque jour. Mais il y aura des circonstances, événements imprévus, accidents, vieillesse, maladie, etc., dans lesquelles le travail deviendra impossible, ou du moins sera insuffisant pour subvenir aux exigences de toute une famille. Dans ces circonstances, il n'y a qu'une solution à la question posée : il faut que les riches viennent au secours «les pauvres, que ceux qui ont trop donnent à ceux qui n'ont pas assez. Saint Thomas écrit, dans ce sens, loc. cil., a. .">, ad -2"'" : « Les biens temporels que l'homme reçoit de la divine providence lui appartiennent, quanta la propriété, niais quant à l'usage, ils sont non seulement à lui, mais encore à ceux qui peuvent en être sustentés dans la mesure du superflu. »
Ce sérail toutefois une exagération socialiste, d'assimiler le devoir qu'ont les riches de secourir les pauvres à une obligation de rigoureuse justice. D'une pari, il n'y a pas île pacte originel liant les riches vis-à-vis des pauvres. D'autre part, la richesse - réserve faite de cas exceptionnels donl nous n'avons pas à nous occuper — n'est pas le fruit de l'usurpalion, ni la pauvreté la conséquence du vol ou de la ruse. On ne peul dune à aucun litre prétendre que l'aumône ait un caractère do restitution. La reluser au nécessiteux est une faute sans
AUMÔNE
doute, mois qui D'atteint aucun droit strict <lu prochain, et ili.ni le ricin n ndra comp • à Dieu, non aux non
•j Rait a ttu a Pei sonne parmi li
tiens ne conlcsli Ii devoir surnaturel de l'amonr du prochain tous les hommi • pari • qu'ils
frères en Dieu L< si cond i ommandement esl semblable au premier : Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes. • Matth., xxii, 39. <*r. nous ne com m amour de frère, semblable i celui que
nou on ir i s-méme8, sans que cet amour se n*a-
ion par des actes extérieurs de compassion, de miséricorde, de réconfort, toutes choses que nous appelons l'aumône. Celui qui pouvanl secourir un malheureux, passerail à côté sans être touché de sa misère, démontrerait par ce seul fait, qu il n'aime pas son prochain. « L'acte d'amour, dit saint Thomas, Sum. tlieol., lla II", q. xxxi, a. 1, inclut la bienveillance par laquelle on veut du bien à celui qu'on aime. La volonté, d'autre part, effectue ce qu'elle veut, quand cela lui esl possible, et ainsi l.i bienfaisance à l'égard de celui qu'on aime découle de l'acte d'amour. « Amour, bienveillance, bienfais sont truis concepts étroitement et nécessairement liés. L'un ne va pas sans l'autre.
//. preuves ii' n WRirÉ. — 1° Li' précepte divin. — Nous trouvons ce précepte formulé dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament.
1. Dans l'Ancien Testament. Dieu adresse ce commandement à son peuple: e Les pauvres ne manqueront pas dans la terre que tu li.ilnlrr.i~. C'est pourquoi Je te commande, moi. d'ouvrir la main à ton frère indigent et pauvre, habitant la même terre que toi. b lient., xv. 11.— Voici certaines formes de l'assistance déterminées par le Seigneur lui-même et qui prirent place dans la vie sociale de la nation juive : réserve d'un petit coin dans chaque champ pour les indigents, Lev.. xix, 9; droit de glanage octroyant aux pauvres les épis qui échappent aux moissonneurs, Lev., xix, 9; XXIII, 22; droits similaires concernant les olives restées sur l'arbre après la cueillette, l'eut., xxiv, 20, et les grappes oubliées après la vendange, Lev., xix, 10; lient., xxiv, 21; dime des pauvres obligatoire tous les trois ans. Deut., xiv, 28 ; Tob., i, 7. — A côté de ces aumônes légales, Dieu prescrivait aussi les aumônes occasionnelles nécessitées par les misères urgentes qui peuvent se rencontrer chaque .jour. Deut., xv, 4. Cf. Tob., iv, 7-12; xii, 8-9; Ps. xl, 1-i; exi, 5-9; Prov., xiv,21, :il ; xix. 17; xxi, 13; XXII, 9; XXVIII, 27: xxix. 7; Eccli., xvn. I8j XXIX, 11-15; Js., i.viii, 7; Ezech., xvi, i9; xvill, 7: Dan., iv. 24.
2. Dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ dil aux riches en termes formels : » lionne/ l'aumône, » Lue., xi, 41; xii. 33; et dans plusieurs de ses paraboles, notamment dans celle du bon Samaritain. Lue., x. 30-37, de l'économe infidèle, xvi, 1-9, et du mauvais riche, xvi, 19-31, il aboutit à cette conclusion qu'il faut se-
c ir le prochain dans la pauvreté et la souffrance
pour s'assurer la récompense du ciel. .Mais c'est surtout dans le discours où il annonce le jugement dernier que Jésus insiste sur la nécessité de l'aumône, en disant que les miséricordieux seront élus et placés :i sa droite, landis qui' les hommes au cœur dur seront damnés 1 1 placés a sa gauche, tâtons seulement les paroles qui concernent la réprobation des mauvais riches : ■ Alors n dira à ceux qui seront a sa gauche: Retirez-vous de moi, mauditsl Allez au feu éternel préparé pour le démon el pour ses aime-. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avei point donnée manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire . j'étais sans asile et vous ne m'avez point recueilli; sans vêtements, et >uu< ne m'avez point couvcrl : malade el en prison, el vous ne m'avez peint visité. — Seigneur, lui ré] Iront-ils, quand est-ce que nous
avons ru ayant faim ou Boif, sans asile on sans . malade ou en prison, el que nous ne vous avon istéî — Il leur répliquera : En \
I un de ces plus petits, i i-nu me q
2 point fait. — Lt ils s'en . i m I supj
Matth., XXV, H -46.
L api tri - furent les échos lidel Tine
du Maître. Saint l'aul rap|
de l'aumône dans la IL Lpltre aux Corinthiens, viii-ix, el dans la I à I irnothée. vi, 17-1'.' n. 13 : Celui qui n'aura pa- fait u
Lt saint Jean, I .loi . ni. 17 quelqu'un a des biens de ce monde et que voxanl
dans la nécessité, il lui ferme -on cœur, 1 amour de Dieu demeurerait-il en lui? i Voir Aui, dan- le Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux. Paris, 1893, t. i, col. 1244-12!
2 La tradition de l'Êgline. — Il appartenait à l'Église, dil Léon XIII. dans l'encycliqui nu,,, lô mai 1891, de nous donner dans • de faire descendre de la connaissance à la pratique, l'enseignement d'une excellence et d'uni importai me que la philosophie a pu ébaucher sur I richesses, i Lt le souverain pontife, distinguant saint Thomas. Sum. theol., II» II*. q. XXXII.
possession el 1 usage légitime des ri ute:
ci Si l'on demande en quoi il faut faire consister 1 , des Liens, l'Église répond sans hésitation : s< porl l'homme ne doit pas tenir les choses extérii pour privées, mais Lien pour communes, de telle qu'il en fasse part facilement aux autres dans leurs cessités. C'est pourquoi l'Apôtre a dit : Ordonne aux riches de ce siècle... de denner facilement et de communiquer leurs richesses. I Tim., vi. l7-i~
Tel est en effet le résumé de l'enseignement des !'■ des conciles et des théologiens dans tous . lire-
tiens.
1. En ce qui concerne les Pères de l'Égl constatons que presque tous ont traité de l'aun directement et ex professo, soit indirectement et à i sion d'autres thèses. —Quelques-uns expliquent et mentent h-s enseignements de la sainte Lcritu Clément d'Alexandrie, Psedag., I. III. c. vi. /'. G., t. vin, col. 603-607; Stroni., I. 11. c. xvui, I S. Cyrille de Jérusalem, Calccli., xv. n. 2l t. xxxm, col. 907. — D'auti ut la vie chrétienne
des premiers siècle-, louent la charité des fidèles non seulement envers leurs frères, mais aussi i étrangers. Tertullien, Apolog., c. xxxix. /'. /... t. i. 531-539; Euséhe, //. A'.. 1. IX. c. vin. P. G., I i
319. — Plusieurs parmi les plus illusl avec insistance le devoir de l'aumône dai qu'ils adressent à leur peuph eleem G . I. xxxi. col. llôi-1167 •
de N.i/ian/e. Or., xiv, rtV pauperum a . /'
t. xxxv. col. 858-910; S. Ci . goire de Nyss Or., i. il, de pauperibus amandis, P. G., t. m.vi.
