I. La trinité platonicienne. — 1 . La question
2. La «trinité » platonicienne (col. 2325). 3. La rencontre du dogme avec la triade néoplatonicienne (col. 2327).
Quelques textes : Saint Justin, Apo/.,i,60, P. G., t.vi, col. 420 A; — Clément d'Alexandrie, Strom., IV, xxv, t. vin, col. 1365 AB; Stàhlin, t. n, p. 317-318; Strom.. V, xiv, t. ix, col. 156 AB; Stàhlin, t. n, p. 395; — Origène, Contra Celsum, V, xxxix, t. xi, col. 1244 B; Koetschau, 1. 1, p. 43, 1. 22 sq., et VI, lxiv, col. 1396 D ; Koetschau, t. i, p. 135, 1. 9; In Joannem, n, 2, t. xiv, col. 109 B; Preuschen, t. iv, p. 55, 1. 18 sq. ; et v, 5, Preusciien, t. iv, p. 102, 1. 28 sq. ; — Constantin, Oratio ad sanctorum cœtum, n. 9, P. G., t. xx, col. 1256 A; éd. Heikel, p. 163; — ■ Eusèbe de Césarée, Prœparatio evangeliea, 1. XI, c. xv-xvin, xx, P. G., t. xxi, col. 885 sq. ; 901 C; — Saint Grégoire de Nazianze. Oratio, xxix (theol. m), n. 2, t. xxxvi, col. 76 B, et Poemala theologica. sectio i, carmen 3, t. xxxvn. col. 413 A; — Saint Augustin, Confessions, VII, ix, 14, P. L., t. xxxn, col. 741; De Genesi ad litteram, I. iv, 9; v, 10, t. xxxiv, col. 249, 250; De Trinitale. 1. XV, c.xv et xvi, t. xlii, col. 1077 sq. : — -Sa nt Cyrille d'Alexandrie, Cont. Julianum, I. VIII, P. G., t. lxxvi, col. 920 CD; — • Théodoret, Grœcarum afjectionum curatio, il. De prineipio, P. G., t. lxxxiii, col. 848 C- 853 B; — Claudien Mamert, De statu animœ, II, vu,
3, P. L., t. lui, col. 716 D-717 A.
/. position de la question. — 1° Pour donner à la « triade » néoplatonicienne son véritahle sens, il faut la replacer dans l'ensemble de « la hiérarchie qui descend de Dieu jusqu'à terre ». Maxime de Tyr, Disc., xvn, 11. De cet étagement, elle constitue les degrés supérieurs à partir du premier Principe, dont « dépendent tous les êtres, subordonnés les uns aux autres, rà^pù-ra xaî -rà Se'j-repx xxl ~à rpiTa». Clément d'Alexandrie, Strom., VII, n, P. G., t. ix, col. 412- 413; Stàhlin, t. m, p. 7 et 8. Saint Augustin s'enchanta de cette grandiose conception d'un ordo rerum universel, de ces degrés de perfection qui •descendent par les créatures spirituelles jusqu'à la matière, et par lesquels l'âme doit repasser dans son ascension vers Dieu. Sans eux, disait-il, il n'y aurait pas d'univers. Quia non essent omnia, si essent sequalia; non enim
PLATONISME DES PÈRES. LA TRINITÉ
essent multa rerum gênera, quibus conficilur universitas, primas et secundas et deinceps usque ad ultimas ordinalas habens crealuras, et hoc est quod dicilar omnia. De dio. qusest, LXXXIII, q. xi.i, P. L., t. xi„ col. 27.
L'importance donnée à la hiérarchie des êtres est chez les écrivains postérieurs une trace d'influence platonicienne. .Mais, dans le néoplatonisme, la transcendance de la Monade ou de l'Un exigeait, en outre, qu'il ne pût produire immédiatement toutes les créatures, pas plus qu'il ne pouvait être par elles immédiatement atteint, sa simplicité répugnant à tout contact avec la multiplicité, s oir ce qui a été dit plus haut de Philon. Plutarque, Maxime de Tyr, Numénius.
De là le rang à part assigné au premier intermédiaire, le seul que, dans sa solitude, produise le premier Principe, jxôvoç fxôvov, et qui, créateur du reste, est aussi un intermédiaire nécessaire sur la voie du retour, car il est le lieu des pures intelligences; or, c'est quand on est devenu une intelligence purifiée voûç xsxaQapuivoç, un citoyen du monde intelligible, qu'on peut s'unir au Dieu suprême (jlovoç |i.6vw. Plotin, Enn., V, i, 6; VI, vu, 34. Cf. Numénius, dans Eusèbe, Prœp. evang., 1. XI, c. xxn, P. G., t. xxi, col. 905 C.
