BOGOMILES
Bo'hnie cessa d'écrire. Mais, cinq ans après, il pulilia en copies manuscrites de nouveaux traités : Theosopfiische Biiefe, 1618 ; Drei Pt-incipien gôulichen Wesens, etc., où il reprenait ses explications mystiques touchant l'essence divine, la pénitence, la prédestination ; le tout parut sous le nom de n'eg zu Chrislo, 1623. Le pasteur de Gôrlitz ayant continué, de persécuter Bœhme à cause dés erreurs de ces écrits, celui-ci alla habiter à Dresde, puis en Silésie; il avait abandonné son métier et vivait soutenu par ses parents et ses admirateurs. Il revint mourir à Gôrlitz, le 21 novembre I62i.
Les écrits de Bœhme, qui semblent inspirés de Paracelse, sont très obscurs, pleins de visions; leur vocabulaire est rempli de termes mystiques ou empruntés à l'alchimie et à l'astrologie. Troublé par les discussions sur la grâce entre luthériens et calvinistes, il a voulu pénétrer les problèmes les plus mystérieux concernant la divinité, la nature, l'homme, et pour rendre les idées personnelles qu'ils lui inspiraient, il a employé les formules les plus étranges. Toujours il s'est efforcé d'appuyer ses théories par des interprétations symboliques de l'Écriture sainte, se disant lui-même illuminé par le Saint- Esprit. Le fond de sa doctrine est ramené par les uns au panthéisme, par les autres, au dualisme ; on y a vu aussi une conciliation de l'idéalisme et du réalisme. Les idées du philosophe Schelling s'en rapprochent le plus. Dieu serait la matière même de l'univers ; il n'est pas distinct du monde; il s'est engendré en créant la nature éternelle, et a ainsi manifesté ses attributs essentiels, tels que son intelligence et sa puissance infinies. Mais si on le considérait en lui-même hors de la matière, on ne pourrait le définir, car il n'est ni bon, ni mauvais, il n'aime et ne désire rien ; c'est un être inconscient, indifférent, immobile et impénétrable, sans commencement ni fin; tel quel, il constitue pourtant l'essence suprême de la Divinité, et c'est Dieu le Père. Le Fils, c'est la volonté divine tendant à se connaître par le A'erbe, c'est-à-dire l'éternelle sagesse, la lumière; se voyant dans sa perfection, elle éprouve pour elle-même un amour infini. Enfin, le Saint-Esprit, c'est l'expansion de cette lumière jaillissant dans les ténèbres, l'expression de cette volonté, la manifestation continue des facultés divines; d'où il procède à la fois du Père et du Fils. La conscience divine se personnifie donc par une triple tendance, c'est la Trinité.
Le passage de cette virtualité à la personnalité se réalise par une sorte de triomphe de Dieu sur sa propre nature, dont il objective les énergies essentielles et latentes. On retrouve d'ailleurs ces qualités dans la nature matérielle du monde visible, émané aussi de Dieu. Ce sont : 1» le désir ou tendance à la résistance, à la concentration, à la dureté, son emblème matériel est le se/; 2" le )nnnv,-iiiei,i un tendance à l'expansion, au changement: li I .-i I. ,h,,<w,(=. 3" la coière ou lutte entre ces deux tiiid.ni.r - ,,],[i,,-(rs : son emblème est le soufre; i" le feu rcj-U'^tiil'' hi transition du monde inorganique au monde organisé, car il est à la fois colère et amour, puisqu'il dissout les formes inorganiques, et crée par sa chaleur le mouvement de la vie organique; 5° la lumière représente la vie végétative des plantes : 6" le son représente la vie sensible et agitée du règne animal: 7»r/joHi»ie, emblème de la vie spirituelle, synthétise en lui toutes ces qualités, il est la forme ou la figure concrète et parfaite de la nature visible.
