‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 16 sur 741 · BAILLET · texte numérisé non relu

BAILLET

ou permis dans l'Église catholique ; Tofiographie des saints où l'on rapporte les lieux devenus célèbres par la naissance, la demeure, la mort, la sépulture et le culte des saints; Chronologie des saints où les points principaux de la vie et de la mort de ceux que l'Église honore d'un culte public se trouvent rangés selon l'ordre des temps. Baillet a encore écrit, avec la même intempérance de critique, un in-12 sur La dévotion à la Vierge et le culte qui lui est dû, avec l'avis salutaire de la Bienheureuse Vierge Marie à ses dévots indiscrets et une lettre pastorale de M. de Choiseul, évêque de Tournait, sur ces avis, Paris, 1694 ; Tournai, 1712. Dés son apparition, ce livre provoqua de vives réclamations. La Sorbonne, loin de le condamner, censura le livre de Marie d'Agréda et les pratiques qui y sont'.contenues. Kn revanche, la S. C. du Saint-Office, par décrets du 4 août 1694 et du 6 juillet 1701, a frappé le second ouvrage de Baillet, donec corrigalur. En s'attaquant aux fausses dévotions et aux abus superstitieux, l'érudit avait maladroitement étendu ses reproches à des usages autorisés ou tout au moins tolérés par l'Église. Il niait aussi très catégoriquement l'immaculée conception et l'assomption glorieuse de la sainte Vierge. En dehors de la longue série d'écrits polémiques, historiques et bibliographiques qui ont paru sous son nom ou sous des pseudonymes, Baillet a enfin composé un traité des devoirs d'un directeur et de la soumission qui lui est due: De la conduite des âmes, in-12, Paris, 1695.

Abrégé de ta vie de M. Baiitet, dans Jugemens des savante sur tes principauœ ouvrages des auteurs, 2' édit., Amsterdam, 1725, t. I, p. xxiii-xun; Bupia, Bibliothèque des auteurs ecclésinsdijKe.s Paris, 1698, t.xvni, p. 284-296 ;./o«™ai des savants, t. XXIX, p. .079-50.5, 627; t. XX.XV, p. 208-216; Michaud, Bibliographie universelle, Paris, 1811, t. m, p. 226; Hurler, Nomenclator Uterarius, Inspruck, 1893, t. il, col. 887-891.

C. TOISS.MNT. BAILLY Louis, né en 17.30 près de Beaune, devint chanoine de Dijon où il enseigna la Ihi'ûiiiKie dogmatique, depuis la suppression de la (..ihi|i,i iii. li^ Ksus en 1763, jusqu'à la Flévolution, peu. I ni li pu 11. il se réfugia en Suisse. Rentré en Franc,. ,|.i . !i i iinirrile

révolutionnaire, il refusa la ili^nil. ,1 m i.iI l't

se consacra au modeste sci\m ,l. I ii , l l, .uni'.

11 mourut en 1808. On a <\< lu 1 / , i,,ni-

tica et moralis, 8 in-8". I7>'.i, ^ m !' I <i Isn',.; ouvrage souvent réédité, aii,|ipl nu ,i 1, iliiu, ,1, nn-nt joint un 9« volume conti-n.ini il<- .i|.|m i,,ii, , m les

notes de l'Église et sur lc~^ l.i- mmI -^ I - UM.iMle

Irrs ri^'idp, malgré les retoiu Ih - |m, i, m mi , lui. iI.uk rc'dili<]n lieceveur, cet ouvr:i. , ,|ni . i.i il j.ii |.i . <l nu denii-siécle le manuel de la |ilu|i.ii: 1. iiMiiuii d,

KraïK-E', fui condamné p:ir I In.irx I, 7 ,1,,, i,,l.i. Is.VJ, do)w<- corrirjalur. — 2" Traclaius de vi'ra reliijioiie, e- c'dil., i in-12, Dijon, 1758. — 3» Tractatus de Ecclesia, 2in-8", Dijon, 1771, 1776,1780, dans lequel sont soutenus les principes de la déclaration gallicane de 1682. — i" Principes de la foi catholique, que Bailly composa pendant son exil en Suisse à l'époque de la Révolution.

MnrXKT, Nomenclalor Uterarius, 2- édit., 1895, t. m, col. 507 -'1.; Ilohrbaclicr, Histoire universelle de l'Église catholique, l'iuis, 1848, t. xxvii, p. 375 sq.

