POUVOIR DU PAPE-: EN MATIÈRE TEMPORELLE
l'abandon des lois on des pratiques politiques qu'il aura condamnées. 11 ne suffirait pas, d'ailleurs, d'une réelle et spéciale juridiction sur le temporel pour assurer la constante efficacité de cette contrainte.
Le souverain pontife peut-il, normalement et de droit divin, procéder plus avant, jusqu'à déposer un prince ou transférer une couronne? Il ne semble pas que son pouvoir s'étende ou s'abaisse jusque-là, pas plus qu'il ne dépossédera expressément de ses biens privés celui de ses fidèles qui en aurait abusé. Car son droit, en ce qui concerne le temporel, ne peut se réclamer d'une sorte de haut domaine qui s'exercerait du dehors sur les choses, mais d'une primauté du spirituel qui n'agit, et souverainement, sur la cité qu'en opérant par le dedans sur les consciences de ses fils auxquels elle signifie le non licet. Aux chefs d'État et aux citoyens de traduire ce verdict en actes politiques.
5. Le pouvoir du pape n'est donc pas, en toute rigueur, un pouvoir sur le temporel, mais un pouvoir en matière temporelle.
Convient-il de le dénommer « direct »? Non pas : directement, il ne vise pas le temporel, en soi, mais toujours le spirituel dans les consciences; et s'il lui arrive de s'exercer, en cas d'interférence, dans le domaine temporel, ce n'est que pour des fins plus hautes et en raison seulement du spirituel.
Doit-on retenir l'appellation communément admise, de « pouvoir indirect »? Si l'on cffiime par là que le pouvoir spirituel peut dégénérer, en ligne oblique, jusqu'à changer de nature, ou jusqu'à se doubler d'une véritable juridiction temporelle dont l'exercice intermittent, accidentel, serait légitime chaque fois qu'il y va d'une grande utilité peur l'Église, cette conception paraîtra tout à la fois excessive et insuffisante, parce qu'équivoque. Car la primauté du spirituel exige une essentielle et permanente subordination du temporel, sans pour cela nécessiter dans le pontife suprême une juridiction proprement civile de droit divin. Par ailleurs, le pouvoir spirituel se doit à lui-même d'inspirer, d'imprégner, d'informer, continuellement et directement, de son enseignement, de ses préceptes et de ses conseils toutes les théories et toutes les activités politiques et sociales, et non pas seulement d'intervenir éventuellement pour en corriger les abus ou les déviations. Quand l'Église et son chef préconisent ou condamnent tels eu tels principes sociaux ou politiques, il serait plus qu'inexact de dire que c'est en vertu d'un quelconque pouvoir indirect.
Préférera-t-on l'expression de « pouvoir directif »? Restreinte à n'envisager qu'une simple faculté de guider et de conseiller l'activité humaine, dès que cette activité cesse d'être spécifiquement religieuse, cette appellation est, à sen tour, déficiente et inadéquate. Car l'activité humaine, alors même qu'elle cesse d'être purement religieuse pour devenir politique, civique ou sociale, ne cesse pas pour autant d'être subordonnée à la morale et. dés lors, jusqu'à un certain point, à la primauté spirituelle; cette suboidination implique ou entraîne, en des cas donnés, une obéissance proprement dite à une autorité qui demeure souveraine et incontestable. A tort ou à raison, si l'on invoque à ce propos un pouvoir directif de l'Église, on semblera minimiser ce pouvoir et vouloir traiter tous les ordres pontificaux cemme des directives, comme des lignes de conduite proposées de préférence et vivement conseillées, et non comme des décisions impératives. Il va de soi, d'ailleurs, que la portée des diverses interventions pontificales peut être fort différente. Autre chose est une condamnation formelle, autre chose un ordre absolu; autre chose un conseil, autre chose une direction. Nul ne s'avisera de mettre sur le même pied l'intervention de Léon XIII, relative au « ralliement », en 1892, et la
DICT. DE 1HÉOL. CATHOL.
condamnation portée par Pie X contre la loi ele séparation, en 1906.
Mais si, de part et d'autre, on accorde que l'Église a le pouvoir de lier directement les consciences, même dans des affaires extérieurement temporelles ou pouvant avoir de graves répercussions élans l'ordre temporel, parce qu'elles sont par elles-mêmes et en même temps de l'ordre spirituel, alors on se rencontre en une thèse qui est vraiment traditionnelle, et les mots importent peu qui s'efforcent de l'exprimer, pourvu que soit évitée toute confusion dans les choses.
6. Il ne s'agit pas pour autant de renier ou de désavouer tout le Moyen Age, pas plus que d'en vouloir faire la systématique apologie. Au Moyen Age, « la suprématie papale était la forme que revêtait alors, étant données les circonstances, la divine précellence ou primauté du spirituel. Elle était une incarnation, nécessairement contingente et déficiente, et encore assez grossière, de l'idéal dans l'histoire. Jamais l'idéal de l'Église ne sera parfaitement réalisé et, sans refuser d'entendre les leçons de l'histoire, nous ne devons pas oublier que cet idéal, qui est éternel, c'est-à-dire audessus des temps, n'est à chercher tel quel dans aucun moment du passé.
