I |'i~ Il in(''ine chose que vouloir le bien ou
nuliiii li ni.il . 1a' vouloir est en nous, en vertu du liinn aiijiUn, y dis le vouloir, et non vouloir le bien ou vouloir le mal. C'est le libre arbilre qui nous fait vouloir, et la grâce qui nous fait bien vouloir, » liberum arbitrium mus facit volentes, gratia beiieiolvs. C. vi, n. 16, col. 1010. « En cela ^in. I ■ -i !• nn-iite de la
volonté?C'estdeconsentir. X.in I j n-nnlenient,
dans lequel consiste tout Ir m i r n i i lie, [inis-
que nous ne sommes pas c:i|Miil - (l.(\. n une l.iunne |)i.,i<. ,■ (jr. iii.M--iiiénies, à plus l'urle raison un bon consinl. nn ni \l n- >i ce consentement vient de Dieu et
niiii lin -. n. |,nn(lant il ne so fait pas en nous sans
non- I..1 i " <i II iil.i !■ .iiMli -■ .laissent de concert, et nii'l.ni II m ..|i. iiinni ^i Lnn i|in Iriir œuvre indivise esl I. ni . nîn I . I .1 n , r.. ili I . i m - !■! tout entière l'œuviT (lu lilan .irliili-.., . „MW.n(, n,ni 'iingillaliiii;simul non licissim; non jiartim yralia, partim liberum arbitrium, sed tolum singula opère individiio pcragtmt, etc. C. xiv, n. 46, 47, col. 1026-1027. Et c'est à ce litre que Dieu nous l'impute à mérite. Aussi, dans le ciel, en couronnant nos mérites. Dieu ne fera que couronner ses dons : Doua sua, quee dédit liominibus, in mérita divisit et prxmia. C. XIII, n. 43, col. 1024.
2» Justification et prédestination. — Cet exposé suffit pour montrer comment l'abbé de Clairvaux répudie le pélagianisme et abonde dans la doctrine de la justification et de la prédestination au sens augusiinien. Tous les
BERNARD (SAINT
[lendant e Dieu?
me soit 'il aura
' Dieu ne péclie ■serve; L'origine 1 prédestinalion
, ivpro-
(|ué que
péché,
dans le
critiques sont d'accord sur ce point. Mais nombre de protestants ont essayé de prouver que Bernard, poussant plus loin que saint Augustin cl que les docteurs du moyen âge l'examen de la doctrine paulinienne de la prédestination, avait, le premier, formulé la théorie calviniste de la justification par la non-imputation des péchés, et la théorie luthérienne du salut par la foi. Examinons les principaux textes qui ont donné lieu à cette interprétation abusive.
« Celui-là, disait un joui- I;. rii.ml :'i sr^ moines, est vraiment bienheureux à i]iii lnii mj |i.i- iiiiputé son péché. Car qui n'a pas in .It | - . I,, I'- i ..nih : idus ont péché et tous ont besoin i\r l.i .^loii^ qui portera une accusation coulu Pour toute justice il me suffit ((ui- ( propice, contre qui seul j'ai pi-cln' décidé de ne p.i- in'iiniml. i - . ~l jamais été. Ne |i.i~ ]■■■> lui. . . -i l.i justice de rhouihn' n V-i ,,nii r r\„ de Dieu. ,I'ai vu rr\., ,1 j ,ii i .iiii|ir proposition : Toul liuuiin. <{iii r-t i pas. parce que son origin. , l.^ic |, céleste, la génération ci h -d . i (éternell.\ pnr l.iqiH'llf linn ,i .nm gratili.- 'liti- -on liN l,H ii-;,,>,h' :i du muml' .II- |i|.ii .m! i-n i|n.'!i|H.> (des Sainl-.liX.Mit In,. ,,lin ,|n il- x, sa gloire et paii.i^tiii riiciit.i^- Jr c duisent l'imagn ri l.i iv--(niM,uir,
ceux-là ('"taienl .nm - il- n ,i\,i
parce qnn Mm i{n il- j. n ,n--.iil j temps, il- lu h |i.ii,ii--i ni |i[n- dans l'élernilé, car la charité il. li m l'in ;i imiMit hi multitude de leurs péchés. I //( Caiilud. sil'in. x.viii, n. 15, P. X., t. CLXXXIII, col. 892.
