‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 268 sur 437 · R. ARNOU · texte numérisé non relu

R. ARNOU

PLAZA Benoît, né à Syracuse, le 28 octobre 1677, entré dans la Compagnie de Jésus en 1693, professa la théologie à Païenne, devint provincial de Sicile, et mourut à Palerme le 6 mars 1761*?) Il est surtout connu pour son intervention dans les controverses suscitées par l'ouvrage de Muratori : De ingeniorum moderatione in religionis negolio, paru en 1715, à Paris, sous le pseudonyme de Lamindus Pritanius, un peu déformé par des éditeurs subséquents, et publié de nouveau, conforme à sa pensée, par Galland, à "Venise, en 1752. Cf. l'art. Muratori, t. x, col. 2552 sq.

Et c'est très abusivement que le P. Plaza, pieux partisan (ce qui était son droit) du dogme, non défini alors, de l'immaculée conception de Marie, cherche à faire passer le judicieux Muratori pour un hérétique et un janséniste, parce que celui-ci n'approuve pas le vœu sanguinaire, c'est-à-dire le vœu de verser son sang, au besoin, pour la défense d'une doctrine qui n'était encore, disait justement ce vieil érudit, qu'une opinion humaine.

Œuvres. - Dissertatio biblico-physica de litterali proprio Sacrœ Scripturœ sensu, prœsertim a Palribus unanimiler recepto, Païenne, 1734; Responsa moralia cujusdam iheologi Socielatis Jesu ad aliqua quœsila de jejunio ecclesiastico, Palerme, 1742; Causa immaculalie conceplionis sanctissimœ Matris Dei Mariie

PLAZA (BENOIT) — PLÉTHON

testimoniis ordine chronologico ulrinque allegatis:.. agitata, avec VOralio Pétri, Argorum episcopi, Païenne, 1747 (beau traité sur l'immaculée conception, que, au surplus, Lamindus n'avait pas niée); Christianorum in sanctos, sanctorumque reginam, eorumque fesla, imagines, reliqnias propensa devotio, a prsepostera cujusdam re/ormatoris (Muratori) reformutione vindicata, Païenne, 1751; // purgatorio, Païenne, 1754 (un religieux du tiers ordre franciscain attaqua cet ouvrage comme peu favorable à l'indulgence de la Portioncule; le P. Plaza répondit par une Aliestalio apologetica, Palerme, 1758, où il déclare son admiration pour l'ordre de Saint-François et sa croyance à la Portioncule); Dissertatio anagogica... de paradiso, Palerme, 1762 (œuvre posthume, achevée et éditée par le P. Gravina. Le chapitre relatif au nombre des élus, que l'auteur (Gravina) enfle outre mesure, fut mis à l'Index le 22 mai 1772).

Sommervogcl, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. vi, 1895, col. 886-890; Hurter, Nomenclator, 3e éd., t. iv, col. 1360, 1489.

F. BONNARD

PLÉTHON, surnom adopté par GEORGES GÉMISTOS, écrivain et philosophe byzantin (13557-1452). — I. Vie. — Né plus probablement à Constantinople (vers 1355), encore que d'autres le veuillent originaire de Mistra, en Péloponèse, Georges Gémistos eut une jeunesse assez mystérieuse. Réfugié à la cour des sultans (à Brousse ou à Andrinople, sous Mourad Ier ou Bajazet Ier), il y rencontra un juif du nom d'Elisée qui l'initia aux sciences occultes et aux philosophies païennes. Après la mort de son maître, condamné au supplice du bûcher, Gémistos vint s'installer dans la forteresse de Mistra, près de Sparte, vers 1393, et c'est là que s'écoula paisiblement sa vie entre la littérature et la philosophie. Sa science encyclopédique, sa profonde connaissance de l'antiquité, spécialement hellénique, lui attirèrent de nombreux élèves et, bientôt, ce fut une école florissante qui apparut en terre de Lacédémone; école un peu mystérieuse, il est vrai, par l'enseignement plus ou moins ésotérique qui s'y pratiquait. La renommée du maître s'élargit, et vers 1413, il se crut en assez belle position pour adresser à l'empereur Manuel un mémoire sur les affaires du Péloponèse ; deux autres mémoires, toujours sur le même sujet, furent à cette époque, adressés au despote de Morée, le jeune Théodore, fils de l'empereur. Un autre mémoire à l'empereur traite des fortifications de l'isthme de Corinthe qui, commencées en 1405, étaient terminées vers 1415. Dans ces mémoires, le sociologue fait plus que percer. Gémistos ne propose rien de moins qu'un vaste plan de réformes administratives et militaires qui, à son avis, sont destinées à redonner la vie à l'empire chancelant. Ainsi, la société est divisée en militaires, fonctionnaires et producteurs; seuls ces derniers ont à payer l'impôt. Les moines sont classés comme parasites inutiles à la société. La monnaie est supprimée et l'importation commerciale étrangère limitée au strict nécessaire, etc. Gémistos s'offre même à mettre à exécution ce plan de réforme hardi. Est-ce orgueil, est-ce prétention excessive? Il faut croire, en tout cas, qu'il jouissait alors d'une réelle influence dépassant de beaucoup le domaine intellectuel; Gémistos ressortait d'autant plus qu'autour de lui c'était le désert des valeurs, si l'on en croit, du moins, Filelphe : Prœter unum Gemistum, cœtera illic omnia commiserationis sunt plena. Lettres de Filelphe, 1. V, fol. lvii, édit. de Paris, 1503. En 1427, il recevait en fief le pays de Oawaptou xal BpucjEcoç et, vers la fin de sa vie, nous le trouvons exerçant les fonctions de magistrat, TcpoaTdmr)ç t<ov v6;juov.

