CLXXXVIII, CXCII, CXCIII, CCCXXXI-CCCXXXVI, CCCXXXVIII
P. L., t. CLXxxii, col. 351 sq.
On sait comment ses démarches furent couronnées de succès. Voir t. i, col. 43 sq. II faut simplement changer les dates des rescrits du souverain pontife. Ils sont du 16 juillet 1140 et non de 1141. Cf. Vacandard, Revue des quest. /iisf., juillet 18^1, p. 235-245.
IV. Doctrine. — /. sources. — Bernard nous apprend lui-même qu'il avait la douce habitude de chercher son aliment « dans la Loi, dans les Prophètes et dans les Psaumes. Souvent aussi, ajoute-t-il, je me suis reposé dans les pâturages évangéliques et aux pieds des apôtres ». In Cantica, serm. xxxiil, n. 7, P. L., t. CLXXXm, col. 955. La Bible lui devint à ce point familière, lui-même en fait l'aveu, que durant ses méditations solitaires elle se déroulait sous son regard comme un livre immense dont il pouvait lire à son gré toutes les pages. Pour saisir le sens du texte ou en résoudre les difficultés, il consulte rarement les commentaires des saints Pères. « Les choses, avait-il coutume de dire, ont plus de saveur quand on les goûte à leur source. » Cf. Vacandard, Vie de saint Bernard, t. i, p. 457.
Sa connaissance des Pères n'était cependant guère inférieure à celle des Écritures, j'entends sa connaissance des Pères latins et surtout de ceux que ses contemporains considéraient à bon droit comme les plus éminents docteurs de l'Église. Il invoque rarement l'autorité de saint .lérônie ; mais saint Ambroise, saint Augustin et saint Grégoire le Grand sont ses auteurs favoris. 11 appelle les deux premiers «les colonnes de l'Église», et va jusqu'à dire, d'une façon évidemment oratoire: 0 qu'ils soient dans l'erreur ou dans la vérité, je confesse que je suis avec eux. » Tractai. X, De baptismo, etc., c. II, n. 80, P. L., t. CLXXXii, col. 1536. 11 est aussi tributaire de Cassiodore, auquel il fait de notables emprunts. Cf. Vacandard, Vie de saint Bernard, 1" édit., t. I, p. 458-459. Origène est, ce semble, le seul des Pères grecs dont l'exégèse lui ait été familière. De divêrsis, serm. xxxiv, n. 1 ; In Cantica, serm. Liv, n. 3. Il cite aussi saint Athanase dans sa lettre à Innocent II, De erroribus Abselardi, P. L., t. CLXXXli, col. 1057.
//. pnixciPES ET .VÉTBODE. — Bernard a des principes bien arrêtés en matière de foi et de théologie. Il s'en tient à l'Écriture et aux Pères ; traiter ces questions philosophiquement lui a toujours paru dangereux et suspect.