Chrysostome, Hom. de psenitciitia, s /'. G., t. xi.ix. col. 291-300; S. Augustin, S xn. xi n. i x. i xi. i xxxv. i xxxvi. P. /...t. xxxvin. col. 251 - q. — 11 en est qui, écrivant des trait onl consacré un ou plusieurs chapitres à latin. Ainsi S. Ambroisc, De of/iciix, I. I, c. xxx-xxxiv. / t. xvi, col. 65-74; S. Grégoire le Grand. .!/■ rai., I. XXI, c. xix. /'. /... t. i \x\i. col. 200-2OS. — Enfin n * ai- parmi les œuvres de saint Cxpricn un ti cial intitulé : Lv opère et cleemosiii is, P. . col. 602-622.
ds écrivains et orateurs ceci - ont
affirmé parfois la nécessité de l'aumône el mauvais riches avec une telle lorce d'ex, -i on prenait ces , xppessions à la I. lire et dai • rigoureux qu'elles (.nt reçu depuis, il l'aumône <<«i I un devoir de s|r pauvres. D'après -.uni L.i-ilc. /<*•. cit., col. i IÔ8. Ii
AUMONE
perdu du riche est le bien des pauvres, et celui qui retient ce superflu est un valeur. « N'étes-vous donc pas un avare et un voleur, vous qui vous appropriez ce que vous avez reçu pour le communiquer à plusieurs? Si l'on appelle voleur celui qui dérobe un habit, doit-on donner un autre nom à celui qui, pouvant, sans se priver lui-même, revêtir un pauvre, le laisse néanmoins sans vêtement? Le pain que vous retenez chez vous et qui est superllu aux besoins de votre famille, est aux pauvres qui meurent de faim. » Il faut interpréter ces formules oratoires et d'autres de même style qu'on rencontre surtout chez les Pères grecs, d'après tout l'ensemble de l'enseignement traditionnel. On peut dire qiie le superllu des riches est le bien ou le patrimoine des pauvres; mais entendons-le dans ce sens large, que, dans les intentions de la divine providence, il est destiné au soulagement des pauvres. On peut dire même que le mauvais riche est coupable d'injustice et de vol, mais toujours dans un sens large, savoir, parce qu'il retient un bien qu'il devait communiquer à autrui. — Léon XIII a donné le sens exact de la tradition dans l'encyclique Rerum novarum : « Dès qu'on a suffisamment donné à la nécessité et au décorum, c'est un devoir de verser le superllu dans le sein des pauvres. Luc, xi, 41. C'est un devoir non pas de stricte justice, sauf les cas d'extrême nécessité, mais de charité chrétienne, un devoir par conséquent dont on ne peut poursuivre l'accomplissement par les voies de la justice humaine. Mais au-dessus des jugements de l'homme et de ses lois, il y a la loi et le jugement de Jésus-Christ notre Dieu, qui nous persuade de toutes les manières de faire habituellement l'aumône. »
2. Quant aux conciles, pour ne citer que les plus anciens, voici ceux du ive au VIe siècle, qui ont affirmé ou déterminé dans ses formes pratiques, le devoir de l'aumône, pour tous les chrétiens et surtout pour les clercs dépositaires des biens d'église : IVe concile de Carthage, 398, can. 17, 31, 83, 101, 103, Ilardouin, Acla concilioruin, Paris, 1715, t. I, col. 975-5)80; Ier de Vaison, 4't2, can. 4, ibid., cul. 1788; IIIe de Rome sous Symmaque, 502, can. 2, ibid., t. il, col. 978; Agde, 506, can. 4, 6, ibid., col. 998; Ier d'Orléans, 511, can. 5, ibid., col. 1009; IIP de Paris, 557, can. 1, ibid., t. m, col. 337; IIe de Tours, 567, can. 5, ibid., col. 358.
3. Après l'époque patristique l'enseignement de l'Église sur l'aumône est resté le même à travers les siècles. Saint Thomas fut l'éloquent interprète de cet enseignement traditionnel, au moyen âge, dans trois questions de la Somme théologique, Ila II», q. xxx-xxxn, intitulées : De misericordia, lie beneficentia, De eleemosyna. De nos jours, Léon XIII a redit le même enseignement avec son autorité souveraine, dans l'encyclique Rerum novarum déjà citée, puis dans l'encyclique Graves de communi, du 18 janvier 1901.