K. ni'BIANCHY.

1. BAIUS Jacques, lb--olnL-i,-nl.H-f-prilli/,lifin.', nnveu du célèbre Michel ll.iin-. iLnpnl a M.lm .-n II.MiiHil ut

mourut doyen lir la r,,|i, „i ,i, ,|, ^.mi l'hii. .I. I,,,iivain le 9 oclobn.' lOll. Il ax.ni , lu.li, ,, I nui - i ii.- île cette ville; et s'yjélait fait recevoir •In. i. m . n I,",m; 1| a laissé divers ouvrages : De etwharisli.i' ^". , ,-„,,„^l ,■! de siicri/icio missm libri III, in-8«, Loin;, m. K.iû. I.islilulinnum chrislianœ religionis libri IV, lu-lol.. CuluLiie, 1620. Voir col. 56 et 57.

Val.re AniM, BibUotheca belgica, in-8', Louvain, 16/i3, |i. Wi ; Hurler, Nomenctator Uterarius, l. i, col. 6ti.

B. llicinTEiiizi:.

2. BAIUS Micliel. La biographie de ce célèbre théologien précédera le commentaire de ses propositions condamnées par saint Pie V.

I. BAIUS. Biographie. — Michel Baius ou de Bay, théologien de l'université de Louvain, que ses erreurs sur la grâce et le libre arbitre ont fait appeler le précurseur de .lansénius. — I. Commencements. II. Doctrine. III. Première condamnation en 1567. IV. Apologies. V. Deuxième condamnation de Baius en 1579. VI. Le baianisme après Baius.

I. Commencements. — Né en 1513, à Melin, petite localité des environs d'Ath en Hainaut, Michel de Bay fit ses études à l'université de Louvain, très célèbre à cette époque par le renom de ses docteurs et leurs luttes contre le protestantisme. Admis en 1533 dans le collège de Standonk ou Maison des pauvres, il suivit les cours de philosophie pendant trois ans au collège du Porc; sorti troisième, avec le titre de maître es arts, il obtint une bourse dans le collège du pape Adrien VI et y restai cinq ans en théologie. Ses talents et la dignité de sa \ ie lui méritèrent d'être nommé, en lôil, principal du collège de Standonk. Trois ans après, il fut admis, en qualité de membre de la faculté des arts, au conseil de l'université ; en même temps on lui confia une régence de philosophie au collège du Porc. Il remplit cette charge avec beaucoup de succès jusqu'en 1.550. Dès cette époque il nous apparaît uni par une étroite amitié et par une conformité générale de sentiments avec l'un de ses condisciples, Jean Hessels, né à Louvain en 1522, et devenu licencié en 15il. Une lettre écrite plus tard par le cardinal Commendon nous fait connaître le jugement que portait sur les deux amis leur professeur de théologie, Ruard Tapper, alors chancelier de l'université; tout en les reconnaissant du reste bons et modestes, il les trouvait trop attachés à leur sens et redoutait l'union du talent et de l'audace qu'il voyait en eux; aussi retarda-t-il leur admission au doctorat. Pallavicini, Histoire du concile de Trente, 1. XV, c. vu, n. 9. .lean de Louvain ne parvint à cette dignité qu'en 1556; Baius l'obtint le 15 juillet 1550. Il fut alors nommé à la présidence du collège Adrien, charge qu'il conserva toute sa vie ; puis, comme Jean Léonard van der Eycken, dit Hasselius du nom de Hasselt, sa ville natale, avait été député au concile de Trente avec Ruard Tapper et Josse de Ravestein, Baius fut choisi pour le remplacer. Hasselius étant mort à Trente, le 5 janvier 1552, le suppléant devint liliiliiii- (le la chaire royale d'Écriture sainte.

I I iliirs que le nouveau professeur et son ami Il I iiiirent nettement des sentiers battus et com- 1111 Mil 1 iil à créer dans l'université un sérieux mouvement d'opinion. Deux choses sont à distinguer dans la controverse qu'ils provoquèrent : la méthode et la doctrine. Dans sa lettre au cardinal Simonetta, écrite en 1569, Baius s'explique ainsi sur le genre d'enseignement qu'il avait adopté : « Quand, il y a plus de dix-huit ans déjà, je commençai à enseigner publiquement la théologie dans nos l'coles, la considéralion des hérétiques qui

