‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 268 sur 741 · L'Eglise catholique doit être une. Bernard voudrait · texte numérisé non relu

L'Eglise catholique doit être une. Bernard voudrait

liERXAIlD (SAINT)

ramener dans le giron de l'Église romaine les schismaliques grecs. « Ils sont avec nous, sans être avec nous ; unis par la foi, ils se séparent de nous par la désobéissance; leur foi méine est cliancelante. Qui brisera leur

opiniâtreté? » De de doctrine e?t gouvernement. I l'Église : « r.ivertir les ailliez des renards par

■al.. 1. III, c. I, n. i. L'unité lin? encore que l'unité de - -iont les pires ennemis de s, ils se plaisent à péril' ~ cliiens pour déchirer et lieux moyens s'oll'rent pour les réduire : la persuasion ou la force : « Qu'on les corrige, s'il est possible; sinon, qu'on leur ûte le moyen de perdre les autres. » De considérât-, 1. III, c. i, n. 3. On connaît la théorie de l'abbé de Clairvaux sur le pouvoir coercitif de l'Église. Il enseigne, à la vérité, qu'il « faut prendre les hérétiques par îles arguments, et non par les armes », uon omnx. s,:l aigumentis, In Cantica, serm. i.xiv, n.'.i; ri ./ ' . n.i, de Mabillon; et en cela il ne fait que siuMi li .ImiIimi,- de saint Augustin; mais pour se confoniit;! ualin émeut à la pratique de l'évêque d'Hippone, il ne dédaigne pas le secours du bras séculier dans la répression des manœuvres ouvertes de l'hérésie. L'hérésie était, en effet, au moyen âge, un attentat contre l'ordre public, en même temps qu'une attaque contre la religion. Les lois, conformes aux mœurs, s'opposaient à sa propagation. Un hérétique n'avait, aux yeux de Bernard, qu'un moyen d'échapper à leur rigueur; c'était de s'abstenir de toute propagande. L'Église était vis-à-vis de lui en état de défense; attaquée, elle frappait ; et, si les armes spirituelles ne suffisaient pas à écarter le péril, elle avait recours à l'épée de celui que l'on appelait l'évêque du dehors : Aut corrigeiidi [hœretici], ne pereanl; aut i\e périmant coercendi. De considérât., 1. III, c. i, n. 3; cf. Epist., ccxu, CCXLII. On ne s'étonnera donc pas que, sur les rapports de l'Église et de l'État, l'idéal de Bernard consiste dans l'union des deux pouvoirs, impliquant la réciprocité et un échange perpétuel dn linn« oflicrs : licgiitini sacerdoiixmique... onines /e.7- .' - /. , , .'../,',s... jungant se animis, qui juncii siuii ..w/ -/-v. ., . i.em se foceant, invicem se défendant, nnicni <'Nrra sua portent. Kjnst., ccxLiv, n. 1, P. L., t. clxxxii, col. 441. Sans doute l'Église a droit aux deux glaives; mais c'est l'État qui porte en son nom le ^glaive matériel, qu'elle ne saurait brandir sans violer la décence. La société chrétienne reçoit-elle une atteinte au deliors et au dedans, la tête commande et le bras exécute: Pétri uterque gladius, alter sua mttu, alter sua manu, quoties necesse est, evaginandus . Epist., CCLVI; De considérai., 1. IV, c. m, n. 7. Cf. sur les deux glaives, Yacandard, Vie de saint Bernard, c. xxxii, n. 6, t. li, p. 470.

3. L'Église est sainte, et sa sainteté doit reluire dans ses membres et spécialement dans son chef. Bernard signale au pape les vertus qui conviennent à sa dignité. De considérât., 1. I, c. vill, n. 9-11 ; 1. II, c. vi, vu, etc. Le De officio episcoporum est avant tout un miroir de sainteté que l'abbé de Clairvaux présente à l'archevêque de Sens, ainsi qu'à ses collègues. Le Sermo de conversione ad cl^ricos donne la même leçon, c. xx, aux clercs en général. Il faut lire aussi le beau passage que Bernard consacre à la tenue et à la conversation des prêtres, dans le Dr considcralioue, 1. II, c. XTii. « Entre séculiers, les plii-uiini. - m- -n'il i|ii- d.'- |ilii-.mteries; dans la bouclii' il iiii îi:'i. - --ii! .1. ' ' .- phemes... A'ous avez cons.iM ..'i ..ii.'i. i •] ii,' , I ouvrir

