BARDESANE
céda à Hystaspe le réprimanda et, comme il ne voulut pas obéir, l'anathématisa. D'après Théodore Bar Khouni, Bardesane, d'abord païen, se convertit, devint prêtre et voulut devenir évèque. Déçu dans son ambition, il s'attacha à la doctrine de Valentin, qu'il modifia légèrement afin de pouvoir donner son nom à une nouvelle hérésie. Ajoutons que, d'après Masoudi, Bardesane fut évèque d'Kdesse.
Nous croyons que Bardesane fut d'abord païen, car le paganisme était la religion dominante, et le premier roi chrétien dÉdesse, qui fut Abgar IX, ne se convertit vraisemblablement qu'après 2CH. Rubens Duval, Hist. d'Édesse,p. 48, 6't-65. Il fut même valentinien, au moins par certains côtés de ses théories philosophiques, puis se convertit au christianisme dont il combattit les adversaires, mais ne parvint jamais à se débarrasser complètement de ses anciennes erreurs. Car : 1° cette opinion, basée sur le témoignage d'Eusèbe, explique le caractère d'oeuvre de transition que présente le Dialogue des lois des pays. Cet ouvrage enlève aux astres la plus grande partie des prérogatives que les païens leur attribuaient et que Bardesane lui-même, comme il nous l'apprend, p. 37, leur avait attribuées, mais il leur en accorde encore trop, et ces concessions devaient plus tard paraître excessives. 2" Saint Éphrem semble être le premier adversaire des bardesanites, alors tout puissants à Édesse. Il he nous apprend nulle part que Bardesane ait été anathématisé par un évèque d'Édesse ou qu'il ait voulu devenir évèque et soit tombé dans l'hérésie par ambition déçue. 3" Saint Éphrem n'accuse pas Bardesane d'être devenu valentinien. 4" Les récits tardifs de Théodore Bar Khouni, de Michel et des .\rabes, ne cadrent aucunement avec le rùle joué par Bardesane à la cour d'Édesse, rôle qui est attesté par Jules l'Africain son contemporain, par Porphyre, qui faisait partie de la génération suivante, et même par saint Épiphane.
Il semble donc que l'on imagina et que l'on chercha à expliquer un retour de Bardesane à l'hérésie de Valentin pour trouver là l'origine de l'hérésie subséquente des bardesanites. Il est à craindre que celte assimilation des bardesanites aux valentiniens une fois admise, on n'ait attribué aux premiers quelques fictions des seconds, par exemple sur le nombre et la génération des mondes et sur la nature du corps du Sauveur. Théodore Bar Khouni, Michel et Théodoret, Epist., CXLV, P. G. , t. Lxxxiii, col. 1380.
II. ÉCRITS. — /. EN GÉNÉRAL. — Bardesane composa des dialogues et des ouvrages en langue et écriture syriaque ; les nombreux disciples que lui attirait son éloquence les traduisirent du syriaque en grec. Eusèbe, H. E., IV, 2(1. P. Ci., t. XX. col. 397, 400; S. Jérôme, De viris ill.. '.'•■'•.. /'. /. , I, xxrti, col. 647. D'après saint Épiphane, il iiiii .1-. -lui- hi connaissance des langues grecque et SMi i.iiii . .Ii-|inta avec Avida l'astronome au sujet du destin, et on lui attribuait beaucoup de traités au sujet de la vraie foi. Théodoret vit ses écrits sur le destin et contre l'hérésie de Marcion, ainsi que beaucoup d'autres. Hxr. fab., i, 22, P. G., t. Lxxxiii, col. 372. En somme, on trouve mentionnés : I» Des dialogues contre Marcion et sur divers sujets. 2" Un très célèbre dialogue Sur le destin adressé à Antonin. Cet ouvrage est distinct du Dialogue des lois dus pays dont nous parlerons plus loin; il est adressé à l'empereur Caracalla (2M-2I7) ou plutôt à Héliogabal (218-222), car ces deux empereurs sont désignés dans Eusèbe par le seul nom d'Antonin. H. E., vi, 21, P. G., t. XX, col. 573. D'ailleurs, le premier vint en Mésopotamie et fut tué entre Carrhes et Édesse; le eecond avait été élevé à Émèse dans le temple du Soleil et devait s'intéresser à un ouvrage syrien sur le destin, c'est-à-dire sur l'influence du soleil et des planètes. Le nom commun Antonin, mis en tète du dialogue, prêta à ambiguïté et parut désigner Antonin le pieux ou Antonin
