‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 95 sur 338 · C. Toussaint · texte numérisé non relu

C. Toussaint

ARCHONTIQUES. Secte gnostique, branche des Marcosiens, au dire de Tillemont, Mémoires..., 2e édit., Paris, 1701, t. n, p. 295, se rattachant surtout au système de Marcion. On ignore la date de son apparition et son histoire; mais elle parait postérieure à saint Irénée, à Tertullien et à l'auteur des Philosophoumena, car ils n'en parlent pas; elle ne nous est connue que par saint Épiphane, qui la trouva en Palestine, vers 370. Elle y avait été fomentée par un nommé Pierre, habitant près d'Hébron, entre Éleuthéropolis et Jérusalem, à Cabarbaricha; l'évoque Aétius dut la condamner. Pierre, déposé du sacerdoce, se réfugia à Cochaben, en Arabie, dans un centre, où pullulaient Êbionites et Nazaréens; assagi par l'âge, mais sans être réellement converti, il revint d'exil, trahit de nouveau ses sentiments hétérodoxes el fui excommunié, cette fois, pur saint Épiphane,

Or c'est des lèvres de ce Pierre que l'arménien Eutacte, ou Axaxto;, comme l'appelle Epiphane en jouant sur son nom, recueillit la doctrine de cette secte, pendant un voyage qu'il faisait en Palestine, la rapporta dans sa patrie et la répandit habilement dans lés deux Arménies.

Les archontiques ne paraissent pas avoir joué un grand rôle; les renseignements, fournis par saint Épiphane, sont très succincts, mais ils permettent de classer la secte.

Il y a sept cieux, chacun gouverné par un "Ap-/o>v, entouré d'ordres ou d'anges qu'il a engendrés. L'archon du septième ciel, c'est Sabaoth, le Dieu des Juifs, l'auteur de la loi, le tyran, l'oppresseur. Au-dessus de ces sept cieux, il y en a un huitième, qui est le séjour de la Mère brillante et du Père de tous les êtres. Ceux-ci forment-ils un couple ou une syzygie? On ne le dit pas; mais on voit qu'ils occupent le premier rang et sont chargés d'atténuer les abus introduits dans la création par les ardions, en particulier par Sabaoth, et d'offrir un refuge aux âmes qu'ils ont envoyées sur terre. Car l'âme, de céleste origine, sert de nourriture aux archons, entretient leur vie et fait leur force; mais dès qu'elle parvient à la gnose, dès qu'elle échappe au baptême de l'Église et à l'influence de Sabaoth, elle s'envole dans chaque ciel, s'y excuse auprès de chacun des archons et parvient ainsi auprès de la Mère brillante et du Père de tous les êtres. Cela rappelle l'hebdomade et l'ogdoade des gnostiques, l'histoire de l'étincelle do vie divine, égarée dans la matière, délivrée et repassant par toutes les sphères inférieures pour être réintégrée dans le lieu de son origine; c'est du gnosticisme moins les éons et la division des hommes en hyliques ou pneumatiques, dont il n'est pas question; mais c'est le gnosticisme docète, car les archontiques n'attribuent au Christ qu'une apparence de corps; un gnosticisme étroitement apparenté avec le marcionisme, car c'est la même haine envers le Dieu des Juifs ; antinomistes décidés, les archontiques souillent leur corps de la façon la plus honteuse par toutes sortes de débordements; ils se donnent des apparences ascétiques pour en imposer aux simples par la pratique du jeûne et le mépris des richesses; au fond, de vrais hérétiques qui condamnent le baptême, ne participent pas aux saints mystères, nient la résurrection des corps et n'admettent que celle de l'âme. Saint Épiphane les compare à ces insectes qui se plaisent dans l'ordure, y séjournent et s'en nourrissent. Huer., xl, 3, P. G., t. xli, col. 681.

A l'exemple de toutes les sectes, les archontiques eurent à leur service divers apocryphes, tels que la petite et grande Symphonie, l'Assomption d'Isaïe, les livres de Seth et de ses sept enfanls, désignés par eux sous le titre d'Allogènes, àXloyivv.z; ils citaient les prophètes inconnus, comme Martiades et Marsiane; ils accommodaient l'Écriture à leur fantaisie et construisaient des fables aussi ridicules que misérables. C'est ainsi qu'ils prétendaient que le diable est le fils du septième archon, Sabaoth, le Dieu des Juifs; qu'il a eu, de son commerce avec Eve, Caïn et Abel; que Seth, lils d'Adam, a été enlevé par le Dieu bon pour être soustrait à la mort et qu'il n'a été remis sur terre avec une nature à la fois corporelle et spirituelle que pour échapper à l'oppression de Caïn ou des puissances du créateur; qu'il n'a pas adoré le créateur et le démiurge, mais seulement la puissance innommable, le Dieu bon; et que tout ce qu'il a découvert sur le créateur, le démiurge, les archons ei les puissances, a été consigné dans son livre e1 les livres de ses enfants.

