‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 38 sur 338 · SDSPENSBS POBTÉBS PAFt LE COSCILB DE TRESTB · texte numérisé non relu

SDSPENSBS POBTÉBS PAFt LE COSCILB DE TRESTB

— 1" Suspense» réservées au pape « simpliciier » :

1. L'ordination faite par un évéque titulaire sans lettres dimissoires (sess. XIV, c. n, De reform.).

2. La réception des ordres per sattutn isess. XXIII, c. xxiv, De reform.). — Réservée à l'évéque seulement si l'ordre reçu n'a pas été exercé.

3. Le cas de l'évéque qui garde auprès de lui une femme suspecte, après monition du concile provincial

Si — XXV. c. XIV. De reform.).

2 Suspenses réservées aux ordinaires :

1. La ré-ception des ordres des mains d'un évéque titulaire, sans dimissoin - - — XIV. c. n. De refont

2. La réception des ordres des mains d'un évéque étranger, s.ms testimoniales de l'ordinain » ss. XXIII, c. vin, De refon

3. La réception des ordres avec des dimissoires indûment délivrées sede vacante (sess. \11 et XXI11, c. x. De reform.).

i. L'assistance illégitime à un mariage sans l'autorisation du i propre curé • sess. XXIV, c i, De reform.).

5. La concession de lettres dimissoires faite indûment tede vacante (sess. XXIII. c. x. De reform.) — i; vée au pape, si le délit est public; autrement, a l'ordinaire seul, per anuum (Lehnikulil).

Suspenses non résert ■

1. L'exercice illégitime de « pontificaux tenditx étranger (sess. VI. c. v. De reform.).

2. La réception des ordres des mains de l'évéque susdit sess. VI, c. \. De reform.).

'.'< 1. ordination d un sujet étranger sans testimoniales de son ordinaire isess. XXIII, c. vin, />-• reform.)

i. Le fui. pour les abbés ou prélats réguliers exempts, même nullius. de confi rer la tonsure ou le-- ordres mineurs ;i de- Mijels qui ne leur appartiennent pas. ou d'accorder indûment des dimissoires a <! sécu-

liers (sess. XXIII, c. xi. — Su-p. al> officia et bénéficia per annum.

;//. INTERDITS POETES /Mfl IF CONCILE DE IRESTB.

— I. La négligence pour le métropolitain ou les que- à dénoncer le collègue qui n'observe pas la :

VI, ci, A

APOSTOLIC.E SEDIS (CONSTITUTION) — APOSTOLICITÉ

2. La concession de lettres dimissoires faite indûment par le chapitre sede vacante (sess. VII, c. x, De reform.).

iv. censures spéciales. — En dehors des censures précédentes, la bulle Apost. Sedis maintient dans leur vigueur les censures latse sententise existant au 12 octobre 1869 relatives :

1° A l'élection du souverain pontife;

2° Au régime intérieur des ordres religieux, instituts réguliers, collèges, lieux pies, etc.

VI. Censures portées postérieurement a la constitution « Apostolic/E Sedis ». — Depuis 1869 un certain nombre de nouvelles censures latse sententise ont été promulguées par autorité du siège apostolique. Nous les donnons ici afin que le lecteur ait sous les yeux le tableau complet de toutes les censures actuellement en vigueur dans l'Église (1901).

/. excommunications. — 1. L'admission, au gouvernement d'une église vacante, de celui qui n'aurait pas préalablement exhibé ses bulles d'institution (Pie IX, const. Romanus pontifex, 28 août 1873). — Réservée speciali modo au pape.

2. L'intrusion de curés et vicaires élus par le suffrage du peuple (Pie IX, const. Et si nudta, 21 nov. 1873 et S. C. du Concile, 23 mai 1874). — Réservée speciali modo au pape, cette censure a été promulguée expressément pour les provinces ecclésiastiques de Venise et de Milan.

3. L'affiliation à la société (italienne) instituée pour l'élection du souverain pontife par le suffrage populaire (Pie IX, par la S. C. de la Pénitencerie, 4 août 1876). — Réservée speciali modo au pape.

4. L'exercice du négoce lucratif, par les missionnaires, aux Indes et en Amérique (S. Office, 4 décembre 1872). — Réservée simpliciter au pape; la réserve cesse avec la restitution du gain réalisé.

5. Le trafic des honoraires de messes exercé par des laïcs (S. C. du Concile, 25 mai 1893). — Réservée aux ordinaires.

il. SUSPENSES. — 1. Le fait, pour des personnes revêtues du caractère épiscopal, d'accepter au gouvernement d'une église vacante celui qui n'aurait pas préalablement exhibé ses bulles d'institution (Pie IX, const. Romanus pontifex, 28 août 1873). — Réservée speciali modo au pape.

2. Le trafic des honoraires de messes exercé par un prêtre (S. C. du Concile, 25 mai 1893). — Réservée simpliciter au pape.

3. Pour le môme délit, la même peine, et, de plus, l'irrégularité, s'il s'agit de clercs non prêtres (S. C. du Concile, ibid.).

4. La condition du religieux à vœux simples, au moins sous-diacre, sorti de sa congrégation, tant qu'il n'a pas trouvé d'évêque pour l'accepter (S. C. desEvequ.es et Réguliers, 4 novembre 1892). — Réservée simpliciter au pape.

5. Le cas des ecclésiastiques étrangers qui viennent s'établir à Rome, y acceptent un poste, ou y prolongent leur séjour, contrairement aux règles fixées par le pape (S. C. du Concile, 27 décembre 1891).

///. INTERDIT. — Le même cas que celui qui est visé an h. 1 iln paragraphe précédent. — Réservé speciali modo au pape.

Pour tout ce qui concerne l'interprétation de ces différentes censures, d'après le texte exact de leur formule, on pourra se reporter aux articles spéciaux du dictionnaire ou consulter les bons auteurs, canonistes et moralistes, qui ont traité cette matière.