Les anges ont été les premiers êtres, créés par la nature divine se connaissant et s'objectivant. Mais Lucifer ^iIm- i ,]. 1,1 |iin-^;iiice de résistance qu'il trouva en lui. Il I i;;ue à celle dont Dieu triomphe
sans t. iité créatrice; il affirma donc
l'autoni'in III 1111' en face de la volonté divine,
et ainsi se conslituircut dans le monde céleste : le règne de l'amour absolu ou de la soumission à Dieu, c'est-àdire le ciel, la lumière, les anges fidèles ; et le règne de
la résistance à Dieu ou de la colère ou du feu, c'est-àdire l'enfer. Or Dieu, étant l'être infini non distinct du monde émané de lui, contient, par le fait, ces deux règnes en lui. « Il est Dieu, il est le ciel, il est l'enfer, il est le monde. » -i" apologie contre Tilken, n. IV). « Le vrai ciel où Dieu demeure est partout, même au milieu de la terre, il comprend l'enfer où le démon demeure, et il n'y a rien hors de Dieu. » Description des trois principes, c. vu, § 21. D'ailleurs le mal est nécessaire pour manifester la connaissance, la volonté, le mouvement de Dieu; le démon, qui est le mal personnifié, est « le cuisinier de la nature, car sans les aromates tout ne serait qu'une fade bouillie ». Mysterium magnum, c. xvin. De plus, en affirmant sa résistance, la nature de Lucifer s'est concrétisée, et la matière solide est apparue. Celle-ci n'est donc qu'un écoulement, une émanation de la nature divine. « Si tu vois une étoile, un animal, une plante ou toute autre créature, garde-toi de penser que le créateur de ces choses habite bien loin, au-dessus des étoiles, il est dans la créature mirno i hiinfl In regardes la profondeur, les étoiles, el 1 i , : ■- in vois ton Dieu, et toi-même
tu as en Im I . ,i. , , I , i, . „ Aurora, c. x.\iii, § 3, 4,6, L'homme, i i. > ,i i im i i. ,lc Dieu, est tombé lui-même comme les angfs, in essayant de se connaître, et il serait devenu un démon si Dieu n'avait envoyé, pour l'arracher à Lucifer, son Fils qui le vainquit et devinl le maître du monde.
Aussi tous ceux qui s'unissent mystiquement à Christ par la foi, deviennent comme lui vainqueurs du monde, et remplaceront Lucifer dans la cité céleste. Pour se sauver, il est inutile de croire à la lettre extérieure et aux sacrements visibles; seule la génération de Christ en nous par cette communion vivante avec lui, est nécessaire et suffisante.
Comme tous les mystiques, Bœhme conseille à l'homme de ne s'attacher à rien ici-bas, de renoncer à son moi, à sa volonté, en s'abîmant dans la grâce, la prière, la contemplation, pour hâter l'instant de sa réunion avec Dieu.
Ce système panthéiste et mystique du Philosoplu' leutonique prétendait ainsi être une science universelle, et expliquer l'essence la plus intime de tous les êtres; il fut professé avec un respect enthousiaste par de nombreux disciples qui se crurent chrétiens orthodoxes, et il a encore quelques adeptes dans le Nord de l'Allemagne.
Les écrits de Bo-linip ont fîl*^ sonvent réimprimés et traduits on iiInsMiiis l.iii..iii.~. Kn liiKi .1- (;i.-liipl en donna à Amsterdam
•ille
lUs le I fait u
1 , , !' ■ 's'iT, rééditée en 1860 sq, S,i- -M.i .11 .1 ..iii ii' Lii ii.iii.ii; [ilusieurs de ses ouvrages: L'Aui-uie iiLiissanU- uu la racine de la philosophie, 2 vol,, Paris, 4800 ; Les principes de l'essence divine, etc, 2 vol., Paris, 1800 : Le ministère de Vliomme esprit, 1802 ; Quarante iluesHons sur Inrhiine. f.'-iro. 1807; De la triple vie de
l'If 1--II''. /"./il.:., - :., '.iirr il Christ, in-12, Paris.
isj. \ I , / ; < istianiP juo'ta principia
./ 1 / , /, Amsterdam, 1687; Fouqué,
,/.. 1 /.■ , ... .,,.,,.,;. ' l).',,l,siein. Greiz, 1831;
Wnllen, /. BOrnhe's Leben n." / -i,i.,,i;, 1836; J, Ham.
hcv%&v, Die Lehre des deutsch': '' ' '■ Boïone, Mu-
nich. iSU; Fechner, J. Bôhi,i . . 1 :, x n Harless, J.