Abélard avait justement donné une définition de la foi, qui prêtait à l'équivoque. Avec quelle force l'abbé de Clairvaux la relève ! « Dès le début de sa Théologie, ou plutôt de sa stultologie, dit-il, il définit la foi une estiination [une estimation des choses qui n'apparaissent pas, c'esl-à-dire qui ne tombent pas soxts les sens), comme s'il était loisible à chacun de penser et de dire en matière de foi ce qui lui plaît, ou que les mystères de notre foi demeurassent suspendus à .des opinions vagues et variables, au lieu d'être fondés sur une vérité certaine... « Je sais à qui j'ai cru, et je suis certain. » s'écrii I A|Miiif. il lui, tu me souffles tout bas : « La foi « e-i uni ( -iiin.iii.-ii. " Dans ton Verbiage, tu fais ambigu ce iini -1 iili^.ilniiiiiii certain. Mais Augustin parle autreiiH m ; 1,., lui. ilil-il. n'est pas, dans le cœur où
« elle réside et pour celui qui la possède, comme une « conjecture ou une opinion, elle est une science cer- « taine, un cri de la conscience. » Loin donc, loin de nous de donner à la foi chrétienne ces limites ! C'est pour les académiciens que sont ces estimations, gens dont le fait est de douter de tout, de ne savoir rien. Pour moi, je vais en toute sécurité à l'avis du maître des gentils..., elle me plaît, sa définition de la foi : « La foi, "dit-il, est « la substance des choses à espérer, l'argument des choses « non apparentes ». Heb., xi, 1. La substance de choses à espérer, non la fantaisie des vaines conjectures. Tu l'entends, la substance ! Il ne t'est pas permis dans la foi de penser et de disputer à ton gré, ni de vaguer çà et là dans le vide des opinions. Par le mot de substance, quelque chose de certain et de fixe t'est d'avance imposé, tu es emprisonné dans des limites déterminées ; car la fol n'est pas une estimation, mais une certitude. » De erroribus Abselardi, epist. ad Innocenlium, c. IV, 4, P. L., t. CLXXXii, col. 1061-1062.
Il ne semble pas que Bernard ait bien saisi le sens qu'.\bélard attachait au mot estimation. Cf. Vacandard, Abélard, Paris, 1882, p. 396. Mais du moins il est clair qu'il réprouve toute définition de la foi qui impliquerait la moindre hésitation de l'esprit. Il distingue « trois états de l'esprit vis-à-vis de la vérité ; l'opinion, la foi et l'intelligence. L'intelligence s'appuie sur la raison, la foi sur l'autorité, l'opinion sur la seule vraisemblance. Les deux premières possèdent en toute certitude la vérité : la foi sous enveloppe et comme close ; l'intelligence, toute nue et manifeste : l'opinion, au contraire, n'a rien de certain, elle cheivliu lu mm! pir la vraisemblance plutôt qu'elle ne le saiMl II nii|i nie de ne pas confondre ces trois états un diihni.- d l'esprit humain. « L'opinion, qui préteniliui . Im ,,iiiriaative, serait téméraire; la foi, qui hésiterait serait infirme; l'intelligence, qui essaierait de rompre le sceau de la foi, serait coupable de lose-majesté, » reputattir scrutator majesta- (is. El l'i I -I- Tiui nirddonnede lafoi,derintelligence et dn I' ! ' ■ 1' l'initions suivantes: Fides est vo-
lunlai, < / I erta preelibatio necdum propa-
lala- vfi >!"''• Ifii'llrrius est rei cujusdam invisibilis certa et nuuiifcsta iwlitia. Opinio est quasi pro vern habere aliquid quod falsum esse nescias. De consideratione, I. V. c. m, n. 5-6, col. 790-791.
Il iudiqnu en in, flindc quand il dit que c l'intelligence qui tuiiiuiin .1. I ini|iru le sceau de la foi serait coupable du 1, - in -I . Abélard avait posé en principe qu'on iiu p' m! uruiiu ce qu'on ne comprend pas: nec credi po.-ise aliquid, itisi primitus iniclleclum. Historia calainitatum, édit. Cousin, p. 18. Dans cette maxime git encore une équivoque. Qu'on ne puisse croire une proposition inintelligible, c'est évident; mais qu'on ne puisse croire une vérité qu'on ne comprend pas, c'est une erreur et une hérésie. Et c'est par crainte de tomber dans cette erreur que l'abbé de Clairvaux s'élève si fortement contre toute tentative qui aurait pour objet de mettre les vérités de la foi à portée de la raison. .Selon lui les vérités de foi sont humainement et rationnellement inexplicables; vouloir les rendre accessibles à la raison, c'est commettre un attentat contre la foi et même contre la raison: Dum paratus est (Abélard) de omnibus reddere rationem , eliam quw sunt supra rationem, et contra rationem prœsumit, et contra fidem. « Car qu'y a-t-il de plus contraire à la raison que d'essayer de faire surpasser la raison par la raison'.' Et quoi de plus contraire à la foi, que de refuser de croire tout ce que la raison ne peut atteindre? « De erroribus Abœlardi, c. i, loc. cit., col. 1055. Bernard se bornera donc à exposer le dogme, sans faire aucune incursion dans le domaine de la théologie spéculative mise en crédit par saint Anselme, et continuée par Abélard et les scolastiques.