Mais voici qui est plus intéressant : l'empereur Jean

Paléologue, en tournée en Morée (1428), vint le consulter sur la grande question alors à l'ordre du jour, l'union projetée des Eglises. Gémistos ne vit dans cette démarche que peu ou point de profit. Comme condition de quelque réussite il conseilla à l'empereur d'exiger, au concile, la parité des voix grecques et latines; dans le cas contraire, ce serait simplement conduire les Pères grecs non à un concile, mais devant un tribunal de condamnation. A Ferrare-Florence Gémistos vint figurer, au sein du conseil impérial, parmi les membres les plus représentatifs du monde byzantin. Cette faveur est-elle due à la recommandation de son élève Bessarion, fraîchement promu au siège de Nicée, ou à celle de son propre souverain, le despote de Morée, Théodore le Jeune, on ne sait; toujours est-il que le philosophe de Mistra eut un rôle assez important à jouer au concile. Membre de la commission des six, chargée de soutenir ou plutôt d'alimenter la discussion, au nom du parti byzantin, Gémistos ne cessa d'opposer une attitude railleuse et même méprisante à toute idée et à toute tentative vraie d'union, et il fut, à n'en pas douter, le membre le plus représentatif du groupe des opposants formé autour du prince Démétrius. Son opposition se fonde apparemment sur un à priori de foi inébranlable, une confiance absolue qui ne souffre aucun retour sur les vérités défendues par la doctrine orientale. Le patriarche Joseph, qui le consulte sur le dogme de la procession du Saint-Esprit, fait semblant de ne produire qu'une conviction hésitante. Gémistos le rassure : nous avons avec nous Jésus et son apôtre, rien n'est plus ferme que notre croyance. Syropoulos, Histoire du concile de Florence, sect. vu, c. 8. L'empereur qui conseille la suspension de tout jugement sur la question du purgatoire n'a rien dit de plus insensé, car, pense Gémistos, hésiter sur un point c'est rejeter toute la foi. Ibid. Enfin, il est un des premiers à rejeter la formule présentée par Gennade Scholarios sur la procession du Saint-Esprit, à laquelle les Latins acceptaient de souscrire moyennant quelques éclaircissements. Ibid., sect. vin, c. 16. Mais feinte inqualifiable que tout cela; les convictions chrétiennes de Gémistos ne doivent aucunement entrer en ligne de compte pour l'appréciation de son attitude d'opposant et de son prétendu attachement à la foi de ses pères, car déjà, comme nous le dirons plus loin, non seulement il était étranger au christianisme, mais il croyait toucher du doigt à la réalisation de son rêve : détrôner Jésus et ressusciter Jupiter.

D'ailleurs, le concile n'absorba pas toute son attention, et l'eût-il voulu, qu'il ne l'eût pu. Malgré sa science incontestablement supérieure et reconnue comme telle par tout le monde, des adversaires surgirent dans le camp byzantin qui, bien au courant des idées religieuses intimes de Gémistos, contrecarrèrent ses mouvements au sein du concile. En tête de l'opposition il faut citer Scholarios et le patriarche, sans parler des unionistes, frappés, sans doute, par son opposition à tout projet d'union. Écrivant à Bessarion, bien après le concile, Gémistos dit textuellement : « Si je n'ai pas' parlé de tout cela au concile de Florence (il s'agit de ses opinions sur la procession du Saint-Esprit), c'est que, d'abord, je ne croyais pas convenable de me mêler de doctrines dont la défense revient, de droit, aux prêtres, et parce que vous m'en empêchiez; souvenez:vous des instances du patriarche actuel (il s'agit de Grégoire Mammas, cf. Syropoulos, op. cit., sect. vi, c. 23). défendant aux laïques de parler théologie. » C. Alexandre, Plr'thon, Traité des lois, p. 312 et p xxxv, note 2. Ce fut donc sans regret, on peut l'assurer, que Gémistos oublia le concile pour occuper son temps plus opportunément. D'ailleurs, son talent oratoire, ses idées philosophiques et la nouveauté de son système, le

