I. Vie. — Saint Bernard, le dernier des Pères, que
l'Église honore à la fois comme saint et comme docteur.
liERNAllD (SAINT)
naquit en 1090, à Fontaines-lés-Dijon iCôle-d'Or). Son père, Tescelin, était un officier de la cour du duc do l!ourgo!ïne;sa mère, Aleth (Mette, Aalaysi, était fille du scit,'neur de Montbard. Dés sa plus tendre enfance, il lit preuve d'une piété extraordinaire. Vers l'automne de illl, il prit le parti de renoncer au monde, et dans son ardeur de prosélytisme il entraîna à sa suite trente compagTions parmi lesquels figurent ses frères et son oncle GaUdry. On les voit à Cliàtillonsur-Seine faire pendant six mois l'apprentissage de la vie monastique et entrer à Citeaux au printemps de l'année 1112.
Trois ans plus tard l'abbé Etienne Harding' l'envoyait fonder l'abbaye de Clairvaux (juin 1115), qui devait à son tour devenir la mère de tant d'autres abbayes. Bernard en compta jusqu'à soixante-huit avantde mourir. Vacanilard, rie de sainl Bernard, Paris, 1895, t. il, p. 55't.
Bientôt le zèle du fondateur de Clairvaux se fit sentir non seulement dans son ordre, mais encore dans toute l'Église de France et jusque dans la Ville Éternelle. Tous les ordres religieux, notamment l'abbaye de Cluny, cf. Apologia ad Guillelmnm, P. L., t. CLXXXii, col. 895-918, subissent son influence. La cour de Louis le Gros n'y échappe pas itivnnt.nir-. Fclate le schisme d'.-inaclet II ; Bernard, m miné au concile d'Étampes
(1130) les i! I (l'Anaclet à la tiare, estime
qu'aucun' iis qui divisent Borne nest
exempte (1 III . i i os pour éviter un plus grand
mal, il pas.->c par-dt;=su= eus vices de forme et se prononce en faveur d'Innocent, dont les qualités morales lui paraissent offrir une garantie pour la dignité de l'Église et si pi -ii'i il'' Iimi- }•■ ''.in- irr.-.pjf. sa décision, et- 1 il II! i ! il 1 \ii. ! I 't le roi Lothaire s'y imI ,• m • il' i-- ir \l,,i |. - ; iii-ans d'Anaclet, noml.i'. -.■ - 1; iin i MM .n . i .Im- !• -ud de l'Italie, ne sont pas disposés à céder. Trois fois Bernard entreprend un voyage au delà des Alpes (1133. 1135, 1137) et finit par faire triompher la cause d'Innocent. Il séjourne à Rome de décembre 1137 à juin IKiS. Vers ce temps Anaclet meurt; on lui donne pour successenr l'antipape Victor IV. Mais l'abbé de Claiis;iu\ délaclie peu à peu du nouvel antipape tous les liomains. Viclor sent le ridicule de sa situation et vient se jeter aux pieds d'Innocent IL C'était la fin du schisme.
De retour en France, Bernard eut bientôt à s'occuper de questions dogmatiques que soulevait le célèbre professeur de Sainte-Geneviive. l'iciri- Al.i'Iard. (In sait comment il fut, en (|iu-lijiie soilf, couliaint de paraître au concile de Sens ill'iO), emiiiiicnl il instruisit le procès d'.\bé!ard, et comment, après le refus de celuici de s'expliquer, il fit condamner sa doctrine. Abélard, qui en avait appelé à Home, fut condamné par Innocent II. Voir AiiKi..\n(i, t. i, col. W, et plus loin.
l'n disciple d'Abélarcl. Arnauld de Brescia, agita auissi (|uelque temps les csprils en France. L'abbé de Clairvaux l'en fit expulser, le poursuivit dans sa retraite à Zurich et en Allc-inat;nc, it le dr-nonia an pape comme un perturbalcur de lordic public. Apns uiif n'-concilialion plus apparenliM|ue réelle avec la papauté. Arnauld '.souleva contre elle, à plusieurs reprises, le peuple romain. Il finit par louiber entre les mains des défenseurs du pape et fut coiulamné à mort. Voir An.s.M'i.ii Di; lÎRKSr.iA, I. t, col. I'.)72. Cf. Vacandard, Uisloire de sninl Bernard, I89.J, I. Il, p. 23.') s((.
D'autres périls menaçaient l'Église de France. Au nord l'hérésie manicliéctme, qui avait pris racine au chrdeau de .Montwimer ou Montaimé, dans le diocèse de Cliàlons (Marne), .s'étendit de là jusqu'à la mer et jusqu'au Rhin. Cologne surtout en fut infecté. L'abbé de Clairvaux la poursuivit de ses dénonciations et de ses invectives dans ses serinons i.xv et i.xvi, in Caidiea. Au siiil, spécialement dans le I^nguedoc, Pierre de liruys cl un de ses amis, non moins redoutable, du nom de lleiiii. semaient à pleines mains l'hén'sii'. aiin'iilaicnt
le peuple contre le clergé, abolissaient le culte et détruisaient les églises. Bernard entreprit de remédier à ces maux, en évangélisant la région qui était le théâtre de ces désordres. Sa présence à Bordeaux, à Bergerac, à Périgueux, à Sarlat, à Cahors, à Toulouse, à Albi, en 11 iô, arrêta pour quelque temps les progrés de l'hérésie henricienne. Mais il ne parvint pas à l'éteindre complètement, et l'on sait comment, un peu plus tard, de ses cendres sortit l'hérésie des Albigeois, qui éclata comme un immense incendie. Voir Henri et les Hen- RiciENS, et PiEiîiiE DE Brivs. Cf. Vacandard, Histoire de saint Bernard, t. il, p. 217 sq.
Cependant les malheurs de l'Église d'Orient sollicitaient l'attention de Bernard. Louis VII et le pape Eugène III exhortent les chevaliers français à entreprendre une seconde croisade. L'abbé de Clair\^aux se fait à Vézelay leur interprète (31 mars 1146). Sa prédication enflamme tous les cœurs. Il la continue par des lettres qu'il envoie de tous côtés. Xon content d'écrire, il visite les villes des bords du Rhin et les pousse ('gaiement à s'enrôler pour la croisade. Le roi Conrad III hésite à s'y associer. Bernard, qui le rencontre à Spire (décembre 1146-janvier 1147), finit par l'y déterminer. Mais comme l'entreprise échoua, faute d'une sérieuse et forte organisation militaire, Bernard eut à se défendre de l'avoir conseillée. Les attaques dont il fut alors l'objet lui causèrent un vif chagrin. Cela ne reiiipêcha pas de former avec Suger un projet de nouvelle croisade, projet qui d'ailleurs avorta tristement. Cf. Vacandard, Histoire de saint Bernard, r. xxvii. xxxi, t. ii. p. 2.'i!), il5.
