BAI US
La faculté prit de nouvelles conclusions, le 4 juillet l'ûi : les articles condamnés par la bulle Ex omnibub of/liclionihtis seraient mis au rang des opinions suspectes et rigoureusement prohibées parles statuts, cette clause serait lue à tous ceux qui se présenteraient aux degrés tliéologiques, avec ordre de s'abstenir d'enseigner, de défendre ou de répandre les propositions censurées. Baius assistait à la délibération et souscrivit, comme les aiitres docteurs, aux conclusions. Cette conduite ne fit que le grandir aux yeux de tous ; loin de le tenir en suspicion, on le revêtit, en 1575, de deux dignitéK considérables, celle de chancelier de l'université et celle de doyen de la collégiale de Saint Pierre de Louvain. Trois ans plus tard, il fut encore nommé conservateur de l'université, et parvint ainsi au sommet des honneurs académiques.
V. Deuxième conda.mnatiox de Bails par Grégoire XIII. — A la suite des actes qui viennent d'être rapportés, il y eut quelques années de calme relatif. Baius attira cependant bientôt l'attention en prenant parti contre deux sentiments reçus à Louvainde temps immémorial. Dans un discours prononcé aux mois de mai et d'août 1575, il soutint que tous les évêques tiennent immédiatement leur juridiction de Dieu et non pas du pape : Oratio, an solus Ronianus Pontifex immédiate a Deo suam jiirisdictionis potestatem habeal. Il avança en même temps que ces paroles de Notre-Seigneur à saint Pierre : J' ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point, ne prouvent pas suffisamment l'infaillibilité doctrinale du pape. Attaqué vivement, il se défendit dans l'opuscule intitulé TraefaJiisapoîOÊreïtcus circa quœstionem, ulrum ex islo Christi verbo : Ego rogavi pro te, etc., satis clare ostenditur, Romanmn Pontipcem in definiendo non passe errare. L'affaire, du reste, n'eut d'autre effet immédiat que de mécontenter les adversaires du nouveau chancelier et de réveiller leurs défiances; si Baius mettait en question l'infaillibilité du pape, n'était-ce pas pour s'assurer le droit de penser et de dire que la bulle de Pie V ne tranchait pas le débat relatif aux propositions censurées?
Les rléfiancos s'arcrurrnt oncore .'i l'occasion d'une
contror. I . .|n; ...II ii.,i .1.11. .]i .[ij-és. Philippe
Marni\ .! \. : ni. i .., ■ 'i .mpion du cal-
celier ilr (...ii.nii mi. . i i. .1. .|u. -h.. n^ sur l'autorité de l'Églisu un maliurc de fui ut sur l'eucharistie. Baius répondit, et la polémique se poursuivit; il y eut, jusqu'à sa mort, un échange d'écrits qui forment la moitié du volume où ses œuvres ont été réunies. Quelle fut l'intention de Marnix en provoquant ce débat'? On a soupçonné qu'il rêvait une réunion des calvinistes et des catholiques, grâce à des concessions mutuelles dont le germe se serait trouvé dans les opuscules du docteur lovaniste. Baius n'en était pas là : il défendit avec talent la doctrine de l'Égli:
mais il inquiéta et indisii..en prenant une position -■ diciable à l'autorité de 1 I itérée comme source p.uli
le professeur iihi II, liii. ili u |.. n . i|iii ne nous est
pas parvenue. (Iji i.I. ,,. , „,,|. m, i,;, ,l,,ii> une réponse à Marnix sur le sucn-ininl de I autil, un passage où Baius semblait admettre que dans saint .lean, vi, 54 : Nisi manducaveritis carnem Filii liomiiiis, etc., il s'agissait d'une manducation non sacramentelle mais spirituelle. Bail opéra, Cologne, 1696, p. 281.