Voir les nombreux Commentaires de la constit. tApostottcx

Sedis », publiés, à peu prés toujours sous le même titre, par :

icchi, dans Acta sanctœ Sedis, Morne, 1883; d'Annibale

Reatirt.), Biéti, 1874; Avanzini, Berne, 1872; Berta-

(Comment. Patav I, Padoue, 1877; Bucceroni, Home, 1890;

Iclaude, Paris, 1877; Pedicini, Bari, 1873; ClolU, Sienne,

W7j Formisano, Naj les, 187Ô, Piat, Tournai, 1881; Qoyenhôche,

Paris, 1889; Heiner, Paderborn, 1884; Paschal de Siena, Naplcs, 1893, etc.

* Voir aussi tous les récents moralistes en général, au traité De censuris, et en particulier : Gury-Ballerini, t. h, n. 970; .Marc, n. 1311 ; .Eitnys, 1. VII, n. 76; Haringer, In Theol. mor. S. Alph., Ratisbonne, 1881, t. vin ; Haine, t. iv; Génicot, t. il, n. 580; Lehmkuhl, t. Il, n. 920; Ballerini, Op. theol. morale, Prato, 1873, t. vu, n. 421.

F. Deshayes.

APOSTOLICITÉ. L'apostolicité de l'Église peut être regardée comme une question de choses ou comme une question de notions et de systématisation théologique. La question de choses exige qu'on prouve par les faits et par les textes la réalité des notions groupées autour du mot aposlolicité. Cette preuve, pour être complète, emporterait toute la doctrine de l'Église, et l'histoire de son origine; puisque l'apostolicité n'est autre chose que l'identité de l'Eglise avec elle-même à travers le temps depuis le Christ et les apôtres; elle sera faite au mot Église. Voir aussi Apôtres. — Ce qui nous occupera spécialement ici, ce sera la question de systématisation et de mise en œuvre; les faits ne seront guère qu'indiqués. — I. Notions et explications. II. Démonstration théologique.

I. Notions et explications. — i. Le mot et l'idée. il. Histoire et usage du mot et de l'idée.

/. le mot et l'idée. — i. Définition nominale. — L'apostolicité est la propriété par laquelle une doctrine, une pratique, une institution, une église peut se réclamer des apôtres. Une doctrine est apostolique, qui remonte aux apôtres; une église est apostolique, qui se rattache aux apôtres. Peu importe d'ailleurs — du seul point de vue de l'apostolicité — que les apôtres aient été ou non les premiers à prêcher cette doctrine, à introduire cette pratique ; peu importe qu'ils aient agi en leur propre nom et qu'ils aient été vraiment instituteurs, ou qu'ils aient été les simples porte-voix de Jésus-Christ lui-même, ses ministres, les exécuteurs de sa volonté. Le jeûne du carême, s'il est vraiment d'origine apostolique, a été institué (ou introduit) par les apôtres ; la primauté du pape n'est pas proprement d'institution apostolique, non plus que le baptême; ils sont d'institution divine. On peut dire cependant que la doctrine du baptême et celle de la primauté papale sont des doctrines apostoliques, et cela en un double sens : parce qu'elles remontent aux apôtres, et parce que Xotre-Seigneur a chargé ses apôtres de les transmettre à son Église.

H. Eléments historiques, éléments théologiques. —Mais celte première notion de Vapostolicité est bien générale encore, purement nominale et historique, affaire de fait et de mot plutôt que de droit et de doctrine. La théologie doit préciser davantage et entrer plus avant dans la question pour délimiter son sujet. Pour cela, il faut distinguer entre les pratiques, les sacrements, les doctrines, l'organisation sociale.

Quand le théologien parle des pratiques ou des institutions apostoliques, il a en vue leur caractère légal, obligatoire, permanent; il est des bus amené à se demander si ces institutions et ces pratiques sont d'origine apostolique proprement dite, ou si elles ont pour auteur Notre-Seigneur lui-même. Au premier cas, ce sont des lois humaines, ecclésiast iques, variables par conséquent (ce qu'a fait l'autorité, l'autorité peut le défaire); au second cas, ce sont des lois divines et immuables (Dieu seul peut les changer, l'Église elle-même n'y peut rien, tout au plus peut-elle dispenser, et encore dans les limites où Dieu l'a réglé). Or Noire-Seigneur n'a pas, à proprement parler, donné de lois disciplinaires à son Église (la loi nouvelle n'esl pas une lui. au sens siriet el juridique du mot). D'où il suit que, de ce côté, il n'y a rien d'immuable, el que la question d'apostolicité est une pure question historique. Là, l'Eglise comme toute société, a un pouvoir propre, un pouvoir I i latifà elle.

APOSTOLICll i:

Il en est autremenl pour les moyen* de grâce, \ let tacrements. Ici, évidemment, le pouvoir de I i

,,-., ii , tre qu'un pouvoir ministérii I, un pouvoir de dispensation.ellene peut ni instituer, ni changer; tout au plus peut-on imaginer que Notre-Seigneur Jésus-Christ luiait laissé, dans certaines limites, le choix du nt extérieur auquel il annexerait la grâce, à peu près comme il lui

a laissé le choix des personnes auxquelles .1 donnerait le pouvoir de c «sacrer ou do gouverner les fidèles en son nom La i substance dn Bacremenl i n'es! pas du ressort <lr l'Église. L'Église n'a donc pas pu instituer le baptême ni l'eucharistie; elle peut seulement ordonner qu'on baptise de telle ou telle manière, par immersion, par infusion, par aspersion, ordonner que les fidèles reçoivenl l'eucharistie à jeun, sous une ou sous les deux espèces, etc. L'ordonnance de l'Église peut changer, le sacrement reste immuable. Les sacrements sont donc tous, quant à la substance, d'origine divino-apostolique. [Ci la question de fait se complique d'une question de droit, la théologie intervient dans l'histoire.