Copiii.l.ini r.-vr.| )- r-ili. ... i;ill,ril ,l,. la Porrée,
étaii il ii'iii .1 '• l;.iMi- I I i^ 1. iiuirie auteur
d'iiih' iIm'mi I- ;.' ■'. - |.M l'i. '{iii |:,.i I iii iiiteinte au doLjiii'- il' I 1 I 1 uni Illl l'ii 1 .j il cri Mil .l'.Ti^i'igner que la divinité Ciail une réalité dislincle de Dieu. L'abbé de Clairvaux attaqua vivement cette erreur et fit signer à Gilbert une profession de foi orthodoxe. Voir Gilbert de i..\ Porrée. Cf. Vacandard, Histoire de saint Bernard, t. II, c. xxviii, p. 327 sq. ; de Régnon, Études de théologie positive sur la sainte Trinité, 2" série, étude VIII', c. m, a. 4, Paris, 18Û2, p. 87 s<|.
Nous ne nùn~ .iit..Mi-rMîi. |.,t- ., r.,ciii,i- [.•s conflits entre l'Églisr rt i I i.ii ,.ii,.|ii- !- l ,1.1,.. ,|,. Claii-vaux fut mêlé. Nous iir ,lii .11- ,l..ii, I i, Il .1 . -. - .1. iii.-l.-.- a\ec Louis le Jeune. Cf. \ .ir.m.l u ,1. I ,, /, ..,,,,( Hernard, c. KWV, 1. Il, p. 177 -i|. Il - r,i|i]:..ii- ,'..',■ la papauté, nous ne ferons qu imliqn, i 1,, !.. ,.ii ,|!i M hii adressa dans le traité De riiiisi'l,'i-'ili-,in\ iL^im,. a [nocurer la réforme de la cour de Home. I. ouvrage esl iIimIi. ,i I,ii;;,-ii., III, qui avait été moine à Clairvaux. Dans un I ui^j^, |i.irl'ois un peu vif, Bernard dénonce luu- !• - .Ju- .|ii. la failili'--!' il,- p:ip - tolère au sein de ri';;li^i- i-i surtout de II I Illl' I \ li\re a plutôt un caraclère philoso-
pliii| I .1-11, iii.|iii'. L'auteur y vise encore manifes-
li-i.i.iii II ,1,. Il III .!.• Gilbert de la iVrr'ée.
iilii- I.M II.VJi. l;,.r-
M 1 11 il él
louchait
nvail ces lign au terme de
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les Messins et le due ih' l.un-aini'. Au mois de juillet 1153, il apprit la mort de son cher disciple, le pape Kugéne m. Le 20 août suivant, il rendait lui-même son àme à Dieu; il élait âgé de 63 ans. Vingt ans plus lard, par une bulle en date du 18 janvier 1174, Alexandre 111 l'inscrivait au nombre des saints. Le pape Pie VIII lui conféra en 1830 le litre de docteur; il esl connu communément .sous le titre de Doctor n)illi/hius.
l'our plu.s Ue déluils sur la vie de saint Boriinicl, voir Vacandard, uiw. cil. .-i in-8-, Pans.lSOâ; 2 in-l->, Paris, 1897. Les principales sduices i.ourlabiogi'opliiede faliln- de Clairvaux sont : i- une
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BERNARD (SAINT
Vita prima, composée de cinq ou même de six livres et qui a pour auteurs Guillaume de Saint-Thierry (1. T), Krnaud de Bonneval (1. Il), Geoffroy, secrétaire de pnint norniml, d III-V), témoins oculaires ou prima est également l'œuvt de GeolTroy. La fSeciinda vi (entre lir,7 •■! llTiu r^aww
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E. Vacandard,
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Mil, col. 35inrlsil faut ir M. Georg ', Munster, es s<
Geo
II. Œuvres. — /. SBfl.vo.vs. — L'abbé de Clairvaux a laissé un grand nombre d'ouvrages, au premier rang desquels il convient de placer ses serinons, qui se répartissent chronologiquement entre 1115 et 1133. Ces sermons peuvent se diviser en quatre séries : 1" Sei-mones de tempore; 2» Sermones de sancHs; 3" Semiones de diversis; l' Sermcmes in Cantica.
l»Les Sermones de lemitore,P. 1... I. u 360, sont au nombre de quatre-\ iii^i i\, i joindre un fragment de sermon, il. ,11 Hùffer, Der lieilige Bernard roii Chm-r,, 1886, p. 237 sq. Ce groupe comprend, outn des dimanches et des fêtes, les quatre sermons De laudibus Virginis super Misstis est, un sermon sur les saints Innocents et dix-sept sermons sur le Psaume xc, Qui habitai, prêches probablement pendant le carême de l'année 1 140. Au point de vue théologique, il y a lieu de signaler la discussion des motifs pour lesquels l'Église rend un culte aux saints Innocents. « Le martyre qu'ils endurèrent à cause du Christ suffit à leur sanctification, ... comme le baptême suffit aujourd'hui aux autres enfants sans aucun usage de la volonté propre... Si vous cherchez quels étaient leurs mérites devant Dieu pour être couronnés, cherchez aussi quels étaient leurs crimes devant Hérode pour être massacrés... Hérode aurait pu mettre à mort des innocents; et le Christ n'aurait pu couronner ces innocents, tués à cause de lui? » In nativit. Innocent., c. 11. Le sermon xii sur le Psaume xc fournit aussi une théorie sur les anges gardiens que nous aurons occasion d'examiner plus loin.
•2" Les sermons De sanctis, P. L., t. CLXXXiii, col. 360-536, sont au nombre de quarante-trois; ils contiennent l'éloge de plusieurs saints et surtout ils exposent les principaux mystères de la vie de la sainte Vierge. Le sermon sur la Nativité de Marie est intitulé : De aquœductu. C'est le plus important de ceux que Bernard prononça sur les prérogatives de la mère de Dieu; toute sa théorie de la médiation de la sainte Vierge y est développée. Dans les panégyriques de saint Victor, de saint Malachie, du bienheureux Humbert, on trouve exposée sa doctrine sur l'inlercession des saints. On pourrait rattacher au groupe des panégyriques l'éloge funèbre que Bernard fit de son frère Gérard dans son commentaire du Cantique des Cantiques, Serm., xxvi, P. L., t. CLXXXlll, col. 903 sq.
3» Les sermons De diversis, P. L., t. CLXXXiii, col. 537-748, généralement beaucoup plus courts que les précédents, sont au nombre de cent vingt-cinq. Mais il faut réduire ce chiffre à cent dix-sept : les sermons VI, VII, XXI sont de Nicolas de Clairvaux; les sermons viii, XXVIII sont attribués communément à Guerric d'Igny, il se peut cependant qu'ils soient de saint Bernard; cf. Vacandard, Vie de saint Beimard, i" édit., t. I, p. 454, note 3; les sermons XL et XLI ont une origine douteuse, et le sermon Lxviii est un doublet de xxxii.