« Quant aux doctrines qui furent professées alors, il était inévitable qu'elles s'inspirassent de la pratique régnante. Comme toujours, elles contiennent, elles aussi, une part d'éternel et une part de contingent, que leurs auteurs ont mal distinguées, qu'ils ne pouvaient pas, au moment même, parfaitement distinguer. » Henri de Lubac, Le pouvoir de l'Église en matière temporelle, dans Rev. des sciences religieuses de Strasbourg, juillet 1932, p. 349-350.
4° Les mots et la chose. — Qu'à définir des attitudes doctrinales différentes, des expressions diverses aient été employées, nous ne saurions nous en étonner; mais nulje obligation stricte ne s'impose de faire un choix qui n'irait pas sans inconvénient.
L'Église n'a, en définitive, sur des chrétientés toujours sujettes à des variations sociales et politiques, qu'un seul pouvoir, spirituel dans son objet comme dans son essence. Il s'étend sur le spirituel, mais sur tout le spirituel, en quelque affaire temporelle qu'il se trouve impliqué. Quand ses interventions revêtent une forme absolue, en vertu du droit divin qui lui vient de sa divine primauté, le pape ne fait jamais autre chose qu'exercer purement et simplement cet unique pouvoir en matière temporelle.
I. Sources. — Les principaux textes concernant la double question du principat civil et du pouvoir du pape en matière temporelle ont été indiqués au cours de cet article.
II. Travaux. — 1° Principat civil. — Outre les ouvrages ç ér.éraux fur l'histoire des papes et les travaux ou recueils cités au cours de cette étude, il faut signaler plus spécialement : L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, Faris, 1911; Yves de La Briére, Victor Bucaille, Louis Le Fur, etc., Les accords du Latran, Paris, s. d.; G. Mollat, La question romaine de Pie VI à Pie XI, Paris, 1932.
2° Pouvoir sur le temporel. ■ — Emile Chénon, Le rôle social de l'Église, Paris, 1921 ; P. Batiffol, Le catholicisme des origines à saint Léon, 5 vol., Paris, 1909-1924; les remarquables articles de J. Lecler, L'argument des deux glaives, dans Bcch. de se. relig., juin 1931 , avril et juin 1932, et de FI. de lubac, Le pouvoir de l'Église en matière temporelle, dans Rev. des se. relig. de Strasbourg, juillet 1932; J. Maritain, Primauté du spirituel, Paris, 1927; Ch. Journet, La juridiction de l'Église sur la cité, Paris, 1931; H.-X. Arquilliêre. L'augusliniime politique. Essai sur la formation des théories politiques du Moyen-Age, Paris, 1934; du même, Saint Giégoire VIL Essai sur fa conception du pouv'tir pontifical. Paris, 1934, enfin et surtout J. Bivière, Le problème de l'Église et de l'État au temps de Philippe le Bel, Paris-Louvain, 1926.
G. Gl.i.z.
'2773 POZZOBONELLO (JEAN-CLAUDE) - PRADO (NORBE RTO DEL) 2774
POZZOBONELLO Jean-Claude (1656-1718).
Il appartenait à une noble famille milanaise, qui avait donné plusieurs écrivains et de nombreux magistrats. Né à Milan en 1656, il entra, dès 1671, dans la congrégation des clercs réguliers de Saint-Paul (barnabites), commença dans sa ville natale ses études de philosophie et de théologie qu'il continua à Pavie, puis à Rome. Il devint finalement supérieur de la maison d'études de Rome, puis du collège Saint-Alexandre de Milan, où il mourut en 1718. Théologien estimé et laborieux, il a laissé de volumineux in-folios où il commente des questions choisies dans les diverses parties de la Somme théologique de saint Thomas : In 7am partem, Milan, 1703; In /™-//», ibid., 1705; In //™- 7/œ, ibid., 1707; In ///am, ibid., 1708. Outre cela, deux gros volumes de morale sacramentaire : Moralia de sacramenlis in génère et de eucharistia, in-fol., Milan, 1710; Moralia de sacramento pœnitentiœ, in-fol., ibid., 1714. Vn Traité des cas réservés et des Consultations sur divers sujets sont demeurés manuscrits.
Ph. Argelati, Bibliotheca scriptorum M"diolanensium, t. h, Milan. 1745, col. 1 1 53- 1 1 ."> 1 .
É. Amann.
PRADES (Jean-Martin de) (1720-1782), né à Castelsarrasin, diocèse de Montaubari, en 1720, fit ses études à Paris et se lia d'amitié avec plusieurs rédacteurs de Y Encyclopédie. Les thèses qu'il soutint en Sorbonne, le 18 novembre 1751, provoquèrent un véritable scandale et furent le point de départ de violentes attaques contre l'Église. Condamné à la prison par le parlement, le 11 février 1752, l'abbé de Prades s'échappa d'abord en Hollande, puis il devint lecteur du roi de Prusse, sur la recommandation de Voltaire, qui se déclare heureux « d'avoir servi un pareil mécréant »; il obtint du roi plusieurs canonicats. Il fut incarcéré en 1757, durant la guerre de Sept ans, parce qu'il fut accusé d'avoir des correspondances suspectes. Cédant aux exhortations de l'évèque de Breslau, l'abbé de Prades avait rétracté ses opinions, le 6 avril 1754, et devint archidiacre du chapitre de Glogau; il mourut dans cette ville en 1782.