désormais pour i!- imiiII.- i In i.n- ^-i il. ■fendu;

l'y accoutumer serait un sacrilège, .') etc. On voit quel idéal élevé l'abbé de Clairvaux se faisait du clergé. Il avait la inême conception de l'Église en général, représentée surtout par les âmes saintes : Ecclesia perfectonim. In Cantica, serm. xiv, c. v. Mais la sainteté n'est pas l'œuvre de l'homme seul, elle est avant tout l'œuvre de la grâce, et la grâce nous arrive plus particulière-

ment par les sacrements dont l'Église est la dispensatrice.

IX. LES f^AiiiEMExrs. — Bernard, comme tous les docteurs de l'Église, gémit sur le sort que le péché d'Adam a fait à l'humanité. L'homme nait coupable, et les sacrements sont les principaux canaux par où la grâce coule sur lui pour le sanctifier. Tel est l'enseignement de l'abbé de Clairvaux. Selon sa doctrine les sacrements sont au nombre de sept. Il les nomme en diverses circonstances, par exemple le baptême. De baptismo, c. I, II, P. L., t. CLXXXII, col. 1031-1038; la confirmation, Vita Malachise, c. m, n. 7. ibid., col. 1079; l'eucharistie, ibid., c. xxvi, n. 57, col. 1 105; la pénitence (qu'il désigne quelquefois par le nom de confession : usum confessionis), ibid., c. m, n. 7, col. 1079; l'extrême-onction, ibid., c. xxiv, n. 53, col. liOi; l'ordre. De conversione ad clericos, c. xx, n. 3i. ibid., col. 853; le mariage (qu'il appelle en un endroit contractuni conjugiorum), ibid., c. m, n. 7, col. 1079.

1» Baptême. — Dans sa lettre à Hugues de Saint-Victor, De haptismo, il cherche à déterminer le moment où le sacrement de baptême est devenu obligatoire pour la rémission du péché originel, ce péché le plus grave de tous : maximum plane, i/h".' su- lolum non modo genus humanum, sed el i/i'r,,ihih'i i/isi/is generis occkpat, ut }lon sit qui evculnt nm, sit ^ifujuc ad iinum. Sermo in feria /i» liebdomojlw saiiclx, c. vi, P. L., t. fxxxxiii, col. 265. La difficulté venait du texte de saint Jean, m, 5 : Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non inirabit in regnum cxlorum. Bernard enseigne que, chez les juifs, le péché originel était effacé par la circoncision ; chez les gentils, les adultes en obtenaient la rémission par leur propre foi, et les enfants par la foi de leurs parents; les femmes juives n'avaient pas d'autre ressource que les gentils. La loi nouvelle a rendu inutiles tous ces moyens. Mais pour les remplacer il a fallu qu'elle fut connue. L'obligation de recevoir le baptême d'eau n'est pas un précepte naturel; o il est en quelque sorte factice, » qucdammodo faclitium, c'est-à-dire purement positif; et par conséquent nul n'était obligé de s'y soumettre avant qu'il lui fut notifié : Valde quippe injuste exigitur obrditio, ubi non prsecessit audilio. De baptismo, c. i, n. 2, col. 1032. Même connu, il peut être remplacé, en cas de nécessité, soit par le martyre, soit par le désir, comme l'enseigne saint Ambroise à propos de la mort de Valentinien, et à sa suite saint Augustin. Quant aux enfants, à défaut du baptême d'eau, ils peuvent toujours être sauvés par la foi de leurs parents. C'est là un effet de la miséricorde divine ; car le péché originel n'est pas un péché personnel, et si les enfants en héritent de leurs parents, n'est-il pas juste que la foi de leurs parents puisse leur en obtenir le pardon '? Ibid., c. i, ii, col. 1033-

Le baptême n'éteint pas le foyer de la concupiscence. Mais la grâce et plus particulièrement le sacrement de l'eucharistie en atténuent considérablement les effets. Sermo in cœna Domini, c. m, P. L., t. CLXXXlii, col. 272.