Mêmes distinctions à peu près et mêmes conclusions quand il s'agit de doctrines apostoliques. Ce que les apôtres ont transmis à l'Église comme la doctrine de Jésus ou ce qu'ils ont écrit comme auteurs inspirés esl la parole infaillible de Dieu confiée à la garde fidèle de l'Église et à son magistère infaillible : c'est là ce que l'Église enseigne sans y rien ajouter, sans en rien laisser perdre. Mais ce que les apôtres ont dit en leur propre nom, les révélations qu'ils ont pu avoir pour eux-mêmes, cela n'est pas la doctrine de l'Église, et la tradition en a pu se perdre.

Là, d'ailleurs, les apôtres ont pu se tromper, et les Actes nous ont gardé le souvenir d'une prévision de saint Taul qui très probablement ne s'est pas réalisée, car il semble bien avoir revu après sa première captivité ces prêtres ou ces évêques d'Éphèse ou de Milet qu'il ne comptait plus revoir. Act., xx. 25.

Reste enfin l'organisation sociale de l'Église, l'institution de sa hiérarchie. La question d'apostolicité est une question théologique dans la mesure où l'Eglise revendique pour elle-même une origine divine, d'abord comme société, et ensuite comme société constituée par le Christ sous une forme déterminée, dotée par lui de ses organes essentiels, avant en elle-même le germe de vie sociale destiné à se développer, toujours le même, selon les temps et les lieux. Nul ne prétend que l'Église fût déjà, au jour de la Pentecôte, le grand arbre quelle devait i tre plus tard. Mais il importe de savoir si le développement ultérieur est tout entier le développement du germe posé par Jésus, dans la ligne et sur le type définis par le divin fondateur. Si large qu'on fasse la part à la différenciation des organes et, si l'on veut, à la création d'organismes secondaires et humains, l'Eglise ne peut revendiquer le Christ pour son fondateur, si elle ne fait remonter jusqu'à lui, avec ses fonctions sociales, les organes essentiels à ces fonctions, disons au concret, son sacerdoce, son épiscopat, sa primauté papale. Ici encore, on voit dans quelles limites la question de l'apostolicité esl une question théologique.

S. L'apostolicité et le développement. — On comprend dès lois combien étroitement sont unies la question d'apostolicité el celle du développement dans l'Eglise. L'apostolicité u'exclutpas le développement, ni celui de la doctrine, ni celui de la hiérarchie, ni celui des institutions liturgiques on sociales. L'Église, comme toute société vivante, a eu sa formation lente et successive

jusqu'à Bon plein épanouissement, et une fois épan

elle continue de vivre et d'évoluer, sans vieillir l

dant et sans subir de révolution, comme il peut arriver

aux a ii tés.

Tout revient à déterminer dans quelles conditions la société chrétienne, tout en évoluant el se développant, restera toujours la même, toujours identique ■ la so-

irit*, mu corruption, sans d.

lion du type primitif I

,.l p'ai d terminer a , plus poui

que pour toute autre société. En effi t. ell la nature et le but de chaq io"c

ii i, pour comprendre ce qu est 1

lise donnée, a partirde l'institut fondamentale, a voir ce qu elli cornue fondée par '' Christ. La question sera

traitée plus au long à l'article ÉGLISE et ailleurs. 11 suffira ici d'indiquer rapidement ce qui est i: i'Our comprendre l'apostol i(

//. Les condition* d'apostolicité; définition réelle. — Jésus-Christ a envoyé ses apôtres pour prêcher une docdéterminée, celle qu'ils ont revue de lui. sans rien v ajouter, sans rien en laisser perdre; avec le minil de la parole, il leur a donné le ministère de la grâce : pouvoir de baptiser par eux-mêmes ou par d'autres, de remettre les péchés, de fore et de dispenser l'eucharistie, en un mot, d'administrer les sacrements établis par lui comme moyens de grâce; au pouvoir de pn et de sanctifier au nom de Dieu, il a joint celui de fonder

gouw rner la société chrétienne, toujourconditions déterminées pai lui. Bref, il les le pouvoir qu'il avait reçu dt son Père, mais i n i temps avec fs instruction

dont il avait tracé le plan etjeti les fonderai ié doit être hiérarchique, les apôtres el li successeurs en doivent être les chefs. Ce doit i une monarchie : car si le pouvoir est donné au corps des évêques, nous voyons, d'autre part, que ce corps évêques doitavoirà sa tête comme chef suprême, cou évéquedes évêques, Pierre, lieutenant visible du Ch: centre et principe visible d'unité pour tout le corps. Enfin, à cette société ainsi constituée Jésus promet assistance à jamais. Bâtie sur le roc, nulle tempête ne la détruira; les puissances de l'enfer ne sauraient prévaloir contre elle : elle est indéfectible, elle sera toujourque le Christ l'a faite — indéfectible dans i Benl

de la vérité, indéfectible dans l'usage de ses moyens de sanctification, indéfectible dans sa constitution même et dans la forme de son gouvernement. Et de là les conditions de l'apostolicité : même foi el même doctrine, même constitution, mêmes sacrements, ce sont les trois choses établies par le Christ et destinées a demeurer pour toujours dans son Eglise indéfectible.

Est-ce tout? Oui et non. Oui, mais à la condition, implicitement contenue dans celles qui précèdent, que le pouvoir de prêcher, d'absoudre, de consacrer, d ordonner, de gouverner au nom de Dieu, se transmette interruption suivant les lois établies par le fondateui d'apostolicité sans mission ni sans continuité. Si le pouvoir se perd dans une société humaine, la société a en elle-même de quoi le relever, pour ainsi dire; le pouvoir dans l'Église esl d'autre nature; il a son principe en Dieu, il peut se transmettre vivant; mais une fois éteint, il faudrait pour rallumer le flambeau une nouvelle intervention de Dieu. En fait, une société que Dieu referait ainsi sur les ruines de l'Église ne serait plus 1 I I i glise indéfectible aurait péri.