Cette accusation se trouve, avec huit autres, dans deux censures des universités de Salamanque et d'Alcala qu'on rapporte souvent à une époque ultérieure en les atlribuant à l'intervention <hi jésuite François Tolet, devenu cardinal. (Il ne le fut qu'en 151131) En réalité, les propositions furent dénoncées à ces universités par
les points
soulevés,
■.il..,ii.ri- 1
ll.cdoxes
Il 1. nr |,i
lit préju-
1 ; . h ...lit
11 i-onsi-
.1. Ile là.
1 1 .i,...is u
ûiantius;
le cardinal de Tolède, grand inquisiteur de la foi en Espagne ; en outre, il est question de ces censures dans une relation manuscrite en langue castillane qui fut composée avant la bulle Provisionis ncxlrse, car on y sollicite l'intervention du pape Grégoire Xlll.et on lui propose un plan de conduite qu'il agréa de fait et réalisa peu après par la publication de cette bulle. Relacion del négocia de Michel Bay, y Juanes de Lavanio, y de la que conviene para el remédia, pièce conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 4318. Parmi les neuf articles contenus dans les censures espagnoles, trois méritent d'être signalés. Dans le 7«, on note cette proposition, prêtée à Baius, qu'il y aurait dans le concile de Trente des assertions inconsidérées, quœdam incansiderale posita. Dans le 8% on incrimine l'attitude de l'inculpé : « Depuis la publication de la bulle du pape qui condamne les articles dénommés ailleurs, ce docteur n'a cessé de répandre, d'enseigner et de soutenir, dans ses leçons et dans les disputes, ses nouvelles doctrines et autres erreurs qui avaient été déjà prohibées. » Accusation qui pouvait s'appuyer, en partie du moins, sur ce fait que, dans les exercices et réunions académiques, le chancelier attaquait toujours les dogmes opposés à ses erreurs, sous prétexte d'argumenter contre les candidats. Enfin, le 6= article des censures de Salamanque et d'Alcala nous apprend incidemment que Baius avait adressé au successeur du pape saint Pie V une apologie de ses opinions : In apalagia ad Gregorium XIII pra suis candamnatis articutis habet... C'était sans doute l'ancienne apologie, retouchée et augmentée.
Toutes ces circonstances, jointes à l'étal de trouble et de confusion que causaient en Belgique la continuation et l'aggravation des discordes politiques, contribuèrent à relever le courage et les espérances des partisans de Baius. Ils commencèrent à faire courir des bruits défavorables à la bulle Ex omnibus afflictionibus ; bulle supposée, disaient les uns, car on n'en a jamais vu de copie; bulle obtenue par obreption, disaient les autres, aussi sera-t-elle bientôt révoquée par le nouveau pape. Le roi d'Espagne, inqulil de voir celle affaire recommencer, fit sollicil.r lii.'^oiiv Mil. pii' le marquis de Castel-Bodrigo, son nul. .--ni. m ,i l;..]ii... de publier et de confirmer la il.,isi.,ii il.. -..u pi , .1. . . -snir. La faculté de théologie de Lumain ailrosa • Uc-iuéine au saintsiège, par l'intermédiaire du P. Tolet, une supplique semblable. Ripalda, Adversus Baium et baianos, disp. I, sect. Il, n. li. Gr.'goiroXIII se rendit à ces instances, et le 29 janvier ir.T'i il -iiu la bulle Provisionis nostrœ. Elle cunii n i I ment reproduites, les propositions coiul i i i l i V; un court préambule et une clau-. lin .!. .Lmn. ni à l'acte sa signification : « Il est de notre prévoyance, particulièrement quand il s'agit de la foi catholique, de mettre les décisions émanées de nos prédécesseurs entre les mains des fidèles toutes les fois qu'ils en ont besoin. C'est pour cela que nous avons inséré dans ces présentes la teneur des lettres de Pie V, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, telles que nous les avons trouvées dans son Regeste. » Ces paroles, rapprochées des circonstances qui avaient précédé l'acte pontifical et de celles qui suivirent, montrent clairement que Grégoire XIII voulait mettre horsde doute et, en réalité, confirmer la condamnation précédemment portée.
