I. Vie. — Bardesane est né à Édesse le 11 juillet ISi
D'après Michel le Syrien, son père se nommait N ùham<i' et sa mère Nahsiram. Ils n'étaient pas de race sjTienne; ils avaient quitté la Perse (ou plutôt la Parthie) la quinzième année de èahrùq, fils de Xarsé', roi de Perse, l'an 455 des ■•ecs (lii de J.-C.). Ils étaient d'ArbelIes dans l'Adi; .,cne selon Théodore bar Khouni. Ils arrivèrent à Édesse sous le régne de Manon VIII (139-163, 167-179).
C'est dans cette ville, près du fleuve Dai.san qui la traverse, que NahSiram eut un fils l'an 465 des Grecs (151- de J.-C; Élie de Nisibe écrit 13't, ce qui nous semble moins probable). Elle le nomma le fils du Daisan ou Bar-Daisan du nom du lleuve. L'origine étrangère de Bardesane est confirmée par Jules l'Africain, son contemporain, qui l'appelle le Partlie et par Porphyre qui l'appelle le Babylonien. Babylone était alors occupée par les Parthes, et ce furent des tribus nabatéenncs qui, sous la protection des Parthes, fondèrent le petit royaume de l'Osrhoéne avec Édesse pour capitale ; aussi les parents de Bardesane, Parthes ou Perses, furent bien accueillis à Édesse; leur fils fut élevé à la cour avec Abgar, fils du roi Manou VIII, et reçut une brillante éducation.
Nous retrouvons les parents de Bardesane à Hiérapolis (Mabùg ou Membidj) où les avaient conduits sans doute les révolutions survenues à tdesse et où ils demeurèrent dans la maison du prêtre Anùdùzbar. Cette ville était adonnée au culte des idoles, Lucien, De Dea lyra, et possédait un temple remarquable. Le prêtre adopta Bardesane, l'éleva et lui apprit les cantiques (les sciences) des païens. Ses parents eux-mêmes étaient prêtres païens. Nous pouvons croire que Bardesane apprit alors l'astrologie, indispensable aux prêtres à une épot'ue et dans un pays, où les temples au soleil, à la lune, ou à quelques planètes se rencontraient dans chaque ville. L'esprit de Bardesane se complut dans ces spéculations, comme il le dit plus tard à ses disciples, et il put être ainsi conduit à un système cosmologique, ou, si l'on veut, de philosophie naturelle qui Rippelail celui de Valentin ou plutôt des gnostiques astrologues.
A l'agi' de vingt-cinq ans, c'est-à-dire en 179, Bardesane entendit par hasard à Édesse la parole de l'évêque llyslaspe, rjui expliquait les Écritures au peuple. Il de-
manda à connaître les mystères des chrétiens, et l'évêque, apprenant son désir, en fit son disciple, l'instruisit, le baptisa et le fit diacre ou prêtre; cela signifie sans doute qu'il fit partie duconseil de l'évêque ou des presbylres. — En cette année 179 commençait précisément à régner Abgar IX le Grand, fils de Jlanou VIII (179-216), l'ancien condisciple de Bardesane, aussi celui-ci reprit sa place à la cour, où .Iules l'Africain le vit souvent; il était l'un des plus adroits archers de l'Osrhoéne et pouvait, en lançant des fièches, faire le portrait d'un homme, marquant tout le contour du corps et la place des yeux. Sa science, sa force, son adresse et sa situation à la cour le mirent en évidence à Edesse, il compta bientôt parmi ses disciples tous les grands de la ville. Il dut sans doute, dans sa ferveur de néophyte, chercher à adapter au christianisme une partie de ses connaissances antérieures et surtout la mythologie et l'astrologie chaldéennes, « ces sources de tout gnosticisme, » aussi Eusèbe put écrire qu'il ne se débarrassa jamais complètement de son ancienne erreur. Cependant la sincérité de son christianisme ne peut faire de doute, car il montra que la plupart des dogmes de Valentin n'étaient que des fables ; il fut un contradicteur résolu de Marcion et des autres hérétiques et il écrivit beaucoup en faveur des chrétiens persécatés. Un ami d'Antonin (Caracalla) voulut persuader à Bardesane d'abjurer le christianisme, mais il ne réussit pas et celui-ci fut presque mis au nombre des confesseurs de la foi, dit saint Épiphane, car il défendit la religion, répondit avec sagesse, et dit qu'il ne craignait pas la mort qu'il de\Tait toujours subir, quand bien même il obéirait à l'empereur. Ce fait concorde bien avec ce que Bardesane dit des chrétiens dans le Dialogue des lois des pays, p. 55.
D'après l'historien arménien Moïse de Khoren, Bardesane évangélisa l'Arménie, sans grand succès d'ailleurs ; Il réfugié dans le fort d'.\ni, il y lut l'histoire des temples où se trouvaient aussi relatées les actions des rois, il y ajouta les événements contemporains, mit le tout en syriaque, et son livre fut dans la suite traduit en grec. » Hist. arm., t. Ii, p. 66. Mais si l'on se rappelle que Moïse de Khoren aime appuyer sa reconstruction de l'histoire ancienne de l'Arménie sur l'autorité d'hommes célèbres par ailleurs, auxquels il prête ainsi ses fictions, cf. Carrière, X,a légende d' Abgar dans l'histoire d'Arménie de Moïse de Khoren, Paris, 1895, p. 357-414, on aura lieu de craindre qu'il n'ait imaginé cette évangélisation de l'Arménie par Bardesane afin de pouvoir lui prêter la composition d'une histoire d'Arménie et de s'appuyer ensuite sur cette autorité. D'ailleurs un prétendu passage de Bardesane cité par Moïse dérive en réalité de l'histoire d'Agathange. Cf. Carrière, Les huit sanctuaires de l'Arménie païenne, Paris, 1899, p. 28-29. Le témoignage de Moïse est cependant confirmé : 1" par les Philosophoumena qui appellent Bardesane ('ApSridcâvT,;) l'arménien et 2° par deux autres historiens arméniens dont nous parlerons plus bas. Nous pouvons voir du moins dans les textes de Moïse de Khoren relatifs à Bardesane un hommage à l'orthodoxie, au zèle et à la renommée de ce dernier.
Enfin Bardesane mourut vraisemblablement à Édesse, à l'âge de soixante-huit ans (en 222). Il eutun fils nommé Harmonius. Voir Bardesamtes. Michel lui attribue encore deux autres fils, nommés Abgarùn et Hasdù, dont on ne trouve pas de mention chez les autres auteurs.
Il nous reste à rendre compte d'une tradition divergente : d'après saint Épiphane, Bardesane fut d'abord un homme orthodoxe et composa beaucoup d'écrits tandis qu'il était encore sain d'esprit, mais il tomba plus lard dans l'hérésie des valenliniens. D'après Michel, Bardesane, d'abord païen, se converti!, devint diacre, écrivit contre les hérésies, puis adopta enfin l'enseignement de Valentin. L'évêque d'Édesse qui suc-