‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 267 sur 741 · IV. MMirOr.OGlE ET IMEnCE^SIOX llES SMMS · texte numérisé non relu

IV. MMirOr.OGlE ET IMEnCE^SIOX llES SMMS

Opposiliou à la fêle de l'immaculée conception. — Bernard est l'un des plus grands serviteurs de Marie. Cependant son horreur des nouveautés lui fit suspecter une fcle qui commençait à s'introduire en l-'rance de son temps : la fête de la Conception de la sainte Vierge. Son épitre CLXxiv, P. L., t. lxxxii, col. 332, dont on a contesté à tort l'aulhenlicilé, liallerini, Sylloge momintentonim ad mysteritnii conceptionis inintaculalte Virgitiis Deiparx Hhistiandiwi, Rome, ia56, t. ii, p. 709-821, contient à cet égard l'expression de sa pensée. L'établissement d'une telle fête ne lui parait fondé ni en autorité ni en raison.

D'autorité, il n'en connaît pas d'autre que la légende de l'apparition de la Vierge à Helsin, moine de Ramsay, en Angleterre. On racontait que ce religieux, assailli par une tempête en traversant la Manche, avait invoqué Marie, qui étail venue à son secours et, pour prix de sa protection, lui avait enjoint de célébrer désormais la fête de sa Conception, le 8 décembre. L'abbé de Clairvaux regarde à bon droit cette légende comme apocryphe.

Les raisons qu'on allègue en faveur de l'institution nouvelle ont-elles plus de valeur? Bernard ne le croit pas. « On veut honorer, dit-il, la conception, sous le beau prétexte qu'elle a précédé la naissance, qui est sainte. Mais, à ce compte, il faudrait honorer aussi le père et la mère de Marie, qui existaient avant elle, et même tous ses aïeux. D'où viendrait la sainteté de la conception'? Dira-t-on que Marie fut sanctiliée, en même temps que conçue'.' Mais elle n'a pu être sainte, avant d'être ; or elle n'était pas avant d'être conçue. Dira-t-on que la sainteté s'est mêlée à la conception'.' Mais la raison n'admet pas cela. Comment y aurait-il sainteté, où n'est pas l'Esprit sancti(icaleur'.' et comment le Saint- Esprit serait-il où est le péché'? car le péché était certainement là où était la concupiscence, iibi libido non defuit, à moins qu'on ne dise que Marie a été conçue du Saint-Esprit, ce qui est inouï... Si donc elle n'a pu être sanctifiée avant sa conception, parce qu'elle n'était pas: si elle n'a pu l'être dans sa conception même parce que |. p cl..' y était, il reste qu'elle ait reçu la grâce sanclili ir: iprés la conception, et existant déjà dans le sein .1 - I iiM re. C'est celte grâce qui, chassant le péché, a le uihi sainte sa nativité, mais non pas sa conception. » l'.piDl., CLXXiv, n. 7. Ces derniers mois sont très signifiiMtlfs : Heslal ut post conceplioneni, in utero jam exisii.ns, xnncli/iculionem aecepisse credatur, 'jum, excluso pfcrnio, sanclani feceril nativitateni, non lamen et itmceptioneni.

On a épilogue sur ce texte et on a prétendu qu'il pouvait se concilier avec le dogme de l'immaculée conception. Il faut répudier ces subtilités. Ce qui est sur, c'est que l'abbé de Clairvaux n'admettait pas qu'on put honorer la conception de Marie. Pourquoi? Parce qu'elle n'était pas sainte, en d'autres termes, parce ({u'elle n'était pas immaculée. Voilà le fait brutal. Il y a plus : tous .ses contemporains, ses défenseurs aussi bien que ses adversaires, ont compris sa pensée de la même façon. Déjà sa théorie avait été réfutée par Osbert de Clare, qui établit une heureuse distinction entre la conception active cl la conception passive. Qu'importe que la concupiscence ail ■! ' in.'I.'. j !,, .'ii.i.ilion de l'élre

i|ui f-it .Marie, si. |i in i > il . pu i • nlici-, en vertu

des mérites du 11. .1. i,i| i. m .il \i. i.r sainte fut exemple du péclu- ■ ii.iii. I ' Appi. i.. /. .Ii~;iit le tavant