Le P. François Tolet reçut la mission de porter la bulle à Louvain et de l'y publier au nom de Sa Sainteté. Arrivé dans l'Athènes brabançonne au mois de mars 1580, il eut d'abord avec Baius une conférence fructueuse, puis, dans une première réunion de la faculté, il produisit ses lettres de créance et exposa les motifs (|ui avaient porté le souverain pontife à publier la bulle de saint Pie V et à la confirmer de sa propre autorité. Dans une seconde réunion, tenue le 21 mars, le commissaire apostolique
BAIUS
fit lire officiellement la bulle Provisionis nostrse; s'adressant ensuite au chancelier, il lui demanda s'il ne reconnaissait pas, dans le décret pontifical, la condamnation de beaucoup d'articles contenus dans ses opuscules imprimés et dans le sens même où le décret les condamnait, etiam ineo sensu quo in bidla damnarentur. Je le reconnais, répondit Baius. Condamnez-vous, poursuivit Tolet, ces mêmes articles et tous les autres dont vous venez d'entendre la lecture? .Te les condamne, répliqua le docteur, selon lintention de la bulle et de la manière cloiii •■][•■ l.s c.iulamne. Ce fut ensuite le tour des aulie- il.u i, m, . |,iiis îles licenciés, des bacheliers et des siiMiili - hi.liiiii-. Ions répondirent par une sorte d'acclaïualiun Afliculuf damtiamus, bullam reverenter susciphnus, atquc obcdientiam pollicemui: Sur le désir exprimé par le chancelier d'avoir une copie du décret apostolique, le commissaire promit de faire son possible auprès du souverain pontife pour le satisfaire.
Le P. Tolet eut encore avec Baius plusieurs conférences particulières qui furent couronnées du plus heureux succès; on peut en juger par l'acte suivant, désigné
1 Mi.iiiiiin' iii ^ous le titre de Confessio Michaelis Baii:
< \l I il l;,iy, chancelier de l'universitédeLouvain, r. . . Ml .1 ' . .i. il.ii-e que par les différents entretiens et les Lippuiis ijiie j'ai eus avec le révérend père D. François Tolet, prédicateur de Sa Sainteté, envoyé spécialement pour cela, touchant diverses opinions et propositions autrefois condamnées et prohibées par N. S. P. le pape Pie V, d'heureuse mémoire, l'an 1567, et depuis condamnées de nouveau par le pape Grégoire XIII, gouvernant actuellement l'Église, en date du 4 des calendes de février 1579, j'ai été tellement touché que j'en suis venu à me convaincre pleinement que la condamnation de toutes ces propositions est très juste et très légitime, et qu'elle n'a été faite qu'après une mûre délibération et un examen très soigneux. Je confesse de plus que dans quelques-uns des opuscules que j'ai écrits autrefois et publiés avant que la censure fût émanée du saint-siège, im grand nombre de ces propositions, plurimas ex iisdeni senlentiis, sont contenues et soutenues dans le sens même où elles sont réprouvées, etiani in eo sensu in quo reprobantur. Enfin, je déclare que présentement je renonce à toutes ces niiiiiiuii- .1 i|ii,. j'acquiesce à la condamnation que le s.niii -Il il I |"iitée, et que je suis résolu à n'en plus jhii,.!- - h-i i nei-. ni soutenir aucune. Fait à Louvain le il iiiu- l.">sn Michel de Bay. »
On rapporte qu'avant de repartir, le commissaire apostolique fit du chancelier ce bel éloge, qu'il ne le cédait à personne en fait de science et d'humilité. Nihil Baio doclius, nihil liumilius. De retour à Borne, il parla de lui dans les meilleurs termes au pape Grégoire XIU, et celui-ci voulut donner au docteur lovaniste un témoignage de sa grande satisfaction, en lui adressant, en date du 15 juin, un bref très bienveillant. Le P. Tolet obtint aussi pour l'université un exemplaire de la bulle, qui fut déposé dans les archives, après qu'on en eut délivré au cliancelier une copie collationnée. Il n'y avait dans cet exemplaire ni ponctuation, ni division des propositions, quoique la bulle eut été imprimée au Vatican le 4 février de l'année précédente avec ponctuation et division des propositions et que Tolet eût porté à Louvain un de ces iicipriiués. Le fail, comme on le verra plus tard, a son explication dans un usage de la chancellerie romaine. Une nouvelle intervention fut bientôt nécessaire. Quoique soumis de volonté, Baius n'était pas tellement dégagé de ses anciens préjugés qu'il ne lui arrivât de laisser .