La hiérarchie dont parle le néoplatonisme est donc essentiellement descendante; les degrés y sont le résultat d'une dégradation. Rien qui rappelle la Trinité chrétienne. Si ce thème philosophique a exercé une influence, ce n'est point sur la théologie orthodoxe, mais sur Eusèbe, Arius, Astérius, pour qui, « la création ne pouvant participer à la main toute pure du Père », Dieu « crée d'abord, seul, un être unique seul, u.ôvoç u.6vov, pour créer ensuite, par son moyen, tout l'univers ». Saint Athanase, Cont. arianos, oratio n, n. 24, P. G., t. xxvi, col. 200 A. C'est sur Eunomius, qui voulait que toutes choses conservassent « les unes par rapport aux autres leur enchaînement sans le transgresser, -rôv stp;j.ôv àTvœpaëa- Tov, il ne faut donc point les mêler et les confondre en leur faisant violence », et qui concluait : « Seule l'essence du Père est vraiment toute-puissante, y.'ipia, celle qui vient ensuite a moins d'autorité, axupoç, et la troisième moins encore, àxitpÔTspa. » Cité par Grégoire de Nysse, Contra Eunomium, 1. I, P. G., t. xlv, col. 377 AC; cf. col. 297. Tel était l'ordre néoplatonicien. Lorsque quelque chose s'en est glissé chez les apologistes et les alexandrins, leur doctrine, qui voulait rester fidèle à la prédication ecclésiastique, n'y a point gagné en clarté et en cohérence.
2° Et, cependant, c'est presque un lieu commun des critiques modernes de comparer avec cette « triade » néoplatonicienne le dogme de la Trinité et, tout en faisant des réserves, de multiplier les points de contact. La théorie des Idées, le Bien-Un qui la couronne, l'Ame universelle qui réalise les Idées dans le monde, tout cela, disait Alfred Fouillée, est résumé « sous des formes plus pures », dans le dogme trinitaire. La philosophie de Platon, t. i, 1. IV : Le pL.tonisme dans le christianisme, nouv. éd., 1922, p. 28G. Selon F. Picavet,
la doctrine de la Trinité s'est constituée en partie avec celle des hypostases plotiniennes ». Essais sur l'histoire générale et comparée des théologies et des philosophies médiévales, Paris, 1913, p. 208; cf. du même, Hypostases plotiniennes et Trinité chrétienne dans Annuaire de l'école pratique des hautes éludes, 1917. J. Driiseke est d'avis que, du moins à partir du ive siècle, la doctrine de la Trinité a subi de façon durable l'influence du néoplatonisme. Keuplalonisches in des Gregorios von Xazianz Trinilcilslehre, dans Byzanlinische Zeilschri/I, t. XV, 1900, p. 141.
Un fait plus impressionnant : beaucoup parmi les anciens écrivains de l'Église insistent volontiers, loin d'en être gênés, sur les ressemblances entre la Trinité
DICT. DE THÉOL. CATIIOL
chrétienne et la trinité platonicienne. Thomassin, Dogm. theol., De Deo, 1. II, c. v, cite non seulement Eusèbe, Prwp. evang., I. XI, c. xvn, xix; 1. XIV, c. v, qui est sujet à caution, dit-il, car lui-même n'a pas eu sur ce dogme des idées correctes (on pourrait ajouter, en faisant des réserves semblables, l'empereur Constantin, Oratio ad sanclorum catum, n. 9); mais Clément d'Alexandrie, Slromala, V, Diaynic, De Trinitate, 1. U.c. xxvi, saint Cyrille d'Alexandrie, Cont. Julian., 1. I et VIII, Théodoret, Grœc. affection, curât., serin, n; parmi les Latins, Claudien Mamert, De statu animée, II, vu, 3, et, pour ce qui concerne la consubstantialité du Père et du Fils, saint Augustin, Confess., VII, ix, 14; cf. De civ. Dei, X, xxm. Thomassin lui-même admire, que trois cents ans avant l'incarnation, des philosophes aient pu pénétrer si profondément dans le mystère divin, tam aile introspicere et penetrare poluerint in arcana Deitatis et in ipsas divinarum personarum origines. Dogmata theologica, De Deo, 1. II, c. n, n. 11.