L'abbé de Prades rédigea sa thèse, d'accord avec les déistes, dans les bureaux de V Encyclopédie dont le premier volume parut en 1751. Dans cette thèse, qui fut d'abord approuvée par la Sorbonne, se trouvaient des propositions contraires à la foi catholique sur l'essence de l'âme, sur les notions du bien et du mal, sur l'origine de la société, la loi naturelle, la religion révélée et surtout sur les miracles. On y lisait : « toutes les guérisons opérées par Jésus-Christ, si on les sépare des prophéties, qui répandent sur elles quelque chose de divin, sont des miracles équivoques, parce que les guérisons d'Eseulape auraient, en quelques cas, les mêmes apparences. » La thèse fut dénoncée par le syndic Lerouge et déclarée condamnable par la Sorbonne qui censura dix propositions, comme « respectivement blasphématoires, hérétiques, erronées, favorisant le matérialisme, contraires à l'autorité des lois de Moïse, renversant les fondements de la religion chrétienne et dérogeant à la vérité et à la divinité des miracles de Jésus-Christ » (27 janvier 1752).
La thèse fut successivement condamnée par un mandement de l'archevêque de Paris (29 janvier 1752), de l'archevêque de Montauban (23 février) et de l'évèque d'Auxerre (Nouvelles ecclésiastiques du 8 octobre 1752, p. 163-104), et enfin par un bref de Benoit XIV (22 mars 1752). Le Parlement sévit aussi contre la thèse, le 11 février 1752. L'abbé de Prades, réfugié en Hollande, composa son Apologie, in-8°, Amsterdam, 1752. Elle est divisée en trois parties, dont les deux premières sont assez modérées. La troisième est très différente de ton et elle attaque violemment les jansénistes et, en particulier, l'évèque
d'Auxerre, Caylus. Elle est, dit-on, l'œuvre de Diderot; presqu'en même temps parut Le tombeau de la Sorbonne, qui est l'ouvrage de Prades ou peut-être de Voltaire.
La thèse de l'abbé de Prades avait d'ailleurs été critiquée par de nombreux écrits : Observations importantes. in-8", 1753, par le janséniste Etienne Gourlin, qui regarde la bulle Unigenitus comme la cause première de tous les désordres : licence des incrédules, ignorance du clergé et des fidèles (Nouvelles ecclésiastiques du 27 novembre 1752, p. 190-191). Thesis Joannis Martini de Prades theologice discussa et impugnata, c'est-à-dire Dissertation théologique contre la thèse de Jean Martin de Prades, in-12, Paris, 1753. C'est la justification de la censure portée par la faculté de théologie (Mémoires de Trévoux de juin et juillet 1753, p. 1416-1457, 1597-1612). Le jésuite Brotier, bibliothécaire de Louis-le-Grand, publia un Examen de l'apologie de M. de Prades, in-12, 1553, où il réfute la thèse, l'Apologie et le Tombeau de la Sorbonne. Le ministre Bouillier, dans un Court examen de la thèse, critiquait l'abbé de Prades et lui conseillait de se faire protestant. Le t. il des Lettres flamandes (lettres xv à xxvin) est dirigé contre la thèse de l'abbé de Prades et son Apologie. Enfin l'ouvrage intitulé : La religion vengée des impiétés de la thèse et de l'Apologie de M. l'abbé de Prades, contient un Recueil de 9 écrits composés contre ces deux pièces et contre les impiétés des libertins de notre siècle, in-12, Montauban, 1754; il y a aussi des Pièces nouvelles et curieuses sur l'affaire de l'abbé de Prades (cf. Nouvelles ecclésiastiques du 27 mars 1754, p. 49-50).
La plupart des pièces, fort nombreuses, qui se rapportent à cette affaire, se trouvent aux Archives nationales, M. M. 257, p. 387 sq., et elles ont été imprimées dans les Acla S. Facullatis Parisiensis circa Marlinum Joannem de Prades, in-4°, Paris, 1754, secunda pars. (Nouvelles ecclésiastiques du 25 déc. 1751, p. 208, des 27 févr., 12 et 19 mars 1752, p. 33-47, du 25 juin, p. 101, du 8 oct., p. 163-164, et du 27 nov. 1752, p. 190- 191.)
Outre cette thèse, qui fit tant de bruit, l'abbé de Prades a composé l'article Certitude de V Encyclopédie et publié V Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Fleuri), 3 vol. in-8°, Berne, 1767, traduit de l'anglais, ou, plus exactement, réiigé par l'abbé de Prades, avec une préface de Frédéric II, roi de Prusse, laquelle est remplie d'invectives contre le christianisme; cet écrit fut condamné par un décret du Saint-Office du 1er mars 1770. Avant de sortir de France, l'abbé de Prades aurait, d'après certains, composé un Traité sur la vérité de la religion, qui est resté inédit.
Michaud, Biographie universelle, t. xxxiv, p. 273; Ho;fer, Nouvelle biographie générale, t. xl, col. 963-964; Quérard, La France littéraire, t. vu, p. 323-324; Feller-Weiss, Biographie universelle, t. vu, p. 47-48; Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIII' siècle, t. ni, p. 185- 190; Desessarts, Les siècles littéraires, t. v. p. 259-260; Biographie toulousaine, 2 vol. in-8°, Paris. 1823, t.> II, p. 200- 204; Francisque Bouillier, Une thèse en Sorbonne en 1751, dans la Revue politique et parlementaire du 11 octobre 1884, p. 458-464; Gazier, article de la Revue critique du 23 février 1885 (reproduit dans Mélanges d'histoire et de littérature, Paris, 1903, p. 195-208), et Histoire du mouvement janséniste, t. il, p. 42-48; Féret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres. Époque moderne, t. vi, p. 183-193; Kirchenlexicon. t. x, col. 248-250.