Nous pouvons donc, avec le P. de Groot. définir 1 apostolicité comme la propriété grâce a laquelle, par la •

on légitime, publique, ininterrompue des pasteurs depuis les apôtres. l'Église se continue dans l'identil doctrine, de sacrements, de gouvernement On maintenant la portée de ce mot par lequel, en commençant, nous la désignions comme {'identité de l'hgi travers le temps.

Ton- les chrétiens, on peut le dire. SOnl d accord sur celle définition, en tant quelle regarde 1 identité de brino el de sacrements, quitte à r quand il -

de -avoir .nielles doctrines en particulier, qu ,,,,1,1- sont don, me apo-tolique et divine. L'accord est

APOSTOLICITE

moins complet sur l'identité de gouvernement. Il est, en effet, des hérétiques niant que Jé6us-Christ eût établi à proprement parler un gouvernement, une hiérarchie. C'est nier l'établissement par le Christ d'une vraie société, d'une Église.

Beaucoup de rationalistes, en notre siècle, sont allés plus loin. Ils ont soutenu que Jésus n'avait jamais eu l'intention de fonder une société proprement dite, n'avait pas institué de sacrements, n'avait même pas enseigné une doctrine, si par doctrine on entend des vérités à croire; et ils se débarrassent comme ils peuvent des textes et des faits qui prouvent évidemment le contraire. On montrera au mot Église combien leurs systèmes sont arbitraires, et comment s'impose à l'historien et au philosophe le fait que Jésus a fondé son Église sous forme sociale, lui a confié une doctrine à garder et à répandre, lui a donné la dispensation de sa grâce par les sacrements, et a promis d'être avec elle jusqu'à la fin du monde, pour qu'elle pût continuer sur terre l'œuvre même du Christ.

La question de l'apostolicité ne suppose pas seulement que Jésus a bâti une Église et lui a confié une doctrine à transmettre, des grâces à distribuer. Elle suppose encore que la période des révélations divines adressées au genre humain est close avec les apôtres et que l'Eglise n'aura qu'à transmettre la doctrine reçue; elle suppose que l'économie présente est définitive, et que la société religieuse fondée par le Christ et les apôtres doit suffire à l'humanité; elle suppose enfin qu'il n'y aura plus, d'ici la fin, d'intervention officielle de Dieu dans l'histoire religieuse du genre humain. Ces choses se dégageront assez dans le cours de cette étude, celles qui ne seront pas prouvées ici le seront ailleurs.

//. HISTOIRE ET USAGE DU MOT ET DE L'IDÉE. — i. Histoire du mot et de l'idée. — Le mot apostolique se trouve, tant en latin qu'en grec, dès les tout premiers siècles pour désigner le temps des apôtres (xtas aposlolica), les hommes qui avaient vécu avec les apôtres (horno aposlolicus), la doctrine reçue des apôtres (traditio apostolica), les églises fondées par les apôtres ou se rattachant à ces églises mères. Voir Sophocles, cité à la bibliographie. Mais on ne parle guère de l'Eglise apostolique, l'idée même de l'Église étant beaucoup moins usuelle que celle des églises particulières, unies d'ailleurs entre elles par des liens multiples et ne faisant qu'une seule Église sainte et catholique, corps mystique du Christ, épouse immaculée du rédempteur. Cette Église est du reste fondée sur les apôtres, comme les églises particulières qui forment l'Eglise.

Le symbole des apôtres ne contient pas le mot apostolique;c'esl dans les professions de foi d'origine alexandrine qu'on le trouve d'abord. Denzinger, Enchiridion, n. 10. Le symbole de Nicée s'arrête au Saint-Esprit, et ne dit rien de l'Église, mais, dans l'anathème, il est fait mention de l'Église catholique et apostolique : « Ceux qui disent : il y eut un temps où il n'était pas... ceux-là l'Eglise catholique et apostolique leur dit anathème. » Denzinger, op. cit., n. 18. L'Eglise est également désignée comme « catholique et apostolii/ue » dans le décret du même concile sur le baptême des hérétiques. Denzinger, op. cit., n.19. Enfin le symbole de Constantinople reçoit le mot : n«rrcuo(tev.>. et; jxi'av âyiav, xa'i àïroTTo/ibt,v xa6oXwT)v 'xxXï)<Tfav, « Nous croyons à une Eglise unique, sainte, et apostolique catholique. » Denzinger, op. cit., n. 47. On voit que, dans le texte de Denzinger, l'arrangement des mots diffère un peu de celui qu'a sanctionné le texte latin liturgique : et vmam, sanctam, catholicam et apostolicam Ecclesiam. Ailleurs, chez Itouth, par exemple, les quatre adjectifs se suivent dans l'ordre du latin, sans virgule ni /*•. Les luthériens, les anglitoutes les sectes protestantes qui ont gardé le s\mboli de Con tantinople, reçoivent par là même Vapostoin ité < lependant la notion tend chez eux à s'effacer po uine voir dans I Eglise que la communauté des sainl u

des fidèles) et à ne lui donner pour caractères distinctifs que la prédication du pur Évangile et la dispensation évangélique des sacrements. Confession d'Augsbourg, art. 7, dans Koethe, Die symbolischen B'ùclier der evangelisch-lutherischen Kirche, Leipzig, 1830, p. 18. Le mot lui-même ne se trouve ni dans la confession d'Augsbourg, ni dans les articles de Schmalkalde, ni dans les Catéchismes de Luther. Selon l'article 12 de Schmalkalde, « les enfants mêmes de sept ans savent que... l'Église... ce sont les saints croyants, les brebis qui écoutent la voix de leur pasteur; car ils disent dans leur prière :Je crois une sainte Eglise chrétienne (ou du Christ). » Koethe, p. 236. C'est la formule du symbole luthérien, celle que donne et explique tant le Petit catéchisme de Luther, La foi, troisième article, Koethe, p. 259, que le Grand catéchisme, p. 322. Il faut remarquer d'ailleurs que le mot chrétienne ne remplace pas, dans ces passages, le mot apostolique du symbole de Constantinople, mais le mot catholique du symbole des apôtres (car c'est le symbole des apôtres que Luther explique dans ses Catéchismes, c'est lui que les enfants récitent dans leur prière).