moine aux adversaires du culte de la conception, que cette fête a pour objet, non pas l'acte du péché, mais les prémices de notre rédemption : Desinant ergo infidèles et hseretici de hoc sancta solemnilale in sua vanitate mulliplicia loqui, et discant quia filii matris gratix non de actu peccati celebritatem faciunt, sed de primitiis redemptionis nostrse. Osbert de Clare, dans Doiimside Beview, 1886, t. v, n. 2, p. 117, On ne pouvait mieux dire, et on peut regretter que Bernard n'ait pas connu, avant d'écrire sa lettre, ce langage d'une si ferme précision théologique. Du reste l'abbé de Clairvaux n'est ni un « infidèle » ni un « hérétique », pour avoir soutenu une opinion contraire. En cela, comme en tout point de doctrine, il soumet expressément son avis i l'autorité de l'Eglise romaine, tout disposé à croire ce

qu'elle décidera. Epii l.iils sur ce sujet, vui Paris, 1895, t.ii, p.M gratise secundum .S

2" Prérogatives il.

vine de Marie que Lie

n. 9. Pour plus de dé- ■de saint Beimard, Mariseplenitudine l.ourg, 1901, p.l 1-39.

t à la maternité diultaclie les dons spirituels

parent cette âme virginale où le ciel mit toutes ! complaisances. Et les deux vertus qui attirèrent plus particulièrement sur elle les regards de Dieu sont à ses yeux l'humilité et la virginité. Cette doctrine est répandue dans un grand nombre de ses sermons, P. L., t. CLXXxni, notamment dans les homélies Super Missus est, dans le sermon De aquieductu, et dans les sermons sur l'Assomption.

« Si elle a plu par sa virginité, dit-il, c'est par son humilité qu'elle a conçu. » Super Missus est, hornil. i, n. 5. Toutefois la vertu de virginité devait jouer un rôle essentiel dans la vocation de -Marie. « En toute convenance, un Dieu ne pouvait naître que d'une vierge, et par la même raison, une vierge qui enfante ne pouvait mettre au monde qu'un Dieu. » Ibid., homil. it. n. 1. Bernard emprunte cette belle pensée à l'hymne de saint Ambroise, Redemptor omnium, qui fut le premier Xoél chanté dans les églises d'Occident ;

Marie était donc digne de porter ce grand nom de mère de Dieu : Magnum illud nonten Q-o-ô/.o;. Sermo in donànica in ocl. Assumpt., n. 4. Aussi ne faut-il pas s'étonner que Dieu ait « déposé en elle la plénitude de tout bien ». Jn Pentecost., serm. ii, n. 4; In Nalivil. Mariée, n. 6. Mais cette gloire fait aussi notre richesse. « Pleine de grâce pour elle-même, elle est pour nous surpleine et surabondante; >- Plena sibi, nobis superplena et stipereffluens. In Assumpt., serm. il, 11. 2. A sa grandeur est attachée une fonction. Marie, associée à Jésus pour l'œuvre de la rédemption du monde, Dominica infra octav. Assumpt., n. 1, 2; Super Missus est, homil. ii, n. 3. est devenue après lui et par lui la dispensatrice de toutes les grâces.

« La volonté de Dieu dit l'abbé de Clairvaux, est que nous ayons tout par Marie. » Sic est voluntas rjus, qui lottim nos liabere voluil pcr Mariam. In ^'alivit. Mariie, n. 7. — Nihil nos Deus luibere voluil quod per Marix manus non Iransirel. In vigil. Kativit. Christi, serm. m, n. 10. Et pour faire entendre ce mysiére, Bernard emprunte au livre des Juges une ingénieuse comparaison. Marie est semblable à la toison de t^iédéon, qui humecta l'aire environnante. Lorsque Dieu voulut répandre sur l'aire une rosée céleste, il commença par verser cette rosée tout entière dans la toison. Ainsi, pour sauver le genre humain, il a mis d'abord en Marie tout le prix de notre rédemption. In Annuntiat., serm., m, n. 8; In Xativit. Mari,e, n. C; Super Missus est, homil. Il, n. 7. Elle est le canal ou aqueduc par leciuel toutes les eaux du ciel viennent en nous. Serm. do aquicduclu, in Xalivil. Marix, tout entier.