A première vue, il semble vraiment que ce texte donne raison à ceux qui ont regardé l'abbé de Clairvaux comme un « précurseur du protestantisme ». Neander, Der lieiligc Bet-nhard tmcl sein Zeitalter, édit. Deutsch, Gotha, 1889, t. i, p. 193. Cf. Ritschl, Die christUche Lehre von der RechlferVujuiuj innl Versohming, t. i, c. m, sect. XVII. Mais ce n > -i l.i qn un, uppnrence trompeuse, qui provient des i n m mi plulol de certaines expressions biblii|ii i l: inml se proposait d'expliquer ; lleahis r,r - <., /:,'lnhit IkiDiiiius
peccall'n,. I>-.\\\I. -1:11, n,,:^-. 7», N.^h'S rsl ry OeO, 7Wn peccal. '/m,! ilrurinlln ,-:i'lis I Is si'ri-<il non. I .loa., III, 9;C/ufr,l..s ,'..,. i,r,,l ,.n.ll,h,<l:,.. ,n ),r,rn I, ,r,rn, . i Vel. ,
pcril, sont ici lin n.itnir ,i l.in illn-nni. .\l:ii> |iuur bien comprendre lonlr l.i prn-, .\, | .iMn iK- Cl.urvaux, il faut rapprochii- ri II.- ji:ii,i ili s imlns rndroils de ses ouvrages on il a lu l'occasion d'expliquer les mêmes expressions. De iji-aiia et lihero arbitrio, c. ix, n. 29, P. L., I. i;i..\.\.\ii, Col. 1016; De divcrsis, serm. iv, n. ô, P. L., t. CLXXXIII, col. 553; In Septiiageslin., serra, i, n. 1, ibi(L, col. 163. C'est de la comparaison de ces textes que ressort sa doctrine authentique. Or, il est manifeste que la non-imputation des péchés n'est autre pour lui que le pardon que le pécheur obtient par la grâce sanctifiante et par l'expiation de sa faute. Il n'y a pas de péché pour le prédestiné à la vie ; qu'est-ce à dire '? Cela signifie que le prédestiné, s'il pèche. « ne persévère pas dans le péché, » soit qu'il « l'expie par une pénitence condigne ou qu'il le fasse disparaître dans la charité n, ou bien encore parce que la charité dont Dieu l'enveloppe efface tout, « couvre tout. » Bossuet disait pareillement : n Dans la gloire éternelle, les fautes des saints pénitents, couvertes de ce qu'ils ont fait pour les réparer, et de l'éclat infini de la divine miséricorde, ne paraissent plus. » Oraison funèbre de Condé. Et sûrement Bossuet n'entendait par là rien accorder à la doctrine protestante, Bernard pas davantage. Il ne conçoit pas la justification
du pécheur sans une qualité intérieure que donne la grâce sanctifiante. Il y a, disait-il à ce propos, deux sortes de charité, la charité substantielle et la charité accidentelle. « En Dieu la charité est substantielle, en nous elle n'est qu'un don, une qualité. » De diligendo Deo, c. XII, n 'A'>. P. L.. t. n xxxii. col. 996. Cette doctrine est -1 !.i. Il 1,1 -nnnr. qm- .NniinliT lui reproche
de ne pu- -.mu / - . n .l.,.^.i. Il ne distingue
pas tonjoni- ..--.V ii.'tt.. m. ilii-il. 1,1 lustiûcation objective (la justitication par la non-imputation des péchés) de la justification subjective (justification par la grâce intérieure), et il lui arrive quelquefois de retomber dans la manière de voir des théologiens de son temps, et d'employer leur langage. » Op. ril., t. i, p. 193. Cet aveu suffit pour justifier l'abbé de Clairvaux. .S'il ne se dégage pas nettement de l'opinion des théologiens de siiii l.ni|.-. . '.-1 .|n il n'a pas l'intention de les conti'e- .lii' , - il . lopLi. I. m langage, c'est qu'il partage leur
-. niKii. 11!. 1' i.ii. .Il- lui un « précurseur du protes-
l:inli-inc , il liiinli.iil prouver qu'il a voulu absolument opposer la doctrine de la non-imputation des péchés à la doctrine commune de la justification par la gràcfr intérieure; et c'est ce qu'on n'oserait soutenir, et en tout cas, ce qu'on ne saurait établir.