4" Bernard composa une série de sermons sur le Cantique des Cantiques. Son commentaire s'arrête aux mots
In leclulo meo quœsivi, m, 1. Les vingt-quatre premiers sermons ont été prononcés de l'A vent 1135 à 1138. Après une interruption assez prolongée, il reprit son thème. Le sermon Lxxx est de 114-8. Les six sermons suivants ont précédé sa mort de peu de temps. Cela forme un total de quatre-vinpi-siv «prmons. P. L., t. CLXXXIII, col. 785-1193. (ilIlH..!. ;,M„- ,].. Swinshed (ou de Hoilandia), a conlinui', ,i|ii. i.irninl. le commentaire interrompu, sans puin. in I ,,rli,x, 1. /'. L,., t. CLXXXIV, col. 14- 252. Son \ivnr .1 il. inier sermon s'arrête au verset : Dilecliis ,,,, (ly ,, r, ,.;,,;, (S, v, 10. Le commentaire de Bernard ê>i ,i\,iMi 1..11! mil' u'uvre mystique. Çà et là cependant l'aiil.iii ili'.\i.liiii|io ses théories dogmatiques. C'est ainsi par exemple que, dans ie sermon V, il étudie les différentes sortes d'esprits; il en distingue quatre: l'esprit divin, l'esprit angéllque, l'esprit humain et l'esprit de la bête. Le sermon viii est consacré à l'étude du Saint-Esprit. Dans le sermon xix Bernard traite des anges et de leur hiérarchie. 11 examine, sermon xxvil, l'origine de l'âme, et l'on .sait que Bérenger (voir BÉ- REXGER Pierre) lui a vivement reproché sa doctrine. Dans le sermon xu est exposée la théorie de la contemplation, que nous étudierons plus loin. Même thème dans le sermon lu. Ayant à expliquer le texte : Capite nobis l'ulpes parvulas quse demoliuntur vineas, 11, 15, Bernard en prend occasion pour combattre les hérésies manichéennes dont le prévôt de Steinfeld, Evervin, lui avait signalé les ravages à Cologne : c'est le sujet des sermons lxiv-lxvi. En quoi consiste l'unité du Père et du Fils, le sermon Lxxi l'explique. Le sermon Lxxiv décrit les visites que le Verbe fait à l'âme qui est devenue son épouse. On trouve dans le sermon lxxx une réfutation des théories trinitaires de Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers. Le sermon Lxxxiii est un hymne à l'amour divin qui embrase l'àme humaine; il y aura lieu de revenir sur ce sujet en exposant le mysticisme de l'abbé de Clairvaux.
On a pu croire jadis que le fameux manuscrit des Feuillants, maintenant à Paris, Bibliothèque nationale, n. 24768 du fonds frantais, contenait une édition originale des sermons prononcés en français par saint Bernard pendant le cours de l'année liturgique, d'après la rubrique initiale : « Ci encomencent li sermon saint Bernart k'il feit de l'Avent et des altres festes parmei l'an. » Il est aujourd'hui démontré que Z,i sermon saint Bernart sont une traduction en dialecte lorrain, voire messin, du texte latin que nous possédons. Cf. W. Fcerster, Li sermon saint Bernart: Atteste franzôsische Ueberselzung der lateinischen Predigten Bernard von Clairvaux,nacli der Feuillantines Handschrifl in Paris, Erlangen, 1885. Ces sermons sont au nombre de quarante-cinq. M. Fœrster a fait voir, p. .\-xi, que la traduction se traîne sur le latin, dont elle ne peut rendre les jeux de mots. A quelle époque furent-ils traduits'? M. Fœrster pense, avec assez de raison, que Li sermon saint Bernart sont compris dans la condamnation portée en 1199, par le pape Innocent III, contre les traductions de la Bible et des Pères, qui lui avaient été signalées par l'évêque de Metz. Ils seraient donc de la fin du XIF siècle.
Les quarante-cinq sermons correspondent à la période de l'année liturgique comprise entre l'Avent et l'Annonciation. En 1889, von Tobler signala l'existence d'un second recueil de sermons français de saint Bernard à la Bibliothèque royale de Berlin, Die romanischen Meerman-Handsc/iriftendessirTIiomasPliillippSfn.W. Ce manuscrit comprend quarante-trois sermons de la seconde période de l'année, de l'Annonciation à r.\ssomption. Les trois premiers correspondent aux trois derniers du manuscrit des Feuillants. Il faudrait, selon Tobler, en faire remonter la traduction à la fin du xii» siècle ou au commencement du xiii». Tous les sermons se retrouvent dans les éditions latines des œuvres
BERNARD (SAINT
lie saint Bernard, sauf les numéros 30, 31 et 43, dont von Tobler ignore la provenance. Le savant critique ne publia que quelques sermons de son manuscrit : Pre- (ligleii des lieiligen Bernliard in allfyanzôsischer Veber- Iragung, dans Sitzungsbericlite des kôniglieh-preiissischeii Akademie der Wissenchaflen :u Berlin, 1889, p. 291-308. Mais en 189i M. .\lfred Scliutze édita totalement ce second recueil, Predigteii des Bernliard in aller franzôsisches VrhertmgitiKi, t. cciii de la collection do la Société litléiaiic (l.> Sliillyart.
L'existence d'un autre manuscrit avait été signalée dés l'année 181i par Daunou, Histoire littéraire de la France, l. xm, p. 193. On sait qu'il est entré au Slusée Dobrée, récemment ouvert dans la ville de Nantes. M. Léopold Delisle en a donné la description dans le Journal des savants, mars 1900, p. I.'jO. L'écriture, disposée sur deux colonnes ,à la dilTérence des deux autres manuscrits de la version française, qui sont à longues lignes), semble pouvoir être rapportée à la lin du XII» siècle ou au commencement du xiii«. La meilleure partie du manuscrit, fol. 1-162. est occupée par la traduction française des quarante-quatre premiers sermons de saint liernard sur le Cantique des Cantiques. M. Delisle cite la première page : « Ici comencet !i primers sermons saint Bernart sor les canlikes, » etc., et donne l'en-tète de tous les sermons avec le texte latin en regard. .\u fol. 201, vient une traduction des sermons Super Missus est : « De la loenge de Nostre Dame. La dévotions me commande ke ge alcune chose escrie, mais li occupations le moi defent. »
La réunion de ces trois recueils forme donc une traduction presque complète des sermons de saint Bernard en langue romane, aux environs de l'an 1 200. Cf. L. Delisle, /oc. ci(., p. 118-16i;.\. Schulze, Zu den aUfranzùsischcu Bernhard Handschriften, Snnderahdriick ans Beitràge 7ur Bucherkunde iind Philologie Aiigusl Wihnans 2um 25 Marz i<J03 gewidmet, Leipzig, 1903, p.389-40i; L. Delisle, Journal des savants, juin 1903, p. 347-348.