Quoique devenu un des termes officiels par lesquels on désignait l'Eglise universelle, le mot apostolique continuait de s'employer en parlant des églises particulières, comme substantif, au sens d'évêque; comme adjectif, au sens d'épiscopal. Toute cathédrale pouvait s'appeler ecclesia apostolica, tout siège épiscopal apostolica sedes, tout évêque Apostolicus. Voir Du Cange, Glossarium, au mot Apostolicus, Paris, 1733, t. i, p. 567- 569. L'idée était toujours la même, celle de succession apostolique, de continuité avec les apôtres par les évêques leurs successeurs. Cependant il y eut toujours une tendance à restreindre le mot soit au pape, soit aux églises fondées immédiatement par les apôtres. Déjà, Tertullien, dans un moment d'humeur, employait le mot apostolicus pour dire le pape. De pudicitia, 21, P. L., t. n, col. 1024. Saint Alhanase, Hist. arian., c. xxxv, P. G., t. xxv, col. 733, disait le siège apostolique pour désigner le siège de Rome; dès les temps de saint Grégoire le Grand, le titre d'apostolique était courant pour désigner le pape, Vita Gregorii, 24, P. L., t. lxxv, col. 54; le concile de Reims, en 1049, excommur.ia l'archevêque de Saint-Jacques de Compostelle qui osait s'arroger culmen aposttdici nominis, Labbe, Concilia, Paris, 1671, t. ix, col. 1041, et tout le monde sait que, durant le moyen Age, ce fut ainsi que l'on désigna ordinairement le pape. C'est encore en ce sens que nous prions dans les litanies pour le « Seigneur apostolique », Domnum aposlolicum, bien que le mot ait pu, à l'origine, signifier aussi le « seigneur évêque ».

On sait d'autre part que, depuis les premiers siècles jusqu'au moyen âge, il y eut divers hérétiques prenant le nom d'apostoliifues, pour une raison ou pour une autre. Voir Apostoliques, hérétiques, col. 1631.

2. Usage théologique de l'idée. — Dès les premiers siècles, la notion d'apostolicité fut en grand usage, soit dans l'exposition, soit dans la controverse. Clément, Ignace, Polycarpe, l'épître à Diognèle, le Pasteur d'Herni.is redisent unanimement que l'Église est fond/e sur les apôtres, que sa doctrine est celle des apôtres et qu'on n'en doit point recevoir d'autre; que les évêques sont les successeurs des apôtres et qu'il faut leur rester uni pour être uni au Christ. Voir, pour les textes, les tables de Funk, Palrum apostolicorum Opéra, t. i, Leipzig, 1887, aux mots : àicdaroXo;, àxxXv)<rioc, iniv-t'inoz- [renée • I Tertullien lui donnent son plein développement et en font un merveilleux usage dans leur lutte contre les gnostiques. Ils ne cessent de répéter que la vraie doctrine est celle que Jésus a confiée à ses apôtres et lis apôtres aux évêques; -i ion veul avoir la vérité, il faut donc la chercher dans les éjjises fondées par les apôtres,

ou parmi les tilles de ces enlises mères, l.i chercher

notamment dans l'Kglise romaine, centre d'unité entre

APOSTOLICITÉ

toutes les égli i la bibliographie In née el

lullien. Ce qui préoccupe li 1 1 rertullien

Burtoul la doctrine el c'estsurtout le fait de la tradition tolique, conservant el transmettent cette doj trine. Mais la doctrine m '"-'"" épiscopal

chargé de la transmettre, el la question de fait emporte une question de droit; eux-mêmes nous le font suffisamment entendre en nous disanl la nécessité de

voir par les égliseï le Bi >eau vivant de la

toi (traduceni fidei) el en rappelant que dans I I n,.h,. aépôt de la tradition, est le Saint-Esprit qui empêche l'erreur; et, par conséquent, le privilège divin de la vérité [charisma veritatis certum). Saint Cyprien devait insister davantage sur l'unité du corps apostolique, pour faire vivement ressortir la nature antichrétienne du schisme et de l'hérésie. Voir à la bibliographie. Di le lll' siècle, la doctrine de l'apostolicité était donc développée dans ses traits principaux.

Augustin eut mainte occasion d'en faire usage, et il n'y manqua pas. 11 est vrai qu'il n'accole pas encore les termes d'apostolique et d'Église (universelle); mais il parle sans cesse de doctrine apostolique, de succession apostolique, de tradition apostolique, d'églises apostoliques, et l'apostolicité tient une grande place dans son enseignement, comme étant une propriété essentielle de la véritable Église et comme une marque distinctiveen face des communautés hérétiques. L'apostolicité, d'autre part, se concrétise chez lui dans les églises opo*toliques, fondées par les apôtres; et il nomme surtout celle de Jérusalem et celle de Rome; toute sa doctrine d'ailleurs suppose, évidemment, que l'origine apostolique n'est rien si la succession n'est légitime. Voir Specht, cité à la bibliographie.

Saint Thomas ne traite nulle part explicitement de l'apostolicité de l'Église, et il est curieux que, dans l'opuscule In symbolum (rédigé peut-être par un disciple, niais sur les leçons du maître), la propriété d'apostolicité soit remplacée par la stabilité inébranlable. Cela donne une belle idée, mais moins précise et moins pleine que Yaposlolicité. Une autre fois, il pose la question d'une autre façon : L'Église de nos temps estelle la même que celle des apôtres? el il la résout en trois lignes. Voir à la bibliographie. Bellarmin non plus, dans ses Controverses, ne donne à l'apostolicité toute l'importance qu'on attendrait, ou plutôt il décompose, pour ainsi dire, la notion en ses divers éléments : antiquité, durée, succession apostolique, unité de doctrine avec l'ancienne Église, union îles membres entre eux et avec le chef. Voir à la bibliographie.