m. i.A niicLE BE i-oi. — Loin de s'en rapporter à sa
propre raison en matière de foi, Bernard cherclie dans VÉglise et particulièrement auprès du souverain pontife la règle de ce qu'il doit croire. A ses yeux l'interprétalion que l'Église donne des paroles de l'Écriture sainte est l'expression de la vérité, plus que ne l'est le texte même. In vigilia nalivitalis Domini, serm., m, c. I, P. L., t. ci.xxxin, col. 9i. Et le pape, qui est le chef de l'Église, est l'organe de la vérité catholique. C'est de lui qu'il faut attendre la lumière dans les questions obscures et débattues. Epist., CLXXiv, c. ix, P. L., t. CLXXxn, col. 336. Aussi bien il est infaillible. L'infaillibilité est une prérogative du siège apostolique. De erroribus Abselardi,pr.el.. P. L., t. CLXXXli. col. 1053. Voir plus loin la doctrine de Bernard sur le pape.
IV. niEi' El LA iRl.Miii. — Bernard a exposé en maints endroits de ses ouvrages, mais notamment dans le V' livre De consul eralionc, P. L., t. CLXXxii, col. 787-808, et dans son épitre à Innocent II, Deerroribtis Abxlarrli, ibid., col. 1055-1060, ses théories sur Dieu, et la Trinité.
1" IJieu. — Pouvons-nous connaître Dieu ici-bas'? Connaître son essence, non; mais nous pouvons connaître son existence. La vue de la créature mène au créateur. << Toute cette variété des formes, tout ce nombre d'espèces que nous apercevons dans les choses créées, qu'est-ce autre chose que cerlains rayons de la divinité qui montrent que celui par qui elles sont existe réellement, sans nous définir pourtant ce qu'il est. Ainsi vous voyez quelque cho.se de lui, sans le voir lui-même, et vous savez de la sorte d'une façon indubitable qu'il existe. » In Cantica, serm. xxxr, n. 3, P. L., t. clxxxiii, col. 9il.
Mais qu'est-ce que Dieu ? Pour répondre à cette question Bernard semble s'inspirer de saint Anselme.
« Qu'est-ce que Dieu? Celui qui est tel qu'on ne peut lien imaginer de meilleur. » (Juki est Deus'? Qito nil iiielius eogitar'i potesl. De cotisideratione, 1. V, c. vu, n. 15, col. 797. Dans cette définition il visait Gilbert de la Porrée qui posait une distinction un peu subtile entre Dieu et la divinité. Si la divinité n'était pas Dieu lui-même, elle serait ce par quoi Dieu est, et par conséquent quelque chose de meilleur que Dieu. « .Mais cette divinité par laquelle Dieu est, n'est autre que Dieu. Il n'y a en Dieu que Dieu. Quoi! direz-vous, vous niez que Dieu ait la divinité'.' Non, mais ce qu'il a, il l'est. Vous niez qu'il .soit Dieu par la divinité'.' Non, mais cette divinité n'est autre que lui-même. » Bernard ne sort pas de là. Dieu est l'être simple, absolu, dont l'essence et les attributs se confondent dans une unité incomparable. « Il est à lui-même sa forme, il est à lui-même son essence... Il est un d'une faron unique, il est un par excellence. Est uniis, cl (/uoniodo aliud nihil. Si dici possil, unissinius eut. En comparaison de son unité, tout ce qui est un n'est plus un. » Ibkl., n. 16-17, col. 798. il en prend Boèce à témoin.