S. Épiphane, Ht>:,xj., P. G., t. xi.i, cet. (177 sq.; S. Augustin, Hier., xx, P. I... t. xi.n, col. 29; Th od n t, //av. /«/-., i, 11, P. G., t. LXXXIII, col. 861.

(I. Bareille.

ARCIMBOLDI Jean-Ange, archevêque de Milan, m'en i486, mort le 6 avril 1555. Venu à R< en 1515, il

fut légal de Léon X en Allemagne, et François Sforza, duc de Milan, lui confia une ambassade en Espagne. En I525i il fl1' nommé évoque de Novare. .Iules 111 le transféra en 1550 sur le siège de Milan. Pour l'instruction dus fidèles, il publia un Catalogue des hérétiques

ARClMBOl.ni ARCUDIUS

de Bun époque qui doui est surtout connu par Pou

suivant : Catalogo ove Arcimboldo,

no, a & de

figlittoli d'iddio e membri di Cristo, i quali ne loro

scritti cercano la riformazione de\ '"'""

con una riposta de Petro Patdo Vergerio, in-8», s. I.,

PI, scriptorum Mediolanensium, in-

M., tlilu . 1945.

B. Heubtebize.

ARCUDIUS Pierre, controver.-iste du XVH« siècle qui a laissé un nom dans la science. Né a Corfou en

1502 ou 1563, il entra au collège grec de Home en 1578 et \ passa quatorze années. Il fut le premier élevé de cet établissement naissant qui obtint le grade de docteur (24 janvier 1591). Quand il soutint ses thèses. Arcudius était déjà prêtre. A cette même époque, un grand mouvement de conversion agitait les populations rut! soumises au sceptre des rois de Pologne. L'évéque latin de Luck. Bernard Maciciwski, plus tard cardinal, se trouvait a Rome pour traiter, au nom de Sigismond III, cette grave affaire de l'union. En repartant pour la Ruthénie, il obtint du pape Grégoire XIV d'emmener avec lui le nouveau docteur de Saint-Athanase afin de s'en servir pour la défense de l'union et la réforme du clergé rulhene. L'Iiistoria collcgii Grxcorum de urbe, à qui j'emprunte les détails de cette mission, fait honneur a Arcudius de la conversion d'Hypace Pociey, l'un des fondateurs du catholicisme rulhene. Cf. E. Legrand, Bibliographie hellénique du xvw siècle, in-8», Paris, 1895. t. m, p. 21 't. Devenu évéque de Wlodimir (1593), Pociey confia a son jeune maître dans la foi l'école de la Confrérie de Brzesc, en lui cédant pour son entretien le village de Torokanie, détaché pour ce motif de l'archimandrie de Zydyczyn. Par un diplôme du 23 août 1599. Sigismond III approuva cette cession, mais sous la réserve, dit le privilège royal, « qu'aussitôt après l'établissement d'un collège ou d'un séminaire pour les jeunes gens de la religion grecque, Pierre Arcudius s'appliquerait à les instruire dans la pratique des bonnes mœurs et la profession de la foi grecque sous l'autorité du pape. » Actes de la Russie occidentale, t. iv. Cette condition ne tarda pas à être remplie. Pierre Arcudius vint enseigner au collège grec de Vilna. et bientôt Sigismond et Pociey s'empressèrent de reconnaître ses services par de nouvelles libéralités. Un diplôme royal du 4 mai 1601 lui accorda l'archimandrie de Lawryszew, tandis que, de son côté, le métropolitain le nomma archiprêtre de Pinsk,

Nui) content de former les jeunes clercs à la science et aux vertus ecclésiastiques, Arcudius mit sa plume au service de l'union. En 1597. le calviniste Lironski avait publié, sous le nom emprunté de Christophe Philalèthe, un violent pamphlet contre les catholiques, VApocrisis. Arcudius le réfuta par VAntirrhisis, qui parut sans nom d'auteur à Vilna, en 1600. Cet ouvrage est d'une importance capitale, a cause des nombr pièce- originales qu'il contient ; elles ont été réimprimées presque toutes dans les Actes </<■ la Russie occidentale. En 1602, Ai ■cudius publia, à Cracovie, l'opuscule de Bessarion sur la Procession du Saint-Esprit, et. l'année suivante, les Inscriptione» de Jean Beccos sur le même sujet,

