PIERRE LOMBARD. LUTTES AUTOUR DES SENTENCES
1070; Epist, xxi, aux cardinaux, t. cxcm, col. 570 B
et 584 B. Plus sage apparaît un de ses contradicteurs, Êberhard de Salzbourg. qui le rappelle à la modération avec une fermeté et une franchise qui réjouit. Epist., xvi. col. 555 BG et 562 AC.
Mais Gerhoch n'assista pas, avant de mourir, à la condamnation de Pierre Lombard. Toutefois, si, dans ses controverses antiadoptianistes, il se vit, tout comme ses opposants, imposer silence par Alexandre III, lettres du 22 mars 1164, Jaffé, n. 11011 et 11 012; P. L.. t. ce. col. 288-289, il eut au moins la satisfaction d'avoir une approbation, en plein concile, pour l'avis énoncé dans le De gloria et honore Filii hominis, et de recevoir de grands éloges pour son zèle. Mêmes lettres, ibid.. col. 288-289; Epist., xxi. col. 585 D. La prohibition de 1 164 contre les indisciplinatie quiestiones est rappelée par lui dans sa lettre au Sacré Collège, Epist., xxi, col. 584 B; peut-être eut-il quelque part dans cette mesure par l'intermédiaire de ses agents, défenseurs de ses idées. La manière dont il accusait Pierre Lombard — et il n'y allait pas de main morte dans l'ouvrage présenté au concile de Reims — donne lieu de croire que son influence ne fut pas étrangère à la prohibition, Liber de gloria et honore Filii hominis, c. xvm, 5, t. cxciv, col. 1141 AB, et une étude plus étendue de la partie inédite de son œuvre aboutirait à faire constater sans doute une collaboration plus intense encore à cette polémique.
2° Offensive de Gautier de Saint-Victor et IIIe concile du Latran (1170). — On aurait pu croire que la mort de Gerhoch, en 1169, et surtout la condamnation portée en 1177 par Alexandre III allait mettre fin aux discussions. Il n'en fut rien. Déjà auparavant, Maurice de Sully, Robert de Melun et d'autres sans doute encore avaient attaqué les doctrines de Pierre Lombard, comme nous le rapporte Jean de Cornouailles, Eulogium, c. iv, P. L., t. cxcix, col. 1055 A. Mais, au même moment, ses gloses sur les psaumes et les épîtres pauliniennes avaient l'honneur d'être commentées et glosées non moins que ses Sentences dans les cours scolaires, voir plus haut, et bientôt, avant 1175 déjà, car il est dédié à Guillaume aux blanches mains avant son transfert à Reims, le grand commentaire en cinq livres de Pierre de Poitiers, le principal élève du Lombard, mettait davantage en relief les idéeset la manière du Magisler Sententiarum. Est-ce ce renouveau de succès et ces signes de l'influence exercée qui donnèrent une nouvelle acuité à l'attaque? Toujours est-il qu'au concile œcuménique du Latran, réuni peu d'années après (1179), se produisit, encore une fois, un fort mouvement contre le Liber Sententiarum. Les renseignements qui nous sont parvenus sur ces débats ne permettent malheureusement pas de se faire une idée bien complète des événements. Le principal garant que nous en ayons n'est pas en effet un des nombreux chroniqueurs de l'époque, français ou anglais, qui ont >ùt de la recherche et de la transcription du document original. Bach. op. cit., t. n, p. 73, dit bien que las Annales de Reichersberg parlent d'une condamnation du nihilisme au concile du Latran; nous n'avons rien trouvé à l'endroit qu'il cite. Mon. Germ. hist., Stript., t. xvii, p. 501 sq. ; le concile est décrit très brièvement, p. 506; voir Hcfcle-Leclercq, Histoire des conciles, t. v b. p. 1110, où l'erreur de Baronius, Annales, an. 1179, n. 13, est corrigée; Mansi, t. xxn, p. 247, qui donne la rectification de l'agi.