Saint François de Sales fait de même, dans ses Controverses. Il est vrai qu'il annonce un chapitre directement intitulé Apostolicité, mais ce chapitre n'a pas été écrit. Voir à la bibliographie.

Des le XVII' siècle, les théologiens et les controversées se servaient expressément de l'apostolicité, comme d'une arme puissante contre l'hérésie; depuis, ils n'ont pas cessé de la manier. Mais nul, peut-être, n'a su en tirer parti aussi bien que BoSSUet et New mail.

En somme, la notion d'apostolicité a toujours été' de pair avec la notion d'Église. Plusieurs lois même des hérétiques en abusèrent pour essayer de se -enlever contre l'Église, sous prétexte de la ramènera sa pureté primitive. Voir Apostoliques, hérétiques. Ce fut aussi la prétention de !.. Réforme . ce qui amena les controver-

>i-tes catholiques a mettre en un plus vigoureux relief non seulement l'identité historique et doctrinale de

l'Église actuelle avec l'Église des premiers siècles, des apôtres, du Christ, mais aussi l'indéfectibilité promise par le Christ a s.m Épouse.

Cependanl une difficulté restait, celle des différences manifestes entre l'Église au berceau el l'Église adulte. h, ,., -.uni Thomas j répondail en quelques lignes profondes, distinguant ce qui esl substantiel et divii

gouvernement de M qui est développai i;..\ii, a. 19. Cependant paît plutôt de montrer qu il n\ avait pas corruption, d'étudier les conditions de développement légitime. Newman, que cette difficulté avait tourmenté plus que .,„•. i n I iquissa une solution |

,- te développement delà dot '""*•■ tr.nl. franc., Paria, 1818, el la solution répondait aux otradictoires du rationalisme qui lanU I proche a l'Église d'être immobile et momifiée, tantôt se prend aux manifestations les plus éclat

intellectuelle ou morale pour crier qu'elle chang

qu'elle n'est plus elle-même.

Enfin le sens historique, plus développe en notre Siècle, a mieux fait saisir ce qu'il y a d'unique et (le divin dans celte admirable identité de l'Église avec ellemême a travers les temps et les lieux, dans cette i tance à toutes les causes de ruine. dans cette survivance à toutes bs révolutions, dans cette vie toujours la même et toujours adaptée aux besoins de- temps et des lieux, dans cette fécondité que rien n'épuise. Bossuct et Joseph de Maisire avaient attiré l'attention sur ce point que des incroyante, comme Macaulay, ont eux mêmi gnalé avec tant d'admiration, et ils avaient montre que le doigt de Dieu était I... Lacordaire devait développer à Notre-Dame, le concile du Vatican a sanctionné le pro cédé'.

De nos jours, tous les théologiens traitent de 1 ap licite soit comme propriété essentielle de 1 Église, soit comme note distinctive. Pour ce dernier point, cependant, comme pour toute la que-tion des notes, il y > entre eux une différence de procédé. La plupart en traitent indépendamment de la primauté papale, et s ils v font une paît spéciale au siège de Rome, c'est comme siège évidemment apostolique, ou comme siège dont la communion a été regardée des les tout premiers siècles comme un sitjne et une garantie d'union avec 1 Kglise apostolique. Quelques-uns, comme l'abbé l'idiot, mettent en ligne de compte la primauté papale. I "Bte

en fait puisque lÉgliseapostolique est fondée sur Pierre: c'est menu facile à prouver, les ngéUqoes

étant sur ce point parfaitement clairs. Mais procéder ainsi, c'est supprimer, en fait, l'argument des ,, c'est renoncer à l'usage traditionnel de montrer I Eglise romaine comme la véritable Kglise. par les notes essentielles, sans passer par la primauté.

II. DÉMONSTRATION THÉOLOGIQUE. — Apres les expl lions qui précèdent, la démonstration théologique sera facile a saisir. On peut la ramener a deux points : I. Principe de l'apostolicité. U. Application du principe. /. PRINCIPE DE L'APOSTOLICITÉ . LA VRAIE ÈGt OB WT APOSTOLtQUB. - Tout se résume en deux propositions:

h L'apostolicité est une propriété essentielle* et. parcelle apostolicité essentielle a 1 Église, il faut entendre : origine apostolique, doctrine apostolique, succession apostolique.

2o L'apostolicité, regardée dans la succession tirs paslt,urs légit me marque dUtinctïv» de la w -

table Église, el elle emporte, avec l'origine apostolique, l'apostolicité de doctrine.

/. L'apostolicité, propriété essentielle <le l Eglue. — JéSUS a fonde une 1 glise, et il l'a fondée sur les apôtres. Les mené- textes promeut l'un et l'autre. Pierre et Us apôtres auront tout pouvoir de lier et d< I "< ' "'

les apôtres devront paître le troupeau unique où le Christ veut assembler toutes ses brebis. \oir Ami Il les envoie comme son IVre l'a envoyé, il leur di mission de continuer en son nom l'œuvre qu il esl venu foire de bâtir l'édifice dont .1 a tracé le plan et jet assises. Qu'ils enseignent ce qu'il leur a lui-même appris et que son Esprit leur fera entendre : qui ne pas ne sera pas sauvé, qui ne leur obéira pas de la soci I ! Qu'ils baptisent, qu'ils remettent I

APOSTOLICITÉ

qu'ils renouvellent le rit divin de l'eucliarislie; bref, qu'ils soient, en même temps que les prédicateurs de la parole, les dispensateurs des sacrements. Qu'ils gouvernent enfin cette Église, qu'ils doivent réunir par leur parole et sanctifier par les sacrements. Jésus est avec eux jusqu'à la fin des siècles, son Esprit les assistera, et jamais l'enfer ne prévaudra contre le royaume du Christ.