BERNARD (SAINT

« Recourez donc à Jésus le médiateur par excellence, s'écrie le saint abbé, à Jésus qui est toujours exaucé par son Père ; et si la majesté divine vous effraie, recourez à Marie. » In Nativit, Marise, n. 7. « Rendez grâces à celui qui, dans sa pieuse commisération, vous a procuré une médiatrice en qui vous n'avez rien à redouter. » Dominica infra octav. Assunipl., n. 2. « Elle aussi, j'ose le dire, sera exaucée à cause de la dignité de sa personne, le FiU exaucera sa mère, et le Père exauceiM - iii lilsMr-^ petits enfants, voilà l'échelle des pécliiiii I - ■ , , -iiprème confiance, c'est la raison de toiiii PII ;. I iirr. » 1)1 Nativit. Mariœ, n. 7. lit dans un ililmi ,lri,,,.nl de foi, l'abbé de Clairvaux entonne cette touchante prière du Memorare, que les siècles suivants devaient achever et qui est devenue comme la respiration de l'Église universelle. « 0 Vierge bénie, que celui-là taise votre miséricorde, qui vous a jamais invoquée en ses nécessités, sans avoir été exaucé. » Siteat niisericordiani tuam, Virgo beata, si !»)! le in necessilaiibus suis sibi Il Assuinpt., serm. iv, n. 8. Pour icandard, Vie de saint Bernard, . np. rit., p. 33-64.

.:„/>■ IVnini-d n':i pri": restreint ' '"ri' 'I'' l'i iii''ili.iii<iii. Comme ■■ ii>..!r' - i-ji |i M 1 iriilii'i', sont, - iii.ili.ii.'iu- il.' --pO'iiHl ordre :

qias est

a la sainte \ ii'i - - i i ' .'rh J.' I Marie, tous le- - n, - i ii>. ir. .

suivant sa peii*i.'. ''.'•- in.ili.ii.'iumediatores, qitibus sermc me coinniiltrrr iiossum... quia mediantibus ilJis ad illum Mediatoron ascendere potero, qui veiiit paci/icare per sanguinem suum et quss in cxlis, et qux in terris sunt. In festo SS. Pétri et Pauli, serm. i, c. i, F. L., t. CL.vxxiii, col. 405.

Nul ne s'est attaché plus que lui dogme de la communion des panég\i-iqi).'- ().■ -lini M, il... li partici'ili. riiiiriii iii-!i :. • ment ô-. i|ii.'|i|iir^ li ii saint Vicliir : • Il irjiM-, I dans les douceurs de la pai.N sans inquiétude pour

mettre en lumière le ts. .\ cet égard ses il' saint Victor sont I lâcherons seule- ■ u 11(1 sermon sur .\ soldat, tranquille 1 a conquise. Il est non pas pour

croyez-le bien, en secouant la poussière de 1

chair, il n'a pas rejet.- !• se revêtir de son haliii <; d'oublier notre misèn une terre d'oubli qu'haï ii du ciel dilate les cœurs i

ill' ~ ilr l'amour. Pour 1 ' il iir fut pas obligé 1 ' 1' nlf. Ce n'est pas ■ il' \ irtiir... La largeur les rétrécit pas: elle ne rapetisse pas les affections, elle les agrandit. Dans la lumière de Dieu on apprend ce qu'on ignore, on ne désapprend pas ce que l'on sait. Vh quoi ! les anges viennent au secours de~ li de nos rangs nesauraii-ni pi qui ont été leurs proini S. Victoris, serm. il, c. m, / m. .ANCÉLOIOGIE. — Voii 1" Nature des anges. —

ihii'- : il ceux qui sortent ' i'iii|i'iiii a des souffrances -iiiilliaiiccs: » /)) natale L., t. ci.xxxm, col. 374-375.

t. I, col. 1225-1226.

Bernard estime que les

anges ne peuvent communiquer avec nous sans le secours d'un corps. In Cantica, serm. v, n. 2, P. L., t. CLXXXiii, col. 799. Mais par nature ont-ils un corps, ou sont-ils simplement spirituels? Bernard n'ose se prononcer sur la question. Ibid., n. 7. Plus tard il revient sur le même sujet. Mais, après avoir déclaré que les anges ont des corps éthérés, corpore xthereos, il se reprend comme s'il craignait d'être allé trop loin. « Il y a, dit-il, quelques docteurs qui se demandent non seulement d'où viennent les corps angéliques, mais même s'ils existent. » Puis il ajoute : « Si l'on veut ranger ce point parmi les opinions discutables, je n'y mets pas tl'opposition. ') De consider.,\. V, c. iv, n. 7. Évidemment s'il tolère la doctrine de la spiritualité absolue, il incline, avec .saint Augustin, à donner aux anges un corps quelconque.