On a cru apercevoir aussi dans les écrits de l'abbé de Clairvaux la théorie protestante qui attribue aux prédestinés l'assurance de leur salut; « Que le pécheur, écrit-il, qui a la componction, rjtiisquis pro peccatis compimcttis, et qui a faim et soif de la justice, croie en vous. Seigneur, qui justifiez l'impie, et, justifié par la foi seule, solani jusli/ir^tni'i /ut /liirin,i\ aura la paix auprès de Dieu. .. /« Ci,.;, /, -, im. .wii, n. 8, P. L., loc.cil., col. 881. « Quicon.in.. . n .ll.t, l'st appelé par la crainte et justifié par l'aiiii.ui' pu -nini. lavec raison) qu'il est du nombre des bienheureux, sachant que Dieu glorifie ceux qu'il a justifiés. Rom., viii, 29-30. Qu'est-ce à dire'? Il entend qu'il est appelé, lorsqu'il est agité par la crainte; il sent qu'il est justifié, lorsqu'il est comblé d'amour; et il d il est élevé, et il l'amour, la gloi gage de l'autre, siècle n'a pas d moignage que I quelque chose d nait qu de la gr
Jiirilicalion! 11 est initié, .In couronnement! La foi, rila se tient; l'un est le Il attaché aux choses du . lieure qui lui rende té- .11 éternelle lui réserve iu fois converti, il reconn'est plus l'enfant de la colère, mais l'enfant Alors parait à la lumière, pour la consola-
tion du malheureux, le grand conseil qui était caché de toute éternité dans le sein de l'éternité : à savoir que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Vous avez, ô homme, comme indice de cet arcane, l'Esprit qui justifie, et par là même qui atteste à votre esprit que vous aussi vous êtes le fils de Dieu. .le reconnais le conseil de Dieu dans votre justification, car votre justification pi-ésenteest tout à la fois la révélation du conseil divin et une sorte de préparation à la gloire future. Ou plutôt c'est la prédestination qui est la préparation ; la justification est quelque chose de plus, c'est déjà une approche, un commencement : appropin-
quavit n-q,, r... ,((/)). Que personne donc ne doute
qu'il esl .111. .|ii.ii.l il ,iime. Comment l'amour de Dieu ne sui\i,i.i il p.- 11. .11.' amour, quand il l'a déjà prévenu'.' Aimui liieu. c est un commencement de la béatitude et c'est un gage de .la béatitude. » Epist., cvii, (id Tliomani de Beverla,' n. 5-10, P. L., t. CLxxxii, col. 245-257,
Pour v.iir .1 m- . . - pages la doctrine protestante de la certitudo .lu -..lut . h. / les prédestinés, il faut une disposition .1 . -pril l..iit. spéciale. Bernard recommande surtout aux .'mies ,|iisles la confiance dans la prédestination au bonheur éternel, confiance qu'autorisent leur état présent et les efforts qu'elles font pour s'y maintenir. Mais il est si loin de penser qu'une àme juste ne
saurait pécher ijraveinenl et périr éternellement, qu'il met toujours celte âme en garde contre elle-même et contre ses propres faiblesses. Au moment même où il la félicite de goûter déjà en partie ici-bas la béatitude céleste, il l'engage à « se glorilier en espérance, mais non en sécurité », intérim quidem gîorietur in spe, nondum tamen in securitate. Epist., cvii, n. 10, loc. cit. « Nous pouvons savoir, dit-il ailleurs, au moins en partie, dans quel état nous sommes ; mais savoir ce que nous serons dans l'éternité, cela nous est absolument impossible. C'est pourquoi que celui qui est debout prenne garde de tomber; qu'il persévère et progresse dans cet état qui est un indice du salut et un gage {argii»tentun>} de prédestination. » En somme la seule garantie du salut, c'est la pratique de la vertu, c'est la persévérance. In Septuagcsima, serm. I, n. 1-2, P. L., loc. cit., col. 163. Cf. ibid., note de Mabillon.