•eli,i|i|.. i ,1- p. unies compromettantes. Ainsi, dès le mois (Il ii--\riii|ii- i:iSii. pn-sidant à des thèses sur les actions ,11 , i,,i,i il .Nuieaque l'iiomme avait été créé poui; faire .les lniiiiiv ouvres, comme les oiseaux pour voler, et ([ue depuis la ruine de ses forces, il ne lui était pas moins impo.ssible de bien agir qu'aux oiseaux de
voler lorsqu'ils ont les ailes brisées. Assertion suspecte, que son auteur n'expliqua pas nettement. Divers bruits coururent ensuite sur le chancelier ; il aurait refusé de faire prêter aux candidats le serment d'obéissance à la bulle de saint Pie V, aurait même proposé la suppression de cette formalité. Ses partisans, de leur côté, émettaient des idées qui tendaient .i éluder les condamnations portées ; déjà cé!iiiniiir;iii :\ s'élaborer la théorie du silence respectueux, -m- nih^ihun d'embrasser les sentiments contraires a eeiis ([tu el.uent soutenus dans les propositions censurées. Grégoire XIU voulut couper court à ces nouveaux subterfuges; ayant envoyé, en 1584, l'évêque de Verceil, Jean-François Bonhomme, comme nonce en Allemagne, il le chargea de concerter avec l'archevêque de Matines les mesures qu'il y aurait à prendre pour déraciner complètement l'erreur. Les deux prélats estimèrent que le mieux serait de faire dresser par la faculté de théologie de Louvain un corps de doctrine qui ferait désormais loi dans les matières controversées. Les docteurs acquiescèrent à la demande ; le professeur Jean de Lens, Lensseus, fut chargé de rédiger le document. Achevé etauthentiquement approuvé, en 1586, il fut présenté par l'archevêque de Malines au nonce apostolique, qui s'en montra satisfait. C'est une pièce importante où, pour se conformer au jugement rendu par le saint-siège sur les soixante-seize propositions, les théologiens lovanistes énoncent clairement et établissent solidement la doctrine contradictoire à celle des articles flétris. De là ce titre ; Doclrinse ejus quam cerlorum articulorum damnalio postulare visa est, brevis et quoad fieripotuit ordinala et cohserens explicalio, a veneranda facultate saci-x Iheologix in lovaniensi Academia, etc. Cette fois, il n'y avait plus d'équivoque possible.
Baius souscrivit-il à ce corps de doctrine? On n'en a pas de preuve péremptoire; cependant, la présomption est pour l'affirmative, car on lit dans les actes de la faculté, que la formule rédigée par [Jean de Lens reçut l'approbation commune des autres maîtres requis à cet effet, commtmi cxterorum magistroruni ad hoc requisitorum judicio probata est. 11 est du moins certain que personne n'a jamais accusé le chancelier d'avoir contredit l'acte en question. La paix semblait acquise, quand un incident vint de nouveau la troubler pour longtemps, et fournir aux partisans dti baianisme une arme dont ils ne manquèrent pas ensuite d'abuser. Dans ses cours de théologie au collège des jésuites de Louvain, Lessius réfutait, à l'occasion, les erreurs de Baius, comme l'avait fait avant lui Bellarmin ; en même temps, il soutenait, sur la prédestination et sur la nature de la grâce, des propositions où les docteurs de l'université virent une attaque à la doctrine et à l'autorité de saint Augustin. De là, en 1587, la fameuse Censure de Louvain contre Lessius. Le récit de cette affaire n'appartient pas à l'étude présente; cette censure portait sur des points de doctrine que Baius n'a pas traités dans ses opuscules et qui sont en dehors des propositions condamnées par les papes Pie V et Grégoire XIII. Il suffît de remarquer, que, si le rédacteur désigné d'office par la faculté fut Henri Gravius, l'instigateur de la censure parait bien avoir été le chancelier, aidé de son neveu Jacques Baius et d'un di-eiple (I, veu'i. Jacques Janson, Disquisitio historicade n; !