De cette dernière encyclique nous citons, parce qu'elle sera un complément de notre démonstration, la réponse à une objection des socialistes contre l'aumône. « Ceux-ci, dit le pape, condamnent l'aumône et veulent qu'elle disparaisse du monde, comme étant injurieuse pour la dignité naturelle de l'homme. — Mais si l'aumône est faite suivant les règles évangéliques et d'une manière chrétienne, elle n'a rien qui puisse ou entretenir l'orgueil de ceux qui donnent, ou humilier ceux qui reçoivent. Loin d'être déshonorante pour l'homme, elle favorise 1rs rapports sociaux en resserrant les liens que crée l'échange des services. Il n'est pas d'homme si riche qu'il -"il, qui n'ait besoin d'un autre; pas d'homme si pauvre qui ne puisse en quelque sorte être utile à autrui. Il est naturel que 1rs hommes se demandent avec confiance ri m- prêtent avec bienveillance un
mutuel appui, Ainsi la jusl el la charité, liées l'une
a I mtre sou< la juste el douce loi du Christ, maintiennent d'une m. on. re admirable la cohésion de la société humaine et, par un oyance, amènent chacun
des membres de la communauté à travailler à son profit particulier, en même temps qu'au bien général. »
III. Mesure. — La mesure de l'aumône et partant la gravité de l'obligation dépendent de deux conditions : d'une part, l'indigence du pauvre; d'autre part, la possibilité' pour le riche de le secourir.
/. EXPLicATioxs préliminaires. — 1° L'indigence du pauvre. — L'indigence peut se rencontrer à un triple degré.
1. Tantôt elle est médiocre, c'est-à-dire que ceux qui en souil'rent n'en sont pas absolument accablés et peuvent échapper à une situation plus grave au prix de la patience et de l'effort. C'est la situation des pauvres ordinaires qui mendient de porte en porte, celle aussi des ouvriers gênés qui cherchent du travail et réclament, en attendant, des secours. L'indigence ace degré s'appelle aussi nécessité commune, en raison de sa fréquence relative dans la vie sociale.
2. Tantôt l'indigence du pauvre est rjrave et la nécessité pressante, c'est-à-dire que les besoins matériels de l'indigent exigent une satisfaction plus immédiate à laquelle il ne pourrait lui-même pourvoir que très difficilement. Telle serait la situation du malheureux qui aurait mendié longtemps sans recevoir le pain qui lui est nécessaire, celle aussi de l'emant, du vieillard et de l'ouvrier qui serait trop faible, trop infirme ou trop malade pour travailler et même pour mendier.
3. Tantôt enfin l'indigence est absolue et la nécessité du pauvre est extrême. Le malheureux qui se trouve dans cette nécessité ne peut sortir de sa misère par ses propres forces, et cette misère est telle que si on ne vient à son secours, il va succomber et mourir. Tel le miséreux abandonné, consumé par la maladie ou mourant de faim.
2° Les biens temporels. — Il y a lieu de distinguer aussi, au point de vue qui nous occupe, trois sortes de biens :
1. Les uns sont nécessaires à la vie de celui qui les possède et à celle de ses enfants et de ses parents. Le riche, comme le pauvre, a une vie à sauvegarder et des intérêts essentiels à détendre. Pour cela il lui faut l'usage de certains biens sans lesquels il ne pourrait ni subsister ni faire subsister les siens. S'en dépouiller serait se mettre lui-même et sa famille dans l'extrême nécessité.
2. D'autres biens sont nécessaires à la condition, en ce sens que le riche en a besoin pour garder son rang dans le monde avec bienséance el dignité, mais sans faste comme sans luxe exagéré. Ces Liens lui serviront, par exemple, à perfectionner par l'étude ses connaissances, à assurer l'éducation puis l'établissement île ses enfants, à étendre ses relations, à sauvegarder et défendre sa réputation, à se prémunir pour l'avenir contre la maladie, les accidents et toutes les chances contraires de la l'orli
3. 11 y a enfin des biens temporels qui ne sont nécessaires ni a la vie, ni à la condition, el restent disponibles, quand leur propriétaire a pourvu à tous les besoins
présents de sa famille et assuré son avenir dans i
saye mesure. Ceux-ci sont appelés Superflus. - Nous
sommes d'avis qu'avant de qualifier de superflus les revenus d'un riche, il faudra tenir compte des exigi particulières He son train de vie et de ses légitimes ambitions d'avenir, mais ;iussi il faudra se garder contre l'exagération opposée et ne poinl alléguer des nécessités de condition purement imaginaires; autrement il n'y aurait plus nulle part de Superflu. Or, la proposition
suivante a été' condamnée par Innocent XI, 2 mars 1679, n. 12 : Vix m sœcularibus inventes, etiam in regibus, super/luum statui. Et ita vix aliquis tenetur «il eleemosynam quando tenetur tantum ex superfluo status. Denzinger, Encliiridion tymb. et <'</., VVurzboi 1895, n 1029, p. 259.