J. Carreyre.
PRADO (Norbertodel) (1853-1918), dominicain, professeur de théologie dogmatique •à l'université de Fribourg. Il avait d'abord enseigné au collège de Saint- Jean-de-Latran et à l'université de Manille. N'é en Espagne (à Pola de Laviana, Asturies), le P. del Prado, à la manière des grands théologiens ses
PRADO (NORBERTO DEL)
PR/EDESTINATUS
compatriotes, mûrit longuement la matière de ses trois grands ouvrages. Ainsi sou De veritale fundamen- Ictli philosophite christianœ. sur la distinction réelle de l'essence et de l'existence, paru en 1911, avait déjà été annoncé dans un discours du congrès de Fribourg en 1897. (La méthode adoptée au c. v de cet ouvrage pour les applications du principe fondamental a inspiré très heureusement l'un des disciples du P. del Prado : cf. Penido, Le rôle de l'analogie en théologie dogmatique. 1931.) En 1907, parut le traité De gratia cl libero arbitrio, 3 vol. in-8°. Les tomes i et n commentent le Traité de la grâce dans la I a- 1 1 te ç\e ]a Somme de saint Thomas. Le t. m est une réfutation du molinisme, le P. del Prado ne trouvant pas d'apparentement entre le thomisme historique et les théories modernes de la science moyenne. Dans les controverses contemporaines sur la grâce, l'ouvrage de del Prado reste le plus considérable monument doctrinal de ceux qui admettent l'opinion traditionnelle dominicaine. En 1919, parut, posthume, un livre du Père del Prado : Sanclus Thomas et bulla dogmalica Ineffabilis Deus. La pensée de saint Thomas sur la sanctification de la vierge Marie en regard de la définition récente y était commentée avec Jean de Saint-Thomas. Le P. Le Bachelet qualifie cette œuvre de « magistrale ». Voir ici Immaculée Conception, t. vu, col. 1057.
Lumbreras, El P. S. del Prado, Fribourg, s. d., 28 p., en abrogé dans Revue thomiste, 1918, p. .394-397; Mandonnet, Le P. del Prado, dans la Liberté de Fribourg, 15 juillet UI18.
M.-M. Gorce.
PR/EDESTINATUS. —C'est le vocable sous lequel on désigne, depuis Sirmond, le premier éditeur, un ouvrage anonyme de polémique antiaugustinienne, vraisemblablement sorti, au milieu du ve siècle, de cercles pélagiens. Texte dans P. L., t. lui, col. 583- 072. [L'introduction qui est donnée sous le titre faux Sirmondi pnefatio in Prxdestinalum est la préface même de l'auteur anonyme; il faut la replacer en tête même de l'ouvrage, et donc après les Velerum teslimonia de prœdeslinatorum hœresi. \
I. L'œuvre. — Cette préface indique sommairement le but poursuivi par l'auteur et fait comprendre l'économie du traité. Préoccupé de voir se glisser dans l'Église, sous le nom de saint Augustin, de graves erreurs sur la prédestination, notre écrivain veut s'attaquer à celles-ci. Il a pu se procurer un livre que les nouveaux sectaires font circuler sous le nom de l'évêque d'Hippone. C'est cet opuscule dont il donne le texte dans son 1. II, col. 621-628, et qu'il réfute phrase par phrase dans son 1. III, col. 627-672. Telles sont les deux parties essentielles de l'ouvrage; mais, sans doute afin de montrer et son orthodoxie propre, et la perversité des sectaires auxquels il s'attaque, l'auteur anonyme donne en son 1. 1, col. 587-622, une notice sommaire sur les 89 hérésies qui ont précédé la plus nocive de toutes, celle des pnedeslinali.
1° Le 1. I, qui est donc une hérésiologie, se donne, dès la première phrase, comme un abrégé des ouvrages antérieurs de même inspiration : Ecdicesis (èx.8ix.r]csi.ç) de Hygin contre les hérésiarques, Catégoriques d'Epiphane contre les sectes, Expositions de Philastre, lequel a fait passer les deux premiers du grec en latin. Entre Hygin et Épiphane, l'anonyme cite encore, sans donner le nom de leurs ouvrages : Polycrate, Africanus, Hésiode. Il aurait donc disposé, pour rédiger son propre catalogue, d'une riche documentation. En fait, poudre aux yeux que tout cela! L'anonyme n'a eu entre les mains qu'une seule hérésiologie, qu'il se garde bien de citer. Tout son catalogue a été fait en copiant, souvent textuellement, le De lurresibus de saint Augustin, P. /... t. xi. il. col. 2 l-.Vt; aux 88 hérésies signalées par Augustin s'ajoutent seulement les deux dernières : neslorianisme et prédestinatianisme. L'exposé très sec de
l'évêque d'Hippone a été corsé régulièrement par une
notice relative à celle des autorités ecclésiastiques qui, soit par des écrits, soit par des décisions conciliaires, a lutté contre l'hérésie en question : Pierre a combattu Simon, Lin a lutté contre Ménandre..., Cyrille d'Alexandrie et le pape Célestin ont triomphé de Nestorius; aux prédestinât iens c'est l'anonyme lui-même qui va s'attaquer. Les hérésiologues modernes ont soigneusement discuté la valeur de ces additions; leurs travaux ont montré le peu de fond qu'il y avait à faire sur la plupart de ces détails. Peut-être dans les dernières notices a-t-on relevé quelques renseignements de bon aloi; voir n. 86, sur les « tertullianistes » et leur installation à Rome au vc siècle. Mais l'ensemble de l'œuvre n'ajoute à peu près rien à notre connaissance du passé chrétien. Cette longue introduction n'avait qu'un but; il est clairement énoncé dans la phrase qui termine l'hérésie 90, col. 620 CD : à qui lui reprocherait, dans sa lutte contre les prsedestinali, de sortir de l'orthodoxie, l'auteur répondrait : omnes hœreses a Simone memorantes hucusque deteximus, ut probemus nos soli fidei calholicœ esse concordes.