/•,', Il,,,- ri ^hihditale censurx aposlolicx Iriiim suinriii-rit,,, i„>i,hii,'iiii], c. IX, manuscrit déjà cité, fol. 7; détails eoiiliiiues par une autre pièce contenant des notes sur les faits du baianisme. Biblioth. royale de Bruxelles, n. 1758, fol. 11. De même, dans l'article De Bay de la Biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1873, t. iv, p. 774, on rapporte que Eaius ne fut pas des derniers à provoquer à l'égard de Lessius une sentence de la faculté, et l'on ajoute cette réflexion : « Agit-il par esprit de vengeance contre les jésuites ou, poussé par un zèle e.fcessif, jugea-t-il que son abstention
serait repréhensible? Toujours esl-il qu'il déploya beaucoup d'activité dans cette affaire, et qu'il siégea parmi les juges de Lessius. »
La part que prit Baius à l'affaire de la censure de Louvain. en 1587, et de celle de Douai l'année suivante, fut le dernier acte important de sa vie. Il mourut dans la paix de l'Église le 16 septembre 1589, âgé de soixante-dix-sept ans, dont il avait passé quarante dans l'enseignement. Jacques Baius fit l'éloge funèbre de son oncle Michel; et celui-ci, a-l-on raconté depuis, l'aurait favorisé d'une apparition, afindel'assurerqu'il n'était pointpuni dans l'autre ;monde pour ses doctrines. Mais un auteur remarque que la crédulité dont le neveu fait preuve dans l'oraison funèbre de son oncle, permet au lecteur de faire des réserves. P. L. Danes, Generalis temporian notio, édit. Paquet, in-8», Louvain, 1773, p. 490. Baius fut assurément respectable par les beaux côtés de son caractère, la dignité de sa vie, sa piété, sa charité, son ardeur au travail; il fut remarquable par les dons de l'esprit; mais il se lança dès le début dans une voie périlleuse et, dans celle voie, il eut trop d'attachement à ses propres idées. De là, chez cet homme sincèrement attaché à la foi catholique et au saint-siège, ces alternatives continuelles de soumission et de demi-révolte, qui mettaient ses adversaires en élal de lui attribuer un caractère d'artilice, de déguisement et de mauvaise foi, et qui déconcerteraient, s'il n'était pas facile de comprendre avec quelle force un esprit tenace se trouve ramené, par ses éludes el les liabiludes contractées, à son point de départ el à ses idées dominantes. On peut s'en tenir à ce jugement porté sur Baius ; « Il n'était ni un hérésiarque ni un sectaire, mais il y avait en lui de l'étoffe pour ces deux rôles, si, dans son cœur, la foi ne l'eût emporté sur l'orgueil. >) Crétineau-Joly, Histoire religieuse, polilique el littéraire de la Compagnie de Jésus, Paris, 1846, t. il, p. 183.
VI. Le bmanisme après Baius. — Les erreurs du docteur lovaniste ne finirent pas avec lui. Son disciple préféré, Jacques Janson, devint le chef du parti ; sous son influence et celle de Jacques Baius, peu à peu, diverses atteintes furent portées aux actes pontificaux qui prohibaient la doctrine censurée, et bientôt on les éluda en rattachant les mots in rigore et proprio verborum sensu ab assertonbus intenta à ces autres sustineri passent; ce qui permettait de soutenir dans le sens môme de Baius toutes les propositions qu'on voulait. Dans une réunion publique, tenue en 1618, quatre ans après son élévation à la dignité de chancelier, Janson lani.a même l'accu.sation de faux contre ceux qui plaçaient une virgule après les mots sustineri passent, en s'appuyant sur ce fait qu'il n'y en avait point dans l'exemplaire de la bulle envoyé à Louvain par le pape Grégoire XIII. Jansénius se trouvait présent à celte réunion, et il sut en tirer parti, plus tard, dans son Augustinus. De statu naturx lapsœ, I. IV, c. xxvii, in-fol., Louvain, 1640, t. ii, col. 672 sq.