2» Trinité. — Et cependant Dieu est trinité. « Mais quoi'? Allons-nous détruire ce que nous avons dit de l'unité, en introduisant la trinité"? Non pas. Nous établissons, au contraire, l'unité. ■> Et Bernard pose le dogme tel (pie l'Église l'a défini : unité de nature, trinité de personnes. Ihid., n. 17, col. 798.
.Mais est-il permis d'essayer de faire comprendre ce mystère"? Ce fut la tentative d'Abélard. L'abbé de Clairvaux la condamne a priori. « On nous demande, dit-il, comment ce que nous disons être le dogme catholique peut être. Qu'il suffise de savoir que cela est ainsi. Cela n'est pas perceptible à la raison, et cependant cela n'est pas ambigu comme une opinion (qu'on est libre d'adiiu'llre), mais sur à la foi. C'est un grand mystère; il faut le véni'rcr, et non le scruter. Comment la pluralité esl-clle dans l'unité et dans une telle unité"? et comment l'uiiilé esl-elle dans la pluralité? Le scruter est témérité; le eroiri- est p'uHr; le connaître c'est la vie et
BERNARD vSAlNT)
la vie éternelle, o De consideratione, col. 799.
Bernard condamne ainsi toute spéculation sur la Trinité. C'est être un peu sévère. La foi et la piété n'interdisent pas un examen respectueux du mystère, quitte à reconnaître que la raison humaine ne saurait se rendre compte de la trinité des personnes en Dieu que par analogie. C'est ce qu'entreprendra de montrer saint Thomas d'.\quin. après saint Augustin et tant d'autres docteurs catholiques. Mais l'abbé de Clairvaux avait été dégoûté de ces sortes de spéculations par les tentatives malheureuses de ses contemporains, et notamment par celle d'Abélard.
Celui-ci avait cru donner l'intelligence du mystère de la Trinité en substituant cerlains attributs divins aux propriétés qui constituent les personnes et en attribuant aux comparaisons du genre et de l'espèce, de l'airain et du sceau, la valeur d'une véritable démonstration. Il disait, par exemple : « Le Père est la puissance; le Fils, la sagesse; le Saint-Esprit, l'amour; le Père est donc une pleine puissance; le Fils qui est sagesse est une certaine puissance; le Saint-Esprit n'est pas une puissance, parce que l'amour n'est pas à proprement parler une puissance. » Bernard se récrie : « Le Père, dit-il, est tout ce que sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit; le Fils est tout ce que sont le Père et lui-même et le Saint- Esprit ; le Saint-Esprit est tout ce que sont et lui-même et le Père et le Fils. Et ce tout est un tout qui n'est ni plus grand dans les trois personnes ni moindre en chacune d'elles. » Il rejette donc comme « exécrables «, toutes les comparaisons par lesquelles Abélard prétendait donner l'intelligence du mystère. De erroribus Abxiardi, c. Il, col. 1058. Une telle prétention est une atteinte portée à la raison elle-même; « car qu'y a-t-il de plus contraire à la raison que d'essayer de surpasser la raison par la raison"? » Ihid., c. I, col. 1055.
Bref, pour l'abbé de Clairvaux le dogme de la Trinité se pose et s'expose, mais ne se discute pas et n'est pas susceptible d'une démonstration rationnelle. Vouloir l'expliquer par des comparaisons est une entreprise chimérique et coupable.
\-. riiuii'roi.OGiE ET niinEMpriox. — 1" Cliristologie. — Lorsque Bernard étudie le mystère du Fils de Dieu fait honimi'. sa grandi' pivoccupalion est d'éviter le piège oi'iesttoiiili Ni lin- n iif reconnai.ssant pas au Christ
l'unilé de |i' I nii iiie temps que la dualité des
natures. El ! i i i \ lud pour ne s'être pas exprimé avec assez il i .\..l1i1ihK -ur ce point. Capitid. Iixres., n. 5, P. L., t. CLXxxii, col. 1051. Cf. De consideratione, 1. V, c. IX, x, ibid., col. 800-801.
