‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 317 sur 741 · BLASPHÈME CONTRE LE SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

BLASPHÈME CONTRE LE SAINT-ESPRIT

— I. Nature. II. Espèces. III. Irrémissibilité.

1. X.VTLRE. — C'est de la bouche même de Jésus-Christ qu'est sortie l'expression : « blasphème du Saint-Esprit, » r, 6È To-j jtve-j[iaTo; ê>.c((7ipï)|ji!a o-jz àçpsÔiia-ETai. Matth., XII, 31. Pour déterminer le sens précis de cette expression, il faut recourir au contexte. Jésus venait de guérir un démoniaque qui était à la foi aveugle et muet, et en le délivrant, il lui avait rendu la vue et la parole. Ce miracle éclatant avait jeté dans la stupeur les assistants qui se demandaient si le thaumaturge n'était pas le fils de David ou le Messie attendu. En entendant ces paroles de la foule, les pharisiens y répliquaient en disant : « Celui-ci ne chasse les démons que par la puissance de Béelzébub, le prince des démons. » Jésus, connaissant la malice de leurs pensées, les réfuta directement en montrant que. s'il chassait les démons par la puissance de Béol/i I iili. Sai.in serait lui-même son adversaire et détruirail -mi |ir..pii royaume. L'expulsion des démons, qu'elle muI i'-ntr |iai .li'sus ou par les exorcistes juifs, ne peut donc pas être l'œuvre de leur prince. C'est l'œuvre de Dieu et elle s'accomplit par son esprit. Si donc Jésus chasse les démons par l'esprit et la puissance de Dieu, il fonde et établit sur terre le royaume de Dieu, opposé à l'empire du démon sur les âmes, et il remplit ainsi une fonction de sa mission messianique, celle d'anéantir la domination des esprits de ténèbres parmi les hommes. Le démon est lié par lui et sa maison est dévastée. Les hommes, par conséquent, s'ils ne veulent pas perdre le fruit de sa mission terrestre, doivent s'unir au Christ et se proclamer manifestement pour lui ou contre lui. Parvenu à ce point de son argumentation, Jésus en tire cette conclusion : « C'est pourquoi je vous le dis : Tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème du Saint-Esprit ne sera pas remis. «Il y a donc à côté des péchés et des blasphèmes des hommes

JJLÀSPllK.ME CONTRE LE SAINT-ESPRIT

qui seront pardonnes, un blasphème contre le Saint- Esprit qui ne le sera pas. Malth., xii, 22-32 ; Marc, m 22-30; Luc, xii, 10. Qu'est-ce que le blasphème irrémissible contre le Saint-Esprit? La comparaison avec un autre blasphème, celui qui est fait contre le Fils de l'homme, nous le fera comprendre. D'abord, comme tout blasphème, c'est une parole injurieuse pour celui contre qui elle est prononcée. Voir col. 907. Le texte de saint .Matthieu, xii, 32. et de saint Luc, xii, 10, est explicite : " Et si quelqu'un dit une parole contre le Fils de l'homme, il sera pardonné : mais celui qui aura parlé contre le Saint-Esprit ne sera pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. » Par ailleurs, le blasphème contre le Saint-Esprit dilTère du blasphème contre le Fils de l'homme. Or, le Fils de l'homme c'est Jésus lui-même, considéré dans .sa nature .humaine et l'humilité de son apparence sensible. L'expression araméenne bar 'ënciS ne signiGe pas c fils d'un homme o. mais n homme ». et désigne un membre de l'humanité. G. Dalman, Die Worle Jesu, Leipzig. 1898. t. i. p. 191-197 ; V. Rose, Éludes sur les Évangiles, 2' édit., Paris, 1902, p. 165-173. Blasphémer contre le Fils de l'homme, c'était donc prononcer des paroles injurieuses contre Jésus en tant qu'homme, par e.'semple. le traiter, parce qu'il mangeait et buvait comme tous les hommes, parce qu'il s'asseyait à la table des publicains. de vorace, de buveur, d'ami des publicains et des pécheurs. .Matth., xi. 19. Blasphémer contre le .Saint-Esprit, c'était dire une injure soit, comme l'ont entendu la plupart des Pères et des commentateurs catholiques, contre la troisième personne de la sainte Trinité (et de là est venue la dénomination ordinaire de blasphème contre le Saint-Esprit), soit plutôt contre la puissance, sinon même, indirectement du moins, la nature divine dont Jésus est investi. En elTet, le Sauveur lui-même établit ici une opposition entre l'humain et le divin qui sont en lui. Blasphémer le Fils de l'homme, c'est injurier seulement son humanité ; mais blasphémer l'esprit de Dieu qui se manifeste en lui, c'est un péché plus grave, un péché irrémissible. Or, les pharisiens l'avaient proféré ce blasphème contre l'esprit de Dieu, en déclarant que l'esprit par lequel Jésus chassait les démons était l'esprit mauvais, Béelzébub, le prince des démons. Rose, op. cil., p. 178. D'ailleurs, saint Marc, m, 30, dont le contexte est toutefois divergent, est formel : « Car ils (les pharisiens) disaient : Il a un esprit impur. » Donc, dans la pensée de Noire-Seigneur, blasphémer contre le Saint-Esprit c'est attribuer à l'action et à la puissance du démon un miracle éclatant, tel que l'expulsion des démons euxmêmes, qui ne pouvait être que l'œuvre de Dieu. Jésus chassait les démons par l'esprit de Dieu, Matth., xii, 28; dire avec les pharisiens qu'il ne les chassait que par liéelîébub, prince des démons, v. 2i, c'est blasphémer, dire une parole injurieuse à Dieu, à son esprit, que cet esprit soit le Saint-Esprit ou l'esprit divin par la puissance de qui Jésus .agissait.

Cette interprétation, qui ressort nettement du texte

■■v:int;élique, a été proposée par la plupart des Pères et

.'■mmentateurs. S. Pacien, Epist., m, 15, P. L.,

1, col. 1073-1074; S. Ambroise, Depo;nitent.,l. II, u. 21, 22, P. L., t. XVI, col. 502; De Spirilu

■'■. I. I, c. III, n. 5i, ibiil.. col. 717; Exposit. Ev.

/...•., 1. VII, n. 121, P. t., t. XV, col. 1729-1T30;

l'ime, Episl., xi.ll, ad Marcellam, P. L., t. xxil,

177; S. Ath.'inase, Episl., iv, ail Serapionem, i i... M), 19. P. G., t. XXVI, col. (iCO-Cei, (565; S. Basile, \t 'ij., ren. 35; iJeg. bwviiis tracl., 273, P. G., t. xxxi,

..'Mi. 1272; S. CbrvBostomc, In .Malth., homil. xi.i,

/ t:.,l. ivii, col. «9; S. Bède, lu Maïc, I. I, c. m,

' I. xi:ii,'col. 16i ; S. Bruno d'Asti. Commenl. in

. part. III, P. L., I. ci.xv, col. 180. Albert le

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