.\i. iirsTlclsME. — La perfection de la vertu consiste dans l'amour. « Aimez et faites ce que vous voudrez, » disait saint Augustin. L'abbé de Clairvaux n'a pas d'autre doctrine. Sa lettre aux chartreux, Epist., xi, P. L., t. CI.XXXII, col. 108, son traité Jje diligendo Deo, ibid., col. 974, enfin ses quatre-vingt-six sermons sur le Cantique des Cantiques, P. L., t. CLXXXiii, col. 783, nous font connaître à cet égard sa pensée la plus intime et le résultat de son expérience.
L'amour de Dieu, comme toutes les scienceSj a ses degrés; on n'arrive pas à la perfection d'un seul coup. Avant d'èlre purement spirituel, l'amour mystique traverse une phase que lîernard appelle l'amour sensible et 0 charnel ». Le mot sonne mal à nos oreilles, mais l'auteur désignait simplement par là l'objet sensible du saint amour, la chair ou, si l'on veut, l'humanité du Christ: Nota amorem cordis quodamynodo esse carnalem, quod magis erga canieni Cliristi. In Cantica, serm. xx, n. 6. L'homme est ainsi fait qu'il ne peut s'élever aux choses intelligibles que par le secours des choses sensibles. Il ne saurait se représenter Dieu, ni l'amour, si ce n'est revêtu d'une forme corporelle. De là l'anthropomorphisme, de là l'idolâtrie qui n'est que l'altération de l'anthropomorphisme. Dieu, qui connaissait ce besoin irrésistible de la nature humaine, y pourvut par l'incarnation; le Verbe se fit chair, « à ceux qui goûtaient la chair, il offrit sa chair à aimer, afin de les amener peu à peu à goûter l'esprit, » oblidit carnem sapienlibus ca)-nem, per quani discerent sapere et spiritum. In Cantica, serm. vi, n. 3.
Bernard nous raconte qu'il a passé lui-même par cet apprentissage. Cf. In Cantica, serm. xx, n. 6. Mais lorsque son âme eut reçu « la grande et suave blessure de l'amour », grande et suave vubiKS anioris. In Cant., serm. xxxix, n. 8, rien ne l'empêcha plus de contracter avec le Christ une mystique union; elle était nubile; son affection la liait au Verbe; par la conformité de sa volonté avec la sienne elle devenait son épouse. Talis conforniitas marilat animam Verbe... Si perfecte diligit, nupsit. In Cantica, serm. Lxxxiil, n. 3. Eosenubileni quo similem ccrncns. Serm., Lxxxv, n. 10,12; cf. Serm., XXXI, n. G. Nul n'a céléliré plus hardiment et plus délicatement que l'abbé de Clairvaux dans son Lxxxiii» sermon sur le Cantique des Cantiques les douceurs de cet hymen mystérieux. C'est peut-être le plus bel hymne à l'amour que les échos d'un cloitre aient entendu. Il faut le lire en entier. Kntre l'àme et le Verbe tout devient commun, comme entre époux, la maison, la table, la chambre et le lit. Quibits omnia communia..., una domus, una mcnsa,unus thoriis. In Cantica, serm. VII, n. 2. Bernard entend par là cette retraite mystérieuse où l'âme, recueillie et soustraite au tumulte des sens, tantôt : 'abandonne à ses transports et tantôt se repose doucement sous le regard du Bien-Aimé.
Ici il nous fait pénétrer proprement dans la chambre «le l'Époux. C'est un sanctuaire fermé â tous les
DICT. DE TIIÉOL. CATIIOL.
