‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 20 sur 741 · X. Le Bachelet · texte numérisé non relu

X. Le Bachelet

II. BAIUS. Propositions condamnées par Pie V dans la bulle Ex omnibus af/lictionibus le I" octobre 1567. Denzinger, Enchiridion, Docuraenl LX.x.wi. — I. Principes d'interprétation. II. Commentaire des propositions reunies en groupes généraux.

I Principes d'interprétation. — Les propositions contenues dans la bulle de Pie Y ont été proscrites in ngore et proprio verborum sensu ab assertoribus intenta ; il faut tout d'abord tenir compte de ce fait, pour déterminer la réelle portée de la censure. A s'en tenir aux propositions elles-mêmes, on peut, en règle génélale, reconnaître le vrai sens des auteurs, à condition toutefois qu'on ne les prenne pas isolément, mais dans leui ensemble et l'enchainement qu'elles ont entre elles Cependant la règle n'est pas absolue; la vraie pensée des auteurs ne se dégage pas toujours nettement des propositions telles qu'elles sont rapportées dans la bulle. Pie V le suppose, quand il dit que certaines sont susceptibles d'un sens plausible, quanquam nonnuH» alujuo pacto sustineri passent. Il est nécessaire alors, et en principe il sera toujours mieux de recourir aux pièces originales du débat, c'est-à-dire aux œuvres mêmes de Baius et aux autres documents propres à en aider l'interprétation. Autrement, on s'exposerait à tomber dans deux extrêmes opposés, consistant l'un à diminuer, l'autre à exagérer la signification et la portéede la censure. La précaution est d'autant plus nécessaire que plusieurs des propositions condamnées se lelrouvent, prises à la lettre, dans les anciens Pères, notamment saint Augustin. La clause in sensu ab as.'sertoiibus intenta est alors d'une importance capitale.

Quel est exactement le rapport de telle ou telle proposition de Baius avec la doctrine de ce grand docteur, c e'it là une question délicate dont l'étude approfondie ne rentre pas dans le présent article. Mais il est du moins un principe général que je crois devoir énoncer : 1 enseignement de saint Augustin sur les points contestes n'a pas ce caractère de bloc que Baius lui a donne; parmi les assertions les plus difficiles, il en est que l'évêque d'Hippone n'érige pas en principes, mais qu'il énonce à titre d'opinion, ou par manière de conjecture, ou ad liominem, pour répondre aux objections de ses adversaires. En méconnaissant ce principe, Baius se mettait infailliblement sur la voie de l'erreur. Du reste l'Église romaine n'admet pas qu'en condamnant les propositions de cet auteur, comme plus tard en condamnant celles de Jansénius ou de Quesnel, elle ait condamné la véritable doctrine de saint Augustin. Mais quand les baianistes et les jansénistes voulurent abuser de certaines déclarations générales, par exemple, de ces paroles d'Alexandre VU, dans un bref du 7 août 1660 aux docteurs de Louvain : Aiigustini inconcussa tutissimaque doginala, pour opposer aux décisions formelles de 1 Eglise leurs interprétations personnelles et braver son magistère en se couvrant du nom et de l'autorité du grand docteur, Alexandre VIII ne craignit pas de proscrire cette proposition : « Quand une doctrine est clairement établie dans saint Augustin, on peut absolument la soutenir et l'enseigner sans avoir égard aux bulles des papes. » Denzinger, Enchiridion, a. 1187. Un théologien catholique a donc le devoir strict de mettre en ligne de compte l'interprétation du magistère ecclésiastique, quand celui-ci s'est prononcé. A ce titre, la conduite du saint-siège dans toute l'affaire de Baius, la prescription du corps de doctrine de 1586, les documents ultérieurs, en particulier les constitutions Unigenitm et Attctorem fidei, doivent être pris en considération.

Peut-on toujours, à l'aide de ces principes, une interprétation certaine? Oui, s'il s'agit d'assigner une raison qui légitime la censure, et par suite un sens où la proposition est proscrite. Mais, si l'on veut fixer nettement la portée adéquate de la censure, la difficulté est, en plus d'un cas, sérieuse, car des questions délicates et complexes interviennent. Ainsi, certaines propositions contiennent plusieurs parties, telle la 25« : Omnia opéra in fideliuni sunt peccata,et philosoplwrinn virtutes sunt vitia. Sont-elles condamnées dans chacune de leurs parties prise à part, ou seulement dans l'une d'elles? Le doute, dans certains cas, est possible. Ripalda, .lihv/siis Baium, disp. I, sect. m, n. 19. En ouïr M - ; - |.iupositions ne sont pas absolues,

C' -•- I I ml une doctrine ou la rejetant sans

lui 1 ! i iliiication odieuse; il y a des proposi-

lioiiî lu-Jal -, qui attachent une note infamante à la doclrini; rojetée ; telle la proposition 28« ; Pelagianus est error dicere, ijuod Hbenitn arbitrium valet ad tdlumpeccatum vila/uluni. De là un problème délicat : pourquoi ces propositiuns ont-elles été condamnées? pour la qualification odieuse qu'elles contiennent, ou pour la doctrine qu'elles soutiennent elles-mêmes, ou pour les deux choses à la fois? Les suppose-t-on condamnées sous le rapport de la doctrine? la contradictoire est vraie, comme dans les propositions absolues ; les sijppose-t-on condamnées sous le seul rapport de la censure qu'elles iniligent à la partie adverse? ces propositions sont téméraires ou scandaleuses, fausses même en ce qui concerne la note théologique qu'elles indigent; mais rien n'est dit, au moins directement, sur la vérité ou la fausseté de la doctrine.