I qu'il resta en Pologne, Arcudius prit une part active auz affaires de l'union; après le métropolite Poci j le savant professeur du collège grec fut

l'homme de Vilna qui travailla le plus, a cite époque, pou, le bien (le l'Église rulhene. lai 1609, il quitta

r< tin i a Borne, En partant, il l'ut chargi le ne tropolite de faire connaître au pape l'état de l'union. Voir Ibeiner. Monumenta Polonie historica, t. m,

p. 296, et le rapport de lUitski a la S. ('.. de la Protide en 1623, dans Harasiew ic/, Annales Ecclesim

ruthenm, in 8», Lemberg, 186*, p B8 261 Cf. A

es au XTW riéi /<-. £ Josaphat, in-B», Pari-, 1897, t r, p. 1 1 " a

Arcudius entra, a titre de théologien, dan» la

rdinal Scipion Borgtu du pape

Paul V. II demanda alors et obtint l'autorisation de

: au rite latin. Ami de la retraite et de I ,-tude. il se trouva bientôt mal à l'aise dans le palais bruyant des Borghi lai "l,ri1 u" Uite P101

Ce fut là qu'il passa les dernières années de SS Avant perdu, à la suite d'un accident. jambes, Arcudius se faisait transporter tous les matins dans la bibliothèque du collège et ne rentrait dan cellule qu'après le coucher du soleil. Il mourut en 1CU3, et fut inhumé clans l'église de Saint-Athanase.

Dans la controverse où il excelle, Arcudius ne le cède à personne dans l'art d'injurier ses advi Ces*

la son grand défaut, au témoignage de Goar, d'Eus. Renaudot et de la plupart des historiens. Il n'a point songé qu'en exagérant la vérité, on l'outrage plus qu'on ne la détend. On aurait tort pourtant de soupçonner sa su rite et sa bonne foi. Missionnaire avant d'être écrivain, il écrivit comme il avait prêché, et l'on sait que la dication n'est pas ennemie de l'exagération. Léon Allatius, qui ne pèche point par excès de tendresse envers ses compatriotes, a porté sur notre auteur un jugement qui restera, semble-t-il. celui de 1 histoire : IV | integer, veritatis amans, sectariorum Iwstis, quorum et nomina abhorruit, files tamen aequo ardentius; et. cum posset ssepenumero ralionibus, iniurii» maluit tntari sententiam; sic, dum oninia quaecumque excerpserat m quocumque argumento dicere studet, plerumque a proposilo digressionibus, iisque lungissimis, rem et orationem perturbât : stylo grxco, quo sibi nimium plaudebat, infclicior, quidquid dixent Balthasar Ansideus. De Ecclesim occident, atque orient. perpétua consensione, in-4», Cologne. 1648, col. 999. Balthasar Ansidei avait cru pouvoir dire qu Athènes ellemême n'avait pas été aussi atlique que le langage de Carvophvllis et d Arcudius.

Voici, dans leur ordre chronologique, les divers ouvrages de notre auteur : 1" 'AvT(ppT)ffi« sne Apologia contra Christophorum Philalethem (en polonais . in-i . Vilna, 1600. Cet ouvrage, dédié à Léon Sapihea. grand chancelier de Lithuanie. a paru sous le voile de l'anonyme, mais la paternité d Arcudius sur cette réplique au pamphlet de Tronski est incontestable. M. E. Legrand possède en manuscrit le texte latin de l Antirrhesis, avec cet intitulé : Pétri Arcudii Corcyr&t Apologia advenus Christophorum Philalethem. Voir Bibliographie hellén. du IVIP siècle, t. ai, p. 222. 2° A rionis cardinalis, archiepiscopi Nicseni, Opuscuhtm de processions Spiritus S. ad Alexium Lascarim l'hilanthropinum, in-4», Cracovie. 1602. Dans l'épitre dédicatoire. adressée à Bernard Maciciwski. alors é-vêque de le. Arcudius remercie son bienfaiteur de la protection qu'il lui accorde depuis de longues année* hinc multis annis. Cf. Legrand. op. cit., p. 226. l"ne traduction polonaise de Cet opuscule fut publiée a •

covie en 1605, dans le même format. Legrand, op p. 230-231. 3° Joannis Beeà ConstantinopoliXam Iriarchm, îtueriplionet, m tententias tanctorum trum. quasde procession» Spiritus Sancti collegit, in-4», Cracovie, 1603. i° Libri VII de concordia Ec< dentalis et orientai»» i« septem tacramentorum administrât icne, in-fol., Paris, 1619. 1626; m -. 1672. Cet ouvrage, dédie a Sigismond 111 «i est le principal titre de gloire d'Arcudius; i celui qui lui a valu le plus de reproches. L'n italo