On peut trouver dans Léopold Janauschek, Diblioi/raphia Bernardinit. Vienne, 1891, une bibliograptiie complète des sermons de saint Bernard. Nous ne signalerons ici que les plus anciennes et tes plus rt^'cenles éditions. Sous le n. 15, Janauschek marque, aux environs de 1 472, une édition des HoniHisB super Missus est. En 1475 parait à Mayence une édition qui renferme cent quatrevingts sermons. Les sermons sur le Cantique des Cantiques ne sont pas compris dans cette édition. Ils parurent à part en 1481 à Roztock.Lamèmc année les sermons De te»npore et De sanclis furent imprimés à Bruxelles. Cf. Janauschek, n. W. Sous le n. 62, on voit encore une édition des sermons De tempore, De sanctis. De diversis, publiée à Hcidelberg en 1481. Nous ne citerons pas d'autres incunables. L.a meilleure édition des sermons de saint Bernard est celle que donna Mabillon en 1690, dans les Saiicli Bernarili Opéra omnia, 2 in-fol., Paris, et qui a été rééditée depuis, en 1724, par Edmond Jlartène et Ursin Durand; en 1854, 1859, 1879, par .Migne, P. t., t. clxxxiii. Nous devons signaler, en outre, celle qui parut en 1891, sous la direction des D" Gselt et Janauschek, à l'occasion du huitième centenaire de la naissance de saint Bernard, Sancti Bernardi Sermoncs de tempore, de sanctis, de diversi^, ad tertiam editionem Mabillonianatn cutn codicibus AtKIriacie Bohemicis Sli/riacis collntam, 3 fasc, Vienne, 18!M.
//. ritMTiis ET OPf^rri.F.i'. — Dans ce groupe nous rangeons, avec les traités proprement dits, quelques épllres des plus importantes : Èpist., xi.ii, i.xxvi, cxc.
1" L'opuscule le premier en date e-l I • Tr'u loios ,!,■ gradibiis liuniilitatis et sujierbia:, I'. / . i. iwxu. col. 941 sq., qui fut composé avant I IJ.i. j. ni ii. ibs 1121. Bernard l'écrivit à la deinande <le li.id. in.i.l. il.bé de Fontenay. C'est un résumé des entretiens qu'il avait eus avec ses moines de Clairvaux, un commentaire de la règle de saint Benoit. A l'exemple du patriarche des moines d'Occident, il pose l'humilité à la base de la porrection évangélique et il en donne celte délinilion : a L'humilité est une vertu qui rend l'homme vil à ses propres jeux par la connaissance très vraie qu'il a de «on état. 0 llnniililas est lirtus i/ua liomo verissinia
sui cognitione sibi ipsi vilescit. Dans la première partie de l'ouvrage, Bernard développe cette pensée en neuf chapitres. Les treize chapitres de la seconde partie sont consacrés à l'explication des douze degrés de l'humilité, indiqués par la règle de saint Benoit. Mais, au moment d'aborder ce travail d'anahse psychologique, Bernard s'aperçoit qu'il est beaucoup plus aisé de définir une vertu par son contraire que par son essence. Au lieu des douze degrés de l'humilité, il décrit donc les douze degrés de l'orgueil, qui sont, d'après lui, la curiosité, la légèreté d'esprit, la folle joie, la jactance, la singularité, l'opiniâtreté, l'arrogance, la pré.somption, l'hypocrisie, la révolte, la licence et l'habitude de pécher. Nous devons à cette méthode quelques portraits qui ne dépareraient pas la galerie des Caractères de La Bruyèn-, notamment les portraits du moine qui s'abandonne à la jactance et de celui qui recherche la singularité.
2» Le Liber de diligendo Deo, P. L., t. CLXXXii, col. 973 sq., parut vers 1126. Bernard l'adresse à son ami, un Français, originaire de la Ch,itre, le cardinal Haimeric (ou Aimery), chancelier de l'Église romaine. Le sujet qu'il traite est l'amour de Dieu, l'amour affectif. Il en décrit la mesure, niodus, les causes, l'origine, les degrés et l'obligation. Il emprunte à Sévère de Miléve (croyant l'emprunter à saint Augustin) la belle formule:» La raison d'aimer Dieu, c'est Dieu lui-même; et la mesure de l'aimer, c'est de l'aimer sans mesure. » Causa diligendi Deuni, Deus est; modtis, sine modo diligere. Cet amour a pour iTiotif, non seulement Dieu i lui-même et ses perfections, mais encore notre propre avantage. Nous commençons par nous aimer et nous nous élevons insensiblement à l'amour de Dieu jusqu'au mépris de nous-mêmes. On passe ainsi par diflërents degrés : l'amour de soi, l'amour de Dieu pour soi, l'amour de Dieu pour lui-même, et enfin l'amour pur, en d'autres termes, par l'amour-propre, l'amour mercenaire, l'amour filial et l'amour béatifique. Tous les hommes sont obligés d'aimer Dieu : les gentils, les juifs et surtout les chrétiens. « Que rendnii-je au Seigneur pour ce qu'il m'a donné? Dans sa première œuvre (la création) il m'a donné à moi-même; dans la seconde (la rédemption), il se donne lui-même à moi ; et en se donnant, il m'a rendu à moi-même. Donné et rendu à moi-même, je me dois donc à lui et je me dois deux fois. » C. V, n. 15. — Le traité De diligendo Deo est un de ceux qui tentèrent de bonne heure les traducteurs. Il se trouve à Nantes dans le manuscrit du musée Dobrée (dont nous avons parlé plus haut), à la suite des sermons sur le Cantique des Cantiques, fol. 162, sous ce titre : « l.'epistle labei Bernart de Cleresvals a un eveske Kirdinal, de diligendo Deo. Al baron noble sanior diacone et cardinal et cancelier de le romaine glise, Bernars, ki abes est apelez. »