2» Organisation des anges. — L'abbé de Clairvaux, ■qui copie saint Grégoire le Grand, adopte l'ordre sui-

vant pour les neuf ordres angéliques : les anges, les archanges, les vertus, les puissances, les principautés, les dominations, les trônes, les chérubins, les séraphins. In Cantica, serm. xix; De consideratione, I. V, c. iv,

3" Perfections des atiges. — Les Pères n'étaient pas d'accord sur la connaissance que pa<;sc.lent les bons anges. Saint Augustin leur accorde la \ision lii-atillque et la connaissance anticipée du invslcM- de 1 incarnation. Saint Bernard au contraire semble avoir douté que les anges aient été initiés à ce mystère, sauf l'archange Gabriel qui reçut mission de l'annoncer à la sainte Vierge. Super Missus est, homil. i, n. 2. On lui lit un grief de cette doctrine. Hugues de Saint-Victor l'avertit amicalement de ce que l'on considérait autour de lui comme une erreur. Lui mit-il sous les yeux la doctrine de saint Augustin? Au moins est-il sur que Bernard abonda dans le sens de ses critiques. Il déclara seulement que l'ignorance des anges portait non sur le mystère même, mais sur les circonstances de lieu, de personne, etc. Tractatus X, c. v, n. 18-21, P. L., t. CLXxxii, col. 1042-1046. Cette justification n'est qu'à inoitié satisfaisante.

4" Occupation des bons anges. — Contrairement au pseudo-Denys, Bernard enseigne nettement que tous les anges sont les missionnaires de Dieu. Super Missus est, homil. I, n. 2. Si le Christ est venu nous servir, dit-il, pourquoi répugnerait-il aux anges les plus sublimes d'imiter celui qu'ils servent dans les cieux ? De S. Micliaele, .serm. i, n. 2.

5» Les anges gardiens. — Voir t. i; col. 1226.

6» Satan et les démons. — Bernard examine, avec ses contemporains et les Pères, quel a été le péché de Lucifer: Similis erit Altissir>\o. A-t-il réellement prétendu être l'égal de Dieu ? Bernard lui reproche d'avoir voulu usurper un titre qui n'appartient qu'au Fils du Très-Haut. Super Missus est, homil. m, n. 12. Aussi a-t-il été châtié promptement de son orgueil. Il fut précipité du ciel, avec ses suppôts. Mais qu'était l'enfer où il tomba ? Saint Grégoire, suivant en cela saint Augustin dans l'interprétation de II Pet., II. i, avait admis que l'enfer

n'était autre qii- ii'li' il -iilniv. Saint Bernard lit

bon accueil à Ce II il iin /' n poinam suam

"i et terrain de I' /„ (.'M,-,',,,scrm. i.iv, n.4. on de saint Augustin, Bernard estime que les démons sont exemptés du supplice du feu jusqu'à la fin du monde : Jani diabolo ignis paralus ; etsi nondum ille jirsecipitatus in ignem. In transi tu Malachise, serm. i, n. 4.

Cf. Tunnel, iîisïoire de l'anuéloloijie, dd.ns la Frvur tVIdstnire et rie tittiralwc reliijieuses, 1899, t. iv, p. 217 sq.

Mil. L'ÉGLISE. — L'arche sainte dans laquelle Dieu offre un asile et le salut à l'humanité tout entière, c'est l'Église catholique et romaine. Nul. plus que Bernard, n'a voué à cette Église un culte tendre, profond et dévoué.

1" Hiérarcliie. — 1. Lepape. — Les pages qu'il consacre à exalter la dignité du successeur de saint Pierre sont parmi les plus belles de son traité De consideratione, P. L., t. CLXXxii, col. 727 sq. Qu'est-ce qu'un pape? Les termes manquent pour le dire : « Il n'a pas son égal sur la terre, qui parem non habet. » Ibid., 1. I, c. Il, n. 4. Les grands hommes de l'Ancien Testament ont montré en figure sa future gloire et son incomparable autorité. Dans le Nouveau il éclipse toute grandeur : « Il est Piei're par la puissance; par l'onction, il est Christ. » Ibid., 1. II, c. viii, n. 15. Ces fonctions en impliquent beaucoup d'autres que Bernard énumére à la lin du livre IV« : « Considérez, dit-il au souverain pontife, que vous devez être le modèle de la piété, le champion de la vérité, le défenseur de la foi, le docteur des