de Reggio, Jean-Baptiste Catumsyritus, le r ■

le livre suivant ; Vera utriu-

torum concordia, in-4 :,""',a

theologica quontmdani clanss. vironan posteriorum

ARCUDIUS — ARENT

Grœcorum... circa processionem SpiritusSancti, in-'0, Rome, 1630, 1670. Ce recueil, dédié à Urbain VIII, c intient successivement : a) les Inscriptiones de Jean Beccos avec la réfutation de Palamas et la contre-réfutation de Bessarion. Arcudius avait déjà publié cet opuscule à Cracovie en 1603; il se trouve reproduit dans Aligne, P. G., t. clxi, col. 243-310; b) la Colleclio sententiarum ex sanclorum scriptis du même Jean Beccos ; Allatius en a donné une édition beaucoup plus complète, P. G., t. cxli, col. 613-724; e) l'opuscule de Bessarion sur la procession du Saint-Esprit, qui avait également paru à Cracovie en 1602; cf. P. G., t. clxi, col. 321-448; d) la Lettre de Bessarion aux Grecs, reproduite par Migne, loc. cit., col. 449-490; e) le traité de Démétrius Cydones contre les erreurs de Palamas, réimprimé par Migne, P. G., t. CLiv, col. 836-864; f) le traité du même Cydones sur la procession du Saint-Esprit, P. G., loc. cit., col. 864-957; g) des extraits des Œuvres de saint Augustin relatifs à la procession du Saint-Esprit, accompagnés de la traduction grecque de Maxime Planudes, P. G., t. cxlvii, col. 1111-1166; h) la lettre de Nicolas V à l'empereur Constantin Paléologue, avec la traduction grecque de Théodore Gaza, en regard, P. G., t. clx, col. 1201-1212. 6° Utrum delur purgatorium, et an illud sit per ignem, in-4°, Rome, 1632, 1717. Cet opuscule est en partie reproduit dans le volume suivant : 7° De purgatorio igné advenus Bavlaam, in-4°, Rome, 1637 : œuvre posthume publiée par les soins de Pantaléon Ligaridès, disciple d'Arcudius; elle est écrite en grec, avec la traduction laline en regard. Sous le titre de xel|Uvov, l'auteur commence par donner le texte de Barlaam, auquel il répond plus ou moins longuement dans ràuoy.pKjiç. Il est bon de rappeler que le texte attribué ici à Barlaam n'est pas de lui, au rapport de A. K .Dimitrakopoulos, 'Op6ôSo$oç 'E),).dt;, in-8°, Leipzig, 1872, p. 75; ce serait tout simplement la réponse des grecs au concile de Florence sur la question du purgatoire. Quoi qu'il en soit, ce rarissime ouvrage fait le plus grand honneur à Arcudius, bien qu'il soit très inférieur à l'opuscule d'Allatius sur le même sujet. 8" Menologium Grsecorum jussu Basilii junioris Imp. Constantinopolitani ante annum sal. dcccclxxxiv conscription, traduit en latin par Arcudius sur le célèbre ms. du Vatican et publié par F. Ughelli dans VItalia sacra, in-fol., Rome, 1659, t. vi, col. 1049-1230; Venise, t. x, suppl., col. 213-318.

Parmi les ouvrages inédits de notre auteur, E. Legrand, op. cit., t. ni, p. 220, cite les suivants : 1» Éloge du pape Grégoire XIII contenu dans le Parisinus 1100, fol. 56-60'°; 2° Histoire de l'union des Ruthcnes avec, Rome; 3° Les premiers temps du collège grec de Rome; ces deux ouvrages se trouvent aux archives du collège grec de Rome; 4° Réponse au livre de Gabriel Sévère sur les sacrements; 5° Réponse à J.-B. Catumsyritus.

Je ne renvoie que pour acquit de conscience aux ouvrages publiés par les grecs : G. J. Zaviras, Nea 'E/)à; r, IXXv]Vixbv iv.édit. G. P.Kremos, in-8% Athènes, 1872, p. 143-145; C. N. Sathas, Neoe).).i]ViXT| s^o/ovia, in-8% Athènes, 1868, p. 260- 204. Le seul auteur qui mérite d'être consulté est E. Legrand, Bibliographie hellénique du xvn' siècle, in-8", Paris, 1805, t. III, p. 209-232.

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