3° L'Apologia ad Guilleh^mni S. T heodorici abbatem , écrite vers 1127. P. L., t. CLXXXII, col. 896 sq. — La façon sévère dont les cisterciens appliquaient la règle de saint Benoit était une leçon indirecte adressée aux bénédictins. Certains moines de Clairvaux eurent en outre l'imprudence de la souligner par une critique mordante des usages clunistcs. Pierre le Vénérable releva ces reproches, en traitant les cisiercicns de « pharisiens ti. Bernard, qui avait blâmé assez vertenn ni Ir~ . Inni-lcs dans sa lettre à Robert, Epist., i, se Iimu i 1 I i - iie sous le coup du blâme de Pierre le V. ni 1 ! ^. - unis s'émurent de cette situation. Guillaume dr s uni- Un. i iv (de Reims), qui appartenait lui-même à l'ordre bénédictin, lui conseilla do se défendre et de s'expliquer. De là VApologia. « Je ne vois pas bien, dit Bernard, ce que vous demandez de moi. Si je vous ai bien compris, il me faut faire réparation aux clunistes, qui nous accusent d'être leurs détracteurs ; il me faut aussi reprendre dans leur nourriture et leur habillement tous les abus que vous me signalez. Comment le faire sans
BERNARD (SAINT
scandale, et comment échapper au reproche de me contredire moi-même? «L'abbé de Clairvaux commence par se justifier du reproche d'intolérance; il fait l'éloge de toutes les communautés religieuses, notamment de Cluny, et prend à partie les membres de son ordre qui .jetaient imprudemment ledisci. ilii -m- 1rs moines noirs. Après avoir ainsi infligé aux |.li ii-iii- <le Citeaux une leçon dans laquelle Piern' li \ ciiitiII. ,m'iI reconnu ses propres prn=''r- = . il >r -.ut pin. ,i | ,ii~r. pour signaler et ceiisiii'i I,-, il.i r^lriiiriii- (Ir I oiili-e bénédictin. Son bl.' \"-r\r -m 1,1 I 'nliHT, |r \('.tement, le
luxe des éqiiip:i^.',. ]| > .n pund imOiim ,in style et à la décoration des églises. Les représentations figurées lui paraissent un hors-d'œuvre dans les monastères. A plus forte raison proscrira-t-il la sculpture symbolique. De là l'invective fameuse qui commence par i-r"- iiint«:^ Onns les cloîtres, sous les yeux des frèresocoiii- 'n • quoi bon ces monstres ridicules, ces belles II I n . ■ imi-ribles beautés? A quoi bon ces siu-c- iiiniuihl. - ' ces
lions farouches"? cr- . ni mi ■ - nsirneuN? ces êtres
demi-humains'? » tii l - n -j'.l. « Si vous n'avez
pas honte de ces m ;i i i; i -i-il, avez au moins hontr .1p= .l..n..„s... ,| ; , ;,, . ,, li- , ois.-nt, - C'est sur
ML ,..i. sn;i .,,. - Après avoir vécu ipiiliiu-' ii iii]i- .< l,i .diir dni- l,i dissipation, Henri s'éta il i-iii^ dm- -.mi d)-r,-.< . ;, l Misiiyation de (ieofTroy de Idi.iilns, poui \ \.iqut.'i- .iu\ de\oirs de sa charge. L'abbé de Clairvaux. profitant de cette circonstance, lui adressa une lettre où il préconise les qualités des lions i-vi'ques. Knlre tontes les vertus qu'il lui recoiniiKindi'. 1,1 rli;i-lil.'. 1,1 rliiirili' ri riinniilité sont au
prrnii' r I ,ui , l.lii hi- i -t II- l.iiiilriiMiil des autres
viTln-, ,■]],■ , |r- I Ir- mn-rnr cl k- rolisomme »,
lillnuhl'i^ ,n-llili\-i if/ris ,ir,-,'jiil ... !<rr..!l acceptas...
se/-(0't(s cùitstiiiimal. C. v, n. 17. LeiiMid. qui excelle dans la satire, stigmatise avec \igiieur laiiibition des évêques, leur luxe et leur nniour de riiid.pendance. Il insiste sur le devoii' ipi'il- I ni d .,,iii,ii ,ii , ,'i Hunie. Le gall:
le combat, c Si vous rendez vos doMi à-dire au roi, en a--i conseils, à ses affaiirdigne de vous de par.i quel qu'il soit, dans h blie entre les Églises
i--idi!iiiinl a sa cour, a ses n -I pourquoi serait-il in- M- -.1 .1- du vicaire du Christ, i-ndaiRo (|ue l'antiquité a éta- .>ue ceux qui vous dissuadent de subir ce qu'ils appellent cette ignominie apprennent ce que c'est que de résister à l'ordre de Dieu. » C. viii, n. 31. Henri devait apprendre plus tard quelle était l'autorité de l'Église romaine, car il fut frappé de suspense par Innocent IL Mais en 1140, il était rétabli dans sa dignité. Ce fut lui qui présida le concile de Sens où fut condamné Abélard.
ô" Traclalus de gi-alia el libero arbib-io, composé vers -1127, P. L., t. CLXXXil, col. -1001 sq., et adressé, comme VApologia, à Guillaume de Saint-Thierry. Mabillon, dans son Admonilio, fait de cet opuscule un éloge extraordinaire. Nous aurons l'occasion d'en donner une analyse succincte, quand nous examinerons la doctrine de l'abbé de Clairvaux sur la justific;ttion et la prédestination.
6o De laude novse mititix ad milites Templi, P. L., t. CLXxxii, col. 921 sq., adressé à Hugues de Payns (canton de Troyes), fondateur et premier maître de l'ordre des Templiers. Cet ordre avait pris naissance en 1119; après neuf ans d'existence, il ne comptait encore que neuf membres. Le concile de Troyes (1128) lui donna ses encouragements. Hugues sollicita l'appui de l'abbé de Clairvaux, en même temps que l'approbation de Rome. La règle des Templiers fut dès lors ébauchée.
l'n peu plus tard, enti Hugu.-- -Mil l.,d|- /Il de .1 1. n-,r|li' , II.