l'i-iai ■!. .'II. i-ii- r. I . .1 .' iii|.:. n. --I .1 iiaincollègue

.Ir.iii 11 . . !.■ !i,n,. i|. .11 ■ .1 1 - a\oir, m'en-

gagi-i L-Éil .1 |jia;aai, uii.j a.. ll.„(K .1 > ii,~. i..a. ment dont je ne me suis pas départi; après lecture de Pierre Lombard et de quelque docteur scolastique, je me suis efforcé de ramener aussitôt l'étude de la théologie à l'Écriture sainte et aux écrits des anciens Pères, ceux du moins qui jouissent encore de quelque crédit auprc-s des hérétiques, comme Cyprien, Ambroise, Jérôme, Augustin, Léon, Prosper, Grégoire et pareils. » Mais pour les deux amis, le maître par excellence fut l'évêque d'IIippone.dont Baius lut, dit-on, tous les écrits neuf fois, et soixante-dix fois ceux qui concernent la grice.

L'intention était bonne. Dans leurs discussions avec

les théologiens catholiques, les novateurs ne cessaient tlalléguer l'Écriture et les Pères des premiers siècles ; n'était-il pas à propos de les suivre sur ce terrain, de prendre les mêmes armes et de former les autres à s'en servir.' Ce but apologétique explique également pourquoi les sujets traités parBaius correspondent aux principaux points de la doctrine luthérienne et calviniste. Les circonstances eurent aussi leur influence dans cette orientation. Les grandes erreurs des protestants et la doctrine opposée du concile de Trente avaient amené les théologiens orthodoxes à envisager de plus prés les graves problèmes de la grâce et du libre arbitre, mais les solutions de détail ne s'accordaient pas toujours. On trouve une preuve remarquable de ces préoccupations et de ces divergences dans l'échange de lettres qui eut lieu, en 1550 et 1551, entre le dominicain Pierre de Soto, célèbre professeur de théologie à l'unh' i -il ' M. rii!iii,::pn. et le chancelier de Louvain, Ruard Ti i i ' i imprimées, sous forme d'appendice, à Il '" I I i^f d'Antonin Reg\mi\<l, De nieiili' saurh . '^ ■ ■ ' < ■'ifiimi circa graliani cf ficacem, in-fo\.. Aiimi- ITuii. Au jugement de Soto, quelques c.uili ni i -i-i, - .Ir l'époque, comme Pighius, Eck, Cath.inn il uirnir Dominique Soto, avaient trop accordé au libre cu-bilie, s écartant sur ce point ou sur celui de la prédestination et de la distribution des grâces, de ce que le théologien de Dilingen regardait comme la vraie doctrine de l'Écriture et de saint Augustin. Cette controverse eut-elle une intluence décisive sur la direction que prirent les idées de Bains? Rien ne le prouve, mais elle était certainement de nature à le conlirmer dans la persuasion où il était déjà, que plusieurs des apologistes de la foi catholique étaient allés trop loin en s'opposant aux hérétiques et que, dans les matières delà grâce et de l'anthropologie chrétienne, ils n'avaient pas toujours évité l'écueil du pélagianisme ou du seraipélagianisme. Sur la question de méthode, se greiïa donc une divergence doctrinale; ou peut-être ser:iit-it plii'i vrni fie dire que, dès le début, la divergence (loiiinil -. ili-iiiuilasous la question de méthode. En fail. ■" I- ]i' I' •'- lie dégager l'enseignement des anciens PoM- il n|. Il,, ni- hi'lérogènes que, sous l'influence de la philosophie aristotélicienne, les docteurs du moyen âge et leurs continuateurs y auraient mêlé, Baius et Hessels jetèrent par-dessus bord non seulement la méthode, mais la doctrine même des théologiens scolastiques sur des points de grande importance.

Les nouvelles idées firent des progrès assez rapides pour qu'à son retour de Trente, vers le milieu de 1552, ïapper n'ait pu maîtriser son émotion et se soit écrié : « Quel est donc le diable qui a introduit ces sentiments dans notre école? » Il ne voulut pas recourir aux moyens d'autorité que lui fournissait sa charge d'inquisiteur général de la foi dans le Brabant, mais il s'éleva avec force dans les disputes publiques contre les opinions de Baius et de Hessels, comme on le voit par une lettre écrite plus tard par un témoin oculaire, Jacques Tzantel. Quand il vit que la douceur et la condescendance ne remédiaient pas au mal, le chancelier jugea qu'il fallait agir plus fermement. Il s'adressa donc, en 1558, au docteur Vigile Zugzhera, président du conseil privé, et à Granvelle, premier ministre de la duchesse de Parme que Philippe II venait d'établir gouvernante des Pavs-Bas ; il demanda qu'on admonestât sérieusement les deux novateurs et qu'on leur défendit de s'écarter à l'avenir des sentiers battus; Granvelle se rendit à ce juste désir, et la paix régna quelque temps. Mais après la mort de Tapper, survenue le 3 mars de l'année suivante, les contestations recommencèrent; déjà elles ne se bornaient pas à l'université, mais s'étendaient à tous les endroits où les élèves de Baius et de Hessels s'étaient répandus, en particulier aux cloîtres des cordeliers. Pour remédier au mal, les gardiens des maisons d'Ath et de Nivelle, Pierre du Chesne et Gilles de la Ches-