Mais l'œuvre par excellence de Jacques Janson consiste dans la formalion théologiciue de ce même Jansénius. rhoinini' qui devait relever de ses cendres la ili.iii iiir l'c.iiclloyc-e et mcllre.la dernière main au système qii. 1. (Il-, •ui^ciir n'avait fait qu'ébaucher. Ce fut enl621 ipii- il- di>n|)|.' (le Jacques Janson et de Jacques Baius mit sur le métier son Augustinus. « Il avait entrepris, dit Dupin, de composer un ouvrage pour expliquer la doctrine de ce saint Père (saint Augustin), afin de l'opposer aux sentiments que les jésuites avaient soutenus dans la congrégation De auœiliis, et défendre la doctrine des Censures des facultés de théologie de Louvain et de Douai contre les écrits des professeurs jésuites. » Histoire ecclésiastique du X vil' siècle, Paris, 1727, t. il, p. 6-7. La pensée intime de Jansénius allait plus loin; dans un manuscrit qui fut cilô au procès de QucsncI, il avait lui-même indiqué que le but de son livre était de faire
l'apologie des propositions de Baius : ad excusanda apopliases magistri nostri Michaelis. Voir l'Histoire du baianisme, par le 1'. Jean-Baptisle Ûuchesne, p. 300 sq. ; Pluquet, Dictionnaire des hérésies, édil. Migne, Paris, 1847, t. i, col. 838 sq. Au reste, rien de plus évident que la concordance de doctrine entre les deuxdocteurs de Louvain. Le traité De statu naturas innocentis et les trois livres De statu naturas purie de Jansénius ne sont qu'un fidèle commentaire des opuscules de Baius Kê pciDîa haminis justitia cl De meritis operum. Les quatre livres De statu naturae lapsœ reprennent et développent la doctrine que nous avons rencontréedans les traités De peccata originis. De libéra hominis arbitrio et De virtutibus impiorum. Enfin, les dix livres De gratia Christi salvatoris présentent les vues de Jansénius sur la grâce et la préSestination; c'est là qu'il complète son précurseur et qu'il se pose tout particulièrement en défenseur des censures de Louvain et de Douai.
Aussi, quand le 6 mars 1641 (au civil 1642), le pape Urbain VIII proscrivit par la halle In eniinenti V Augustinus de l'évêque d'Ypres, il donna comme considérant que ce livre contenait plusieurs des propositions déjà condamnées, et conclut ainsi : « Xous confirmons et approuvons en tout et pour toujours par la présente constitution quiaura force de loi à perpétuité, la teneur desdiles constitutions des papes Pie, Grégoire et Paul, nos prédécesseurs, en général et en particulier, comme si elles étaient ici exprimées et insérées tout entières... Et de la même autorité nous défendons absolument par les présentes, et voulons qu'on tienne pour défendu le livre intitulé Augustinus contenant et renouvelant, comme nous l'avons reconnu, les articles, les opinions et sentiments réprouvés et condamnés par les susdites constitutions. »
Ce n'est pas le lieu de raconter les difficultés de toute sorte que les partisans de Baius et de Jansénius élevèrent contre la bulle d'L'rbain VIII. Il en est cependant une qui se rapporte plus spécialement au baianisme, et qui provoqua de la part du saint-siège un éclaircissement juridique sur le fameux conioia pianuni. Le nonco apostolique Fabio Chigi avait fait imprimer la bulle à Cologne; la constitution de Pie V Ex omnibus af/lictionibus s'y trouvait reproduite avec ponctuation, et dans la clause finale, la virgule venait immédiatement après les mots sustineri passent. Aussitôt les adversaires de crier à l'interpolation