est au seul témoignage de Gautier de Saint-Victor, polémiste violent jusqu'à l'injustice, que nous devons nos informations. Le pape Alexandre III avait eu l'intention de porter en plein concile une condamnation contre renseignement christologique de Pierre Lombard; voir le texte dans Denifle, article cité de VArchiu far Literatur- unrf Geschichte des M. A., t. i, p. 10G
407; Hefele-Leclercq, loc. cit. Mais un certain nombre de cardinaux, opposés à son avis, lui répondirent qu'ils avaient à s'occuper d'atïaires plus importantes et, sur la réplique du pape, que la principale affaire était précisément la condamnation des hérésies, ils se retirèrent du consistoire. Un évêque du pays de Galles, Adam de Saint-Asaph, c'est-à-dire sans doute Adam du Petit- Pont, l'ancien professeur de Paris qui s'était fait remarquer jadis par sa lutte contre Gilbert de LaPorrée et dont l'œuvre avait été connue du Lombard, alla même plus loin dans son opposition à toute condamnation. Pour l'identification du professeur de Paris et de l 'évêque de Saint-Asaph, voir le Mouvement Ihéologique, p. 158, n. 3; Mansi, t. xxn, p. 458. La coïncidence des dates et le titre de Magisler (Roger de Hoveden, Chrônica, pars post., an. 1175 et 1177, lier. Bril. Script., t. li b, p. 78 et 131) et de Canonicus Parisiensis (Raoul de Dicetum, Imagines historiarum, an. 1175, même coll., t. lxviii, p. 402, et Othon de Freising, Gesta Friderici imperatoris, 1. I, c. li) donnent un grand poids à l'identification; bonne notice par T.-A. Archer, dans le Dictionary of national biography, t. i, 1908. p. 75-76. Il sortit avec les cardinaux en disant : « Seigneur pape, moi qui ai jadis été à la tête des écoles de Pierre Lombard, je défendrai les idées du Maître. » La réflexion qui suit chez Gautier fait croire qu'il y eut pourtant une décision prise : Quid plura! cessent jam putridœ ranarum garrulitates, apostolica Sede de Roma ita intonante ac diffiniente. Mais aucune trace n'en est restée, à part la lettre antérieure à l'archevêque de Sens, que Gautier rapporte ici tout au long et dont il est question dans l'appendice aux actes du concile: voir Mansi, t. xxn, p. 453 et 246. Sur Gautier, voir F. Bonnard, op. cit., t. i, p. 121, qui donne une traduction autre que ne le permet le texte de Denifle; et Hofmeister, art. cité, p. 147, n. 2; p. 668, n. 3.
Quoi qu'il en soit, le pamphlet où Gautier de Saint- Victor, au lendemain du concile, rappelle cet incident constitue à lui tout seul une des plus violentes attaques qu'eut à subir l'ouvrage de Pierre Lombard. Le titre qu'on lui donne habituellement, d'après une expression contenue dans l'introduction, Contra IV labyrinthos Francise, dit déjà le degré de véhémence auquel on peut s'attendre : Pierre Abélard, Pierre Lombard, Gilbert de La Porrée et Pierre de Poitiers sont violemment pris à partie; analyse de l'écrit, dans Denifle, art. cité de VArchiv fur Lit. Gesch., t. i, p. 404 sq. ; longs extraits et tables des chapitres, dans Du Boulay. op. cit., t. n, p. 629-670, et 402 sq.; édition du IIe livre par Geyer, Die Sententisc divinitatis, dans les Bei- Irdge, t. vu, fasc. 2 et 3, p. 173*-199*; extraits dans Du Plessis d'Argentré, Collectio judiciorum, t.V Paris, 1628, p. 114, 110-118, avec apologie de Pierre Lombard. Le fougueux prieur de Saint-Victor, qui n'a plus rien de la ferme mansuétude d'Hugues son prédécesseur, pas plus qu'il n'a hérité de sa pénétration, reproche avant tout à Pierre Lombard ses erreurs christologiques, qu'il développe et réfute longuement. Il leur ajoute des erreurs sur la création, l'état primitif et la chute, la réparation des anges et des hommes, la résurrection, le sacrement de l'autel et de la confession. les définitions des vices et des vertus, les fins dernières. Mais il ne précise pas si chacun des quatre auteurs cites est responsable de chacune de ces doctrines : Sunt et alia milita de C.reatore rerum, de statu et lapsu, reparatione et resurrectione angelorum cl hominum, de sacra mento altaris et confessionis, de deftnitionibus virtutum et vitiorum, de finibus universorum, in libris istorum contraria catholiese verilali, quse prsetermisimus. Ms. de la Bibl. nation., lai. 17187, fol. 265 v°.
La véhémence du ton fut évidemment préjudiciable à l'exactitude de l'information et à la sûreté du juge ment. Trois exemples suffiront à le montrer. Gautier