Sur ce point il n'y a d'accord parmi les théologiens ni en principe ni dans l'application. Pas d'accord sur la question générale de savoir si toute censure doctrinale implique l'idée de fausseté dans la proposition censurée. Pas d'accord non plus dans l'application au cas présent. Suivant les uns, plusieurs des articles de Bailis n'ont été proscrits qu'à cause des qualifications odieuses inlligées aux adversaires, propter acerbilalem censuric; opinion soutenue non seulement par des théologiens trop favorables au baianisme, comme Henri de Saint-Ignace, dans son Elliica amoris, prolegom. VI, c. II, § 5, ou par des théologiens se rattachant au groupe dit augustinien, comme le cardinal Noris,dans ses VindicUe auguslinianie, cm, %%P.L., t. XLVii, col. 612, mais encore par des théologiens fort éloignés d'ailleurs de ces idées, comme Suarez, Tractalus de gralia, prolegorn. vi, c. Il, n. 14, et Vasquez, Comment, in /»■» //», disp. CXL, c. xviii; ce dernier invoque l'autorité du cardinal Tolet, qu'il dit avoir consulté à Home. Voir,sur cette opinion, de la Chambre, Traité hislor. et dogm. sur la doctrine de Baius, c. m, a. 2, t. i, p. 141 sq. Suivant les autres, toutes les propositions sont fausses sous le rapport de la doctrine, non moins que sous celui di' la cn^m. . opinion développée surtout et fortement - nt un pu Uipalda, oj). ci(., disp. 1, sect. iv, netlem. ni iIimi . .n^^i parles docteurs de Louvain, dans Lm lir. Lu-.niu jdenior de 1701, et par ceux de Douai, dans l'écrit Veritas et iv<iuilas censurœ pontificiiv. En pratique, cette controverse n'a pas l'importance qu'elle semblerait avoir :'i première vue. En effet, la doctrine iniit nu. .Im- I. s propositions modales dont il s'agit. Si I ( 1 i -ji,. toujours ailleurs sous une forme alp- l n . l i II.' a un rapport intime avec d'autres prciii.- ih n- nu .s d'une façon absolue. Aussi, les partisans du la piLinicre opinion reconnaissent-ils que leur manière devoir n'est pas applicable à toutes les propositions accompagnées d'une note infamante; il en est, disent-ils, dont la condamnation a pour objet le fond même de la doctrine. Mais alors, comment faire le triage? Voici la règle que pose l'un d'entre eux à l'égard de ces sortes DICT. DE TIlKOl.. CATUOI..

de propositions : « Il faut faire attention à la force des termes qui les composent, et examiner avec soin s'ils expriment dans leur signification naturelle une doctrine conforme aux vérités qui se trouvent dans l'analogie de la foi et à des sentiments qui ont été soutenus avec liberté dans les écoles catholiques, même après le jugement du pape reçu par les pasteurs. Si les propositions qu'on examine présentent un sens mauvais et étranger à la prédication, soit de l'Église, soit des théologiens approuvés, c'est une marque certaine qu'elles ont été proscrites pour le fond même de la doctrine qu'elles renferment. Si, au contraire, elles n'offrent à l'esprit que des sentiments véritables, communs, ou reçus dans les universités, il faut reconnaître

n ont pas

été censurées à cause du d

ogme

qu'elles contiennent, mais simplement à cause de greur et de la dureté des termes injurieux qui y sont employés pour rejeter les opinions contraires. » De la Chambre, op. cit., p. "147. La règle est bonne et utile en toute hypothèse; reste à savoir si, parmi les propositions condamnées par la bulle Ex omnibus afflictionibiis, il s'en trouve réellement qui, prises dans le sens de leurs auteurs, ne pèchent que par làpreté de la censure.

A ces principes généraux d'interprétation joignons quelques remarques de détail. A l'exemple du concile de Constance et du pape Léon X, saint Pie V applique aux propositions prises in globo une série de qualifications avec la clause respective, en sorte que chacune mérite une ou plusieurs de ces qualifications. Des théologiens ont fait le travail d'application en assignant à chaque article sa note respective ; voir, par exemple, le iv« éclaircissement du P. Duchesne, et le Tractatîts contra errores M. Baii du P. Louis Torrés, c. su. Leur détermination n'a rien d'absolu; elle est même contestable en plus d'un point, surtout celle du second auteur. Mais la constitution Auctovem fidei de Pie VI nous fournira sur quelques articles des qualifications authentiques et précises.