BERNARD (SAINT
regards ; c'est en quelque sorte le Saint des Saints, où l'épouse, comme autrefois le grand-prêtre, n'a accès qu'une fois l'an. Dans ce lieu tranquille tout repose, « la tranquillité de Dieu tranquillise tout, » tranquillus Deiis tranquillal omnia. In Cantica, serra, xxiil, n. 16. Lui-même est assis dans son repos; et, rien qu'à le regarder, l'âme s'endort paisiblement. Mais ce n'est là qu'un sommeil apparent; l'âme vit et veille encore, vigil vitaitsque sopor. In Caniica, serm. LU, n.3. Parfois, alors, elle est ravie à elle-même : c'est l'extase. Dans un éclair rapide, elle aperçoit- la divinité; mais c'est à peine si elle a pu saisir l'objet immatériel qui lui est apparu; elle retombe aussitôt dans les images qui lui dérobent l'essence même de la beauté éternelle. Serm., i.ii, n. 2,3. Cum autem divinius aliquid raptim et veluti in velocitate coriisci luniinis interliacerit. Serm., XLi, n. 3. Dormiens in contemplatione Deum somniat... Tamen sic non tam speclati quam conjectati, idque raptim et quasi sub quodam coruscamine scintillulœ transeuntis, tenuiter vix altacti inardescit amore. Ser»7)., xviii, n. 6. Cf. De gratia et libero arbitrio, c. v, n. 15, P. L., t. CLXXXII, col. 1010.
Bernard a connu par expérience ces douceurs du mystique amour, liais ce sont là, dit-il, des secrets qu'on ne révèle que par devoir. En dépit de sa discrétion, il a laissé échapper un mot qui peut nous donner une idée de l'extase telle qu'il la comprend et qu'il l'a expérimentée. C'est une sorte de mort aux choses de ce monde. Avec les images sensibles qui se sont évanouies, tout sentiment naturel a disparu. L'âme, alors, n'est plus sujette à la tentation et au péché. Tout est pur et spirituel dans sa vie, comme dans son amour. Vous n'avez plus à redouter pour elle la luxure et l'orgueil. « C'est en vain, dit-il avec l'auteur des Proverbes, qu'on jette un filet devant les pieds de ceux qui ont des ailes. » Sponsse ecstasim voco ntortem... Quid enim formidetur luxuria, ubi nec vita sentitur. In Cantica, serm. lu, n. 4.
Il semble qu'une telle doctrine soit bien voisine de celle de Fénelon et de M>"« Guyon. Mais un caractère important les distingue l'une de l'autre. Bernard ne croit pas à un état proprement dit de pur amour. Cf. Epist., XI, n. 8, P. L., t. CLXXXII, col. 114. L'extase est à ses yeux chose passagère, raptim. In Ca7it.,sevm.XLi,n.'à,Serm., XVIII, n. 6; De gratia et libero arbitrio, c. v, n. 15, col. lOlO; et c'est uniquement pendant qu'elle dure qu'il accorde à l'âme l'immunité du péché. Dans sa pensée, l'extase est le moment précis où l'âme est ravie à ellemême par le consentement imperceptible qu'elle donne à l'attrait de la beauté du Verbe. Il est clair qu'à cette heure la tentation ne saurait avoir de prise sur elle.
Au reste, il faut bien remarquer qu'ici-bas, même dans l'extase, l'âme ne voit pas Dieu directement, et proprement; elle ne l'aperçoit qu'en énigme et comme dans un miroir : Per spéculum et in œnigmale, non autem facic ad faciem, intérim inluetur. In Cantica, serm. xviii, n. 5. « Il n'y a pas un saint, pas un prophète, qui ait pu sur la terre le voir tel qu'il est. » Nunc guident apparet quibus vult, sed sicuti vult, non sicuti est; non sapiens, non sanctus, non prophela videre illuni, sicuti est, potest aut potuit in corpore lioc mortali. In Cantica, serm. .\x.\i, n. 2; cf. Serm., xxxiii, n. 6; xxxiv, n. 1 ; De diversis, serm. ix, n. 1.