ISùlimi- inid die Aleltymisten.n' ,. u, \^~'\ l^s- \^,^\\^, J. Bbhme, l...ii.'i |s,,i..,i 1 \Aj<:^en,J.Bohme,sein Lcb,'ii utid seinetlieoso- ; (i 1 ; vol,, Stuttgart, 1885; Schonwidder, Lebens-
/ . / /.iiie's, Gôrlitz, 1895; H. Ritter, Geschichte
I /' m s , Hambourg,1851, t,x,p. 100,; E. BouU-oux,
;. , ! M. 1 iiii/id Jacob Bœlim, in-8», Paris, 1888; Kir-
,-h II! . t,n, col. 954-959; Francli.Oicf. des sciences
; i: :itencyclopiidie de Hanck, 3' édit., Leipzig,
L, Lœvenbbuck.
BOGOMILES, - I, Histoire, II. Doctrines. 1, Histoire, — Les bogomiles ont formé l'une des
BOGOMlLtS
sectes dualistes qui, du gnoslicisme à lalbigéisnie, se sont succédé le long de l'histoire de l'Église. On s'est demandé si entre ces sectes et, en particulier, entre les bogomiles et les cathares d'Occident, il y eut un lien de dépendance proprement dite. Les opinions ont varié là-dessus. Il semble que les bogomiles furent, au moins, une branche du catharisme, et que les origines du catharisme tant occidental qu'oriental, tout comme celles du bogomilisme. doivent être cherchées en Bulgarie- Cf. C. Schmidt, Hisloire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Paris, 1849, t. i, p. 2, 12; t. ii, p. 265- •JTI ; L. Léger, dans la Revue des questions historif}ues> Paris, 1870, t. viii, p. 495; A. Rébelliau, Bossuet historien du protestantisme, Paris, 1891, p. 475-484.
De même le mot bogomile a été diversement expliqué. On a longtemps adopté l'étymologie d'Euthymius Zygabène, Panoplia dogntatica, lit. xxvii, P. G., t. cxxx, col. 1289, d'après laquelle il serait composé des mots bulgares Bog = Dieu et ntiloui = aie pitié, et aurait sa raison d'être dans la coutume des bogomiles de répéter la formule : » Dieu, aie pitié de nous. » On sait maintenant que bogomile vient du bulgare Bog = Dieu et mile = ami, et qu'il est la traduction littérale du nom grec Théophile. Un usage de plusieurs sectes dualistes était que les docteurs ou chefs de la secte portassent deux noms : généralement ils choisissaient pourdeuxièrae nom celui d'un personnage évangélique ou d'un disciple des apôtres, notamment de saint Paul. Le fondateur du bogomilisme opta pour celui de Théophile, et fut appelé, dans la langue de sa nation, le pope Bogomile. Cf. Léger, Bévue des questions liisloriqutis, t. viii, p. 486- 487. .^joutons que ses disciples ne se nommèrent pas eux-mêmes bogomiles, mais c/ir£7ie«s,- celte appellation leur fut donnée par les Grecs. Sur les autres noms> ((u'ils reçurent, cf. Euihymius Zygabène, P. G., t. cx.vxi, col. 39, 41, 47, et les explications de .I.Tollius, Jnsignia itineris italici, l'trecht, I(>n6, p. 122.
Du pope Bogomile, fondateur du bogomilisme, les textes grecs et latins ne parlent pas; son existence a été révélée par les textes paléoslaves. Il s'appelait peut-être d'abord .léréniie, il vécut sous le régne du tsar bulgarcf Pierre, et il commença à dogmatiser en public entre 927 et 950. La Bulgarie était dans des conditions favorables à la propagande des nouveautés qu'il enseigna; le christianisme, d'importation récente, y était combattu par le judaïsme et l'islamisme, par des arméniens sectateurs d'Eutychès, et par deux-sectes dont le bogomilisme reprit et amalgama les doctrines, les pauliciens dualistes et les euchites ou massaliens gnostiques.