La bulle de Pie V ne fixait pas le nombre des propositions; pour les citer et les réfuter plus commodément, on les divisa ensuite, mais avec quelques différences, les uns en comptant soixante-seize, les autres soixantedix-neuf ou quatre-vingts. Cette variété ne change rien au fond des choses; il faut seulement en tenir compte, pour identifier les propositions qui ne sont pas citées par tous les auteurs sous le même chiffre.

La constitution Ex omnibus afflictionibus rapporte les propositions suivant l'ordre des livres examinés et des autres documents d'où elles ont été tirées. Par là s'expliquent les répétitions qui s'y rencontrent. Toutes, on l'a vu, n'étaient point attribuées à Baius; il en est qui venaient de son collègue Jean Hessels et de leurs disciples communs. Toutes n'avaient pas été tirées des livres imprimés par les deux amis; quelques-unes avaient été trouvées dans les cahiers dictés à leurs élèves ou avancées de vive voix dans les disputes. Il ne faudrait cependant pas abuser de cette circonstance, pour enlever à Baius la paternité de n'importe quelle proposition ou du plus grand nombre d'entre elles. Qu'il ail lui-même usé de ce procédé pour se disculper, qu'il ait désavoué telle ou telle proposition parce qu'on avait plutôt pris le sens que les termes do sa doctrine ou qu'on avait changé un mot dans son texte, qu'il se soit même contredit sur ce point dans ses diverses apologies, reconnaissant comme siennes tantôt plus, tantôt moins de propositions, rien d'étonnant; il plaidait sa propre cause. Le pape, gardien et juge de la foi, devait nécessairement se placer à un autre point de vue; ce qu'il visait, ce n'était pas l'homme, mais l'erreur. Il suffisait qu'elle se trouvât réellement dans les ouvrages incriminés; si parfois telle doctrine, énoncée par Baius d'une façon difl'use ou voilée, apparaît dans la bulle condensée et mise en relief, l'intention du souverain pontife est II. - 3

BAIUS

GS

évidemment de mieux ^démasquer l'erreur dans l'mterêt des lidèles.

En réalité, les soixante premières propositions sont de Baius, suivant un ordre qu'il est facile de suivre, en les confrontant avec ses opuscules imprimés. Cf. Baiana, p. 50 sq.

Traité De merilis opemm Prop. 1-20

— De prima liominis jzislitia ... — 21-24

— De virttitibus impionmi — 25-30

— De chai'itate — 31-38

— De libero hominis arbitrio. ... — 39-41

— De justitia - 42-44

— De sacrificio — ^

— De peccato originali — 46-55

— De oratione pro defunctis .... — 56-58

— De indidgentiis — 59-60

Les autres propositions ne se rapportent pas d'une

façon précise aux ouvrages imprimés de Baius. Steyaert raconte qu'il avait vu à Rome un ancien exemplaire manuscrit où l'on donnait les soixante premières propositions pour extraites des opuscules du docteur lovaniste, et le reste pour assertions courantes dans le parti, laies quai vulgo circumfcn-entti): Pour tenir compte de cette question qui, sans être capitale, a pourtant son importance, puisque les articles ont été condamnés dans le sens des auteurs, voici quelle sera ma méthode. J'indiquerai, après le texte latin de chaque proposition, l'endroit d'où elle a été tirée, toutes les fois qu'il sera possible de le faire; j'ajouterai, quand il y aura lieu et en me référant aux Baiana, les passages des apologies où Baius a consigné ses réclamations ou explicalions; enfin, quand il y aura raison suffisante, je tiendrai compte de la question dans le commentaire. Ce travail a déjà été fait, ou plutôt ébauché, par Bellarmin, dans une réfutation manuscrite des propositions de Baius, qui sera citée à la fin de cet article, et par Ripalda, op. cil., disp. I, sect. xi.

II. Commentaire des propositions condamnées. — Pour procéder d'uiir l'.irMii nln- rationnelle et ne pas m'exposer à des nilii. -. j nmi' lu la méthode communément suivie par Ir.- ilirolo-i, ii-. m groupant les propositions qui se rapporleiit a un inéiiir «siijiM. Les numéros, conservés avant chacune, pti inriiioui. a qui voudra, de reconstituer l'ordre où elles sr Iiuiin^iiI ilans la bulle. Le groupement comprendra ncur clulV Hr doctrine : 1» dons de l'état primitif; 2» mérites; 3" libre arbitre; 4" charité; 5» péché; 6» concupiscence; 7» justification; 8» sacrements; 9» satisfaction et peines temporelles.

/. PBOPOSirlOXS RELATIVES AUX DOyS DE L'ÉTAT PRI- MITIF.

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