.\7/. i:scii.\Toi.ûr,ii:. — {«Enfer, purgatoire, ciel. — BeriiMiil lut maintes fois l'occasion d'exposer sa pensée sur I' - iin~ .1.1 ni. i.'^ de l'homme. A cet égard ses écrits rellil' ni 11 ■li.liiM^ courante. Dans un de ses sermons, De (/,,,, MX, -.11,1, \[ji, n. 5-7, P. X,., t. CLXxxiii, col.663- 66.'j, il (lient lo purgatoire, l'enfer et le ciel. Comme tous les écrivains du moyen âge, il se plait à entasser dans l'enfor toutes les horreurs. « C'est un lieu mortel, où .sévit un fou ardent, un froid rigoureux, un ver qui ne meurt pas, une piianb'ur intolérable, des marteaux «[ui
il. - 2Ô
frappent, des ténèbres que l'on palpe, la confusion fies prcheurs, le bruit des chaînes et la fac- linrril.lo do-; démons. » Et ce qui est plus grave, ces hmiiiH ni- nuiront pas de fin. Le purgatoire est aussi nu In n il* —nffrances. mais qui n'auront qu'un temps .■! .[ii,' nns ^,;.missciii.nl-. ini- -,.n|iii-. nos intercessions et nos sali-r.ii I l'M- |)in,iiii iln'^nr. Le ciel est un lieu de voluph . .In spl. n.l. 1.1 . .1. joio, d'abondance, de paix, d'adiiiiraliun, de s.iliiU', df vision « ou l'on voit la grande vision,... où la sagesse resplendira sans ignorance, la mémoire sans oubli, l'intelligence sans erreur, et la raison sans obscurité ., etc.
2» Ki'it tirs :!,,<<'< <,ni,irs tU'i.oitiHérs de leur corps, en alteifl,',:! I,- j.nj. ',,,<■>,! ,irr,,f<'r. - C.'lle question' a sollicilé |.lii- ij;.iliciili.ivni.nil I ,il t.iilLon de l'abbé de Clairv.uix. Sa mpoiisf se Ut dans tiois sermons sur la féto de tous les saints, et dans son iv« sermon pour la dédicace d'une église, P. L., t. Lxxxiil, col. 526 sq.
Le saint docteur déclare qu'il traite la question après mûre réllexion. sans préjudice toutefois d'une opinion meilleure dont on pourrait se prévaloir si l'on en avait reçu révélation : sine prsejudicio sane, si cui forte aliter fuerit revelatin}!. Xérinmoins il estime que son sentiment est le Mii /'.' --./). /ns, serm. iv, n. 1, 2. Et il expose sa tlié.;.i i. - ..i- .|..:.li.. chefs : L Les âmes saintes, une fois déponill. . - .1. I. m corps, sont reçues dans le ciel, et admises dans la .-...uipagnie des anges. De sanctls, serm. iv, n. 1 ; Serm., ir. de S. Malac/iia, n. 5. — 2. Ces âmes habitent dans « une grande lumière >., in liice miilto. De smi/'/;«. «l'i-ni iv. u. l. Elles sont n plongées
dans tiin> ni' . n n 1 ■ I rnelle lumière et de lumi-
neiis.. n rnii. /'- , /..'.. Oeo, c. xi, n. 30. — 3. Elles voioiii ll.in.i.inn .li. I h.i-i. /)e sc(HC(is, semi. IV, n. 2, mais îni. -,. .Il, uni.' . .II.' I',n. ■un 11.' 1. ■III- -.'i-a accordée qu'apiv- !.. !■■ -III r.'.ln'n. Iji ■ .1 i.'ii.l.nii . In- saints reposenl 11 m . ii-.jii.iii -..n- l,.nl,l. .■ .-l-j-ilire sous rhuiii:iiiitn i lii (Jliiist, .[U..' li's iing.'s .■u\-iii.'nnns désirent contempler de près ». Plus tard ils seront placés sur l'autel ; ils auront la pleine vision et la pleine contemplation de la divinité. Ihid., n.2. — 4. Cependant « ils se réjouissent dan- IT-pi il-?..inl. .t au r..iiil .In cœur ils ont une grau. 1 i^ i-i. iini.ail'iiii' . , (îonpiewani. De sam ' n 1, I.' .1.-11 juilsont^de
reprendre leui- ,..11.- Im l'ail un.' -..il.- i\r liiie, et les empêche de se précipiter librement vers Dieu de toute la force de leur affection. Adeo siquidem viget in eis desideriiim hocnatnredc, 11 1 necdtmi tota eortim affectio libère jirrgnt ]>. p. '■... ^•'■•1 ,-r,,itrahnl)i,' qninlain modo, et riiii.i.n /'n. . . :' ,,..,,/..,■ ./.'m'. /,',■(.. ejiis. De
sanchs.-rv ' .' I'< J, h,/, ■„, lu li.'n.r. \i.n. 30.