PLETHON

système platonicien, inconnu jusque-là en Italie et que sa verve sut présenter sous des couleurs chatoyantes, eurent vite fait de lui gagner la sympathie de tout ce que Florence comptait de plus lettré et de plus mondain. Cosme de Médicis, gagné à la cause du platonisme, poussa l'enthousiasme jusqu'au projet, réalisé plus tard, de la fondation d'une Académie platonicienne. Emporté par le courant qu'autour de luimême il avait formé, Gémistos en vint à changer son nom contre celui de Pléthon dont l'assonance plus attique, plus distinguée, tout en traduisant le passé, avait l'avantage de rappeler le maître des philosophes Platon (ID.àTcov, HXr)0co->).

Sa plume participa aux mêmes enthousiasmes et c'est de son séjour d'Italie que date son fameux traité sur les différences entre les doctrines d'Aristote et de Platon; ce traité devait le mettre aux prises avec le chef des péripatéticiens byzantins et fournir l'occasion aux partisans des deux grands philosophes de l'antiquité d'une controverse dont les échos se prolongèrent très avant dans l'histoire du xve siècle. Pourquoi faut-il que l'ivresse de ses succès l'ait poussé plus loin? Le triomphe du platonisme étant pour lui celui de sa religion, de celle dont il avait rêvé de doter l'humanité, ses succès faciles auprès des intelligences de Florence peuvent donner une vraisemblance à cette affirmation recueillie par Georges de Trébizonde, un ennemi il est vrai... « qu'avant peu d'années une seule religion serait partout enseignée et adoptée, religion qui ne serait ni celle du Christ, ni celle de Mahomet, mais une autre peu différente de celle des anciens Grecs ». Allatius, De Georgiis, dans Fabricius, Biblioth. grœca, t. x, Hambourg, 1737, p. 750-751.

Il serait intéressant de pouvoir marquer exactement l'influence qu'eut le séjour de Pléthon à Florence sur la Renaissance italienne, mais cet article n'autorise pas pareille échappée. Cependant, il n'est pas inutile de savoir que le mouvement donné par l'Académie platonicienne sous Marsile Ficin est due à l'inspiration de Pléthon, et que des savants de renom vinrent allumer leur amour de l'antiquité à l'enthousiasme enflammé de Gémistos. Cet amour fut, malheureusement, moins philosophique que païen, et autour de Pierre de Calabre ou Pomponius Lœtus l'on voit se former la première Académie de Rome, qui proclame, sans rougir de la proximité de Saint-Pierre, la future défaite du christianisme. Cf. Mich. Cannesio, Vie de Paul II, et Platina, Vie de Paul II, cités par Alexandre, op. cit., p. lxxxv, note 2. Il est vrai que Scholarios ne nous présente pas sous un jour très flatteur les milieux italiens fréquentés par Pléthon, cercles d'admirateurs « aussi forts en philosophie que Gémistos l'est en danse ». C. Alexandre, op. cit., p. 292. Mais Scholarios sait aussi bien que Pléthon manier l'exagération et quelquefois l'injure, et il faut se garder de tout prendre à la lettre.

Revenu à Mistra, le maître consacra ses dernières forces à la rédaction définitive de l'œuvre de sa vie, Les Lois, dont nous donnons plus loin les idées maîtresses. C'est de son séjour à Mistra, après le retour du concile, que datent aussi ses discussions philosophoéristiques avec Scholarios et Bessarion, ainsi que sa réponse païenne sur la procession du Saint-Esprit. Et le patriote que le pressentiment de la catastrophe finale avait, croyons-nous, conduit à toutes ces extravagances, mourut sans voir, heureusement, la réalisation de ses craintes, trie adresse au despote Démétrius Paléologue, le dernier écrit que nous ayons de lui, date sûrement de 1451 (cf. S. Lambros, IIaXauôX6yeiot /.y. [IeXo7TOW7)<Ti<x>c<£, t. iv, Athènes, 1030, p. iÇ'-x' de l'introduction de J. Boyatzidès) et une note anonyme du ms. 495 de Munich (fonds d'Augsbourg), fol. 50, fixe sa mort à la première heure du lundi 26 juin 1 1.">2.