32 et U:i6,Bernard adressa à
I Horœ inililiœ.W fait l'éloge
et en prend occasion de
criliqni I 1,1 ! ' irune, « la chevalerie du
siècle. Toid diiPiviiiii, rlles, le costume, la vie et les mœurs, tout, jusqu'à la mort même. Tout ou presque tout est blâmable chez les chevaliers du monde, tout est louable chez les Templiers. Non content de louer la vie pieuse de ces derniers, que gouverne une règle sage, Bernard justifie l'usage de la guerre. Il n'y a pas de loi qui interdise au chrétien de frapper du glaive. Ce qui est défendu c'est la guerre inique, c'est surtout la guerre entre chrétiens, o Tuer les païens serait même interdit, si on pouvait empêcher de quelque autre manière leurs corruptions et leur ôter les moyens d'opprimer les fidèles. Mais aujourd'hui il vaut mieux les massacrer, afin que leur épée ne reste pas suspendue sur la tête des justes. » Ibid., c. m, n. 4, col. 924. « Ils peuvent combattre les combats du Seigneur, ils le peuvent en toute sécurité, les chevaliers du Christ. Qu'ils tuent l'ennemi ou meurent eux-mêmes, ils n'ont à concevoir aucune crainte; subir la mort pour le Christ ou la donner, loin d'être criminel, est plutôt glorieux. Le chevalier du Christ tue en conscience et meurt tranquille; en mourant il travaille pour lui-même; en tuant il travaille pour le Christ. Ce n'est pas sans raison qu'il porte un glaive ; il est le ministre de Dieu pour le châtiment des méchants et l'exaltation des bons. Quand il tue un malfaiteur il n'est pas homicide, mais (excusez le mot) malicide, et il faut voir en lui le vengeur qui est au service du Christ et le défenseur du peuple chrétien. La mort des païens fait sa gloire parce qu'elle est la gloire du Christ; sa mort est un triomphe, parce qu'elle l'introduit au séjour des récompenses éternelles. » IMd. Après avoir développé sa thèse, l'abbé de Clairvaux termine son ouvrage par des considérations morales sur les lieux saints, sur le Temple, où résidaient les nouveaux chevaliers, sur Bethléhem, sur Nazareth, sur le mont des Oliviers et la vallée de Josaphat, sur le Jourdain, sur le lieu du Calvaire, sur le saint sépulcre, sur El llipliii^i' il . iilin sur Béthanie, « le castel de Marie et d.- MiuiImi. on l.:i/are fut ressuscité. »
1" Epislohi M ■ .i.,iimi>:^ -.^ipet Antiphonariunt cisterciensis onUiiii. /', /. , i. iixxxir, col. 1121. — Le chapitre cistercien avait chargé, vers 1132, l'abbé de Clairvaux de réformer le graduel et l'antiphonaire dont l'ordre se servait. Vu ses nombreuses occupations, il eut été difficile au saint abbé de mener seul à bien cette grave entreprise: mais il sut s'adjoindre des collaborateurs d'une science éprouvée, et c'est à eux qu'il faut attribuer le traité De cantu, qui porte son nom dans plusieurs éditions de ses œuvres. L'abbé de Clairvaux se contenta d'y joindre une préface sous forme de lettre et d'en recommander la transcription exacte dans toutes les .maisons de l'ordre. Mais c'est à tort qu'il blâme, dans cette lettre, comme profondément altéré et entaché de fautes grossières, l'antiphonaire de Metz, que ses collaborateurs avaient consulté. Voir sur ce point Vacandard, Vie de saint Bernard, 2' ou 3<^ édit., t. ii. p. 104-107.
S» Of/iciiim de sanclo Victore. P. L., t. CLXxxiii, col. 775-780, col. 371-376. Date incertaine. - L'abbé de Montiéramey sollicita de l'abbé de Clairvaux un office de saint Victor, confesseur, l'un des patrons de son monastère. Voici comment Bernard concevait la mission (|ui lui était confiée :fc Dans les solennités religieuses, ce qu'il faut entendre, ce ne sont pas des nouveautés ni des œuvres composées à la légère, mais des choses authentiques et recommandables par leur antiquité, qui édifient l'Église et sentent la gravité ecclésiastique... Que le chant même, s'il y en a, soit plein de gravité, qu'il ne sente ni la mollesse, ni la rudesse. Suave sans être léger, qu'il ne charme les oreilles que pour émou-
BERNARD (SAIN'T
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voir les cœurs. Ce n'est pas un léger dommage pour la piété, que d'être détourné, par la légèreté du chant, du profit qui doit être atfciché au sens des paroles, et de s'appliquer davantage à combiner des sons qu'à insinuer des vertus. » Ejusl., cccxcvm, n. 2, P. L., t. CLXXXii, col. 610. Les leçons de l'office furent empruntées aux panégyriques de saint Victor, que composa l'abbé de Clairvaux, P. L., t. ci.xxxiii, col. 371-376. Il faut y joindre douze répons, vingt-sept antiennes et trois hymnes, dont le texte seul nous est parvenu, sans la notation. Selon toute vraisemblance, liernard ne fil qu'adapter à son texte des phrases mélodiques déjà connues. Ses vers sont loin de valoir sa prose. Il n'a tenu compte que du nombre des syllabes, sans égard pour la quantité prosodique. « Quant au chant, écrit-il lui-même, j'ai composé ces hymnes, en négligeant la mesure, pour ne m'occuper que du sens. » Quod ad <;tiiti(),i siicclat, liynvmm composid, metri negligens, Hl sr„si(i iioii 'leessein. Episl., cccxcvm, n. 3, loc. cit. !t Trartatus lEpist., Lxxvii, ad Hiigoneni de S. Viciiiff) ih' baptismo aliiscjue i/uœstionihus ab ipso proposilis. P. L., t. CLX.x.xH, col. 1031 sq. — Hugues de Saint- \ ictor, si célèbre par ses ouvrages théologiques, avait questionné Hernard au sujet de divers problèmes posés par un théologien dont il ne dévoile pas le nom. L'anonyme enseignait : I. que le précepte du baptême était devenu obligatoire à partir du jour où Notre-Seigneur avait dit à Nicodème : Nisi tjuis renalus fuerit, etc., Joa., III, 5; 2. que personne ne pouvait être sauvé sans le baptême ou, à son défaut, sans le martyre ; 3. que les Pères de l'Ancien Testament avaient eu une connaissance de rincarnalion, aussi claire que les chrétiens; 4. qu'il n'y avait pas de péché d'ignorance; 5. que Bernard s'olail tionipi' luisqu'il avait écrit, dans une de ses ' ■<!. que le mystère de l'incar- I inges avant le jour de l'Aniiii toutes ces théories. Nous 1 L.iiJlême et de la connaissance i étudierons sa doctrine sur les tnges. Les théories sur le péché science des Pères de l'Ancien Testament ont aidé à soulever le voile de l'anonyme. Deutsch, Peter Abeilanl, Beilage, p. 466-472, nous parait avoir assez bien établi que les erreurs signalées par Hugues de Saint-Victor et réfutées par saint Bernard se trouvent dans les iruvres d'Abélard. Il faut noter les expressions dont se sert l'abbé de Clairvaux pour stigmatiser le novateur, c. n, 7; m, 11 ; iv, 16. Si celle conjecture est juste, le traité a dû être composé entre 1136 et 1140.
Kl' Sernio seu liber de conversione ad clericos. P. L., t. ci.xxxil, col. 834 sq. — Dans un de ses voyages à Paris, en 1140, lîernard fut invité par l'évêque, Élienno de Senlis, à prêcher devant la jeunesse des écoles. Ce sermon a été conservé ; revu el corrigé, il est devenu un véritable traiU' sur la conversion. La péroraison surtout ollif uu intérêt historique. L'abbé de Clairvaux fait de l'iiiimoralili' des clercs une peinture extrêmement vive. Kl les professeurs, mêlés à la foule des étudiants, ne sont guère mieux traités quêteurs élèves : « Malheur à vous qui tenez les clefs non seulement de la science, mais encore de l'autorité I etc. »
ll'i Traclaluii {Epist., cxc) contra (/uœdani capitula erroruni Abœlardi (adressé à Innocent II en 1140), auquel il faut joindre les Capitula hœresum Pétri Ahmlardi. P. L., t. clxxxii, col. lOW sq. Nous aurons l'occasion d'étudier plus loin ces ouvrages à propos de la lutte de saint Bernard avec Abélard.