Lesdétails de l'histoire du pope Bogomile sont inconnus. Le bogomilisme acquit de bonne heure une certaine importance. Il ne tarda pas à se diviser en deux églises divergentes, dont nous aurons à parler en traitant des doctrines bogomiliennes. Son centre principal fut Philippopolis (Plovdiv), dans la Thrace. De l'une et de l'autre église il rayonna dans toutes les directions. Dès la seconde moitié du xi' siècle, il avait gagné Constantinople.
En 1118, l'empereur .\lexis Comnéne apprit que les bogomiles existaient dans cette ville et qu'ils y avaient fait beaucoup de progrés. Leur chef était un moine médecin, du nom de Basile, qui prêchait entouré de douze compagnons, qu'il désignait comme ses douze apôtres. L'empereur donna ordre do le lui amener et, pour connaître les secrets de la secte, il feignit de vouloir en faire partie. Flatté par cette promesse, Basile exposa franchement ses doctrines, pendant qu'un tachygraphe, caché derrière un rideau, écrivait ses paroles. Quand Basile eut fini, le rideau tomba ; en présence des membres notables du clergé et du conseil de l'empire, on lut l'exposé de Basile. Celui-ci le confirma et, parce (|u'il ne consentit pas à se rétracter, il fut condamné à mort et briilé dans l'hippodrome. Ij plupart de ses partisans abjurèrent par peur des supplices. Alexis Com-
néne s'occupa de convertir par ses discours les bogomiles demeurés fermes dans leurs croyances, et confia la mission de les réfuter au moine Êuthymius Zygabène. Le bogomilisme amoindri ne succomba point. En 1140, le synode de Constantinople prescrivit de jeter au feu les écrits de Constantin Chrysomale imprégnés des idées de la secte et lus avec avidité dans des monastères. Trois ans plus tard, on déposa deux évêques de la Cappadoce qui avaient adhéré à cette hérésie; Cosrae, patriarche de Constantinople, fut déposé à son tour pour avoir favorisé le moine bogomile Niphon (1147).
Pendant ce temps, le bogomilisme avait poursuivi sa marche en Bulgarie. A la fin du xii' siècle, il s'était introduit dans la Serbie, d'où une répression énergique le fit disparaître. .\u commencement du xiiF, il pénétra dans la Bosnie, et ensuite dans la Slavonie. Quand, après la prise de Constantinople par les croisés, le siège de l'empire grec et du patriarcat de Constantinople eut été transféré à Nicée, les bogomiles apparurent en Asie Mineure et s'y adonnèrent à un ardent prosélytisme; le patriarche Germain les combattit (1226) par la parole et par la plume. Des communautés bogomiles étaient, d'ailleurs, restées dans la péninsule hellénique; des condamnations furent portées contre la secte par les synodes qui se tinrent à Constantinople, en 1316 et en 1325. Elles ne l'empêchèrent pas d'atteindre le Mont- Athos, où massaliens, bogomiles et hésychastes mêlèrent plus ou moins leurs rêveries. En Grèce, en Bulgarie, en Bosnie, les bogomiles survécurent jusqu'à la conquête de ces royaumes par l'islamisme. Le saint-siège les identifiait avec les cathares d'Occident et les désignait, comme eux, sous le nom de patarins plus encore que sous celui de cathares; eux-mêmes se donnaient le nom de chrétiens, et des textes slaves les appellent bogomiles. Il est probable que les bogomiles bosniaques et bulgares embrassèrent la foi des musulmans vainqueurs. Sur la persistance du souvenir des bogomiles dans la Bulgarie, cf. H. D|oulcet], dans le Bulletin critique, Paris, 1895, nouv. série, t. i, p. 169-170. Voir Bosnie- Herzégovine, et Bl't.CARIE.
II. Doctrines. — Il n'y a à mentionner « que pour mémoire » l'opinion soutenue au xvm« siècle par plusieurs écrivains protestants, notamment par J. L. Œder. Prodromus historiir bogoniiloruni criticie, dans Heuinann. Nova sijlloge dissertttlionum, Hoslock, 1754, t. ii, p. 492, « que les bogomiles, loin d'avoir enseigné une doctrine dualiste, ont professé le christianisme dans sa pureté primitive, et n'ont été accusés d'hérésie que par la mauvaise foi de leurs adversaires. » Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, t. ii, p. 266. Le dualisme fut certainement à la base du bogomilisme.