2° Le 1. II se donne comme la transcription d'un ouvrage mis en circulation, sous le nom d'Augustin, par les prsedestinali, et où se condense tout le venin de leur doctrine. L'évêque d'Hippone est censé y réfuter ceux qui disent (ce sont évidemment des pélagiens) Deo invito et nolenle hominum moveri arbitria, ac de polestate mortalium Dei immorlalis poleslatem infringi. A rencontre de cette thèse, le pseudo-Augustin établit d'abord la doctrine de la prédestination absolue non seulement au ciel et à l'enfer, mais au bien ou au mal : Si inviclum confltemini Detim, confitemini et hoc, quia quod eos voluil ille qui condidil aliud esse non possunl. Unde colligimus apud animum quos Deus semel prœdeslinavit ad vilam, etiam si negligant, etiam si peccenl, etiam si nolint, ad vilam perducentur inviti : quos aulem pnedeslinavit ad mortem, etiam si currant, etiam si feslinent, sine causa laborant. Col. 623 B. De cette doctrine l'indilïérentisme moral semblerait devoir être la conclusion naturelle; mais il ne faudrait pas trop se hâter de voir cet indifîérentisme dans les- mots suivants : Cessa de le, o homo, cessa de virlule tua esse sollicitus et de Dei tanlum conftde volunlale securus. Col. 623 D. Ce peut être, en somme, une doctrine de l'abandon total à Dieu. Non moins catégoriquement est exprimée la thèse de pseudo-Augustin sur les rapports entre la grâce et la volonté. La faute d'Adam a brisé le ressort de celle-ci : le libre arbitre a péri. Col. 625 D. Il faut donc que la grâce devance la volonté de l'homme : Antecedit enim gratia Dei voluntalem hominis; prior est enim Deus in bono hominis. Col. 625 A. D'un mot est rejetée la volonté salvifique universelle et la valeur universelle de la mort rédemptrice. Le court traité s'achève sur une description des effets du baptême relativement au péché originel, plus ou moins identifié avec la concupiscence sexuelle. Celle-ci n'est pas déracinée par le baptême, et le sacrement nous restaure seulement in spe, non in re.
Ce traité ne peut certainement avoir Augustin pour auteur; forme et fond s'opposent à cette hypothèse. Provient-il en réalité d'un milieu où l'on professait l'augustinisme le plus strict et où l'on cherchait, par réaction contre des tendances pélagianisantes, à rendre plus tranchantes encore les formules du maître? C'était la solution que proposait jadis Sirmond (lequel ajoutait d'ailleurs que ces augustiniens allaient jusqu'à l'hérésie), et l'hypothèse n'est pas complètement écartée par dom G. Morin, Études, textes, découvertes, t. i, p. 311). .La majorité des critiques, cependant, se rallie à une autre supposition. C'est l'auteur même du Prsedestinatûs, qui, pour se donner la partie belle, a composé de toutes pièces, en puisant dans les ouvres
PRŒDESTINATUS
d'Augustin, celle rhapsodie qui, à tout prendre, ne fait que bloquer, en les dépouillant de toutes leurs nuances originales, des expressions augustiniennes. Ici, comme dans la première partie, nous aurions ailaire avec un plagiat compliqué de faux. Les explications embarrassées de l'auteur sur la manière dont l'opuscule pseudo-augustinien lui est parvenu (cf. 1. III, c. xxv, col. 606 C), sur l'accueil qu'aurait fait au livre le pape C'élestin (prœfatio, col. 585 A) sont bien propres à légitimer tous les soupçons. L'absence de toute attestation de cet opuscule dans la littérature chrétienne du ve siècle, à une époque où la lutte théologique est vive entre partisans et adversaires d'Augustin, doit aussi entrer en ligne de compte. Avouons toutefois que la question ne pous paraît pas définitivement tranchée.
3° Quoi qu'il en soit, le 1. III s'attache à réfuter point par point les doctrines exposées par pseudo-Augustin. Le procédé consiste à opposer aux thèses hérétiques des prœdeslinati l'enseignement des Écritures, ou les arguments de la raison.