naye, songèrent à opposer aux docteurs de Louvain l'autorité de la faculté de théologie de Paris. Ils lui déférèrent dix-huit propositions, la plupart relatives au libre arbitre et à la grâce. Comme l'ensemble de la doctrine reviendra dans les écrits de Baius, qu'il suffise de signaler à titre d'exemple deux de ces propositions, la 2« et la 4« ; « La liberté et la nécessité conviennent au même sujet sous le même rapport, et la seule violence répugne à la liberté nalunlle... — Le libre arbitre de lui-même ne peut que pi il M i, , t imiir nation du libre arbitre laissé

àlui-mêmei-: i > iNl ou véniel. » La Sorbonne

rendit son jii- n i : i -T imu 1560; elle censura quatorze des pri.iii--i!i II- rMiiiiiu- hérétiques en toutou en partie, trois comme fausses et la dernière comme opposée à l'Écriture sainte. Voir, sur l'authenticité de cet acte, de Champs, De hxresi janseniana, Paris, 1728, 1. II, c. IV, t. I, p. 30 sq.; sur la concordance entre les propositions censurées par la Sorbonne et les propositions censurées plus tard par Pie V, le cardinal de Aguirre, S. Anselmitheologia, Rome, 1690, disp. CXVI, sect. m, t. III, p. 298 sq.

Cette censure s'étant répandue dans les Pays-Bas, Baius hésita d'abord sur le parti à prendre; enfin il composa une série de courtes observations sur les articles incriminés et les qualifications des docteurs sorbonistes. En somme, il n'abandonne franchement qu'une seule proposition, il en explique cinq ou six et défend les autres contre les censeurs. Il adressa celte réponse à l'un de ses admirateurs, le P. Sablon, ex-provincial des cordeliers dans les provinces de Flandre ; il lui demandait d'en faire part à ceux sur lesquels ils pouvaientcompter, ou, s'il 1^ jugeaitinutile, de la supprimer. L'écrit fut communiqué aux partisans de Baius et releva leur courage. Pour justifier à leur tour la doctrine censurée en montrant qu'elle était moins celle de leur maître que celle des Pères de l'Église, ils résolurent de faire imprimer en France les ouvrages de saint Prosper, sans doute avec des notes explicatives, mais surtout avec une préface remplie d'invectives contre leurs adversaires. Le cardinal de Granvelle réussit à empêcher l'impression grâce à l'intervention de son frère, ambassadeur du roi d'Espagne à Paris. En même temps, il s'occupait de Baius et de Hessels, contre lesquels on lui avait présenté un mémoire; Baius fit une apologie qui ne nous est pas parvenue, mais dont il parle dans sa lettre au cardinal Simonetta. Fort embarrassé alors par les troubles de Flandre, craignant en outre un confiit entre l'université de Louvain et celle de Paris, le ministre de Philippe II prit le parti de solliciter du pape Pie IV un bref qui lui donnât t tout pouvoir d'agir comme il conviendrait «. Puis, après s'être concilié l'amitié des intéressés, Baius et Hessels, en leur offrant une place dans son conseil avec une bonne pension payée sur ses propres revenus, il les fit venir à Bruxelles et leur communiqua le bref où Sa Sainteté lui enjoignait d'imposer silence aux deux parties avec défense, sous peine d'excommunication, pour Baius et Hessels, de faire usage de propositions et de façons de parler non usitées dans les écoles, et pour les adversaires, de dire quoi que ce soit au désavantage des deux docteurs. Le consentement de ceux-ci obtenu, le cardinal s'adressa ensuite au général des cordeliers qui se trouvait de passage dans les Pays-Bas ; ordre fut donné à tous les religieux d'observer un silence général et absolu sur toutes les questions controversées. Le roi d'Espagne, mis au courant de tout ce qui s'était passé par une lettre du 18 octobre 1561, réponditàson ministre le 17 novembre, en approuvant sa conduite, et en lui recommandant expressément de veiller à ce que la discussion ne se ranimât point.