A l'origine, le dualisme bogomile fut absolu : il admettait la parfaite égalité des deux principes, l'un et l'autre éternels. Une tendance à le mitiger se manifesta vite; on attribua l'éternité au seul principe bon. Dieu suprême, et l'on soutint que le principe mauvais fut un esprit créé bon mais qui se détacha du bon principe par un acte de son libre arbitre. De là, chez les bogomiles, deux systèmes, où, comme s'expriment les documents occidentaux, deux ordres, le bulgare, ordo de Bulgaria, qui adopta le dualisme mitigé, et Vordo de Dugrutia (Tragurium, plus tard Trau. dans la Dalmatie, d'après Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, t. l, p. 15-16, 58, ou mieux, d'après Léger, Bévue des questions historiques, t. viii, p. 493, « le pays où demeuraient les AfavoviSi-rat, c'est-à-dire le peuple bulgaro-slave des Dragoviciens. » en Thrace sur la rivière IJagroviça, près de Plovdiv, et en Macédoine, non loin de Thessalonique) : ce dernier professa un dualisme rigoureux. Les deux systèmes passèrent dans le catharisme occidental. Cf. Aldigeois, t. i, col. 678.
Voici les grandes lignes du dualisme mitigé, tel qu'il prévalut à Constantinople au commencement du xii< siècle
liOGOMlLES
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et tel que nous le présentent les écrits d'Euthjmius Zjgabène, qui sont la source la meilleure et la plus riche pour connaître les doctrines bogomiliennes. Le Dieu suprême, le Père, est une substance spirituelle, bien qu'on dise, par figure, qu'il a la forme humaine, puisqu'il a servi de prototype à l'homme. Il a deux fils, Satanaël et Jésus. Satanaël, l'ainé, fut institué gouverneur du royaume céleste et doué de la vertu créatrice. Enivré d'orgueil, il se révolta contre son Père et entraîna des anpps (l;in= sn n'volte. Il fut chassé du ciel avec eux.
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regardaient le Notre Père comme la seule prière permise aux chrétiens. A la différence des cathares d'Occident, ils croyaient légitime de recourir au mensonge pour échapper aux persécutions, justifiant cette conduite par une parole qu'ils prêtaient à Jésus-Christ : « Sauvez-vous par ruse. » Kuthxmius Zygabène. Liber invectiviis, P. G., t. i:x\\i. . ol. .Vi-.'ii;. I, ni' ;iiii iliue des abominations sacrilèges. .1 In iiiii. (jiii |, - .li.ls exigeaient des nouveaux adepli- I .11^,1^,1,,,. ul >.iii tir ne jamais retournera la foi cl.ivtlL-lUie.
T Sources ancifwls Sur les sources slaves cf Léger /) V les q est ois )isto q es l \iil j 480-W1 1 pi ne 1 aie ebt le D SCO ^ d i ia tp ! h s s l s I et q es Agiim 18oi cf I L d 1 /( le 0 I t aita
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t An NU BOHÈMES (Les frères) —1 Origine et débuts li3il,.l. U. I .o^.^s, 1..I l^lt. III. Iransformal.on et de clin, 1526-1627. IV. Doctrine.
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BOHIÎMES (LES FRÈRES)
I. Onic.iNE ET DÉBUTS, 1434-1471. — En présence des abus el des lU-sordros qui pou à peu et sous des in-
Mueuer^.lu.i- 1 ,ir,,i , l,--,. .I,,ii^ lr.hiis|i,,nisme,la
nrcessil-' .r • I- !' : ■ ■ " |-..|h.ii^riii.'iil s(intir.