Pour ce qui est de la prédestination même (c. i-vii), la méthode employée ne laisse pas facilement voir quelles idées sont opposées à l'augustiimmejà coup sûr, l'auteur ramène la prédestination à la prescience, mais celle-ci même lui fait peur, comme si' le fait que Dieu prévoyait et les actes de chacun et les conséquences qu'ils auront pour l'éternité apportait déjà une contrainte à la liberté. Même simplement contemplé par la prescience divine, le numerus clausus tant des élus que des réprouvés ne dit à notre auteur rien qui vaille, la considération de cette donnée élémentaire lui apparaissant comme génératrice de paresse morale. Ignoratio elenchi qui ne laisse pas d'étonner!
Beaucoup plus nettes sont les idées de l'anonyme sur les rapports entre la grâce et le libre arbitre (c. vm-xxiv) : Prior est volunlas quam gratia. Et il le démontre par ce qui arrive dans la réception des sacrements, surtout du baptême et de la pénitence. Tout le monde sait, dit-il, qu'en ces sacrements est reçue la grâce; or, l'Église n'y accepte que ceux qui ont vraiment la volonté d'y recourir. Voir c. vin, col. 644 CD. Lamentable quiproquo, qui ne tient compte ni du baptême des enfants (il est écarté par prétention), ni des prescriptions relatives à la pénitence à accorder aux mourants incapables de parler (ces prescriptions sont expressément contredites) ! A la vérité, l'anonyme concède qu'on peut dire en un sens que la grâce précède la volonté : c'est que l'incarnation et la passion ont mis à la disposition des fidèles un riche trésor de moyens qui leur facilitent la pratique du bien. La vie du Sauveur, ses enseignements, sa mort ne sont-ils pas des encouragements et des exemples? Gratia Dei in gremio est collocata Ecclesiœ. Ibid., col. 646 B. Il suffît d'aller frapper à cette porte, elle s'ouvrira, de répondre aux appels tout extérieurs du Christ et de l'Église, et la grâce viendra. En quoi il est facile de voir que l'auteur repousse tout ce qui est proprement grâce intérieure et efficace, et même grâce prévenante.
Attitude analogue en ce qui concerne les effets du baptême et le rôle de la concupiscence (c. xxv-xxxi). Pour ce qui est de cette dernière, c'est proprement son apologie qui est tentée, c. xxix-xxxi, en des termes qui rappellent, à s'y méprendre, Julien d'Éclane et ses furieuses attaques contre le prétendu manichéisme de saint Augustin.
On a voulu voir simplement dans ces doctrines un semi-pélagianisme quelque peu exacerbé. En vérité, tous les traits que nous venons de relever, négation de la grâce intérieure, du péché originel en tant que reatus, du caractère peccamineux de la concupiscence, tout cela nous oriente dans le sens du pélagianisme radical. L'auteur, à la vérité, fait profession d'anathématiser cette hérésie, qu'il a d'ailleurs cataloguée au 1. Ier, sous
le n° 88. Il rappelle a cet endroit les condamnations qui lui ont été infligées. Col. 618 A. Mais il suffit de comparer les anathèmes qu'il réédite contre les pélaglens, tant â cette place qu'au 1. III, c. xxiv, col. 665, avec les 9 canons du concile de Carthage de 418, pour se rendre compte de l'exacte position doctrinale de l'auteur anonyme. Voir art. Pélagianismk, col. 699. Ce n'est pas la première fois d'ailleurs que les pélagiens cherchaient, par des distinguo opportuns, à donner le change sur leurs sentiments. Sur ce point, des critiques aussi différents de tendance que Hans von Schubert et O. Bardenhewer donnent raison aux érudits des xvne et xvme siècles, Auvray, Mauguin, Tillemont, les Ballerini ou Noël Alexandre.
IL Provenance de l'œuvre. — 1° Lieu d'origine. — Si l'on n'accepte pas le caractère semi-pélagien de l'œuvre, il n'y a plus lieu de rechercher, comme quelques-uns l'ont fait jadis, dans le midi de la Gaule, terre classique du semi-pélagianisme, la patrie de notre ouvrage.
Divers indices, au contraire, orienteraient du côté de l'Italie et plus spécialement de Borne : le souci, en particulier, de mettre en évidence l'action des différents papes dans la lutte contre les hérésies; quelques anecdotes qui ont un goût de terroir assez prononcé. Cf. 1. I, n. 82, « les jovinianistes »; n. 86, « les tertullianistes ».
2° Date. — Si l'on tient compte du fait que, dans le catalogue des hérésies, est mentionné le nestorianisme, mais non l'eutychianisme, on fixera les dates extrêmes entre 431 et 451. Le pape Célestin (t juillet 432) est donné comme défunt : bealissimœ mémorise Cœleslinus, col. 585 C. Comme saint Léon (élu en août 440) s'est montré, dès le début de son pontificat, extrêmement sévère à l'endroit des pélagiens (cf. Jafîé, n. 398, 402) et les a traqués dans diverses contrées de l'Italie, on comprendrait assez mal la naissance, sous son règne, d'un écrit qui paraît destiné à refaire une virginité au pélagianisme; les pélagiens d'alors n'avaient plus qu'à se terrer. La situation était plus favorable sous le pontificat de Sixte III (432-440). Prêtre romain au temps d'Innocent Ier et deZosime, Sixte avait passé, à un certain moment, pour être favorable aux pélagiens. Tristes eramus nimis, lui écrit saint Augustin, cum fama jactarel inimicis chrislianœ gratia' le (avère. Episl., cxciv, 1, P. L., t. xxxin, col. 874. Quels qu'aient été, par la suite, ses sentiments et son attitude, son arrivée au Siège apostolique a pu être considérée, dans certains milieux, comme une occasion favorable de remettre en circulation un pélagianisme plus ou moins larvé. Cf. une indication de Prosper à l'année 439, sur les efforts faits à ce moment par Julien pour rentrer en communion avec l'Église. Chronicon, P. L., t. li, col. 598 B. La composition du Prœdestinatus se situerait donc assez bien sous le pontificat en question 432-440.