Vers la même époque, le cardinal Commendon passa par les Pays-Bas pour traiter avec la princesse Marguerite et son ministre de la nouvelle reprise du concile de Trente. L'université de Louvain choisit, pour la repré-

-(•nier au concile, Baius et Hessels, et ce choix ne laissa (j.is que d'embarrasser le légat: « Si l'on donnait toute iilierté à ces docteurs de parler selon leurs sentiments, iciivait-il au cardinal de Mantoue, ils pouvaient causer luaucoup de trouble, surtout en Allemagne; si au contraire on leur fermait la bouche, les protestants ne manqueraient pas de colorer leur refus de ce prétexte, en disant qu'ils refusaient de se rendre à un concile où les langues des savants étaient enchaînées. •> Pallavicini, loc. cit., n. 8. Baius et Hessels allèrent pourtant à Trente, mais deux ans plus tard, en 1563, comme théologiens du roi d'Espagne; le cardinal de Granvelle espérait sans doute qu'en leur absence la paix se rétablirait dans l'université et qu'eux-mêmes retireraient grand profit de leurs rapports avec les membres du concile. Baius venait de publier ses premiers opuscules: De Hbero hominis arbiirio et ejus potestate; De juslitia et justificatione; De sacrificio. A Trente, les théologiens de Louvain assistèrent aux trois dernières sessions, ajant pour objet les sacrements de l'ordre et du mariage, le purgatoire et les indulgences. Les entretiens particuliers qu'ils eurent avec divers personnages ne modifièrent pas leurs idées. Comme elles scandalisaient plusieurs Pères, ils auraient été condamnés dès lors, si leur qualité de théologiens du Roi Catholique ne les avait protégés et si la hâte qu'on avait de mettre fin au concile n'avait fait ajourner l'examen de leurs écrits; circonstances dont l'évéque d'Ypres, Martin Rithovius, se servit habilement pour détourner le coup dont ils étaient menacés.

De retour à Louvâiii, Baius continua la publication de ses opuscules : De mcrilis l'iiemm : Dr prima Iwminis justitia et vivluithux ,,///,,,.,,.,,;, /), i.nnimenlis in génère; De forma ha/ths,,, . L impr. --hin .n fut achevée sur la fin de l.'iGl. hkiiï djh-'- tic 1 .innée suivante par l'imprimeur. En 156(5, lauteur donna une nouvelle édition des premiers opuscules, en y joignant les suivants: De peccato originis ; De cliarilair ; De indulgentiis ; De oratione pro defiinctix. '\\\i^ -ml luis le même genre; petits traités mélhodii|ii'-. -iii;|il - i vigoureux, remarquables aussi par la m il. |: ( i I l.^nice du style. Avant de poursuivre les lontjs .hh.iN .luxquels ils donnèrent lieu, demandons-leur quelle fut, dans ses grandes lignes et ses traits caractéristiques, la doctrine

viendront dans

de Raius. Les questions de détail commentaire des propositions eond

IL Doctrine. — Parlant des qur-n n uivs

pour bien comprendre lespremin- i i Is

fondements de la foi chrétienne, \',:u\i- -i im1 .■ ll.-sci.dans la préface du traité De prima Ituminis juslitia : • Quelle a été à l'origine l'intégrité naturelle de l'homme, et que faut-il penser des vertus des impies, qui n'avaient pas la foi en l'unique vrai Dieu et dont on rapporte cependant beaucoup d'actions honnêtes et louables aux yeux des hommes'.' Sans ces questions, en elfet, on ne saurait coinpiinilrr ni l.i première corruption de la nala grâce du Christ. » Voilà, :irt de Baius; sa doctrine peut u genre humain: état de nature tombée; état de nature relevée par la grâce.