Il avait environ 98 ans. Sa dépouille, transportée à Rimini, en 1475, par Sigismond -Pandolphe Malatesta, repose, encore aujourd'hui probablement, sous une arcade près de l'église de Saint-François.

II. Œuvres. — Elles sont nombreuses et s'étendent sur plusieurs domaines scientifiques. Nous nous contenterons de signaler celles qui caractérisent son action ou éclairent sa personne. Pour une liste plus complète cf. Allatius, De Georgiis, dans Fabricius, Bibl. grœca, t. x, Hambourg, 1737, p. 741-758.

1° Œuvres philosophiques. - 1. Ilepi 'Apexcôv. - Éditions : Bàle, 1552, texte grec avec traduction d'Adolphe Occon; Anvers, 1575; Bàle, 1577, texte grec avec annotations de Jérôme Wolpius; léna, 1590, texte grec avec traduction de J. Wolpius; Migne, P. G., t. clx, col. 865-882.

C'est un petit traité philosophique des quatre vertus cardinales et des vertus annexes. Chaque vertu cardinale se subdivisant en trois vertus annexes nous avons en tout douze vertus. La XlioçpoaùvY] (tempérance), qui règle les désirs en leur donnant un objet nécessaire et facile à obtenir, se subdivise en xoajjLiÔTTjç (règle le désir du plaisir), èXs'jGspt6TY]<; (règle le désir de l'argent), u.£TptÔT7)ç (règle le désir de l'honneur). L' AvSpsîa (force), qui règle la peur et les sentiments analogues et maintient l'homme fidèle à son poste dans la vie, se subdivise en sù^uyta (règle la peur dont l'objet provient de Dieu ou est permis par lui), ysvva[.6T7)ç (règle les sentiments de peur ou de dépression éprouvés devant un but trop difficile à atteindre), Trpaô-ryjç (règle la peur éprouvée devant l'hostilité des adversaires). La AtxatoaûvY) (justice), qui concerne les devoirs de l'homme vis-à-vis de l'extérieur, se subdivise en ôai.6- TTjç, TroXiTeia et xP7la'r^T"/)Ç et règle les devoirs de justice vis-à-vis de Dieu, de la société et des individus. Enfin la <I>pôv7]cr(.<; (prudence), qui s'adresse à la partie la plus noble de l'homme — la raison — se subdivise en Ôeoasêeioc, contemplation et souci de Dieu, source de tout bien, q>ua[.>cy), science du monde physique, eùêouXîa, prudence dans l'usage des moyens pratiques. Cf. J.-W. Taylor, Gemistus Pletho as a moral philosopher. Transactions of the american philosophical association, t. li, 1920, p. 84-100.

2. IIspl div ' ApiGTOzskriç npbç nXdcTcova SiacpépeToa. — Éditions : Bàle, 1574, traduction latine; Venise,

1540, texte grec et dialogue de Bernardin Donat; Paris,

1541, texte grec et dialogue de B. Donat; Migne, P. G., t. clx, col. 889-934. .

C'est un ouvrage composé à P'iorence en 1439, à la demande de quelques amis italiens, un résumé comme en savaient faire les Byzantins, qui, en vingt chapitres relativement courts, expose les principaux griefs d'un néoplatonicien convaincu contre les doctrines aristotéliciennes. Les points principaux sur lesquels porte l'attaque de Pléthon, aussi bien dans cet ouvrage que dans ceux qui le complètent, s'expliquent aisément par la différence des points de vue aristotélicien et platonicien et peuvent se ramener aux suivants : Aristote se trompe en donnant la prééminence au particulier sur l'universel, alors que celui-ci est la cause efficiente et même formelle de celui-là, et que le premier n'est que la partie du second; il se trompe en donnant une cause au mouvement et en la refusant à l'être, isolant ainsi le monde de toute influence divine et les sciences physiques de leurs relations étroites et nécessaires à la théologie; Aristote pose le monde comme éternel et indépendant de l'action créatrice de Dieu; c'est en vain que ses partisans cherchent à l'en excuser, l'expression de la dépendance essentielle du créé vis-à-vis de Dieu étant le fondement de toute philosophie; faut-il ajouter qu'il lait l'immortalité de l'âme ou ne donne sur cette doctrine capitale que des opinions insuffisantes, hésitantes, contradic-

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