Verus, aussi longtemps qu'on ne connut pas les dates exactes de la naissance et de la mort de Bardesane. 3" Cent cinquante psaumes ou plutôt hymnes, à l'imitation du roi David. S. Éphrem, Opéra syriaca, t. ii, p. 553. Tous les habitants d'Édesse les chantèrent. Bardesane créa ainsi la poésie syriaque, il utilisa surtout le mètre pentasyllabique. Hahn, Bardesaiies gnosticus, p. 32-37. Les ouvrages mentionnés jusqu'ici sont complètement perdus, hors quelques vers cités par saint Éphrem. Adv. hser., serm. Lv, Opéra, t. ii, p. 557, 558. 4» Un ouvrage sur l'Inde d'après des renseignements que lui fournirent des ambassadeurs hindous envoyés à Héliogabal, dont quelques fragments, cités par Porphyre dans les traités Ihp'i St-j^o; (conservé par Stobée) et lUf\ à5ro-/T]; èiji'!/j-/wv, IV, 17, 18, ont été reproduits par Langlois, Fragmenta historicorum grsscoruni, Paris, 1870, t. V b, p. 68-72. 5" Une histoire d'Arménie, à laquelle Moïse de Khoren, comme nous l'avons déjà dit, fit des emprunts. Hist. Arm., t. ii, c. Lix, lxvi. Langlois a traduit ces chapitres, loc. cit., p. 63-67, ainsi que deux passages de Zénob de Glag et d'Ouktanés d'Édesse, historiens arméniens, qui attribuent à Bardesane une histoire d'Arménie et la rédaction d'nn colloque entre Tiridate et Hratché. 6» Des ouvrages d'astrologie auxquels saint Épkrem fait allusion et dont Georges, évèque des Arabes, a reproduit un fragment. Cf. Ryssel, Geo>-gs des Araberbischofs Gedichte und Briefe, Leipzig, 1891, p. 48. Enfin, 6" le Dialogue des lois des pays que nous allons étudier.
//. LE Di.iLOGUE DES LOIS DES p.ii's. — 1» Citations de ce dialogue. — Ce petit ouvrage rédigé, sans doute en syriaque, par Philippe, disciple de Bardesane, est le plus ancien monument de la littérature syriaque, en dehors des traductions de la Bible. Eusèbe, Prsep. ev., vi, 10, P. G., t. XXI, col. 464-476, cite de longs extraits de la traduction grecque de ce « dialogue de Bardesane avec ses disciples ». Il le distingue donc du dialogue sur le destin adressé à Antonin dont il a parlé dans son Histoire ecclésiastique. Diodore, évèque de Tarse, le réfuta, car il reproche avec raison à Bardesane de s'être arrêté à mi-chemin dans son argumentation contre le destin des planètes. Saint Épiphane l'a lu, car il mentionne l'un des principaux interlocuteurs, l'astronome Avida ('Aê£iSi);il a surtout remarqué, comme Eusèbe et Diodore, l'argumentation contre le destin ; enfin le dernier compilateur des Recognitiotis, Césaire, frère de Grégoire de Nazianze, et Georges Hamartolos lui font des emprunts, sans doute par l'intermédiaire d'Eusèbe.
2" Éditions. — Le texte syriaque du Dialogue des lois des pays, dont on ne connaissait que des extraits d'une traduction grecque, a été découvert par Cureton en 1845, dans le ms. du British Muséum, add. 14658, du vit-vir siècle. Le même savant en a donné une édition, aujourd'hui épuisée, avec une traduction anglaise. Spicilegium syriacum, Londres, 1855. Nous l'avons réédité, Bardesane l'astrologue, le livre des lois des pays, Paris, 1899, et avons fait tirer à part l'introduction avec la traduction française. Nous avons ajouté les traductions du fragment astrologique et eschatologique cité par Georges, évèque des Arabes, et d'un texte inédit de Moïse Bar Cépha qui rélléte assez exactement, croyons-nous, les idées cosmogoniques de Bardesane. Il existe encore une traduction française de ce dialogue publiée par Langlois, op. cit., p. 74-95, et une excellente traduction allemande due à Merx, Bardesanes von Edessa, Halle.
3° Analyse. — Le Dialogue des lois des pays n'est pas haché en courtes phrases comme certains dialogues de Socrate ; ici le maître n'a pas pour méthode d'arracher la vérité lambeau par lambeau à l'esprit de ses auditeurs, il provoque les questions et y répond ; « Si donc, mon fils, tu as des idées sur la question que tu poses, développe-les-nous; si elles nous plaisent, nous serons