1" Klat de nature innocente. — Dieu a fait l'homme droit, suivant la parole de la sainte Écriture; mais en quoi consistait celte droiture ou rectitude de la première création? Elle renfermait d'abord ce qui constitue en nous la parfaite image et ressemblance de Dieu, sagesse, justice, Ijonti'; et autres vertu--- qui rnrii'nuivnl ;'i l:i n-nnvalion de l'iionime intérieur In .Imii. iim. . .ii.

rectitude première ne peut -. ...n ,, ,,,, i ,,,!< thii .

lion et la sanclificallou du S. uni t-pin, -,,n- hn. I Hi,-

lure ni sa semble-l-il.

se ramener lure innocc

est pas

rli', cl llieu 11 '.1 pu doMMcr au '|ui communiquerait la vie au -:ins vie. Il faut que l'homme iiitement uni à son créateur,

dans son esprit par la connaissance totale de la loi et dans sa volonté par une soumission entière. En outre, l'intégrité de la première création renfermait la pleine soumission des instincts sensibles et des mouvements du corps à la volonté. De prima hominis jicstitia, c. i-iii. Ceci posé, voici l'important problème que traite Baius: cette droiture ou justice primitive constituait-elle un état naturel ou surnaturel? Nulle équivoque sur ce dernier terme; Baius entend par là ce qui ne serait pas dû à la nature, et viendrait s'ajouter à son intégrité comme un ornement de surérogation, grâce à la munificence du créateur: supernaturale,id est nalurse nostrse indebilum, et crealoris munificentia nostrse integritati ad ornatum liberaliter adjectum. La réponse est nette et ferme; les dons de la justice originelle ne constituent point une exaltation gratuite de la nature humaine, qui passerait ainsi d'un état inférieur à un état supérieur, mais sa condition naturelle, tïécessaive en toute hypothèse pour qu'elle soit sans mal, cujus semper necessario sit absentia malum (Baius entend par mal la privation de biens naturels). Il en est de ces dons primitifs comme de l'âme, du corps et autres apanages de la première création sans lesquels il nous serait impossible ou d'exister ou d'être sans mal, sine quibus aut oinnino esse non possumus, aut main non caremus ; ils sont strictement, simpHcifec et proprie, naturels. Car il est évident, par la sainte Écriture et les anciens Pères, que ces dons appartiennent à l'intégrité de la nature innocente. La raison dernière, c'est que l'homme a été naturellement créé pour servir Dieu et parvenir à la béatitude, non pas à cette béatitude • inférieure que Pelage imaginait, mais à la seule béatitude de toute créature raisonnable, qui consiste dans l'union avec Dieu, son vrai bien. Quand il s'agit du premier homme, Baius ne veut donc pas entendre parler de dons naturels et de dons surnaturels; subtile distinction, ou plutôt erreur manifeste, occasionnée par la déchéance de l'homme et due à l'ingérence de la philosophie dans le domaine de la.foi. C. iv-ix.

Pourtant ces dons si relevés de la justice originelle ne sortaient pas des principes constitutifs de la nature humaine, comme un effet sort de sa cause efficiente. « Une perfection n'est pas dite naturelle par rapport à sa cause ou à son origine, mais par rapport au sujet qu'elle concerne; que le sujet soit cause productive de cette perfection ou qu'elleviinn J'iill. HI-. |i.ii importe; il suffit qu'elle appartienne ;i lui in n m lie du sujet et que

son absence constilii' ! il. » Ainsi en est-il,

conclut Baius, de la jn tn , In | i nmr homme; qu'elle résulte physiquement dis priiuiiiis constitutifs de sa nature ou qu'elle soit produite immédiatement par Dieu, elle n'en est pas moins un don naturel, « car elle appartenait à l'intégrité de cette natiim linni:nni' qni. s;ins cette perfection, ne peut être nu Imn . ' n: ni ! .le misère, ut sine ea non poxsil ^<ii,., nv-

riaque carere. » Est-ce à dire qnr linn nniini [ i- |iii, absolument parlant, créer riioiiiiii<> Ici qu'il iiail maintenant? Baius n'a jamais, nous le verrons, affirmé cette impossibilité ; il a même dit le contraire dans ses apologies, mais avec des restrictions qui montrent que, dans sa pensée, l'homme ainsi conçu ne serait pas dans un ét;tt normal, celui où Dieu crée les êtres en les exemptant de tout mal et en leur octroyant tout ce qui concourt à leur intégrité. C. XI.