Les Actes et les Épîtres nous montrent les apôtres à l'œuvre; la société qu'ils fondent a une doctrine, des moyens déterminés de sanctification, une constitution et une autorité. Déjà aussi nous les voyons créant des évéques, se choisissant des successeurs pour la même œuvre d'enseignement, de sanctification, de gouvernement. Les écrits des Pères apostoliques montrent en acte ce que les apôtres ont fait, et ils donnent, en même temps que l'enseignement apostolique, la théorie de l'apostolicité. Il est donc acquis que les apôtres sont les chefs de l'Église et que les évoques établis par eux doivent leur succéder avec le même pouvoir; qu'ils prêchent, non pas leurs idées à eux, mais ce qu'ils ont appris du Christ et du Saint-Esprit, et que leurs successeurs doivent enseigner et transmettre fidèlement la doctrine reçue, rien de plus, rien de moins. S'il doit y avoir quelques différences entre les apôtres comme tels et les évêques leurs successeurs, elles portent sur des privilèges spéciaux (voir Apôtres), non sur les points que nous venons d'indiquer.

2. L'apostolicité, marque distinctive de la véritable Église du Cltrist. — Il s'agit ici de la succession des pasteurs ou de l'identité de gouvernement. L'identité de doctrine ne serait pas à elle seule une marque suffisante et exclusive. Si une société enseigne une doctrine contraire à celle du Christ et des apôtres, elle est jugée. Mais de ce que la doctrine serait ou semblerait être vraiment apostolique, on ne peut rien conclure. Il en est autrement pour la succession légitime des pasteurs. Avec elle il y a continuité, sans elle, non; avec elle, d'ailleurs, on est sûr, sans autre examen, de la véritable doctrine, car c'est au corps des pasteurs qu'a été confié le dépôt et qu'a été promis le Saint-Esprit pour le garder et le transmettre. On sait les beaux textes d'Irénée et de Tertullien sur ce sujet. Ils ne font que résumer et formuler l'enseignement du Christ et des apôtres. Sans cette succession légitime, pas de mission pour enseigner; pas d'autorité par conséquent; à plus forte raison, pas de garantie divine. Il faut voir avec quel mépris les saints Pères, saint Cyprien notamment, traitent ces hérétiques et ces schismatiques ayant pour toute mission celle qu'ils se sont donnée. C'est ce qui explique les angoisses de Luther pour se trouver une mission; ce qui explique les efforts désespérés des anglicans pour soutenir la validité de leurs ordinations, condition nécessaire, quoique non suffisante, de la succession légitime, et pour soutenir tant bien que mal la continuité malgré le schisme.

C'est, en effet, une chose évidente : l'Église étant un corps social hiérarchique, il faut appartenir à ce corps social pour avoir part à l'autorité de sa hiérarchie. Sans succession apostolique, la hiérarchie n'est plus celle que le Christ a instituée : c'est une œuvre humaine; et quand même les sacrements y resteraient, l'autorité n'y serait pas; car le pouvoir d'ordre n'emporte pas de soi le pouvoir de juridiction : celui-ci est attaché à la mission, à la succession légitime. Il ne suffit pas de se réclamer du Christ, ni même d'avoir les sacrements. On est des siens, on est de son église (je parle au for extérieur) quand on obéit aux pasteurs établis par lui, envoyés par lui. C'est donc pour une Église une question capitale que celle de la succession légitime. Voyons où se trouve cette -ion.

//. APPLICATION DP PRISt IPE : QUELLE Esr VBÀIM IPOSTOl tQl I '"

11 y a deux manières de procéder. On peut résoudre

la question grosso modo, pour ainsi dire, sans subtiliser, par une vue d'ensemble sur les différents groupes chrétiens, qui se réclament du Christ, et on peut la résoudre avec une précision plus scientifique.

i. Solution par l'observation concrète. — La société fondée par Jésus doit être quelque part dans le monde, puisque Jésus lui a promis la durée; elle doit être vivante et visible, réclamant pour elle ces prérogatives que lui promet l'Évangile, se montrant comme la continuatrice du passé, capable de donner ses titres et de légitimer ses prétentions. Ce ne peut être évidemment que l'Église latine, ou l'Église grecque ou le protestantisme, de quelque nom qu'on le nomme, ou l'anglicanisme, ou le groupement de tous ceux qui à quelque titre, se réclament du Sauveur Jésus.

Ce ne peut être le groupement de toutes ces sectes, dont les doctrines s'opposent, et qui s'analhématisent : il est trop évident qu'elles ne font pas une société, non plus que la France et l'Allemagne ne font un Etal. 11 faut renoncer à l'idée d'une Église visible ou renoncer à l'idée d'une Église ainsi séparée en tronçons. Reste donc à chercher quelle est, parmi les sectes chrétiennes, celle qui continue les apôtres, celle qui est leur légitime héritière. Serait-ce l'Église grecque ou l'Eglise russe? Qui Je croira? Il n'y a même pas une Église grecque; et, quant à l'Église russe comme telle, c'est une institution d'État. Serait-ce le protestantisme? Mais il ne forme pas une église. Serait-ce l'anglicaniame? Trop de signes évidents y montrent le schisme : il a sa date, et la main des hommes y a marqué son empreinte. Rome s'impose.