3° Clément d'Alexandrie croyait, en effet, reconnaître le Père dans le démiurge du Timée lorsqu'il interpelle les dieux inférieurs : « Dieux, fils des dieux, dont je suis le Père... » (Tim., 41 b). Il reconnaissait le Père et le Fils dans la sixième lettre attribuée à Platon, lorsque Erastos et Coriscos (il oublie Hermias) sont invités à prendre comme témoins et garants de leur bonne entente « le dieu, chef de toutes choses présentes et futures et le père tout-puissant du chef et de la cause » (cf., sur le même texte, Origène, Cont. Cels., VI, vm, P. G., t. xi, col. 1301 B, 1304 A); les trois personnes enfin dans la deuxième lettre, où Platon écrit à Denys de Syracuse : « Je te parlerai en énigmes, afin que, s'il arrive à cette lettre quelque accident sur terre ou sur mer, celui qui la lira ne puisse comprendre... Voici ce qui en est... Autour du roi de l'univers se trouvent tous les êtres, autour du second les seconds, autour du troisième les troisièmes »; sur quoi Clément fait ce commentaire : « Pour moi c'est la sainte Trinité qu'il veut signifier; le troisième est le Saint-Esprit; le Fils le second; et celui qui a tout fait parce qu'il l'a voulu, c'est le Père ». Strom., V, xiv, P. G., t. ix, col. 156 AB. Saint Justin, Apol., i, 60, P. G., t. vi, col. 420 A. et Eusèbe, Prœp. evang., 1. XI, c. xv, t. xxi, col. 888 A, interprétaient « l'énigme » de la même manière.
Au ve siècle, saint Cyrille d'Alexandrie écrit encore, à propos de Plotin cette fois : « Nous trouverons chez les philosophes grecs eux-mêmes la connaissance de la sainte Trinité. Ils disent en effet que les trois natures sont étroitement unies entre elles, sans aucun intermédiaire et que l'Ame qui occupe le troisième rang est avec l'Intelligence qui occupe le second dans le même rapport que l'Intelligence avec le premier. » Cont. Julian., 1. VIII, P. G., t. lxxvi, col. 920 C.
Une circonstance digne de remarque est que des écrivains orthodoxes parlent ainsi, même après le concile de Nicée, même lorsque les controverses trinitaires sont terminées et les formules dogmatiques définitivement établies. Ce qu'ils croient voir dans le platonisme, ce n'est pas, comme certains critiques modernes, une doctrine intermédiaire, un acheminement sur la voie de l'orthodoxie, d'où le dogme se serait dégagé peu à peu; c'est le dogme lui-même, parfois la formule de la consubstantialité, et ils expliquent cet accord par l'influence sur les philosophes de la doctrine révélée ou du Logos divin, révélateur de cette doctrine. L'historien Socrates s'étonne même qu'un prêtre arien, un certain Georges, reste dans son erreur, alors qu'il étudie avec tant de zèle Platon. Hist. eccl., VII, vi, P. G., t. i.xvn,.col. 749 A.
Que disaient donc les « platoniciens? » Il convient de l'exposer plus en détail.
PLATONISME DES PÈRES. LA TRINITÉ
//. LA « trinité » platonicienne. — 1° Origine.— - Les philosophes qui admettaient trois principes divins ne les concevaient pas tous de la môme manière. Proclus, Comment, in Platonis Timivum, i, 93, éd. E. Diehl, p. 303 sq., cite Numénius, Harpocration, Atticus, Plotin, Amélius, Porphyre, Jamblique, Théodore, et note leurs différences. Il faudrait donc parler, non pas de la triade, mais des triades platoniciennes. Cependant, comme c'est dans les Ennéades, surtout V, i, que cette doctrine se trouve sous sa forme la plus connue, c'est celle-là qui fixera notre attention. D'ailleurs, là comme d'ordinaire, Plotin a seulement précisé, approfondi, synthétisé les idées de son milieu.
On l'accusait de copier Numénius. Un de ses disciples, Amélius,, écrivit même un livre pour le défendre contre cette accusation. Cf. Porphyre, Vitu Plotini, c. xvii. En fait, Numénius, qui fut un précurseur du néoplatonisme, était déjà un grand conciliateur d'idées, pour qui Pythagore ne différait guère de Platon, qui, lui-même, était un Moïse parlant grec. A l'en croire, Socrate déjà « pythagorisait » et admettait trois dieux; et c'aurait été la raison de ses malheurs. Eusèbe, Prœp. evang., 1. XIV, c. v, P. G., t. xxi, col. 1197 A. A son tour, Numénius discerne dans le Timée un dieu suprême, simple, immuable, sans aucun contact avec la matière, (ïxaiÀEÙç àpyôç, un roi fainéant, comme traduit W.-R. Inge; puis un second dieu, intermédiaire; un troisième enfin qui est le monde, trois êtres divins, mais qui ne sont pas ceux des Ennéades.