La grave question de la science humaine du Christ, qui avait trouvé les Pères indécis et en désaccord, fut abordée par Bernard dans l'un de ses premiers ouvrages. Honiil., II, de laitdibtis Marix Virginis. Y a-t-il eu progrès réel dans la science du Christ, ou seulement progrès apparent? Bernard se range à la seconde opinion. Commentant le texte de saint Luc, ii, 52, il écrit : « Ce qui est dit ici de la sagesse et de la grâce, doit s'entendre non selon la réalité, mais selon l'apparence, non si'cundiint quod cral, scd secundiini qtiod apparehat intelUgenduni est. Car rien de nouveau ne s'ajoutait à lui qu'il n'eût déjà; mais il paraissait croiti'e quand il le voulait. Ton progrès, à toi, 6 homme, ne se fait ni quand tu veux, ni comme hi veux. Mais en Jésus tout se faisait suivant sa volonté; il paraissait sage quand il voulait et à qui il voulail. plus sage à qui il voulait et quand il voulait. » P. L., t. clxxxiii, col. 66. Sur cette question, cf. Revue du clergé franiais, 15 juillet 19(it, p. 338 sq., un article, sans nom d'auteur, inlilulé : An science littniaine de Jésus.
La cliristologie de Bernard n'offre guère d'autre particularité remarquable.
2" liédonption. — Mais sa doctrine de la rédemption
lERXARD (SAINT)
est très développée, en raison même des objections qu'elle avait rencontrées.
Dans son traité De diligendo Deo, il marque les effets de la rédemption en une phrase qui devait plus tard inspirer très heureusement saint Thomas d'Aquin : (i Dieu, dit-il, nous offre ses mérites: il se réserve pour notre récompense; il se donne en iionnilmr ;nix âmes saintes; il s'est livré pour le racljal di v i,,,, - r;i|iiives. » Se dédit in merilinn, se sefvat in iinrniuim. n,> appoint in refectione animarum sauctariim, se in redeniplione distrahit captivanim. De diligendo Deo, c. vu, n. 28, P. L., t. ci-xxxii, col. 987. Abélard lui fournit l'occasion d'insister longuement sur cette dernière pensée. Quelques Pères grecs, Origéne et saint Grégoire de Nysse, avaient enseigné que l'homme, assujetti au démon depuis la chute, fut délivré de cet esclavage par la mort du Christ. Selon saint Athanase le Christ, se substituant à l'homme coupable, avait subi la peine due au péché d'Adam. Les principaux Pères de l'Église latine, saint Ambroise, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, adoptent ces deux explications à la fois. Abélard les rejette : « Je crois, dit-il, que le démon n'a jamais eu sur l'homme d'autre pouvoir que celui d'un geôlier, et je crois aussi que le Fils de Dieu ne s'est pas incarné pour nous délivrer. » Capitul. hseres., 4, loc. cit., col. 1050.
On connaît l'éloquente apostrophe par laquelle l'abbé de Clairvaux lui répond : « Qu'y a-t-il do plus intolérable dans ces paroles, le Ijlasphème ou l'arrogance? Tous, dit-il, pensent ainsi; mais moi, non. Et qui donc es-tu, toi? Qu'apportes-tu de meilleur? » et il essaie de l'écraser à coups de textes scripturaires ; il cherche des arguments jusque dans l'Ancien Testament; mais il allègue surtout le Nouveau ; il cite successivement II Tim., XXV, 26; .loa., xiv, :;(i: Lu... xi. il ; Jlatth., xil, 29: Luc, XXII, 53; Col.. 1, l:;:.!.'^,. \l\. li. I-:t non content de constater le fait, il vent /t. il. In .|ii" . .-t assujettissement de l'homme au démon u-l .lu.-, in^tp, De cette façon Abélard « comprendra que -i 1. I lU .!.■ l'i.'U s'est incarné, c'est pour délivrer l'hoÈinn. .\n i. -i. .|ii;iiid je
pas que -.. ï..|..iit.' 1.^ -.ni, 1..- .|.i,i-.ii ii-i.r|..' ,v |..,in..ii'.