12° Liber du prœcepln etdispensatione. P. L., t. clxxxii, col. tiSO sq. Ouvrage composé avant 11 H. — Bernard avait élé consulté par les moines de Saint-Pierre de Chartres, à l'insu de leur abbé, sur divers points de r«'';;lf, notamment sur la gravité des fautes commises
homélies > -," - i nation ;i\.ii nonciation. 1. i n^ verrons ce >\n il .1 des anges, quand sacrements et sur d'ignorance et
contre la règle bénédictine. Il envoie sa réponse à Roger, abbé de Colombe, du même diocèse, pour que celui-ci la transmette aux pétitionnaires, en passant par les mains de leur abbé. L'un des points sur lesquels porte son examen, c'est la gravité d'une faute contre le silence. Si la transgression n'est que l'effet de l'oubli el de la distraction, elle constitue à peine une faute, vix peccaluni reputatitr. Si elle est commise en mépris de la règle ou du supérieur, elle peut constituer un péché mortel. Mais il faut bien remarquer que la négligence, qui vient de la langueur et de l'inertie, n'est pas mépris, lequel procède de l'orgueil et d'une volonté délibérée. Mabillon, Admaiiitio, loc. cit., col. 859, montre que celte doctrine de l'abbé de Clairvaux est, en tout point, conforme à celle de saint Thomas, 6'»))i. theol., 11^ II»', q. Lxxxvi, a. 9. L'ouvrage forme un admirable traité d'obéissance monastique et fait valoir les avantages el les mérites dune vie soumise à la règle. Bernard admet une hiérarchie entre les ordres religieux. Leur dignité se mesure sur le degré de perfection morale et la somme de sacrifices que chacun d'eux représente ; les ordres les plus sévères l'emportent sur les ordres d'une observance plus large. Les chartreux, par exemple, occupent, au regard de l'Église, un rang plus élevé que les chanoines réguliers; et dans le seul ordre bénédictin l'abbé de Clairvaux n'hésite pas à attribuer la prééminence aux cisterciens, non par un vain sentiment d'amour-propre ou par esprit de corps, mais parce que ces religieux observent la règle plus strictement et plus littéralement que ne le font les clunisles et les autres moines noirs : Districtionem litleraloriam profitentur cistercienses, c. xvi, n. 47. De cette théorie, en apparence frivole et bonne à entretenir dans l'Église l'esprit de coterie et une inégalité contraire à l'Évangile, découlent au contraire des conséquences pratiques fort justes et appropriées aux besoins de l'âme qui tend à la perfection. Si celle âme n'a jamais le droit d'aspirer à descendre, il ne lui est pas toujours interdit d'aspirer à monter. De là pour elle la possibilité de commuer ses vœux. Bernard admet en principe, comme légitime et agréable à Dieu, le passage des prémontrés et des moines noirs dans l'ordre cistercien. En pareil cas, « quitter son monastère, c'est encore une manière de déserter le siècle » (cf. Epist., xxxiv, n. 1), cela forme en quelque sorte une .seconde conversion. A lire, sur ce point. De prsecepto et dispensatione, c. xvi en entier. Mais tout changement qui serait l'ellet d'un pur caprice est à réprouver. Pour qu'un religieux puisse sans péché abandonner sa résidence et rompre son vœu de stabilité, il faut qu'il montre des signes incontestables de vocation extraordinaire et soit muni, s'il est possible, du consentement de son supérieur. La même liberté s'étend au profès qui se verrait dans l'impossibilité morale de remplir dans son monastère les engagements qu'il a pris devant Dieu.
13» Liber de vila- . / -./ ,.-/;. , -, . >i Malachiie,
Hiberniœ episcopi . /' / ' i ". '.. — Mala-
chie, archevêque d Al !ii iJi 1 1 ■ mit à Clair-
vaux, en 1148. Sur lu d. mi ili < uii^ 111. il I I liiislounagh, et des communautés cisleicionues de l'iilaiuli-, liermird raconta la vie de son ami défunt. C'est une 1res iinportuntr page d'histoire. Dans le c. xix, il trace un niayislral portrait du saint archevè(|ue. Il ne fait aucune mention ilf la fameuse prophétie allribuée à saint Malachie. Sur le caractère apocryphe de Celte prophétie, composée en l.')90, voir Vacandard, i(('ri(e des qiiesliotis historiques, juillet 1892, p. 50-53; llarnack, Ueber Verfasser und Zweck der Propketia MalacMoi, dans Brieger, Zeitsclirift fin- Kirchemieschiclile, t. m, p. 319.
I i" Libri quiniiue de coiisideratione ad Ewjctiiani 111. P. L.. I. ci.xxxii, col. 727 S(i. — C'est le plus imporUinl des Irallés de saint Bernard. Le I" livre fut composé en 1149; le 11- en 11.50; le I II" en 1152; les IV' et \'' peu
liEFlNARD (SAINT)
après. L'abljé de Clairvaux y laisse paraître les préoccupations (pi i assiègent son esprit, selon la date. C'est ainsi qu'au début du 1. II, il se disculpe de l'insuccès de la seconde croisade. L'ouvrage a pour objet de tracer au pape une sorte d'examen de conscience. Le premier objet de la considération d'un pape, c'est lui-même; le second, c'est sa maison, qui comprend les officiers subalternes et au sommet le sacré-collège. « Dans la curie, soyez pape; chez vous, soyez père. » 11 faut pourtant craindre que la familiarité ne blesse le respect. « Que vos familiers vous aiment, sinon faites qu'ils vous craignent. » Le troisième objet de la considération, c'est l'Église universelle. Le pape est l'évéque des évèques; il pull,' m. IT.li^. ]i.ir I- iiiM\rii ,Irs légats, sorte de Jiii-^ ! - I les provinces ecclé-
siii-ii , I ' i ' ; 1' '- et par les exem-
plioii- i; nt.M.i ,l. n.^iH , !, - ,!,(,- ,,11,. cette triple institution a enyviulivs, vl exhorte Euyèni- III a x i.'in, ,ii,,r. Au delà de l'Église catholique, il seuil, I, ,{ii il n \ ,i\,ill plus rien. Mais il reste encore les iiili.i, I. -. I, > juils, les schismatiques et les hor.'ti,|ii,'.. : |, i,,,|,,. esl leur (■ débiteur ». et sa sollicitude il, il - , t, ii,liv jusqu'à eux. C'est là un autre objet de sa i. ,ii-i,l i iii,,ii. i;n qualité de souverain temporel et de < -iica,,--, m de Constantin », que le pontife considère aussi quels sont ses devoirs à l'égard du peuple romain, si difficile à gouverner. Enfin, que dans les rapports entre 1 Église elles États, il tienne ferme le glaive que le Christ a placé entre ses mains. Le 1. V a pour objet Dieu et le nnstère de la Trinité. Bernard y fait de mystiques considérations et réfute, en passant, les théories de Gilbert de la Porrée. Vacandard, Vie de saint Bernard, c. x.xxii, t. ii, donne une analyse détaillée de tout l'ouvrage.