locum in aère i cxlo cadens sort Fidèle en outre

BERNARD (SAINT

nations, le chef des chrétiens, le régulateur du clergé, le pasteur des peuples, le vengeur des crimes, la terreur des méchants, la gloire des bons, le marteau des tyrans, le père des rois, le modérateur des lois, le dispensateur des canons, le sel de la terre, la lumière du monde, le prêtre du Très-Haut, le vicaire du Christ, le Christ du Seigneur, enfin le Dieu de Phai'aon. > Ibul., 1. IV, c. vu. fiemard tient cependant à montrer que cette suprême autorité ne supprime pas la hiérarchie. Les évêques sont aussi des pasteurs de troupeau.x : « Vous vous I rompez, écrit-il à Eugène III, si vous croyez que votre puissance apostolique, pour être souveraine, a été seule in.stituée par Dieu. » Ibid., I. III, c. iv, n. 17. Maiscetle réserve faite, rien ne limite rautorité papale. « Chaque évêque a un troupeau qui lui est particulièrement assi- 1,'né ; "pour vous, tous les troupeaux ensemble n'en font qu'un seul, qui vous est confié. Vous n'êtes pas seulement le pasteur de toutes les brebis, mais encore celui (le tous les pasteurs. Vous pouvez, le cas échéant et pour un motif grave, fermer le ciel même à un évêque, le déposer et le livrer à Satan. En un mot, vous êtes par excellence le vicaire du Christ. » Ibid., 1. II, c. VIII. n. 15, 16. Cf. Epist., cxx.\], P. L., t. CLXXXII, col. 287-288 (lettre très importante). Et l'autorité du pape n'est pas seulement .souveraine en matière disciplinaire, elle l'est également dans la morale et dans le dogme. Le pape est infaillible : « Tout ce qui touche la foi vous regarde, écrit Bernard à Innocent II. Il est juste que les dommages de la foi se réparent là où la foi ne peut éprouver d'amoindrissement : lOi potissiniuvi resaï-ciH damna fidei, libi non iiossil fides senlire defectiini. Car telle est la prérogative de ce siège : Hxc (jiiippe prerogativa sedis. En effet, à quel autre a-t-il été dit : « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas. » Ce qui suit s'applique donc aux successeurs de Pierre : « Et loi, une fois converti, confii-me tes frères. » Luc, XXII, 32. De en-oi-ibus Absulanli, prxf., P. L., t.ci.xxxii, col. 1053.

Quant au pouvoir temporel du pape. Bernard n'est pas de ceux qui en fassent grand état. Sans doute, comme la plupart de ses contemporains, il croit à la fabuleuse donation de Constantin. Mais sa modestie chrétienne s'oll'ense de voir « le successeur de Pierre orné de soieries et de pierres précieuses, couvert d'or, porté par une blanche haquenée, escorté de gendarmes et entouré de ministres bruyants », comme un prince de ce monde, comme « un successeur de Constantin ». In /lis successisti non Pelro sed Conslantino. De considérai., I. IV, c. III. n. 6. Aussi bien, gouverner les Romains, race intraitable et facilement rebelle, est un souci trop absorbant, une entreprise décourageante. Ihiil., c. II, n. 2, 4. Le pape lirera-t-il le glaive contre eux'.' Sans doute les deux glaives lui appartiennent. Mais il a été dit à Pierre et par suite à son successeur : !• licmcttez votre épée dans le fourreau. » Ibid., c. m, n. 7. Bernard veut que le souverain pontife gouverne par la parole et non par l'épée. Ibid. Et si ce moyen ne réussit pas, il lui o reste encore une chose à faire : Sortez de la capitale des Chaldéens et dites : II faut que je porte aussi l'Evangile à d'autres cilés. Si je ne m'abuse, en échangeant ainsi Rome pour l'univers, vous n'aurez pas à vous repentir de votre exil ». Ibid., c. III, n.8. Ainsi Bernard ne recule pas devant l'abandon de Rome. Il semble qu'il ne soit pas éloigné de renoncer au pouvoir temporel des papes.

2. Les évéques. — Apres le pape, les évêques. Eux aussi sont d'institution divine. « Vous vous trompez, (■•cril Bernard à Eugène III, si vous croyez que votre puissance apostolique, pour être .souveraine, a été seule inslitui'e par Dieu. » De considérai., 1. III, c. iv, n. 1; cf. I. IV, c. VII. Le saint docteur appelle quelquefois les évêques Chrisli vicarioa, De of/icio episraporum , c. IX, n. 36, bien qu'il ait dit ailleurs que le pape est « l'unique

vicaire du Christ », unicum Chrisli ficariwii. De considérai., 1. Il, c. VIII, n. 16. Mais il a soin de faire remarquer que l'autorité épiscopale est à certains égards subordonnée à celle du souverain pontife. Il recommande, par exemple, à l'archevêque de Sens de « se montrer vis-à-vis du vicaire du Christ, quel qu'il soit, dans la dépendance que l'antiquité a établie entre les Églises ». De officia episcop., c. vill, n. 31.