l'homiii.' - \ ..-.-iii.'llit liii-iii.' t.iii-.l..i\ -..ni .iinn-
nels. Ki.ii -'■ni .■■! |n-l- .1. -..inn.il.iiil I un ,in |...ni.iii de l'aulie... Aiii,-i celle ^uile ^\r [...iiMni .pe- !.■ .I.'iuun s'est acquis .sans justice, qu'il a num. n-ni|.i par sa malice, ne laisse pas de lui avoir il.' .ili iln. ,r, . . justice; mais s'il était juste que l'homme lut . -el.iv,'. la justice ne se trouvait ni de son côté ni du côté du démon, elle était toute du côté de Dieu ». De evroribus Abselardi, epist. ad Innocentium , 1'. L., t. CLXXXII, col. 1064-1065.
Mais qui dépossédera le démon du droit qui lui est accordé sur l'homme? Ce sera l'Homme-Dieu en offrant à son Père une réparation condigne; ce sera, si l'on veut, le il.']n..n Ini ni.'iiM' par l'abus qu'il fera de son
pouvoii' -111 I I Ml. , I .■ prince de ce monde s'est
présenl.'. .1 .pe.i.p. il n. ii.ai\at rien dans le Sauveur, il n'en a j...- nu. lus p. .ri. 1.- mains sur cet innocent; il a perdu, du même coup, c.n\ .pi il nhiiaii lus justement. Comme celui qui n.'laii p.- -..iii.n- ,. ta mort y fut injustement condamne, il .i pi-l.nieiii .1. livré de l'empire de la mort, ainsi que de la servitude du démon, celui qui y était sujet. Il n'est pas juste, en effet, que l'homme paie deux fois sa dette. C'est lliomme qui devait, c'est l'homme qui a payé. Car, dit l'Apôtre : « Si un seul est mort pour tous, il s'ensuit que tous sont morts. » II Cor., v, '14. l'n si'ul s'est chargé des péchés de tous; la satisfaction de celui-ci doit donc être imputée^! tous. Dés lors on ne peut trouver de diflérence entre celui qui a forfait et celui qui a satisfait, car le Christ à lui seul est le corps et les membres. Le chef a donc satisûiit pour les membres, le Christ a soutlert
pour ses propres entrailles, lorsque, selon l'évangile de Paul, qui dément celui de Pierre (Abélard), Jésus- Christ est mort pour nous, quand il a expié nos péchés, détruit la cédule de notre condamnation en l'attachant à sa croix et qu'il a dépouillé les principautés et les puissances. Col., ii. 13-14. » De erroribiis Abselardi, c. vi, n. 15, loc. cit., col. 1065.