2» Eucharistie. — La présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie était déjà contestée du temps de saint Bernard. Il s'élève avec force contre ce prétendu savant (sciolus) qui avait eu la présomption de dire que dans l'eucharistie il y avait seulement sacramentum, el non rem sacramenti, id est solam sanctificationem et non corporis veritatem. Vita Malachim, c. xxvi, loc. cit., col. 1105. Par ce sacrement, Jésus-Christ devient la nourriture de nos âmes : se apponit in rejeclione animarum sanctarum. De diligendo Deo, c. vu, n. 22, P. L., t. CLXXXII, col. 987. Une fois « investis du corps et du sang précieux du Seigneur », nous n'avons plus à nous effrayer des redoutables effets de la concupiscence, « car ce sacrement opère deux choses en nous : il

BERNARD (SAINT

diminue laltrait pour les fautes légères, et il ôte tout à Tiit le consentement pour les péchés graves. Si quelqu'un d'entre vous ne sent plus si souvent ni si violemment les mouvements de la colère, de l'envie, de la luxure ou (1 autres passions semblables, qu'il en rende grâces au corps et au sang du Seigneur, parce que c'est la vertu du sacrement qui opère en lui » ces effets. Senno in cœna Itomini, P. L., t. CL.xxxill, col. 272.

3» Pénilenci'. — Bernard reconnaît aux prêtres et aux ■ \ ('ques le pouvoir de remettre les péchés aux pénitents iii'n disposés et confessés; sed iiec absolvant etiam • umpunciuni, nisi liderint et eonfessum. Liber ad „iUiles Templi, c. xii, P. L., t. CLXxxii, col. 938. Et il a fait condamner Abélard pour avoir enseigné que ce pouvoir avait été accordé seulement aux apôtres et non à leurs successeurs. Capitula hœresum, 12, P. L., t. CLXXXII, col. 105't. Rendue dans les conditions convenables, la sentence des prêtres précède celle de Dieu qui la ratifie : ut prœcedat sentenlia Pétri sentenliam cseit. Senu.,i,in fest. SS. Petriet Pauli,c.u, P. L.,l.aJi.xxni, col. 406. La confession était-elle fréquente du temps de l'abbé de Clairvaux? Nous voyons du moins que les lidéles avaient l'habitude de se confesser pour la communion pascale : venturo paraslis hospiliuni, con/itentes puccata, Sermo in die sanclo Pasc/ise, c. xvi, /'. L., t. ci.xxxiii, col. 282, et à l'article de la mort pour la réception du viatique : uiixit infirmum, cui niox nu)rituro salutarem confuendi et communicandi obtinuit facultalem. Vita Malachise, c. xxi, P. L., t. CLXXXil, col. HOO.

l» Extrême-onction. — Bernard, à propos de l'extrêmeonction, rappelle que ce sacrement, selon la doctrine de saint Jacques, v, 14-1.5, remet les péchés, et que h >• prière de foi sauve le malade ». Vila Malachim, c. XXIV, P. L., loc. cit., col. llOi.

5» Ordre. — Sur l'ordre, clen sacratissimus ordo, et les saints ordres, ciirritur ad sacros nrdines, Sermo de conversioiie ad clericos, c. xx, P. L., t. ci.xxxii, col. 853, la doctrine de l'abbé de Clairvaux n'offre rien de particulier. Lire son sermon De conrersione ad clericcis, son épitre De moribu.i et offictu episcaporutn et son traité De considération!', P. L., t. CLXXXll, col. 727 sq.

6» Mariage. — Certains hérétiques de son temps, les manichéens, lui foui-nircnt l'orcasion ili' di-fendrc' et iIc proclamer la sailli. 'i/ .In ]ii,.i i,..-, ■ H r, 'li',- lir~il,il,

