APOSTOLIQUES, hérétiques des XIII- et
xiv- siècles. — I. Histoire. Il Doctrines).
I. Ilisioint. — La secte des apostoliques ou faux apôtres commença à Parme, en 1260. Son initiateur fut Gérard Segarelli (qu'on trouve encore nommé Segalelli, Sagarelli, Cicarellij. C'était un homme de basse extraction, ignorant et passablement fou, que les franciscains n'avaient pas voulu recevoir chez eux.
Il rêva de reproduire la vie des apôtres. Dans ce bot, il adopta le costume qu'il croyait avoir été celui des apôtres, parce qu'il les avait vus peints de la s. manteau blanc roulé autour des épaules et robe grise. Il laissa croitre sa barbe et ses cheveux, et prit les sandales et la corde des franciscains. C'est là, du r le seul point d'attache des apostoliques avec l'ordre de saint François, et l'on a eu tort de les confondre avec les fralicelles. Puis, ayant vendu une petite maison, "lli en jeta le prix à des rihauds, et se mit à parcourir les rues de la ville, prêchant, dans un jargon mi-lalin mi-italien, la pénitence et l'imitation de la pauvreté apostolique.
Accueilli par des risées, il finit par avoir quelques adeptes, dont le nombre grossit vite, et qui allèrent, dans diverses directions, porter sa parole. Leur propagande s'étendit assez loin, puisque, en 1287,1e concile de Wurzbourg, can. 3k défendit à eux de continuer leur genre de vie et aux fidèles de les recevoir et de les nourrir. Cf. Labbe et Cossart, Sacrosaneta concilia, Taris. 1671, t. xi. col. 1331. Quant à Segarelli, il resta • l'arme, libre d'abord, ensuite en prison, et bientôt après dans le palais de l'évêque, aux yeux de qui il n'était qu'un bouffon divertissant.
Cependant les progrès de la secte furent tels qu'Honorius IV, le 11 mars 1286. et Nicolas IV, en 1390. jngi utile de la condamner. Cf. Prou, Les registres d li rius IV, Paris, 1886, t. i, col. 236; Raynaldi. Annal, eccles., ad an. 1290, n. 51. En 1294, l'évêque de Parme emprisonna Segarelli. Faut-il reconnaître, avec ktansî, les apostoliques dans ces hérétiques si énergiquement stigmatisés, mais sans être nommés, par Boniface VIII. dans une bulle du 1" août 1296? Cf. Raynaldi. Annal. eccles., ad an. 1296, n. 34, et, ibid., Vudditamentum de Mansi. Il semble plutôt que Boniface VI II vise les frères du libre esprit. Segarelli réussit à s'évader; repris, il abjura. Finalement, convaincu de récidive, il fut livré au bras séculier et brûlé à Parme, le 18 juillet '
La direction des faux apôtres fut recueillie par Dulcin, spéculatif bizarre et médiocre, mais homme intrépide. tempérament de condottiere et de révolte sans scrupules. Tombé trois fois aux mains des inquisiteurs, il reni3 trois fois la secte. Presque au lendemain de l'exécution de Segarelli, en août 1300, il lança une sorte de manifeste ; un autre suivit, en 1303. Puis, passant delà théorie à l'action, il rassembla ses partis u retira, avec eux, dans les montagnes des diocèses de Verceil et de Novare. Il s'y maintint jusqu'en 1306, vivant decontributions volontaires ou contraintes, échappant aux troupes qui venaient l'assaillir et les taillanl en pièces, in 1306, Clément V promulguai contre lui une croisade. Cf. Bernard Gui, Practica inquisitionis heretiee pravitatU, p. 340. L'évêque de Verceil fut mis à la té te de l'expédition. Lesdisciples de Dulcin furentéen lui-même fut pris, et, le I' juin 1307, son corps fut coupe en morceaux et livré aux llammes.