Il est possible que Numénius, bien que très inférieur à Plotin, lui ait frayé la voie. C'est pourtant à Platon que ce dernier se rattache de préférence. Comme son contemporain, Clément d'Alexandrie, il trouve une trinité Ta IlXâTcovoç TpiTTa (qu'on le remarque, un pluriel et un neutre), dans la phrase énigmatique de la seconde lettre qu'il explique par des souvenirs du Timée, en précisant que le Démiurge est l'Intelligence et qu'il est entouré de la multitude des intelligences qui composent le monde intelligible; qu'il fabrique l'Ame et le monde des âmes, mais qu'il a lui-même un Père, qui est le Bien, supérieur à l'Intelligence et à l'être. « Ainsi, conclut-il, Platon n'ignorait pas que du Bien procède l'Intelligence, et de l'Intelligence l'Ame ». Enn., V, i, 8.
Plotin revient à plusieurs reprises sur cette lettre, VI, vu, 42; I, vin, 2. Porphyre la citait également et l'utilisait au 1. IV de son Histoire des philosophes (aujourd'hui perdue). Est-elle vraiment de Platon? De bons juges pensent qu'elle émane comme la VIe, d'un milieu pythagoricien où l'on commençait à travailler sur les données des Dialogues. Cf. Platon, Lettres, trad. Jos. Souilhé, édit. « Les belles-lettres », Paris, 1926, notice, p. lxxvii sq., xcn sq. Sur l'interprétation de la vie lettre, voir von Wilamowitz-Mœlle .dorf, Platon, sein Leben u. seine Werke, 3e éd., 1929, p. 707, n. 2. D'ailleurs, le passage qu'on en cite parle seulement d'une hiérarchie triadique, et en termes si généraux qu'il s'offre à toutes les interprétations.
La seule « trinité » qu'on trouve dans les Dialogues est composée du Démiurge, du inonde organisé par le Démiurge (Platon l'appelle parfois le fils, tgxoç) et de la matière, d'où le Démiurge a tiré le monde, c'est-àdire, du premier Principe, de la substance qui reçoit son action et du produit qui en résulte; Osiris, Isis et Horus, traduira Plutarque; cf. dom Maran, préface des Œuvres de saint Justin, part. II, c. i, dans P. G., t. vi, col. 23-34.
Plotin ne pouvait-il pas trouver les trois hypostases dans les œuvres authentiquement platoniciennes? Il le pouvait, mais, remarque M. Diès, Autour de Platon, p. 571, il y fallait de la bonne volonté. Il pouvait, à la suite de Plutarque et d'Atticus, reconnaître la première dans l'idée du Bien telle que la décri-
vent les 1. VI et VII de la République, dans ce soleil du monde des Idées, qui produit la réalité intelligible et l'intellect. Il pouvait identifier la seconde et la troisième avec le Démiurge et l'Ame du monde dont parle le Timée (cf. Bréhier, Plotin, Ennéades, \, p. 13): mais cela demandait une énergique mise au point. Car, dans les Ennéades, l'Ame, participant de l'Intellect, est au-dessous de lui. Contre cette conception, Atticus déjà s'était élevé, car, disait-il, jamais Platon n'a parlé d'une intelligence ainsi séparée de l'âme. Cf. Eusèbe, Prœp. evang., 1. XV, c. ix, P. G.. t. xxi, col. 1332 C. Malgré lui, on admit cette distinction, non seulement dans l'homme, mais dans l'ordre cosmique. La triade du premier Dieu, de l' Intelligence1 et de l'Ame, se trouve chez Albinus, disciple de ce Gaius que cite Porphyre parmi les auteurs commentés par Plotin. Vila Plotini, c. xiv. Il reste à voir ce qu'elle devint dans les Ennéades.
2° Les trois hypostases ploliniennes. — Selon son habitude, car c'est un métaphysicien, Plotin s'efforce de déduire la nécessité des trois hypostases divines.
1. D'abord l'Ame, vVj'/ï], qui produit et anime le monde, même les astres. Principe de vie, d'ordre et de beauté, elle est évidemment divine. Et pourtant, elle est encore dans le monde et passible. Or, il faut qu'il \ ait un principe extérieur au monde immobile, perma nent; sinon, tout finirait par périr. IV, vu, 9; V, ix, 4. Ce principe est l'Intelligence.