C'él^iil Ir ili liihi li J< Miii '!■■ i I ii-.'. |Mi- 1 iiiiiiin. cliiiiredu pape et des eveques, il y tnixyilleravec.iulurUe. el l'Église était loin de s'y refuser. Mais, au lieu de laisser à qui de droit le soin de remplir ce devoir et de l'amener à bonne lin par l'étude attentive du mal, la rechercbe des moyens les plus convenables et l'application progressive el ferme des remèdes les mieux appropriés, des esprits inquiets, impatients et téméraires, sans mandat comme sans aulùrilé, entreprirent, dès le début du xv« siècle, de réformer l'ÉLilise, en la ramenant, prétendaient-ils, à ses origines el en restaurant le pur Évangile devenu, selon eux, méconnaissable. L'intention était bonne; mais le procédé, contraire à l'ordre et à la hiérarchie, était révolutionnaire. Jean Huss et Jérôme de Prague n'hésitèrent pas à s'en servir. Jugés, condamnés et exécutés, ils eurent des vengeurs parmi le^ Trliri-iiir- ilf llohême qui, confondant étroitement la cm i i i im' i li cause
religieuse, combattirent pour hi i : l l I ^lise en
même temps que pour « la gloiir ,l. I i Lm^Hi ^lnve ». Ce fui le début des guerres hussites el aussi la source de malheurs et de ruines sans nombre pour la Bohême. En effet, des dis.senssions intestines, suite inévitable de tout mouvement anarchique, ne tardèrent pas à éclater parmi les partisans de Huss. Les quatre articles de Prague résumaient d'abord leurs revendications, savoir : la communion sous les deux espèces ; le retour de l'Église à la pureté de l'Évangile par la suppression des biens du clergé; la répression des péchés et le droit pour chacun de prêcher librement la parole de Uieu. Mais ces fliiatre points ne suffisaient plus au parti avancé. Celuici, inlr,in-i,..;inl et sectaire, pousse aux extrêmes la rigueur lie ~i s principes et touche déjà au protestantisme; il rejelle les traditions et les cérémonies de l'Église romaine, transforme la messe, la célèbre en langue tchèque, etc. Les modérés se contentent de l'emploi du calice ou de la communion sous les deux espèces, d'où leur surnom de calixtins ou d' utraqtiisles ; ils sont traités de déserteurs par le parti qui fait bientôt passer la question religieuse au second plan et accentue les revendications sociales. L'entente est impossible; les divergences s'accentuent et la guerre éclate. Taboriles, orphaniens et autres radicaux hussites sont écrasés à la bataille de Lipan, en 143i. Deux ans après, les modérés obtiennent du concile de Bàle le droit de communier sous les deux c-;n c'-. .1 Ns loiiipactata sont proclamés lois de l'État. I.' - clii iv ,|,., modérés, Rokytsana et Georges de Podiéliail, . \i|, < pendant onze ans à la suite des désordres IHilitiiiiii- qui suivirent la mort du roi Sigismond, iiiiisseut par se déclarer pour l'utraquisme officiel et lé- -al. Hussites de cœur, ils cherchent, sous le couvert de 1 orthodoxie, à obtenir, l'un l'agrément du pape pour l'archevêché de Prague, l'autre la couronne de Bohême. -Mais, à peine de retour, ils se laissent vainement solliciter par leurs partisans, les irritent et, sans s'en douter, lancent le Bohême dans les pires aventures : un schisme va éclater.
Dès 1448, un curé de Prague s'était mis à prêcher avec ardeur l'amélioration des mœurs et la pratique d'une vie profondément religieuse. En 1453 et 1454, Grégoire avait fondé une réunion d'amis qui réclamaient de bons prêtres pour assurer l'efficacité du service divin.