m. Éi'iiriES. — Du vivant même de saint Bernard, on se disputait ses lettres. Vers 1145, son secrétaire Geoffroy en fit un premier recueil, qui comprenait non pas trois cent dix lettres, comme on l'a dit, lliitrer, op. cil., p. 186; cf. Bival, Hisi(}rii-iis des Gaules, t. xv, p. 542, mais seul. III, ni i|,ir. , ,,iii trente-cinq. La dernière lettre de ce I , ,; ■.";)! était vraisemblablement l'épitre
ait J' II' en 1145, qui porte dans l'édition
lIabilloii-.\li^i.c 11, n. 213. Cf. Vacandard, Vie de saint Bernard, l'« édit., p. xi, note 1. Une collection très ancienne offre trois cent dix épitres. L'édition Migne, qui a pour fonds principal celle de Mabillon de 1690, augmentée par Martène, fournit quatre cent quatre-vingtquinze lettres, parmi lesquelles on en compte trente-sept qui sont des correspondants de l'abbé de Clairvaux ou parlent de lui. Des lettres qui portent le nom de Bernard, cinq sont des douillets par suite d'une erreur de Martène; ce sont les épitres ccccxxvni, ccccxxx, ccccxiiv^ rccrriT. cccCLiii. P. L., t. cxxxxii, col. 626, ""' '" ' '' "I apocryphes ou douteuses : Epist.,
t ' ' 1 XI, CCCCLXU-CCCCLXVI, CCCCLXX.Ce
'1' lit compensé par un appoint de
•'■' ' 1 , iJilées dans d'autres recueils et ainsi
décompoàLus ; sept lettres de Bernard et vingt-neuf de ses correspondants. Cf. Kervyn de Lettenhove, Bulletin de l'Académie rotjale de Belgique, 2« série, t. XI, n. 2; t. XII, n. 1-2, T.;, li-', .ilnsi grossie comprendrait cinq cent lim' ! i - uilimtiques, auxquelles il faut ajouter um i, i ,,;,i. le p. Satabin dans les
Etudes relij:' , , , juin i.^iii, vingt-quatre lettres (vingt de Bernard et quatre de ses correspondants) découvertes par M. G. Hûffer, Der liailirie Bernard, t. i, p. 228-237, une épitre aux abbés réunis à Citeaux, Neues Arc/nv, t. v (1888), p. 459, soit au total cinq cent trente-quatre épitres. Signalons en outre deux lettres de Bernard encore manuscrites, la première ad genlem Angloi-um, à propos de la croisade, Bibliolh. nation. Paris, fonds lat.,14845,p. 287''-288is la seconde adressée a l'archevêque et au clergé de Cologne, même sujet. Biblioth. de Munich, ms. 22201. fol. 257. Du reste, nous
savons par des témoignages explicites, non moins que par des conjectures solides, que la correspondance inédite ou perdue de l'abbé de Clairvaux est fort considérable.
Ce n'est pas le lieu d'indiquer le contenu et la date de toutes les lettres que nous possédons. Nous avons vu que les 243 numéros qui furent compris dans le recueil de i;r..nii,\ >,>ul .uili-riours à 1146. Mais le secrétaire des.iiiil !;, 111,11,1 ,1 1,1111 fort peu de compte de l'ordre chroiiiil,,-i,|ii, , -ml' pour la période qui correspond à son séj.jui a ClainauN, c'est-à-dire de 1140 à 1145. Souvent, lus lettres sont groupées par sujets traités ou par destinataires; les numéros 113 à 120, par exemple, sont tous adressés à des femmes, bion qu'ils appartiennent à des époques ililli'ivnl,,^. C,, il,'-,.i ,li ,, clir,,iiologique est plus sensil,l,' ,ii, ,,i i ,, ^ I i , i. n- -mcessives
qui sont venu.,- i 1 < ; "'. Ceux
qui voudraieni ri.ijii nii, |, - ,Lii - ,i, - |, ii|, . J,- l'abbé de Clairvaux, devront se reporter à la preiiiière édition de notre lie de saint Bernard, t. il, p. 564 sq.
IV. ŒivnES ^fPPOsÉEs. — L'alibé de Clairvaux était trop riche en œuvres pour qu'on ne lui prêtât pas des écrits dont on ignorait la paternité, pourvu qu'ils ne parussent pas trop indignes de son génie ou de sa piété. Presque tout un volume de Migne, P. L., t. CLXXXiv, est rempli de ces ouvrages supposés.
Dans la Bibliographia Bernardina de Janauschek, p. V sq., les titres des ouvrages en prose soit imprimés, soit manuscrits, faussement attribués à saint Bernard, s'élèvent au nombre de cent vingt. II est vrai que plusieurs forment double emploi. Kous citerons Vlmitatio Jesu Christi, la Règle des Chevaliers du Teinple, œuvre de .lean de Michel; un Psallerium B. Marix Virginis; et le Memorare qui a été composé assez tardivement avec quelques phrases empruntées à saint Bernard, sermon iv sur l'Assomption, n. 8, et sermon dans l'octave de l'Assomption, n. 15, P. L., t. CLXXXiii, col. 428, 438.
On a aussi attribué à l'abbé de Clairvaux quelques ouvrages métriques ou rythmiques. Pierre Bérenger l'accuse d'avoir composé dans sa jeunesse des chansonnettes légères. Peut-être s'agit-il de quelques essais de versification. Il ne nous en reste rien. Dans la Bibliographia Bernardina de Janauschek, p. xi-xiv, le nombre des poèmes faussement attribués à saint Bernard s'élève à cinquante-sept. Nous citerons seulement l'antienne Aima Red'Cniptiins »)ia<e)',quiest de Hermann Contract; l'hymne Ave maris Stella ; Vanlienne Ave Begina cselorunt : le Salve Regina, qu'un moderne, le docteur Eladio Oviedn \fr,\ Me)ii,iria sobre el autor de la Salve, Composlill l''"'l iMi i!,ii.' à San Pedro deMezonzo; la prose Lnjiii' ' fidelis chorus. Sur Les poèmes latins II", " ^"ii'l Bernard, par Hauréau, Paris,
1890, cf. Vacanilard, Revue des questions historiques, i" janvier 1891, p. 218 sq.
Le XV' siècle ne donna pas d'édition complète des Œuvres de saint Bernard. En 1508 parut la suivante : MellitJui devotique sancti Bernardi abbatis Clarevallensis Cisterciensis ordinis opus preclarum complectens sermones de tempore, de sanclis