On s .'-I il. m .11.1' -1 . .lail lii.'ii là I.' .I.'iiii.'r mot de l'abbé de Claiivaux sur la question, et Maljillon a quelque peine à le croire. P. L., t. clxxxiii, col. 20-22. Il rappelle qu'en d'autres écrits Bernard semble accorder aux âmes des justes une félicité plus parfaite. Dans un de ses sermons sur saint Malachie, Sei-ni., 11, n. 5, Bernard ne compare-t-il pas la gloire de son ami à celle des anges, pari cuin angelis gloria et felicitate?
de l'Esprit du .Seigneur » '? Serm., n, de S. Victore, n. 4. Enfin, dans un sermon De diversis, serm. xix, n. 3, expliquant les prérogatives des bienheureux ; « Ils puisent, dit-il, l'eau dans la joie aux sources du Sauveur, et ils contemplent à l'œil nu, si je puis m'exprimer ainsi, l'essence de la divinité, sans être déçus par aucune représentation des fantômes corporels. » Comment concilier ce langage avec la théorie que nous avons exposée? L'abbé de Clairvaux s'est-il contredit ou s'est-il rétracté?
Xous ne croyons pas à une contradiction formelle ni
BERNARD (SAINT
â une rétractation. Dans ses sermons sur saint Malachie et saint Victor, Bernard parle d'une façon oratoire et n'a pas l'intention de préciser dogmatiquement le sort de ses héros. Le sermon xix De diversis traite du bonheur du ciel en général, et n'aborde pas la question particulière de l'état des âmes qui attendent la résurrection. Il ne faudrait donc pas en tirer une conséquence qui n'est pas dans la pensée de l'auteur. Du reste le traité De consideratione est l'un des derniers ouvrages de l'abbé de Clairvaux; le livre V n'est pas antérieur à l'année 1152 : or Bernard y fait allusion à la théorie exposée dans les sermons De sanctis,et il ne la désavoue pas. Son àme s'élève par la pensée « jusqu'aux demeures lumineuses, elle scrute curieusement dans les profondeurs du sein d'Abraham, et sous l'autel, quelle qu'en soit la nature, elle visite les âmes des martyrs qui, dans leur première étole, attendent là très patiemment la seconde », c'est-à-dire la perfection de leur félicité : sub altari, quodcumque illud est, martyrum réinsère animas, in prima stola seciindam patientissimc expeclantes. De consideratione, 1. \, c. iv, n. 9.
Il ne faudrait pas que cette théorie surprit trop le lecteur. On sait que Bernard se nourrissait de saint Ambroise et de saint Augustin. Or ces deux docteurs s'étaient montrés assez flottants dans leur enseignement eschatologique. Saint Ambroise enseignait, sur la foi du IV" livre d'Esdras, que, pendant tout le cours de la vie présente, les âmes attendent dans un endroit spécial les récompenses ou les châtiments qu'elles ont mérités : Scriptura habitacula illa animarum prompluaria nunçupavit... Ergo dum expectatur plenitudo temporis, expectant animes remunerationem debitam. De hono mortis, 45-48. Cf. Turmel, L'eschatologie sur la fin du iv siècle, dans la Revue d'hist. et de littcrat. religieuses, 1900, t. V, p. 97. AugTastin accorde aussi une réelle béatitude aux âmes des justes, mais une béatitude inférieure à celle qui leur est réservée après le jugement dernier. Le sein d'Abraham sera pour elles, comme pour le pauvre Lazare, un lieu de repos provisoire : Post hanc vitam nondum eris ubi erunt sancti quibus dicetur: Venite, benedicti... Nondum eris, quis nescif? Sed jam poteris ibi esse, ubi illinn quemdam ulcerosum paupereni dives ille superbus... vidit a longe regiiiescentem. In Ps. xxxvi, serm. i, n. 18. Cf. Enchiridion, c. XXIX, et Turmel, Histoire de Vangélologie, dans la Revue citée, 1889, t. iv, p. 539, note 2. 'Voir t. i, col. 2447. Comme Augustin, l'abbé de Clairvaux aperçoit les âmes saintes dans « le sein d'Abraham », et pour confirmer son opinion, il apporte le texte de saint Jean, sub altari, Apoc, vi, 9, qu'il interprète dans le même sens. Voir col. 690.