3. Les cardinaux. — Les memijres du sacré-collège, que Bernard appelle les « collatéraux et les coadjuteurs a du pape, De considérât., 1. IV, c. iv, n. 9, sont divisés en trois ordres.

Au xii« siècle, le collège total comprenait cinquantedeux membres : soit six cardinaux-évêques, vingt-huit cardinaux-prêtres et dix-huit cardinaux-diacres. Il n'y avait pas entre les trois ordres une égalité absolue d'attributions. Le décret de Nicolas II, concernant les élections papales, accordait aux cardinaux-évêques une réelle prééminence que l'abbé de Clairvaux ne manqua pas <le faire valoir lors de l'élection d'Innocent II. Cf. Vacandard. Vie de saint Bernard, I"^édit.. t. i, p. 276-302. D'une façon générale, il semble que Bernard n'ait pas fort apprécié en soi le cardinalat et Ihonneur qu'il confère. Loin d'admettre que les cardinaux-prêtres et diacres eussent la prééminence sur les évêques de la catholicité, il trouvait ridicule, contraire aux convenances, au droit et à la coutume, qu'ils eussent la prétention de prendre rang avant leurs confrères dans la prêtrise et le diaconat. « Le nom de diacre, en particulier, dit-il, implique non pas un privilège de dignité, mais un service spécial. Si vous assistez de plus près au trône pontifical, c'est uniquement afin que le pape vous ait plus facilement sous la main. « Ridicule minislri restri vestris se compresbytcris anleferre conantur, etc. De considérât., 1. IV, c. v, n. 16. Bernard recommande au pape pour la nomination des cardinaux une extrême prudence. Qu'il élargisse le plus possible la sphère oii s'exerce son choix. « Pourquoi, dit-il à Eugène III, ne choisiriez-vous pas dans l'univers ceux qui doivent juger l'univers .entier? » De considérât., 1. IV, c. iv, n. 9, 10.

■i. Le cUrgé inférieur. — Sur le clergé inférieur, la doctrine de Bernard n'offre rien de particulièrement remarquable. Sur le clergé en général, cf. Sermo de conversione ad clericos, P. L., t. cLxxxii, col. 834 sq.. notamment c. xx, col. 853 sq. ; sur les archidiacres, cf. Epist., i.xxvlli; sur le sous-diaconat qui implique l'obligation et le vœu de continence, cf. iTyiisf., ccili, etc.

2» Pnh-ogalives de l'Église. — 1. L'Église romaine est l'Église catholique. Elle doit embrasser tout l'univers. L'abbé de Clairvaux déplore l'interruption des missions évangéliques : « Comment vos prédi'cessiurs. dit-il à lùigèno 111, ont-ils eu l'idée de mettre il.- lui n. s .i JKvangile et d'arrêter l'essor de la parole dr i.i. p. nii.iiil i|ue l'infidéliti' dure encore? Il est nécrfs.iii.' .|ih- l,i \. liié arrive jusqu'aux oreilles des gentils. .Ukiiiluns-uous que la foi tombe d'elle-même sur eux? Comment croiront-ils, si on ne les prêche? Pierre fut envoyé à Corneille, Philippe à l'eunuque, et, pour prendre un exemple plus récent, Augustin fut chargé par le bienheureux Grégoire de transmettre aux .\nglais la règle de la foi. » De considérai., 1. III, c. i, n. 3, l. Quelles n'eussent pas été les plaintes de Bernard s'il eut pu apercevoir, par delà le monde connu de son temps, les nations qui peuplaient l'Extrême-Orient et les sauvages du Nouveau-Monde! Quant aux juifs, dont il prit la défense en maintes circonstances, cf. Episl., cccLXlli, ccci.xv; In Canlica, serm. i.xiv; Liber ad mitiles Templi, c. X, il ne songe pas à les l'-vangéliser. « Les temps marqués pour la conversion des juifs ne sont pas arrivés, dit-il au pape ; vous êtes excusable de ne pas prévenir les desseins de la providence. » Déconsidérât., I. III, c. I, n. 3.

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