leur dit-il, pour n.' I-- .;.• l . ■ , n .|i: • . . .ml ••uir l I' -

justes noces, c'csl I... li' . • - i ■ ih ' ■. ni. ■ ..i i. ,l impudicités. Ole-/, de I l.^li-. Il' in.iii..... h.jih-r.- -i In lil sans tache, et vous l.i lumpliiu/. de conculjinaires, d'incestueux, d'êtres immondes. Choisissez donc, ou de remplir le ciel de ces monstres, ou de réduire le nombre des élus aux seuls continents. .Mais la continence est rare sur la terre. Faut-il croire que le Sauveur se soit anéanti uniquement pour elle? Comment aurions-nous tous revu la plénitude de sa grâce, si les continents seuls y ont part? Et de quel droit raccourcit-on ainsi les bras de Dieu ? — .le le sais, il en est parmi vous qui accordent que le mariage entre vierges est permis. Mais sur quoi repose leur distinction? Ils en appellent à ce verset de la fienése, i. 27 (Mattli., xix, 4, 6) : Masculuni et feminam creacit illus; r/wid Dcus conjunxit homo non separcl, « Dieu les a créés homme et femme, et c'est dans cet état de virginité qu'il les a unis. » Vaine subtilité! Sans doute le premier homme et la première femme étaient vierges , « mais autre chose est d'être unis étant vierges,, autre chose est d'être unis parce qu'ils étaient vierges. La Bible dit simplement : Dieu les a créés homme cl femme. Et c'est juste. Le mariage ne requiert pas l'intégrité des corps, il requiert seulement la diversité des sexes. Ah! si, au lieu d'indiquer les sexes, l'Esprit-Saint eût dit : Dieu les a créés vierges, comme vous eussiez pris occasion de ces mots, pour insulter à l'Église catholique qui unit les

hommes et les femmes perdus, d'autant plus volontiers qu'elle espère les faire passer ainsi d'une vie déréglée a une vie honnête ! » Saint Paul autorise tous ces mariages. « Si vous prohibez ce que saint Paul approuve, votre prohibition ne me persuade qu'une chose : c'est que vous êtes hérétiques. » In Canlica, serni. i.xvi, n. 4, 5, P. L., t. cLxxxiii, col. 1095-1096.

X. JLvniirAfio.\ Et PiiÈUESTiyATlo.x. — 1» Libre arbitre et grâce. — Bernard, qui rencontra sur sa roule le problème des rapports du libre arbitre et de la grâce, n'eut garde de l'esquiver. Fidèle à la pensée de saint Augustin, il déclare que « les mérites de l'homme ne sont que les dons de Dieu ». l'n jour qu'il développait cette doctrine, l'un de ses auditeurs l'interrompt et lui dit : « Si Dieu est l'auteur de tout le bien que vous faites, quel espoir pouvez-vous avoir d'une récompense? » C'est pour répondre à cette question que l'abbé de Clairxaux composa son traité De gratta et libero arbitrio. P. L., t. CLXxxii, col. 1001-1030. Dés les premiers mots la réponse est formulée : « Qu'est-ce qui sauve? C'est la grâce. Que devient alors le libre arbitre? Il est sauvé; breviter respondeo : salvatur. Enlevez, en effet, le libre arbitre, il n'y a plus rien qui puisse être sauvé ; enlevez la grâce, il n'y a rien qui sauve : l'un et l'autre sont nécessaires; l'un reçoit, l'autre opère. » C. I, n. 2, ibid., col. 1002.

Cela amène l'abbé de Clairvaux à définir le libre arbitre et à étudier ses divers aspects dans le triple état de nature, de grâce, et de gloire. « Le libre arbitre, dit-il, est un pouvoir de la raison et de la volonté; on le nomme libre par rapport à la volonté qui peut se diriger d'un côté ou d'un autre; on le nomme arbitre par rapport à la raison qui a le pouvoir de discerner. » C. II, n. i, col. lOOi. Dans fiii..|c|ii.. .■i:,t .,„.. In,, considère la volonté de rhomiim. . M-- . -' i.. , . nr- hl ip : « même après la chute. If hl r .n ; n . i . i i il.ic soit-il, est encore dans son imIlmi . .; ,,,-,, m, i, lamen integrum. C, viii. n. Jl. n,,|, lull Aus-i l.inn la liberté proprenniil .lii-' n.' ilill. n' pi^ nssi',itirllement en Dieu et dan- l.i m,, dm.. i,n~..nn.ri,lr. Iinniu' ou mauvaise. « Elle n'c<l jindun, ni iliiuiiuii'n, ni par le péché ni par la mi.sére, elle n'est pas plus niando dans le jusie que dans le pécheur, ni plus pleine dans l'ange que dans l'homme. » C. iv, n. 9, col. lOOG. .Mais la lilini I.' ,iin-i riiiniidue, c'cst la capacité de vouloir; vou-

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