Bernard montre, avec toute l'ardeur et foutes les ressources de son éloquence, la merveilleuse économie du plan divin qui substitue à Adam, chef de l'humanité coupable, Jésus-Christ, chef de l'humanité rachetée. De la sorte, on conçoit que la justice de Jésus-Christ nous soit imputée, de la même manière que l'injustice d'Adam nous l'avait été. « Si Satan court après moi, dit l'abbé de Clairvaux, comme Laban courut après Jacob, et s'il se plaint que je me sauve sans l'avoir prévenu, qu'il sache que je dois m'échapper de chez lui comme je m'étais échappé de chez mon premier maître... Si Assur me tyrannise injustement, pourquoi lui rendrais-je compte de mon évasion? S'il me dit : C'est vol!-.' l'.i.. .pii M. Il- ,1 .issujetti à moi, je lui répondrai :
M, 11- Il 11. 1 - (11,1 iirheté. Puisque mon péché vient
il .iill.nrs, p.'iir.|ii..i l.i justice ne me viendrait-elle pas il.iill.iiis .'^al. nieiil .' .Je suis devenu pécheur par le fait tliin a II h.-: j.' suis justifié également par le fait d'autrui... Mais. ,lii:.-t-un. la justice est toute personnelle, elle n'a lien lie euinninu avec vous. Soit! mais alors que la faute aussi soit personnelle, elle ne me regarde pas davantage. Il ne convient pas que le fils porte l'iniquité de son père et ne partage pas la justice de son frère. Si tous sont morts en Adam, tous sont vivifiés dans le Christ. Vous m'objectez ma génération (ma naissance), je vous oppose ma régénération (ma renaissance). Si ma naissance terrestre me perd, ma génération céleste me conserve à plus juste titre... Jésus-Christ nous a été donné par Dieu son Père pour être notre justice. Eh quoi! une justice que Dieu me donne ne serait pas à moi ! Si une faute qui m'a été transmise est à moi, pourquoi une justice qui m'est accordée ne sei-ait-elle pas également mienne? » De erroribns Absslardi, c. vi, (i, lue. cit., col. 1066.
Al.ilaid ne comprenait rien à ce mystère de la com- Mininialion de la justice, qui rend moins troublant et
- inexplicable le mystère de la transmission du
p.'.jlie originel. A ses yeux « notre rédemption consiste uniquement dans ce grand amour que nous inspire la passion de Jésus-Christ », redemplio itaquc nostm est ilta siimma in nobis per passionem Cliristi dilectio. Comment, in epist. ad Rom., 1. II. Cf. Capitida hœres., loc. cit., col. 1050. Bernard ne conteste pas que cet amour que nous inspirent les souffrances du Christ ne soit un des fruits de la rédemption. A maintes reprises, il s'est étendu lui-même sur ce sujet, cf. In Cantica, serm. xi, n. 7; De diligendo Deo, c. v, n. 5, et il y revient dans son traité De erroribiis Abtelardi, c. viii, col. 1008 s.p Mais il satlache à montrer que si la rédemptien ni |'i- .r.uti.- elVet, elle n'efface pas le 'péché. Que de\i.iit 1, p.. h. ..ii;.;inel dans la théorie d'Abélard? Supposons Mai.' s.i il.jclrine. A quoi sert la rédemption aux enfants qui n'ont pas l'âge de comprendre et d'aimer le Christ souffrant? Une telle théorie ne mène-t-elle pas droit au pélagianisme ? De erroribiis Abœtardi, c. ix, col. 1074.
0 Ainsi, s'écrie saint Bernard, le Sauveur s'est borné à enseigner la justice, sans la donner; à nous montrer un exemple de charité, sans la répandre dans nos cœurs ! Est-ce donc à cela que s'est borné ce grand mystère d'amour qiii s'est montré dans l'incarnation? » De evroribus Abselardi, c. vu, n. 17, col. 1067. « Pour moi, je considère trois choses dans l'œuvre de notre salut : l'état d'humilité jusques auquel Dieu s'est anéanti; la mesure de sa charité, qu'il a étendue jusqu'à la mort et à la mort de la croix; et le mystère de la rédemption par
BERNARD (SAINT
lequel il a détruit la mort en la subissant. Retrancher ce lin ni. 1 i.oiiil des deux autres, c'est peindre sur le M Iles rien de grand et de nécessaire
j.le d'humilité; il n'est certes rien de I [.lus digne de reconnaissance que cet
. . ...j .iiti', mais ni l'un ni l'autre n'ont de
fondement ni de consistance sans la rédemption. » Ibicl., c. lï, n. 25, col. 1072.