2. L'Intelligence, voûç, est divine, à plus forte raison, puisque l'Ame n'est divine et immortelle que dans la mesure où elle en participe. Très parfaite, elle n'est pourtant pas la cause première, car elle implique une dualité, toute connaissance supposant un sujet et un objet. Or, « avant la dyade, il faut mettre l'unité; la dyade ne vient qu'en second ». V, i, 5.
3. Le premier dieu est l'Un en même temps que le Bien, l'absolue simplicité, principe de toute fécondité: de lui procède l'Intelligence qui, à son tour, produit l'Ame.
En somme, comme chez Platon, c'est l'Intelligence qui est proprement divine. Mais, parce qu'elle n'est pas pure de toute multiplicité, au-dessus d'elle, il y a un autre principe, qui n'est pas dieu à proprement parler, mais plutôt le père des dieux. V, v, 3. Et parce qu'elle n'a pas de contact avec la matière, après elle, au dernier rang de; intelligibles (VI, vin, 7) vient l'Ame qui met dans le monde sensible un reflet d'intelligence.
Il y a donc trois degrés dans la hiérarchie divine. Il y en a trois seulement. Par réaction contre les « gnostiques » qui multiplient sans fin les intermédiaires, II, ix, 0, Plotin est d'avis qu'il faut ramener les principes divins, en raison de leur dignité, au plus petit nombre possible. Or, entre ceux qu'il admet il ne peut y avoir aucun intermédiaire, u.ç.xtPJ) oùSév, l'Ame étant produite nécessairement par l'Intelligence comme l'Intelligence par le premier Principe; et en dehors d'eux non plus il ne peut y en avoir aucun, car au-dessous de l'Ame, il n'y a que le monde sensible, et ce qui est matériel n'est pas dieu ; au-dessus de l'Un, il n'y a rien et il ne peut rien y avoir. Donc, ils sont trois et trois seulement : i-isypi to'jtwv Ta Osïa. V, i, 7.
Est-il besoin de le dire? Les degrés de cette hiérarchie sont différents en dignité, en simplicité et en perfection. Ce n'est pas en vain qu'on les appelle le Premier, le Second, le Troisième. « Ce qui engendre est plus simple que ce qui est engendré... Si le Premier a engendré l'Intelligence, il doit être plus simple, » III, vin, 9. « Il faut que ce qui engendre soit plus vénérable. V, iv, 1. Jamais il n'est venu à la pensée de Plotin de mettre entre les principes de sa triade une égalité de nature, bien moins encore la consubstantialité.
PLATONISME DES PÈRES. LA TRINITÉ
De plus, à l'exception du Premier, tous les autres sont produits et. suivant un processus — on serait tenté de dire suivant un mécanisme — qui rend évidente leur infériorité. Ainsi l'Intelligence ne possède pas encore parfaitement sa nature au premier stade de sa genèse, ni même lorsqu'elle se retourne vers son principe, copiirpz [jlsv £— ' aùro oùy coç voùç, c'est seulement lorsque, dans un second temps, elle le contemple, qu'elle devient intelligence, Xaôwv Se èyévero vouç. V, m. 11.
Le fond de la doctrine plotinienne est donc bien l'idée de hiérarchie, d'une hiérarchie descendante d'intermédiaires qui s'étagent, de moins en moins parfaits, à mesure qu'ils s'éloignent du principe de l'unité et se rapprochent de la matière. Intermédiaires non seulement engendrés mais produits, inférieurs à ce dont ils émanent, encore inachevés au moment de leur naissance et qui doivent, pour se compléter, se retourner vers ce qui les engendre et le contempler.
On aura beau insister sur le fait que ces intermédiaires. l'Intelligence et l'Ame, forment avec le principe inengendré une espèce de trinité, on devra tout de même avouer que le dogme chrétien, loin d'être sorti de là, s'est trouvé corrompu chaque fois qu'en essayant de l'expliquer, on s'est trop souvenu de ces spéculations.
OÙ 0SU.IÇ EITTEIV
SeÙTepov ht cou, où Géfiiç eÎTTStv
TpÎTOV ÈX TTpWTOU.
C'est Synésius qui le proclame, Hymn., m, vers 222 sq., P. G., t. lxvi, col. 1597, parlant cette fois nettement en chrétien et non en platonicien. Cf. saint Basile, De Spiritu Sancto, xvn et xvm, surtout 44, 47, P. G., t. xxxii, col. 148 CD, 153 C, contre les tenants d'une ■jTzyLÇ.LOy.rpiç dans la Trinité.