3° L'auteur ne serait-il pas Arnobe le Jeune? — Sirmond, le premier, avait émis l'hypothèse que l'auteur du Prœdestinatus pourrait être cet Arnobe, que l'on a appelé le Jeuno, pour le distinguer de l'apologiste du ivc siècle, et dont le nom se lit en tête d'un Commentaire sur les Psaumes. P. L., t. lui, col. 327 C. Cet écrivain est d'ailleurs fort mal connu et c'est exclusivement dans ses œuvres que l'on peut trouver sur lui des renseignements. A son bagage, il conviendrait, semblet-il, de joindre le Conflictus Arnobii catlwlici cum Serapione Mgyplio, ibid., col. 239-322, discussion du monophysisme. La démonstration de l'identité d'auteur de ces deux ouvrages, esquissée par dom Wilmart, perfectionnée par dom Morin, a finalement rallié le suffrage d'O. Bardenhewer, Altkirchl. Literatur, t. iv, 1924, p. 605. Besterait à ajouter le Prœdestinatus (sans parler des Expositiunculœ in Evangelium, pu-
PR/LDESTINATUS — PR AG MATIQUH SANCTION
bliées par (loin Morin dans les Anecdola Maredsolana, t. ni, fasc. 3, p. 129-151, on un texte meilleur que celui de P. L.. t. cit., col. 569-580; sans parler non plus du Liber ad Gregoriam in palatio constilulam, édité par le même dom Morin dans Études, textes, découvertes t. i. p. 383- 139). L'air de parenté de tous ces ouvrages semble incontestable. Par ailleurs, il y a, comme Sirmond l'avait déjà noté, des relations très étroites entre le Prœdestinatus et quelques passages du Commentaire; Sirmond avait même imprimé, à la fin du 1. III, l'explication du Ps. cxvn, P. L., t. cit., col. 505 BGD : S une forte audial me prœdestinationem docens... ipse nobis effuitur in salulem, et du Ps. cxi.vi, col. 562 au bas-563 : Objicilur huie loco nos hoc ila dicere... credendo et desiderando consecutus es. On pourrait multiplier ces exemples, voir au moins Ps. xci, col. 459 : Ea ergo quœ lucida sunl in Scripturis, etc.; Ps. cxxvi, col. 528 : Ab initio sœculi, etc. En tous ces passages on trouvera les doctrines caractéristiques du Prœdeslinatus. A la vérité, ces rencontres pourraient s'expliquer par une utilisation que l'auteur du Commentaire aurait faite du Prœdestinatus. Mais le nombre des rencontres de style et de pensée est trop considérable pour s'expliquer d'une manière aussi mécanique. Les choses se passent comme si un même auteur, la tête remplie des mêmes pensées, avait rédigé presque simultanément le Prœdestinatus et le Commentaire. Que si, dans le Conflictus, malgré des rapprochements stylistiques fréquents et d'incontestables parentés de doctrine, les idées pélagiennes se rencontrent beaucoup moins nettement, il faut tenir compte du fait que ce dernier ouvrage a été composé après 451, et donc sous le pontificat de saint Léon, qui, en matière de pélagianisme, n'entendait pas la plaisanterie.
Somme toute, l'hypothèse de la composition du Prœdestinatus, vers les années 435-440, par le moine Arnobe, peut-être d'origine africaine mais séjournant pour lors à Rome, nous paraît tout aussi admissible et beaucoup plus simple que celle qui a été proposée par H. von Schubert. A en croire ce dernier, l'auteur responsable serait en dernière analyse Julien d'Éclane, animateur d'un petit groupe de pélagiens ou de pélagianisants, entre lesquels il aurait réparti la besogne de composition ( !). Mais abstraction faite de ces conjectures, il faut reconnaître que la seule existence du Prœdestinatus jette un jour singulier sur la persévérance du pélagianisme dans les milieux romains après les condamnations de 418 (Tractoria du pape Zosime) et de 431 (concile d'Éphèse). lit quant à la manœuvre qui, pour faire pièce à l'augustinisme intégral, camouflait celui-ci en une « hérésie prédestinatienne », elle était singulièrement habile, puisqu'elle a induit en erreur un aussi bon juge que Sirmond. Voir l'art. Prédestinatianisme.
I. Texte, éditions. — Sirmond publie le texte pour la première fois en 1643 : Prœdestinatus, pra'deslinaiorum hnresis et libri S. Augustino temere ascripti rcfulaiio, Paris, in-8°, 220 p.; son édition reposait sur un ms. de Reims (n. 70) qui avait été en la possession d'Hincmar. Quand .1. de La Baune, S. .1., publia en 1696 les œuvres complètes de Sirmond, il eut en main les collations faites sur un ms. de Reichenau (actuellement à Karlsruhe, Augiensis CIX); les variantes qu'il a ainsi ajoutées au Prœdestinatus. Opéra, t. i, col. 465-580 (éd. de Venise, 1728, t. I, col. 269 sq. ), sont passées dans la réimpression de Gallandi, Vêler. Pair. biblioth., t. x. et de là dans P. L., t. lui. (C'est La Baune qui est responsable de la transposition de la préface avant les aucioritates; cette transposition a trompé Mignc, qui a ajouté le nom de Sirmond!). — Édition du 1. I, dans Vr. Œhler, Corpus heereseologicum, 1. 1, Berlin, 1856, p. 227 sq. — .1. Scharnagl a commencé la préparation d'une édition pour le Corpus de Vienne; cf. Wiener Sludien, t. xxxix, 1917, p. 179.