Si la destination de l'homme à la gloire céleste et les dons de la justice primitive sont quelque chose de nalupl. 1ns ini'riles correspondants seront logiquement du n. nn . nlm. Bajus développa cette conséquence dans !■ Il .II. //.■ mcrilis operum. Comme la damnation est

Il I" lu péché, la gloire céleste est le juste prix des

bonnes o'uvres par une loi naturelle établie dans la création. En vertu de celte loi la vie éternelle a été pour les anges une récompense, et non pas une grâce; il en aurait été de même pour le premier homme, s'il

avait persévéré dans la justice. L. I, c. i-iii. Doctrine qui se complète par la façon dont Baius explique le fondement du mérite. Il n'approuvo p^iint rinx i|ui exigent dans le sujet une dignité siipi ricin I, ir -nli.ini df l'adoption divine ou de rinliiil.italiin (lu ^nui K-prit; les bonnes œuvres sont méritoires i^r rllrs-niiirios, comme acte d'obéissance à la loi de Dieu, f.r sua qualitate et nalufa quia videlicet siint divinx ler/is obedientia.Touie bonne œuvre, vînt-elle de quelqu'un qui ne posséderait pas le Saint-Esprit ou la grâce d'adoption, est méritoire de la vie éternelle, comme fout péché mérite par sa nature la damnation éternelle. L. II, c. i-iv. Si le secours et la présence du Saint-Esprit sont en fait nécessaires, ce n'est pas pour donner à la bonne œuvre son caractère méritoire, mais pour permettre au sujet de la produire; ce qui se comprendra mieux encore, quand Baius nous aura dit qu'en dehors de la charité il n'y a pas de vériliible obéissance à la loi de Dieu, ni même de moralité.

i" État de nature tombée. — Si la condition naturelle de l'homme exige rigoureusement la justice intérieure et la pleine soumission des instincts sensibles et des mouvements du corps à la volonté, l'absence de ces dons doit nécessairement constituer un mal, un vice, pour la nature elle-même. Telle est, en effet, la doctrine de Baius dans le traité De peccato origuiis. Il identifie le péché originel avec la concupiscence habituelle, concupiscentia Itabitualis quse peccatmn originis est, et le conçoit non comme une simple privation, mais comme un acte vicieux et déréglé; d'abord iHsensible, tant que l'enfant est incapable de penser au bien et au mal, cet acte se développe avec l'âge et se manifeste par ses elfets gi-néraux, l'ignorance dans l'esprit, la malice dans la volonté, la révolte de la partie inférieure de l'âme et la loi des membres. C. ii-v. Mais comment l'enfant peut-il être responsable? Baius n'a pas recours, pour l'expliquer, à la faute du premier père; pour lui, la concupiscence soit actuelle, soit habituelle est en elle-même un vrai péché, comme transgression du précepte divin : Noti concupisces. Dès lors, pour que l'enfant soit pécheur et responsable, il n'est pas nécessaire que la concupiscence ait pour cause sa propre volonté; il suffit qu'elle se trouve et domine en lui, sans qu'il y ait de sa part volonté contraire; tantum quia inest, veraciterilli imputari, si vel actu vel habitu ei dominetur, sic ut non gerat contrarium mentis affectum. C. vu, xi, xvii.

Pour comprendre toute la portée de cette doctrine, il faut tenir compte de la façon dont Baius entend le libre arbitre dans Topuscule qu'il lui a consacré, De libero Iwminis arbitrio et ejus potestate. Il distingue deux sortes de liberté. La première s'entend de la puissance de vouloir ou de ne pas vouloir une chose; c'est la liberté dont s'occupent les philosophes, libcrtas a necessitate. L'autre consiste à être, en ses vouloirs et en ses actions, exempt de toute servitude, libertas a servitute; la servitude consistant, pour l'âme, dans une nécessité involontaire ou dans une inclination mauvaise dont on ne peut se délivrer. Pour qu'une action puisse se dire libre en ce sens, point n'est besoin de supposer dans l'agent le pouvoir de l'omettre ; il suffit que la volonté ne'soit pas violentée, ni détenue volontairement captive sous le joug d'un pouvoir ennemi. Cette seconde espèce de liberté est la seule dont parle l'Écriture sous le terme de liberté, et saint Augustin, fidèle à l'Évangile, fait aussi consister le libre arbitre dans l'exemption de toute servitude venant d'un pouvoir étranger, qu'on puisse d'ailleurs omettre l'action ou qu'on ne le puisse point. C. iv ^"' ' ! I B;iius nie absolument le premier

6'"' I ncunnaitet le défend contre les

'" ' Ile.- liiiiites, il nous l'apprend en

^M'' : iiice qu'il met entre la liberté de

l'hoiiiiii,. iiinocLiit et celle de l'état présent. La première permettait à l'homme d'accomplir facilement toute la loi et de ne commettre aucun péché; maintenant le libre ar-

bitre laissé à lui-même ne peut faire aucun bien moral, ni surmonter aucune tentation sans pécher; il n'a plus de force que pour se porter au mal ou vouloir des biens d'ordre temporel, par exemple cultiver la terre, manger et boire. C. ix-xi.