et d'invoquer l'exemplaire envoyé à Louvain par Grégoire XIII. Deux docteurs de l'université, zélés partisans de Jansénius, Jean Sinnich et Corneille de Paepe, furent députés à Rome, en septembre 1643, avec des lettres de créance et de recommandation du conseil de Brabant. Urbain VIII profita de la circonstance pour faire procéder à une enquête rigoureuse. Sur son ordre, on rechercha dans les archives du Saint-Office les originaux mêmes des constitutions Ex omnibus afflictionibus, Pravisianis nastrse et In eminenti; une copie en fut tirée, collationnée et imprimée, puis remise entre les mains des députés lovanistes par les cardinaux Spada, Pamphili et Falconieri. Voir dans l'appendice au traité de Ripalda Adverstis Baitini, le décret du Saint-Oflice et l'attestation du notaire Thomasius, 16 juin et 31 juillet 1644. Or, dans l'exemplaire remis à Sinnich, la virgule se trouvait après les mots sustineri passent. Le 2 octobre suivant, le cardinal de Lugo rendit le même témoignage, en attestant qu'il avait vu lui-même la bulle originale et la minute du cardinal qui, par ordre de Pie V, l'avait rédigée. Doctrina theologicaper Belgium tuanansex academia lovaniensi ab anno lOM usque ad annum 1017, pari. II, c. l, § 4, Mayence 1681, p. 96 sq.
Par là s'explique que les copies des bulles conire Baius soient les unes poncluées, et les autres non ponctuées. On gardait à Itome deux exemplaires de clia-
que bulle; lun restait dans les archives du Saint-Office, l'autre se transcrivait immédiatement sur le registre pontifical, in Regesto; le premier portait points et virgules, le second n'en avait pas. C'est de celui-ci qu'on tirait les copies envoyées au dehors, à moins que le pape n'en ordonnât autreineiil. Conformément à cet usage, les copies ,-ii\'>y f- \ Al.n illon en 1567 et à l'université de LouvjMi ■ '•'•'•• !• nt sans ponctuation. Cette circonstaiici , i . , |.|ue sorte de prétexte à Baius d'abord, pui- a -- ii n n ..ns. ;, .Taiison en |Kirticulier, pour mettre eu avant et sùuh im I mi' i inVi ihonde la clause Quas quideni senlenliu- .] i i' i.< a, «Me à leurs vues, et de cette interprrlih i ^ > n. \.< [..juctuation arbitraire et illégitiun- 1- - m nn-i i u- nnoqués par
dom Gerberon, dans ses /-' ]< J '.(i <i\. Cependant
les rétractations imposéfs i l: m-, !■ r i||.s de doctrine
de 1586 et le bon sens lui-im .mu. ni dû suffire pour
résoudre le cas. Ne serait-il pas injuste et absurde de proscrire des propositions à cause d'un sens étranger qu'elles n'auraient ni dans les ouvrages ni dans l'esprit des auteurs, mais que d'autres pourraient leur donner? Voir, pour plus de détails sur cette question du cotnma pianuni, J.-B. Duchesne, Histoire du baianisme, l" éclaircissement; Conférences ecclésiastiques du diocèse d'Angers, sur la grâce, Besançon, 1823, 5« confér., t. I, p. 279 sq.
La décision de Rome ne fit aucune difficulté à l'université de Douai. Ses docteurs avaient aorpplé pnrcnient et simplement la bulle //( ,„i;,, ,,/(;, i,iii.|,|ii.-: années plus tard, trois d'entre cu\,ii ^''- CmU. ih i m-. Théodore vanCouverden et Valriilin llualMur, inililicirnl une défense des actes puiihlifiii'- iMiih.' Ii.iin-.: ]','iiliis i/l xquitas censunr /.<//'!/.• /a
Vrbani ¥111, supc' .,rh,',:h. , \\w ,/,.„,„„/,., j,, gnata constanlor m: illush-.th diiacena anliquiorc ai ,,■..
promjilx digi'stœque ad m. ,
iiïlllhe
de-
iiistini ex lueu-
\IM. NN. Guili-
i'.l. Cet ouvrage,