II. Notices littéraires et travaux. — 1° Aux xvii1" et x\ m' siècles, les querelles entre les jansénistes et leurs adver-
saires attirent l'attention sui le Prœdestinatus et font discuter assez vivement la question d'auteur et d'esprit.
Sur la Censura d'Auvray (Barcos) et la critique de Mauguin dans les Vindicise, voir plus loin l'art. Prédestinatianisme. Attribuent avec plus ou moins de fermeté l'ouvrage à Arnobe : Petau, Theol. dogm., De incarn., 1. XIII, c. vi, n. 9-12, éd. Vives, t. vi, p. 666-668; les Ballerini, éditeurs des Opéra de Noris, t. iv, col. 922; Tillemont, Mémoires, t. xvi, p. 19-22; l'Hisl. tilt, de la France, t. n, p. 349-351 ; dom Ceillier, Hist. des auteurs saerés et ecel., 2e éd., t. x, p. 330-335. — Le nom de Primasius, avancé par I lolstenius (voir Sirmond, Opéra, 1. 1, en tète de l'édition du Pnvdcslinatus), proposé conjecturalement par Mabillon, lier germ., dans Vêlera analecta, éd. in-fol., 1723, p. 15 a, n'a pas été retenu ; pas davantage les conjectures du P. S. Piccinardi, (). P., De novitio opère quod inscribitur Prœdestinatus, Padoue, 1686; ni celles de C. Oudin, Script, ecel., t. i, col. 1247, qui attribuait l'ouvrage à Vincent de Lérins.
2° Aux Xixe et xxe siècles, les discussions ont pris une allure plus irénique. On trouvera les renseignements les plus nombreux dans Hans von Schubeit, Der sogenannle Prœdestinatus, ein Beitrag zur Geschichte des Pelagianismus , dans Texte und Unters., t. xxiv, fasc. 4, Leipzig, 1903. Contre l'attribution à Julien d'Éclane proposée par celui-ci, s'élève dom G. Morin, dans Études, textes, découvertes (Anecd. Maredsolana, IIe sér.), t. i, p. 309, l'étude la plus complète sur Arnobe le Jeune; comparer G. Kriigei, dans Schanz, Gesch. der rôm. Litteratur, t. iv b, 1920, g 1216 (se rallie aux conclusions de Morin); O. Bardenhewer, Altkirchl. IJteratur, t. iv, 1924, p. 520-521 (conteste ces conclusions). — Voir aussi G. Bardy, Le souvenir d'Arius dans le Prœdestinatus, dans Rev. bénédict.. t. xl, 1928, p. 256-261.
É. Amann.
PRAGMATIQUE SANCTION. — Cette expression appliquée autrefois aux rescrits impériaux reparaît dans le vocabulaire des chancelleries du Moyen Age. Cf. Du Cange, Glossarium, au mot Pragmalicum. Elle signifie un règlement solennel fait par un gouvernement civil sur des matières ecclésiastiques conformément à une tradition ou à une délibération antérieure. Ce mot est employé pour qualifier l'ordonnance de Charles VI (6 octobre 1385) contre les exactions de la cour de Rome, l'ordonnance de 1415 au concile de Constance interdisant aux cardinaux la possession de bénéfices en Castille, l'acte royal en suite de l'assemblée du clergé de 1406, etc.
Nous étudierons ici la Pragmatique sanction attribuée à saint Louis, et celle de Bourges, promulguée par Charles VII en 1438.
I. Pragmatique sanction attribuée a saint Louis (mars 1269). — Elle apparaît pour la première fois à l'assemblée du clergé à Chartres en 1450 et sera longtemps opposée aux papes pour défendre les libertés de l'Église gallicane.
1° Teneur. — Art. 1er. — Les églises de notre royaume, les prélats, les patrons, les collateurs de bénéfices jouiront pleinement de leurs droits, et à chacun sera conservée sa juridiction.
Art. 2. — Les églises cathédrales et autres de notre royaume auront la liberté des élections, qui sortiront leur plein et entier effet.
Art. 3. — Nous voulons et ordonnons que la simonie, ce crime si pernicieux à l'Église, soit entièrement bannie de notre royaume.
Art. 4. — Nous voulons également et ordonnons que les promotions, collations, provisions et dispositions des prélatures, dignités et autres bénéfices quelconques ou offices ecclésiastiques de notre royaume, se fassent suivant la disposition, ordination et détermination du droit commun, des saints conciles et des saints Pères.
Art. 5. — Nous ne voulons aucunement qu'on livre ou qu'on recueille les exactions pécuniaires et les charges très pesantes que la cour de Rome a imposées ou pourrait imposer à l'Église de France, et par lesquelles notre royaume est misérablement appauvri, si ce n'est pour une cause raisonnable, pieuse et très