Quelques modérés, et avec eux certains exaltés, plus iiùpr.'gn.'s lie l'esprit hussite et toujours hostiles à Rome, ^ en prennent à la messe, attaquent la prière pour les nioits et l'intercession des saints, se plaignent que les Ci lixtins romanisent en tout et partout, et se mettent sous la conduite du cordonnier Pierre Cheltchitsky, homme de peu de science, mais de convictions énergiques et d'une haute valeur morale. En 14-57, ils ob-
tiennent de Podiébrad une terre où ils pourront se réunir en toute liberté et prennent dès lors le nom de 'Unité des frères bohèmes. On les traita de picards; mais ils repoussèrent ce titre comme une injure, car ils avaient des mœurs beaucoup plus pures. Ils se défendirent de même de descendre des vaudois, ainsi que le remarquent Camerarius, Historicanarratio...,llei(le\herg, 1605, p. 105, et Rudiger, Deecclesia fratrum..., Heidelberg, 1605, p. 147. Ils désavouèrent enfin toute origine taborite ; car loin d'être les continuateurs des taborites, ils s'en séparèrent dans la spéculation et la pratique. Denis, Annales de la Faculté de Bordeau,r, 1885, p. 168. Rudiger. l'un des frères, bien qu'il eût soutenu cette origine taborite, n'a pu s'empêcher de blâmer énergiqueraent le taborite Ziska. En réalité c'étaient des calixtins, mais des calixtins dissidents, comme ils eurent soin de le faire remarquer dans leurs professions de foi de 1532, 1558 et 1572, ne voulant pas de l'utraquisme officiel parce qu'ils tenaient à n'avoir rien de commun avec une Église qu'ils accusaient de s'être éloignée de Jésus. Pour se mettre à l'abri de la violence et du mal, ils fondèrent une confrérie, où ils accueillirent les désabusés, les mécontents, les mystiques et des exaltés; secte à part, « l'une des plus hardies et des plus étrangères à toute superstition du passé qui soient jamais sorties du christianisme. » Denis, loc. cit., p. 176.
Cheltchitsky fut le théoricien de VUiiité. Séparé des modérés, qui conservaient encore un reste de respect pour l'Eglise catholique, et des taborites dont il repoussait l'explication de l'eucharistie et dont il blâmait le fanatisme, protestant en outre contre les conipaclata, Cheltchitsky s'impose par son dédain des choses de la erre et de l'opinion, par sa foi inébranlable. Son peu de culture intellectuelle ne l'avait pas empêché d'écrire ses Postula, qu'il développa plus tard dans son Filet de la vraie foi. Quelques autres de ses œuvres, écrites en tchèque, le Discours sur la passion de Jésus d'après l'apôtre Jean; La bête de l'Apocalypse; Les bandes bohèmes, etc., aident à faire connaître sa doctrine. Sa prétention était de faire revivre l'Église de l'âge apostolique avant qu'elle eût été empoisonnée par le système politico-religieux inauguré par Constantin.
.\u point de vue religieux, c'est, d'après Cheltchitsky, la grâce souveraine de Dieu qui sauve, mais, dans le salut, une part revient à la bonne volonté et aux bonnes œuvres. L'abandon moral, la résignation fataliste sont condamnés. Et puisque Jésus-Christ est notre médiateur, l'Église a eu tort de lui substituer la sainte Vierge et les saints; imputation fausse, car l'Église ne reconnaît à la sainte Vierge et aux saints qu'une puissance d'intercession auprès de Dieu en faveur des chrétiens. L'Évangile contient toute la doctrine du salut; or il est muet sur le purgatoire et la messe pour les morts; faire ainsi de l'Écriture sainte l'unique source de l'enseignement révélé, à l'exclusion de la tradition, est déjà l'erreur protestante. Renouvelant enfin l'erreur donatiste, Cheltchitsky fait dépendre l'efficacité des sacrements de la dignité morale de celui qui les administre. A proprement parler, il n'admet que le baptême et l'eucharistie. Sans nier la présence réelle, puisqu'il reproche aux taborites de ne pas y croire, il ne croit pas lui-même à la transsubstantiation.
Au point de vue social, il déclare qu'il y a une opposition radicale, absolue et irréductible entre le monde et Jésus, qu'il faut fuir les villes el ne se livrer à d'autre occupation qu'à celle de l'agriculture, seule favorable à l'humilité et à la méditation. Il blâme la propriété et penche vers le communisme. Il blâme l'Étal, parce qu'il est basé sur la force el la violence. Il blâme l'Église, parce qu'elle est la négation de l'idée de vertu, parce que ses ministres mettent leur volonté à la place de celle de Jésus et sont pleins de scandales et de hontes. Bref, c'est un révolutionnaire d'idées. Son système bat