Ainsi à peu près raisonnait Nevvman, et c'est ce qui le fit catholique. « Les écrits des Pères... ont été la seule et unique cause intellectuelle de sa rupture avec la religion de sa naissance et de sa soumission à l'Église catholique... Si on lui demande pourquoi il s'est fait catholique, il ne peut donner que cette réponse, celle que son expérience intime, que sa conscience des choses lui présente comme la seule vraie : il est venu à l'Église catholique simplement parce qu'il la tenait, et elle seule, pour l'Église des Pères; — parce qu'il tenait qu'il y avait une Église sur terre jusqu'à la fin du monde, et une seulement; et parce que si ce n'était pas la communion de Rome, et elle seule, il n'y en avait pas du tout; parce que, pour employer un langage d'une réserve voulue, parce que c'était le langage de la controverse, « tous les partis seront d'accord que, de tous « les systèmes existants, la communion actuelle de « Rome est en fait l'image la plus rapprochée de l'Eglise « des Pères, quitte à croire, si l'on veut, qu'on peut en « être plus près encore sur le papier; » — parce que, « si saint Athanase ou saint Ambroise revenaient sou- « dain à la vie, nul doute possible sur la communion « qu'ils prendraient, » entendez, « qu'ils reconnaîtraient « pour la leur; » — parce que « tous accorderont que ces « Pères, malgré toutes les différences d'opinion, et, si « vous voulez, toutes les protestations, se trouveraient « plus chez eux avec des hommes comme saint Bernard « ou saint Ignace de Loyola, ou avec le prêtre solitaire « dans sa demeure, ou avec les saintes sœurs de charité, « ou avec la foule illettrée devant les autels, qu'avec les « chefs ou les membres de toute autre communauté re- « ligieuse ». Voilà le grand fait, évident, historique, qui m'a converti — vers. lequel onl convergé toutes mes recherches particulières. Le christianisme n'est pas affaire d'opinion, c'est un fait extérieur, qui pénètre l'histoire du monde, qui s'y réalise, qui en est inséparable. Il couvre matériellement le inonde, c'esl un fait ou une ■ ho continue, la même d'un boul à l'autre, distincte de

tout le reste; être chrétien, c'est être de ce systè ,

c'est s'y soumettre; et toute la question étail ou est, quelle est à présent relie chose qui au premier

itholique? La réponse impo ait; l'Eglise

APOSTOLICn i:

maintenant appelée cathoUqu.

pour la descendan ». I ' l organisation

■ les principes, ponr la position, pour les ^reU-

Lis intérieures, que l'on appâtait alors lr*hs< < » • ; ,,,„„.. noni et chose onl toujours marché ensemble, E'une union et une suite non interrompues, depufc SïsnVà présent. Avait-elle été corromi dans son

. J..J nt, c'était, tout au plus, affaire d'opinion.

ruTJltqu'elle^ccupaitleteminet«trou«U

place de l'ancienne M-^^f1 l'"1 , ' , ^présentante, fait inflniment plus évident quel hypo-

int , - certaines particularités de son ensm-

'nnement de réelles innovations et demies corruptions. E^qu'U n'y a pas d'alise, si vous voulez, et au monas ie nous comprendrai; mais ne touchez pas à un f. it attesté par l'humanité. » Anglican difficulté, * édit., Londres^ p. 320; en français, Conférences prêch^J VOraZirede Londres, Paris, 1851, t. ., p. 156 (traduc- ,, ouvent inexacte; je suis responsable de celle qu on vient de lire; les citations du texte sont empruntées par Newman à son Essai sur le développaient). 1 l Solution plus précise. - Les théologiens procèdent •-, neu près comme Newman; mais ils précisent sur JhaJs points et font valoir des considérations spéciales que d'ailleurs Newman lui-même na pas négligées. On peut mettre en relief soit l'unité sociale, soit

'"oTsohSot; par l'unité sociale. - L'Église apostolique est une unité sociale, bille suppose donc une seule autorité suprême, quelle que soit d'ailleurs cette autorité, monarchique ou aristocratique ; il n'y a pas une société, là où il v a deux gouvernements suprêmes. Or les églises orientales ne forment pas. en fait, une unite sociale et n'ont pas un seul gouvernement suprême : ou est le lien Se dépendance réelle entre l'église de Constant, nope , ceUe de Moscou, ou même celle de Bulgarie ou celle d'Athènes? Le patriarche de Constantinople ne prétend pas lui-même Unir de Dieu une autorité réelle sur toutes les églises autonomes et autocéphales dOrie , s'il le prétendait, s'il se croyait jamais pape, la réallh ï, détromperait vite. Reste le recours au concile œcuménique. Mais le concile œcuménique ne devra.t-.l pas comprendre aussi les latins.' Et même si l'on se passe des latins, qui croira possible un concile des évêques grecs russes, bulgares, etc., j'entends un conc.le qui pût imposer ses décrets et exiger l'obéissance .' LLglse apostolique n'est pas, ou elle est ailleurs que chez les grecs.

Serait-elle chez les anglicans? Le primat d Angleterre ne s'est jamais regardé comme le pape de toute l'Église, ni le synode pan-anglican comme un concile œcuméniqUe. 11 leur reste la théorie de 1 église ramil.ee (branchtheory). Mais qui ne le saitv Voir une seule 1 lise dans les Kgl.ses romaine, ru-sr, anglicane, cesi renoncera l'Église visible; revendiquer la continuation avec Hou, le schisme, revient à dire, comme le

faisait remarquer Josepl. de Maistre, quelques années après 1.. guerre de l'indépendance, que les Etate-Unis continuent de ne faire qu'un avec l'Angleterre. L Eglise apostolique n'est pas, ou elle est aille,,.- que chez les anglicans. - La conclusion s'impose sans recourir a la nullité des ordinations anglicanes, sans invoquer e tait palpable que l'église anglicane esl une institution d Etat, ', ,V,.st une église - connue disait Newman - qu en ,,„,,„.„, ,., ror i, papier. On peut raisonner de même* ,-,..,„,, deS sectes protestantes, i Le christianisme de Phistoire, disait Newman, n'est pas le protestantisme.

S'il v .'Ut jamais une vérité BSflUrj e, C est crlle-la. ,

Essay, déjà cité, Introduction, n. 16, p. h b) Solution par la continuité. Veut-on prendre la

question d'un autre biais? Étudions la conl të, el la

mission légitime.

L'Église apostolique a dû venir des ipôtrea jusque

noui ; ''i- continu- d.

,,.,,,,,! oir par mission d- I aut

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