Ces idées pessimistes sur l'état de la nature humaine tombée ont leur complément dans la question De virtutibus impiorum , qui se rattache, comme second livre, au traité De priom hominis jvstitia. Les théologiens scolastiques, saint Thomas d'Aquin en particulier, ne jugeaient pas notre nature si profondément atteinte par la déchéance oi-iginelle, qu'ils ne reconnussent dans ceux qui n'ont pas la foi , la possibilité d'actions non pas méritoires de la vie éternelle, mais purement morales, telles qu'on en trouve de décrites dans les livres des philosophes stoïciens et péripatéticiens. Aux yeux de Baius, cette doctrine est du pélagianisme. Il faut distinguer entre les devoirs qui sont la matière des vertus ou de l'honnêteté morale, virtuttim officia, honeslatis officia, et la fin qu'on se propose en s'en acquittant. Les pa'iens eux-mêmes n'attribuaient à l'accomplissement de ces devoirs le caractère de vertus que quand ils se rapportaient à la fin assignée par chacun d'eux à la vie humaine, volupté, honneur, richesses ou devoirs comme tels. C. I- III. Or la véritable et seule fin de la vie humaine, fin à laquelle nous avons l'obligation stricte de rapporter toutes nos actions, c'est Dieu objet de la foi et de la charité; suivant l'Écriture et saint Augustin, tout ce qui ne vient pas de la foi opérant par la charité est péché. Conséquence évidente : ces prétendues vertus des pa'iens n'étaient que des vices, vitia virtules imitantia; non seulement elles n'avaient aucune valeur pour le salut, mais comme vices elles étaient matière à damnation, vitia sunt et damnant. C. iv-vi. En somme, pour résumer avec Baius l'état de l'homme déchu et non relevé par la grâce, « sa volonté n'est plus alors que cupidité vicieuse, tota cupiditas est, quse vitium est; tout ce qu'elle fait, elle le fait sous l'influence de cette cupidité vicieuse, et ainsi elle n'a de mouvement que pour pécher. » Ce sont là des conclusions que Baius juge essentielles à la vraie sagesse et à la vie chrétienne. C. vii-

3» État de nature relevée. — Divers points se rattachent aux traités déjà signalés. La vie éternelle et les mérites étaient dans l'état d'innocence des dons naturels ; il en va tout autrement dans l'ordre de la rédemption. La vie éternelle et les mérites sont alors autant de grâces; car, depuis la chute originelle, l'homme n'a plus droit aux dons primitifs, il en est même devenu positivement indigne; ce qu'il en possède maintenant, il le doit à Xotre-Scigneur Jésus-Christ. Racheté par lui et aidé de sa grâce, il peut produire des bonnes œuvres, méritoires de la vie éternelle. De meritis operum, 1. I, c. iv-viu. Mais ici revient la théorie de Baius sur le fondement du mérite. Si nos bonnes œuvres sont méritoires de la vie éternelle, ce n'est pas proprement le fait des mérites de Jésus-Christ ni de la grâce sanctifiante; c'est, comme à l'origine, une conséquence de cette loi naturelle qui veut que l'observation de la loi ait pour récompense la gloire céleste. L'œuvre rédemptrice n'a directement pour effet que de nous rendre, avec la grâce, la possibilité d'observer la loi et de produire ainsi des bonnes œuvres. Ibid., c. ix.

Dans l'état de nature relevée, les forces du libre arbitre vont aussi loin qu'il plaît à Dieu de nous aider. Il y a des hommes qui ne reçoivent pas le pouvoir de croire, comme il y a des vierges qui ne reçoivent pas le pouvoir de garder la continence. Les justes n'arrivent même amais ici-bas à -la parfaite liberté, car ils restent soumis à la servitude de la chair. De libero hominis arbitrio, c. VII, XI. Les mouvements de la concupiscence qu'ils subissent sont une véritable transgression du précepte : Non concupisces, mais ils ne constituent pas de vrais pé-

chés, parce que le Saint-Esprit et sa grâce habitant dans les justes et y dominant habituellement, la concupiscence ne règne point en eux et ne leur est plus imputable. C'est à peu prés dans le même sens que, d'après Baius, le péché originel, identifié avec la concupiscence habituelle, reste dans les baptisés en ce qu'il a de physique, nianel actu, mais n'entraîne plus pour eux de culpabilité, tratisit realu. De peccato originis, c. ix,

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